Speaker #0Il y a des gens qui nous traversent et dont on ne réalise l'empreinte qu'au moment où ils ne sont plus là. Bonjour, c'est Amy au micro de Devenir Mère ou Pas, le podcast qui explore les nuances de la maternité et de la non-maternité et tout l'espace de questionnement entre les deux. Et aujourd'hui, j'aimerais vous faire un épisode un petit peu particulier. J'aimerais vous parler de quelqu'un et j'aimerais vous parler de ce qu'on emporte, de ceux qui nous ont accompagnés. Cet épisode est différent et je ne suis pas le plan habituel. Il n'est pas né d'un sujet qu'on avait envie d'explorer depuis longtemps, ni d'une question qu'on nous pose suivant. Il est né d'une perte. Et j'avais quand même envie de l'enregistrer, parce que le silence aurait été fou. Alors là, je suis dans mon canapé, avec mon petit chat sur les genoux et un plaid. Et voilà. Il y a des personnes qui, dans l'ombre, transforment aussi nos vies à nous, à Laurie et à moi. Je suis assez émue en commençant cet épisode. Je suis triste, parce qu'aujourd'hui, j'aimerais vous parler de voyage. J'aimerais vous parler du dernier voyage, celui dont on ne revient pas. Allez, c'est parti ! Devenir mère ou pas, c'est pour t'aider à y voir plus clair et surtout à te rappeler que c'est toi qui décides. Tu as le droit de devenir mère ou pas. Cette semaine donc, j'aimerais parler du dernier voyage, pas celui dont on revient une fois de temps en temps avec les flip-flops au pied et peut-être un coup de soleil. J'aimerais vous parler de la mort. Et pas vraiment comme un sujet théorique, mais vraiment parce qu'elle nous a traversés, Laurie et moi, juste il y a 48 heures. J'aimerais aussi vous parler de ce qu'elle révèle sur les héritages qu'on porte sans toujours le savoir. Donc hier, j'ai appris le décès de notre psychothérapeute Françoise. Elle a accompagné le programme Motherhood que j'ai co-créé avec Laurie depuis les débuts en 2023. Et elle a lu chaque chapitre du livre ensemble. Et surtout, elle a accompagné notre couple depuis 2019. donc cet épisode c'est pour elle notre livre est sorti le 19 février dernier la première chose qui m'a traversé quand j'ai appris son décès c'est que je me suis dit qu'il fallait qu'on aurait dû lui envoyer plus vite en fait on aurait dû lui montrer chaque livre chaque partie, lui montrer ce qu'on avait fait avec Laurie et ça c'est habituel pour moi ce j'aurais dû j'aurais dû faire ci, j'aurais dû faire ça mais avant d'aller là dedans j'aimerais bien un peu vous parler de Françoise. Alors en enregistrant cet épisode, je suis désolée mais je vais me dissocier un petit peu parce que sinon vous entendrez simplement des pleurs. Mais j'ai vraiment envie de vous parler de cette rencontre et je pense que ça peut aussi ouvrir des pistes de réflexion intéressantes pour vous qui êtes dans le questionnement de maternité, non-maternité ou qui l'avez traversée. En 2019, je la rencontre suite aux sollicitations de mon amoureux. qui me propose une séance de psychothérapie de couple. Alors à l'époque, je suis déjà accompagnée en supervision de coaching, puis en psychothérapie individuelle. Donc j'avoue que je suis un petit peu réticente à aller voir une énième psychothérapeute. Et en même temps, à l'époque, on traverse une impasse, que je pense que peut-être beaucoup d'entre vous traversent ou ont traversé. Lui ne souhaite pas d'enfant, et moi si. Pourtant, on s'aime profondément, mais on n'arrive pas à résoudre ce sujet-là. Françoise a... pu créer pour nous à l'époque un espace qui était ni mon espace à moi ni l'espace de mon amoureux mais c'était vraiment l'espace du couple. Ça c'est vraiment quelque chose que j'ai appris d'elle. Elle nous a appris aussi, plutôt qu'elle nous a montré par sa façon d'être, la différence entre se mettre au service de l'autre et se mettre au service du couple. Dans les séances qu'on a pu faire ensemble, elle se mettait souvent à à nous mettre en avant où est-ce que toi tu te mets au service de l'autre et comment est-ce que tu te perds alors que quand tu te mets au service du couple, il y a quelque chose de plus grand que soi et c'est quelque chose qu'on construit ensemble. Dans les séances aussi, elle prenait vraiment le temps de reformuler avec une précision que je trouvais assez impressionnante, surtout quand elle est étroite dans la discussion. Et elle partait toujours du principe que l'autre, que ce soit moi ou mon amoureux, avait une bonne intention dans ce qu'il disait. C'est pas toujours évident, quand on est sur un sujet aussi intime que ça, et aussi difficile. Parfois la formulation, la mienne ou la sienne, était maladroite ou blessante, mais elle prenait vraiment le temps de chercher l'intention derrière les mots, et j'ai vraiment plusieurs souvenirs qui me viennent en tête alors que j'enregistre cet épisode de moments où j'essayais d'exprimer quelque chose, et elle l'a reformulé avec beaucoup de délicatesse et de finesse, pour que l'autre puisse entendre. Et ça, bien sûr, ça a changé notre couple et ça nous a permis de traverser cette question de la maternité, de la non-maternité de la manière la plus juste pour nous en tant que couple et pour moi en tant que femme. Et ça a aussi complètement changé ma façon de travailler. Laurie a travaillé aussi avec elle à titre individuel, mais je ne veux pas parler en son nom aujourd'hui. Je pense que ce sera à elle de le faire dans un espace qui lui sera propre. Mais on l'a invitée dans notre programme MOTHERWOOD au tout début, quand on construisait le contenu, on a invité Françoise et on lui a demandé de relire notre travail, de s'assurer que ce qu'on proposait tenait d'un point de vue psychologique, que c'était cohérent dans sa globalité. Elle a pris vraiment le temps de questionner nos intentions, nos actions, nos références. C'était vraiment quelque chose de précieux pour elle quand on s'est lancé avec MOTHERWOOD, avec Laurie. Et l'année dernière, elle a aussi accompagné la rédaction du livre, sa relecture plus exactement. Elle a pris vraiment le temps de lire chaque chapitre, chaque partie, avec des commentaires qui allaient bien plus loin qu'une simple relecture. Et enfin, elle a fait quelque chose d'encore plus précieux, elle a fait la supervision de notre relation professionnelle à Laurie et à moi. Travailler avec quelqu'un qui est aussi une amie, ce n'est pas toujours facile. C'est à la fois magnifique et complexe. Et Françoise nous a aidé à rester dans la clarté, vraiment à séparer ce qui est relevé de l'amitié et de ce qui est relevé du travail. Et comme elle nous accompagnait aussi à titre individuel, enfin pour moi en couple et pour Laurie à titre individuel, elle pouvait aussi nous aider à trouver la manière la plus juste de travailler pour toutes les deux. Et pour ça, je crois parler en nos deux noms, on lui est infiniment reconnaissante. Alors... Voilà, on est dans le cycle éditorial du voyage. La semaine dernière, on était dans le cycle éditorial du deuil. Je pense que le plus mauvais timing ou le meilleur timing, je ne sais pas. En tout cas, il y a quelque chose que j'avais envie de vous partager, c'était cette idée qu'il y a quelques mois, Françoise nous a partagé à mon amour et à moi qu'elle souffrait de problèmes de santé physique graves. Et je me rappelle que ça m'a fait vraiment un effet fort. Parce que dans une relation thérapeutique, c'est souvent les patients qui sont en position de vulnérabilité. La thérapeute, elle, elle est toujours du côté de l'écoute, du regard, de la prise de recul. Et de l'avoir traversé quelque chose de difficile à son tour, ça m'a profondément touchée. Et en même temps, ça m'a donné quelque chose. Parce qu'en fait, elle ne perdait pas du tout sa posture professionnelle à ce moment-là. Elle était à la fois complètement vulnérable et complètement professionnelle. entièrement présente. Je crois que c'est quelque chose qu'elle m'a transmis aussi dans ma manière de travailler. Par l'exemple que je peux à la fois me laisser traverser par des émotions, des personnes qui m'accompagnent, des personnes que j'accompagne plutôt, et que je peux aussi laisser voir ma propre humanité. Et c'est absolument dans cet état d'esprit que j'enregistre cet épisode. Au contraire, je crois que voilà, on peut accompagner, se laisser traverser par l'empathie, les émotions. Et en même temps, être là au service des autres. Et c'est, je crois, plus puissant encore. Et donc aujourd'hui, je suis à la fois en deuil, je suis vraiment triste. Et j'ai aussi très bizarrement hâte de retrouver dimanche soir à 19h les femmes qu'on accompagne avec Laurie dans notre masterclass. Ce sont vraiment des choses qui coexistent en ce moment, la tristesse et l'élan. Et je n'ai pas envie de résoudre ça. Et ça me fait penser aux femmes qu'on accompagne qui sont dans le... L'envie et la non-envie. Voilà. Et je pense aussi profondément complexe. Quand ma grand-mère est partie, il y a quelque chose qui est arrivé. Et je me suis dit, la première chose que j'ai pensée, c'était j'aurais dû appeler plus souvent. J'aurais dû venir. J'aurais dû aller la voir. Ça faisait plus ou moins que je ne l'avais pas vue. Et cette liste-là du j'aurais dû, quand quelqu'un part, elle s'écrit un peu toute seule automatiquement. Je me suis demandé, hier, aussi aujourd'hui, pourquoi ce réflexe arrive là si fort, de manière brutale. En psychologie, c'est un mécanisme qu'on appelle la pensée contrefactuelle ascendante. Alors voilà, c'est un mot un peu barbare, mais c'est ce mouvement de l'esprit qui reconstruit le scénario légèrement différemment. Si j'avais envoyé ce livre en mars, si j'avais un peu insisté pour avoir son adresse, peut-être que Françoise aurait vu notre travail. Et on se remet dans une histoire où on aurait pu changer quelque chose, où on aurait eu prise sur les événements. Parce que le chagrin pur, lui, on n'a aucune prise dessus. Il est là, il est entier. Et il ne demande rien d'autre que d'être traversé. ne propose aucune action, aucune correction possible. Ce genre réduit, il protège d'une certaine façon. Il nous donne quelque chose à faire de notre douleur, même si ce quelque chose est imaginaire. Il nous remet en position d'acteur là où on n'est que le témoin. Et je ne peux pas m'empêcher de faire le lien avec les femmes qu'on accompagne, celles qui ont peur de regretter de ne pas avoir d'enfants ou celles qui ont peur de regretter d'avoir des enfants. Ce et si. Ce scénario qu'on rejoue en boucle, si j'avais fait ci, si je, si il passait ça. Alors que le regret, en plus, il est dans le futur. C'est presque un futur dans le passé. On dirait un cours de grammaire. Voilà. Sauf qu'il y a une partie de la décision, quand on est au milieu, sur laquelle on n'a plus de prise, en fait. Ça peut être le corps, ça peut être le hasard, ça peut être la rencontre. Ça peut être... Voilà. Le « et si » , il est automatique. et en même temps il cherche à nous protéger je crois d'une grande tristesse parce que se dire qu'est-ce que j'aurais dû faire autrement qu'est-ce que je pourrais faire autrement qu'est-ce que j'aurais pu faire autrement c'est une façon de ne pas être simplement avec ce qu'on ressent dans le moment avec pour mon cas aujourd'hui de la peine avec de l'incertitude pour celle qu'on accompagne avec ce qui est là et ce qu'on n'a pas choisi et c'est ça aussi ce que j'ai appris avec Françoise c'est accueillir l'émotion qui est là Sans chercher à la corriger, juste me laisser traverser. Donc c'est quelque chose que j'ai reçu d'elle en tant que patiente, et que j'essaie de transmettre dans mon travail avec les couples dans Motherwood, dans l'accompagnement avec Motherwood. Et pour moi, Françoise fait vraiment partie de ce programme-là, au travers de mon travail et au travail de Laurie. Françoise avait des enfants, elle nous en a parlé, enfin elle m'en a parlé plusieurs fois avec beaucoup de simplicité, sans trop en dire ce qu'il en faut. Pourtant ce qu'elle m'a transmis ne passe pas par là, ça passe par des mots, par des façons de voir, par des gestes professionnels que j'ai absorbés sans m'en rendre compte, et qui vivent maintenant dans ma façon de travailler, dans la façon dont je pose une question, ou dans la façon dont je me positionne un petit peu différemment, dans l'accompagnement. Et je pense souvent à ça, aux femmes qui choisissent de ne pas avoir d'enfant ou qui sont confrontées peut-être à l'impossibilité d'en avoir. Il y a cette idée en fait que sans enfant on ne peut pas transmettre, que quelque chose s'arrête. Mais je crois profondément que la transmission ne passe pas uniquement par le sang, je passe par ce qu'elle donne aux autres. Et là je parle de moi, ce que j'ai pu recevoir. Je pense à tout ce que j'ai pu recevoir de Françoise, qui n'est pas ma mère biologique, mais qui m'a transmis beaucoup de choses. Et aux choses qu'elle a transmises et qui je retransmets derrière, à toutes ces espèces de lignées de femmes finalement qu'on crée. Alors voilà, ce dernier voyage, même celui dont on ne revient pas, qu'on ait des enfants ou qu'on n'ait pas d'enfants, finalement parfois on laisse un héritage dont on n'a pas toujours peut-être conscience. Alors, je vais terminer cet épisode. Il y a d'un côté le deuil, cette tristesse qui est là et que je vais traverser tranquillement, que j'ai un peu pu traverser hier, mais que je vais retraverser probablement après. Et puis, il y a autre chose. Il y a de l'élan, il y a de l'envie. Il y a la vie, en fait. Parce que ce soit dimanche soir, à 19h, on organise une masterclass qui s'appelle Décider sans regretter. Il n'y a pas de replay. Et je trouve que, voilà, cette rencontre vivante en direct, Il y a quelque chose de très étrange et en même temps très juste dans ce timing, dans cette coïncidence, dans ce décès. Voilà, le présent entre le regret anticipé et le regret du passé. Il y a le présent avec tout ce qu'on peut encore choisir et toutes les décisions qu'on peut prendre pour soi et avec soi. Et pour terminer cet épisode un petit peu particulier, j'ai envie de vous proposer quelque chose. J'ai envie de vous inviter à penser à quelqu'un qui vous a transmis. Quelque chose, pas nécessairement quelqu'un qui a disparu, mais peut-être quelqu'un qui a partagé un bout de route avec vous, un voyage qui s'est terminé d'une façon ou d'une autre. Peut-être quelqu'un qui vous a donné confiance à un moment où vous n'en aviez pas, ou dont vous n'aviez peut-être pas mesuré l'importance sur les moments. Quel héritage est-ce que cette personne vous a laissé ? Qu'est-ce qu'elle vous a transmis et que vous portez encore, sans peut-être le savoir ? Et peut-être aussi... Qu'est-ce que vous avez transmis à d'autres et qui continue à traverser d'autres relations ? Merci de m'avoir écouté jusqu'au bout.