Speaker #0Il y a des couples où la question des enfants crée un abîme, où deux personnes qui s'aiment profondément, et pourtant sur ce sujet-là, elles se retrouvent sur des rives opposées, un peu comme si elles faisaient des coucous de l'autre côté d'une rivière, mais sans vraiment réussir à se comprendre. Et une question qui revient, qui est toujours celle qu'on n'ose pas formuler, c'est est-ce que le problème c'est nous ? Est-ce que notre couple y est cassé ? Ou est-ce qu'on est juste deux personnes qui s'aiment, mais avec des désirs qui ne se rassemblent pas et qui ne se ressemblent pas encore ? ou pas du tout. Bonjour, c'est Amy au micro de Devenir mère ou pas, le podcast qui explore les nuances de la maternité et de la non-maternité et de tout l'espace de questionnement entre les deux. Et aujourd'hui, j'aimerais vous parler de ce qu'on fait quand nos désirs divergent en couple, de ce que ça dit de nous, de l'autre et du lien qu'on choisit, ou non, de garder. Devenir mère ou pas, c'est pour t'aider à y voir plus clair et surtout à te rappeler que c'est toi qui décides. Tu as le droit de devenir mère ou pas. Cette semaine j'aimerais vous parler de la divergence de désir en couple. J'ai pas hyper envie de vous parler de techniques de communication ou comment trouver un compromis sur ce genre de sujet ou pas de ben voilà les cinq étapes pour parler sans se blesser parce qu'en plus on abordera ce sujet là le 18 juin à 19h30 sur une masterclass autour du couple. Ce que j'ai envie d'aujourd'hui de partager avec vous, c'est plutôt ce qui se passe, un peu les coulisses, concrètement, physiquement, intérieurement, quand deux personnes décident de ne pas fuir le sujet ensemble, autour de la maternité ou de la non-maternité. Et quand elles choisissent de rester dans la question, même et parce que c'est inconfortable. Et donc j'ai envie de vous parler un peu de ma propre expérience, et aussi de toutes les personnes... qu'on ne peut pas nommer ici, mais qu'on accompagne dans le programme Motherhood, des personnes qui portent souvent seules un peu cette question, alors que cette question concerne vraiment le couple en entier. Et elles nous disent, en fait non, on n'en parle pas, parce que si on parle, quelque chose va se casser. Pour repartir de moi, quand j'ai rencontré mon amoureux, je savais qu'il n'avait pas envie d'avoir d'enfant, on s'est rencontrés au travail, il me l'avait dit. On se connaissait plutôt bien, on était même amis. Et voilà, j'ai quand même plongé dans cette relation, parce que je sentais intérieurement qu'il y avait quelque chose qui... Pour moi, il y avait quelque chose pour moi là-dedans. Et je me disais, pas tout à fait consciemment, mais il y avait quand même une partie de moi qui avait la croyance que l'amour suffirait à faire bouger les lignes. Que si il ne voulait pas d'enfance, c'était avec une autre femme, et peut-être qu'avec moi, je serais la bonne pour lui, tu vois. Que notre relation serait plus forte que sa position. que je pourrais le faire changer d'avis. J'ai fait beaucoup, beaucoup, beaucoup de raccourcis dans ma tête suite à ça. Et voilà, c'est aussi important pour moi de le partager ici sans me juger. Et j'espère que peut-être ça résonne un petit peu avec vous. J'ai toujours imaginé le désir de maternité ou de parentalité, le non-désir comme si c'était un peu deux pays différents. Il y a une frontière entre les deux, et cette frontière c'est une rivière. Et pendant un long moment de notre relation, lui était sur une berge, donc plutôt dans le pays non-désir d'enfant, et puis moi j'étais sur la berge désir d'enfant. On se faisait des signes, où la plupart du temps on s'aimait d'une berge à l'autre, mais on ne savait pas trop comment pouvoir se retrouver, comment avoir une discussion autour de ce sujet-là. Et on ne savait certainement pas ce que l'autre traversait. On avait vraiment la sensation que s'il y en avait un des deux qui traversait, en fait, cette personne-là, elle se noierait, en fait. Elle se désintégrerait. Elle n'aurait plus d'existence propre. Et je me rappelle le jour où la crise arrive, parce qu'en fait, c'est quelque chose qui existe depuis plusieurs mois. Je pleure pendant des jours. J'essaie d'appeler des amis, d'essayer de leur expliquer ce qui se passe. Et je me retrouve toujours à dire, il veut pas d'enfants, moi je veux des enfants. On fait comment ? Je sais pas quoi faire. Voilà, j'arrive pas à prendre une décision. Je me rappelle que je suis en train d'errer en bas de chez nous, dans le parking super glauque et de pas oser rentrer chez moi. Et en fait, c'est comme si je mets pas le pied dans l'appartement, c'est pas réel. C'est comme s'il y avait un espace où j'ai pas cette conversation, quoi. J'ai pas cette conversation avec lui. Et du coup, je me retrouve avec cette question. Comment est-ce que je peux te dire ? Je t'aime. Et en même temps, si tu veux pas d'enfant, et que moi j'en veux, on doit se séparer, non ? Mais du coup, j'ai pas envie de me séparer. Du coup, on fait quoi ? Du coup, je me retrouve coincée entre le je t'aime et je veux pas me séparer. Du coup mon cerveau bug complètement. Et puis il nourrit d'autres questions. Est-ce que j'ai réellement un désir d'enfant ? Est-ce que je ne suis pas en train de m'abandonner complètement ? Est-ce que je m'écrase dans ce couple-là ? Et ce qui est vertigineux à ce moment-là, c'est que je ne sais plus très bien d'où vient la douleur. Je souffre tellement que je ne sais pas si c'est le désir d'enfant qui parle ou la peur de perdre l'autre. Et les deux se confondent et je commence à douter de absolument tout. de mon job, de ce que j'avais envie de voir, de l'endroit où j'habite. C'est une confusion qui commence à perler sur l'ensemble de ma vie. Je t'en parlerai juste après, il y a un petit peu de théorie là-dessus. Ce qu'on décide de faire à l'inverse avec mon amoureux, c'est quelque chose de l'ordre du deal exploratoire. Du coup l'idée c'est plutôt que de prendre des décisions dans le drame, avec les émotions à fond qui partent, complètement à Kékéouette, dans la précipitation, on a décidé de faire exactement l'inverse. On a décidé de ralentir. On a regardé ce qu'on avait devant nous. Devant nous, je fêtais mes 35 ans, et on avait un voyage ensemble de prévu. Et on s'est dit, bon, en fait, on veut quoi ? Déjà, on n'a pas envie d'annuler cet anniversaire, et on n'a pas envie d'annuler ce voyage incroyable. Du coup, on est repartis de ça. On s'est dit... Voilà, on va faire un deal. On va s'engager tous les deux à explorer le désir de l'autre. Pas le sien propre, mais vraiment celui de l'autre. Donc moi, je m'engage, Amy, à explorer à quoi ressemblerait une vie sans enfant. Honnêtement. Et lui s'engage à explorer une vie avec enfant. Chacun investit vraiment cet espace pour faire ce travail. Pour moi, c'était beaucoup de thérapie individuelle et pas mal de lectures, de conversations avec des amis proches. Pour lui, c'était plutôt de la thérapie aussi, mais surtout des échanges avec des amis, parce que les lectures, c'est pas trop son truc sur ce sujet-là. On s'est dit ensemble, bon, on se met pas de pression, de toutes les façons, on est au bord de la rupture, donc bon, voilà, on va pas... Si on va plus loin, on sépare, donc au pire, on sépare, voilà. Mais on accepte qu'on puisse se retrouver ensemble avec une divergence, et puis on verra bien ce qu'on fait à ce moment-là. Voilà, c'est pas une solution. On a vraiment essayé de créer cet espace contenant pour notre espace de couple, pour notre espace amoureux. Et suite à ça, j'ai envie de te proposer quelques éclairages théoriques qui, je pense, peuvent être utiles si c'est une situation qui te parle. Le neuropsychologue Daniel Ziegel parle de ce qu'il appelle la fenêtre de tolérance. La fenêtre de tolérance, c'est l'espace intérieur où on peut à la fois ressentir quelque chose d'intense tout en continuant. à réfléchir, à parler et à rester en lien. Quand on sort de cette fenêtre, le cerveau se met en mode survie. On ne pense plus vraiment, on réagit, on fuit, on attaque, on se fige. Alors moi je suis dans la fuite. Typiquement, quand j'irais en bas de chez moi sur le parking bloc, c'est exactement ça. En fait, je n'étais plus du tout dans ma fenêtre de tolérance. J'avais juste besoin que mes émotions redescendent, de temps pour avoir un espace pour trouver une réponse. En fait, ce n'est même pas pour trouver une réponse, c'est pour trouver un espace dans lequel aller explorer une réponse pour moi. De ton côté, ça peut peut-être ressembler à ça. Tu as une conversation importante avec ton partenaire et à un moment, tu as l'impression que lui ou toi, tu n'entends plus ce qu'elle te dit ou ce qu'il te dit. Tu es là physiquement, vous êtes là ensemble et en fait, intérieurement, vous n'êtes plus connectés. Il y a un truc qui a... Voilà. C'est à ça que ça ressemble en fait. Parfois, tu peux dire aussi des choses que tu ne pensais pas dire. T'es déconnecté ou tu sais pas très bien d'où elles sont venues. C'est ta fenêtre de tolérance qui s'est refermée. Et ça, c'est vraiment neuropsychologique. C'est vraiment une réaction du corps. C'est intéressant de l'avoir en tête pour dire, ok, hola, stop. Là, ça part en cacahuète, on repose, on fait une pause. On ne peut plus réfléchir, on ne peut plus ressentir. L'autre chose dont je voudrais te parler, c'est le travail d'une sociologue de Harley Houghton. Horschild, je ne sais pas très bien comment on prononce ça, qui parle des conversations de fond qui existent dans les couples. Et c'est des conversations qu'on n'a pas vraiment, parce qu'en fait, elles sont souvent trop risquées, trop chargées émotionnellement. Le problème, c'est que ces conversations, elles structurent tout en silence. Et souvent, la question des enfants, elle vient à cet endroit-là. Elle vient dans ce sous-sol du couple. Elle n'est pas formulée, elle n'est pas partagée, mais elle est présente partout. Par exemple, dans la façon dont en couple vous faites des projets à 6 mois mais pas à 5 ans. Ou dans la façon dont vous évitez de parler de certains sujets quand vous déjeunez. Voilà, on a des petites tensions, des moments un peu, voilà, on observe son amoureux, son amoureuse réagir avec des enfants. Et puis voilà, on en tire des conclusions, on interprète. Voilà, c'est ce genre de choses en fait. De moments où il y a des débuts de conversation dans notre tête mais... dont on ne parle pas avec l'autre. Moi, je parle en particulier à des moments où on a me recroisé des enfants. J'avais cette conversation toute seule avec moi-même, à chaque fois, sauf que je n'arrivais pas à en parler avec lui. Ce qu'on a réussi à faire au final, ce qu'on a créé, c'est de faire remonter cette conversation, de lui donner une forme, lui donner un cadre, lui donner un espace temporel et de ne pas la laisser vivre comme ça, toute seule, dans ma tête et aussi dans la sienne. Et ça, ça rejoint aussi quelque chose qui est important pour moi de mentionner pour vous, qui est le travail de Gottman, de Julie et John Gottman, en l'occurrence, ils sont deux, qui est le travail autour de la dispute. En fait, ce qu'ils montrent, c'est que ce n'est pas le conflit qui détruit les couples, c'est l'évitement, c'est la distance qui s'installe quand on décide, l'un après l'autre, ou l'un pour l'autre, que c'est trop risqué d'ouvrir ce sujet-là. Alors qu'une dispute qui est bien conduite, celle où on reste... présente, celle où on reste présente à l'autre, même quand c'est difficile, et j'ai envie de dire surtout quand c'est difficile, c'est un acte d'intimité. C'est une dispute qui est habitée. C'est une dispute qui tisse, qui crée du lien plutôt qu'elle ne déchire. C'est vraiment ça qui est important. C'est la différence entre une dispute qui laisse une trace douloureuse et une dispute qui au fond vous rapproche, même si elle est douloureuse. Est-ce que je cherche à avoir raison ou est-ce que je cherche à recréer du lien ? Voilà, ce que j'ai appris dans cette période-là et que j'avais envie de partager, c'est que bien se disputer, ça s'apprend. Et je vous promets, c'est aussi tous les jours, que le désaccord, surtout sur un sujet aussi sensible, ce n'est pas nécessairement une menace pour le lien. C'est peut-être une expression, ok ? Que deux désirs... qui ne se ressemblent pas, ne sont pas nécessairement de désirs incompatibles et qu'on peut rester en contact dans l'inconfort. Ce n'est pas nécessairement la même chose que d'être dans la même pièce. C'est vraiment en contact émotionnel. Et ça, c'est l'acte d'amour, je trouve, aujourd'hui, le plus difficile et le plus précis que j'ai eu à vivre. Alors, il n'y a pas de réponse propre à tout ça. Il n'y a pas de formule, il n'y a pas de mode d'emploi. C'est juste pour moi d'avoir conscience que, ben voilà, on est sur deux rives et que c'est ok qu'il n'y en a pas un nécessairement à traverser l'autre, mais juste de prendre conscience que, voilà, on est sur deux rives ensemble et qu'on regarde la rivière ensemble et qu'on se dit, ben peut-être qu'on va essayer de créer un pont tous les deux. Et c'est vraiment cette idée que j'essaie de garder avec moi. Quand ça fait peur de parler, c'est peut-être exactement là où il faut qu'on aille regarder. Et vous avez noté, j'ai bien dit « on » , pour résoudre ou décider. mais pour rester ensemble dans cette question. Et pas laisser le silence faire le choix, à notre place et à ta place. Alors si cet épisode a fait qu'elle bougeait quelque chose en toi, ça peut être la divergence, ça peut être les non-dits, ça peut être le partage de mon expérience. Je voulais te dire qu'on va un petit peu plus loin sur ce sujet-là parce que c'est un sujet qui me tient beaucoup, beaucoup à cœur autour du couple. Et on va aller sur quelque chose d'un petit peu plus concret que là. c'est le 18 juin à 19h30 et pendant 1h15 on va te partager 3 clés concrètes pour t'aider à avoir une vraie conversation ou des vraies conversations avec ton ou ta partenaire autour de tout ce sujet là c'est vraiment l'idée c'est pas de vous aider à avoir une conversation parfaite mais vraiment plutôt une conversation qui rapproche, qui tisse qui crée du lien avec des silences avec peut-être des maladresses et aussi avec peut-être quelques pistes d'ouverture. Je te mettrai toutes les infos et les descriptions en lien de cet épisode. Sinon, j'espère que ça a été utile pour toi et je serais hyper curieuse que tu me dises comment ça l'a été et comment ça résonne pour toi. À très vite !