- Delphine GARDIN
Vous écoutez Du Pain sur la planche, le podcast qui vous plonge au cœur de la filière forêt-bois. Je suis Delphine Gardin et mon quotidien, c'est d'aider les acteurs de ce secteur à mieux communiquer. Qui sont-ils ? Pourquoi le bois est une ressource clé pour relever les défis de la transition écologique ? Si toutes ces questions vous intéressent, vous êtes au bon endroit. Ici, une fois par mois et sans langue de bois, Je vous emmène à la découverte de cet univers et de ses experts.
- Lili LINGET
C'est joyeux, oui. Moi, j'aime bien ça. C'est joyeux ?
- Delphine GARDIN
Le bois, c'est joyeux ?
- Lili LINGET
Oui. Quand on l'aime.
- Delphine GARDIN
Bonjour Lily, merci de m'accueillir ici à Anglès dans le Tarn. Donc on est aujourd'hui dans ton atelier et on est ensemble pour parler de ton métier d'ébéniste et surtout de ton installation à ton compte. Parce que derrière cet atelier, les planches, les meubles qu'on peut voir, il y a tout un parcours, des choix, des doutes et des étapes qui ont été très concrètes. Donc si ça te va, je te propose de commencer tout simplement en te présentant. Tu peux nous dire comment tu t'appelles, ton âge. et puis nous expliquer rapidement en quoi consiste ton métier.
- Lili LINGET
Bonjour, déjà merci d'être venue jusqu'ici. Alors je m'appelle Lily Linger et j'ai bientôt 34 ans et je suis ébéniste.
- Delphine GARDIN
Et alors ébéniste, concrètement, si tu devais expliquer. Alors l'ébéniste,
- Lili LINGET
il construit le mobilier de la maison. Donc actuellement mon travail consiste à fabriquer du meuble en bois massif de préférence. à faire un petit peu de plaquage et parfois un petit peu d'agencement et des cuisines qui mêlent à la fois l'agencement et le travail du bois massif pour les façades par exemple.
- Delphine GARDIN
Et ton quotidien aujourd'hui s'est réparti entre plusieurs postes. Tu me parlais du travail à l'atelier, il y a aussi des moments où tu es chez le client. Est-ce que tu peux nous expliquer comment se composent tes journées ?
- Lili LINGET
En gros, peut-être je vais parler d'un projet. Un projet se décompose en plusieurs phases. J'ai d'abord rendez-vous avec le client chez lui en général pour prendre connaissance du lieu, du milieu dans lequel va être le projet. Ensuite, il y a une phase de bureau où je vais établir un devis en contact avec les fournisseurs, etc. Et puis après, si le devis est validé, je fais la fabrication à l'atelier, donc ici. Et puis après, il y a la phase de pause où je vais soit livrer le meuble parce que c'est un meuble indépendant du mobilier. Et donc, je le dépose chez le client. Soit il y a toute une phase de pause où là, il faut déménager un petit peu l'atelier, avoir de l'électroportatif et monter un nouveau petit atelier chez le client.
- Delphine GARDIN
D'accord. Et alors, tes clients, c'est qui ? Ils sont où ?
- Lili LINGET
Alors mes clients, j'ai ouvert l'atelier pour donner à peu près un petit a priori. J'ai ouvert l'atelier il y a trois ans bientôt.
- Delphine GARDIN
D'accord.
- Lili LINGET
C'est l'anniversaire bientôt. Et la clientèle, elle est locale, elle est très locale. Donc tarnaise. Oui, très tarnaise, voire anglaisienne et juste autour. J'ai eu la chance d'être super bien accueillie par les habitants du village. Et de quelques villages autour, d'avoir aussi quelques contacts, quelques copains qui ont acheté, enfin contacts ou copains de copains qui ont acheté et qui m'ont fait travailler dans la maison qu'ils venaient d'acheter.
- Delphine GARDIN
D'accord.
- Lili LINGET
En général, ça se passe comme ça. Ou alors des clients d'Anglès aussi, ça m'est déjà arrivé, et qui ont des maisons ailleurs et qui m'ont fait travailler un peu plus loin qu'Anglès . D'accord. Et qui me connaissaient d'ici.
- Delphine GARDIN
Donc c'est surtout des particuliers ?
- Lili LINGET
Oui, c'est surtout des particuliers. J'ai travaillé une fois ou deux pour... La communauté commune et des institutions, mais ce n'est pas du tout mon public de référence.
- Delphine GARDIN
Donc plutôt des particuliers sur des projets d'aménagement d'intérieur ou de cuisine ou de création de meubles en bois massif.
- Lili LINGET
Exactement.
- Delphine GARDIN
Ok. Donc quand on a préparé cet échange, tu me disais qu'en fait tu as effectué une reconversion. Au début, tu n'étais pas forcément destinée à ce métier. À quel moment tu as senti que tu avais besoin de faire quelque chose de tes mains ?
- Lili LINGET
Ben justement, ça s'est passé pendant les premières années de mes études, où je ne faisais pas du tout ça, je faisais de la communication visuelle. Et en fait, durant le stage, j'ai pris conscience que mon quotidien allait se passer derrière un ordinateur. Et là, je me suis dit que ce n'était vraiment pas du tout pour moi. Donc voilà, j'ai fini ce BTS et j'ai changé de direction quelques temps après.
- Delphine GARDIN
D'accord.
- Lili LINGET
Pour reprendre quelque chose de plus manuel, que j'avais déjà plus ou moins en tête depuis un moment, mais que je n'assumais pas trop.
- Delphine GARDIN
Ah ouais, tu le sentais au fond de toi ?
- Lili LINGET
Je le sentais, mais je ne l'assumais pas beaucoup.
- Delphine GARDIN
Et pourquoi tu ne l'assumais pas ?
- Lili LINGET
Je ne sais pas, parce que je m'étais imaginée qu'il fallait aller sur un cursus un peu plus général, quelque chose qui soit moins précis sur un plan que je ne connaissais pas du tout, parce qu'aucun membre de ma famille ou de proches est artisan bois. Donc en fait, je ne savais pas du tout. Je savais que j'avais envie de faire quelque chose de mes mains, mais je ne savais pas encore avec quel matériau, etc. Et c'est après ce BTS que j'ai dit, bon, en fait, je vais aller voir dans les ateliers. Et puis le bois est devenu une évidence.
- Delphine GARDIN
OK.
- Lili LINGET
Voilà. Je pense que je serais capable de faire autre chose que le bois aussi.
- Delphine GARDIN
D'accord.
- Lili LINGET
Oui.
- Delphine GARDIN
Alors, tu peux peut-être nous expliquer justement cette reconversion par quelles étapes tu es passée. Tu me parlais du lycée de Revelle. Voilà, on peut peut-être... Parler de toutes les formations que tu as reprises après pour pouvoir t'installer ?
- Lili LINGET
Oui, alors suite au BTS qui se passait à Toulouse, je suis repartie à Marseille, ma ville d'origine, et j'ai passé en premier un CAP en un an, parce qu'en fait quand on a des études supérieures, on a droit à passer des CAP en un an. Donc j'ai passé un CAP en un an en ébénisterie, puis un CAP en un an en marqueterie, et suite à ça un diplôme des métiers d'art. un
- Delphine GARDIN
DMA à Revelle au lycée des métiers d'art donc c'est un bac plus deux un bac plus deux qu'est-ce que ça t'a apporté ces trois années donc c'était trois années ? quatre années de formation comment tu les as vécues est-ce que j'imagine que ça t'a apporté beaucoup sur ta pratique, qu'est-ce que t'en as retiré ?
- Lili LINGET
Une initiation déjà, en fait, parce que vraiment, comme je vous disais tout à l'heure, je n'étais vraiment pas initiée à ces métiers, mis à part le petit stage que j'avais réalisé chez un ébéniste. Donc, ça a été la découverte, en fait, tant au niveau de l'ébénisterie que de la marqueterie. Voilà, j'ai passé deux très belles années, la marqueterie étant un petit peu mon activité fétiche. Vraiment, voilà, j'ai adoré cette année. Ah oui ? Oui, oui, j'ai vraiment...
- Delphine GARDIN
Qu'est-ce que ça a de différent ? Qu'est-ce que ça t'apporte de plus que les bénisteries, la marqueterie ?
- Lili LINGET
La marqueterie, ça va être tout ce qui est décoratif, mais en 2D, contrairement à la sculpture, qui va se poser ensuite sur des meubles, se plaquer sur des meubles. C'est du figuratif ou pas, mais c'est quelque chose... C'est comme un dessin. C'est comme un dessin, ça peut être géométrique, on appelle ça du frisage, ça peut être figuratif, peu importe. On travaille avec des fines feuilles de bois, du plaquage. Et c'est une découpe, un champ de tournage, une découpe très très précise. Et puis après on assemble les pièces du puzzle pour réaliser la fresque, on va dire. Et j'ai adoré cette précision. Et puis ça m'a permis de voir aussi plein d'essences de bois. Parce qu'en fait, en fonction de l'image qu'on veut créer, on a des couleurs différentes pour créer du contraste, de l'ombre, de la lumière. Voilà. Donc ça m'a permis de découvrir beaucoup, beaucoup d'essences de bois. Et de passer du temps à faire des petits dessins avec des petites feuilles de bois. J'ai adoré.
- Delphine GARDIN
Donc, tu es retournée à l'école pendant quatre ans. Et puis, à la fin de ces quatre années, qu'est-ce qui s'est passé pour toi ?
- Lili LINGET
À la fin du DMA, j'ai décidé de travailler en CDD pour pouvoir anticiper un petit peu de chômage et anticiper l'installation. Donc c'est à peu près ce qui s'est passé, à peu près dans les délais que j'estimais, sachant qu'entre temps il y a eu le Covid, etc. Donc bon voilà, ça a créé un petit peu de retard dans ce projet-là, mais je n'étais pas particulièrement pressée.
- Delphine GARDIN
Donc tu avais déjà en tête à la fin de tes études de t'installer à ton compte ?
- Lili LINGET
Oui, oui, oui. Oui, j'ai pensé au salariat, mais en réalité je ne l'ai pas vraiment...
- Delphine GARDIN
Envisagé pour toi ?
- Lili LINGET
Envisagé vraiment parce que je savais que ça allait m'apporter et que ce serait bénéfique et en même temps je n'en avais pas tellement envie donc j'ai dit bon tant pis. On fonce directement vers l'entrepreneuriat et puis on verra.
- Delphine GARDIN
Et c'est quoi qui t'a attiré vers l'entrepreneuriat ?
- Lili LINGET
Je pense que c'est la liberté de choisir ses horaires, ses clients, son tempo, sa vie quoi.
- Delphine GARDIN
Oui, c'est vrai que ça offre une certaine liberté. Après, ça a aussi d'autres côtés, peut-être un peu plus parfois complexes à gérer, la charge de travail, etc. On va sûrement en parler. Et donc, quand tu t'es installée, quelles ont été les grandes étapes ?
- Lili LINGET
En fait, je cherchais un atelier et ça, ici, ça a été un peu le plus compliqué pour moi de trouver un local. Donc, j'ai tapé à plusieurs portes de particuliers parce que je ne suis pas du coin, donc je ne suis pas native d'ici. Et en fait, pour rencontrer les gens, il a fallu aller taper aux portes, savoir si tel ou tel hangar ne serait pas disponible par hasard, en parler pour que le message se diffuse un petit peu. Et puis poser des annonces dans les petits commerces, etc. Pour trouver des clients ? Ah non, pour trouver le hangar. Et en fait, en déposant l'annonce à la mairie d'Anglès, c'est eux un jour, je ne sais pas, en posant l'annonce, je pense qu'ils ont lu l'annonce et ils ont dit mais en fait... Nous, on a un local pour toi, viens le visiter. Et voilà, et donc je suis venue visiter ce local et c'est parti de là.
- Delphine GARDIN
Ok, donc tu as eu ton local et après les machines, il va falloir les équiper ?
- Lili LINGET
Les machines, en fait, j'ai acheté un lot d'un copain qui arrêtait son activité. D'accord. Il m'a dit, écoute, si ça t'arrange, moi aussi, je te vends le lot, tu récupères le lot. Et on fait affaire comme ça et c'est parfait. C'était l'occasion. Ouais, ça s'est super bien goupillé au niveau du timing. de la disponibilité du local aussi. Donc,
- Delphine GARDIN
tu as acheté quoi comme machine exactement ?
- Lili LINGET
Alors, j'ai acheté, on fait le tour, j'ai acheté la scie à ruban, la toupie.
- Delphine GARDIN
Tu peux nous expliquer à quoi sert rapidement chaque machine quand tu les présentes ?
- Lili LINGET
Oui, alors la scie à ruban, c'est une grande scie qui sert à scier, à déligner, à chantourner un petit peu. La toupie, ça sert à faire les usinages, des usinages, soit des bouffetages, Donc ils servent à faire des... des assemblages, soit des rainures, soit des petits quarts de rond. On travaille dans la longueur en général. Ça sert aussi à faire des petites moulures. Enfin anciennement on s'en servait pour ça, un peu moins aujourd'hui, en tout cas moins. Ici on a le combiné dégauchisseuse raboteuse, donc qui sert à dégauchir le bois. C'est à dire que le bois quand on le scie, il est gauche, c'est à dire qu'il n'est pas à angle droit. Donc on le dégauchit puis après on le rabote pour mettre à la largeur et à l'épaisseur. qu'il nous faut pour fabriquer le meuble. L'aspiration.
- Delphine GARDIN
Donc l'aspiration, c'est pour aspirer toutes les poussières de la...
- Lili LINGET
Que génèrent les machines, en fait. Donc là, il y a tout un réseau. L'aspiration est branchée à toutes les machines. Et puis j'ouvre ou je ferme des trappes pour que l'aspiration soit plus dirigée vers une machine ou une autre en fonction de celle que j'utilise. Donc ça permet d'aspirer tous les copeaux et que j'en respire moins. Il y a toujours un petit peu de particules, mais voilà. Et puis après, c'est ça que... soit c'est seulement du massif et ça sert aux poules, aux toilettes sèches, aux jardins, des gens qui veulent bien le récupérer. Soit sinon, je le brûle l'hiver. Sinon, l'été, quelquefois, je vais à la déchetterie, malheureusement, pour le jeter. Et derrière, il y a la scie circulaire qui sert à découper le bois de manière générale. Voilà.
- Delphine GARDIN
OK.
- Lili LINGET
De manière précise.
- Delphine GARDIN
C'était vraiment, en effet, une chance de pouvoir t'équiper comme ça. Tout d'un seul coup, en un seul lot, j'imagine. Donc, on a l'atelier, on a la machine. Et après, toi, techniquement, est-ce que tu te sentais prête à t'installer ? Comment tu te sentais à ce moment-là ?
- Lili LINGET
Je ne me sentais pas tout à fait prête, non. Je me sentais un peu fragile. Surtout par rapport à la technique, parce que c'est pas tant la commercialisation, pas tant le contact avec les clients. Tout ce qui concernait peut-être la comptabilité, tout ça, ce n'était pas des choses qui m'effrayaient beaucoup. En revanche, la technique, j'étais fragile, et je le suis toujours, et on en apprend tous les jours de toute façon. Mais c'est vrai que je n'étais pas hyper à l'aise avec ma technique, parce que pendant mes études, en fait, en quatre ans... On n'a pas le temps de tout voir et quand on est confronté à la réalité du métier, on est loin, loin, loin, loin, loin, loin de tout savoir. C'était un peu effrayant, mais en même temps, j'étais très heureuse et j'avais très envie de m'épanouir là-dedans et d'apprendre.
- Delphine GARDIN
Oui. Et alors ce premier chantier en tant qu'indépendante, tu t'en souviens ? La première commande ?
- Lili LINGET
Oui, ma première commande, je m'en souviens. Ce n'était pas la plus intéressante parce que c'était du mélaminé en réalité.
- Delphine GARDIN
Alors la deuxième.
- Lili LINGET
Oui, je cherche la deuxième. Ah oui, en fait, j'ai eu la chance dès l'ouverture, quasiment dès l'ouverture, de travailler avec un ami qui avait des commandes de meubles médiévaux. Enfin style médiévaux. Et qui n'avaient pas les outils pour les faire. Donc il m'a proposé qu'on les fasse à deux. Et j'ai dit oui directement. Donc en fait, on s'est retrouvés un peu tous les deux les premiers jours de l'ouverture de l'atelier. Face aux premières galères de l'atelier. Donc c'était super bien.
- Delphine GARDIN
C'était quoi ces galères ?
- Lili LINGET
Oh ben, la dégo qui n'est pas d'équerre. Enfin voilà, des petites galères.
- Delphine GARDIN
Des problèmes techniques quoi.
- Lili LINGET
L'installation. La mèche se casse, on n'a pas de rechange. Enfin voilà. des trucs qu'après, bon, on connaît, on sait les rétablir rapidement, mais là, la première fois, ça prend quelques temps.
- Delphine GARDIN
Maintenant, tu sais anticiper tout ce genre de petits pépins. Tu as une petite solution de secours. Oui,
- Lili LINGET
exactement. Je me suis un petit peu équipée.
- Delphine GARDIN
Et alors, tu as cette partie en atelier, avec tout le travail avec tes machines, et puis tu as aussi une partie sur chantier, ou en tout cas chez les personnes pour qui tu travailles. Qu'est-ce qui te plaît le plus ?
- Lili LINGET
Clairement c'est être à l'atelier. Moi me déplacer chez les clients c'est pas trop trop mon truc. Je ne suis pas, enfin je panique toujours un petit peu. Je ne suis pas hyper à l'aise dès que je sors de l'atelier, ça s'apprend. La première fois j'étais en panique totale, maintenant ça va de mieux en mieux donc, mais ça reste quand même pas une partie de plaisir.
- Delphine GARDIN
C'est quoi qui se joue en fait ? C'est le fait d'avoir ton équipement ? Ouais,
- Lili LINGET
puis il ne faut rien oublier. C'est vraiment comme un jour de rendu un peu. Ouh là là, si on a oublié la définition de machin. Comme un jour de contrôle. Et bon, là c'est un peu pareil, sauf que c'est matériel. Donc il ne faut pas oublier tel ou tel outil. Parce qu'en fait, on peut se retrouver face à une galère qu'on n'avait pas anticipée. Donc il faut tout anticiper. Et souvent, surtout les premières fois, moi je n'avais pas du tout tout anticipé. Donc, en fait, c'est des allers-retours, du temps de perdu, etc. Et de la panique, surtout pour moi. Donc, non, je préfère être à l'atelier tranquillement. Voilà, personne n'est là pour me juger ou quoi que ce soit. Je fais toutes les erreurs. Je recommence autant de fois que je veux et ça concerne que moi. Et voilà.
- Delphine GARDIN
Il y a moins de pression à l'atelier. Il y a beaucoup moins de pression. Et alors, tu as fait le choix de travailler très localement. Autant, on l'a vu avec ta clientèle, mais aussi dans ton approvisionnement. Est-ce que tu peux nous parler un peu justement des bois que tu utilises ? Comment et à qui tu les achètes ?
- Lili LINGET
Alors j'ai plusieurs fournisseurs, donc j'essaie de manière générale de travailler avec un scieur, c'est une petite série familiale qui a 40 minutes à peu près d'ici, enfin pas très loin en réalité, c'est les montagnes, qui scie notamment du châtaignier.
- Delphine GARDIN
Ok, donc du châtaignier qui vient d'ici ?
- Lili LINGET
D'Aveyron. D'Aveyron,
- Delphine GARDIN
oui.
- Lili LINGET
Et donc j'aime bien travailler avec ce scieur, d'une part parce qu'il ne se fournit pas loin, parce que lui il travaille avec un contexte d'entreprise qui moi me va bien, ils sont deux ou trois salariés, c'est très familial, c'est très sympa. Il a hérité de la scierie de son papa d'ailleurs. Et voilà, donc moi j'aime bien travailler avec ce châtaignier-là, ce bois-là. Il a aussi un petit peu de freine, un petit peu de chêne. un peu moins, mais bon, voilà. Donc, j'essaie de vendre aux clients ce discours-là, et donc le châtaignier.
- Delphine GARDIN
Et ça, c'est entendu ? Oui,
- Lili LINGET
souvent, les clients sont assez sensibles à ce discours, et de toute façon, quand ils font appel à un artiste, en tout cas à moi, ils savent un peu que... Enfin, c'est des gens qui... qui ont déjà une petite approche locale de bien faire. Ils sont engagés déjà avec un engagement sur le choix des matériaux et l'approche de manière générale de la consommation.
- Delphine GARDIN
Oui, parce que je pense qu'on peut le dire, c'est quand même un vrai choix de faire un meuble par un artisan, rien que par le coût que ça représente. Peut-être que tu peux nous en parler un peu, mais c'est forcément plus cher qu'un meuble qu'on va aller chercher chez le Roi Merlin.
- Lili LINGET
Exactement, oui. En fait, dans le coup... on va dire, d'un meuble. Il y a évidemment la matière première. Et puis après, il y a quelques consommables. Et après, dans l'invisible, on va dire, il y a mon temps de travail.
- Delphine GARDIN
Bien sûr.
- Lili LINGET
Et mon temps de travail qui compte aussi toutes les charges que moi j'ai. Donc l'URSSAF, les assurances, le loyer, l'électricité, l'utilitaire. Enfin, toutes les charges qui vont avec le travail de manière générale.
- Delphine GARDIN
Donc on parlait des essences et de ton approvisionnement auprès de la scierie locale. Est-ce qu'il y a des essences que tu aimes particulièrement travailler et pourquoi ? Est-ce que tu peux nous présenter un peu les essences que tu travailles, leurs couleurs, leurs grains ?
- Lili LINGET
Je travaille beaucoup du châtaignier pour les raisons que je viens d'expliquer. Je travaille un petit peu de chêne parce que c'est un bois un petit peu plus noble, que les clients apprécient, donc là je me fournis ailleurs. c'est un bois que j'adore travailler pour son odeur.
- Delphine GARDIN
Ah ouais, il a une odeur particulière ?
- Lili LINGET
Ouais, c'est vraiment une odeur de... Popcorn grillé ou de pain, enfin vraiment il y a une odeur un peu d'aliment, d'aliment chaud. J'aime beaucoup son odeur au chêne et puis bon c'est vrai que cet aspect-là avec les petites mailles, c'est une essence que j'adore et celle que j'aime le plus c'est le noyer. Alors le noyer parce qu'il a un veinage hyper marqué, très voluptueux, avec un veinage très contrasté aussi entre les... Le blanc et le noir, après ils ne sont pas particulièrement bons, mais il est assez facile à travailler. Je trouve que les rendus, de manière générale, sont toujours un peu bluffants avec le noyer. Et de manière générale, avec les bois où les veinages sont contrastés, on a des rendus à la fin quand les plateaux sont collés.
- Delphine GARDIN
On mettra des photos. pour montrer, parce que ça c'est les essences que toi t'affectionnes, est-ce que tes clients eux ils ont d'autres appétences ou tu les conseilles peut-être d'ailleurs sur les essences à utiliser ?
- Lili LINGET
Les conseils un petit peu, j'ai eu à travailler du freine, mais de manière générale je demande à travailler que les essences locales, donc même si je les trouve pas chez le fournisseur local, mais au moins c'est des essences qui font sens avec l'environnement dans lequel on est. Elles ne sont pas forcément locales. Quand je vais chez un plus gros fournisseur, le bois ne vient pas forcément de 100 km alentour. Mais au moins, ça a du sens. Ça se rend un peu plus dans le réel. Parce qu'utiliser des bois tropicaux, pour moi, ça n'a pas trop... Même si ça a une utilité, selon l'usage qu'on en fait. C'est ça,
- Delphine GARDIN
il y a des usages partout.
- Lili LINGET
Je trouve que c'est quand même moins... Enfin, je ne suis pas nosailleuse. Ceux qui nous ont précédés, on va dire, ils ont trouvé ces caractéristiques-là dans les bois qu'ils avaient sous la main. Donc, en fait, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas continuer de faire comme ça.
- Delphine GARDIN
Bien sûr. D'ailleurs, tu m'avais parlé d'un projet où vous avez abattu un arbre.
- Lili LINGET
Ouais, alors c'est... Donc, on est dans un milieu très rural. Et donc, par exemple, comme la tempête qui vient de passer, il peut arriver qu'il y ait des arbres à terre ou alors des gens qui décident d'abattre un arbre. Et dans ce cas-là, bon pas toujours, mais c'est arrivé quelques fois qu'on vienne directement me proposer de récupérer la grume. Et notamment l'an dernier, on en a récupéré, je dis on avec mon compagnon, on en a récupéré quelques-unes qu'on a sciées chez un copain. Il a une petite scie à grume. Oui,
- Delphine GARDIN
il est inquiet parce que là tu ne peux pas scier dans ton atelier.
- Lili LINGET
Non, non, parce que dans l'atelier, pour ça il faut une scie à grume. Et voilà, ça nous a permis de scier des bois, pour le coup, hyper locaux.
- Delphine GARDIN
C'était quoi comme arbre ?
- Lili LINGET
Il y avait du chêne, du frêne, du chêne rouge d'Amérique et du noyer.
- Delphine GARDIN
Ok.
- Lili LINGET
Donc, ouais, je commence à avoir un petit stock d'arbres, voilà, sciés par nos soins.
- Delphine GARDIN
Et séchés ?
- Lili LINGET
Et séchés, enfin oui, dans un local.
- Delphine GARDIN
Dans un local, ouais. D'accord. Alors maintenant, ça fait déjà trois ans ? que tu es installée, c'est ça ? Tu vas fêter ton anniversaire bientôt ? Oui,
- Lili LINGET
le 1er mars.
- Delphine GARDIN
Ah oui, c'est vraiment très bientôt.
- Lili LINGET
Très bientôt.
- Delphine GARDIN
Avec un petit peu de recul, qu'est-ce qui a été le plus dur dans cette installation ?
- Lili LINGET
Je pense clairement que c'est mes failles techniques. Comme je disais tout à l'heure, je me suis retrouvée face à des situations où je n'avais pas forcément les solutions, qui n'étaient pas si compliquées en réalité, mais quand on ne le sait pas et qu'on doit l'apprendre... En autodidacte, ce n'est pas toujours évident, autant dans le temps que nerveusement, on perd un temps fou en fait. Mais j'étais un peu fragile techniquement et c'est en ça que peut-être les années de salariat auraient pu être bénéfiques en amont de l'installation.
- Delphine GARDIN
Donc j'entends que si tu avais un conseil à donner à quelqu'un qui veut s'installer, c'est d'aller tester dans d'autres entreprises.
- Lili LINGET
Pour moi, oui. Mais bon, après, je ne l'ai pas fait. Donc, je ne sais même pas si c'est un conseil valable en réalité. Mais je pense que ça vaut le coup.
- Delphine GARDIN
D'accord.
- Lili LINGET
Parce que les premières erreurs, du coup, on les réalise dans un cadre salarié. Et puis, on bénéficie aussi du savoir-faire des autres si on n'est pas tout seul en atelier. Donc, j'imagine que ça doit apporter pas mal de petits outils avec lesquels on sera un peu plus costaud en s'installant.
- Delphine GARDIN
Et du coup, comment tu fais pour progresser techniquement ? Tu continues de te former ou c'est vraiment à l'atelier que tu testes ?
- Lili LINGET
Je regarde quelques vidéos YouTube.
- Delphine GARDIN
Tu peux peut-être donner des références ?
- Lili LINGET
Alors non, pas du tout. Ah non ? Oui, non, je regarde un peu. C'est aléatoire. C'est très aléatoire et je n'ai aucun nom en tête malheureusement. Il y a des gens qui font de très très bonnes vidéos, qui expliquent très bien. Et que je remercie d'ailleurs de faire ça. de nous mâcher le travail comme ça. Donc ouais, je regarde un petit peu des vidéos YouTube, je demande un peu aux collègues qui m'entourent, aux connaissances que j'ai, et j'en discute beaucoup autour de moi, ouais. Et puis sinon, je cherche, et puis en fait, au quotidien, quand on fréquente le bois, de manière générale, on commence à le comprendre, quoi. Des trucs que j'ai appris. Avec le temps, en fait.
- Delphine GARDIN
On comprend le bois.
- Lili LINGET
Oui.
- Delphine GARDIN
Il a des choses à transmettre.
- Lili LINGET
Oui. Il est vivant. C'est un matériau vivant. Donc, il a des choses à dire. Il faut savoir un petit peu par quel boulot prendre. Mais ça, c'est des choses qui, comme toute relation, je pense, qui s'apprennent avec le temps.
- Delphine GARDIN
Super. Et à l'inverse, qu'est-ce qui te donne finalement envie de continuer ? Parce que tu es là et je pense que tu es encore là pour de nombreuses années.
- Lili LINGET
Cet épanouissement en fait tous les jours parce qu'on en apprend tout le temps, parce qu'au début de la journée rien n'est monté et puis le soir on a quelque chose dans les mains qui est visible, qui a pris forme, qui commence à avoir... voilà.
- Delphine GARDIN
Ça ça te procure plus de satisfaction. Oui beaucoup.
- Lili LINGET
Et puis ouais je pense que c'est le truc d'apprendre aussi tous les jours C'est vraiment agréable. On ne s'en lasse pas. Déjà, en plus, il y a des situations et des meubles qui sont complètement différents. Donc, en fait, les techniques, la manière de le coller, de l'assembler, de lui donner forme, elles vont être différentes. C'est de tous les jours avancer un petit peu sur le meuble, sur ses connaissances.
- Delphine GARDIN
L'apprentissage.
- Lili LINGET
C'est joyeux, oui. J'aime bien ça.
- Delphine GARDIN
C'est joyeux ? Le bois, c'est joyeux ? Oui,
- Lili LINGET
quand on l'aime.
- Delphine GARDIN
On arrive à la fin de notre échange et j'ai toujours ma petite question rituelle qui est la suivante, c'est sans langue de bois, est-ce qu'il y a un cliché sur les ébénistes ou sur l'artisanat bois et surtout en quoi il est faux ?
- Lili LINGET
De clichés, je ne sais pas s'il y en a beaucoup. En tout cas, moi, je n'ai pas été confrontée à des clichés. Mais peut-être que ce n'est pas un métier de fille. C'est vrai que moi, souvent, on me dit ébéniste, mais alors je ne pensais pas qu'une femme...
- Delphine GARDIN
C'est vrai, on te dit encore ça ? Oui,
- Lili LINGET
oui, oui.
- Delphine GARDIN
Ah là là.
- Lili LINGET
Oui, en général, c'est les plus âgés qui disent ça. Oui, oui. Parce qu'ils ont connu, eux, le frère, le beau-frère, le papa à faire ça, mais jamais la sœur ou la belle-sœur ou la mère à faire ça. Donc, c'est souvent une tranche d'âge un peu plus âgée que moi qui me fait cette réflexion. Mais bon, c'est chouette, en fait, de aussi dire que ça change. Et oui, oui, on en est capable, en fait. Il n'y a pas de... Évidemment.
- Delphine GARDIN
Tu as beaucoup de collègues ou consœurs, femmes d'ailleurs, ébénistes ?
- Lili LINGET
Pas tant. En fait, pendant ma formation, il y avait la parité dans la classe. On était 12, 6 et 6. À la sortie des études, je ne sais pas si on est aussi nombreuses à avoir continué que les garçons. Mais oui, il y en a quelques-unes qui ont continué quand même. Et puis en fait... À force de fréquenter un petit peu les réseaux d'artisanat, on se rend compte qu'il y a beaucoup d'artisanes.
- Delphine GARDIN
Oui. Et ça, c'est chouette. Oui.
- Lili LINGET
Parce qu'il y a pas mal de sororités dans ces milieux-là aussi. Je ne sais pas si c'est nouveau, mais en tout cas, moi, je le découvre et j'en suis très contente.
- Delphine GARDIN
OK. Il y a beaucoup d'entraide.
- Lili LINGET
Oui. Il y a beaucoup de soutien. Il y a du lien, en tout cas.
- Delphine GARDIN
Il y a des réseaux qui se constituent, non ?
- Lili LINGET
J'ai pas de nom en tête de réseau, mais oui, je connais beaucoup de femmes artisanes, pas forcément en bois. Et c'est assez réjouissant de se dire qu'on est là.
- Delphine GARDIN
Ouais, c'est vrai.
- Lili LINGET
Et qu'on prend de la place aussi sur ce terrain-là.
- Delphine GARDIN
Ouais, il faut de plus en plus de femmes. Si on veut voir tes créations ou voir ton travail, où est-ce qu'on peut te suivre, t'appeler ?
- Lili LINGET
Je n'ai qu'un Instagram pour le moment, c'est lili.loulinger. Ok,
- Delphine GARDIN
on le mettra dans les commentaires.
- Lili LINGET
Oui, j'ai aussi la page Facebook d'ailleurs, qui va de pair avec l'Instagram. Je n'ai pas encore de site internet, mais peut-être un jour.
- Delphine GARDIN
Chaque chose en son temps.
- Lili LINGET
Oui, chaque chose en son temps.
- Delphine GARDIN
Étape par étape.
- Lili LINGET
Exactement.
- Delphine GARDIN
Écoute, Lily, merci beaucoup pour ton témoignage. C'était très sympa. J'espère que ça t'a plu aussi de partager ce moment.
- Lili LINGET
Oui, oui.
- Delphine GARDIN
Merci.
- Lili LINGET
Merci à toi.