- Delphine GARDIN
Vous écoutez « Du Pin sur la planche » , le podcast qui vous plonge au cœur de la filière forêt-bois. Je suis Delphine Gardin et mon quotidien, c'est d'aider les acteurs de ce secteur à mieux communiquer. Qui sont-ils ? Pourquoi le bois est une ressource clé pour relever les défis de la transition écologique ? Si toutes ces questions vous intéressent, vous êtes au bon endroit. Ici, une fois par mois... Et sans langue de bois, je vous emmène à la découverte de cet univers et de ses experts.
- Michaël FENEUX
On a un discours un peu enchanté, c'est-à-dire qu'on aborde la filière bois, l'architecture, pas forcément par les grands projets de building, etc., mais qu'on regarde un moment une œuvre qui s'est rêvée, avec des formes nouvelles en termes de charpente.
- Delphine GARDIN
Aujourd'hui, je vous emmène en Ariège à la rencontre de Michaël Feuneux. Artiste et constructeur, Michaël explore depuis des années des formes à la frontière entre art, mathématiques et charpente bois. Il m'a parlé des zomes géodésiques, de la rigueur mathématique de ses structures et des rencontres déterminantes qui ont façonné son parcours. Il m'a aussi présenté Belaĵo, une œuvre pensée pour le Forum international bois-construction, comme une création de filière pour enchanter le discours sur les métiers, le geste et la charpente bois. Chercher, concevoir, réaliser et transmettre, c'est le fil rouge du travail de Michaël et c'est aussi le cœur de cet échange. Bonne écoute ! Bonjour Michaël, merci de m'accueillir ici en Ariège. Aujourd'hui, on est ensemble pour parler de zome, parfois appelé des DOM géodésiques, parce que tu travailles en ce moment sur un projet très particulier en lien avec le Forum Bois Construction. Avant d'entrer dans le projet, j'avais envie qu'on prenne le temps de parler de toi, de ton parcours. De la manière dont tu es arrivé au bois et à la conception de ces formes qui sont plutôt singulières et de ce que ça raconte à la fois de ton travail et de la filière bois aujourd'hui. Est-ce que tu peux te présenter et nous dire où on se trouve aujourd'hui ?
- Michaël FENEUX
Bonjour Delphine, moi c'est Michaël Feneux, donc en effet je suis à la fois concepteur, bâtisseur et artiste, c'est-à-dire que j'invente des formes qui créent de l'émotion. Et ça je le fais avec un matériau qui est le bois, c'est vraiment le matériau que j'affectionne. C'est un matériau que j'ai découvert en Ariège, dans ce territoire où je vis. Ici, aujourd'hui, c'est un exemple de mes réalisations. Nous sommes dans un gîte et nous sommes dans un zome. Ce zome est réalisé majoritairement en Douglas. Un zome, pour le faire simple, on pourrait dire que ça ressemble à un cristal. Le premier imaginaire qu'on pourrait avoir d'un zome, c'est un cristal. C'est un volume courbe facétisé. à base de losanges, dont l'agencement de ces losanges est organisé en double spirale. Donc on a à la fois ce mouvement qu'on peut retrouver dans l'ADN, dans les chaînes de l'ADN, dans le vivant, et on a à la fois aussi cette idée géométrique du losange et aussi du langage des polyèdres. C'est-à-dire que le zôme est issu quand même d'un langage polyédrique, donc on pense aux polyèdres de Platon, et donc c'est à la fois quelque chose de très rigoureux qu'on va retrouver dans la morphologie du vivant, la manière dont le vivant... crée sa morphologie et son développement morphologique dans l'espace, ce qui en fait à la fois un sujet complexe et passionnant, mais aussi un volume qui est toujours très harmonieux. Et ça, c'est ce qu'on peut voir dans les diamants, les cristaux. Mais en même temps, le zome, plus on va le complexifier, augmenter le nombre de facettes du zome, plus il va s'arrondir. C'est une surface ronde, courbe. Et alors, ça amène à la fois des sujets... qu'on va pouvoir développer sur l'aspect bioclimatique de la forme, son lien avec l'écologie, l'actualité de l'écologie, aussi mécaniquement son lien avec le réemploi et comment le zome aujourd'hui est vraiment d'actualité dans toute cette réflexion sur le déchet. Mais aussi, il y a toute cette fascination pour la géométrie qui, je pense, est une clé aujourd'hui dans les nouvelles manières de concevoir l'architecture, autant pour conserver peut-être un discours esthétique. qu'on doit avoir aujourd'hui au XXIe siècle, tout en introduisant des matériaux comme le bois, qui sont à mon sens, c'est le matériau du XXIe siècle qui va vraiment, en termes de construction bas carbone, d'objectifs que nous avons dans l'écologie au niveau mondial, être un matériau ressource et phare.
- Delphine GARDIN
À travers cette forme qui peut paraître anecdotique, on va pouvoir explorer tout un tas de sujets. qui sont tous passionnants. Avant d'en venir vraiment au sujet technique, moi j'aimerais savoir d'où tu viens et comment tu en es arrivé à concevoir ces formes. Tu m'as dit que tu avais passé 15 ans dans le monde du spectacle. Est-ce que tu peux revenir un peu sur cette période et puis nous expliquer en quoi aujourd'hui ça, j'imagine ? Ça continue d'alimenter ton travail ?
- Michaël FENEUX
Oui, c'est vrai que moi, je suis de Paris, région parisienne, et j'ai toujours une enfance proche du dessin et de la musique. J'ai toujours fait de la musique et du dessin. La première partie de ma vie s'est projetée dans la musique. Alors j'ai d'abord une solide formation littéraire et d'art dramatique. C'était ma spécialité. Et je me suis ensuite lancé dans le monde du spectacle. d'abord dans tout ce qui était... studio accompagnement des groupes de musique actuelle allant du jazz au rock au reggae à tous les styles j'ai aussi eu l'occasion de travailler dans des très grands studios où on avait des orchestres symphoniques donc j'étais très proche de tous les styles de musique et finalement de vibrations d'harmonie qui peut y avoir dans ce monde là et j'ai à la fois été musicien et aussi directeur de studio dont j'ai enseigné à l'université j'ai aussi été programmateur de salles de concerts.
- Delphine GARDIN
Ok, donc ce qu'on peut en parler, ça va, tu connais les enregistrements ?
- Michaël FENEUX
Ouais, j'ai à la fois accompagné des musiciens, j'en ai installé quand j'étais plus jeune aussi en régie. Donc j'ai fait différents métiers dans ce métier-là.
- Delphine GARDIN
Et alors à quel moment tu t'es dit je change et je passe à la conception de structure et au bois surtout ?
- Michaël FENEUX
Finalement, moi j'ai toujours eu une passion pour la géométrie, quelque chose qui est comme ça le week-end, qu'on a toujours envie de faire. Mais bon, dans le spectacle, on est très pris. on est tout le temps à fond, enfin ceci dit, moi je suis tout le temps à fond, même encore aujourd'hui. J'ai trouvé en effet des axes de rencontre entre ces deux mondes, et puis c'est surtout par la rencontre et par ma vie ici en Ariège, puisque j'ai déménagé un beau jour, et je suis venu travailler dans le sud de la France, ça m'a vraiment reconnecté à la nature et aux vivants. L'Ariège est un territoire plutôt alternatif, je dirais, assez éloigné des centres, où il n'y a que... peu d'économies, mais où il y a beaucoup de dynamique humaine et de contemplation, je crois. On est vraiment immergé dans un paysage de carte postale. Et ça, en fait, c'est très fort parce qu'on a une belle lumière, on a des paysages incroyables. Et ça nous fait réfléchir et ça projette nos idées aussi autrement. C'est-à-dire qu'à un moment donné, on est habité par autre chose tous les jours. Et ça, je crois que ça m'a amené à réfléchir, en effet, sur l'idée que j'avais peut-être autre chose à chercher dans mon cheminement professionnel. Et c'est là que j'ai basculé vers le dessin, j'ai commencé à dessiner plus, j'ai décidé d'arrêter le spectacle et j'ai rencontré Jean Soum. Il est pour moi aussi une clé dans mon parcours.
- Delphine GARDIN
Alors qui est Jean Soum ?
- Michaël FENEUX
Alors Jean Soum est un physicien, docteur en physique atomique, mais aussi enseignant-chercheur à l'école d'architecture de Toulouse tout au long de sa carrière. Donc un chercheur spécialisé en architecture sur la thermique des bâtiments. Et c'est le pionnier des zomes en Europe.
- Delphine GARDIN
D'accord.
- Michaël FENEUX
Donc le fait est que le hasard nous a rassemblés puisqu'on vit dans le même village. Et qu'un jour je me suis rendu compte qu'on vivait dans le même village, je l'ai appelé. J'avais envie de découvrir les zomes , en tout cas d'en construire un. Et je venais d'acheter une maison sur une crête en Ariège. Et c'est comme ça qu'on s'est aperçu qu'on était voisins. Et que notre amitié a commencé et qu'il a commencé à me transmettre son savoir. et que je me suis mis à faire des ohmes, en fait, c'est le point de départ. Donc, Jean Soum, en effet, est le pionnier des ohmes en Europe. Il a découvert les ohmes en 1975 aux États-Unis par sa rencontre avec Steve Baer, qui est l'ingénieur américain qui a commencé à théoriser les ohmes et à en fabriquer. Lui, c'était donc un sujet d'ingénierie, finalement, même si c'est un profond sujet de géométrie. Et c'était un ingénieur, Steve Baer, qui était pionnier aux États-Unis dans les années 60 sur les recherches dans les énergies solaires. Jean Soum était parti aux Etats-Unis avec des architectes parce qu'ils avaient une bourse de l'Etat pour aller faire des recherches aux Etats-Unis. Les Américains sont souvent en avance sur pas mal de choses. C'était le cas sur l'écologie et le solaire. En faisant ces recherches, ils ont fait 10 000 kilomètres aux Etats-Unis. Ils ont rencontré Steve Baer qui lui faisait ses recherches sur le solaire et construisait les premiers zomes . Il avait théorisé, il avait commencé à tracer, dessiner, construire. Et le zome est un sujet bioclimatique, c'est le point de départ du zome finalement. C'est que Steve Baer l'utilise pour sa forme, parce qu'on a des rendements en chaleur supérieurs aux habitats traditionnels à l'intérieur des zome. Ça c'est des recherches qui sont prouvées, documentées, et notamment ensuite par Jean Soum. Ce Jean Soum, donc physicien, solide formation mathématique, chercheur, a fait partie du premier groupe de recherche sur les habitats bioclimatiques en France, qui était un groupe très connu et dont les recherches sont beaucoup usitées aujourd'hui. qui a fait partie du laboratoire de l'école d'architecture de Toulouse. Ce groupe-là, dans les années 70, a fait beaucoup de recherches sur le bioclimatique, et les années 80, et Jean Soum en faisait partie. Et lui, quand il est rentré des États-Unis, il a donc... Il a conceptualisé et théorisé mathématiquement une manière, une méthode pour réaliser les zomes qui ne passent pas par le dessin. Ensuite, il a réussi à introduire dans ses sujets de recherche le zome aussi. Et donc, il a pu commencer à réaliser un certain nombre de relevés avec des sondes, des sondes thermiques, pour faire des études et des comparatifs entre les bâtiments traditionnels, justement, et ces formes géométriques que sont les zomes. Et c'est là où le zome a vraiment tout un intérêt par sa forme. de part sa mathématique.
- Delphine GARDIN
C'est le fait qu'il y ait plein de faces l'une à côté des autres ? On fait un petit écart par rapport à ton parcours mais ça m'intéresse.
- Michaël FENEUX
C'est vrai que l'agencement des facettes, le fait que ce soit un volume rond, qu'on puisse positionner ses vitrages en suivant la course du soleil, le fait qu'il y ait peu d'angles, même s'il y en a beaucoup, mais il n'y a plus d'angles comme dans un parallélépipède rectangle où la chaleur a tendance aussi à sortir du centre. Au contraire, dans le zome, la chaleur a tendance à revenir au centre du volume. Donc les courants d'air ne se comportent pas de la même manière. Par exemple, dans ce volume, on n'arrive pas à créer vraiment de courant d'air. L'air a tendance à tourner. Donc on a un comportement morphologique qui est tout à fait intéressant et on a réussi à démontrer que thermiquement, c'était efficace, efficient. Donc finalement, il y a vraiment un intérêt, quand on étudie les zomes, ces formes rondes, à les réintroduire, à mon avis, dans les sujets d'architecture d'aujourd'hui et de demain, à la fois pour leur côté esthétique, mais aussi pour leur ingénierie mécanique, leur solidité, et aussi pour leur intérêt énergétique, puisque c'est aussi le grand sujet. C'est comment on construit, alors comment on va décarboner les processus constructifs en utilisant le bois, mais comment on va aussi avoir moins besoin d'utiliser d'énergie pour chauffer.
- Delphine GARDIN
Oui, c'est des vrais sujets.
- Michaël FENEUX
C'est plus facile de ventiler peut-être que de chauffer.
- Delphine GARDIN
Alors moi j'avais cru comprendre qu'il y avait eu deux rencontres vraiment structurantes dans ton parcours, donc il y avait Jean Soum et puis tu m'as parlé de Luc DEMOLOMBE.
- Michaël FENEUX
Ah ouais, Luc DEMOLOMBE , c'est fabuleux. Donc Luc DEMOLOMBE , c'est quelqu'un qui m'a beaucoup ouvert l'esprit justement dans cette reconversion on peut dire. D'abord par Jean Soum, j'ai commencé donc à apprendre les mathématiques, la conception, construire des zomes et m'intéresser au bois. Puis un beau jour puisque j'ai refait deux ans d'études pour dessiner.
- Delphine GARDIN
C'est quoi comme formation que tu as suivi ?
- Michaël FENEUX
J'ai eu la chance d'être financé par la région Occitanie. Et j'ai été d'abord chez Prodware, les éditeurs d'Autodesk en France, qui sont donc plutôt une boîte d'édition et d'ingénierie, et qui, sur un dispositif régional, proposait de former.
- Delphine GARDIN
Donc dessinateur ?
- Michaël FENEUX
Sur les dessins, alors spécifiquement sur des logiciels Autodesk, de maquettes numériques 3D, BIM, et puis tracés aussi sur AutoCAD. pour les tracer à plat.
- Delphine GARDIN
Ça peut être utile quand on dessine des zomes.
- Michaël FENEUX
En fait, nous, on construisait sans ça. J'ai appris à faire des zomes. Mes premiers zomes, je les faisais, c'est un peu étonnant, mais avec Jean, on faisait des zomes sans dessiner.
- Delphine GARDIN
Sans dessiner.
- Michaël FENEUX
On calculait tout. On faisait les zomes. C'est assez curieux. Oui. C'est comme ça que j'ai appris.
- Delphine GARDIN
Je veux le concevoir.
- Michaël FENEUX
Parce que voilà, Jean Soum aussi a créé une méthode qui a décrypté un langage, je pense, mathématique du vivant. Et il a réussi à... Et il l'a enseigné dans sa vie aux gens qui venaient à ses formations. Une méthode pour introduire des clés mathématiques morphologiques, en fait, qui nous permettent de connaître tous les angles, toutes les mesures de la structure. Donc en fait, on est capable de la réaliser.
- Delphine GARDIN
Et ça si on veut s'intéresser au sujet, tu es accessible sur internet aujourd'hui ou c'est des ressources qui sont plutôt discrètes ?
- Michaël FENEUX
En tout cas c'est toujours mieux de... parce que c'est vrai qu'internet des fois ça nous empêche de nous rencontrer, ce qui est assez dommage à mon avis. C'est toujours mieux de rencontrer les gens et de voir des formations en direct, mais par contre il y a beaucoup de ressources sur le site de Jean Soum qui s'appelle AlphaZone.
- Delphine GARDIN
Ok, on ira le mettre.
- Michaël FENEUX
N'hésitez pas à y aller. Puis, depuis les années 90, on va dire, c'est vrai qu'il y a de plus en plus... Donc, Jean Soum a œuvré tout au long de sa vie. Et depuis les années 90, il y a de plus en plus de constructeurs, même si ça reste un peu assez rare. Au niveau mondial, il y en a pas mal. Et au niveau de la France, il y a une petite ressource de constructeurs qui ont commencé aussi à faire un peu de littérature sur Internet. Alors après, ce n'est pas la méthode de Jean Soum, mais ça parle beaucoup des zomes quand même. On ne trouve plus en information. Alors donc, c'est pour dire que je commence par... par construire à travers les mathématiques et cette méthode de Jean. Et ensuite, puisque je dis ça, puisque j'ai repris des études, j'ai eu un moment des stages à faire. Et donc, par la suite, un jour, je vais faire un petit stage à Artilect, qui est un fameux Fab Lab français à Toulouse. Je fais un stage là-bas et puis je commence à voir avec les machines numériques 3D. pour m'intéresser à la manière d'alimenter mes conceptions avec ces machines et puis peut-être m'inspirer pour faire autrement, etc. Je me mets dans la technologie. Et vient le festival du Fable Lab, et puis je vois un stand... dans ce festival hallucinant. Quelque chose vraiment d'incroyable, en termes de forme, de conception, un architecte incroyable. Donc c'était le stand de Luc DEMOLOMBE , et puis je le vois parler, il parle beaucoup, puis il disparaît je ne sais pas où, donc je ne le vois plus. Alors je pars, puis je vais voir Jean Soum, je lui dis tu ne connais pas Luc DEMOLOMBE , le Sud, Toulouse, c'est quand même des petits milieux. Le fait est que Luc DEMOLOMBE est donc un architecte qui est quand même un des précurseurs, je pense, dans les grosses architectures bois. d'il y a 30-40 ans. C'est quelqu'un qui a aussi beaucoup œuvré, toujours œuvré avec le bois. Et puis des projets assez énormes et beaucoup de stations thermales. Et Jean Soum m'explique qu'il le connaît très bien puisque Luc DEMOLOMBE va toujours enseigner dans sa vie à l'école d'architecture de Toulouse. Donc ils étaient collègues. J'ai eu la chance de pouvoir le rencontrer, d'aller le voir à son agence. a démarré une deuxième amitié puisqu'en fait on s'est assez entendu. J'ai finalement fait un stage avec Luc DEMOLOMBE , on a fait de la recherche fondamentale du nombre d'or en 3D et on est parti dans des choses très poussées. Et là je suis rentré vraiment sur le travail de l'archi, de conception. J'ai découvert une agence de recherche en conception géométrique uniquement sur le nombre d'or, avec des sujets incroyables, une littérature à l'agence incroyable, un nombre de maquettes incroyables. Et du coup le travail qu'on a fait ensemble m'a beaucoup ouvert l'esprit et m'a aussi fait travailler mes logiciels parce que ça m'a demandé d'aller plus loin dans le dessin 3D. Et là j'ai commencé vraiment à passer à une autre étape.
- Delphine GARDIN
Ce que j'entends, moi, c'est que derrière tout ton travail artistique, il y a quand même une vraie rigueur, un gros travail mathématique pour arriver à ces structures. Et la question que je me pose, c'est comment tu t'y prends pour concevoir ces structures ? J'imagine qu'aujourd'hui, tu dessines, à l'inverse de ce que Jean-Soum t'indiquait au début. Mais voilà, est-ce que tu peux nous expliquer le process ?
- Michaël FENEUX
Voilà, j'ai un peu aussi finalement une démarche autodidacte de rencontre. et de formation quand j'ai besoin, comme pour apprendre des logiciels. Et ça, ça m'a amené à aller vers le bois et aussi aujourd'hui à être charpentier. Mais charpentier par le fer, puisque je me suis mis à construire, à réaliser mes charpentes d'abord.
- Delphine GARDIN
D'accord.
- Michaël FENEUX
Et ensuite à faire des plus grands projets et donc à embaucher des charpentiers et à faire des équipes. Moi, j'ai un bac plus 3 en management de projet. Donc du coup, c'est quelque chose qui m'est très utile. Aujourd'hui, quand je mène des projets, c'est aussi un des axes de travail. d'architectes, quand ils mènent des projets, ils ont à la fois ce travail de conception qu'ils doivent faire en agence, et puis ils ont tout ce qui est une énorme part de leur boulot, c'est toute cette partie de management des différents corps de métier qui vont travailler sur un projet. Mais c'est vrai aussi, pour ma part, plutôt dans un volet artistique, moi je crée, mais j'ai aussi des ateliers, donc je suis avec les charpentiers, je travaille avec eux, le bois, je le touche et je le taille. Et c'est vrai que dans ces projets, pour comprendre le cheminement, il y a cette dimension management, il y a cette dimension atelier bois et il y a la dimension conception alors moi c'est vrai que je suis assez attaché
- Delphine GARDIN
Au sens du bâtiment, au sens, c'est-à-dire qu'est-ce qui profondément renferme à l'intérieur de cette forme, et comment on arrive à dessiner quelque chose aussi en étant à l'écoute des personnes qui ont un désir. Donc il peut y avoir différents types de clients, mais en tout cas pour ce qui est du zome où on est aujourd'hui par exemple, là on est chez des clients privés qui ont décidé de se faire un gîte en pleine nature, au milieu d'un paysage très beau.
- Michaël FENEUX
C'est magnifique !
- Delphine GARDIN
et leur désir au début avant même alors c'est des personnes qui sont passées un jour il me semble par chez moi et qui ont dû voir des zomes et donc ça leur a donné envie de me contacter donc ils avaient une petite envie et après ils avaient le désir d'avoir cette forme mais laquelle on sait pas et surtout ce qui est très drôle c'est que ça leur a donné l'envie de pouvoir avoir un volume où ils pouvaient voir les étoiles quand ils dorment alors ça c'est drôle parce qu'en effet l'une des spécificités du zome c'est que c'est un volume étoilé Et donc, dans la majorité des zomes, et c'est normal dans tous les zomes même, il y a des étoiles dans la charpente. La charpente est étoilée. Et on a tout le temps cette étoile au sommet, qui permet de faire un puits de lumière. Donc ça, c'est tout à fait en lien avec les zomes, parce que le zome est un espace très lumineux. Alors d'un seul coup, je me suis mis à créer par exemple ce structure, en me disant, l'objectif c'est d'avoir une coupole maximale en verre, ce qui est le cas. Ici, on a 5 mètres de coupole en verre, ce qui fait que vraiment, dans le tracé, on est plongé dans les étoiles. J'ai commencé à tracer aussi des modifications comme ce trapèze qui est à la proportion d'or, qui est positionné de manière à ce que quand on est dans le lit, on ait aussi une ouverture vers l'extérieur. C'est un volume qui, de par sa forme et de par sa perméabilité avec l'extérieur, a tendance à pouvoir aussi nous relier à la nature. C'est un des sujets du zome, se réapproprier l'espace et le relier au vivant. Finalement, même en étant à l'intérieur, se sentir relié à l'extérieur et à la vibration du vivant. Donc ensuite, quand j'ai créé ce zoo, mais que j'ai compris un peu vers où il voulait aller, que j'ai commencé à tracer, je me suis aussi intéressé en leur proposant de la maquette ou en m'intéressant à ce qui leur plaît. C'est-à-dire qu'ici, mes clients, ils étaient aussi intéressés par l'art, les formes, puisqu'ils réalisent aussi, vous avez vu, des luminaires. Donc ils étaient intéressés finalement par la géométrie, même s'il y a différentes manières d'en parler. Alors moi, je m'intéresse à ça un peu. Doucement en discutant, à savoir quel est le rapport au nombre que les gens peuvent avoir, quelles sensations ils vont vouloir avoir dans le volume qu'ils désirent, qu'on réalise. Est-ce que c'est pour un atelier artistique, quelque chose plutôt dynamique, inspirant, ou est-ce que ça va être un zome où ce sera une salle de méditation, une salle de soins plus englobante, rythmée d'une autre manière parce qu'il y a cette idée de rythme aussi dans les zomes. Est-ce que ça va être pour dormir ou pas ? Tout ça, c'est des questions sur la fonction du lieu et sur l'envie des clients qui permet d'aller vers la conception. À partir de là, va se poser le rythme du bâtiment. Est-ce qu'il est pair ? Est-ce qu'il est impair ? Par exemple, quand on crée un zome, puisqu'on a un nombre de facettes, on peut décider que ce nombre de facettes va être pair ou impair. Ce qui va complètement changer la dynamique du lieu et la manière dont on est quand on est à l'intérieur. Alors ça, déjà, ça va changer le nombre de losanges par couronne. Dans un zome, on a des couronnes, des niveaux. très rigoureux, comme un polyèdre. Et en fonction du nombre de couronnes, du nombre de niveaux, en fonction du nombre de facettes, on va l'arrondir ou pas. On va le voir plus rond, plus séquent. Ça va avoir du coup des sensations différentes, tant de la vue extérieure que de la vie à l'intérieur. Donc là, on a vraiment un sujet. Ensuite, il y a cette clé de voûte qui est très importante et qui est dans l'étoile. Donc l'étoile des zomes . Mathématiquement, naturellement, fonctionne aussi à partir de sa tangente et en fonction de la clé de tangence qu'on met, on va pouvoir insuffler dans la forme différents types d'angles et puis plus on pratique la matière, plus on sait à peu près ce qu'on est en train de faire. Et tout ça est très équilibré parce que le zome est une forme mathématique parfaite. Ce qui en donne du coup tout un intérêt. C'est-à-dire que c'est comme si d'un seul coup, on apprend le français, on apprend le vocabulaire, la littérature, l'alphabet et puis on se met à faire de la poésie. La poésie n'est pas du tout ni dénuée de sens, ni de manque de rigueur. Au contraire, la poésie c'est très mathématique, c'est rythmé et c'est très beau. Et en fait avec le zome, d'un seul coup on va se retrouver avec un langage mathématique et géométrique très rigoureux et puis on va y apporter une poésie. Et cette poésie c'est aussi la poésie que les personnes qui souhaitent, qui désirent ce zoom vont nous transmettre. Donc il y a vraiment ce rapport, cet échange humain qui est important, comprendre la fonction du lieu et comprendre comment on va amener cette rigueur. à prendre sens.
- Michaël FENEUX
Et alors, à quel moment tu as décidé d'utiliser le bois pour fabriquer tes zomes ? Parce que tu aurais pu partir sur des structures métalliques.
- Delphine GARDIN
Oui.
- Michaël FENEUX
Pourquoi le bois ? Et puis, les questions qui sont sous-jacentes, c'est quelles essences ? Est-ce que tu utilises des essences plutôt locales ? Comment tu t'approvisionnes ?
- Delphine GARDIN
Je ne suis pas contre l'utilisation du métal, mais ce n'est pas ma matière, ce n'est pas mon matériau. Même si je peux utiliser du métal pour des renforcements structurels éventuellement, suite à des études d'ingénierie sur une structure bois. Mais moi, c'est vraiment le bois.
- Michaël FENEUX
Il y a des BE qui travaillent au calcul de structure ?
- Delphine GARDIN
Ça arrive.
- Michaël FENEUX
Ça arrive.
- Delphine GARDIN
En tout cas, moi, sur mes projets, ça arrivait. Ça n'arrive pas tout le temps, bien sûr.
- Michaël FENEUX
Mais moi,
- Delphine GARDIN
de plus en plus, je vais vers ça. C'est aussi très intéressant de pouvoir documenter ces constructions et de collaborer avec les autres corps de métier, d'y apporter des calculs approfondis par rapport aux normalisations qu'on nous demande. Ça, c'est un autre point, un point important, et qui valide aussi la conception. C'est le cas en ce moment avec le projet qu'on a en cours avec le Forum.
- Michaël FENEUX
Oui, on va en parler un petit peu plus tard, mais si on se raccroche au bois, pourquoi toi tu as choisi le bois ? Est-ce qu'il y a des avantages particuliers à utiliser le bois ou c'est plutôt par amour du matériau ?
- Delphine GARDIN
Il y a les deux, je pense. C'est vrai que moi je découvre le bois en Ariège, puisque je viens de région parisienne quand même et de Paris, je n'étais pas sensibilisé au bois spécialement, mais en Ariège on vit avec le bois partout. On le voit, il y a des forêts, on se chauffe avec, on fabrique des maisons. En fait, on est immergé dans le bois. C'est vrai que l'Ariège, c'est aussi, pas que l'Ariège, le Sud aussi, le Sud-Ouest, un territoire très boisé où le bois est très présent. Et en fait, ça se ressent autant par les métiers, le métier de la charpente et de la menuiserie, de l'ébénisterie, qui sont présents sur nos territoires et donc dans nos relationnels. En effet, pour l'amour du bois, son odeur, sa sensation, son toucher, Les échanges qu'on a avec les personnes qu'on comptoie dans les métiers du bois, qui sont très portés aussi sur tout ça. Donc c'est une manière de vivre. Et par ailleurs, c'est la possibilité, en effet, rapidement, avec la ressource qu'on a sur le territoire, de créer, de construire, avec tout ce travail de taille. Et donc à un moment donné, on rentre aussi dans cette logique de métier qui nous passionne, nous on aime en fait construire. C'est-à-dire qu'à un moment on dessine, on fait des dessins. Enfin moi en tout cas, je le fais. Mais derrière, ce qui est bien aussi, c'est de construire. Le bois est accessible ici, les machines, on les a. Donc, on a tout d'un coup envie de construire. C'est-à-dire qu'on n'a pas qu'envie de dessiner, on a envie de réaliser. Et le bois, il y a ça, il y a cette rapidité aussi, je trouve, de rentrer dans la matière. On arrive vite dans la matière. Alors après, quand on se met au bois, et moi, j'ai eu l'occasion par le zome de le faire, bien sûr, on va se heurter à la technicité des métiers et comment on doit acquérir de la méthode. tracé aussi à l'échelle 1 par esquisse pour réaliser à partir du dessin, à partir du bois qui sort de la scierie, puis aller jusqu'à l'ouvrage réalisé. Ça c'est tout un cheminement et là on rentre dans le métier. Et c'est quelque chose qui nous passionne, c'est aussi ce désir de précision qu'on a dans les aumes, parce que le aume ça appelle à ça, à être précis, et le bois aussi. Alors c'est pour ça que je crois que dans le métier du bois il y a cet amour du matériau. Et il y a aussi cette envie d'être précis, cette envie de réussir à réaliser des assemblages, à réaliser des formes. Ça, c'est très artistique et c'est très intéressant dans le matériau bois. C'est quelque chose qui m'a naturellement attiré.
- Michaël FENEUX
Artistique, mais technique, c'est quand même.
- Delphine GARDIN
Et technique, oui.
- Michaël FENEUX
Et justement, est-ce qu'il y a une partie du zome qui est plus délicate à construire qu'une autre ?
- Delphine GARDIN
Le zome, il y a plusieurs techniques pour le réaliser. Ça va dépendre aussi de l'économie parfois des projets.
- Michaël FENEUX
D'accord.
- Delphine GARDIN
Donc tout le travail dièdre qui est possiblement pas toujours...
- Michaël FENEUX
Tu as dit travail ?
- Delphine GARDIN
Dièdre, puisque ici dans un zome on a le grand problème peut-être, ou la complexité du zome, c'est qu'il y a beaucoup d'arrêtiers. Donc on a beaucoup de facettes. Alors à la fois dans la réalisation des assemblages, ou de la manière dont on va couper les angles dièdres, c'est-à-dire les angles des deux faces, qui sont multiples. Avec beaucoup d'angles dans l'espace. Donc peut-être la complexité du zome, c'est d'arriver à être dans un volume qui a finalement de nombreuses manières d'entrevoir l'espace. C'est-à-dire qu'on n'est pas dans deux plans, d'un seul coup, on est dans trois plans. Et on a plusieurs angles projetés. Donc ça, c'est une vision dans l'espace 3D qui, pour certains, est plus facile que d'autres, mais qui n'est quand même pas habituelle dans la construction des bâtiments. Donc ça c'est passionnant et c'est une des complexités, trouver la précision dans ces angles dièdres, réussir à ce que tout biche parfaitement puisque c'est ça qui va permettre d'aller jusqu'à la clé du sommet. Si on ne réalise pas les coupes d'onglets parfaitement et les angles dièdres, si on ne les réalise pas parfaitement entre les faces, on n'arrive pas au point culminant qui est aussi la clé du dessin. Puisqu'on calcule un zome par la voûte, par la clé de voûte là-haut. et en même temps c'est celles qu'on essaye de rejoindre quand on réalise la charpente donc je pense que la complexité c'est d'avoir cette approche en trois dimensions et de réussir parfaitement à tailler ces bois ok
- Michaël FENEUX
Bon, on va parler du projet pour le Forum Bois Construction.
- Delphine GARDIN
Oui.
- Michaël FENEUX
Belaĵo?
- Delphine GARDIN
Belaĵo, oui.
- Michaël FENEUX
Belaĵo. Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu ?
- Delphine GARDIN
Oui, Belaĵo, c'est donc la deuxième fois que le Forum Bois Construction me propose d'impulser une œuvre en bois qui soit un symbole pour la filière bois, tant pour l'innovation qu'elle peut avoir, mais aussi son lien avec actuellement le climat, la transition énergétique. Pourquoi le bois a vraiment un enjeu à s'inscrire dans ces thématiques de société ? Et donc, il y a une bonne manière de fédérer la filière et de permettre aussi, quelque part, d'apporter un discours et des échanges, de provoquer des échanges, de dynamiser des échanges sur le sujet du climat. L'innovation bois, c'est de créer des œuvres, car l'œuvre d'art, en effet, permet un point focal et permet aussi... D'innover, de chercher des techniques, de rassembler des acteurs du secteur et de la filière autour pour la construire. Et de ce point de vue-là, je dois dire que le Forum International Bois Construction a une démarche tout à fait pertinente et peut-être innovante en termes de salon, de proposer ça, c'est-à-dire d'aller vers le totem, d'aller même au-delà, de proposer que même si ce n'est pas un totem, il y ait une étude de filière. qui soit amené sur une œuvre monumentale. Et là-dessus, c'était le cas pour l'alarme de Mide d'Astelan l'année dernière, et cette année, on est sur Belaĵo, qui signifie beauté en espéranto, donc c'est vraiment un symbole qui se veut international, qui se veut ouvert à toutes les cultures. L'espéranto, c'est une langue humaniste qui a été voulue, inventée, pour être une langue, un lien entre les cultures. Et je crois que le symbole de Belaĵo, c'est ça, c'est d'être un symbole d'architecture bois. d'architecture climatique qui disent le 21e siècle est un siècle qui s'ouvre à la filière bois et la filière bois doit s'inscrire aussi sur le chemin de l'architecture climatique, comment répondre à l'architecture décarbonée, bas carbone, de quelle manière, et ce n'est pas juste aller chercher des marchés, c'est à un moment donné aller chercher une morphologie, aller chercher peut-être des valeurs dans la manière dont on construit, comment on réinvente la ville. comment on urbanise les villes, comment on va aussi, dans les campagnes, avec le désengorgement des villes aussi, proposer des solutions d'habitat différentes, modulables, en kit, qui soient à la fois énergétiquement rentables et rationnelles, mais aussi qui répondent à un besoin de société. Belaĵo, il amène toutes ces questions dans la filière, il peut se poser ces questions.
- Michaël FENEUX
Et d'ailleurs, comment c'est accueilli par la filière ce type de projet ? tu sens l'accueil ?
- Delphine GARDIN
Je pense au contraire que dans Belaĵo, qui est une forme qui s'inspire du Zom, donc qui est une forme de Zom mais un peu plus complexe et qui ressemble à un bourgeon ou à une graine, donc qui a cette idée de poser une graine pour l'avenir donc en fait en termes de d'espoir, en termes d'avenir en termes de valeur, je pense que la filière se retrouve et se dit tiens, un symbole construire un symbole ensemble c'est intéressant ensuite Les différents partenaires qui se sont positionnés autour de ce projet, on est à plus de 11 partenaires, ont tout à fait trouvé l'intérêt, à la fois pour leur métier et pour la filière, de se positionner, c'est-à-dire que réaliser cette œuvre, c'est aussi une manière de promouvoir la filière, mais pour chaque partenaire, de promouvoir son action au sein de la filière et son travail. C'est-à-dire que je pensais au groupe Ballas, qui se sont positionnés sur Belaĵo et qui ont affaire au transport. Eux ils réalisent des ouvrages magnifiques mais beaucoup de couvertures. Ils ont fait la couverture de Notre-Dame, ils ont fait le bas de la Flèche, ils ont fait toute la partie plomb aussi. C'est une très belle entreprise, un fleuron français du 19e siècle je crois. C'est des gens qui aujourd'hui ont ouvert une filière bois au sein de leur structure couverture. Et du coup on avait l'intérêt à un moment de se rencontrer et eux ils avaient l'intérêt de dire « Bah oui, transporter Belaĵo avec notre charpente, mettre en valeur notre métier, Merci. On va aussi le faire par cette œuvre d'art. Parce que les gens, c'est vrai que regarder un toit, ils ne le voient jamais. Donc c'est difficile de valoriser son métier quand son métier, c'est un toit. Parce qu'à Paris, le toit, on ne le voit pas. Qu'est-ce qu'ils font ? Ils nous embêtent. Ils prennent la place dans la rue. Enfin, il y a tout ça. Donc comment on va valoriser ce métier et trouver des moyens d'en parler et de le populariser quelque part auprès de la population, aussi auprès des élus, parce que la filière bois aussi n'avancera pas sans les élus. Et je crois que là, il y a cet enjeu d'apporter une œuvre d'art dans la ville. C'est ce qu'on souhaite faire à Paris, et de réunir à la fois les professionnels, la filière, les élus, que ce soit vu par la population, et qu'on ait un discours un peu enchanté. C'est-à-dire qu'on aborde la filière bois, l'architecture, pas forcément par les grands projets de building, etc., mais qu'on regarde un moment une œuvre qui fait rêver, avec des formes nouvelles en termes de charpente, parce que même si ce n'est pas tout nouveau, c'est quand même assez innovant et récent de faire ce type de forme avec le bois. Et d'un seul coup, pour les ingénieurs, c'est un sujet. Parce que, quelque part, ils ont tous leurs sujets tout au long de l'année, puis là, il y a un sujet un peu différent, c'est un peu exotique, et puis c'est intéressant de se dire, comment se comporte cette forme ? C'est ce qu'on s'est aperçu avec Artemis Ingénieur, qui ont réalisé les études structures et les calculs pour l'homologation, et qui ont pu attester que Belaĵo n'avait pas besoin de l'estage, par exemple, pour être installé à Paris, couvert face aux contraintes de neige et de vent. C'est une forme, comme beaucoup de formes zonaédriques, ou géodésique, ça puisse être aussi démontré aux Etats-Unis. Ce sont des formes qui sont antisismiques, anticycloniques. Quand un cyclone passe sur un dôme, il arrache la couverture, mais la structure ne bouge pas. Donc à un moment donné, on est quand même, quand je parle du dôme, vraiment sur un sujet. Un sujet actuel,
- Michaël FENEUX
comme le bois. Ces structures ont de l'avenir.
- Delphine GARDIN
Je pense qu'elles ont de l'avenir, et je pense qu'elles ont de l'avenir aussi à être construites en bois.
- Michaël FENEUX
Et alors les prochaines étapes, là, en lien avec le Forum Bois Construction. Au Forum, on voit Belaĵo, on voit une maquette. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
- Delphine GARDIN
Voilà, alors au Forum sera présentée l'étude avec les partenaires. Il y aura des sessions d'interview, mais on aura un espace avec la maquette. Ce sera l'occasion de parler de toute cette fédération de la filière, comment on est abordé ce sujet de Belaĵo, comment est réalisé l'ouvrage, pouvoir en parler à les gens, vous le montrer. Et au même moment, en fait, sera réalisée l'œuvre avec les compagnons du Tour de France qui sont installés, ceux d'Orléans, avec la FEDE, mais c'est le centre d'Orléans qui a souhaité répondre à la réalisation de l'ouvrage. Et c'est vrai que dans cette dynamique de filière, il y avait à la fois l'idée d'être avec les ingénieurs, travailler avec SPAX, SPAX France qui nous fournit toute la visserie, travailler avec Festool, travailler... avec tous ses partenaires, BALAS, VNF. Puis aussi de monter un projet pédagogique, comme je le disais auparavant, c'est toujours important de transmettre. Donc concevoir, chercher, réaliser, bâtir, mais transmettre. Tout ça, c'est un cycle qui doit être permanent. Et donc transmettre aux compagnons d'Orléans, c'est vraiment une chance, je trouve, de pouvoir être avec eux. et leur apporter à la fois, avec CADWORK qui est aussi sponsor du projet, une formation informatique où on va faire du CADWORK ensemble pour apprendre à dessiner l'œuvre. Donc apprendre à dessiner ce type d'œuvre, on le fera en janvier. Et ensuite, en février, aller sur le terrain de l'atelier et cette fois faire les assemblages, la taille de l'ouvrage. Dans le cheminement, il est prévu qu'à la Saint-Joseph, qui est un grand moment pour les charpentiers en France, on puisse... On a érigé normalement l'ouvrage à blanc pour faire un premier essai. Et ensuite, en avril, il est prévu de le lever à Paris. Et en mai, toujours à Paris, on essaie d'avoir deux lieux d'exposition sur Paris au printemps. L'idée est vraiment qu'au beau jour, ce projet qui sera présenté pendant l'hiver au Grand Palais, lors de cette grande messe de la filière, le Forum International Bois Construction, puisse être aussi l'après-forum au printemps, où là, on pourra se retrouver avec la filière, avec des élus, et aussi faire l'après-forum, parler de ce qui s'est produit pendant cette réunion, et puis certainement avoir des échanges forts sur le climat, je l'espère, avec les élus de Paris.
- Michaël FENEUX
Oui, c'est tout ce qu'on souhaite au projet, en effet. On arrive à la fin de l'entretien, et moi j'aime bien finir avec une petite question sans langue de bois. C'est quoi le plus gros cliché sur les zomes ou sur l'architecture bois que tu travailles ? Et surtout, en quoi il est faux ? Est-ce qu'il y en a un ?
- Delphine GARDIN
Je te colle. Cette question, elle est rigolote. Je ne sais pas, c'est vrai qu'on pourrait dire que la charpente, c'est du centimètre. On travaille au centimètre parfois. C'est un cliché peut-être qui est vu dans la construction. Alors que dans les zomes , on fait bien de la charpente.
- Michaël FENEUX
mais on est plutôt en dessous du millimètre c'est très précis c'est une affaire rigoureuse super, écoute Michael merci beaucoup pour toutes ces informations que tu nous as partagées si on veut te retrouver sur internet j'ai bien compris que tu aimais les rencontres physiques mais si quand même on veut en découvrir un peu plus sur ton travail où est-ce qu'on peut aller sur les réseaux,
- Delphine GARDIN
est-ce que tu as un site internet j'ai pas encore de site internet c'est vrai que les gens me contactent ben alors Il y a du Facebook, il y a de l'Instagram, il y a du LinkedIn. Bien sûr, Michael Feneux. Et quand on tape mon nom, on trouve de toute façon des liens. Il y a sûrement des vidéos et d'autres interviews. Et souvent, il y a un contact pour me joindre.
- Michaël FENEUX
OK. On peut t'appeler. On peut te joindre si on a envie d'en savoir plus.
- Delphine GARDIN
Les professionnels via LinkedIn, de toute façon, arrivent à me joindre. Les non-professionnels via Facebook aussi y arrivent.
- Michaël FENEUX
OK.
- Delphine GARDIN
Il y a un petit site Internet, c'est vrai, qui est actuellement né par rapport à mon projet aux États-Unis. puisque l'histoire de l'alarme de Midas qui avait été impulsée par le forum Bois Construction en 2025, l'année dernière, a aujourd'hui remporté une sélection au Burning Man. Donc on a dû créer un site aussi pour le présenter.
- Michaël FENEUX
Donc on peut aller voir aussi un peu.
- Delphine GARDIN
Vous pouvez aller voir sur ce site et découvrir aussi ce qui va se passer dans les mois à venir.
- Michaël FENEUX
Une grosse actualité en fait. Ça va pas t'ennuyer. Merci beaucoup pour cet échange.
- Delphine GARDIN
Merci, Delphine.
- Michaël FENEUX
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