Speaker #0Pour moi, ça a commencé par des livres et des podcasts. J'ai fait des listes, des listes pour les enfants, des listes contre les enfants. J'ai demandé l'avis de mes amis qui avaient des enfants de tous les âges possibles, des plus jeunes, avec des bébés, qui venaient d'accoucher, à des enfants adolescents. Je suis allée rencontrer des amis qui n'en ont pas et qui ont fait le choix de ne pas en avoir. J'ai essayé de comprendre ce qui me correspondrait vraiment. Et pourtant, j'ai toujours tourné en haut. Aujourd'hui j'ai envie de te parler d'un profil que personne ne reconnaît comme problématique. Pourquoi ? Parce qu'il ressemble à de la rigueur, à de l'intelligence, à du sérieux. Bien sûr que c'est sérieux d'analyser et de regarder si t'as envie ou pas d'avoir un enfant. Sauf que c'est le piège le plus silencieux que je connais sur ce sujet. Aujourd'hui on va décortiquer ensemble ce qui se passe dans ta tête et dans ton corps quand tu cherches une réponse là où elle se trouve. Bonjour, je m'appelle Amy et bienvenue dans Devenir mère ou pas. devenir mère ou pas, c'est pour t'aider à y voir plus clair et surtout à te rappeler que c'est toi qui décide. Tu as le droit de devenir mère ou pas. Laisse-moi te décrire une situation. Ça peut être que t'es dans ta voiture, si tu conduis, ou sur ton vélo. Ou pour moi, personnellement, c'était dans mon lit à 2h du matin. J'arrêtais pas de recommencer. Et toi, c'est peut-être pareil de ton côté. Tu reprends les arguments, tu projettes. Une vie avec enfant, à quoi ça ressemble ? Bah les nuits sans sommeil, un grand amour, la perte de liberté et en même temps le sens que ça donnerait. Une vie sans enfant, la légèreté, l'espace, la question de la solitude éventuellement, ou le regret de rater quelque chose et les choses que tu pourrais construire autrement. Bon, et à chaque fois que tu arrives au bout de cet exercice, t'es exactement au même endroit qu'avant. Ce que tu fais, c'est de l'analyse. Et de l'analyse, dans ta vie, ça t'a probablement beaucoup servi. Peut-être que tu es même reconnu pour prendre des grandes décisions avec méthode, par ta capacité d'anticipation ou de comparaison. Et pour toi, c'est une vraie force. Sauf qu'aujourd'hui, ça ne fonctionne pas. Parce que le problème que tu analyses n'est pas un problème qui est suffisamment simple pour être analysé de cette manière. Je vais te partager le témoignage d'une femme que je vais appeler Émilie, mais son prénom est anonyme, qui a participé et qui disait Après plus de deux ans de réflexion personnelle sur le sujet, je ressentais encore une forte ambivalence désagréable. Je cherchais à comprendre les mécanismes qui nous poussent à voir des enfants, mais aussi à définir ce qui serait une vie de femme sans ce rôle de mère. Deux ans à chercher à comprendre les mécanismes. En fait, c'est ça, c'est ça l'hyperanalyse. C'est pas juste trouver une bonne réponse. Elle cherche à comprendre pourquoi elle veut ou elle en voulait pas. Comme si le mécanisme de décortiquer ce qui se passe pour elle allait faire... apparaître la réponse. Et donc, elle tournait en rond. C'est ça le cercle vicieux, c'est cette impossibilité directement liée à la pression qu'elle se met à décider. La pression de trouver, la pression de savoir, la pression d'arriver à la bonne réponse à force d'y réfléchir. Et plus tu analyses sans résultat, plus tu te dis que c'est parce que tu n'as pas trouvé le bon angle. ou le bon livre, ou le bon podcast, ou la bonne question à te poser, ou que ce n'est pas le bon moment, ou peut-être que ça arrivera plus tard. Et en fait, tu t'épuises. Et le temps, ça ne va absolument pas t'aider à prendre la bonne décision pour toi. Je voudrais parler de Damasio. Damasio, c'est l'un des neuroscientifiques les plus influents au monde. Il a écrit un livre qui s'appelle L'erreur de Descartes. Et donc, il a travaillé avec un patient qui s'appelle Elliot dans les années 90. Elliot a subi l'ablation d'une tumeur cérébrale. L'opération s'est super bien passée. Et quand il s'est réveillé, tout était intact. Son QI absolument normal, sa mémoire parfaite, son langage fluide, son réglement logique. Donc, il pouvait analyser toute situation complexe, identifier les pour et les contre, peser les options avec une précision remarquable. Le problème... et c'est là où ça commence à devenir intéressant, c'est qu'il ne pouvait plus prendre aucune décision. Aucune. En fait, choisir entre deux dates pour un rendez-vous lui prenait des heures. Il comparait indéfinitive, indéfiniment. Il retournait les options dans tous les sens. Il ne savait pas trancher. C'est horrible parce que sa vie professionnelle s'est effondrée. Ses relations aussi. Il n'était pas stupide. Il était complètement paralysé. Et Damasio, il a mis énormément de temps à comprendre pourquoi. En fait, il a découvert que la zone endommagée par la tumeur était la zone qui traite les émotions. Elliot pensait parfaitement, mais ne ressentait plus rien face aux options. Et ça, sans ce ressenti, il ne pouvait pas décider. Ce que Damasio a montré et a compris, C'est que les émotions ne parasitent pas la décision, elles sont la décision. Damasio appelle ça les marqueurs somatiques. Ce sont des signaux physiques que ton corps t'envoie en permanence. Une légèreté dans la poitrine, une contraction dans le ventre, une tension dans les épaules, quelque chose qui s'ouvre ou qui se ferme. Et ces signaux marquent des options comme bonnes ou mauvaises, sûres ou dangereuses, ou désirables ou pas. C'est un système d'orientation que le corps a développé bien avant que le langage existe, bien avant que la raison existe. Et il fonctionne, il fonctionne même super bien, à condition qu'on apprenne à l'écouter. Le titre du livre de Damasio, L'erreur de Descartes, c'est une référence directe à « Je pense donc je suis » , cette phrase qui sépare le corps et l'esprit. Damasio dit que c'est absolument faux neurologiquement parlant. Ton corps et ton esprit sont... un seul système, tu peux pas décider l'un sans l'autre. Alors qu'est-ce que ça veut dire pour toi concrètement si tu es aussi dans cette hyper-analyse maternité-non-maternité ? C'est pas que tu manques d'informations, ou que t'es pas assez intelligente pour trancher. Donc la question est trop complexe. C'est que tu cherches la réponse là où elle ne peut pas être. Tu la cherches dans ta tête. Et ton cerveau, il attend un signal de ton corps pour pouvoir décider. Et ce signal ne peut pas arriver à force d'analyser. Il peut juste arriver à force d'explorer. Ça, c'est le travail d'une chercheuse qui s'appelle Herminia Ibarra, qui est professeure à la London Business School. Elle a passé des années à étudier comment les gens changent vraiment dans leur identité, leur choix de vie et leur rapport à eux-mêmes. On croit qu'il faut d'abord savoir qui on est pour ensuite... agir en conséquence. Ibarra dit que c'est exactement l'inverse. Ce sont les expériences nouvelles qui révèlent ce qui compte vraiment pour nous. C'est pas l'introspection. Pour elle, c'est l'outside. Un mot qu'elle a inventé en miroir de l'inside. L'inside, et on le voit beaucoup en développement personnel, c'est ce qu'on trouve en allant chercher à l'intérieur. L'outside, c'est ce qu'on découvre en allant chercher à l'extérieur. Et les grandes questions identitaires, qui suis-je, qu'est-ce que je veux vraiment, quelle vie est-ce que je désire, avec ou sans enfant, pour ces grandes questions-là, l'outsight est infiniment plus efficace que l'insight. Concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que tu ne vas pas découvrir si tu es mère ou non en y réfléchissant davantage. Tu vas le découvrir en te confrontant à des expériences que tu n'as pas encore eues, des conversations que tu n'as pas encore... osé avoir ou des sensations que t'as pas encore laissé exister complètement. Ibarra parle aussi de ce qu'elle appelle les possible self, les versions possibles de soi. L'idée, c'est qu'on ne peut pas savoir ce qu'on veut être sans avoir essayé d'y accéder d'une manière ou d'une autre. Pas nécessairement en vivant la chose, parce que là, c'est pas toujours possible, mais en se donnant les conditions pour l'approcher ou la toucher et voir comment ton corps réagis lorsque tu te mets vraiment au contact de ce truc-là. C'est un peu comme si t'essayais un vêtement mais t'as pas nécessairement besoin de l'acheter pour l'essayer. Ok ? Tu sais pas si ton manteau il te va avant de l'avoir enfilé. Il faut essayer en fait, il faut le regarder, comparer la texture. Et c'est un peu ce qu'on fait, enfin c'est même beaucoup ce qu'on fait dans le programme. En fait, j'ai envie de te citer une personne qu'on va appeler Amélie l'anonyme. qui dit que elle, ce qui l'a aidée à plus retrouver son désir, c'était les outils qu'ils ont mis dans le corps. Et on a notamment un exercice qu'on appelle l'exercice des chaises qui permet d'interroger oralement deux voix pour ressentir. Et ce qui a permis à Amélie de se reconnecter à ce qui était important pour elle, en l'occurrence la création artistique et la danse. Parce que certaines réponses ne viennent plus de la réflexion, elles viennent du corps qui se met en mouvement. Alors je voudrais être claire sur quelque chose. Arrêter d'analyser, ça ne veut pas dire arrêter de réfléchir. Bien au contraire. Ça veut dire arrêter de croire que réfléchir suffira. La question n'est plus quelle est la bonne décision, être mère ou ne pas avoir d'enfant. C'est de quoi, c'est plutôt qu'est-ce que j'ai besoin de vivre, de ressentir, d'explorer, pour que la réponse puisse émerger. C'est une question qui déplace l'énoncé de la tête vers le corps. En fait, dans le programme, tu as vraiment la possibilité de te mettre au contact physique de propos de femmes qui sont dans des situations similaires ou différentes pour te lier avec elles et pouvoir voir ce qui se passe dans ton corps. Et c'est ça qui va te permettre d'avoir la sérénité dans le processus pour trouver ta réponse à toi, savoir si tu veux ou pas des enfants. Damajou a dit aussi quelque chose dans son travail que je trouve... particulièrement juste ici, surtout sur la question de la maternité ou de la non-maternité lorsqu'on a peur de regretter. Peur de regretter d'avoir des enfants et peur de regretter de ne pas en avoir. Damasio dit qu'on regrette rarement les décisions qu'on a prises en pleine conscience de ses valeurs. On regrette les décisions qui sont prises sous pression, qui sont prises par défaut ou par épuisement. Et paradoxalement, continuer d'analyser sans résultat, c'est ça qui se passe. C'est une décision par épuisement qui se prépare pour toi. À force de ne pas décider, le temps va te décider pour toi, la peur va te décider pour toi. Et c'est ça qui va faire que potentiellement tu vas prendre une décision avec laquelle tu seras en désaccord ou en regret plus tard. Ce sera ce regret-là qui sera le plus difficile à porter. Alors si tu te reconnais dans ce profil, la tête un peu trop chargée, tes listes, tes pours, tes contres, t'as tendance à aller chercher le plus d'informations possibles, suivre plein de comptes Instagram, aller écouter des podcasts, lire des livres. La certitude que tu trouveras si tu cherches encore un peu retient deux choses de cet épisode. La première c'est Damasio, tu ne peux pas décider sans ton corps, ok ? C'est neurologique, ce n'est pas juste une image que je te donne comme ça. Alors la prochaine fois que tu imagines une vie avec enfant ou sans enfant, ne demande pas à ta tête ce qu'elle en pense, va regarder tes sensations corporelles. La deuxième chose c'est Ibarra. La clarté vient de l'exploration, pas de la réflexion. Tu peux chercher des expériences nouvelles, mais pas des informations nouvelles. C'est ça qui va te permettre de continuer à avancer. Ce que tu cherches à éviter en continuant d'analyser, le regret, c'est exactement ce que tu risques de provoquer en n'arrêtant pas. Alors si tu veux identifier quel profil d'exploratrice tu es, parce qu'il y en a quatre, et que les quatre ne se débloquent pas de la même façon, je te mets le lien du quiz dans les notes de l'épisode. 3 minutes, une première clarté. Et si tu veux aller plus loin que le quiz, on a le programme Motherhood qui t'aide à aller et passer de la confusion à la clarté pour décider si tu veux ou pas un enfant et pas en solitaire, toute seule mais entourée d'autres femmes qui traversent aussi cette question. Un espace pour explorer et pas seulement réfléchir. J'ai hâte de t'écouter et de savoir comment est-ce que ce profil répond pour toi. Je te dis à très vite. Ciao !