- Speaker #0
Dans le premier épisode, Lena a pris une décision, pas dans sa tête, pas en théorie, une vraie décision. Quitter la Belgique pour s'installer en Suisse. Mais décider ce n'est que le début. Ensuite il faut assumer, quitter un CDI, fermer son activité nutritionniste, dire au revoir à sa famille, laisser un appartement derrière soi. Le changement devient concret, administratif,
- Speaker #1
matériel et surtout humain. Dans cet épisode, on parle de l'impact réel d'un choix de vie, de ce que ça coûte, de ce que ça transforme. Et de ce que ça révèle, voici la suite de l'histoire de Léna.
- Speaker #0
Bienvenue dans cette partie 2, par rapport au premier épisode. Là, il y a vraiment une grosse prise de décision. Mais quel a été l'impact de cette prise de décision à ce moment-là dans ta vie ?
- Speaker #1
Alors l'impact, je dirais qu'il est en deux parties. Le premier impact, c'est au niveau personnel. C'est surtout le fait de quitter le CDI, de devoir dire à son patron que l'on part pas parce qu'on ne se plaît plus chez lui mais parce qu'on part vivre dans un autre pays. Ce qui a été très très mal pris. Ensuite il y a le fait de quitter l'appartement, donc ça veut dire d'envoyer une lettre de renom à la propriétaire. Il y a eu le fait de fermer mon activité professionnelle de nutritionniste. Ce petit bébé que j'avais construit et donc du coup que j'ai dû fermer. Donc du coup à mon niveau personnel c'était vraiment du matériel. Et puis il y a l'impact le plus fort je dirais, c'est celui au niveau des croches. Du côté de mes amis ça a été très bien pris et même certains m'ont dit non mais Léna... Tu te casses enfin, tu nous faisais chier avec ta Suisse là. Et puis beaucoup m'ont dit mais c'est là-bas que tu seras heureuse. Donc ça m'a touchée et ça m'a rendu un petit peu, enfin je peux pas dire triste, mais j'ai eu quand même un petit sentiment bizarre de me dire même mes amis sentaient que j'étais, oui, une amérante ici. Et donc voilà, ce qui m'a touchée c'est qu'il l'ait pas mal pris. Parce qu'ils savaient bien que ce n'est pas contre eux.
- Speaker #0
En même temps, durant tes fameux 11 ans, je pense que tous tes proches ont eu cet impact de dire « Oui, je me sens bien en Suisse. » Je pense que quand tu revenais de tes vacances ou quand tu étais en Suisse, quand tu rentrais, je pense que tu en parlais. Du fait de dire « Tu nous fais chier avec ta Suisse » , je pense bien qu'à un moment, tu en as parlé pendant aussi ton cheminement. Il y a ceux qui se réjouissent et il y a ceux où on peut provoquer peut-être une certaine peur. au niveau de se dire tu vas peut-être vers l'inconnu.
- Speaker #1
Et là du coup cette peur vers l'inconnu, elle a plus été au niveau familial. Il y a eu vraiment, par exemple mon papa, quand je lui ai annoncé que j'allais partir vivre en Suisse et que je quittais mon CDI, je me suis fait engueuler comme un putois en me disant oui t'as pas regardé pour prendre une pause carrière. Alors que mes parents m'ont éduquée dans la stabilité, le fait d'être quelqu'un de responsable, évidemment que j'avais regardé cette option-là. Mais en Belgique, si tu ne travailles pas pour l'État, tu ne peux plus prendre une pause carrière, sauf si tu as un enfant malade ou quoi que ce soit. Donc non papa, j'ai quand même fait les choses comme il faut, j'ai regardé et non je n'ai que cette option-là.
- Speaker #0
Lui s'est dit avec une pause carrière, peut-être tu reviendras à la raison de se dire, en fait, ta vie, il faut un CDI avec ta...
- Speaker #1
Non, pas nécessaire. Mon papa, c'était plus dans le sens, t'as un CDI et puis si tu pars et que tu reviens et que tu retrouves peut-être pas ce que tu avais. C'était plutôt dans ce sens-là.
- Speaker #0
Une espèce de peur de se dire, si tu reviens et que t'as rien, ça va être compliqué pour toi aussi à ce niveau-là.
- Speaker #1
Exactement, parce qu'au final, en me discutant avec mon papa... Une année après, lui aussi, je lui faisais chier avec ma Suisse, en fait. En fait, j'ai fait chier tout le monde avec ma Suisse. Enfin, c'est pas ma Suisse, je me l'approprie en plus. Et en fait, c'était plutôt le fait de partir alors qu'on possédait déjà quelque chose et de revenir et de ne plus rien avoir au niveau psychologique. Il avait peur aussi que ça m'impacte. Puis ensuite, il y a eu la réaction de ma grand-mère qui était « Oui, mais tu vas te retrouver seule. » Toi qui es fort attaché à ta maman, à ta sœur. Et puis, une fille quand même. Et là, du coup, ça me fait sortir.
- Speaker #0
De tes gonds à ce moment-là.
- Speaker #1
Exactement. Parce qu'encore une fois, parce que t'es une fille, tu peux pas... oser ta vie.
- Speaker #0
Parce qu'en même temps, quand on voit les grands-parents dans leur éducation, à l'époque, si j'ose, c'est qu'ils étaient plutôt la femme à la maison, le mari travaille et elle, elle était à la maison, elle n'osait pas forcément vivre sa vie en tant qu'indépendante ou entrepreneuse. Donc, il y a aussi ces peurs, là, peut-être qui se sont mis à ce moment-là sur toi.
- Speaker #1
Après, pour le parti entrepreneur, ma grand-mère avait son élevage et sa ferme. Donc, non, c'était plutôt vraiment... Une fille, c'est fragile, c'est sensible, c'est faible. Ça m'énerve, rien que de le dire. Donc, voilà, c'était plutôt dans ce sens-là. Qu'est-ce qu'elle allait faire, la petite Léna, fragile, fébrile, en Suisse, toute seule ? Voilà, et donc, du coup, il y a vraiment eu les peurs qui étaient au-delà du matériel.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Il y avait les peurs de solitude.
- Speaker #0
La peur de dire, est-ce que tu vas pouvoir t'épanouir sans ta famille ?
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Est-ce que tu vas pouvoir te faire seule ? Et t'autosuffire par rapport à nos ancêtres qui étaient très familles, très entourées, de se dire, mais attends, toi tu vas seule dans un pays, mais tu vas faire comment sans nous ?
- Speaker #1
Voilà, et je pense aussi qu'il y a la peur, que vas-tu faire sans nous ? Mais nous, que va-t-on faire sans toi ?
- Speaker #0
Bien sûr, mais ça, elle n'osait pas te le dire à ce moment-là aussi.
- Speaker #1
Je pense qu'elle ne me l'a jamais dit, mais j'ai très bien compris.
- Speaker #0
À travers une peur, parfois, il y a aussi des questionnements qu'on n'ose pas dire à travers ça.
- Speaker #1
Oui, puis pour la petite anecdote, ma tante, qui est du coup une des filles de ma grand-mère, justement, en fait, elle s'est expatriée en Suisse il y a une trentaine d'années. Et donc, du coup, ils ont déjà connu le fait de quelqu'un qui parte. Et donc, du coup, le fait de revivre ça à nouveau, je pense que ça a fait un petit quelque chose au cœur.
- Speaker #0
Oui, ça a pu réveiller aussi certaines choses et de se dire... Peut-être ces douleurs ou cette peur, je la retransmets parce que quelques années après, je revis la même chose et peut-être de dire, attends, tu vas nous manquer. À travers son message de peur, il y a peut-être ça aussi derrière. Par rapport à tout ce parcours que tu as entre la prise de décision et le questionnement de famille, est-ce qu'à un moment, toi, tu as douté de dire, attends, avec tous les gens autour qui me disent, mais tu es sûr, tu n'es pas sûr ? T'as un côté des gens qui se réjouissent, puis de l'autre côté, t'as des gens qui se disent « Léna, est-ce que t'es sûre de partir ? »
- Speaker #1
Alors moi, comme je savais que j'avais une autre issue de la morgue, ben en fait, j'étais déter, quoi.
- Speaker #0
Déterminée comme jamais.
- Speaker #1
Ah, mais moi, je me voyais vivre ma vie en Suisse, je me voyais faire mes randos tous les week-ends.
- Speaker #0
Avec des sciences, avec les dents du midi.
- Speaker #1
Ça, c'est un basique. C'est normal. Les Dents du Midi et moi, on a une histoire. Je ne sais pas expliquer. Est-ce qu'il y a eu quelque chose dans des vies antérieures ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, c'est viscéral.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux expliquer aux auditeurs qu'est-ce que c'est les Dents du Midi ?
- Speaker #1
Les Dents du Midi, c'est la plus belle chaîne de montagne du monde. Elle se trouve en Valais. Et puis, du coup... Je ne pourrais pas expliquer tellement qu'elles sont tellement incroyables.
- Speaker #0
C'est un avis très personnel.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Mais c'est les plus belles.
- Speaker #0
Il y a quelque chose qui t'attire par rapport à ces dents du midi, ça c'est sûr.
- Speaker #1
Quelques années après, j'ai eu l'occasion de pouvoir faire le tour des dents du midi que je voulais faire toute seule. Et j'ai vécu quelque chose d'incroyable. Avec les thérapies que j'ai pu étudier, j'ai pu comprendre la signification, mais ça, je pense que ça demanderait encore...
- Speaker #0
10 épisodes de podcast. Exactement. Mais par rapport à cette détermination, justement, tu as réussi à te rapprocher un petit peu de ton rêve, tes racines, toutes ces choses-là. Comme je disais, il n'y avait pas de doute au final. Toi, tu savais, malgré les bruits externes, tu savais que tu étais déterminé à y aller. Donc, entre l'arrivée... Mais au final, tu as connu la Suisse. Tu as connu la Suisse en tant que...
- Speaker #1
Touriste.
- Speaker #0
Touriste. Tu n'as pas connu la Suisse en tant qu'habitante. Donc, c'était deux visions parfois différentes.
- Speaker #1
Mais en fait, je ne connaissais pas la vision d'habiter en Suisse. Et donc, du coup, entre le moment où j'ai eu la prise de conscience lors de cet examen à l'hôpital, où je me suis dit, Léna, tu ne peux pas finir comme ça, et le jour où j'ai débarqué en Suisse avec ma vie résumée avec une valise et une caisse, du coup il y a eu six mois et du coup c'est à partir de ce moment là où j'ai pris du coup connaissance de ce que c'était la vie en Suisse en tant que personne qui y habite et là j'avoue que mes idéaux se sont déconstruits.
- Speaker #0
Parce qu'au final, ce qu'on voit, c'est qu'aller dans un pays en vacances où y vivre, c'est pas toujours la même chose. Souvent, on pense que l'herbe est plus verte à côté, alors que des fois, pas du tout.
- Speaker #1
Ah, c'est sûr ! Puis, il y a plein de choses qui sont différentes entre la Belgique et la Suisse, rien que du point de vue pour pouvoir y habiter. Il faut prouver que t'as un job. Il faut prouver. Après, dans un sens, c'est très bien parce que ça fait un triage. Et c'est ce qui fait que je pense que la Suisse est un pays qui reste qualitatif. Car les gens qui y habitent ou qui viennent y habiter veulent vraiment y habiter. Et donc font le nécessaire. Puis après, on se rend compte, la Suisse... Quand on en parle à l'étranger, c'est le pays des banques et des Rolex.
- Speaker #0
Et de l'argent. Quand on parle de la Suisse, on dit toujours il y a de l'argent là-bas.
- Speaker #1
Les gros salaires. Et puis au final, tu reçois ton premier salaire. Et là, tu te dis, ah ouais, c'est quand même plus que ce que j'avais. Et puis après, tu dois payer la caisse maladie. Tu dois payer plein de choses. Et puis là, tu te rends compte que, ah ouais, en fait, ça touche à la sécurité. On pensait partir pour un pays qui nous apporterait plus de sécurité matérielle. Et qui, au final, tant que ça.
- Speaker #0
Oui, parce qu'au final, tu te dis peut-être qu'en Belgique, j'avais un certain salaire. Mais en Suisse, tu te dis, mais en fait, peut-être j'ai moins pour vivre que ce que j'avais en Belgique. Et là, ça peut te ramener à la raison en disant, mais attends, moi, je pensais que la Suisse était un pays bancaire. Alors qu'au final, un salaire moyen dans la branche où tu es aujourd'hui, des fois, tu paies tout en bas.
- Speaker #1
Oui, et puis ensuite, du coup, il y a eu cette sécurité-là qui a été touchée. Plutôt cette insécurité. Et puis, il y a eu celle au niveau social. Quand on débarque à 27 ans dans un pays qu'on ne connaît pas et qu'on doit tout construire, eh bien, je dirais que c'est la chose la plus compliquée. C'est de se faire des amis, de se faire des nouveaux contacts. Et là, la Suisse, c'est un pays différent de la Belgique. En Belgique, il y a tout le monde qui parle avec tout le monde. En Suisse, ce n'est pas la même chose.
- Speaker #0
Tu as senti ce côté un petit peu plus, ce pays beaucoup plus fermé par rapport à la Belgique, au premier abord ?
- Speaker #1
Oui, et puis le Suisse, j'ai le sentiment qu'il faut gratter. En fait, il faut l'apprivoiser. Mais une fois qu'on fait ses preuves, eh bien, en fait, on est accepté et c'est tout bon. En fait, vraiment, la Suisse, je l'ai vraiment ressenti comme un pays où il faut faire ses preuves.
- Speaker #0
Pour baisser un peu les barrières des autres en se disant, voilà, j'ai fait mes preuves, j'ai un CDI, je suis là, je suis habitant là, c'est bon. Je suis accepté avec la Suisse.
- Speaker #1
Je suis acceptée avec la Suisse et je peux y rester. Et du coup, il y a eu un moment où je travaillais à la pharmacie. Je ne m'entendais pas, il semblait, avec mes collègues. Je n'avais pas vraiment de vie sociale. Et donc là, je me suis dit, est-ce que je vais retourner en Belgique ?
- Speaker #0
Donc, tu étais déterminée, mais dans les six derniers mois, enfin les six premiers mois que tu as fait en Suisse, en fait, on voit que la détermination... Tu as eu un moment de doute, un moment de doute de se dire est-ce que moi je vais tenir dans le long terme par rapport à ça ? Et c'est quelque chose, ça a été à mon avis très dur au niveau de la solitude de se dire je suis toute seule, est-ce que je vais tenir encore longtemps ?
- Speaker #1
Oui et puis je me souviens j'avais mis dans mon agenda, c'était début février, fin février que je donnais ma lettre de préavis à ma patronne et que du coup je suis allée faire mes trois mois de préavis et que je serais de retour en Belgique pour l'été. Et en fait en quelques semaines ça a changé. J'ai eu une prise de conscience en me disant « Mais Léna, pendant 11 ans, tu as bataillé avec toi-même pour te donner la force de partir et là, en 6 mois, tu baisserais les bras ? » Non, tu ne fais pas ça en fait.
- Speaker #0
Avec ta Suisse avec qui tu as cravaché avec tes proches. Tu nous fais chier avec ta Suisse.
- Speaker #1
Oui, et puis en fait, surtout le fait d'être une amérante et d'avoir cherché à vouloir partir de la morgue, puis y retourner.
- Speaker #0
Par sécurité au final.
- Speaker #1
Par sécurité. Puis même, j'avais prévu un plan B au cas où si je revenais. Et en fait, au final, il y a eu cette prise de conscience. J'ai mordu sur ma chic. J'ai entrepris du coup une formation. Et pour pouvoir recommencer une activité professionnelle en Suisse d'indépendante. Et là, au final, ça s'est débloqué. car très rapidement, j'ai... J'ai ouvert un cabinet, j'ai emménagé dans mon premier appartement qui correspondait à ma checklist habitant. en face des dents du midi. J'habitais à Valdier, j'avais un balcon en face des dents du midi. Et là, je me suis dit, ouais, ok, c'est bon, c'est bon, ça va. Ça se construit, quoi.
- Speaker #0
Ouais, il y a des choses. Entre-temps, ben voilà, t'as aussi, t'as été livré à toi-même au niveau de tes décisions. Donc, t'avais un plan A, un plan B, tu t'es dit, moi, le plan B, je retourne pas à la morgue.
- Speaker #1
J'ai pensé.
- Speaker #0
Je veux vivre, j'ai vécu 11 ans avec mon chemin de dire, ben voilà, moi, je vais en Suisse, je suis en Suisse. Le moment de doute, C'est clair que tu arrives en tant que touriste ici, tu poses tes valises, tu es habitante. Donc le chemin, il est un peu trash en se disant, ben oui, j'ai vécu avec une mentalité belge. Et là, je me retrouve avec des employés au tout début aussi. Et comme tu disais, tu ne t'entendais pas.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Donc tu ne te sens pas forcément à ta place parce que tu as une nouvelle mentalité. Tu as une façon aussi différente de fonctionner dans ta branche de travail, d'appeler un autre. Donc ici, c'est doute.
- Speaker #1
Que ça, j'ai dû aussi me réadapter. Après, ça, ça n'a pas été un problème au niveau du pro. Je pars du principe que c'était normal que deux pays ne fonctionnent pas de la même façon. Mais il y a vraiment eu cette solitude. Car on a beau être indépendant, individualiste, on reste des êtres sociaux et on a besoin de communiquer. On a besoin des autres.
- Speaker #0
Et là, tu n'avais plus cette interaction sociale à ce moment-là. Et ce qu'on voit aussi, c'est que derrière, tu étais aussi livré à tes propres choix. Il n'y avait personne d'autre par rapport peut-être à avant qui pouvait valider tes choix. Là, tu étais livré à toi-même en te disant, je dois aller me refaire un nouveau cadre, je dois aller voir les gens. Et là, tu te dis, mais attends, ça ne se passe pas comme prévu. Au final, tu refais tes fondations en disant, tiens, je vais recommencer à zéro, je vais ouvrir ma société, je vais faire les choses, je vais me former et je vais recommencer les choses à zéro ailleurs.
- Speaker #1
C'est ça. Et puis du coup, c'est drôle parce qu'au mois de février, ça n'allait pas. et puis En juillet, je vivais l'un des meilleurs étés de toute ma vie. C'était un été inoubliable. C'était un été où, comme j'habitais à Valdier, donc à deux pas de tout ce qui est rando pour les portes du soleil, j'allais faire des randos, faire des tours à vélo. J'avais une vie sociale qui recommençait. Donc, je voyais des amis le soir. Au niveau du boulot, ça commençait à aller, puis ça se débloquait vraiment. Et donc du coup, je me souviens encore de ce jour où j'étais en train de lire un bouquin sur mon balcon. Je me souviens encore du nom, c'était Tout le bleu du ciel. J'étais face au temps du midi. Et pour la première fois de ma vie, à l'âge de 28 ans, j'ai senti un courant électrique agréable circuler à travers toutes les parties de mon corps jusqu'au fin fond de mes plus petites cellules. Et là je me suis dit, c'est ça le sentiment de se sentir vivant, d'être à sa place. Comme si j'étais... au bon endroit pour que mes racines puissent être alimentées comme il faut. Et c'est pour ça que je te parlais d'ancrage au tout début. C'est parce qu'en fait, à partir de ce moment-là, j'ai compris que c'était quelque chose d'essentiel et en fait d'indiscutable aussi. Et en fait, c'est là que j'ai regardé mon parcours et je me suis dit, en fait, ça valait la peine. Et je ne voudrais rien changer. Parce qu'au final, même si ça a été fait dans la lenteur, les choses se sont faites à mon rythme. Dans l'ordre des choses selon ma vie, je ne regrette rien du tout.
- Speaker #0
Et on voit que justement, tu as laissé du temps au temps. Il y en a des qui feraient ça dans la précipitation. Mais toi, tu as dû passer ces caps. Comme tu dis, il y a un moment, un courant électrique qui t'habite. Mais peut-être si tu avais fait les choses de manière précipitée à l'époque, les six premiers mois que tu aurais passé ici, tu serais vite rentré au plan B. Mais comme tu as eu ce parcours où tu as accepté ces démarches de développement envers toi-même en disant, j'ai dû passer ces caps pour arriver. Au fait de dire, moi je ne veux plus jamais me retrouver à la morgue, entre la morgue et ce courant électrique. Le chemin a été long, mais parce que tu as laissé du temps au temps.
- Speaker #1
Et aussi, au final, ces six mois challengeants d'inconfort, sans avoir suivi une thérapie, je n'aurais jamais pu apprendre à me connaître et à savoir comment je fonctionnais. Et du coup, c'est là toute l'importance. d'acquérir des outils, Peu importe ce que c'est, mais en fait de pouvoir avoir suffisamment de ressources que pour pouvoir avancer et évoluer dans sa vie en fait.
- Speaker #0
Oui, puis on voit que dans cet inconfort, c'est là où tu t'es vraiment fait. Parfois, il ne faut pas avoir peur de cet inconnu. Parce qu'au final, parfois, c'est dans cet inconfort-là que les choses se produisent. Souvent, on a peur d'aller dans cette insécurité. Et ce qu'on voit entre... Le premier parcours et le deuxième, entre le premier épisode et la partie 2, on voit clairement la peur de quitter ce CDI. Et là, tu es clairement dans cet inconfort-là. Et qu'est-ce qui se passe ? Tu te découvres. Tu vois clairement qui tu es et comment tu arrives à t'adapter dans une situation que tu ne connaissais pas.
- Speaker #1
Et aussi, j'ai entendu beaucoup de gens dire que c'est en partant en voyage, loin de chez eux, qu'ils ont appris à se connaître. Et je pense que l'expatriation chez moi a aussi joué ce rôle.
- Speaker #0
Comme un voyage intérieur au final.
- Speaker #1
Oui, puis tu es loin de ta famille. En tout cas, tu ne les fréquentes plus autant. Donc en fait, il y a des choses que tu apprends à avoir ta propre vision.
- Speaker #0
Bien sûr. Là, tu as pu voir les choses de tes propres yeux du fait d'être seul et d'avoir ta propre validation avec toi-même. Tu étais livré à toi.
- Speaker #1
Oui, non, mais c'est sûr. Malgré que j'avais quand même ma famille. en Suisse, parce que ça, je ne peux pas nier. J'ai encore énormément de gratitude pour tout ce qu'ils ont fait pour moi, le fait de m'accueillir chez eux, de me prendre sous leurs ailes. Mais c'est vrai que j'ai fait beaucoup de chemin avec moi-même.
- Speaker #0
C'est beau. En fait, ce qu'on voit, c'est que les racines, elles ne sont pas que géographiques. C'est ça qu'on voit clairement. C'est un lieu où toi... tu étais parti en vacances où tu t'es dit mais il y a quelque chose qui me nourrit.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et en fait, tu étais vide d'un côté et là, c'est comme si tu te remplissais par rapport à l'endroit où tu t'es dit mais il y a quelque chose au niveau des cellules, comme tu dis, quelque chose qui t'a nourri très profondément. En fait, on voit que les racines, elles sont clairement internes. C'est aussi quelque chose de corporel. C'est vraiment un ressenti où tu t'es vraiment senti à ta place à ce moment-là.
- Speaker #1
en possédant moins de choses qu'en Belgique.
- Speaker #0
Comme quoi, d'un côté, tu avais tout au niveau matérialiste pour être heureuse.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et là, en ayant beaucoup moins, tu avais ce sentiment de se dire « Je suis à ma place, je me sens bien,
- Speaker #1
je suis heureuse. » C'est ça. Et j'aimerais dire à toute personne qui veut s'expatrier qu'elle ne doit pas s'arrêter aux peurs liées au matériel. Et que du coup, il faut vraiment... oser.
- Speaker #0
Oser aller vers l'inconnu et surtout au final, c'est dans ce côté du renouveau où on voit clairement que dans cette insécurité, c'est là où des fois, on voit les plus belles choses à notre niveau de se dire on peut se faire, on peut se connaître malgré qu'on n'a rien.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour cet épisode, Léna.
- Speaker #1
Merci à toi de m'avoir invitée.
- Speaker #0
C'était un plaisir d'enregistrer avec un cadre magnifique à Verbier. En plus, autour de nous, pour le cadre, il neige. Il neige tout ce qu'il peut.
- Speaker #1
C'est tout blanc.
- Speaker #0
Et on a un cadre idyllique parce qu'on a une vision juste magnifique. Et franchement, merci beaucoup pour cet échange.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Je vous dis à bientôt dans un autre épisode. Et puis, à la prochaine.
- Speaker #1
À la prochaine.
- Speaker #0
S'expatrier, ce n'est pas seulement changer de pays, c'est accepter de se retrouver face à soi-même. Quitter un CDI, fermer une activité, dire au revoir à ses proches. Oui, il y a du matériel, mais ce n'est jamais ça le plus lourd. Le plus dur, c'est d'oser. Oser ne plus laisser la peur décider. Oser de ne pas s'arrêter aux sécurités apparentes. Oser de croire que l'inconnu peut être aussi un terrain de construction. Pour Lena, l'expatriation n'a pas été une fuite. C'est un retour à elle-même, à ses racines. Et si elle devait dire une chose à celles et ceux qui hésitent aujourd'hui, ça serait simple. N'ayez pas peur du matériel, ayez le courage d'oser. A très bientôt dans un autre épisode de podcast.