Speaker #0Ça y est, nous sommes en février et il ne vous aura pas échappé que février. C'est le mois de l'amour. Un mois tout rouge, qui fait un peu de bien, après le dry January, dry sec, quand on veut prendre la parole, avoir la bouche sèche, la gorge sèche, c'est pas ce qu'on fait de mieux. Alors je me suis dit, et si cette fois, je jouais le jeu du conformisme absolu. et que je plongeais dans cette vague de rouge amoureux et que je vous construisais une série rigolote de 4 épisodes pour tomber amoureuse ou amoureux de votre propre voix. Allez, c'est parti ! Vous voilà donc dans cette série spéciale d'éclats de voix, tomber amoureux, amoureuse de sa voix, un speed... dating acoustique en 4 épisodes pour oser la prise de parole engagée. Bon, alors, puisque vous écoutez déjà le podcast, vous savez que j'y reçois des personnalités inspirantes qui partagent leur parcours de prise de parole. Mais aujourd'hui, c'est à votre tour. Je suis Anne-Claire Delval et comme tout le monde s'agit autour de l'abus romantique, moi, j'ai une proposition un peu plus sauvage. Tombez d'abord. amoureux de votre voix. Dit comme ça, ça peut sembler un peu narcissique, mais en fait, c'est légèrement, voire exactement le contraire. Souvent, je parle de la parole comme d'un écosystème, comme une forêt dans laquelle chaque voix, chaque son a sa place, sa propre fréquence, sa fonction. Et alors voilà, dans un écosystème qui est sain, mais aucun élément. qui le constitue, ne se demande s'il a le droit d'exister et de s'exprimer. Le mycélium, réseau de champignons qui connectent les arbres entre eux sous terre, ne se dit pas « suis-je légitime pour connecter ces arbres ? » Non, il le fait. Alors, le rapport avec la voix, c'est que simplement, elle est constitutive de cet écosystème collectif. Elle a ce qu'on appelle une niche acoustique, comme disent les spécialistes. Elle occupe une fréquence que... personne d'autre ne peut occuper. Ou alors, c'est un fait très, très exceptionnel. Et pour trouver cette fréquence unique, il faut d'abord l'écouter. Eh bien oui, vraiment l'écouter. Oui, sans la juger, sans la comparer, sans vouloir qu'elle ressemble à celle de quelqu'un d'autre. Souvent, les gens me disent, « Anne-Claire, j'ai des convictions fortes sur l'écologie, l'éducation, la justice sociale. » Mais alors ma voix, non mais je ne la supporte pas. Elle est trop aiguë, trop hésitante, trop monotone. Et là, je pose toujours la même question. Est-ce que vous tomberiez amoureux de quelqu'un que vous n'avez jamais vraiment regardé ? Non mais parce que c'est exactement ce que nous faisons avec nos voix. Voilà, on juge sans les connaître. On veut qu'elle soit performante sans jamais lui avoir donné la... la permission d'être ce qu'elle est, vivante, imparfaite et surtout unique. Alors aujourd'hui, attention, petit acte audacieux, on va organiser un speed dating avec notre propre voix. Pas celle que nous entendons depuis notre cerveau, notre tête, notre boîte crânienne dans laquelle nous sommes installés, mais de l'extérieur. Ah oui ! Parce que c'est bien là, le complexe, c'est que ce n'est pas tout à fait la même. Voici ce que je vous propose. Alors, vous allez sortir votre téléphone. Bien sûr, si vous écoutez le podcast dessus, vous allez le faire après. Vous trouvez une solution pour vous organiser. Bref, vous allez lancer l'enregistreur vocal et vous allez vous imaginer que vous êtes en speed dating et que vous avez une minute chrono pour vous présenter. Alors non. On va dépasser le CV, la fonction, les diplômes, le rôle dans la vie. Non, parlez de ce qui fait vraiment battre votre cœur, ce qui vous met en joie. C'est pourquoi vous seriez vraiment capable de prendre la parole devant 200 personnes s'il le fallait. Allez-y, pendant une minute à peu près. Vous pouvez faire maintenant, vous pouvez mettre cet épisode sur pause et je vous attends de l'autre côté de ce petit... Silent. C'est fait ? Bon. Alors maintenant vient évidemment la partie la plus rigolote. Elle est particulièrement contre-intuitive. Vous allez vous réécouter, mais c'est crucial. Vous allez vous écouter comme Bernie Krauss, qui était bio-acousticien, qui écoutait les gibbons dans la forêt de Borneo, avec une curiosité scientifique, avec émerveillement. Bernie ne se disait pas « Oh là là, les gibbons me cassent les oreilles ! » Non, non, il se disait « Waouh ! » c'est fascinant. Il faisait la comparaison entre le bruit des gibbons et la mélodie de duos d'opéra ou de folk. Alors, vous allez réécouter votre voix comme ça, en observant sous rythme, ses hésitations, les moments où elle s'anime, où elle ralentit, parce que tout ça raconte quelque chose. Et tout ça, eh bien, grande révélation, c'est vous. C'est votre propre fréquence dans le grand orchestre humain. Une fois que vous aurez fait cette expérience, vous allez prendre un carnet. Alors, vous l'appelez comme vous voulez. Je ne sais pas, le journal d'amour vocal, si vous voulez, ou bien le carnet de germination. Parce que, ben oui, vous êtes en train de planter une graine qui va germer. Et puis, la voix, vous allez voir, ça se cultive, ça se pousse, ça se travaille, ça sème. Alors, dans ce carnet, vous allez noter trois choses que vous aimez dans cette voix. Celle que vous venez d'entendre, pas la mienne, non, on a bien compris, la vôtre. Même un tout petit détail très microscopique, par exemple, « Ah, j'ai l'impression que ma voix s'anime quand je pars de voyage. » Ou bien, « Oh, j'aime bien ce petit rire qui s'échappe. » Ou alors, « Ah, ben finalement, mes pauses sont pas mal quand même. Moi qui pensais que c'était un défaut. » Mais alors attention, les trois choses, il n'y a pas de oui mais derrière, sauf que, il n'y a rien. Trois petites choses que vous cueillez et que vous allez déposer dans ce jardin de paroles. Voilà, vous avez fait preuve d'une audace. Alors pas une audace de TikTok, non, mais celle plus précieuse encore d'écouter votre propre voix. Sans la dénigrer. Voilà. C'est ce que j'appelle l'écologie de la parole pour soi. Parce qu'avant de nourrir l'espace collectif avec votre voix, il faut d'abord arrêter de l'épuiser, de la critiquer, de la vider de son énergie. En permaculture, vous savez, ce système de conception agricole durable qui a été développé dans les années 70 par Bill Morrison et David Ongrem. Il y a un principe qui dit « observer avant d'intervenir » . Et bien c'est exactement ce que nous venons de faire. Vous, nous avons, vous avez observé votre voix, vous avez capté son énergie particulière et vous avez commencé à identifier ce qu'elle a fait vibrer. Et oui, on peut porter une parole engagée avec une voix qu'on apprécie. On peut défendre la biodiversité du monde en s'incluant et en reconnaissant notre propre participation à cette biodiversité. Avant de vous laisser, je vous propose un petit mantra à noter dans votre carnet. Ma voix a juste besoin d'épouser sa niche acoustique. Comme les grenouilles chantent dans les basses fréquences, les oiseaux dans les moyennes, les cigales dans les hautes, chacun a un peu son étage à sa place, comme une sorte de partition collective où chaque note, chaque son unique, manquerait un peu si vous ne la jouiez pas. Dans le prochain épisode, on explorera vos cicatrices vocales, les petits défauts qui font de votre voix la seule au monde. Et puis, si vous êtes prêt à sentir que vous avez envie d'aller plus loin, à vraiment cultiver ce fameux jardin de paroles, j'ai une bonne nouvelle, je vais vous lancer, le printemps arrive, un programme d'accompagnement complet, un parcours, pour faire de votre prise de parole un acte écologique, nourrir, sans épuiser, exprimer. sans saturer, contribuer, sans dominer. Je vous en redirai plus très vite. En attendant, chouchoutez votre voix, réécoutez-vous avec la tendresse d'un jardinier qui regarde germer sa première graine, parce que la première personne qui doit tomber amoureuse de votre voix, c'est vous. D'ici le prochain épisode de cette mini-série, je vous souhaite des éclats de voix amoureux. Merci à tous.