Speaker #0Il y a des sujets qu'on ne choisit pas toujours d'aborder parce qu'on en a envie, mais plutôt parce qu'ils nous traversent, et parce que brutalement nous y sommes confrontés. Salut, c'est Amy au micro de Devenir mère ou pas, le podcast qui explore les nuances entre la maternité et la non-maternité, et surtout l'espace de questionnement entre les deux. Et aujourd'hui, j'aimerais vous parler de deuil. Devenir mère ou pas, c'est pour t'aider à y voir plus clair, et surtout à te rappeler que c'est toi qui décides. Tu as le droit de devenir mère ou pas. Cette semaine, j'aimerais vous parler de deuil. Je n'ai pas envie de vous parler du deuil lié à la mort physique, mais plutôt de celui ou de ceux qui sont liés au chemin qu'on n'a pas emprunté. C'est parti d'une pratique qu'on a donnée aux femmes de notre programme Motherhood la semaine dernière. Ce programme, c'est un programme qui t'aide à clarifier ton désir ou non de maternité et sans pression. Et dans ce programme, il y a un moment de l'accompagnement. On propose un exercice aux participantes. L'exercice est le suivant, c'est écrire une lettre à l'enfant qu'elles n'auront jamais. Ce moment, c'est toujours un moment un peu fort pour moi, parce que la première fois que je l'ai réalisé pour moi-même, cet exercice a été assez émotionnel. J'ai beaucoup pleuré, toute seule, face à ma feuille, et en même temps, il y avait une grosse part de moi qui me jugeait. Je me voyais écrire et je me disais, mais en fait, meuf, cet enfant, il n'existe pas. T'arrives à te mettre dans des états incroyables et à pleurer comme une madeleine en écrivant toute seule, alors qu'il n'existe même pas. Mais c'est quoi un peu ton problème ? Et depuis ce temps-là, et ça fait trois ans maintenant, à chaque fois qu'on me propose aux participantes, je me remets à l'ouvrage. Et à chaque fois, je réécris cette lettre, parce que j'aime bien aussi observer ce qui a changé au fur et à mesure des mois qu'on passait. La manière dont je vois un deuil, pour moi, c'est un chemin que je n'ai pas suivi. C'est un peu comme ça. Je m'imagine une... dans la montagne, souvent je fais de la rando dans le Pays Bas, parce que j'aime bien cette région, et j'arrive dans une clairière où aucun chemin n'est visible. C'est pas qu'il y en a plusieurs devant moi, c'est vraiment que je vois rien du tout au premier abord. Il y a des petites traces d'animaux sauvages, mais c'est les seules traces sur lesquelles je peux m'appuyer. Et puis, le temps aidant, je décide d'un chemin. Et parfois je me retourne, et je constate que les chemins que j'ai pas suivis s'effacent, et que les ronces reprennent leur droit. J'ai fait la liste de mes deuils un matin dans le train où je me suis levée très tôt pour aller à Paris. Voici ce que ça donne. Je fais le deuil d'une vie avec enfant. Je fais le deuil d'une vie complètement à l'étranger, dans une grande mégalopole, où chaque jour j'irai chercher mon chai latté en me sentant powerful. Je fais le deuil d'une amitié qui m'a longtemps tenue à cœur, mais qui aujourd'hui ne me correspond plus. Je fais le deuil d'une vie où je dépense sans compter parce que j'ai les moyens de m'en foutre. Et j'ai fait le deuil d'une relation où la communication est parfaitement fluide avec mes parents. C'est un chantier en construction et j'espère qu'il se terminerait un jour. Mais quand j'ai fait cette liste de mes deuils, j'ai réalisé que cette liste était complètement incomplète si je ne mettais pas en face ce que je choisissais. Alors choisis une vie de partage, ensemble, une vie d'espérance dans le futur. Une vie plus tranquille à la campagne, au rythme des saisons et de la lumière. Une vie carrément un peu différente de celle que j'avais imaginée pour moi quand j'étais enfant. Mais une vie que j'ai construite consciemment, mode de terre par mode de terre. Et une vie avec du vivant. Je me demande si c'est pas ça, devenir adulte. Vivre la vie que tu souhaites vraiment. Ce que je viens de décrire, il y a plusieurs psychologues qui lui ont donné un nom. En fait, il y a deux psychologues qui ont travaillé autour du deuil. Le premier, il s'appelle Kenneth Ausha. Et dans les années 1980, il théorise ce qu'il appelle le « disenfranchisized grief » . En bon français, traduction... c'est le deuil non reconnu. Ce sont les deuils pour lesquels il n'existe pas de rituel, pas de validation sociale, pas de permission de souffrir. Ce sont des deuils que personne ne voit parce qu'il n'y a pas eu de mort au sens classique du terme. Ça peut être lié par exemple au deuil d'un animal de compagnie qui n'est pas toujours compris par l'entourage, qui peut vous renvoyer quelque chose de mais bon ok c'était qu'un chien ou qu'un chat. Mais Ausha partage également cette phrase. We can become invested in dreams, grieving their demise. Tu peux faire le deuil d'un rêve, d'une vie imaginée. Et dans le cas où tu aurais choisi de ne pas avoir d'enfant, ou que tu sois même dans ce questionnement entre en avoir un ou ne pas en avoir, ce deuil, cette tristesse, cette perte est d'autant plus invisible. C'est un peu comme si on disait, en fait c'est bon, t'as décidé de ne pas avoir d'enfant, alors en fait t'as pas à te sentir mal, t'as pas à pleurer. Et si tu regrettes, ben, c'est peut-être que t'as pas fait le bon choix. Fin de l'histoire. Il n'y a pas d'expérience entre les deux. Il n'y a pas d'expérience entre être ok avec cette tristesse et le regret. Le problème, c'est que ça, parfois, toi, tu te le dis à toi-même aussi. Et tu te reprends. Tu dis que t'as pas le droit à l'erreur, que t'as fait ton choix, que tu l'assumes. Bon alors, c'est bon, meuf, t'as décidé de pas avoir d'enfant, donc tu vas arrêter de te sentir mal. Sauf que choisir quelque chose ne fait absolument pas disparaître ce qu'on laisse derrière. Chaque oui contient des milliers de noms. Et c'est ça, prendre une décision vraiment libre et en conscience. La difficulté, c'est que personne ne te donne la permission de pleurer un chemin. que tu as toi-même décidé de ne pas emprunter. Il n'y a pas de rituel pour ça. Il n'y a pas de cérémonie. Il n'y a pas d'espace social où tu peux te dire j'ai choisi et pourtant je perds quelque chose. Et cette perte me rend triste. C'est quelque chose qu'on va avoir tendance du coup à porter seul. En préparant ce podcast, j'ai réalisé que moi-même, non plus au final, je n'avais pas du tout mené de rituel de clôture par rapport à cet enfant que j'aurais jamais. Peut-être qu'il me reste aussi une porte symbolique à refermer. Et que c'est ok ce pincement, là, dans ma poitrine. Parce que oui, c'est peut-être pas la vie que j'avais imaginée, mais c'est la vie que j'ai choisie. Et ce pincement dans ma poitrine, c'est pas un regret. C'est pas un signal que j'aurais dû choisir autrement. C'est simplement la tristesse du deuil. Bien réelle, ça je peux te le dire. Mais surtout absolument légitime, même si personne n'en a conscience. Le deuxième concept que j'avais envie de te partager sur ce sujet, ça nous vient de la psychologue Pauline Boss. Dans les années 1990, elle publie autour d'un concept qui s'intitule « Ambiguous Loss » , la perte ambiguë. Ce sont les pertes sans bord net, sans clôture possible. Ce sont des pertes qui restent ouvertes parce qu'elles ne ressemblent à aucun deuil connu. Pauline Boss identifie notamment les pertes de personnes physiquement absentes, mais psychologiquement très présentes. Celles qu'on continue de porter dans les pensées, dans les lettres qu'on leur écrit, dans les prénoms qu'on leur donne. Ce que Ausha et Doss nous disent ensemble, c'est simple. Ta peine a une structure réelle. Elle n'est pas irrationnelle, ou elle n'est pas excessive, ou je ne sais pas quelle autre connerie qu'on pourrait te dire. Cette douleur, elle t'appartient. Et surtout, tu n'as pas à la porter toute seule. Tu peux aussi la partager autour de toi à des personnes de confiance. La nommer et en prendre soin. Parce que nommer, c'est deuil. Les écrire, les lister, leur donner une forme. C'est déjà, je pense, fabriquer son propre rituel. C'est personnellement ce que j'ai trouvé de mon côté, un peu par chance, mais aussi en faisant confiance sur ce dont j'avais besoin quand j'ai fait cette liste des deuils. Et surtout, peut-être qu'à côté de chaque deuil nommé, il y a quelque chose d'autre qui devient visible. Les choix que t'as fait, les décisions que t'as prises. Pour moi, c'est important de les nommer, de les écrire et de m'y raccrocher. Quand je me balade dans mon jardin, au-delà du plaisir que j'ai à être dehors, je prends le temps de considérer les ronces autrement. Je me dis qu'en fait, elles sont aussi des témoins des chemins que je n'ai pas suivis. Et c'est complètement ok. Alors, si tu fais aussi cette liste pour toi un jour, prends le temps vraiment de l'écrire jusqu'au bout. Sans t'arrêter avant d'avoir tout dit. Et en face de chaque deuil, tu peux te demander, qu'est-ce que je choisis à la place ? Voilà ce que j'avais envie de te partager autour de sujets multiples du deuil, ou des deuils plus globaux, ce qui serait plus juste au pluriel. Et si c'est un sujet qui te traverse aussi, que tu portes toi aussi des deuils sans nom, des questions qui tournent ou une peine que personne autour de toi ne semble voir, peut-être que le programme Motherhood est là pour t'aider à traverser ça. Pas nécessairement pour décider à ta place entre la maternité et la non-maternité, mais vraiment pour que tu puisses habiter cet espace d'entre-deux, de doute. et les rendre un peu moins présents pour prendre une décision qui, toi, te convient. Et si t'as aimé ce sujet, je serais hyper curieuse que tu me dises sur Insta comment ça a résonné pour toi, c'est quoi tes réflexions, tes émotions ou n'importe quel autre mot ancien pour toi. Et aussi, c'est hyper important de nous aider à faire connaître notre travail avec Laurie. Alors prends le temps, si c'est possible pour toi, de noter notre podcast et de lui mettre 5 étoiles. Ça nous aidera à faire connaître notre travail, parce que ton aide compte vraiment beaucoup pour nous. Merci beaucoup pour ton écoute et à très vite.