Speaker #0Hello et bienvenue dans Émancipation Féminine. Je suis ton hôte Delphine, accompagnante féministe. J'interviens aussi en entreprise sur les sujets d'équité. Si t'es fatiguée de tout porter, si t'as appris à sourire en se rôlant les dents ou à faire semblant que tout va bien au taf, t'es au bon endroit. Ici, on parle de ce qui fait mal, de ce qui fait sens et de ce que tosque. Pas à dire tout haut ! Hello, je suis ravie de te retrouver pour ce nouvel épisode d'émancipation féminine. Aujourd'hui, j'ai envie de parler, une fois n'est pas coutume, des inégalités que nous vivons entre les femmes et les hommes. Mais aujourd'hui, on va parler d'inégalités salariales, parce qu'on en parle beaucoup ! de ces inégalités salariales, des écarts, des chiffres. Et clairement, c'est réel et heureusement qu'on a des veilles, que ce soit fait par l'INSEE ou autre, sur ces sujets-là. Parce qu'aujourd'hui en France, les femmes gagnent en moyenne moins que les hommes. Et la moyenne, elle est de l'ordre de 500 euros quand même. Donc ce n'est pas rien. Voilà où on en est aujourd'hui. Moi, je m'intéresse actuellement à quelque chose de très concret là-dedans. Il y a un peu comme une forme de question, pourquoi les femmes, en fait, qui font très bien leur boulot, attendent encore qu'on les reconnaisse sans demander. C'est quelque chose qui revient beaucoup. Parce que c'est un endroit aussi qui est plus caché, plus discret, quoi. Et où ça se joue aussi, sans pour autant en faire une responsabilité 100% individuelle. Mais on va parler de ça, notamment de ce moment aussi où toi, tu ne demandes pas. Le moment où tu attends qu'on te voit, le moment où tu espères que ton travail et tes résultats vont parler d'eux-mêmes. Et perso, moi, j'ai été là-dedans pas mal de temps dans ma carrière. C'est un peu... comme un mensonge en fait, c'est une réalité. C'est même pas un peu comme c'est, c'est une forme clairement de mensonge. On nous vend ce truc, le truc qui a l'air mais tellement logique, ce truc méritocratique qui dit que travaille bien, soit sérieuse, soit rigoureuse et ça finira par payer. Oui mais sauf que ça marche pas comme ça. Et ça marche pas comme ça dans le monde du travail parce que le mérite ne parle pas tout seul. Et que si c'était vraiment au système méritocratique, comme je l'ai déjà dit dans d'autres épisodes, mais peut-être que toi tu me découvres avec cet épisode, si le système méritocratique était un vrai système de récompense. En France, les personnes qui travaillent le plus, qui sont les personnes les plus pauvres ou très proches du seuil de pauvreté, qui cumulent souvent plusieurs emplois, ce sont ceux qui travaillent le plus et qui, au sens de la définition méritocratique du... terme, c'est-à-dire travailler plus pour gagner plus, ce seraient eu les plus riches. Sauf que ce n'est pas vraiment le cas. Donc non, le mérite ne parle pas tout seul et n'existe pas vraiment ou qu'à certaines conditions. Et voilà, donc c'est de tout ça que j'ai envie de parler parce que j'échange beaucoup avec vous en ce moment. Vous qui pouvez être salariés, vous qui avez été ou qui êtes RH, DRH. Et je trouve ça assez passionnant qu'on aborde ces sujets ensemble. Donc j'avais vraiment un cœur qu'on en parle ici au micro et que tu puisses prendre peut-être toi la mesure, chère auditrice, de ce qui se passe. Voilà, pendant que toi tu attends, qu'est-ce qui se passe en fait ? Il se passe qu'il y a d'autres qui demandent ? Qu'il y a d'autres qui... prennent leur place et qu'il y en a d'autres qui négocient. Et ils ou elles ne sont pas forcément plus compétentes que toi. C'est juste qu'ils jouent avec les règles du jeu réel du monde du travail. Je te disais que moi, par exemple, pendant très longtemps, je négociais pas mon salaire. Jamais. Ni à l'embauche, ni après. En gros, je prenais ce qu'on me donnait parce que dans ma tête, c'était très simple. Et j'étais dans ce système vraiment méritocratique qui disait que dans ma tête, si je bosse bien, ça va suivre. J'ai eu quand même des évolutions de poste et donc des évolutions de salaire. Mie. Pendant quand même pas mal d'années, j'ai fonctionné comme ça. Je n'ai jamais regardé en fait ce que les autres vivaient, où est-ce qu'ils en étaient par rapport à toutes ces questions-là. Donc moi, j'étais comme ça. Pendant des années, j'étais comme ça. J'attendais que ça suive en fait son cours et que les résultats parlent d'eux-mêmes. Jusqu'au moment où moi, je suis devenue cadre. J'ai commencé vraiment à regarder autour, à regarder les salaires et donc les écarts. Et je me suis dit qu'il y avait un truc qui clochait quand même. Parce que je voyais bien que je n'étais pas payée comme mes homologues, comme mes confrères, avec cette petite particularité qu'à ce moment-là où moi je suis devenue cadre, je n'avais pas vraiment les diplômes. Donc je constatais ces inégalités. Mais je me disais que comme on m'avait fait évoluer en interne... Du coup, je n'ai pas eu la négociation de mon salaire à proprement parler, puisque j'étais déjà en train de négocier mon évolution. En fait, je ne pouvais pas négocier deux choses à la fois. Et puis voilà, j'ai passé du temps dans l'entreprise, des résultats sont venus. C'est à ce moment-là, en fait, quand j'ai été plutôt en relation avec ce qu'on nomme des chasseurs de tête, donc des cabinets de recrutement, que les questions... des prétentions salariales sont venues. Jusque-là, je ne me posais pas trop la question et ça m'a apporté énormément au final. Parce que c'est ici que j'ai eu un énorme, mais vraiment un énorme gap pour moi. Parce qu'à compétence égale, à profil égal, pas du tout le même salaire. Et je te dis ça, ce n'est pas parce que je ne valais pas plus. C'est aussi, quelque part, Parce que moi, je n'avais jamais vraiment demandé, alors que j'avais des résultats quand même très concrets. Il y avait quelque chose aussi d'important à noter, c'est que moi, je n'avais jamais mis d'entreprise en concurrence. C'est-à-dire que le patron qui me payait à l'époque, je ne l'avais jamais mis en concurrence par rapport à d'autres entreprises. Je faisais mon chiffre, j'avais mes primes et à l'époque, ça me satisfaisait bien aussi parce que je changeais de cap et je changeais... de rémunération très concrètement. Donc, je n'avais jamais vraiment créé un rapport de force au niveau du salaire. J'avais pu créer des rapports de force pour démontrer que je méritais le poste en question, tout ça. Mais je n'avais jamais créé de rapport de force sur ma base salariale, en fait. Et ça, ça m'a fait un petit choc quand j'ai été intégrée dans un très grand groupe parce que ben En gros, j'avais plusieurs groupes, des majors, comme on dit, en fait, qui voulaient m'embaucher. Ça, c'était hyper agréable de constater qu'il y avait plein de personnes qui voulaient m'embaucher. J'avais des résultats, donc il y avait aussi des choses très tangibles sur lesquelles le cabinet de recrutement pouvait se baser. Et en fait, donc, comment on est parti, le cabinet de recrutement, en fait, pour... Pardon, je réfléchis en même temps, du coup, ça paraît un peu indécis de dire qu'est-ce que je vais te dire, qu'est-ce que je ne vais pas te partager de cette expérience. En fait, ce qui était génial pour moi, c'est que là où moi, naturellement, au bout d'un moment, j'aurais closé le deal et je serais partie pour telle une des deux entreprises, les deux qui étaient finalistes, les deux me plaisaient vraiment beaucoup. Donc il y avait aussi... Une hésitation de ma part parce que les deux boîtes me plaisaient, les deux entités me plaisaient. Elles n'avaient pas les mêmes forces. Et en fait, il y avait vraiment une bataille entre des directeurs d'agence, voire des DG qui étaient dans des discussions. Je m'en rappellerai toujours, j'ai même eu le mail d'un des deux PDG, celui chez lequel je ne suis pas partie. Je ne m'attendais quand même pas à avoir le mail. du PDG, mais que j'avais eu en entretien. Donc, c'est aussi des systèmes d'entretien qui prennent du temps. Voilà, parce que tu rencontres le RH, puis le DRH, puis tu vas rencontrer des DG, des PDG, des directeurs d'agence, potentiellement ton manager direct. Donc, c'est des systèmes de recrutement aussi qui sont assez lourds. Et en fait, in fine... Moi, je disais au cabinet de recrutement, peut-être que je vais là, peut-être que je vais là. Ils me disaient non, mais on va les laisser finalement un petit peu se batailler jusqu'au dernier mot. Et c'est eux qui donneront le là. Et c'est ce qui s'est passé pour la boîte qui m'a recrutée, qui avait dit au cabinet de recrutement, je pose X sur la table. Il avait redonné quelque chose d'encore plus significatif, qui était plus haut que mes prétentions salariales, pour le coup, qui était au-delà de la tranche, parce qu'en fait, les discussions tournaient en rond depuis... deux semaines, je crois. Et en fait, il avait dit au cabinet de recrutement, en fait, je mets temps de plus. Donc, il sortait de ma grille, du coup, qui était quand même confortable, vraiment. Il disait, mais je sors de ma grille, mais en fait, là, en gros, elle a 48 heures pour accepter la proposition et après, basta, en fait, je ne vais pas discuter pendant des semaines. Et c'est comme ça que j'ai atterri chez ce major-là et ça m'avait fait quelque chose et en tout cas, ça m'avait beaucoup appris, moi qui, dans mes métiers, négocié aussi en fait avec les gens, ça m'apprenait aussi beaucoup de choses sur notamment le fait que j'avais jamais vraiment joué ce jeu-là sérieusement de la rémunération et un jeu dont en fait, j'avais pas les règles les règles implicites, voilà en gros pour moi, t'étais Tu es embauché à X salaire, il y avait une grille, tu rentrais plus ou moins dans la grille et basta. Alors qu'en fait, on pouvait te démontrer qu'on pouvait mettre aussi assez cher sur la table pour que tu puisses venir quelque part. Et ça, c'était une règle clairement implicite que si je n'avais pas eu un cabinet de recrutement avec moi, je n'aurais pas connu cette règle du jeu-là très implicite à l'embauche en fait. parce que clairement, là où ça se joue beaucoup dans nos rémunérations, c'est à l'embauche. Si tu ne négocies pas bien à l'embauche et que tu as l'espoir qu'après, ça va augmenter, non, c'est très rare. Après, le gap, il est très, très, très minime. Donc voilà, attention, parce qu'avec ce que je viens de déposer de mon propre témoignage, on pourrait croire que le problème, c'est juste que toi, tu ne demandes pas en tant que femme. Mais ça serait trop simple et trop simpliste. que d'en revenir à là, parce que le système n'est pas neutre. En fait, le système, il valorise celles et ceux qui font quoi en entreprise, celles et ceux qui prennent la parole, qui savent se mettre en avant, qui négocient. Sauf que ce sont précisément ces comportements-là qu'on a appris à éviter aux femmes. Depuis toute petite, on nous apprend à quoi ? On nous apprend à être agréable, à être fiable, à ne pas déranger, à ne pas réclamer. Donc, quand tu arrives dans le monde du travail, tu joues avec des règles qu'on ne t'a pas vraiment apprises, même si, au regard de l'air du temps, on a plus ou moins toujours travaillé. C'est juste qu'on a travaillé d'une manière gratuite, on ne nous a jamais rémunérés. Donc, ça ramène une couche en plus au fait qu'on nous sociabilise à être agréable, à ne pas déranger, à être fiable. on nous a aussi appris que quoi ? Que ben en fait... Quand une femme, elle demande, elle peut être perçue comme trop, qu'elle exagère trop. Quand elle négocie, elle peut être jugée. Quand elle s'affirme, elle peut être sanctionnée. Donc, qu'est-ce que ça fait dans ton corps ? Dans ton corps, il ne bloque pas pour rien à ce moment-là. Parce que ton corps sait avant ta dette, ton corps a compris qu'il y avait un risque. Et selon d'où tu viens, ce risque est encore plus fort. Parce que quand tu as appris à rester à ta place pour être accepté, Mais demander, ça ne te coûte pas juste professionnellement en réalité, parce que ça vient toucher à quoi ? Ça vient toucher à ton image, ça vient toucher à ta place, ça vient toucher à ta sécurité. Donc non, ce n'est pas juste un problème individuel, c'est une rencontre, un croisement entre le système qui valorise la prise de pouvoir, la prise de parole, le fait de se mettre en avant, avec une socialisation genrée. quand on est genré du point de vue féminin, on te tient éloigné de tout ça. Et à cette jonction-là, au milieu, qu'est-ce qu'il y a ? Il y a toi. Il y a toi qui bosses, il y a toi qui attends, et il y a toi qui t'épuises en fait. Donc le problème, ce n'est pas que toi, tu ne travailles pas assez. C'est qu'on t'a appris à te taire dans un système qui récompense celles et ceux qui parlent. Donc le mérite, ça ne parle pas à ta place. Alors, peut-être que la première étape dans tout ça, ce n'est pas d'encore mieux travailler. C'est peut-être déjà de commencer à avoir, de prendre conscience. Tiens, où est-ce que j'attends ? Où est-ce que je m'efface ? Où est-ce que je ne demande pas ? Même si c'est un tout petit peu, même si c'est maladroitement. Parce que travailler bien, ça ne suffira jamais. Assez, c'est une base et cette base-là, nous les femmes, nous l'avons, mais vraiment, ce n'est pas ça qui te fera prendre plus de pouvoir dans tes négociations salariales. J'espère que cet épisode t'aura apporté plein de valeurs. Si tu as envie d'en discuter avec moi, tu peux me DM sur LinkedIn, Insta. Je te retrouve avec grand plaisir la semaine prochaine et j'espère que cet épisode t'aura apporté des déclics. Bonne semaine ! Merci pour ton écoute. Tu sais déjà comment faire. Abonne-toi, mets 5 étoiles et partage cet épisode. C'est ça ! qui fait grandir le podcast. Moi, je reste là. Je continue à parler fort pour celles qui n'osent pas encore. Je te dis à très vite. Et d'ici là, respire et surtout, secoue les règles du jeu.