Speaker #1Hello, cette semaine c'est Laurie au micro. Aujourd'hui, je clôture un site que l'on a ouvert sur Instagram la semaine dernière et qui me tient vraiment à cœur, celui où on tourne autour d'une question assez renversante. Est-ce que je doute parce que je ne veux pas d'enfant ou est-ce que je doute parce que le modèle de maternité qu'on me propose ne me ressemble pas ? Et je vais te le dire tout de suite, pour moi, longtemps, le problème n'a pas été le désir. Le problème, c'était la carte qu'on m'avait donnée de la maternité. Franchement, tu vas voir, c'était pas très attirant. Je vais d'abord te raconter d'où ça vient chez moi, parce que peut-être que ça fera écho. Et ensuite, je vais t'aider à faire un petit pas de côté pour que tu puisses t'y projeter. J'aimerais commencer par te poser une question. Quand tu penses à maternité, au mot maternité, à ce que la maternité représente pour toi, eh bien, quelles images apparaissent là maintenant tout de suite sans que tu réfléchisses trop ? Comme ça, ça va être la meilleure façon pour nous de faire le chemin ensemble. Ce qui vient pour moi, c'est l'image d'une mère triste à la maison. Pas tout le temps, mais assez pour que, enfin, enfant, ça s'imprime et que tu gardes ça en mémoire quand tu grandis. Et de l'autre côté, j'ai aussi une mère joyeuse uniquement avec ses amis. Genre bien vivante, qui rigole, vraiment comme si ça me donnait l'impression qu'elle respire enfin quand elle est avec ses amis. J'ai vu aussi un couple qui se disputait, et ça c'est vraiment avec mes yeux d'enfant. Donc pas une analyse fine à l'époque, mais juste cette ambiance dans laquelle je grandis et qui forcément laisse des traces. Puis j'ai compris plus tard que ma mère avait eu envie de quitter le couple dont je te parlais, mais qu'elle est restée parce que mon frère et moi, on était là. Et peut-être que maintenant, tu t'imagines ce que ça peut faire dans la tête d'un enfant qui devient adulte, la femme que je suis aujourd'hui. Forcément, ça crée un lien qu'on va dire plutôt inconscient au sens de... Tu grandis avec, ça met en place des schémas dans lesquels tu es et puis hop, d'un coup, tu as la révélation. Pour moi, avoir des enfants, ça voulait dire ne plus pouvoir partir. Avoir des enfants, ça voulait dire rester. Avoir des enfants, c'est en gros se laisser coincer à vie. Maintenant, avec le recul, avec des années de mise en mots, j'ai eu mis justement des mots plus adultes dessus. Comme notamment tout ce qui concerne l'injustice économique, la difficulté de partir du fait de ces injustices économiques entre un homme et une femme, les asymétries de charge mentale, tout ça, tout ça. Mais à l'époque, clairement, c'était juste une sensation. Et cette sensation, pour moi, quand j'y réfléchis, ce qui apparaît, c'est vraiment la sensation de prison. Comme si dans mon corps, quand j'imagine couple, plus enfant, eh bien, j'ai l'image de la prison qui apparaît et aussi la sensation physique. Et c'est important, en fait, de le dire parce que parfois, on croit clairement qu'on parle de désir d'enfant. Ah non, ben, je ne veux pas d'enfant. Alors qu'en fait, derrière, c'est plus profond que ça. Ben voilà, tu vois, même mon chat, il est d'accord avec moi. On parle d'un système. Le couple, la répartition, l'argent, le patriarcat. Et je te laisse mettre tous les mots qui parlent pour toi vis-à-vis de ce système. Aussi du fait que, très concrètement, statistiquement, partir quand tu as des enfants, c'est pas du tout la même histoire. C'est pas hop, allez c'est bon, je claque la porte et je me reconstruis, non. C'est quand même un autre monde et moi j'ai grandi avec cette association-là. Je rêvais même d'avoir des parents divorcés parce que comme ça, dans ma tête, ça voulait dire bah si si, regarde, on peut partir et être plus heureux, même avec des enfants. Et c'est là que je vais te proposer une idée qui peut un peu tout changer, quand même quand on se questionne autour de ce désir ou non de devenir mère. Et bien c'est que comme tu peux le voir dans plein de récits qui nous entourent, et peut-être que tu le penses encore aussi aujourd'hui, c'est qu'on te vend souvent le désir comme un truc très instinctif, une évidence. Comme si avoir un enfant ou pas c'est clairement aussi le déclic. Et tout ça, et bien ce désir en réalité il ne se construit pas du tout. Comme ça, dans un vide, il va se construire avec des images, des récits que tu vas voir dans les livres, dans les films, les récits des amis autour de toi, des familles que tu vois, avec vraiment tout ce qu'on voit autour de nous. Et avec ce qu'on a intégré, sans s'en rendre compte. Et si les images disponibles sont carrément pauvres, forcément, toi... Elles deviennent toutes les mêmes, elles racontent toutes la même histoire. Et bien là, ton désir, que ce soit par rapport aux enfants ou pas, ça peut être un tout autre sujet, ce désir-là, il peut carrément se rétracter, devenir tout petit, voire complètement invisible, inexistant, parce que ce qu'on te propose ne te donne pas envie. Il y a une métaphore que j'aime bien, qui m'aide pas mal pour représenter ça. Parce que j'adore voyager. Donc je te donne cette métaphore-là pour voir comment tu vois les choses. Donc imagine, tu veux visiter un nouveau pays. Tu prends la carte, mais c'est une carte qui est assez limitée, voire ultra limitée. Parce que t'as choisi de voyager en voiture et tu prends que les grands axes. Parce qu'il n'y a que les grands axes d'indiquer les autoroutes qui te mènent aux zones touristiques principales. Donc qui dit zone touristique ? principale, c'est quand même bien la foule. Et tu fais ton voyage comme ça, sur tous ces grands axes, et tu rentres en disant « Ouais, bof, en fait, c'était pas incroyable le truc quand même. » Mais en fait, tu n'as pas vu le pays. T'as vu une version en mode accélérée, avec des contraintes, puisque tu devais suivre tel chemin, telle autoroute. Et en fait, à côté, est-ce que t'as vu les petites routes ? Est-ce que t'as même vu une départementale ? Est-ce que, tu sais, ça me fait penser à ce voyage au Canada que j'ai fait, où t'as les chemins en terre battue et ça s'ouvre sur un magnifique lac. Les détours où tu tombes sur des endroits incroyables, mais que personne ne monte sur les brochures, bien évidemment. On ne te les a pas données, celles-là. Tu ne trouves pas que la maternité que l'on nous présente aujourd'hui, c'est ça ? Une carte avec... uniquement les grands axes, celles que tu vois sur Instagram, sur les réseaux sociaux. C'est vraiment le modèle dominant, celui qui est hétérocentré, asymétrique, où on te demande de te sacrifier, ou alors d'être dans une fusion, et souvent très injuste, alors qu'à côté il peut exister plein d'autres modèles. Et si tu ne te reconnais pas dans cette version-là, très dominante, Eh bien... Tu peux aller à un chemin assez court. Je ne veux pas d'enfant. Alors que peut-être, plus finement, au-delà de tout ça, tu pourrais vouloir dire je ne veux pas d'enfant comme ça, dans ce modèle-là. Pour te donner un autre exemple, et parce que vous êtes quand même nombreuses à être belle-mère ici, il y a une expérience qui a beaucoup compté pour moi, dont je t'ai déjà parlé, c'est celle de justement avoir été belle-mère. Et là j'ai vu à quel point un rôle peut être carrément verrouillé par l'imaginaire collectif. Parce que dans plein d'histoires, dans plein de dessins animés, la belle-mère passe encore la marâtre. Donc la place que tu peux prendre... elle est déjà carrément écrite avant même que tu arrives. Et t'as pas encore pu construire quoi que ce soit, que le rôle, il a déjà une réputation. Ce rôle de belle-mère, il a déjà une réputation, mais mine de rien, est-ce que tu veux aller contre cette réputation-là ou pas ? Est-ce que t'as envie de te battre contre une norme ? Et bien, dans toute cette histoire, c'est exactement ça. Par exemple, pour moi, je pourrais aimer avoir un enfant, mais je veux pas... perdre mon identité vis-à-vis de ce qu'on cherche à m'imposer. Je veux pas devenir une version de moi qui s'efface derrière une norme. Et je vais te donner un gros point de bascule qui a pu être présent dans ma tête, c'est que je ne doute pas seulement de l'idée d'avoir un enfant, je doute du couple avec enfant. Et c'est pour ça que c'est inconfortable, parce que J'ai envie d'être en couple, je suis en couple, j'aime être en couple et j'ai cette contradiction qui est très vivante. La peur du couple avec enfant, pour moi c'est la prison et en même temps, j'ai envie d'être en couple. Et si tu es dans ce genre de contradiction-là, j'ai envie de te dire, t'es pas du tout incohérente, t'es juste lucide. Tu vois les risques, t'es en capacité de te projeter là-dessus. tu vois aussi tout ce que projette sur toi l'histoire de ta famille ou les histoires autour de toi. Tu vois les statistiques, la charge mentale, l'appauvrissement des femmes à la naissance d'un enfant. Mais tout ça, en fait, c'est important aussi que tu puisses le mettre au regard d'autres choses. Des moments où, justement, tu peux réouvrir ton imaginaire. Par des lectures, par des récits. Là, tu peux prendre un petit crayon et un carnet. parce que je pense notamment au livre Maternité Rebelle de Judith Duportail, au livre de Gabrielle Richard qui est une sociologue et qui a écrit Faire Famille Autrement. Et elle intervient aussi dans un podcast qui s'appelle Guide de la parentalité queer. C'est le podcast qui s'appelle Camille de Binge Audio. Il est en deux épisodes et franchement c'est top. Et... Et ce que ça m'a fait, moi, à chaque fois, dans ces lectures, ces podcasts, ça m'a donné de l'espace, de l'ouverture, la liberté de me dire « Waouh, trop chouette, en fait, il y a d'autres routes, je peux aller ailleurs. » Et tu vois, ça fait même écho avec ce que l'une de nos participantes, au début, quand elle s'est inscrite au programme, elle m'avait dit quelque chose un peu gênée, et je trouvais ça tellement logique pour ma part, c'est qu'elle disait qu'elle avait un désir d'enfant. mais qu'elle préférait avoir un enfant en coparentalité qu'avec son conjoint. Parce qu'elle serait certaine du même niveau d'engagement. Et ça ne veut pas dire que c'est la bonne solution, mais ça veut dire qu'elle se permettait à s'autoriser à imaginer une autre façon de voir les choses, ou de ce qu'elle trouvait de beau dans la coparentalité, pour pouvoir voir est-ce que c'est transposable avec mon conjoint et à quel niveau. Merci. Ces lectures, moi aussi, ça me reconnecte à une idée que j'aimerais explorer. C'est un lieu, un endroit où en fait des mères, solas, elles pourraient élever leurs enfants ensemble. Pas dans le délire utopique de tout est facile, ça non, mais vraiment dans cette logique de solidarité, d'être dans un cercle de soutien, avoir un équilibre. C'est vraiment où la maternité, elle ne repose pas sur une femme complètement isolée dans un appartement à tout porter, mais vraiment un contexte de soutien. Et là, forcément, je ne me dis plus que c'est une prison. Ça me dit, waouh, c'est chouette, c'est possible. Voilà, donc le désir, eh bien, il se construit dans un imaginaire. Si l'imaginaire disponible est trop étroit, eh bien... Ton désir, il ne peut pas respirer. Pareil, si tu penses que ton désir est de vivre sans enfant. Tiens, il y a l'avion, je ne sais pas si tu l'entends, qui nous parle de la carte du voyage tout à l'heure. Mais si ton désir, c'est de vivre sans enfant, aujourd'hui, les représentations, elles sont assez limitées. Ça ne t'ouvre pas beaucoup d'imaginaire. Donc forcément, tu peux aussi requestionner ce désir-là qui ne peut pas respirer. Donc, il y a une phrase que tu peux retenir. C'est que ce n'est pas toujours le désir qui manque, mais la représentation disponible qui est trop pauvre. Et si la seule carte que tu as, ça ressemble à cette fameuse mini-carte de voyage ou prison, forcément tout ça, ça ferme. Donc, ce n'est pas forcément que tu ne veux pas, mais que tu peux avoir besoin de voir plus large et de t'autoriser à faire marcher ton imaginaire. C'est exactement ce qu'on dit dans un chapitre de notre livre. Parce que oui, je ne t'en ai pas parlé au début de cet épisode, mais le 19 février, notre livre sort. Et donc, si tu écoutes cet épisode, c'est le lendemain. Et dans ce livre qui s'intitule « Tu vas regretter de ne pas avoir d'enfant » , le guide pour clarifier son désir ou non de devenir mère sans pression aux éditions Jouvence, eh bien on a réservé un chapitre qui s'appelle « Et si tu as inventé ta propre version ? » C'est-à-dire ta propre famille, que ce soit avec des enfants ou sans enfants. Donc je t'invite vraiment à aller explorer dans le livre. les différents récits qu'on a pu explorer et les propositions. Pour finir cet épisode, tu me connais, je ne vais pas te dire quoi faire avec tout ça, mais je vais te laisser avec deux, trois questions. La première, je ne sais pas si tu te rappelles, que je t'ai posée au tout début de l'épisode, c'est quand tu penses maternité, quelles images apparaissent tout de suite pour toi ? Est-ce que c'est genre des autoroutes ou est-ce que tu as accès à des petits chemins ? La deuxième, eh ben, si tu ne changeais rien à ta vie sauf une seule chose, le modèle. Est-ce que ton désir bougerait ? Et allez, une troisième, comment t'imagines la version de toi qu'on te propose de devenir en étant mère ? Voilà, si cet épisode t'a parlé, tu peux me le dire en message sur Instagram, notre compte c'est devenir mère ou pas, ou en commentaire, et ça compte vraiment, on adore avoir vos retours. Et si tu veux soutenir le podcast, il y aura tout notre blabla après, mais tu connais la chanson, des étoiles s'il te plaît, un avis, un partage à une amie, le partage sur les réseaux sociaux, c'est ce qui nous permet de faire connaître tout ça. à d'autres femmes qui en ont besoin. Allez, je te laisse là-dessus et je te dis à très vite !