- Speaker #0
Diète et Gourmand, le podcast.
- Speaker #1
Tu vas te rendre malade avec tes résumes à la con.
- Speaker #0
Eh bien, salut à toutes et à tous et bienvenue à Diète et Gourmand, le podcast qui parle de notre rapport à l'alimentation et à la santé. Aujourd'hui, on va parler d'un sujet qui va concerner à la fois les personnes qui souhaitent se reprendre en main et les professionnels de santé qui vont les accompagner. On a tous conscience que pour être en bonne santé, il faut bien manger, il faut bien dormir et il faut faire de l'activité physique. Ça, c'est plutôt acquis pour tout le monde. Mais tout ça, ça implique des changements. Il faut casser des mauvaises habitudes, il faut revoir ses priorités, il faut se réorganiser. Et toute la difficulté, ça réside dans la mise en œuvre de tous ces changements et surtout de les tenir dans la durée et de rester motivé. Souvent, ce qu'on va conseiller, c'est de se faire accompagner par un professionnel. Dans le cas du thème qu'on aborde aujourd'hui, ça va être par un diététicien. Ça apparaît comme une solution essentielle, mais du coup, quelle place on va donner à cette personne qui va nous accompagner, à ce professionnel que déjà on ne connaît pas ? Quand on va consulter un diététicien, on a donc besoin de conseils, mais il faut aussi que les actions qu'on va devoir mettre en place, qu'elles nous conviennent et tout ça pour que le sujet puisse aboutir et pour que le projet puisse arriver à terme. Du coup, il y a plusieurs questions qui se posent autour de tout ça, autour de cette fameuse prise en charge par un professionnel. Déjà, c'est quelle va être la limite entre l'accompagnement et l'injonction ? Comment on va améliorer l'accompagnement pour conserver une motivation durable ? Et comment, en tant que patient, on va pouvoir rester maître de son projet et maître de ses objectifs et pour pouvoir, encore une fois, rester motivé et être en total accord avec les changements qu'on va mettre en place ? Toutes ces questions, en fait, ça rejoint le concept d'autodétermination. Et je reçois aujourd'hui un spécialiste de la question. Bonjour, Martin Caouette.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Alors, pour commencer, je voulais déjà te remercier d'être ici parce que je suis vraiment ravi de te recevoir. Est-ce que tu peux te présenter ?
- Speaker #1
Oui, merci beaucoup pour l'invitation. Je suis très heureux d'être là également. Donc, Martha Caouette, je suis professeur en psychoéducation à l'Université du Québec à Trois-Rivières, donc évidemment au Canada. Probablement que les gens ont déjà deviné grâce à mon accent. Et voilà, je travaille plus particulièrement dans le secteur du handicap. Donc, je suis titulaire d'une chaire de recherche, donc une chaire de recherche est un peu comme un laboratoire de recherche. qui porte sur l'autodétermination et le handicap. Donc, c'est un thème finalement sur lequel je travaille depuis déjà plusieurs années.
- Speaker #0
Très bien, merci d'avoir fait le déplacement, d'être ici à Paris. On enregistre à Paris aujourd'hui, donc merci beaucoup d'avoir fait le déplacement pour ce podcast. Alors, avant de rentrer vraiment dans le vif du sujet, moi j'aime bien aborder des petites questions un peu small talk, histoire d'apprendre à se connaître, un peu détendre l'atmosphère. Alors, est-ce que tu es prêt ?
- Speaker #1
Oui, absolument.
- Speaker #0
Alors déjà, première question par rapport à ton nom. Je suis sûr qu'il y en a plein qui se sont posé la question. Est-ce que cacahuète, en québécois, c'est aussi un diminutif de cacahuète comme en français ?
- Speaker #1
Ah, mais ça pourrait l'être. Oui. Mais oui, il faut dire qu'avec un nom de famille comme le nom de famille cacahuète, cacahuète vient automatiquement. Donc évidemment, à l'école, c'est le sort évident pour tous ceux qui portent ce nom de famille-là. Et il y a quand même... Gainsbourg qui a parlé de la mi-caouette.
- Speaker #0
Justement, c'est pour ça que c'est rentré un peu dans le langage français et peut-être même francophone. On sait qu'en québécois, il y a des expressions qui diffèrent. C'était vraiment une question que je voulais savoir, qui m'amusait un petit peu.
- Speaker #1
La mi-caouette, je pense, c'est des cacahuètes. C'est probablement une des choses que j'ai entendues le plus souvent quand j'étais enfant. Et les enfants à leur tour aussi. Je les avais même préparés. Je leur avais expliqués. Finalement, c'est quelque chose qui finit par être rigolo. C'est comme tous les noms de famille qui ont une sonorité un peu particulière.
- Speaker #0
Tu sais, moi, j'ai un nom de famille en prénom. Alors, ça n'a pas sujet à Van, mais ça pose quand même des problèmes. Bon, et puis en plus, une caouette, c'est mignon. Une cacahuète, c'est mignon. Ça va. C'est plutôt gérable. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Bon,
- Speaker #0
ça, c'est cool. Et alors, autre question. Alors là, pour un Québécois, l'accent français, il est comment ?
- Speaker #1
Ah, ça c'est une bonne question. En fait, je dirais l'accent français pour un Québécois, le qualificatif qui revient le plus souvent, c'est un accent pointu. C'est-à-dire que tout est, les lettres, la sonorité, tout est bien prononcé jusqu'à la dernière lettre. Alors qu'un Québécois, mais là je vais être vigilant parce que je veux bien sûr être compris, un Québécois va souvent parler un peu plus rapidement, où il y a des lettres dans les mots qui s'échappent comme ça et qui ne sont pas prononcées. Donc l'accent français, lui, il est perçu comme étant un accent un peu pointu. Souvent, quand on imite, un Québécois qui imite un Français va toujours parler un peu sur le bout de la langue, un peu...
- Speaker #0
OK, il y a un côté un peu poche qu'on peut avoir comme un Anglais versus un Américain, en fait. C'est un peu ça.
- Speaker #1
Exactement. OK,
- Speaker #0
c'est marrant.
- Speaker #1
C'est exactement ça, en fait. C'est la différence entre l'anglais américain et... Bon, l'anglais du côté de l'Angleterre, c'est exactement le même type de différence entre le français québécois et le français de France.
- Speaker #0
C'est marrant.
- Speaker #1
C'est exactement ça.
- Speaker #0
C'est intéressant, très intéressant en tout cas. Bon, on va rentrer un petit peu dans le vif du sujet qui nous réunit aujourd'hui. Déjà, est-ce que tu peux nous dire ce qui t'a amené à travailler sur ce sujet, sur le concept de l'autodétermination ?
- Speaker #1
Moi, c'est vraiment la... porte d'entrée du concept d'autodétermination m'est vraiment venu par mon champ de recherche qui est le champ du handicap. Parce qu'en fait, l'autodétermination, c'est cette idée-là de pouvoir exercer du pouvoir, du contrôle sur sa vie, de pouvoir agir, faire des choix, prendre des décisions, avoir la possibilité de prendre des initiatives. Et dans le secteur du handicap en particulier, c'est un enjeu pour plus plusieurs personnes en fait, parce qu'on va avoir parfois tendance à infantiliser les personnes en situation de handicap. à les prendre en charge, à faire à leur place. On va avoir, en fait, cette position-là, parfois, de pouvoir par rapport aux personnes en situation de handicap. Donc, l'autodétermination, ça devient un élément clé de l'accompagnement, en fait, pour les soutenir dans leur quotidien, pour leur permettre d'avoir la vie qu'elles veulent vraiment avoir, et non pas la vie qu'on décide qu'elles vont avoir. Et c'est là que, même sur des sujets très spécifiques comme l'alimentation, qui est quand même un sujet important dans la vie, le concept d'autodétermination est important parce que le secteur de l'alimentation, c'est un domaine dans notre vie où on a des préférences, des intérêts, des motivations, où on va prendre l'initiative de manger, de ne pas manger, de cuisiner ou pas. Donc, c'est tout un domaine finalement qui appelle plusieurs capacités qui sont liées à notre autodétermination. Donc, moi, c'est vraiment par ce biais-là, le biais du handicap. C'est d'ailleurs un peu dans ce contexte-là aussi qu'on s'est conférent.
- Speaker #0
Tout à fait. Alors, pour contextualiser un petit peu. on s'est rencontré dans le cadre d'une journée annuelle de l'entreprise pour laquelle je travaille et en plus qui est liée au handicap c'est pour ça que tu étais invité pour une conférence sur ce sujet moi je suis responsable nutrition pour la fondation Anaïs qui oeuvre autour du travail handicapé et du coup toi tu étais invité à cette journée là tu nous as présenté ce concept d'autodétermination et dans ma tête ça fait-il je me suis dit effectivement, il y a plusieurs sujets qui sont vraiment très, très intéressants parce que tu parles de prise en charge d'une de personnes handicapées, d'accompagnement. Et moi, tout de suite, ça fait tilt avec l'accompagnement de personnes qui viennent voir un diététicien, qui sont à la fois perdus sur le sujet alimentaire, parce qu'aujourd'hui, si on veut se renseigner par soi-même sur les réseaux sociaux, sur Internet, dans des bouquins, on trouve... plein de versions différentes. Et il y a aussi ce sujet de gourou aussi qui apparaissent vraiment. Il y a un marketing de la nutrition qui est très très important sur lequel on va utiliser vraiment deux grands axes, on va dire, qui sont un peu connus dans la communication, qui sont le biais cognitif. Donc on va dire aux gens ce qu'ils ont envie d'entendre et leur dire viens et moi je vais t'accompagner là-dedans. Mais il n'y a pas vraiment d'échange, c'est un peu unilatéral et on va vite justement vers l'injonction. Et il y a aussi le principe du gourou. Moi, je suis perdu, j'ai besoin d'aide, j'ai envie de perdre du poids. C'est d'ailleurs une des premières luttes aussi de la diététique. Ce n'est pas que du poids, mais souvent, c'est la porte d'entrée par laquelle les gens viennent nous voir et leur expliquer tout ça et les accompagner. Et il y a aussi, moi, j'ai la solution, donc je suis le sachant. Et du coup, toi, tu n'y connais rien. Donc, je vais tout te dire ce qu'il faut faire. Et il y a encore un biais qui est important, c'est que souvent, les diététiciens... Ils sont devenus diététiciens parce qu'eux-mêmes ont eu des soucis alimentaires. On va dire majoritairement, ce n'est pas que ça. Et du coup, il y a souvent avoir l'envie d'appliquer. Je t'applique la méthode qui a marché pour moi, sans trop savoir si tu es capable de la recevoir et si tu es capable de l'accepter et tout ça. Et c'est en ça que tout s'allumait. Beaucoup de lumière dans ma tête quand je t'ai entendu parler de ce concept-là, vraiment autour du handicap. Et c'est là où je me suis dit, il faut qu'on fasse un podcast là-dessus, il faut qu'on en parle. L'autodétermination, je vais y arriver, avec la diététique, c'est vraiment très, très important. Et des deux points de vue, du point de vue du patient et du point de vue du professionnel. Oui,
- Speaker #1
puis je trouve ça intéressant parce que ce que tu amènes, c'est une dimension importante de l'autodétermination, c'est l'influence. L'influence externe. En autodétermination, on parle souvent d'influence externe indu. Donc, quand tu, notamment, tu réfères à la question du gourou, à celui qui sait, qui a la connaissance, qui va nous influencer, qui va nous convaincre. tel aliment est un aliment miracle et tel aliment, il faut absolument l'abandonner parce que ça ne va pas avec cet aliment-là, c'est l'influence externe indue qui peut s'installer en fait chez une personne. Finalement, je ne fais pas des choix en fonction de ce que je veux réellement, en fonction de ce que je comprends, mais il y a quelque chose qui s'installe où l'influence est tellement importante que je ne me sens pas. pas libre, en fait, de faire des choix qui correspondent à ce que je souhaite, à ce que j'ai besoin, à ce que j'ai envie. Et là, finalement, c'est d'autres qui décident pour moi. On le voit dans le secteur du handicap, mais pas que dans le secteur du handicap, dans plusieurs domaines. Et c'est souvent un peu la fonction aussi qu'ils vont avoir, certains gourous, de nous influencer dans une direction, mais pas nécessairement en fonction de nos intérêts, mais peut-être plus en fonction des leurs.
- Speaker #0
D'ailleurs, tu es amené à travailler sur d'autres... Est-ce qu'on te sollicite ? Alors, moi, je te sollicite un sujet qui est un petit peu extérieur à celui sur lequel tu travailles principalement, mais est-ce qu'il y a d'autres sujets ? Parce que moi, je vois aussi, ça peut être complètement sur de la formation, d'un point de vue général. Ce concept-là, il peut s'appliquer vraiment à beaucoup de thématiques, en fait. Dès qu'il y a un sujet accompagnant-accompagné, on parle d'autodétermination.
- Speaker #1
Oui, je dirais, dès qu'il y a un accompagnant-accompagné, dès qu'il y a aussi un enjeu lié à la motivation. Et oui, parfois, on me sollicite sur d'autres questions. Je dirais que... Ce qui est essentiel, en fait, c'est que l'autodétermination, pardon, c'est un besoin qui est universel. On est tous, en fait, plus ou moins autodéterminés dans les différents secteurs de notre vie. Et la conscience, en fait, des processus d'autodétermination, être conscient que lorsqu'on sollicite une personne, une personne qu'on accompagne et qu'on développe, qu'on travaille, en fait, à soutenir son autodétermination, Là, on va avoir une adhésion au changement qui va être beaucoup plus forte parce qu'on vient solliciter une motivation. motivation qui est intrinsèque, une motivation qui est interne à soi. Donc oui, il y a vraiment une application possible du concept d'autodétermination dans tous les secteurs de notre vie et d'autant plus quand il est question de changement. Par exemple, quand on veut changer des habitudes, changer des façons de faire, construire le sens derrière un changement, derrière de nouvelles habitudes qu'on veut mettre en place, ça va venir toucher justement notre potentiel, nos capacités à s'autodéterminer.
- Speaker #0
Complètement. Et du coup, ma question... La question aussi, c'était comment tu établis l'autodétermination, comment tu l'appliques, quels conseils tu vas pouvoir donner, même sur le sujet handicap sur lequel tu travailles principalement. Comment ça va s'appliquer concrètement, ce concept-là ?
- Speaker #1
De façon concrète, dans l'accompagnement... Il y a différents modèles théoriques qui existent au niveau de l'autodétermination. Je dirais, pour simplifier les choses, il y a certains principes qui sont plus de nature psychologique, donc comprendre les mécanismes de la motivation pour soutenir une motivation autodéterminée. Et de l'autre côté, il y a certains modèles qui sont plus des modèles éducatifs. Donc, comment on va apprendre à s'autodéterminer, apprendre à faire des choix, apprendre à exprimer des préférences, à faire valoir ses droits, par exemple. Donc, sous l'angle de la motivation... en fait, ce à quoi on va s'intéresser dans l'accompagnement, c'est qu'est-ce qui est à la source de la motivation, de la demande de la personne qu'on accompagne. Donc, est-ce que, par exemple, la personne, elle est en demande parce qu'elle a une pression de ses proches à changer ? Est-ce qu'elle a une pression aussi qu'elle a intégrée, mais qui est plus une pression sociale ? C'est-à-dire, par exemple, la personne qui est en surpoids et qui se dit, étant donné le regard des autres sur moi, je devrais changer mes habitudes, Donc, je vais changer parce qu'il y a une certaine... certaines pressions sociales, en fait, à mon endroit, a changé. Donc là, quand on est dans ce type de motivation-là, on est dans des motivations qui sont extérieures à soi, des motivations qui sont des formes de pression. Et là, quand on est capable de repérer ces motivations-là, ça nous permet de comprendre que ce type de motivation-là peut nous permettre de passer à l'action à court terme. Donc, de dire, là, j'en ai assez, je sens la pression extérieure, ou moi-même, j'ai l'impression qu'il y a quelqu'un qui met de la pression, aux gens. ou je veux changer. Donc, on va changer, on va faire des actions à court terme, mais ce n'est pas... pas ce qui va maintenir l'engagement à long terme. Et c'est pour ça que comme l'alimentation est entre autres affaire d'habitude, de découverte, là la motivation qui est plus intrinsèque, qui est plus interne à soi, va devenir super importante à développer parce que c'est ça qui va permettre à quelqu'un de s'engager sur le long terme. Et là, il y a différents niveaux, il y a différents stades. Et un des stades importants, ça va être d'être capable d'identifier pour soi, en fait, le sens qu'on met derrière ce changement-là. Donc, si moi je veux changer mes habitudes alimentaires, quel sens il y a derrière moi ? Qu'est-ce que moi je souhaite vivre ? Et après le sens, en quoi c'est lié à ce que je suis, à qui je suis ? Pourquoi un changement d'habitude me permettrait de m'aligner, de vivre plus en cohérence avec mon identité, avec mes valeurs, avec ce qui est important pour moi ? Et c'est là qu'au niveau de l'accompagnement, ça devient essentiel comme accompagnateur, que ce soit d'ailleurs au niveau de la... l'alimentation, dans n'importe quel type d'accompagnement qu'on peut offrir, de voir la motivation de la personne, elle se situe où par rapport à ça.
- Speaker #0
Et est-ce que tu identifies, parce que ça, c'est un cas qu'on a souvent en diététique, est-ce que tu identifies une mauvaise motivation au départ ? Je prends l'exemple. Je reçois un patient qui vient me voir en me disant je veux perdre du poids parce que les influences extérieures, parce que j'ai une pression sociale, parce que... Mais du coup, qui est un petit peu biaisé parce que le problème qui peut intervenir dans ces cas-là, c'est que la personne a un mauvais regard sur elle-même, notamment en termes de son image et du poids qu'elle devrait faire. Et souvent, enfin, c'est pas souvent, mais il peut arriver que on puisse dire à cette personne, mais vous n'êtes pas en surpoids. Vous voulez perdre du poids, mais vous êtes en bonne santé, les bilans sanguins sont bons. Là, on va devoir activer autre chose pour vous réconcilier avec votre alimentation. Mais la motivation pour laquelle vous avez franchi la porte de mon cabinet n'est pas la bonne.
- Speaker #1
Ouais. Ben moi, je dirais en fait que Parfois, c'est la motivation initiale qui est là. Je ne la qualifierais pas nécessairement de mauvaise motivation, mais parfois, il peut y avoir un passage obligé aussi par une motivation qui est plus extérieure. La personne qui, par exemple, a un problème de santé important, là, subitement, il doit y avoir un changement au niveau de son alimentation en raison d'un problème de santé qui vient d'être... bien la motivation première c'est peut-être la prescription du médecin, c'est peut-être quelque chose qui est extérieur à soi, mais si on le repère, il faut se dire que ça c'est une motivation initiale et qu'on va travailler en fait petit à petit à faire en sorte que cette cette motivation qui est extérieure à soi, devienne de plus en plus quelque chose d'interne, qu'on va s'approprier, qui va nous permettre de construire du sens, qui va être cohérent avec la façon dont on se voit, avec son identité. Je vois un petit peu ce passage-là, je pense, qui est important, en fait, de reconnaître, pour être capable de...
- Speaker #0
Pour revenir sur le thème prise en charge diététique, effectivement, ce qui va arriver, ce qui peut arriver, je ne fais aucune généralité, généralité, mais avec quelqu'un pas qui est en bonne santé, tous ses bilans sont bons la personne dit je veux perdre du poids mais c'est souvent, si on va lui expliquer qu'il n'y a pas forcément beaucoup de poids à perdre c'est là où on va pouvoir aller creuser et se dire mais en fait tu n'es pas en accord avec ce que tu manges, avec ta façon de manger et c'est là où on va aller chercher, on va aller creuser des mécanismes psychologiques de cette personne qui peut-être n'avait pas conscience du parce qu'elle n'a pas verbalisé cette motivation dans ce sens là avec ces mots là en tout cas sur ce sur ce biais là mais en tout cas c'est ça qu'on va souvent aller creuser et finalement on va aller creuser des valeurs derrière et des comportements qui font que cette personne n'est pas en accord avec sa vie et c'est là où l'autre l'autodétermination prend le pas effectivement et puis je dirais
- Speaker #1
Peu importe d'ailleurs le type de professionnel qu'on est dans le secteur de l'accompagnement, en formation initiale, ça devient important justement de pouvoir être formé à comprendre en fait tous ces mécanismes-là de la motivation qui sont sous-jacents Ausha qu'on va faire. ça a été ton cas justement de te familiariser dès ta formation initiale avec ces mécanismes-là ?
- Speaker #0
Non, pas vraiment. Alors, pas en BTS diététique en tout cas. Moi, après, c'est une reconversion. Alors, je n'ai jamais vraiment étudié la psychologie. avant de me reconvertir dans ce métier-là, j'étais manager en restaurant. Et là, du coup, on fait quand même beaucoup de psychologie sans théoriser énormément. On en fait vraiment au quotidien, au jour le jour. Et c'est assez frontal, le management dans la restauration. Mais c'est ce qui est aussi intéressant parce que vous avez des gens qui verbalisent beaucoup et c'est très direct. Donc, il n'y a pas besoin d'aller creuser. Le langage est très direct. On prend rarement des pincettes, que ce soit dans un sens ou dans un autre. Et du coup, oui, l'aspect coaching, du coup, j'ai pu le développer un petit peu là-dessus. Et effectivement, alors en diététique, on va apprendre, quand on prend en charge un patient, on va apprendre par rapport à cette étape dont tu parles, ça va être vraiment l'entretien, l'enquête alimentaire en fait. Et l'enquête alimentaire, donc nous, on apprend à la faire, on va dire techniquement, où là, on va évaluer les ingestats, donc ce que la personne, le comportement actuel de la personne au niveau alimentation, que ce soit en volume et en comparaison avec ses besoins, avec ses données. Taille, poids, âge... et potentiellement une maladie ou quelque chose. Mais il y a aussi ce dont on n'apprend pas suffisamment, mais ça après c'est en pratiquant, c'est la façon dont la personne va exprimer. Quand on va lui demander, racontez-moi une journée de repas, à quoi ça ressemble ? Il y a des personnes qui assument, qui vont dire, moi mon repas c'est ça. Il y en a qui ne vont pas assumer. Quand je parle d'assumer, on va mettre du temps avant de mettre des mots sur des choses et c'est là où on va voir, en disant, il y a peut-être déjà un petit désaccord un petit peu interne. sur la personne vis-à-vis de son comportement. Voilà, il y a... Quand on va consulter, moi je sais que personnellement, j'ai déjà consulté un diététicien, c'était pour des raisons totalement sportives, je voulais m'améliorer entre deux marathons, mais j'assumais complètement, et du coup ça a marché assez vite, parce que je ne suis pas venu avec des choses cachées en moi. Je disais, moi je mange comme ça, je veux améliorer ci et ça. Ce n'était pas très compliqué en cas purement diététique. Mais en tout cas, on se rend compte que oui, il y a des gens qui, entre le déclaratif et le comportemental à la maison, c'est souvent, c'est souvent, il y a un gap qui est important. C'est pour ça que la première enquête alimentaire, c'est une base. Ça permet aussi de prendre un petit peu la température de la psychologie de la personne et de savoir vraiment où elle en est et de déterminer quel accompagnement on va mettre en place.
- Speaker #1
Oui, puis ce que tu dis, en fait, là où ça m'amène, si je fais le parallèle avec l'autodétermination, on va souvent parler au départ d'un... portrait de la personne sur le plan de ses motivations aussi. Parce qu'on a parlé du sens, on a parlé de l'identité, mais il y a une motivation qui est très, très forte dans notre vie et c'est le plaisir. Tout ce qu'on fait par intérêt, par plaisir, par satisfaction, ce qui va nous passionner finalement et qui va nous amener à perdre la notion du temps parce qu'on est absorbé par un loisir, une activité, quelque chose qu'on aime, ça, c'est important dans une vie. Et c'est là que ça devient intéressant avec l'alimentation parce que si... Le plaisir que j'ai dans ma vie, c'est un plaisir qui est lié à l'alimentation et qui c'est peut-être le seul plaisir que j'ai. Évidemment, le jour où je perçois des contraintes sur ce plan-là, ça se peut que je m'accroche finalement à ce que j'ai comme habitude parce que j'ai envie de préserver ce plaisir-là. Et c'est pour ça que je ferais même un lien notamment avec la situation de handicap, mais on pourrait parler aussi des aînés, des personnes âgées qui, à un certain moment de leur vie aussi, se retrouvent dans un contexte où on peut changer leur alimentation, transformer. On pense par exemple aux gens... qui vont manger mixé et qui vont perdre le plaisir à avoir des textures, à avoir des... ce n'est pas banal. Ce sont des choix qui, si on amène une personne vers un type d'alimentation, par exemple, de cet ordre-là, il faut être conscient qu'on est peut-être en train de retirer un plaisir qui est essentiel dans la vie de la personne. Et si ailleurs dans la vie de la personne, il n'y a pas d'élément, sur le plan de la qualité de vie, qui amène aussi du plaisir, peut-être qu'on vient d'enlever un élément qui est... centrale dans la vie de la personne. C'est pas rien, c'est pour ça que c'est là que ça m'amène beaucoup en fait quand tu parles de l'enquête initiale. Pour moi c'est aussi un portrait qui peut permettre aussi, qui peut s'élargir pour permettre de voir là où sont les zones de plaisir dans la vie de la personne.
- Speaker #0
Alors là tu touches un point qui me tient énormément à cœur. Alors déjà, Diète et Gourmand, le podcast, c'était une déclinaison de mon compte Instagram qui s'appelle Diète et Gourmand. Et ce mot-là, pour moi, il doit être le reflet de ma vision de la diététique. Associer diététique et gourmand, ce n'est pas toujours automatique dans l'esprit des gens. C'est pour ça que j'ai créé ce nom-là. Parce qu'effectivement, dans l'enquête alimentaire et d'un point de vue général, un tout rééquilibrage alimentaire, selon moi, qu'il soit pour des raisons totalement personnelles, j'ai envie de perdre du poids, je ne suis pas à l'aise avec mon image, ou même une raison thérapeutique. telle maladie, donc il va falloir que je modifie mon alimentation, mais je n'ai pas le choix. La notion de plaisir, elle est centrale. Sans plaisir, on ne peut pas aboutir. Et ça, on a tendance à l'oublier parce qu'on a... Il y a un peu une vieille image aussi, c'est un peu culturel. Il y a ces images de... Je fais un peu le lien avec le sport, mais... Je ne sais pas quel âge tu as, mais moi j'ai 42 ans, j'ai grandi dans les années 80. On a tous grandi dans des films d'action américains. Il y a un peu le côté Rocky. Je me prends en main, donc je dois en baver, ça doit être dur. Il y a ce rapport à l'effort et au fait d'en baver pour y arriver, alors qu'on se rend bien compte que, en fait, si on veut installer un changement et que pour que ce changement devienne une habitude, déjà, il faut du temps. Et pour qu'on puisse installer ce changement dans cette durée, il faut qu'il y ait du plaisir. Sans plaisir, quand on se met à un sport, quand on fait quelque chose, quand on commence un nouveau travail, si on ne prend pas plaisir au bout d'un certain temps, on ne peut pas. Et l'enquête alimentaire, moi je me souviens, me concernant en tout cas, et ça, pour moi, c'est une des questions centrales, c'est quel aliment vous fait plaisir ? Parce qu'il y a la notion de « on n'interdit rien » , ça c'est quelque chose, alors sauf cas particulier, bien évidemment, mais Ça, on nous l'apprend au diététique. Dans notre BTS, on nous dit qu'il est interdit d'interdire, sauf vraiment un cas très particulier thérapeutique. Mais sinon, on n'interdit pas. Et justement, pour moi, ça va au-delà de « on n'interdit pas » , c'est sur quel levier je vais pouvoir appuyer. Moi, je me souviens, ma diète m'avait dit « qu'est-ce qu'on ne doit surtout pas enlever ? » Moi, j'ai dit « le chocolat, pour moi, c'est un... » Voilà, peut-être que j'en mange un peu trop, mais elle m'a dit « pas de problème, ton chocolat, tu l'auras tous les soirs à ton repas, il n'y a pas de souci. On va faire en sorte que... Mais ce chocolat-là, c'est... Alors, il y a aussi un peu le mécanisme de récompense qu'il faut savoir doser, parce que ça peut être un petit peu dangereux. Mais s'il est bien dosé, s'il est bien expliqué, ça permet d'avoir du plaisir tous les jours et de se dire, mais finalement, ce n'est pas si compliqué que ça.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Puis, une des questions qui me vient souvent en formation, parce que je donne la formation sur l'autodétermination, notamment dans le secteur du handicap, j'ai parfois des professionnels qui vont me dire, par exemple, bien oui, j'accompagne quelqu'un, il y a une restriction alimentaire étant donné sa... son état de santé, par exemple. Ça peut arriver, mais la personne ne respecte pas. Est-ce qu'au nom de l'autodétermination, par exemple, je la laisse faire ce qu'elle veut, ou si au final, je dois lui interdire et je dois mettre en place des mécanismes pour m'assurer qu'elle ne consomme pas, par exemple. certains aliments. Et en fait, c'est une fausse question parce que l'enjeu, si la personne, par exemple, pour une raison ou une autre, doit réduire la consommation d'un aliment ou un autre, la vraie question qui se pose, c'est où ailleurs peut-elle trouver du plaisir dans son alimentation ? Donc, en fait, ce n'est pas tant un contrôle de son alimentation que d'élargir peut-être son champ de connaissance des aliments qui sont intéressants pour elle, qui pourraient lui amener du plaisir et peut-être aussi mieux comprendre. la condition de santé sous-jacente, en fait, qui fait en sorte qu'il faut peut-être éviter tel produit ou vous avez une réaction à tel produit, donc on doit remplacer par autre chose. Et ça, parfois, accéder à la connaissance sur son état de santé, accéder finalement à ce qui nous permet de comprendre pourquoi je dois privilégier tel aliment plutôt qu'un autre et pourquoi il y a tout plein d'aliments que j'ai peut-être encore à découvrir, que je vais aimer et qui vont m'apporter du plaisir, bien, la solution, elle est souvent là, plutôt que de dire, je laisse faire ou j'interdis. Donc, alors que je peux... élargir et trouver du plaisir.
- Speaker #0
C'est là où la barrière injonction-accompagnement intervient parce qu'effectivement, tout ça, il faut savoir l'expliquer. Quand on restreint forcément sur un changement, sur des choses, il y aura des contraintes. Parce qu'il ne faut pas non plus prendre l'autodétermination comme on va faire tout ce que tu vas aimer et forcément, il va y avoir un cadre qu'on va devoir mettre. Mais effectivement, encore une fois, dans une prise en charge diététique, ça peut être on se dit Le cas vraiment très classique, c'est que je ne mange pas suffisamment de légumes. Je n'aime pas ça. Oui, mais peut-être que moi, je vais t'apprendre en t'accompagnant. Je vais apprendre à ce que tu te cuisines des légumes et à ce que tu les cuisines à la façon qui va faire que tu vas les apprécier et de choisir les bons légumes et un bon mode de préparation qui va être sain pour ta santé. Ça peut être ajouter de l'ail, de l'oignon, ajouter des épices, ajouter des herbes, un mode de cuisson, le faire griller, le faire vapeur, l'associer à d'autres aliments. tout ça c'est On va être là dans l'accompagnement sur une personne qui, potentiellement, n'en mangeait pas du tout.
- Speaker #1
Et je pense que ça appelle aussi, puis l'autodétermination, c'est-tu beaucoup à ce niveau-là, la posture, en fait, que le professionnel prend dans une situation comme celle-là. Est-ce que, puis tout à l'heure, tu y référais, est-ce que c'est une posture de celui qui sait, celui qui est aux commandes, et là, qui peut tomber, en fait, dans un rapport à la personne accompagnée ? où il va confirmer, infirmer, dire « ceci c'est bien, ceci c'est mal, voilà ce qu'il faut faire, voilà ce qu'il ne faut pas faire » . Si on tombe dans cette posture-là, en fait, c'est qu'on vient installer aussi une dynamique où moi je sais, l'autre ne sait pas, et l'autre finalement est en attente de ma confirmation, que je lui dise « c'est bien ou ce n'est pas bien » . Mais encore une fois, on va être dans une motivation qui est extérieure parce que là, je cherche à correspondre, à faire plaisir à ce que celui qui m'accompagne m'a dit. Et là, on va avoir encore une fois des changements qui vont être à court terme et qui ne seront pas durables dans le temps. Et ça, cette posture-là, je pense que comme professionnel qui accompagne sur le plan de l'alimentation, c'est une posture qu'il faut interroger pour soi. Comment moi je me perçois et comment je perçois mon rapport à l'autre ? Est-ce que j'avance avec lui à son rythme ? Sachant que moi, je vois... vois des changements qui sont nécessaires, qui ne sont peut-être pas faits comme je crois que ça devrait être fait, mais j'accompagne l'autre ou je suis en train de vouloir décider à la place de l'autre. Je suis en train d'argumenter pour le convaincre de prendre une décision plutôt qu'une autre. Et ça, ça demande certaines introspections, je dirais, d'être capable de se voir aussi comme accompagnateur. Oui.
- Speaker #0
Et aussi, ce qui va être intéressant dans ce que tu abordes, c'est aussi la... La vision propre du professionnel par rapport à son travail et son efficacité, c'est effectivement de prendre conscience. Il y a des personnes avec qui ça va marcher tout de suite parce que ça va aussi matcher tout de suite. Les personnalités vont se correspondre. Donc, tout de suite, ce qu'on va mettre en place, on s'est compris tous les deux dans les deux sens. Donc, ça va rouler. Puis la personne, pour les bonnes raisons, va être très motivée, va appliquer les bonnes choses. Mais il y a aussi des personnes pour lesquelles ça va prendre plus de temps. Et c'est en ça qu'il ne faut pas se décourager. Il faut juste revoir des choses et dire, bon, ce n'est pas grave, ça, ça n'a pas marché. Mais ça ne veut pas dire que je suis un mauvais accompagnant. C'est juste, voilà, c'est la personne un peu différente. Ou même, c'est là où ça va introduire ma future question, en fait. Là, on a parlé beaucoup du point de vue accompagnant, parce que c'est des personnes que toi, tu es amené à plus conseiller, je pense. Mais moi, ma question aussi, c'était du point de vue de la personne, justement, qui sait moins, forcément, que la personne qu'elle va aller consulter. Quels sont les red flags pour se dire, ah, je devrais peut-être changer d'accompagnant parce que du coup, je vois que ça ne marche pas. Est-ce que c'est un problème de... Comment s'auto-juger en tant que patient en disant, peut-être que je dois changer de diététicien parce qu'avec lui, ça ne fonctionne pas. Pour des raisons X ou Y, ça peut être simplement des personnalités qui ne matchent pas. Mais comment se dire, soit je ne suis pas assez motivé, il faut que j'essaye, ou alors c'est l'accompagnement qui ne me convient pas.
- Speaker #1
Il y a quelque chose en fait qui est de l'ordre de la relation. Quelle est la relation qui est en train de s'installer là ? Je dirais si on se sent comme personne accompagnée, si au terme d'une rencontre dans laquelle on échange avec le professionnel, si on sort de cette rencontre-là en se sentant dévalorisé, insuffisant, pas à la hauteur, moi je pense que ça vient questionner la relation qui est en train de s'établir là. Et si on a l'impression en fait d'être démuni. dans cette relation-là, que là, finalement, on est, sans dire à la merci, mais un peu dépendant de la personne qui nous accompagne, moi, ça, je pense que ça devrait être un élément qui nous préoccupe. Parce qu'un accompagnement qui favorise l'autodétermination va me donner le sentiment que j'ai du contrôle, j'ai du pouvoir, que je peux agir, que je peux prendre des initiatives, que je peux faire des choix. Et c'est là, en fait, que si je n'ai pas ce sentiment-là, bien là, il y a peut-être quelque chose à requestionner. Effectivement, peut-être que c'est juste que... Le professionnel qui m'accompagne à ce moment-là, ça ne va pas. Il n'y a pas cette complicité-là qui s'installe. Ou encore, je suis peut-être face à un professionnel qui a tendance à vouloir m'imposer une direction et qui ne me permet pas de choisir cette direction-là. Parce que comme professionnel, évidemment, j'ai une expertise. La personne qui me consulte, elle me consulte d'abord pour mon expertise, mais en fait, derrière une recommandation, une proposition, une suggestion, ... Un élément clé, c'est toujours de se dire, est-ce que j'ai accès au rationnel ? Est-ce que la personne, le professionnel qui me fait une recommandation me dit, bien voilà, moi je vous propose ceci parce que, et derrière en fait, ça me permet non pas simplement de consentir à ce que le professionnel me fait comme proposition, mais de choisir parce que je comprends en fait le rationnel, la logique derrière ce que le professionnel est en train de me suggérer. Et ça, c'est un aspect important. Moi, je pense que comme personne accompagnée, Si on n'a pas ce sentiment-là, cette perception-là qu'on a du contrôle, qu'on peut faire des choix, que le professionnel qui nous accompagne, en fait, nous amène des options, si on a plutôt l'impression, en fait, qu'on est dirigé vers une seule perspective, ça, ça devrait être effectivement drapeau rouge, il faut le voir.
- Speaker #0
Je suis assez d'accord avec toi. Souvent, il y a le... rien que déjà dans la disposition d'un cabinet, il y a... enfin, moi, je sais que mon futur cabinet... J'ai pas encore de cabinet, mais mon futur cabinet, il sera un peu construit comme ce studio de podcast. Si tu veux savoir, deux fauteuils, on est au même niveau, on est assis dans la même... Je veux pas d'un bureau dans lequel j'ai l'impression de recevoir mes salariés, avec lesquels je vais faire un entretien, un bilan annuel ou hebdomadaire. Parce qu'on se positionne quand même comme ça. Quand on va chez un médecin ou chez un professionnel de santé, il y a un bureau, l'ordinateur est tourné vers le professionnel et on est en attente de choses. Et on se positionne un peu comme un élève qui va se faire un petit peu évaluer. Et encore plus quand ce professionnel vous demande des changements ou vous les décidez ensemble. Mais il y a... Moi, je me souviens, parce qu'effectivement, on fait beaucoup de stages en BTS Diète. Et je me souviens, il y a beaucoup de patients où on se dit, oulala, je vais bientôt aller voir mon Diète. Là, c'est dans deux jours. Il faut que je me remotive un coup, là, parce qu'il faut que j'atteigne tel poids. Il faut que je... Quand l'échéance de la consultation arrive, il y a une petite pression côté patient. Et ça, ça ne devrait pas exister. Et ça devrait être vraiment un échange, ça devrait être vraiment un accompagnement et un projet commun. L'accompagnant doit s'inscrire avec la personne dans le projet. Par exemple, si on reprend un peu le thème du légume, imaginons toi, tu ne manges pas de légumes. En tant que diététicien, j'ai identifié cette problématique-là chez toi. Je vais te poser la question, trouve-moi une solution pour que tu manges des légumes. Tu reviens la semaine prochaine, à la prochaine consultation, je veux que tu aies des solutions à me proposer, et c'est toi qui vas les choisir, c'est toi qui vas les mettre en place. C'est pas moi qui vais te dire, maintenant que t'as un ricover, tu vas les cuisiner comme ça, ou alors je vais te donner des clés, je vais te dire, tu peux tester ça, tu peux tester ça, tu peux tester ça, et tu reviens et tu me dis, ou tester une solution nouvelle, mais c'est à toi de mettre tes actions en place, les leviers d'action, c'est pas à l'accompagnant, enfin selon moi, mais c'est pas à l'accompagnant de les mettre en place, c'est à la personne. Si après, on se rend compte qu'on est dans une impasse, là, on peut tester des choses. Mais en tout cas, c'est d'abord à l'accompagné de décider de sa direction parce qu'on n'est pas dans sa vie, concrètement. Oui,
- Speaker #1
absolument. Je pense qu'autant l'accompagnateur que l'accompagné doivent comprendre ça parce que même l'accompagnateur, dans toute sa bienveillance, qui souhaite donner de la place à la personne qui l'accompagne dans les choix, dans les décisions, il doit être conscient que, symboliquement, C'est celui qui accompagne. Donc, dès qu'on est assis face à face, il y a un accompagné, il y a un accompagnateur qui est là. Donc, il y a un écart, en fait, en termes de pouvoir. Et surtout dans le secteur de la santé, le pouvoir, en fait, qu'on met entre les mains des professionnels de la santé, mais qu'on leur donne, on leur reconnaît d'emblée un pouvoir. Donc, c'est possible que ce professionnel-là qui accompagne, finalement, reçoive un patient, en fait, qui, d'entrée de jeu, est déjà dans une... posture un peu de soumission, prêt finalement à entendre des conseils. Et ce n'est pas pour rien qu'on ment parfois à notre dététiste. On peut mentir à notre pharmacien, à notre médecin, à notre dentiste. Mais pourquoi ? Parce que justement, on est dans ce rapport-là finalement où on cherche un peu la confirmation. On ne veut pas le reproche et tout ça. Mais c'est dire à quel point que symboliquement, on place un pouvoir aussi entre les mains de l'autre.
- Speaker #0
Il y a la question aussi, j'ai pas mal de retours de diètes qui me disent que la téléconsultation ... peut être bénéfique parce que la personne est chez elle et justement, elle n'a pas ce cadre de je rentre dans un bureau d'un inconnu, entre guillemets, et le pouvoir est plus dilué, on va dire. Il est moins franc. Alors, c'est à double tranchant, la téléconsultation, mais on est dans un contexte favorable pour s'exprimer et même pour montrer plus de choses par rapport à son comportement alimentaire. S'il y a une visio, ça peut être « tiens, je vais te montrer mon frigo, on va regarder des choses » . Il y a ce côté-là qui est intéressant. Et il y a aussi, effectivement, le patient, là où l'accompagnant doit aussi être présent, c'est souvent le... Il y a une image, comme tu dis, derrière. Moi, je le vois tous les jours. Depuis que je me suis lancé dans cette reconversion vers la diététique, quand je dis ça, quand je dis que je suis un diététicien, tout de suite, il y a un regard. Je reprends l'exemple de la journée Anaïs pour laquelle tu es intervenu. Le midi, on a déjeuné. J'étais à une table avec... En plus, je venais d'arriver dans la boîte. Je suis arrivé en novembre. C'était en février, je crois, ou en janvier. Bon, j'étais nouveau, donc il y avait plein de personnes que je ne connaissais pas. Et je m'assois à la table. Mon directeur me présente. Et là, tout le monde dit... Oula, en rigolant, mais ce n'est pas anodin. Tout le monde dit, il va analyser notre menu. Déjà il y a cette image là du diète, moi je dis mais pas du tout, je suis pas là pour... je donne des conseils si vous m'en demandez, mais je suis pas là pour... je vais pas mettre au dessus de votre épaule pendant que vous mangez en disant tu devrais faire ci, tu devrais faire ça. Et du coup effectivement quand on va aller consulter, on y va avec ce bagage là un petit peu aussi parce qu'il est vraiment très générique. Même dans mon cercle amical, familial, de temps en temps il y a des petites remarques comme ça. C'est évidemment c'est bienveillant, mais c'est pas anodin pour moi quand même.
- Speaker #1
effectivement effectivement c'est pour ça que le regard cette prise en compte de la relation puis l'aspect de la confiance en fait qui va venir se battre je pense que si on veut une motivation qui est intrinsèque qui est forte ben faut prendre le temps dans l'accompagnement d'ailleurs comme tu le fais tu m'as posé des questions pour m'étaler d'abord dans un premier temps créer ce climat de confiance-là ensuite qui nous permet de connecter et de dépasser aussi ces barrières-là qui parfois ne nous appartiennent pas comme accompagnateurs. En fait, ce n'est pas ce qu'on cherche, mais c'est un état de fait qu'on peut nous reconnaître une compétence. De la même façon que quand je dis que je suis professeur à l'université, ça crée tout de suite une image, une représentation. Bien sûr. Puis après, il y a quelque chose qui peut s'installer avant même qu'on se connaisse dans la relation qui va s'établir entre nous.
- Speaker #0
Et en tant que patient, il y a aussi, parce qu'on est tous des enfants de la publicité et du marketing. Et en diététique, c'est un marché qui est très, très fort, le marketing est très présent. Et on a aussi le problème de, j'ai un problème, donc il existe une solution miracle. Et du coup, il y a, donc la solution miracle, ça peut être toutes les influences que je peux voir, les compléments alimentaires, les trucs, tout ça. On ne va pas rentrer dans ces détails-là, mais même sur, je vais voir un diète. Donc je vais voir un diète, donc il va avoir toutes les solutions. Et moi, je vais être totalement en attente. Non, l'autodétermination, c'est aussi comment je vais devenir acteur de tout ça. C'est aussi, il faut se poser ces questions-là en tant que patient. C'est se dire, oui, je suis un patient. Même si je ne suis pas malade, même si je suis en bonne santé, je vais voir un professionnel de la santé. Je me positionne en tant que patient parce que je vais devoir, entre guillemets, guérir. Ça ne veut pas dire que c'est grave, mais ça veut dire que... il va falloir que je mette en place un process et que ce soit moi qui le mette en place. Ce n'est pas une personne qui va me donner une solution clé en main et j'ai juste à appuyer sur un bouton et ça va marcher. Et ça aussi, c'est important parce que je côtoie aussi beaucoup de personnes qui sont trop en attente du coup et qui, quelque part, biaisent un petit peu les consultations parce qu'elles ne vont pas être donneuses de suffisamment d'informations. Et du coup, le professionnel va être un peu dans une impasse en disant « mais je ne sais pas trop quoi faire en fait, je n'ai pas assez d'informations » .
- Speaker #1
Tout à fait. Et ça, c'est justement... Quand on parle de motivation, il y a un niveau à un certain moment qui peut s'installer chez quelqu'un, c'est la passivité. Donc, quand je suis passif, finalement, j'attends qu'on me dise, j'attends qu'on me suggère des choses et je fais simplement, soit je n'agis pas ou encore je suis dans une posture d'attente et là, c'est là que je vais me mettre à attendre le miracle, l'aliment miracle ou la solution toute faite, facile, qui est vraiment imposée.
- Speaker #0
Je l'aurais dit, ça n'existe pas. En diététique, ça n'existe pas. On est tous différents, on a tous des besoins différents. là L'accompagnement doit être différent, doit être adapté. S'il y avait une solution miracle, on la connaîtrait. On mangerait tous la même chose et on serait tous en bonne santé. Il n'y aurait plus de problème de santé. Donc, c'est bien plus compliqué que ça. Mais effectivement, l'aspect être acteur de son propre changement, c'est vraiment quelque chose de central. Du coup, l'accompagnant aussi, il doit régler un petit peu ses soucis de cadre et de comment j'active un petit peu tout ça. Est-ce que toi, tu as eu des cas où il y a eu un petit peu des impasses dans les personnes que tu as pu conseiller ? Est-ce que tu as eu des cas un petit peu compliqués et comment ils ont pu se régler ?
- Speaker #1
Ce que je vois... Un élément qui est important, en fait, que je vois souvent quand il est question d'autodétermination, tu nommais un peu tout à l'heure, en fait, cette idée-là de dire s'autodéterminer, ce serait faire tout ce qu'on veut, comme on veut, plus de limites, plus de cadres, en fait. Et ce que je vois souvent, c'est la négociation du cadre. Et là, il y a un aspect, en fait, entre la protection et la surprotection. Je vois beaucoup de... de professionnels autour des questions liées à l'alimentation ou à d'autres questions, d'ailleurs, qui vont vouloir protéger la personne, éviter finalement que la personne ait des soucis, et là, s'autoriser, par exemple, à agir sur son alimentation ou à prendre des décisions à la place de la personne sur son alimentation. Mais là, on va tomber notamment dans une dynamique de surprotection qui va finir, en fait, par être négative pour la personne parce qu'elle va au-delà de ce qui est nécessaire puis elle vient enlever justement le pouvoir d'agir. Je parlais tout à l'heure, par exemple, des mixés pour les personnes en situation d'handicap. On sait qu'il y a une prescription de ce type d'alimentation-là qui va au-delà de ce qui est nécessaire et qui est parfois justifiée par des croyances et non pas par des connaissances. On croit, par exemple, que si on mange mixé, il va y avoir moins de fausses routes ou que certaines personnes ont nécessairement besoin de ce type d'alimentation-là, alors que parfois, il y a des alternatives qui permettent de conserver le plaisir, comme on le disait. Donc, je dirais que ces enjeux-là de de cadre, à quel moment est-ce que je protège, à quel moment je surprotège, pour moi, c'est là qu'il y a souvent un enjeu important. Et comme l'alimentation est liée de près, évidemment, à notre santé, parfois, on va sentir l'obligation d'agir, mais envers et contre la volonté de la personne d'aller parfois bien au-delà de ce qui serait nécessaire. Et parfois, j'ai vu des accompagnateurs ou des professionnels justifier ce type d'intervention-là en disant « Je dois le faire, c'est pour son bien. » Mais c'est pour son bien, mais ce n'est pas avec elle. que je le fais. Donc ça, on pourrait décliner ça dans plein de secteurs de vie. C'est souvent la grande difficulté, en fait, que moi je perçois.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. D'ailleurs, sur ces fameux repas mixés, moi je le vois, je me bats souvent en disant, attention, ça a des répercussions à un repas mixé, que ce soit physiologique, parce que si on mastique, ça crée de la salive, ça aide à la digestion, enfin tout ça, il y a tout un phénomène digestif qui est... qui est impacté par ça, psychologique bien évidemment, avec des notions de plaisir et en plus de lassitude que tout ça peut générer. Donc effectivement, dans ce cadre-là que tu décris, ce confort qu'on veut installer, il y a ce risque-là au fait. Alors nous, sur la diététique, pour tout ce qui est adaptation de texture, on se bat en disant... C'est une prescription, c'est une ordonnance médicale qui nous dit, il faut tel repas là. Et il faut une réévaluation aussi. Alors, sur des personnes très âgées, c'est compliqué de revenir en arrière parce que c'est la mastication ou la déglutition. Et bon, à des âges un peu avancés, ça va être plutôt compliqué. Mais en hôpital, ça peut être, moi, j'ai besoin de mixer, mais pendant telle période. Et à un moment donné, on va réévaluer, quitte à reprendre un petit risque de fausse route, au moment de la réévaluation. mais pour retourner à du plaisir. Et c'est là où l'accompagnement, il est fort. C'est qu'on ne maintient pas quelque chose parce que c'est comme ça, on l'a décidé il y a deux, trois semaines. Et maintenant, c'est acquis, donc on ne bouge plus. Mais non, parce que c'est comme ça qu'on devient contre-productif et qu'effectivement, il ne faut pas avoir peur de renouveler un petit peu, de faire des resets un petit peu sur pas mal d'aspects pour qu'on puisse avancer concrètement.
- Speaker #1
Oui, puis je dirais aussi même par rapport aux préférences alimentaires. Parce que je le vois parfois en institution. Monsieur un tel aime bien boire du café le matin et puis il l'aime de cette façon-là. Et ça fait trois ans qu'il boit le même café ou qu'il mange le même petit déjeuner. Mais on lui a demandé il y a trois ans et c'est ça qu'il aime. Mais trois ans plus tard, peut-être que ce serait le moment d'essayer autre chose. Est-ce qu'il a envie d'autre chose ? Est-ce qu'on peut explorer ? Et juste simplement s'assurer, vérifier. Je le vois notamment avec des personnes qui ont de la difficulté ou qui ont des troubles. du langage, qui ne peuvent pas s'exprimer verbalement ou du moins qui n'ont pas un mode de communication qui est celui de la majorité. Là, parfois, on a déduit que la personne aimait tel aliment ou tel petit déjeuner ou peu importe. Et là, ça y est, on vient de statuer. Mais on ne réévalue pas l'évolution des préférences. On ne propose pas des alternatives en fait pour permettre à la personne de découvrir autre chose. Et ça nous arrive. Je ne sais pas pourquoi, mais moi, il y a des trucs que je mange des fois pendant des périodes où j'en ai envie. Et là, à un certain moment, Je viens un peu... peu lassé, puis j'ai envie d'essayer autre chose. Donc, souvent, si on se met à la place des personnes, ça nous permet de reconsidérer aussi notre façon de compter. Bien sûr.
- Speaker #0
Sur l'aspect goût, il y a... Alors, moi, j'ai des enfants en bas âge. Au moment où on enregistre, il est prouvé que, par exemple, pour un enfant, on peut lui faire tester un aliment jusqu'à 10 fois pour qu'il puisse l'apprécier. Et nos goûts évoluent. Je suis sûr que toi, aujourd'hui, tu manges des sauces que tu n'aimais pas il y a peut-être 10 ans, il y a peut-être 15 ans, il y a peut-être plus que ça. Et c'est en ça aussi que si on refait le lien avec la consultation diététique, c'est l'enquête alimentaire, en fait, elle va servir, oui, certes, mais tout ça ne doit pas être gravé dans le marbre. Quand quelqu'un dit, moi je me souviens, personnellement, je reprends des cas personnels parce que c'est des cas concrets, ma diète m'avait dit, ce serait bien que tu arrêtes le sucre dans le café, par exemple. Pour moi, c'était impossible. Parce que c'était ma façon de voir. J'ai dit impossible que j'arrête le sucre. Et en fait, on se rend compte qu'au bout d'une semaine, aujourd'hui, tu me fais boire un café sucré, je vais le trouver imbuvable. Et en fait, tout ça, ça peut changer assez vite. Donc même, ça c'est un petit conseil pour les diètes qui accompagnent des patients. L'enquête alimentaire, elle vaut ce qu'elle vaut à un instant T. Ça se trouve, à la fin de votre prise en charge, vous refaites une enquête alimentaire sur des goûts et vous verrez qu'il y aura des changements. Et ça peut être un signe positif comme quoi on aura réussi à mettre en place des comportements différents. ton rapport à toi à l'assiette, ça va être intéressant, on va apprendre un petit peu plus de connaître, mais est-ce que tu as des supports pour des professionnels notamment, ou même des personnes qui souhaiteraient en savoir un petit peu plus sur ce concept-là ? Est-ce que tu as des livres ? Est-ce que tu as des choses à proposer ?
- Speaker #1
Oui, en fait, en... Au niveau de la chaire, en fait, dont je suis titulaire, on a un site Internet. Donc, le mot-clé aujourd'hui, c'est le mot « autodétermination » . Et vous vous rappelez de mon accent qui vient du Canada. Donc, autodétermination.ca, comme Canada. On a vraiment sur le site, en ligne, des documents de référence, des éléments clés par rapport au concept d'autodétermination, des projets également qu'on mène, des projets de recherche. Il y a aussi des textes de vulgarisation qui expliquent ce qu'est l'autodétermination. donc pour les gens qui veulent en savoir plus. plus, c'est vraiment l'endroit où on retrouve tous les éléments. Et on a notamment, en fait, un... un lien sur le site qu'on appelle notre trousse d'outils autodétermination. Et dans la trousse autodétermination, on répertorie en fait ce qui existe comme outil qui permet de soutenir l'autodétermination. Et notamment ce dont on a parlé aujourd'hui, les types de motivation. Vous allez trouver des liens qui vont vous permettre vraiment d'aller plus à fond sur cette question-là. Donc, autodétermination.ca ou encore sur Facebook, LinkedIn, la chaire Autodétermination et Handicap. C'est possible de nous suivre.
- Speaker #0
ok parfait bah je mettrais en En tout cas, moi, je diffuserai un maximum de liens. Et encore une fois, ce n'est pas destiné qu'aux professionnels. En tant que patient qui voulait vous faire accompagner sur un sujet bien précis, vous pouvez aller voir parce que justement, comme on le disait, ça peut permettre aussi de... d'aider pour se dire cette personne-là, c'est la bonne personne pour m'accompagner et celle-là, elle est encore un peu à l'ancien temps où elle va m'imposer un plan alimentaire avec des restrictions et ça ne va pas me convenir. C'est aussi une prise de conscience qui est vraiment intéressante pour soi, pour sa propre santé. C'est vraiment ça, parce qu'il peut y avoir des situations d'échec qui psychologiquement coûtent un peu cher et qu'on se dit, du coup, je ne suis pas fait pour ça. L'alimentation santé, ce n'est pas fait pour moi. Non, ce n'est pas vrai. L'alimentation santé, elle est faite pour tout le monde. Il faut juste trouver la bonne porte. Et encore une fois, ce n'est pas une erreur de changer de personne qui va nous accompagner. Que ce soit du côté patient ou même un diététicien qui va perdre un patient parce qu'il ne va pas revenir. Ça, ça peut arriver aussi. Il ne faut pas le prendre mal parce qu'effectivement, comme tu le disais très bien tout à l'heure, il y a une alchimie qui doit se créer. Et à un moment donné, si ça ne matche pas, ça ne matche pas. On n'a pas tous les mêmes valeurs. On n'a pas tous les mêmes visions. Et quand ça ne matche pas, ça ne matche pas. Donc ça, c'est vraiment important.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Pour finir, du coup, moi, j'aime bien terminer avec... On va parler de toi, ton rapport à l'assiette, à toi. Alors, si tu devais qualifier ton rapport à la bouffe en un mot ? Qu'est-ce que tu dirais ?
- Speaker #1
Je pense que je dirais le mot de temps. Pour moi, la bouffe, ça rythme le temps. Parfois, je vais manger trop rapidement, en tout cas, du moins par rapport à ce que j'aime, parce que j'ai des trucs à faire. Parfois, je vais prendre le temps et quand j'ai le temps de prendre le temps de cuisiner, il me semble que c'est des bons moments. Le temps d'un repas aussi, partager avec des amis, c'est quelque chose qui est important pour moi, c'est quelque chose que j'aime. Je dirais le mot de temps.
- Speaker #0
D'accord. Un plaisir alimentaire que tu n'oses pas avouer ? Vraiment un truc où tout le monde va se dire, moi personnellement, ça va être le gras d'une bonne entrecôte grillée, ça va être le pain vinaigrette, c'est un truc que j'adore. C'est pas glorieux, mais moi j'adore ça, une bonne vinaigrette, un bon pain. Est-ce que toi, t'as un truc un peu comme ça ?
- Speaker #1
Malgré le fait que vous entendez mon accent québécois, ça va être un truc typiquement français. J'ai des amis dans le nord de la France, en fait. Le welsh qu'on mange dans le nord de la France, bien gras, avec le cheddar, l'oeuf, le welsh complet. Ça, à chaque fois que je débarque dans le nord de la France, parce que c'est un passage obligé, je sais exactement où je vais le manger. Il me semble que c'est quelque chose que j'aime. Mais bon, pas le meilleur aliment. Ce n'est pas le meilleur repas pour la santé. Mais il fait du bien à ma santé mentale.
- Speaker #0
Ça, c'est important. Le plaisir alimentaire, c'est aussi des fois de lâcher un peu prise. Et le Welch, en plus, c'est une super bonne recette. C'est très, très bon. Là, il n'y a aucun problème. Franchement, peut-être pas s'en faire tous les jours, effectivement. Pas tous les jours. Ou alors, il faut vraiment mettre du légume à fond. Mais en tout cas, très bonne recette, le Welch. Parfait. Tu as des enfants, il me semble, puisque tu l'avais cité en exemple pendant ta conférence. Est-ce qu'il y a un truc que tu ne leur as jamais fait manger parce que toi, tu n'aimais pas ?
- Speaker #1
Honnêtement, je pense que je leur ai fait pas mal manger tout ce qui était possible, incluant des insectes grillés et des trucs qui ne sont peut-être pas communs et des trucs qui attirent moins les enfants. enfants là dessus je pense que j'ai pas en tête d'aliments que je leur aurais fait manger j'ai toujours été assez volontaire à essayer de nouveaux trucs ça c'est bien qu'est ce que tu prends au petit-déjeuner moi le petit déjeuner yaourt nature puis je l'aime nature sans gras sans sucre vraiment c'est à tous les matins j'ajoute Un truc dedans qui ce matin là va me plaire, mais c'est probablement un des trucs que je mange le plus souvent, le plus fréquemment.
- Speaker #0
C'était à base, le yaourt.
- Speaker #1
C'était ma base. Ok,
- Speaker #0
très bien, très très bien. Un plat préféré, mais alors un seul, parce qu'on en a toujours plein, s'il y en a vraiment un à retenir.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Moi, j'aime beaucoup le petit-déjeuner. Les crêpes pour le petit-déjeuner. Moi, crêpes au petit-déjeuner, c'est formidable. J'ajouterais crêpes avec du sirop d'érable.
- Speaker #1
Oui, certainement. On est presque dans le cliché, mais finalement, les crêpes existent parce que...
- Speaker #0
Mais tout ce qui est autour du petit-déjeuner, puis quand on se fait des crêpes, c'est parce qu'on a peut-être le temps un peu plus de prendre le petit-déjeuner. Il y a comme une ambiance qui vient avec ça aussi.
- Speaker #1
Oui, il y a le côté préparation. Je me prépare un truc plaisir. Et alors, on est sur la crêpe un peu pancake ou la crêpe grande et fine ?
- Speaker #0
La grande et fine, celle qu'on peut rouler. D'accord. Oui, c'est vraiment celle-là.
- Speaker #1
Et la personne, selon toi, qui cuisine le mieux au monde ?
- Speaker #0
Bien, je dirais, ce serait facile de dire ma mère, évidemment, parce que je pense que ce serait la réponse pour plusieurs personnes, donc ce serait ma première réponse. Mais j'ajouterais qu'un autre que j'aime beaucoup qui vient du Nord, c'est le maroilles. Et les amis que j'ai dans le Nord qui cuisinent du maroilles,
- Speaker #1
ils t'accrochent à chaque fois ils arrivent presque au niveau de maman par le biais du maroilles ils utilisent un produit pour gagner en niveau et maintenant est-ce qu'il y a un objet culturel un livre, un film, une série un tableau,
- Speaker #0
une chanson un truc que tu préfères dans ce thème là qui parle de la bouffe moi j'aime beaucoup les films où il y a une histoire autour d'un resto d'un café. J'en aurais deux, si je peux me permettre. Il y a le film Mystique Pizza avec Julia Roberts qui vient des années 80, qui est un vieux film. Un jour dans ma vie, je suis allé à Mystique, là où ça a été tourné, dans le fameux restaurant. C'est une histoire qui est un peu typique nord-américaine, mais j'aime beaucoup ce type d'ambiance-là parce que je trouve qu'un restaurant, c'est un lieu où tu peux rencontrer, où il se passe, il y a quelque chose de très vivant là-dedans. C'est pour ça que j'adore le fabuleux dessin d'Amélie Poulin et toutes les scènes qui se passent dans café, j'adore l'espèce de dynamique, le mouvement qu'il y a là-dedans autour de ça, les clients qui passent, l'interaction qu'il y a. Donc ça pour moi, j'aime ce genre de contexte-là où c'est un peu un huis clos, on est fermé, mais en même temps, c'est vivant, ça bouge,
- Speaker #1
il y a quelque chose qui se passe. Le restaurant, la table est quand même très théâtrale, ça se prête beaucoup dans les films. Évidemment, les films français et les films italiens, il y a souvent de la bouffe dedans. C'est des moments qui se prêtent bien à la comédie. Ça, c'est certain. Maintenant, est-ce qu'il y a un souvenir d'enfance qui est lié à la nourriture ? Un truc qui t'a marqué, enfant ?
- Speaker #0
Un souvenir d'enfance. Là, encore une fois, on va peut-être être un peu dans le cliché, mais tout ce qui est autour de la cabane à sucre, là où on produit le sirop d'érable au Québec, pour moi, c'est des moments un peu magiques. Et quand on est enfant... au québec et qu'on va à la cabane à sucre en fait c'est le moment où on va manger du sirop d'érable qu'on fait figer sur la neige qu'on appelle la tire d'érable mais c'est aussi le moment où on a le droit d'en manger la la quantité qu'on veut, parce que c'est un moment qui dure quelques semaines, deux semaines, trois semaines à peu près dans l'année. Et là, c'est ce moment-là, il est magique, parce que surtout quand on est enfant, on attend tellement longtemps avant que ça revienne. Et là, manger à l'extérieur, sur la neige, la tire qui fige, puis évidemment, on s'en met partout, on est tout collant quand on revient à la maison. Mais ça aussi, c'est comme, c'est la fête, c'est le rassemblement, c'est la célébration, c'est le printemps qui arrive, c'est...
- Speaker #1
Ouais, il y a un vrai mot pour... autour du poids, rendez-vous annuel en tout cas. Ah oui,
- Speaker #0
puis c'est encore quelque chose d'important, même devenu adulte.
- Speaker #1
OK. Et une dernière question avant de se quitter. Est-ce qu'il y a une croyance alimentaire que t'as eue, comme tout le monde en a eue, et puis finalement t'as appris que c'était vraiment une connerie ?
- Speaker #0
Moi, j'ai vraiment cru à la connerie des aliments miracles.
- Speaker #1
Ouais, c'est normal. Comme on disait tout à l'heure, en fond de la pub, on a cru à un truc.
- Speaker #0
J'ai vraiment pensé qu'il y avait des produits qui allaient me protéger de du cancer que de manger des myrtilles. C'était anti-cancer et des trucs. Si je buvais mon thé vert à telle force... Je pense que j'ai été sensible à une époque de ma vie à rechercher finalement ces choix-là en me disant que si je fais ça dans telle quantité, pour finalement me rendre compte que c'était un peu de la foutaise tout ça, puis que l'équilibre entre tout ce qui était accessible reste encore le meilleur. C'est ça, reste encore le meilleur des choix puis le meilleur choix pour la santé finale.
- Speaker #1
D'ailleurs, à ce sujet-là, c'est quand même marrant parce qu'on se rend compte que même dans le sport de haut niveau, il y a des modes comme ça. Moi, je me souviens, il y a une époque au cyclisme, ils buvaient tous du jus de betterave en étant persuadés que ça allait être le truc miracle. Il y a un gars qui arrive et qui découvre ça, enfin, qui découvre entre guillemets, et qui dit « Ah, c'est la tendance, là » . Vous voyez, ils buvaient tous à ça. Enfin, c'est assez marrant. Mais en tout cas, cette question, elle est intéressante pour moi parce que, malgré tout, on a tous eu des croyances. On est tous des enfants de la pub. La pub nous martèle à long de journée donc pareil il faut pas avoir honte d'avoir eu des croyances ou d'en avoir encore faut juste être ouvert et se dire potentiellement si quelqu'un m'explique si un professeur qui m'explique mais voilà mais en tout cas faut pas c'est pas quelque chose de rabaissant on a tous plutôt rigolo d'en parler à posteriori Écoute Martin, merci beaucoup. Merci à toi, tu es vraiment super enrichissant. Je suis vraiment ravi de t'avoir reçu aujourd'hui pour parler de tout ça. Encore une fois, dernier petit truc, est-ce que tu as une actualité bientôt à venir ? Est-ce que tu as quelque chose sur lequel on peut te suivre ? Oui,
- Speaker #0
en fait, on vient de lancer notre programmation 2025-2030 de la chaire Autodétermination et Handicap, les projets sur lesquels on travaille. Donc, encore une fois, découvrir sur notre site Internet, sur les réseaux sociaux. Et on a mis en ligne dernièrement, justement, certains projets. Donc, c'est l'occasion de découvrir tout ce qu'on fait dans le secteur du handicap autour de l'autodétermination.
- Speaker #1
Super. Encore une fois, je partagerai un maximum de liens. Écoute, Martin, merci beaucoup. Et puis, aux auditeurs, à bientôt pour un nouveau rendez-vous Diète et Gourmand. Merci beaucoup. Au revoir.