Speaker #0Il y a des envies qu'on porte depuis très longtemps, des envies qu'on ne réalise jamais vraiment, pas parce qu'elles ne comptent pas, mais au contraire parce qu'elles comptent beaucoup trop. Et parfois, on réalise que ce rapport-là à l'envie, il dit quelque chose sur notre rapport à l'ambivalence, au doute. Bonjour, c'est Amy au micro de Devenir mère ou pas, le podcast qui explore les nuances de la maternité et de la non-maternité, et de tout l'espace de questionnement entre les deux. Et aujourd'hui, j'aimerais vous parler de l'écriture et de ce qu'elle peut faire pourvu quand vous n'avez pas encore la réponse. Devenir mère ou pas, c'est pour t'aider à y voir plus clair et surtout à te rappeler que c'est toi qui décide. Tu as le droit de devenir mère ou pas. Cette semaine donc, j'aimerais vous parler de l'écriture. Mais je n'ai pas vraiment envie de vous parler de l'écriture comme une solution ou d'un outil miracle pour trouver ce qu'on veut. J'ai plutôt envie de vous en parler... de la manière dont on s'autorise à poser des mots imparfaits, et surtout du processus d'écriture et de ce que ce processus d'écriture révèle. C'est partie d'une réflexion que j'avais en construisant le programme que j'ai co-créé avec Laurie Motherwood. On travaille beaucoup autour de la question de l'ambivalence face à la maternité et à la non-maternité, et à un moment je me suis demandé, quand est-ce qu'on a besoin d'être seul avec soi, dans le silence de ses propres pensées ? À quel moment est-ce que c'est utile ? Et à quel moment est-ce que c'est utile d'un outil comme l'écriture qui peut faire quelque chose de différent que la réflexion seule ne peut pas faire ? J'ai toujours eu envie d'écrire. Et depuis des années, je m'auto-sabote. C'est pas que je n'essaie pas, c'est que je supprime tout avant d'avoir fini. Je me rappelle la première fois où j'ai vraiment compris ce que je faisais. Alors bien sûr, je ne l'ai pas compris dans le moment. Je vous raconte l'histoire. J'étais dans une auberge de jeunesse à Bruxelles. C'était une des premières fois où je voyageais toute seule. J'étais dans des bunk beds, des lits superposés. Une ambiance un peu suspendue. En face de moi, il y avait des gens qui parlaient. Et puis moi, je me sentais un peu à part, un peu hors du temps. Et j'ai commencé à écrire un texte sur ce qui se passait dans l'auberge de jeunesse que j'étais en train de vivre. Je l'ai terminé. Et en le relisant, je l'ai relu plein de fois. Et à chaque fois que je le relisais, je trouvais nul. Et du coup, j'ai commencé à supprimer des morceaux. Un peu, un peu, un peu. Et puis à la fin, il ne restait qu'une seule phrase. Et donc en fait, j'ai... enregistré cette phrase dans un doc word et je me suis dit en fait ça sert à rien d'écrire quoi. Et en repensant à cette scène, plusieurs années après j'ai réalisé quelque chose. C'était exactement mon rapport à ma propre vie. Alors ça m'a pris quelques mois pour réaliser ça. Je voulais arriver parfaitement à un résultat parfait et tout de suite. En fait je voulais pas me laisser le temps d'un premier jet, d'une relecture, d'un repos ou d'un retravail. J'avais directement envie de sauter à la version finale. Ou rien écrire du tout. Ce qui est intéressant, c'est que ce qui se joue exactement avec l'ambivalence. Quand on est face à cette question de devenir mère ou pas, on a tout de suite envie de polariser. On a tout de suite envie de trouver une réponse parfaite. Et c'est d'ailleurs ce que les femmes qu'on accompagne nous disent. En fait, moi je voudrais pouvoir avoir une seule phrase, j'aimerais pouvoir dire quelque chose de simple et communicable à l'extérieur. Alors que c'est beaucoup plus complexe que ça et que ça demande... du temps brouillon, en fait. Ça demande du temps de version qu'on supprime et qu'on réécrit. Récemment, il y a ma mère qui m'a ramené mes boîtes, qui traînaient chez elle depuis des années, et elle s'est dit, ça y est, enfin, je vais pouvoir me séparer de mes boîtes. Et donc, j'ai retrouvé mon carnet intime. Alors, j'en avais fait plusieurs quand j'étais jeune, mais il y en a un autour de mes 12-13 ans. Et c'était hyper cool de relire mes pensées d'avant, de me dire... Voilà, de voir un peu la petite fille que j'étais et de savoir d'où est-ce que je parlais à ce moment-là. Et il y a une phrase qui m'a marquée quand je l'ai lue, c'est « Bah moi, je sais ce que j'aime vraiment. Moi, ma passion, c'est la lecture. » Et ce qui m'a frappée, c'est que je n'ai pas trouvé de distance avec la petite Amy que j'ai relue plus de 20 ans après, mon Dieu. Au contraire, j'ai trouvé une grande continuité. Cette phrase m'a été complètement redonnée. Elle est complètement validée. Elle tient encore 20 ans plus tard et elle m'a rassurée sur la femme que je suis aujourd'hui. Il y a un psychologue qui s'est penché sur le rapport de l'écriture et la manière dont elle peut nous aider au quotidien, c'est le psychologue James Payne Baker. Il a montré quelque chose de très concret. Écrire sur ses expériences intérieures, même de façon imparfaite et même sans lecteur, permet d'intégrer des expériences fragmentées. Ça, c'est fondamental, ces petits morceaux d'expérience. Pas d'essayer de les résoudre, mais de les poser sur le papier et de les rendre cohérentes à nous-mêmes. Et moi, ce que j'ai envie d'ajouter, c'est ce que mon journal m'a appris finalement. C'est cette dimension de réactualisation. Relire ce qu'on a écrit, c'est voir le mouvement qui déplie sous nos yeux. C'est pouvoir se dire, voilà d'où je parlais à ce moment-là, voilà l'état d'esprit dans lequel j'étais, voilà ce qui a changé, ou pas, ou ce qui n'a pas bougé. Et ça, c'est une information que la réflexion seule ne peut pas donner. On peut tourner une question en rond dans sa tête pendant des mois sans jamais savoir qu'on avance. L'écriture, elle, elle laisse une trace. Et je trouve ça vraiment... très rassurant. Et quand j'ai commencé à réécrire, et comme pas mal de personnes, je crois, je l'ai fait pendant le Covid, j'ai vraiment compris quelque chose sur les premières phrases. Les premières phrases, elles te permettent de te lancer dans l'écriture. Souvent, quand on veut écrire sur quelque chose de difficile, une décision, une ambivalence, ou même un texte, en fait, il y a quelque chose qui résiste à l'intérieur, et on attend que ce soit parfait. Eh ben... La première phrase, elle n'est vraiment pas là pour ça. Elle est vraiment là pour nous lancer, en fait, les premières phrases, pour nous mettre dans un certain état émotionnel qui va faire que le texte va pouvoir sortir ensuite. Et c'est aussi de nous dire, c'est bon, j'y vais. Je n'attends pas que cette phrase soit parfaite avant de commencer parce qu'en fait, de toutes les façons, après, je vais retravailler ce texte-là et je vais réactualiser ces éléments-là. Alors, il y a quelques semaines, j'ai rouvert... mon journal intime, mon petit cahier là, après avoir redécouvert la phrase dont je vous parlais tout à l'heure. Et ce qui m'a vraiment frappée, c'est vraiment la continuité avec ce que je suis aujourd'hui. Et c'est peut-être ça que l'écriture peut faire pour nous quand on est dans cet entre-deux. Pas nous donner la réponse, mais nous montrer qu'on est en chemin depuis beaucoup plus longtemps qu'on le croyait. Et ça, personnellement, je trouve ça vraiment très rassurant. Alors si vous voulez explorer ça plus loin, que ce soit l'écriture, la lecture, mais surtout l'ambivalence, et le fait de se donner enfin le temps du brouillon, c'est exactement ce qu'on a intégré dans la nouvelle version du programme Motherhood que j'ai co-construit avec Laurie. Cette nouvelle version, je suis hyper enthousiaste et j'ai hyper envie que vous découvriez ça, c'est le 4 mai prochain et il y a énormément de choses autour de la lecture et de l'écriture, dont des textes que j'ai choisis personnellement, bien sûr. Donc on vous mettra le lien en bio. Et puis, si cet épisode a résonné pour vous, n'hésitez pas à le partager à quelqu'un qui en a besoin. Et surtout, prenez des notes. Je vous invite à écrire ce que ça a bougé quand vous en avez chez vous. A bientôt !