- Speaker #0
Aujourd'hui, ce que tu vas entendre, ce n'est pas un interview, c'est une traversée. Une traversée entre deux vies. Celle d'avant, celle où tout semble bien de l'extérieur, mais où quelque chose meurt à l'intérieur. Et celle d'après, celle où on ne sait pas encore si ça va marcher, mais où on sait une chose. On ne peut plus rester ici. Avec Léna, on a parlé de ce moment précis, celui où tu réalises que ta vie n'est plus alignée avec qui tu es. Celui où tu dois choisir entre continuer à survivre ou commencer à vivre. Si tu écoutes cet épisode et quelque chose résonne en toi, ce n'est pas un hasard. Tu es peut-être toi aussi à la frontière entre deux versions de toi.
- Speaker #1
Bienvenue dans Du Rouge au Renouveau.
- Speaker #0
Alors bonjour... Et bienvenue dans ce nouvel épisode du Rougeau Renouveau. Aujourd'hui c'est un épisode un peu spécial parce que je suis à Verbier, à Verbier accompagné de Léna. C'est une entrepreneuse qui m'a beaucoup touché avec son histoire et les racines surtout, avec qui j'ai pu faire connaissance durant ces derniers mois. Et je me suis dit je monte à Verbier faire un épisode avec elle, parce qu'elle a vraiment une histoire qui mérite d'être écoutée aujourd'hui et surtout avoir des prises de conscience à ce niveau-là pour vous faire comprendre que... Parfois, on peut tout avoir, mais on peut tout quitter pour se retrouver. Donc aujourd'hui, on va parler des racines. Bonjour Léna.
- Speaker #1
Bonjour Cécile.
- Speaker #0
Comment tu vas ?
- Speaker #1
Bien et toi ?
- Speaker #0
Ça va bien. Je suis en compagnie de toi aujourd'hui. On va échanger ce podcast au niveau des deux épisodes. On va en faire deux. On parlera des racines en gros et surtout les prises de conscience. Qu'est-ce qui t'a accompagné pour prendre ces grosses prises de conscience et de tout quitter malgré que tu avais tout ? Donc voilà. Comment tu te sens ?
- Speaker #1
Je me sens bien, je me sens ancrée.
- Speaker #0
Ancrée ? Tu te sens avec un ancrage puissant aujourd'hui ?
- Speaker #1
En fait, depuis 4 ans que j'ai quitté la Belgique, je sens que je suis au bon endroit et c'est un sentiment qui est très agréable.
- Speaker #0
Parce que pendant longtemps, tu ne te sentais pas forcément à ta place ?
- Speaker #1
Non, j'étais comme une amérante. C'est bizarre à dire, j'étais là mais comme dans un monde parallèle, en fait j'étais comme séparée d'une vitre transparente de ce avec quoi je vivais.
- Speaker #0
Ok, et ça tu peux expliquer un moment T où tu t'es dit mais comment ça se fait que je suis là sans être là ? Est-ce que tu as un passage dans ta vie où tu te dis à ce moment-là c'est bizarre, c'est comme si j'ai une paroi en vert qui me sépare d'un moment où j'ai vécu ?
- Speaker #1
En fait, j'ai connu une période de mal-être par rapport à mon physique qui a fait que j'ai commencé une thérapie. Et en premier, c'était pour comprendre pourquoi j'avais des troubles du comportement alimentaire. Et en fait, ce qui est assez drôle, c'est que sur cinq années et demie de thérapie, en y allant toutes les semaines, c'était quand même assez conséquent. mais nécessaire, et bien en fait on a parlé six mois du contexte alimentaire et corporel et tout le reste, en fait c'était moi dans ma vie. Et du coup, au fur et à mesure, en fait j'ai pu comprendre ou en tout cas voir les choses en face, que je n'étais pas à la bonne place et alors que j'avais tout. J'avais le CDI dans la pharmacie où je pouvais me dire dans laquelle je finirais ma carrière. Donc parler comme ça à l'âge de... enfin dans la vingtaine, c'est quand même assez rare. J'avais du coup une activité complémentaire. J'avais une vie sociale épanouie. J'avais le superbe appartement genre à la campagne mais pas trop loin de la ville histoire d'avoir justement cette vie sociale. J'avais ma routine d'aller dans la salle de sport. sport que j'aimais, j'habitais pas loin de chez mes parents, je voyais ma famille régulièrement, on était un noyau très très solide. Bref, j'avais tout pour être heureuse mais au final, il me manquait quelque chose.
- Speaker #0
Et là, tu t'es sentie justement à travers toute cette vie où on voit bien clairement que c'est une case sociétale, on se dit, on a un CDI, enfin on a un travail. Le Saint Graal. Voilà, le fameux travail, une famille qui était stable, une salle de sport où tu t'y sentais bien, des amis. aussi où tu te sentais soutenue. Et tu t'es dit, mais à ce moment-là, j'ai tout, mais je ne me sens pas forcément à ma place.
- Speaker #1
Non, je ne me sens pas à ma place. Et puis, c'est assez bizarre comme sentiment, alors qu'on a vraiment, on a tout. Et par contre, il y a quelque chose d'assez important, c'est qu'à l'âge de 16 ans, lors d'une soirée de fin d'été, Avec une copine, on s'est dit on terminera pas notre vie en Belgique. Elle, elle avait dit qu'elle irait vivre dans le sud de la France et moi j'avais toujours la Suisse en tête. Après j'ai de la famille en Suisse et donc du coup je vis en Suisse depuis que j'ai l'âge de deux ans. Les dents du midi m'ont toujours fascinée et bizarrement c'est en Suisse où je me sentais entière. Et à chaque fois c'était un déchirement de partir. Il y a un moment où je me suis dit, oui c'est parce que c'est les vacances, tu revois les cousins, la Suisse c'est quand même beau, tu vois la montagne, la Belgique c'est plat, tu vois 50 kilomètres, enfin voilà. Et puis au fur et à mesure, en grandissant, en allant en Suisse, je me suis rendu compte que non en fait, est-ce que mes racines étaient là-bas ? Et puis... Oui, c'est vraiment spécial en fait de ressentir ce genre de choses.
- Speaker #0
Bien sûr. Mais en plus de ça, tu disais les dents du midi et tout ça, mais toi tu venais en Suisse en fait en tant que touriste.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc tu as connu la Suisse à travers, au final, que tu as vécu en Belgique et toi tu venais en vacances quelques semaines avec la famille et te dire j'ai l'impression que mes racines sont là-bas. Pourtant, tout a mené en Suisse, mais ta vie était en Belgique.
- Speaker #1
Oui, tout est en Belgique. Et puis après, à chaque fois que j'avais cette idée de partir vivre en Suisse, on me rappelait, t'as un CDI, Léna, t'as une situation, t'as des amis ici, et qu'est-ce que tu ferais sans la famille ? Bref, plein de peurs, plein de craintes.
- Speaker #0
Et je pense qu'il y a un souci à certains moments.
- Speaker #1
Oui, et puis ça donne des freins. Et donc du coup, j'en reviens à cette thérapie que j'ai suivie pendant 5 ans et demi. qui en fait au final, quand j'en parle, je réalise qu'elle a permis de déconstruire des choses qui m'ont été inculquées pour voir en fait les choses avec mes propres yeux.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as pu déconstruire par rapport à cette thérapie avec peut-être des fausses croyances qui étaient parfois des croyances de la famille, des croyances ancestrales de la famille ou des amis qu'on est entouré ? Qu'est-ce que tu as réussi à déconstruire ? Par rapport à ce travail, au final, qui est clairement du développement personnel, parce que tu as été accompagnée par une psychologue, mais c'est toi qui as dû faire tout ce cheminement pendant 5 ans à te poser ces bonnes questions. Au final, une psychologue, elle t'a guidée, mais c'est toi qui as fait tout ce travail. Qu'est-ce que tu as pu déconstruire à travers toutes ces croyances ?
- Speaker #1
Je dirais même, petite parenthèse par rapport à la thérapie que j'ai suivie, j'ai pas été chez une psy qui posait des questions. La première fois que j'ai débarqué chez elle, J'ai parlé et à un moment, elle a stoppé. Elle a dit la séance est terminée. Et ça a été comme ça pendant, je dirais même la première année. Et puis après, je n'ai pas été. Et c'est ce que j'ai aimé dans ma thérapie. C'est que j'ai eu cette liberté de pouvoir faire ma quête intérieure. Et du coup, qu'est-ce qui a été déconstruit ? Je dirais déjà de s'autoriser. à ne pas être heureux alors qu'on a une famille qui nous aime et qui est présente pour nous.
- Speaker #0
C'est beau.
- Speaker #1
Parce qu'on culpabilise le fait d'être à des repas de famille et de regarder sa soeur parler, sa maman, sa tante, et puis de se dire mais qu'est-ce que je fous là ? Et puis après on a un sentiment de dire, mais je suis une putain d'égoïste en fait, une insatisfaite. T'as tout, t'as des gens qui rêveraient d'avoir ce que tu as. Et au final, moi j'étais... Moi j'ai juste envie de me barrer. Et voilà, au final, on a le sentiment d'être égoïste et le fait d'avoir suivi cette thérapie m'a entre autres aidée à me dire « Mais non, en fait, tu as le droit de vouloir aller ailleurs et de voir autre chose. » Puis aussi, et ça au final, on va encore revenir avec ce qu'on a déjà dit, mais ma psy m'avait donné un exemple. Elle m'a dit « J'ai quelqu'un qui vient en thérapie. » C'est un directeur, il part en vacances, sport d'hiver l'hiver, il part en été à la plage, il a la villa, il a les deux beaux enfants qui réussissent à l'école, la femme clichée, la femme, la belle femme, le chien, mais le mec il est pas heureux.
- Speaker #0
Alors qu'il était au final, il avait une vie de rêve mais il était complètement vide à l'intérieur.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Comme éteint, comme en stand-by en fait.
- Speaker #1
Ouais, et là je me suis dit, ok. Du coup, je me suis sentie peut-être plus légitime de ressentir ce que je ressentais quand j'ai entendu l'expérience de quelqu'un d'autre. après c'est un peu la tête avant pour que je puisse lâcher, mais en tout cas elle a bien fait dans tous les cas. Et en fait le truc c'est que quand j'ai commencé à me dire que je pouvais m'autoriser à me dire que c'était ok de ne pas être à la bonne place, là il y a un processus qui s'est fait. Et puis progressivement en fait j'ai commencé à... me préparer à l'idée de partir.
- Speaker #0
Oui, ça a été un long processus parce que, comme tu expliques, c'est plus de 5 ans de développement avec tes propres questions en disant, oui, je peux me détacher, oui, c'est ok de sentir des choses de manière différente en me disant j'ai une famille, mais je ne me sens pas forcément à ma place ici, ce n'est pas forcément à ta place dans ta famille, c'est juste le lieu au final.
- Speaker #1
Le lieu et puis je dirais même, si on peut aller plus loin, même les mentalités.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Il y a les croyances, il y a rien qu'les croyances avec le fait de posséder. Comme si posséder, ça rassure.
- Speaker #0
Bien sûr, posséder un CDI, posséder un... qui est un saint graal encore aujourd'hui pour nos parents ou pour nos anciens grands-parents. Avoir une stabilité financière aujourd'hui, c'est l'équivalent d'un CDI en disant voilà, c'est normal de travailler 40 heures par semaine, de travailler 5 jours par semaine et d'avoir... C'est une idéologie au final de se dire oui, c'est une sécurité, mais au final on peut aussi te virer du jour au lendemain. Donc c'est des fausses croyances que toi tu as dû casser durant ton cheminement.
- Speaker #1
Oui, que j'ai cassé et puis en fait j'ai réalisé que posséder ne voulait pas dire être heureux. Et que parfois on voit des gens qui ne possèdent pas grand chose et en fait ils ont la joie de vivre, ça se voit sur leur visage. Et ça, je fais un peu référence aux pays qui sont plus défavorisés. Et nous, en tant qu'Occidentaux, qui avons des fois tout, on arrive encore à être insatisfait. Donc, pourquoi es-tu insatisfait ? Et là, dans mon cas, c'était premièrement, pas au bon endroit.
- Speaker #0
Et souvent, on parle d'éternel insatisfait. Mais ça, c'est souvent l'être humain, plus on a... plus on a tendance à se perdre au final à travers des objets ou à travers des moments où on va se dire on va dépenser 10, 15, 20 000 francs dans un voyage. On rentre, on est toujours malheureux parce qu'au final, là où on a mis nos racines, on n'est pas forcément au bon endroit pour les nourrir. Si j'ose un petit peu cet aparté de se dire on a beau tout avoir, comme tu disais, un gars il peut être PDG d'une boîte, tout avoir, être peut-être même millionnaire. mais complètement vide à l'intérieur parce qu'il est en train peut-être de passer à côté de sa vie, parce qu'il n'a pas su trouver ses racines, parce qu'il n'a pas forcément fait ce travail personnel.
- Speaker #1
Oui, et puis après, malheureusement, l'être humain, il doit lui arriver quelque chose de trash pour qu'il se remette en question. Donc, une personne qui a toujours connu une vie entre guillemets tranquille ne va pas avoir cette nécessité de remettre en question.
- Speaker #0
C'est clair. Mais ça, on a tendance à... Souvent, on se dit, on peut passer à côté de notre vie parce qu'on est dans notre quotidien.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tout est beau, tout est rose. On se dit, mais c'est génial. On vit notre vie, puis au final, à un moment donné, peut-être que la vie, elle nous rappelle en se disant, c'est peut-être trop tard. Ou on a une vie et à la fin, on se dit, ben, j'ai passé à côté de ma vie, c'est terminé. Mais des fois, on a une prise de conscience par rapport à un souci de santé.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
par rapport à peut-être un licenciement, par rapport à quelque chose de grave qui nous arrive dans la vie où on se rend compte que la vie, elle est courte parce qu'il y a une prise de conscience à ce moment-là.
- Speaker #1
Non, c'est vrai que l'être humain doit, entre guillemets, avoir mal pour prendre conscience.
- Speaker #0
Oui, souvent, on doit avoir mal pour se dire « Ah, il y a peut-être quelque chose qui cloche chez moi. J'ai peut-être un travail à faire sur moi-même. » Mais c'est à la vie de nous le rappeler alors que nous, on devrait être en pleine conscience en se disant est-ce que je suis aujourd'hui heureux avec ce que j'ai ?
- Speaker #1
Oui, mais le problème, c'est qu'on est anesthésié.
- Speaker #0
Souvent. Dans ces cas sociétals, de se dire, voilà, il faut une belle voiture, un beau travail, un bon salaire au niveau du mois, cette sécurité comme on parlait avant. Mais aujourd'hui, ces choses, elles changent de plus en plus.
- Speaker #1
Puis la sécurité, on parle ici beaucoup au niveau matériel, mais elle peut être au niveau social.
- Speaker #0
Bien sûr. Toi, tu avais tout pour être heureuse. Tu avais d'amis, tu avais ta famille, donc tu avais vraiment ton cocon avec tout ce qui t'entourait, où tu te sentais vraiment entouré à ce niveau-là, tu avais du soutien.
- Speaker #1
C'est ça, et puis parce qu'entre l'idée qui a commencé à émerger à l'âge de 16 ans et le fait que je sois partie à 27 ans, il y a quand même eu 11 ans. Et en fait, dans un sens, c'est énorme de se dire, mais pourquoi t'es pas parti avant ? Parce que ça a demandé de démonter, du coup, plutôt déconstruire des fausses croyances. Apprendre à voir les choses avec ses propres yeux. Parce que lorsqu'on déconstruit quelque chose, il n'y a pas la vue qui apparaît directement. Ça se construit aussi.
- Speaker #0
Il faut quelques temps, bien sûr.
- Speaker #1
Ça demande de se faire confiance.
- Speaker #0
aussi. Et souvent, on voit la vie à travers des autres regards, des regards qu'on nous impose, nos parents qui nous disent, c'est bien de faire comme ça. Nous, on a cette vision de se dire, c'est bien de faire comme ça. Mais pour avoir notre propre vision, pour, comme tu dis, déconstruire quelque chose et de le voir après avec nos propres yeux, c'est un chemin qui demande des années et des années. Ça ne se fait pas en quelques mois. Ce qu'on peut comprendre au niveau de ton cheminement qui a duré 11 ans, de se dire, oui, en Belgique, j'ai tout. mais la Belgique aujourd'hui, ce n'est pas mes terres, ce n'est pas là où je me sens bien. Et tu as dû faire tout ton parcours et la vie aussi. Je pense qu'à un moment donné, elle t'a aussi rappelé dans le processus que tu n'étais pas à ta place.
- Speaker #1
Oui, et le moment où j'ai pris conscience, ce qui est assez drôle dans la vie, c'était à peu près six mois quand j'ai terminé vraiment mes séances chez la psy. Et en fait, le fait d'avoir arrêté les seins chez la psy, c'est vraiment venu par moi-même. Je me souviens encore de lui avoir dit, la boucle est bouclée.
- Speaker #0
C'est toi qui as décidé dans ta thérapie de dire, pour moi, j'ai terminé, c'est bon, j'ai fait le tour, je me sens mieux.
- Speaker #1
Exactement, parce que pour la petite anecdote, je me souviens que, genre un mois auparavant, je lui ai dit, parce que oui, quand je suis rentrée la première fois dans son cabinet, elle m'a dit, je lui ai demandé, combien de temps ça dure une thérapie chez vous ? Elle m'a dit entre 6 mois et 6 ans. Je suis sortie de là, j'étais en pleurs. J'ai dit mon dieu, tu ne vas pas partir pour 6 ans. Au final, après 5 ans et demi, je lui ai dit vous vous souvenez de cette première question que je vous avais posée que du coup la thérapie, ça pourrait durer jusqu'à 6 ans. Ça fait quand même 5 ans et demi que je viens vous voir. Ce n'est pas que je n'aime pas vous voir, mais je me pose la question. Et là, elle m'a dit c'est vous qui allez le sentir. Ça va faire comme une chute. Et en fait la chute je l'ai eu dans le mois qui a suivi. Et là d'un coup, genre comme Eureka, j'ai fait ok la boucle elle est bouclée. Et là du coup, à l'heure de la dernière consultation que j'ai eu avec elle, je lui ai dit la boucle est bouclée. Et là elle m'a regardée, elle m'a fait c'est ça le sentiment qu'on a. Et puis du coup... Là, j'avais déjà envoyé mes CV pour la Suisse.
- Speaker #0
Donc, tu avais déjà entamé cette fameuse transition de manière à chercher des choses. Donc, tu étais vraiment dans ce cheminement de chercheur.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
De se dire, voilà, je commence la paperasse, j'essaye.
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, quand j'ai terminé chez la psy, quand je suis sortie de chez elle, je me suis dit, c'est bon Léna, tu peux partir. Parce que tu sais comment tu fonctionnes. Avec tes propres yeux. Avec ta propre tête. Pourquoi ta propre tête ? Parce que tu as tes propres peurs et plus celles des autres. Alors oui, il peut y avoir des similitudes, mais ce que je possède m'appartient. Donc, j'avais fait un gros nettoyage. Et du coup, par contre, il y avait toujours cette peur d'insécurité. Donc, dans ma démarche, à cette période-là, j'étais du style à me dire tu ne vas pas... quitter un CDI pour l'inconnu. Donc, j'ai envoyé mon CV en Suisse. Et évidemment, 2020, période Covid, je ne pouvais pas choisir mieux. Les frontières étaient ouvertes une fois sur deux. Donc super les entretiens d'embauche, au final je n'en ai eu aucun. Et en décembre 2020, et bien là c'est mon corps qui disjoncte, j'ai un cancer.
- Speaker #0
La vie elle te rappelle que tout peut s'arrêter aussi à ce moment-là en disant oui. Et malgré que tu étais jeune, ça peut arriver.
- Speaker #1
Alors jeune nutritionniste, coach sportif, travaillant en pharmacie. En gros, la personnelle de santé qui sait comment il faut faire. Elle fait tout comme il faut entre guillemets.
- Speaker #0
Et qui attrape quand même un cancer malgré tout.
- Speaker #1
Ah oui, et là du coup je me souviens il y a eu cet examen pour voir si la tumeur s'était propagée au niveau des ganglions. Je regarde cette fameuse lumière, je m'en souviens, genre un petit peu la lumière qui nous conduit au paradis. Et là je me suis dit, ouais mais non Léna, t'as 26 ans, ça peut pas finir comme ça. Et là du coup, prise de compte.
- Speaker #0
conscience il va vraiment falloir partir là tu as une prise de conscience parce que la vie à ce moment là elle te rappelle en te disant tu peux être nutritionniste tu peux être athlète tu peux conseiller des gens à travers ton métier mais la vie elle peut te dire écoute à ce moment là il ya peut-être une prise de décision à prendre mais ton cheminement il a été quand même incroyablement ça c'est vraiment un développement de vie qu'on peut parler au niveau de cinq ans et demi de thérapie. Et surtout, de voir la vie à travers ton propre regard et la maladie qui arrive en te disant « Waouh, il y a un moment, il y a une prise de décision à prendre. »
- Speaker #1
Oui, et puis là, je me suis dit « Voilà, c'est vraiment la prise de décision. Il va falloir faire quelque chose. » Puis, par chance en tout cas, la tumeur ne s'est pas propagée. C'est une happy end, c'est bon. Et trois mois plus tard... là vraiment parce qu'entre une prise de conscience et une prise de décision et l'action il y a un monde c'est trois points différents parce qu'on peut prendre conscience mais il y a les peurs qui arrivent il y a les réflexions du style oui mais tu vas quand même quitter ce que tu connais ta famille ton travail ta vie sociale et ainsi de suite et puis après il y a vraiment eu Trois mois plus tard, une journée à la pharmacie où j'en avais ras le bol. Et là, je me souviens, je me suis dit, soit tu restes ici et tu finis à la morgue, ou soit tu quittes tout et tu vas vers l'inconnu. Et j'ai quitté l'inconnu pour partir en Suisse.
- Speaker #0
Ce que tu viens d'entendre, ce n'est pas un doute, c'est une décision. La Belgique est derrière elle, la Suisse est devant. Mais entre deux, il y a ce territoire étrange que personne ne montre vraiment, le moment où tu as choisi, mais où tu n'as encore rien construit. Dans l'épisode 2, Lena raconte ce que ça fait de poser ses valises dans un pays nouveau, de perdre ses repères, et de découvrir ce que coûte réellement le fait de choisir sa propre vie. On se retrouve dans l'épisode 2.