Speaker #0Pourquoi j'ai l'impression d'avoir raté ma vie alors que tout va bien ? Ou dire autrement, pourquoi ma vie ne ressemble pas à celle que j'avais imaginée ? Il y a peut-être une vie que tu regardes parfois du coin de l'œil, une vie que tu n'as pas vécue, un autre métier, une autre ville, un autre couple, des enfants ou pas d'enfants, une autre façon d'aimer, une autre version de toi, et cette vie n'existe pas. Pourtant, tu peux en ressentir le manque, du Tu peux avoir une vie qui fonctionne sur le papier et ressentir malgré tout une forme de tristesse lorsque tu penses à celle que tu n'as pas vécue. Tu peux avoir fait des choix que tu assumes profondément et te demander parfois qui serais-je devenue si j'avais pris un autre chemin. Cette question me semble particulièrement importante pour nous les femmes parce que nous avons grandi avec énormément de scénarios à l'intérieur de nous. Des scénarios sur ce qu'est une femme accomplie. sur l'âge auquel on devrait être en couple, sur le moment où on devrait avoir des enfants, sur la manière dont on devrait travailler, sur notre rapport au corps, à l'argent, à la réussite, à l'amour. Et parfois le plus difficile n'est pas de renoncer à une vie, c'est de découvrir que cette vie n'était peut-être même pas vraiment la nôtre. Aujourd'hui, j'ai envie de parler de toutes ces vies que tu n'auras jamais, de celles que tu as choisi de ne pas vivre, de celles que tu pensais vivre. et qui ne sont jamais arrivées, de celles que la société t'a appris à désirer et aussi de celles que tu portes peut-être encore dans ton histoire familiale. Parce qu'avant de faire le deuil d'une vie, encore faut-il savoir si c'était vraiment la tienne. Hola, douces sœurs, je m'appelle Sokerta, ce qui signifie arbre du bonheur en Comodjian. Et mes parents ont fui l'origine des Khmer Rouges. et le Cambodge pour venir en France. Il y a déjà 50 ans, et pendant tout ce temps, j'ai cherché ma place entre deux mondes, entre loyauté, liberté, entre le besoin de réparer ma famille, mon histoire, et celui de me trouver. Pendant près de 20 ans, j'ai travaillé dans l'humanitaire et le secteur associatif, aux côtés de populations en exil, de femmes isolées, dans des contextes de crise et d'urgence à travers le monde. J'ai longtemps travaillé. combattu les injustices à l'extérieur jusqu'au jour où j'ai compris que la paix commençait en soi, à l'intérieur. Alors j'ai choisi un autre chemin, celui de la thérapie et de l'accompagnement des femmes vers leur essence, leur liberté, leur confiance, leur affirmation de soi, leur pouvoir, leur puissance. Aujourd'hui j'accompagne les femmes à se reconnecter à leur corps, à libérer leurs blessures, à se sentir à nouveau en sécurité dans leur puissance et leur douceur. Je crois. profondément que la réponse est déjà en chacune de nous, que le retour à soi est le début de toute transformation. Bienvenue dans douceur, un espace de parole, de guérison, de réconciliation entre le féminin, le masculin, le corps, la terre et l'âme. Ici, on apprend à ralentir, à respirer, à retrouver la voie de l'équilibre de la liberté et de la paix intérieure. Merci d'être là, à mes côtés. Tu pensais avoir raté ta vie. Il y a un moment où tu peux avoir l'impression d'être en retard par rapport aux autres. Tu regardes autour de toi, un ou une amie achète une maison, l'autre se marie, l'autre attend son deuxième enfant, l'autre développe son entreprise, l'autre semble avoir trouvé sa place et toi tu te demandes au fond de toi pourquoi ma vie ne ressemble pas à ça. Peut-être que tu as 25 ans, 30 ans, 35 ans, 40, 45 ans ou davantage, et tu sens parfois cette petite phrase revenir « Je pensais que ma vie serait différente » . Cette phrase peut être très douloureuse, mais elle contient une question que l'on pose rarement. Différente de quoi ? De ce que tu voulais vraiment ou de ce que tu pensais devoir vouloir ? Parce que nous avons appris très tôt à imaginer notre avenir Mais nous n'avons pas seulement appris ce que nous pouvions devenir, nous avons appris ce qu'une femme était censée devenir. Une femme aimée, désirable, une femme en couple, une femme mère, une femme accomplie professionnellement, une femme autonome, une femme qui prend soin des autres, une femme qui réussit, une femme qui ne dépend de personne, une femme qui reste belle, une femme qui reste jeune, une femme ambitieuse mais pas trop. indépendante mais pas seule, maternelle mais sans disparaître, disponible mais pas envahissante. Et quand ta vie ne ressemble pas au scénario, tu peux facilement conclure quelque chose ne va pas chez moi, quelque chose cloche. Alors qu'une autre possibilité existe, tu es peut-être simplement en train de découvrir que les scénarios n'étaient pas entièrement à toi. Pour moi, le plus puissant des scénarios, c'est celui que tu prends pour un désir. Le plus puissant dans une injonction, c'est qu'elle n'a pas besoin d'être criée. Elle peut devenir une évidence. Tu ne te dis pas forcément, je dois absolument être en couple, mais tu peux ressentir une inquiétude lorsque tu es célibataire. Tu ne te dis pas, je dois absolument avoir des enfants, mais tu peux avoir peur de regretter toute ta vie de ne pas en avoir. Tu ne te dis pas clairement « je dois réussir professionnellement » mais tu peux ressentir une immense honte lorsque tu as l'impression de ne pas être assez loin. L'injonction devient tellement intégrée qu'elle ressemble à un désir et c'est là, selon moi, que cela devient intéressant parce qu'une des grandes questions de la souveraineté, ce n'est pas seulement « qu'est-ce que je veux ? » c'est « d'où vient ce que je veux ? » Est-ce que je veux vraiment cette vie ou est-ce que je veux ce qu'elle représente ? comme la sécurité, la reconnaissance, l'appartenance, le statut, l'amour, la validation, la sensation d'avoir réussi, le sentiment d'être enfin à la hauteur. Parce que le patriarcat ne nous dit pas toujours directement quoi faire, il peut aussi nous apprendre à désirer certaines choses et à avoir honte lorsque nous ne les avons pas. Et pour moi, cela change complètement la question. Parce que tu peux passer des années à construire une vie qui te donnera enfin la preuve que tu as réussi sans jamais te demander est-ce que cette vie me rend réellement vivante. Parce qu'on nous demande de tout avoir. Il y a une chose de très particulier dans les injonctions faites aux femmes et elles sont presque devenues contradictoires. Soit indépendante mais construit un couple. Soit ambitieuse mais ne prend pas. pas trop de place. Aime ton travail mais sois disponible pour ta famille. Sois mère mais ne fais pas de la maternité toute ton identité. Prends soin de toi mais continue à prendre soin de tout le monde. Affirme-toi mais reste douce. Gagne ton propre argent mais ne deviens surtout pas trop indépendante et intimidante. Vieillis naturellement mais reste désirable. Construis ta carrière mais ne sacrifie pas ta famille. Et surtout, faites tout cela avec le sourire. On nous vend parfois la liberté comme la capacité à tout avoir. Le couple, les enfants, la carrière, le corps, l'argent, le temps pour soi, les voyages, la maison, la vie sociale, l'épanouissement, la contribution au monde, tout. Mais une vie humaine fonctionne selon moi autrement. Choisir quelque chose signifie aussi ne pas vivre certaines autres possibilités. Et c'est peut-être quelque chose que nous avons énormément de mal à accepter parce que nous voulons parfois garder toutes les portes ouvertes. Mais toutes les vies que nous aurions pu vivre ne peuvent pas devenir notre réalité. Et ce n'est pas un échec, c'est la condition même Du choix. Parce que dans le choix, il y a aussi ce que tu portes depuis avant toi, le transgénérationnel. Il y a une autre couche parce que parfois, ce que tu crois être ton choix personnel est aussi traversé par ton histoire familiale. Tu as peut-être grandi avec une mère qui a tout sacrifié, une grand-mère qui n'a jamais travaillé, une femme de ta famille qui est restée dans un couple parce qu'elle n'avait pas d'autres possibilités. Une autre qui a travaillé toute sa vie et qui t'a répété ne dépend jamais d'un homme. Ou au contraire, la famille passe avant tout. Tu peux avoir reçu des messages comme « Sois indépendante » , « Travaille » , « Fais mieux que moi » , « Ne fais surtout pas comme moi » , « Ne prends pas trop de risques » , « Construis quelque chose » , « Pense à ta famille » . Et ces messages peuvent parfois sembler contradictoires, mais ils racontent tous quelque chose. Ils racontent l'histoire des femmes qui t'ont précédé, leurs contraintes, leurs renoncements, leurs peurs, leurs rêves. leur stratégie pour survivre dans leur époque. Et quand je parle de transmission transgénérationnelle, je ne parle pas d'un destin écrit à l'avance, je parle de quelque chose de beaucoup plus concret. Les récits familiaux, les valeurs, les silences, les interdits, les peurs, les loyautés, les modèles de réussite et les représentations de ce qu'une femme peut ou ne peut pas être. Parce que parfois, nous ne sommes pas seulement en train de vivre notre vie, Nous sommes aussi en train de nous positionner par rapport à celles qui nous ont précédées, qu'on les ait connues ou pas d'ailleurs. Parce que devenir libre peut donner l'impression de trahir. Et c'est là que la question de la loyauté familiale devient très intéressante. Tu peux être la première femme de ta famille à ne pas avoir d'enfant ou la première à gagner davantage. La première à partir vivre ailleurs, la première à quitter un couple, la première à créer une entreprise. La première à choisir une vie qui ne ressemble à rien de ce que tu connais. Et même lorsque tu sais profondément que ton choix est juste pour toi, quelque chose peut résister, parce que devenir libre peut parfois donner l'impression de trahir. Comme si faire autrement dans ta famille signifiait dire votre vie n'était pas la bonne, alors que ce n'est pas forcément cela. Tu peux honorer une femme de ta famille sans reproduire sa vie. Tu peux reconnaître tout ce qu'elle a traversé sans continuer à porter ses renoncements. Tu peux lui être profondément reconnaissante et choisir quelque chose de radicalement différent. C'est peut-être aussi cela, devenir libre et devenir adulte. Ne plus vivre uniquement dans la continuité, mais ne plus vivre non plus uniquement dans la rupture. Pouvoir regarder derrière soi et dire, je vois ce que vous avez vécu, je vois ce que vous avez dû porter. et aujourd'hui je vais faire quelque chose de différent avec ce que j'ai reçu. Et c'est pour cela que j'aime beaucoup l'archétype de la sorcière. C'est pour cela que ma retraite d'octobre s'appelle Inite, parce que la sorcière, l'archétype de la sorcière, c'est celle qui sort du rôle. Et c'est pour cela que cela me touche autant, cette figure de sorcière. Pas comme une simplification de l'histoire des Ausha sorcières, qui est historiquement beaucoup plus... plus complexe, mais comme une figure symbolique, la femme qui sait, la femme qui connaît son corps, la femme qui soigne, la femme qui écoute autrement, la femme qui vit en marge, qui refuse certains rôles parce qu'elle jouit de sa pleine liberté, la femme qui n'a plus peur de sa puissance, la femme qui n'attend plus qu'on lui dise ce qu'elle a le droit d'être. Et cette figure est profondément politique, parce qu'une femme qui dit « je ne veux pas jouer le rôle que vous avez prévu pour moi » fait déjà un geste de liberté. Un geste de rupture dans cette loyauté. Je ne veux pas d'enfants, je veux des enfants. Je ne veux pas me marier, je veux me marier. Je veux vivre seule, je veux vivre en collectif. Je veux quitter mon travail, je veux créer, je veux ralentir, je veux réussir. Je veux prendre soin, je veux contribuer. Je veux une vie qui ne ressemble à personne autour de moi. Ce n'est pas forcément spectaculaire, mais chaque fois qu'une femme commence à écouter ce qui est réellement vivant en elle, Plutôt que ce qu'elle est censée désirer, quelque chose se déplace. Elle ne demande plus quelle vie dois-je mener. Elle commence à demander quelle vie est réellement la mienne. Toutes les vies que tu n'auras jamais. Et à ce moment-là, quand on commence à se demander quelle vie est réellement la mienne, il y a le deuil. Parce qu'une fois que tu commences à déconsoir les injonctions, tu ne ressens pas nécessairement immédiatement ta liberté. Il peut y avoir de la tristesse. Tu peux pleurer l'enfant que tu n'as pas eu ou celui que tu pensais avoir. Tu peux pleurer la famille que tu pensais construire, le couple. que tu pensais connaître, le métier que tu n'auras pas, la ville dans laquelle tu ne vivras jamais, la femme que tu aurais pu devenir. Tu peux ressentir du regret et j'ai envie de te dire quelque chose d'important. Tu peux regretter une vie sans avoir fait le mauvais choix. Le regret ne signifie pas forcément que tu dois revenir en arrière. Il signifie parfois simplement que tu mesures le prix de tes choix, de ta liberté, parce qu'une vie choisie ferme aussi certaines portes. et certaines portes méritent d'être pleurées. Certaines vies ne nous ont pas été retirées. Certaines vies ne nous correspondaient simplement pas. Et parfois, le véritable deuil consiste à renoncer non pas à ce que nous voulions profondément, mais à ce que nous pensions devoir vouloir. Et c'est une nuance très importante. Parce que la vraie question, c'est qu'est-ce qui est vraiment à toi ? Et comment savoir ? Comment faire la différence entre ton désir et une injonction ? Entre un choix et une stratégie de protection ? Tu peux commencer par écouter ton corps parce que ta tête peut avoir une réponse immédiate. Je veux ça, je devrais faire ça, il est temps, tout le monde avance. Mais lorsque tu enlèves la question, que reste-t-il ? Peut-être te demander est-ce que je veux cette vie ou est-ce que je veux ce qu'elle représente ? Est-ce que je désire réellement cela ou est-ce que j'ai peur de regretter de ne pas l'avoir fait ? Est-ce que je veux cette relation ou est-ce que j'ai peur d'être seule ? Est-ce que je veux cette carrière ou est-ce que j'ai besoin de prouver ma valeur ? Est-ce que je veux être indépendante ou est-ce que dépendre de quelqu'un me fait peur ? Et surtout, est-ce que je choisis ou est-ce que je me protège ? Parce que parfois, derrière une décision très rationnelle, il y a une stratégie de protection. Contrôler, anticiper, tout porter seul, s'adapter, faire parfaitement, ne jamais demander, ne jamais dépendre, ne jamais de se voir. Ces stratégies ont pu être utiles par le passé, elles ont pu nous permettre de traverser certaines périodes de notre vie, mais elles peuvent aussi continuer à décider pour nous alors que nous avons désormais davantage de sécurité et de choix. Peut-être que tu ne seras jamais toutes les femmes que tu aurais pu être. Et je crois qu'il y a quelque chose de profondément libérateur à accepter que nous ne serons jamais toutes les femmes que nous aurions pu devenir. Non, tu ne vivras pas toutes tes vies. Non, tu ne connaîtras pas toutes tes versions. Tu ne sauras jamais exactement qui tu serais devenue dans une autre ville, avec un autre partenaire, un autre métier, avec des enfants, sans enfants, avec dix années de plus dans cette entreprise, avec dix années de moins. Tu ne sauras jamais, et cette inconnue peut faire mal, mais elle peut ouvrir un espace immense, parce que tu n'as plus besoin de comparer ta vie réelle à toutes tes vies imaginaires. Tu peux commencer à habiter celle qui existe, pas celle qui aurait rassuré tes parents, pas celle qui aurait impressionné tes amis, pas celle qui aurait prouvé que tu avais réussi, pas celle qui aurait réparé l'histoire familiale, pas celle qui aurait coché toutes les cases. La tienne. Et peut-être que la souveraineté commence là, lorsque tu peux regarder toutes les femmes que tu aurais pu devenir, les remercier, les pleurer, les laisser partir et revenir vers celles que tu es aujourd'hui. Parce qu'une vie choisie implique toujours de renoncer à d'autres vies possibles. Le problème n'est pas de renoncer, le problème serait de passer ta vie à vivre une vie que tu n'as jamais vraiment choisie. Alors que, peut-être que la question n'est plus... est-ce que j'ai réussi ma vie mais est-ce que cette vie ressemble de plus en plus à quelque chose que je choisis je crois profondément que nous avons besoin de réapprendre à distinguer le désir de l'injonction le choix de la protection la fidélité à soi de la fidélité et de la loyauté familiale la peur du regret du désir véritable parce que tu peux avoir énormément travaillé sur toi et continuer à vivre selon des règles que tu n'as jamais consciemment choisi. Tu peux avoir fait de la thérapie, du coaching, de l'introspection, écouter des podcasts, luire des livres, comprendre intellectuellement les blessures et pourtant continuer à contrôler, à tout porter, à t'adapter, à chercher à bien faire, à repousser certaines décisions pas parce que tu ne sais pas mais parce qu'une partie de toi cherche encore à se sentir suffisamment en sécurité pour pouvoir choisir. autrement pour t'autoriser à être libre. Se poser cette question « Quelle femme forte es-tu devenue ? » Pas pour te mettre dans une Pas pour te donner une nouvelle étiquette, mais pour commencer à regarder les stratégies que tu as développées pour traverser la vie. Ce que tu contrôles, ce que tu portes seul, ce que tu cherches à réussir, ce à quoi tu t'adaptes et surtout, ce qui se trouve derrière. Parce que derrière toutes ces stratégies, il y a peut-être une femme qui n'a pas besoin de devenir plus forte. Une femme qui a simplement besoin de se sentir suffisamment en sécurité. pour recommencer à choisir. Et avant de partir, j'ai envie de te laisser avec une seule question. Pas une question à résoudre, une question à laisser infuser en toi. Quelle partie de ta vie est réellement choisie par toi ? Pas par ta famille, pas par la société, pas par la peur, pas par le regard des autres, par toi. Parce qu'une nouvelle vie ne commence pas toujours par une grande décision, parfois. Elle commence simplement au moment où tu cesses de confondre ce que tu dois vouloir avec ce que tu veux vraiment. Merci pour ton écoute et ta confiance. Et si quelque chose t'a traversé pendant l'écoute de cet épisode, je serais ravie de te lire. Et n'oublie pas que tu peux suivre toutes mes actualités et notamment en savoir davantage sur cette retraite lillite dans la légende de cet épisode. Merci infiniment et à bientôt pour un nouvel épisode de Douceur. Belle journée, je t'embrasse.