- Speaker #0
Hello et bienvenue dans Émancipation Féminine, je suis ton hôte Delphine, accompagnante féministe, j'interviens aussi en entreprise sur les sujets d'équité. Si t'es fatiguée de tout porter, si t'as appris à sourire en serrant les dents ou à faire semblant que tout va bien au taf, t'es au bon endroit. Ici, on parle de ce qui fait mal, de ce qui fait sens et de ce que t'oses pas dire tout haut. Bienvenue Lucien dans Émancipation Féminine, je suis ravie de te recevoir. Est-ce que tu peux te présenter sans forcément parler de ton métier tout de suite, s'il te plaît ?
- Speaker #1
Oui, merci, merci beaucoup, je suis très content d'être là. Donc, je suis Lucien, j'ai deux enfants, une femme. Un grand d'une précédente union. Et un plus petit avec Sarah.
- Speaker #0
Ta compagne actuelle.
- Speaker #1
Ma compagne actuelle. Voilà. Qu'est-ce que je pourrais dire encore sur moi ? Ça fait une dizaine d'années que j'ai des engagements, disons d'abord écologiques. Ensuite un peu féministe aussi quand même, mais d'abord écologique. Voilà, et maintenant je peux parler de mon métier.
- Speaker #0
Maintenant tu ne peux pas, j'adore, parce que c'est toujours... Non mais c'est... Ça va, ça a tenu une minute et quelques. Oui, tu peux parler de ton métier.
- Speaker #1
Non mais ce n'est pas facile parce que mon métier rejoint tellement mes convictions personnelles que... Même parce que tu avais des passions,
- Speaker #0
que tu fais du sport,
- Speaker #1
j'en sais rien. Oui, oui, je fais du... Oui, oui, oui, je fais un peu de foot avec les copains et... Voilà, je suis ex-soi de souche. Je suis né ici, j'habite ici, mes enfants ont fait la même école maternelle, la même école primaire, le même collège et le même lycée que moi.
- Speaker #0
Waouh, attends, t'es clair que moi je suis de souche aussi, d'ici,
- Speaker #1
mais j'ai navigué avec mes gosses. Non, on habite toujours dans le même quartier, je suis juste parti de la ville deux ans pour faire une école d'ingé, enfin trois ans. pour faire une école d'ingé, mais j'ai vraiment la volonté de revenir ici, donc j'ai trouvé mon stage pas trop loin, une dernière de fin d'études, histoire de revenir et de lancer ma carrière dans la région, pour ne pas retarder la redescente.
- Speaker #0
Et du coup, tu fais quoi ? Dis-nous tout.
- Speaker #1
Et du coup, je travaille dans, disons, la RSE, dans le grand arbre de la RSE, responsabilité sociale, sociétale, des entreprises, organisations en général. Et dans ce grand arbre de la RSE, je suis assis sur deux branches en particulier. La première, celle qui est un peu plus historique et celle qui me fait encore vivre actuellement, c'est le carbone. Donc j'ai beaucoup beaucoup animé des fresques du climat. Maintenant c'est moins ça et plus du bilan carbone que je fais pour n'importe quel type d'organisation, peu importe. Et l'autre branche sur laquelle je suis assis, c'est le sexisme ordinaire. J'interviens en entreprise, dans les organisations, pour essayer de travailler sur cette question d'égalité femme.
- Speaker #0
Trop bien. Comment ça s'est fait, cette jonction-là ? Au début, tu as fait un... Un diplôme d'ingé, côté écolo, quoi ? Même pas ! Ah non, je pensais que tu avais fait une option, une spécialité, même pas ? Bah attends, il faut que tu nous racontes ça quand même, tu peux pas nous raconter comme ça !
- Speaker #1
Qu'est-ce qui s'est passé alors ? Non, j'ai eu une première, donc pendant 12 ans, j'ai été chef de projet. Mon diplôme d'ingé, c'est un diplôme d'ingé mécanique, généraliste à dominante mécanique, avec une option automatisme, pour être clair. Et j'ai travaillé d'abord pendant une douzaine d'années comme chef de projet sur des systèmes automatisés. Donc là, les clients étaient dans le nucléaire, dans le ferroviaire, dans la défense. Donc, je n'étais pas du tout en RSE, écolo. J'étais loin de ces sujets-là. Moi, perso, j'ai un bilan carbone. à faire rougir Bernard Arnault, quoi, mais...
- Speaker #0
Ah bon ? Quand même pas à ton nom,
- Speaker #1
quand même pas. Une heure de Bernard Arnault. Non, j'ai beaucoup, beaucoup voyagé, je prenais beaucoup l'avion, je ne me posais pas trop ces questions-là. Ces questions sont entrées dans ma vie, avec Sarah, et on a commencé par regarder les déchets au début. Mon engagement est arrivé par le zéro déchet, parce que j'ai commencé à m'amuser, à essayer de voir techniquement, c'est mon côté 1G, les produits chimiques, qu'est-ce qu'on pouvait remplacer, qu'est-ce que ça pouvait... Voilà, donc c'était cette recherche technique. d'arriver à réduire drastiquement nos déchets. Et puis après, au fur et à mesure, la porte s'est ouverte. Elle s'est ouverte d'abord quand je gérais un tiers-lieu aussi qui s'appelait rue Piétonne.
- Speaker #0
Ici à Aix ?
- Speaker #1
Oui, sur Aix. Donc en fait, je gérais bénévolement un tiers-lieu qui n'avait pas encore de vocation écologique au démarrage. C'est très vite venu. Moi, j'étais dans un cabinet de conseil. J'avais mon cabinet de conseil. On faisait des formations. Et donc, l'idée, c'était plutôt de... Je prends un lieu bien trop grand pour moi. Comme ça, je souloue plein de trucs et ça me paye mon bureau. L'idée, c'était là. Ah,
- Speaker #0
trop bien. Hyper man.
- Speaker #1
Mais bon, c'est du taf, quoi. Donc, ça faisait pas mal de boulot, mais bon, c'était sympa. Et en fait, au début de Rue Piétonne, c'était fin 2019, et début 2020, je tombe sur un atelier, je ne sais plus comment, qui a l'air assez sympa. Si, je sais comment. C'est Marie Ausha qui m'appelle pour organiser un atelier fresque du climat dans les locaux de Rue Piétonne. Et je lui dis, tiens, je ne connais pas, qu'est-ce que c'est ? Merci Marie si tu nous écoutes. Tiens, qu'est-ce que c'est ? Et je regarde et je trouve que la pédagogie de l'atelier a l'air hyper intéressante. Et donc je m'inscris à l'atelier parce que le sujet m'intéresse plus ou moins, mais c'est pas encore... voilà. Mais surtout pour des raisons pédagogiques. Et je m'inscris immédiatement la semaine d'après à la formation, à l'animation de l'atelier. Alors pour la petite histoire, l'atelier n'a pas eu lieu. pour cause de Covid, on a été fermé pour cause de Covid, donc je pense que je suis un des... je suis le seul ceinture bleue de la fresque du climat qui n'a jamais fait l'atelier. Non, c'est vrai, je ne suis pas le seul parce qu'il y en a plein qui étaient vraiment au tout début, qui ne l'ont pas fait, mais en dehors des créateurs. Donc, je me suis rattrapé depuis.
- Speaker #0
T'en as animé beaucoup, ça va. T'en as animé beaucoup.
- Speaker #1
Et donc, j'ai commencé, j'ai trouvé l'atelier absolument génial. parce que la pédagogie était très innovante sur une demi-journée arriver à faire passer autant de connaissances de façon si ludique, c'était une vraie découverte pour moi cet atelier et donc là après j'en ai animé vraiment beaucoup très vite le sujet du carbone que j'ai commencé à creuser m'intéressait énormément donc j'ai arrêté de prendre l'avion en janvier 2020 c'était mon dernier avion et je me suis formé très vite à la méthode bilan carbone. À ce moment-là, il n'y en avait pas beaucoup. Ils cherchaient même à remplir les formations. J'aurais pensé que 6%.
- Speaker #0
Ce n'était pas encore.
- Speaker #1
Ce n'était pas encore. J'ai encore eu beaucoup de chance. J'ai fait trois bilans carbone pour des assos des anciens clients au moment où la BPI ouvrait des référencements pour être financés. Et il fallait avoir fait trois bilans carbone. Ah ben, ça tombe bien. Donc, j'ai été référencé très tôt auprès de la BPI. Et à ce moment-là, après, voilà, mon activité s'est lancée avec... Ouais,
- Speaker #0
t'as eu beaucoup de clics quand même.
- Speaker #1
J'ai eu beaucoup de chance. J'ai eu beaucoup de chance. Entre rue Piétonne et l'ouverture à toutes les assos environnementales pour faire des ateliers. Donc, j'ai été identifié comme étant quelqu'un qui faisait tourner un peu le système. Et puis après, les bilans carbone, dans lesquels je suis rentré assez tôt. J'ai eu pas mal de chance de ce côté-là.
- Speaker #0
Oui, parce qu'il s'est passé combien de temps en réalité ? Un an, un an et demi là, entre ce que tu me racontes, que tu prends ton tiers lieu, tu découvres la fresque du climat, et bam, il y a un changement de carrière quoi en fait.
- Speaker #1
Complètement, oui, complètement. C'est rapide. Donc oui, ça a été très rapide pour un lancement d'activité, surtout dans les thématiques RSE. J'ai eu de la chance. Je sais. Oui, oui, non, j'ai eu beaucoup de chance, beaucoup de chance, beaucoup de chance et beaucoup d'aide aussi, des amis et tout ça. Surtout par de Rupieton, Rupieton a été, le rachat de l'entreprise Rupieton a été financé par de la love money, comment on appelle ça ? Ah,
- Speaker #0
j'adore.
- Speaker #1
Donc des amis et de la famille qui nous ont aidés à reprendre Rupieton. et qu'on a pu rembourser après en ayant vendu Rupi et Ten. Presque tout. J'adore. Mais c'est très, voilà, donc de la chance, mais beaucoup d'aide aussi. Oui,
- Speaker #0
beaucoup d'aide. Oui, un bon entourage qu'on peut appeler réseau plus communément. C'est comme ça qu'on dit dans le business. Mais ton entourage peut être aussi ton réseau.
- Speaker #1
Ou privilège. On peut l'appeler comme tu veux.
- Speaker #0
Aussi. Très bien, mais si c'est le lieu.
- Speaker #1
Ou privilège aussi,
- Speaker #0
mais c'est carrément trop bien, quoi. Qu'est-ce qui s'est passé ensuite, avant que je rentre dans le cœur de mes questions ? Là, on est quoi ? 2021, grosso modo ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Depuis 2021, je vis de cette activité carbone.
- Speaker #0
Ok, trop bien. Et du coup, comment tu as fait le switch pour rajouter cette deuxième branche que tu nommais ? Et comment tu te retrouves à faire des ateliers sur le sexisme ordinaire ?
- Speaker #1
Euh... En fait, dans la RSE, il y a énormément d'ateliers, enfin de sujets, pardon, qui ont tous plus ou moins, quasiment tous ont leurs petits ateliers et j'en ai fait plein. J'ai dû faire une trentaine d'ateliers du type presque du climat en participant pour tester des trucs, découvrir, etc. Et le sujet du sexisme est un... Je pense que Sarah n'est pas complètement étrangère dans le fait que ça m'intéresse aussi. Elle est quand même pas mal à l'initiative de ma réorientation.
- Speaker #0
On veut savoir tout ça,
- Speaker #1
nous. Autant pour le côté écolo, on a commencé avec le zéro déchet. Sarah m'a poussé à ça, donc plus mouche que ça rigolo, donc on est parti là-dessus. Autant sur le sexy, je ne me souviens pas du déclencheur, mais je sais qu'elle n'est pas étrangère à ça. Et puis, c'est un sujet qui m'a toujours plus ou moins intéressé, de loin quoi, mais on en reparlera peut-être après. Et en fait, ça faisait un moment que je cherchais, que je ne trouvais pas un atelier qui... me satisfaisait pour pouvoir fonctionner sur ce sujet là alors il y avait un jeu qui s'appelle moi c'est madame que je vous conseille édité par Eclap qui est donc c'est Axel Gay une marseillaise qui l'a créé, qui l'édite donc il est très sympa, c'est un peu mais à utiliser en entreprise c'était pas c'était trop pas jouable, parce qu'en fait, c'est un peu un blanc manger coco. Ok, ouais,
- Speaker #0
c'est un peu long,
- Speaker #1
quoi. Du sexisme, c'est un peu violent. Disons que ça ne va pas créer le but de jeu et de s'amuser sur le sujet, mais en ayant la punchline la plus... avec le plus de répartie. Et ça n'amène pas forcément à créer de l'empathie. Donc, à jouer entre amis, c'est vraiment bien. À intégrer dans une entreprise, c'était peut-être un peu compliqué. Bon, ok, donc... Ça, j'ai laissé tomber. Après, il y a la fresque du sexisme, mais à ce moment-là, il n'y avait pas d'atelier, donc je ne l'ai pas faite. Et puis arrive Anne-Gaïd Plourde, qui vient à rue Piétonne pour animer la fresque de la diversité, et que j'ai trouvé absolument géniale. Et Anne-Gaïd est une excellente animatrice, donc j'ai beaucoup aimé ça. Et puis... Quelques temps après, on en discute, je ne sais pas, et puis elle me dit « Ah, moi j'ai créé un jeu qui s'appelle Iso XY sur le sexisme ordinaire. » Très bien, tu veux me montrer ça ? Donc on a organisé un atelier, c'était très sympa, l'atelier est vraiment très très bien conçu et permet justement de créer ce que je ne retrouvais pas avec d'autres jeux, mais vraiment aller créer de l'empathie et de la... de la prise de conscience des hommes et des femmes sur le problème du sexisme, en particulier le sexisme ordinaire, la volonté de... Comme dit Anne Gaït, de diminuer le niveau de piment, c'est-à-dire qu'on ne va pas parler, enfin on va en parler, mais on ne va pas traiter les problématiques de viol, d'agression sexuelle ou de féminicide, bien qu'on en parle, mais on essaie de travailler plutôt sur le bas de la pyramide des violences sexistes et sexuelles, qui est plutôt sexisme ordinaire, sexisme hostile, sexisme bienveillant, tout ça quoi. Et en essayant de casser cette base de pyramide, d'essayer de faire effondrer le reste de la pyramide. de rendre moins possible, moins probable, par des actes plus graves, disons, par l'établissement d'une culture d'entreprise ou d'organisation qui soit plus inclusive. Et l'exemple qu'on donne toujours, c'est si vous arrivez dans une équipe, s'il y a un nouveau qui arrive dans une équipe qui fait une blague sur la longueur de la jupe de la stagiaire, si tout le monde rigole, ça crée un climat dans lequel il est possible que cette personne-là aille faire des choses plus graves. si par contre c'est un stop immédiat en disant ah non je suis désolé mais là peut-être que dans d'autres groupes ça passe ce type de blague mais là ici c'est pas jouable on est vraiment hyper à cheval là dessus on fait attention le sexisme tout ça donc ouais ça c'est pas possible bon bah là il y a quand même beaucoup moins de chance je dis pas que c'est pas possible mais en tout cas ça limite la possibilité d'escalade et je me souviens plus du tout
- Speaker #0
C'est très bien, tu peux me voir. Je t'en prie. Quelle était ma question de comment tu t'étais formé ? Comment ça t'est venu dans ta vie le sexisme ordinaire ? Tu viens d'y répondre en grande partie quand même. Et comment tu as décidé ? De te former à ça. En quoi tu t'es dit, en fait, dans ma casquette, ok, je fais déjà du bilan carbone, je fais des fresques du climat, donc je fais déjà pas mal de prévention.
- Speaker #1
Pourquoi ce sujet-là ?
- Speaker #0
Pourquoi ce sujet-là, oui, particulièrement, parce qu'effectivement, des fresques, il y en a des tonnes, en fait.
- Speaker #1
Oui, il y en a des tonnes. Alors, donc, le côté climat est assez anxiogène, parce qu'en fait, travaille sur un sujet ou si la transition ne se fait pas, c'est la viabilité de la planète pour toutes les espèces vivantes et notamment l'humain qui est remise en question sur bonne moitié du territoire de la planète. Donc on est sur des problématiques où les impacts pourront être très très très graves. Donc déjà il y avait un peu cette volonté de peut-être essayer de sortir un petit peu de ce sujet-là. Donc du coup, pour aller vers la biodiversité, parce que c'est le même bordel, mais je voulais quand même avoir un sujet sur lequel j'avais de l'impact, un sujet qui m'intéressait, et qui était un petit peu moins anxiogène.
- Speaker #0
J'ai envie de doucement rire !
- Speaker #1
Voilà, c'est ça !
- Speaker #0
T'attaques l'ambulance sexiste et sexuelle, en quoi c'est moins anxiogène ?
- Speaker #1
Donc je sais, je sais ! D'abord parce que je suis un homme, et que... Cis,
- Speaker #0
blanc, hétéro.
- Speaker #1
Cis, blanc, hétéro, avec toute la banderole de privilèges que vous... vous voulez qu'il traîne derrière, aucun problème, j'en suis tout à fait conscient. Donc forcément, c'est un sujet qui me percute moins que si j'étais une femme. Et je dirais que les conséquences sur l'humanité, attention, je compare des choses qui ne sont pas comparables, mais ça entraîne moins de morts. si je veux aller directement il y en a énormément, il y en a beaucoup trop bien sûr évidemment mais disons que on n'est pas sur des centaines de millions voire des milliards de personnes qui ne pourront pas survivre à un dérèglement climatique on n'est pas sur ce même niveau d'échelle donc déjà c'est un peu moins anxiogène et surtout, même si je mets ce côté d'échelle à part le fait que je sois un homme tout simplement c'est beaucoup plus facile pour moi perso, c'est que ça ne vient pas percuter du vécu qui pourrait être douloureux ou difficile pour moi. Et voilà, donc j'en suis bien conscient et je suis aussi content de pouvoir traiter ce sujet-là sans être impacté, parce que ça me permet d'avoir un certain détachement qui me permet d'animer des ateliers justement. L'autre sujet, c'était pourquoi sortir un peu du climat. C'est ce que j'essaye de faire. Le sujet m'intéresse toujours autant, mais si je peux faire un peu autre chose, c'est bien aussi. Donc aller chercher autre chose, peut-être pas partir sur de l'environnemental, mais aller chercher un sujet social. Et ensuite, en travaillant sur le sujet, déjà intellectuellement, il est très nourrissant pour moi. Parce que comme je le disais avant de m'intéresser à la question... J'en étais conscient, mais pas militant et pas au fait du sujet. Il faut être honnête, l'égalité salariale, oui, je savais. Est-ce que ça allait un peu plus loin ? Oui, ça allait plus loin sur les féminicides, etc. Mais en travaillant sur le sujet, j'ai appris énormément de choses. Intellectuellement, c'est extrêmement intéressant d'apprendre des choses. J'ai toujours été rien que ça. Ça m'a beaucoup fait avancer, ça m'a beaucoup fait évoluer personnellement. Ça, j'apprécie aussi beaucoup. Et ensuite, c'est un sujet à impact. Oui, complètement. Et quand on sort d'un atelier de fresque du climat, au début, il y a 6 ans, 5 ans, quand on faisait un atelier, les gens ne nous regardaient que des yeux. Mais ah ouais ?
- Speaker #0
C'est déprimant.
- Speaker #1
C'est déprimant, mais c'est surtout la surprise des chiffres. Personne ne savait. qu'il fallait descendre en dessous de 2 tonnes de CO2 par an et par personne. Personne ne connaissait l'écart qu'il pourrait y avoir à 2 degrés. Pourquoi 2 degrés ? Qu'est-ce que ça représente ? On est déjà à plus d'un degré, etc. Tous ces chiffres-là, les gens ne savaient pas. Et donc, il y a eu un énorme travail pédagogique, mais en grande partie grâce à la fresque du climat. Je suis convaincu, ce n'est pas les médias mainstream qui ont communiqué sur ces sujets-là. Mais en grande partie grâce à la fresque, ce sujet, c'est... C'est imposé comme étant un sujet important. Bon, ben maintenant, c'est fait. Je dirais que la sensibilisation, elle est faite. Il y a toujours des gens qui sont climato-sceptiques, etc. Et on n'aura jamais terminé d'expliquer le sujet. OK. Mais quand on anime un atelier de la fresque du climat, on n'a plus ces réactions de « mais non, c'est pas possible, arrête, je ne savais pas » . Voilà, sur des points de détail, « ah tiens, je ne savais pas ce point-là » . OK, d'accord, on apprend sur des choses, mais... Mais sur le gros du sujet, je pense que la sensibilisation a bien été faite. Donc, j'avais perdu la sensation d'impact avec ce sujet. Quand on fait un atelier sur le sexisme ordinaire, les gens regardent avec des yeux ronds. Il y en a beaucoup qui découvrent le sujet, comme moi je l'ai découvert il y a quelques années, mais c'est sur des chiffres. Sur le côté systémique, en fait, chaque sujet, chaque thème, chaque minute de notre vie est sujet à une problématique sexiste. Et plus ou moins grave, plus ou moins profonde, mais toute notre société est organisée et sexiste. Et c'est très intéressant de se rendre compte de ça. Donc voilà, intérêt intellectuel, sujet qui me fait progresser moi perso, le fait que c'est un sujet qui a de l'impact. Et après, il y a un autre sujet. truc qui m'intéresse aussi beaucoup, c'est le challenge professionnel, parce que animer des ateliers d'intelligence collective, j'en anime je crois entre 15 et 20, je suis formé à l'animation de 15 ans, j'en ai fait beaucoup, j'en crée tout ça, notamment avec Utopia, c'est une autre asso, on en parlera peut-être, mais c'est très intéressant. Et ces ateliers d'intelligence collective font remonter toujours plus ou moins d'émotions. Et la gestion de ces émotions et des témoignages et des anecdotes que peuvent amener les participants dans n'importe quel atelier d'intelligence collective sont plus ou moins difficiles à faire, difficiles à gérer, demandent plus ou moins d'expérience. Ben là, avec ISO XY... Et avec ce sujet-là, on se retrouve à devoir gérer des situations dans lesquelles il y a énormément d'émotions qui sont en jeu, très très fortes. Et c'est très intéressant. Donc ce challenge-là est intéressant pour moi.
- Speaker #0
Est-ce que tu n'as pas l'impression, je parle de mon point de vue si tu es à moi. qui est aussi une meuf, si c'était ro-blanche, mais qui anime un autre atelier qui est très complémentaire, qui est la fresque de l'équité, mais moi ça me fait ça dans l'impact social et des prises de conscience. J'ai l'impression de faire un peu de la sociologie en direct en fait. Je ne sais pas si à toute petite échelle, parce que moi dans mes ateliers c'est 12 personnes maximum, mais j'ai l'impression qu'à chaque fois qu'il y a un nouveau groupe, en tout cas dans les miens je pose toujours la question de avec quoi ils arrivent donc souvent ils arrivent avec des certitudes beaucoup les hommes d'ailleurs mais certaines femmes aussi beaucoup ça dépend des âges en fait de toute façon on y est à l'équité à l'équilibré donc moi c'est un sujet qui est connexe au terme ce que nous on inclut les violences sexistes sexuelles mais on va pas aussi loin que toi dans le sexisme ordinaire mais des fois j'ai l'impression de me dire que c'est comme un peu ouais anthropo sociaux de voir mon direct comment Un système de pensée au démarrage d'un atelier se pose là, dans la parole du groupe, et comment ça ressort à la fin. Moi, ça me fait beaucoup ça. Je ne sais pas si toi, ça te fait quoi quand tu vois des... Ok, il y a beaucoup d'émotionnel, il peut y avoir des émotions très très fortes parce que c'est des sujets... grave, important et qu'il y a des personnes qui peuvent avoir des résurgences aussi de mémoire traumatique ou de choses comme ça, après tout le monde n'est pas obligé de partager sur le sujet mais ça te fait quoi toi quand tu sors d'un atelier comme ça ?
- Speaker #1
Moi, ça me nourrit énormément. Que ce soit parce que tu vois l'évolution, tu vois l'impact et tu vois des gens, des hommes qui te disent... Mon préféré, c'est... Mais en fait, je suis venu avec la certitude que j'allais être pointé du doigt comme faisant partie du problème. Et je repars en ayant compris que je faisais partie de la solution. Ah, alléluia ! Donc voilà, ou un gars qui me dit en sortie d'atelier, en fait... moi je pense que je suis un problème enfin j'ai des non c'est pas comme ça qu'il l'a formulé mais il m'a dit j'ai des comportements qui sont probablement problématiques je vais y réfléchir et je vais changer et j'ai appris que juste avant l'atelier j'étais pas dans la salle à ce moment là mais il s'est assis à côté d'une participante il l'a regardé d'un regard dégueulasse de haut en bas en lui disant hé je suis plutôt bien accompagné pour cet atelier énorme j'ai failli m'étouffer avec lui C'est vrai. et en sortant le gars me dit ah mais j'ai compris que j'avais des comportements problématiques et je vais changer mais c'est génial ça me nourrit énormément donc il y a ça, il y a des femmes qui me disent je comprends que toute ma carrière professionnelle une femme qui a 60 ans n'aurait pas dû se dérouler comme ça. Je comprends là que tout ce que j'ai subi, et qu'il y a une grande partie des choses que j'ai subies, que j'ai intériorisées comme étant venant de moi, que j'aurais dû accepter, etc. Alors qu'en fait, je n'aurais pas dû accepter ça. Et tu me dis que toute ma carrière professionnelle aurait dû être différente. C'est hyper intéressant parce que... Alors, sa carrière, elle ne va pas pouvoir évoluer grandement. Elle était en fin de carrière, mais je sais que quand elle va transmettre, dont elle va en parler. À rebond, il va y avoir de l'impact. Et que ce soit ça sur l'impact ou que ce soit des personnes qui partagent des moments tu disais des traumas, qui partagent des moments traumatiques, ça veut dire que ces personnes-là se sont senties suffisamment en confiance dans l'atelier pour pouvoir le faire et que si elles avaient besoin de déposer ça, elles, parce que... C'est elle. Je n'ai jamais eu de mémoire traumatique venant d'un homme. Les femmes qui ont pu déposer des moments un peu traumatiques comme ça, on avait besoin de le poser. J'espère en tout cas que ça leur aura fait du bien de le poser là et de pouvoir avancer avec un sac à dos un peu moins lourd. C'est hyper nourrissant d'animer ces ateliers même si c'est... extrêmement énergivore, c'est crevant de le faire, mais on ressort paradoxalement avec beaucoup d'énergie. Ça demande beaucoup de présence,
- Speaker #0
effectivement. Je dis oui.
- Speaker #1
Tu vois ce que je veux dire.
- Speaker #0
Du coup, ça m'amène une question que j'avais préparée, je ne l'avais pas tournée comme ça, mais je vais la prendre avec tes mots que tu as dit. Est-ce que toi, par exemple, le fait d'être formé à l'identifier, de sexisme ordinaire, tu as dit que dans un de tes ateliers, il y avait eu un homme qui avait eu une prise de conscience. Est-ce que toi, ça t'a fait ça ? Peut-être sur ton passé ou pas du tout ? Tu dis « Ah, en fait, moi, j'ai toujours cru que j'étais un mec bien, mais merde, peut-être que si je regardais un peu en arrière, ah, il y avait peut-être des choses... Non ! »
- Speaker #1
Ah non, moi, j'ai eu des comportements du mauvais côté de la ligne, c'est clair, plein, enfin, voilà.
- Speaker #0
C'est génial, tu vois, d'en parler, d'oser en parler, en fait, de se dire « J'ai eu cette prise de conscience. » Alors, peut-être que tu l'avais eu avant, la prise de conscience, mais...
- Speaker #1
Oui, ça s'est fait un peu au fur et à mesure, je ne sais pas trop te dire, mais est-ce que c'est pendant la formation à ISO ? Parce qu'on travaille dans le même sujet pour se former à ISO, ce n'est pas juste de l'intelligence collective, il faut connaître le sujet. Donc il y a un vrai travail pour connaître le sujet. Mais moi ce que j'adore, c'est me rendre compte encore maintenant. que j'ai des comportements qui sont super sexistes et de me voir faire et à postérier faire putain mais quel con et ça m'arrive j'en ai un qui est rigolo qui m'a beaucoup amusé je crois que les deux il y en a deux qui sont un peu sympas
- Speaker #0
Je reçois un mail, je suis abonné au Provence Rugby, donc le rugby n'est pas forcément hyper inclusif, mais bon, peu importe. Et je reçois un mail de Frédéric qui m'envoie les newsletters du club et je vois un super événement pour la journée de la femme, etc. Et je réponds.
- Speaker #1
Déjà, il y a un gros problème sur le titre. Exactement,
- Speaker #0
c'est ça. Et donc, je réponds, je dis oui, bonjour Frédéric, merci pour les infos et tout ça. Juste pour info, ce n'est pas la journée de la femme, c'est la journée internationale des droits des femmes, en français en tout cas. C'est vrai,
- Speaker #1
c'est vraiment ça le mot,
- Speaker #0
de lutte pour le droit des femmes. Et donc, je renvoie ça avec un petit smaglet, c'était plein de bonne volonté quoi. Et je reçois... Merci Lucien pour l'info, j'y ferai attention mais moi c'est Frédéric Q-U-E, Frédéric A-Q-C, c'est un homme. Retour dans le moyen, superbe. Donc je me suis platement excusé, après je l'ai rencontré et tout ça donc on en a plaisanté. Mais vraiment c'était superbe, on se rend compte que c'est ancré.
- Speaker #1
Tu t'es dit c'est le rugby donc Frédéric c'est forcément un garçon. Donc, je ne réfléchis pas, je ne regarde pas vraiment comment ça s'en pose. Exactement. C'est énorme.
- Speaker #0
Dans un bureau à rue Piétonne, il y a une dame qui vient louer un bureau pour mettre un salon de manucure et de pose d'ongles. Très bien, on visite le truc, elle est avec son mec et on visite le bureau. Et elle me demande, là, est-ce que je pourrais installer des étagères ? Je dis, oui, bien sûr, pas de problème. Et je me tourne vers son mec. Et je lui dis, tu sais, si tu as besoin d'outils, de bricolage et tout, tu n'es pas obligé d'amener, tu me demandes, j'ai plein de trucs sur place. Et là, il me regarde et me fait, ah mais non, moi, le bricolage, c'est plein de trucs, ça, c'est... C'est valide, c'est plus intégré. Super, donc voilà, magnifique. Bref, aider comme ça, on en fait tout le temps. On en fait tout le temps et moi le premier, quoi.
- Speaker #1
Mais c'est bien de le déposer et d'en rire, parce que souvent... Alors moi, c'est dans les conversations que j'ai, ça dépend tellement de notre entourage, mais souvent, c'est des sujets entre hommes et femmes qui sont un peu brûlants, en fait, toutes ces histoires d'équité, de sexisme, de féminisme même, vraiment, et tellement de gens qui ne comprennent pas, même des gens qui se disent « mais moi, je suis un mec bien et je suis pour l'égalité hommes-femmes » , mais au final, dès qu'on commence... A nommer que ça, ce qu'il possède, c'est un privilège, c'est tout de suite, je ne sais pas si c'est une défense ou l'ego qui se met en place, mais il y a comme un sujet réfractaire, en fait. Je ne sais plus ce que je voulais dire pour préciser ça. Donc, hyper intéressant. Oui, voilà, c'est le cerveau qui a pompé. Hyper intéressant de voir qu'on peut en rire et on peut dédramatiser le sujet. Et ce n'est pas parce qu'on travaille sur ces sujets. Moi, c'est ce que je dis. Tout le temps dans mes ateliers, j'ai beau être une femme, parler de féminisme et du féminisme intersectionnel, parce que c'est vraiment là où moi je me nourris le plus, j'ai des biais racistes, j'ai des biais grossophobes, j'ai des biais sexistes, j'ai des biais patriarcaux, parce qu'on est nés dans cette culture-là et que j'espère ne jamais rencontrer quelqu'un qui me tiendrait le discours de « je suis totalement déconstruit, déconstruit » . Et je n'ai plus rien à faire parce que je me dirais warning, attention, j'ai les gourous en vue. Je sais que mon système intérieur, il serait en alerte parce qu'en fait, on se déconstruit tout le temps. Exactement. Il y a des gens qui n'aiment pas le mot se déconstruire, mais voilà, c'est pour faire ce petit lien-là. Je redis les questions quand même. Peut-être dans ton cabinet avant, c'était quoi ? cabinet de conseil, t'étais à ton compte ou t'étais salarié ?
- Speaker #0
Toujours à mon compte. Ah,
- Speaker #1
t'as toujours été à ton compte. Non, non,
- Speaker #0
pardon. En fait, j'ai fait... Quand j'étais ingé, j'étais... Salarié. Employé, quoi, salarié. Ensuite, j'ai fait un MBA pour changer d'air, quoi. Enfin, j'avais envie de changer. Et à partir de là, je suis à mon compte depuis 2015.
- Speaker #1
Ouais, donc... Alors, je vais te ramener peut-être dans des loins de tes souvenirs, mais peut-être dans tes interventions d'entreprise, tu as pu peut-être vivre ça. Est-ce qu'il y avait une situation, tu vois, au travail ou en tant qu'intervenant, que peut-être un jour tu t'es dit, mais seulement après coup, là, je n'avais pas vu que ça pouvait être plus compliqué, par exemple, pour une femme ? Dans l'univers du travail, ça peut être sur tout. Tu as parlé de salaire, ça peut être la carrière, ça peut être l'intégration, ça peut être tout ce que tu veux.
- Speaker #0
Des moments où à postériori je me serais...
- Speaker #1
Je peux clarifier si tu as besoin.
- Speaker #0
En fait, j'ai des exemples où je me suis rendu compte que la situation était sexiste sur le coup, qui me viennent, même d'avant, quand j'étais salarié. Après, c'est des questions que je ne me posais pas du tout. Et là, c'est des questions que je me pose même à double titre. travaillant sur le sujet, c'est hyper intéressant de voir les questions que ça pose du fait que je travaille sur le sujet alors que je suis un homme. Ah, ça,
- Speaker #1
c'est vachement intéressant. Tiens,
- Speaker #0
vas-y. Ouais, je vous bouge pas. Ouais,
- Speaker #1
ouais, ouais, on peut partir sur ça,
- Speaker #0
c'est très bien. Non, non, mais... C'est parce que tu disais, la difficulté pour une femme de certaines choses, et effectivement, c'est à la fois... Ça amène des avantages et ça amène énormément d'inconvénients aussi d'être homme ou femme et de travailler sur ces sujets-là. Donc déjà, sur ISO, on essaie d'intervenir en binôme mixte. Comme ça, au moins, on a les points de vue des deux côtés. On peut répondre plus facilement de l'un d'un point de vue ou de l'autre point de vue. Et puis, on a la crédibilité recherchée par les uns, par les unes, chez l'un ou chez l'autre. Enfin, peu importe, tous les croisements sont possibles. Mais au moins, on a ces choses-là. Mais moi, je me rends compte, en tant qu'homme, à travailler sur le sujet. que à la fois ça me facilite le travail parce que quand j'ai une femme en face de moi elle se dit j'ai l'impression que alléluia donc j'arrive avec d'abord la crédibilité le fait que je sois un homme m'amène la crédibilité naturelle qui va avec ma paire de... je pouvais les déposer c'est le titre d'un autre podcast c'est pas moi qui en jure au prix sur la table et donc donc voilà donc ça ça amène cette question de facilité et puis autant en profiter et puis ça toujours je suppose vachement de moi je sais que dans ma posture quand je prospectais les entreprises
- Speaker #1
Ils sont toujours, ah ouais mais c'est une femme, est-ce que c'est du militantisme ? Exactement. Ils ont vraiment, et je suis obligée de redire que non, je suis apolitique et non militante quand je suis avec ma veste de la fresque de l'équité. Ce que je fais après en dehors et le reste de ma boîte ou de ma vie perso, ça me regarde. Mais je suis très d'accord avec toi que ça doit être facilité. Nous on a des hommes aussi et on ne fait pas le même business.
- Speaker #0
Non, non, non.
- Speaker #1
Vous êtes avantagé sur ça quand même.
- Speaker #0
Ah c'est évident. Là, je suis en train de monter un festival sur le sexisme, sur les problématiques sexistes, et c'est clair que je le vois. C'est-à-dire que les portes s'ouvrent facilement, j'ai aucune difficulté à monter le truc, alors que je suis tout à fait conscient que si j'avais été une femme, ça aurait été beaucoup plus compliqué. Mais autant en profiter. J'en suis conscient, j'en profite, allons-y. Et en même temps, je n'ai aucune crédibilité pour parler du sujet. Vis-à-vis de certaines nœuds, souvent. Quand j'interagis avec des femmes qui militent pour ces causes-là depuis des années, des dizaines d'années, moi j'arrive là, ça fait un an et demi, deux ans que je suis formée à ISO XY, et donc elles peuvent avoir l'impression de mansplaining, etc. Et bien sûr que je le fais de temps en temps. Mais bon, j'essaie d'en être le plus conscient possible, de faire attention à ça, etc. Mais c'est très intéressant de voir les différences de posture qu'il faut avoir dans certaines situations. Donc ça m'amène plein de questions que je ne m'étais jamais posées avant.
- Speaker #1
Comme quoi, par exemple ?
- Speaker #0
Sur le festival, par exemple, essayer d'aller chercher des femmes. très principalement des femmes. Il y aura aussi des hommes sur certains sujets, mais très principalement des femmes pour essayer et de les rémunérer le plus possible, clairement.
- Speaker #1
Ça, on adore. Oui.
- Speaker #0
C'est vrai. Pour essayer de rétablir la petite échelle autant que possible. Pas grand-chose, mais les écarts de rémunération entre femmes et hommes. Donc, d'essayer d'avoir une rémunération sur le festival qui soit la plus transparente et la plus équitable possible. C'est une vraie question.
- Speaker #1
Ce n'est pas évident,
- Speaker #0
j'imagine. Non, ce n'est pas forcément évident. Mais voilà, et se poser la question, est-ce qu'on fait intervenir des hommes sur scène ? Est-ce qu'on ne fait pas intervenir ? lesquels, quel type de société après il y a des choses qui font aussi écho avec ce que je faisais sur l'environnement mais si on fait des partenariats avec des entreprises est-ce qu'on n'est pas sur du pinkwashing est-ce qu'on n'est pas sur des choses comme ça bon
- Speaker #1
voilà c'est c'est vrai que ça c'est des questions éthiques que je me pose aussi mais ça sera en dehors. J'avais cette question qui me brûlait les lèvres parce que t'es quand même dans beaucoup de milieux engagés que ce soit écolo ou pas Est-ce que toi tu vois des formes de sexisme peut-être plus subtiles ? La question c'est comment ça se passe au milieu des gens qui sont plus ou moins déconstruits sur certains sujets ? Est-ce qu'il y a des résidus ? C'est ce qu'on est un peu en train de se dire quand même, qu'humainement on ne peut pas tout enlever. Comment ça se passe et est-ce que c'est difficile à nommer ? pour ces personnes-là, peut-être. Parce qu'elles vont peut-être se dire, je vais loin dans ma question, mais admettons, oui, c'est bon, Lucien m'a fait cette blague, mais je sais que c'est un homme déconstruit, donc ça passe. Tu vois la limite de la question, la finesse.
- Speaker #0
tu veux dire que dans les milieux qui ont avancé sur l'écologie l'écologie et ou le sexisme dans les milieux plus ou moins engagés que certainement tu fréquentes soit de par tes métiers,
- Speaker #1
soit de par tes activités perso,
- Speaker #0
est-ce qu'il en reste ?
- Speaker #1
il en reste oui et est-ce que c'est nommé entre les participants et les participantes ou est-ce que comme on est dans des milieux engagés, on a un petit peu du mal à se dire un peu nos vérités et à les dénoncer
- Speaker #0
Non, non, non, on y va. va. Je pense à l'assaut, à Udétopia où on est huit et on milite et on travaille tous sur des problématiques principalement environnementales mais aussi RSE et un peu sociales.
- Speaker #1
C'est quoi la question de parité ? Vous êtes huit mais combien d'hommes communes on ne peut pas avoir ?
- Speaker #0
On n'est pas en parité.
- Speaker #1
C'est pour ça que je pose la question.
- Speaker #0
Non, non, il y a plus d'hommes que de femmes dans l'assaut. Même quand on était neuf. Enfin bref, ouais. Donc non, non, il y a plus d'hommes que de femmes dans l'assaut. Et les seuls qui travaillent activement sur la problématique sexiste sont deux hommes. Peut-être bientôt trois d'ailleurs. Mais ouais, ouais. Non. et oui ça nous arrive de faire des blagues sexistes et on se dit tout de suite qu'on aurait pas dû mais voilà on rigole quand même ça nous arrive encore bien sûr c'est un travail au long cours. Donc oui, on en fait toujours. Et ce qui est intéressant aussi, c'est de se rendre compte que ce n'est pas parce qu'on est dans des milieux écolo qu'il n'y a pas de sexisme. mais non pas du tout on pourrait croire parce qu'on se dit bon bah c'est je sais pas si c'est quand même moins ou pareil ou machin mais en fait on voit des trucs on voit quand même des comportements très sexistes dans des Engagé, oui, clairement. Que ce soit sur des blagues ou des remarques.
- Speaker #1
C'est quoi comme style de blague, par exemple ?
- Speaker #0
Là, je n'ai pas d'exemple en tête. Je réfléchissais, mais je n'ai rien qui me vient de...
- Speaker #1
Une blague de base, genre oui, mais c'est parce que c'est une femme.
- Speaker #0
ou tu as tes règles ou c'est un peu plus subtil et du coup tu dis ah c'était quand même sexy t'es blonde ou machin voilà mais même on s'adresse à un homme ah t'es blonde tu nous as fait un coup de blonde ou des trucs comme ça mais on le fait enfin en tout cas avec Udetopia on le fait en conscience et donc on dit oh désolé machin mais on sait aussi que malgré tout ça participe au sexisme donc c'est ça qui est très invivant on en rigole mais de suite on dit mais
- Speaker #1
merde on continue à participer aussi bien sûr bon voilà l'une est parfaite c'est comme ça j'ai une dernière question pour toi Qu'est-ce que tu comptes ? comprends toi aujourd'hui de la façon dont les femmes s'adaptent à l'univers du travail en général et que tu voyais peut-être pas absolument pas avant ah bah c'est elles sont obligées elles
- Speaker #0
sont obligées de s'adapter à cet environnement pour survivre donc au figuré au propre comme au figuré survivre Euh... Donc elles sont obligées d'endosser un costume d'homme pour pouvoir avancer, pour pouvoir progresser. Enfin d'homme, on est d'accord. Oui,
- Speaker #1
on s'est compris.
- Speaker #0
Voilà, d'accord. Tous les attributs qui sont normalement attribués au mal, quoi.
- Speaker #1
Dans le caractère, dans la posture, on ne parle pas forcément d'habillement. Je précise.
- Speaker #0
Merci. Et puis c'est d'autant plus difficile qu'on leur remet souvent sur le dos la charge de changer. On leur dit le plafond de verre c'est parce que vous n'osez pas assez. J'ai enfin entendu vendredi.
- Speaker #1
Voilà,
- Speaker #0
donc c'est pas possible. C'est la double peine. triples parce qu'elles ont moins les moyens de s'adapter bref c'est une charge très lourde et qui ne devrait pas porter sur leurs épaules après
- Speaker #1
elle devrait être répartie de partout justement qu'est-ce que tu dirais et c'est vraiment la dernière qu'est-ce que tu dirais à un homme qui aurait peut-être envie Comme on dit communément, de devenir un allié, mais qui ne serait pas par où commencer en fait. Que ce soit parce qu'il travaille dans une entreprise, ou rien que dans son univers personnel, parce qu'il a une femme, une fille, des nièces, une soeur, peu importe l'âge, une petite copine, ou voilà.
- Speaker #0
Alors moi, je vais te répondre sur moi, ce qui m'a poussé, ce qui a marché sur moi. Ce n'est pas forcément les inégalités salariales que tout le monde connaît, le plafond de verre, le machin. Ce sont des choses qu'on entend tout le temps et qui ne relèvent pas d'alarme dans le cerveau parce qu'elles sont trop récurrentes. C'est mon analyse. Moi, ce qui m'a percuté, c'est plutôt des petites choses du quotidien. C'est, par exemple, une étude... On voit deux images de nuit avec un paysage de nuit, un chemin de nuit qui n'est pas très bien éclairé. Et l'étude porte sur où regardent les hommes et les femmes sur cette image. Il y a un certain nombre de points rouges pour montrer où les hommes ont regardé et où est-ce que les femmes ont regardé. Et en fait, les hommes regardent droit devant. Les femmes regardaient tout en périphérie. Et en fait, c'est très intéressant de se rendre compte de ça. C'est-à-dire que, pourquoi est-ce qu'elles regardent en périphérie ? C'est parce qu'elles ont peur de se déplacer la nuit. Alors, ils disent, non, rien, la carisse, ça ne leur fait même pas. Le fait qu'une femme de nuit, souvent aussi, pareil, qui arrive seule face à une porte, elle aura déjà préparé la clé dans sa main.
- Speaker #1
Oui, là où un homme, il va aller chercher, il prend le temps de chercher ses clés.
- Speaker #0
on peut prendre, moi je peux sortir mon sac poser mon sac, fouiller dedans etc une femme n'en fera pas ça, elle aura préparé la clé avant le il y en a plein mais un homme déguisé, un homme qui s'est déguisé en femme, qui se balade dans la rue pendant 4 heures et qui est suivi en caméra cachée, avec plusieurs caméras cachées, micro etc c'est fabuleux parce que les deux premières fois où où il y a des mecs qui la sifflent, enfin, qui le sifflent, et qui disent « Ah, t'es bonne, machin, etc. »
- Speaker #1
Ça le fait marrer.
- Speaker #0
Ça le fait marrer, limite ça le flatte, etc. Et en fait, au bout de dix minutes, il en a marre. Mais vous, c'est toute votre vie. Exactement.
- Speaker #1
En fait, ça dépend de ton âge, tu vois.
- Speaker #0
Non, bien sûr. C'est une autre problématique encore.
- Speaker #1
En tout cas,
- Speaker #0
on n'est pas sur les mêmes périodes de temps, et puis on ne peut pas le poser. On ne peut pas enlever sa perruque et dire « Non, en fait, je suis un mec. » Euh... Bon voilà, il y a plein de... Et c'est plutôt à se rendre compte comment est-ce que c'est vécu dans le quotidien, tout le temps, tout le temps, tout le temps. C'est surtout ça qui m'a fait prendre conscience de la problématique et qui m'a incité à creuser le sujet, chercher les racines, etc.
- Speaker #1
Le fait que tu aies deux enfants, ça a contribué ou pas ? Parce que du coup, c'est deux garçons.
- Speaker #0
Ouais. Euh... Non. C'est pas toi, mais oui. Non, non, ça aurait été des filles, je dis pas. Mais c'est vrai qu'il y a des... Je connais des papas qui travaillent sur le sujet en se disant je le fais pour éviter que mes garçons soient du mauvais côté, soient des gros. Voilà, soient problématiques. C'est pas une motivation. Enfin, ça a pas été une motivation. Après... euh... Il baigne dans le sujet. Mais franchement, il y a des exemples que vous trouvez des mots Ah oui, oui, mais c'est... Donc même le... Enfin, Lino, 8 ans, il me dit mais papa, ça c'est sexiste, on est d'accord ? il les repère à des endroits où moi bon là maintenant je veux dire voilà à son âge mais clairement pas clairement pas là on regardait Voyage au centre de la terre film de 1954 ou 59 j'ai un doute avec 20 mille lieux sous les mers qu'on a regardé juste avant on regardait ça mais c'est atroce la façon dont il traite les femmes dans le film c'est atroce et Et... Et lui, il était choqué aussi. Il dit, mais qu'est-ce qu'il lui a dit, là ? Il lui a dit, par femme, en lui montrant la porte ? Mais comment c'est possible ?
- Speaker #1
C'est là où tu vois la socialisation, elle passe aussi par les médias, par toute la culture. Là, c'est... Oui, il n'est pas que les parents. Complètement. Carrément.
- Speaker #0
Complètement. Bon, alors, c'est sûr que le film se passe en 1800... Enfin, fin 19e, mais... Mais... Il y a du chemin qui a été fait, heureusement. Heureusement, mais bon, on est encore très très très loin d'arriver au bout. Mais bon, voilà, bref. Donc tout ça pour dire que ouais, non, non, il baigne dedans, même si ça n'a pas fait partie de mes motivations.
- Speaker #1
De son déclencheur.
- Speaker #0
De mon déclencheur, en tout cas. Mais ça l'est chez d'autres papas, ouais.
- Speaker #1
C'est pour ça que je voulais faire cette jonction-là, pour me dire, tiens, j'avais pas posé la question, est-ce que ça avait pu l'être ? Donc, le mot de la fin. Tu dirais quoi, peut-être, à... Un homme qui serait comme toi, mais il y a quelques années, qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #0
Renseigne-toi !
- Speaker #1
J'adore,
- Speaker #0
j'aimerais pas qu'il y ait la question ! Non, non, mais renseigne-toi ! Juste ouvre des bouquins, ouvre des podcasts, regarde les chiffres, regarde les rapports officiels du Haut Conseil pour l'égalité. C'est clair. Enfin, voilà, renseigne-toi ! Et c'est exactement le même conseil que je ferais à quelqu'un qui découvre les problématiques climat, biodiversité, etc. C'est renseigne-toi ! Et tu vas voir que t'as pas les bons médias, en fait ! Si tu ne sais pas, c'est que tu n'as pas les bons médias. Et voilà. Renseigne-nous.
- Speaker #1
Trop bien. Merci pour ton temps.
- Speaker #0
Avec grand plaisir. C'était un vrai plaisir. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci à toi. Merci pour ton écoute. Tu sais déjà comment refaire. Abonne-toi. Mets 5 étoiles et partage cet épisode. C'est ça qui fait grandir le podcast. Moi, je reste là. Je continue à parler fort pour celles qui n'osent pas. pas encore. Je te dis à très vite et d'ici là, respire et surtout, secoue les règles du jeu.