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Episode 12 - Born To Kill de Robert Wise - Quand la Femme Fatale est un homme cover
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Emotion Side Story

Episode 12 - Born To Kill de Robert Wise - Quand la Femme Fatale est un homme

Episode 12 - Born To Kill de Robert Wise - Quand la Femme Fatale est un homme

12min |07/05/2024|

26

Play
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12min |07/05/2024|

26

Play

Description

đŸ”„ Born To Kill : le film noir oĂč l’homme incarne la femme fatale

 

👀 Un Apollon un peu dĂ©rangĂ©
Born To Kill est classĂ© numĂ©ro 10 dans mon top 10 des films noirs de l’ñge d’or hollywoodien. Ce film implacable de 1947 renverse les codes du genre en faisant de l'homme la femme fatale. On suit l'histoire de Sam Wilde, un homme sĂ©duisant, qui fait tourner bien des tĂȘtes fĂ©minines. Seul problĂšme : c’est un psychopathe. Et Helen Brent, une femme de la haute sociĂ©tĂ© rĂ©cemment divorcĂ©e, se sent irrĂ©sistiblement attirĂ©e par cet homme violent.

💀 Noir, tout simplement noir

Born To Kill est un film incroyable de cynisme et de noirceur, qui se caractĂ©rise par son absence totale de morale. Les hĂ©ros sont des marionnettes tirĂ©es par les fils de leurs pulsions inavouables. Des hĂ©ros avides de pouvoir, de sexe et oĂč la violence joue le rĂŽle d’aphrodisiaque.

✹Une Ă©quipe de grands artistes
Born To Kill est un film remarquable d’abord grĂące au talent du rĂ©alisateur Robert Wise, qui sait crĂ©er une atmosphĂšre au service du nihilisme de l'histoire. Il y a aussi la performance d’acteurs d'exception : Claire Trevor, qui joue une femme froide et autoritaire succombant peu Ă  peu aux feux de (l'auto)-destruction, et des seconds rĂŽles mĂ©morables : le dĂ©tective cupide et philosophe incarnĂ© par Walter Slezak, ou Elisha Cook Jr. qui interprĂšte un sympathique criminel, meilleur ami de Sam.

Born To Kill est un film que l'on peut regarder encore et encore sans se lasser, un signe distinctif des grands films. Faites le test, vous verrez.

 

CREDITS:

Extraits films:

Born To Kill, Robert Wise, 1947


Extrait Interview :
Jim Whaley - Atlanta PBS show Cinema Showcase -1973


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Il existe un film oĂč la femme fatale est incarnĂ©e par un homme. Un film oĂč les hĂ©ros sont des mĂ©chants, accros au sexe et Ă  l'argent. Un film oĂč les gentils sont des endives sans charme et sans intĂ©rĂȘt. Ce film est un classique du genre noir et il s'appelle Born to Kill. Et on en parle pour l'Ă©pisode 12 d'Emotion Side Story. Aujourd'hui, on va explorer un de mes films noirs prĂ©fĂ©rĂ©s, Born to Kill, NĂ© pour tuer. Sous-titrage ST'50 Ce film implacable, brutal, irrĂ©sistible est classĂ© numĂ©ro 10 dans mon top 10 des films noirs de l'Ăąge d'or hollywoodien. Born to Kill est une oeuvre trĂšs originale qui retourne les codes du film noir en faisant de l'homme la femme fatale. Et oui, toutes les femmes du film sont irrĂ©sistiblement attirĂ©es par l'aura magnĂ©tique de Sam Wilde, un beau gosse, psychopathe et lĂ©gĂšrement meurtrier sur les bords. Pour ces femmes, malheureusement, comme on peut s'en douter, ça va mal finir. Sous-titrage SociĂ©tĂ© Radio-Canada De quoi ça parle ? HĂ©lĂšne Brent, Claire Trevor, rencontre Sam White, Laurence Tierney, un tueur obsĂ©dĂ© par la volontĂ© de dominer les autres. HĂ©lĂšne est attirĂ©e par Sam. Faut dire qu'il est pas mal. Grand, musclĂ©, avec une expression obtue qui n'est pas sans charme. Mais malgrĂ© cette attirance, HĂ©lĂšne reste avec son riche fiancĂ©, tandis que Sam, qui ne perd pas de temps, Ă©pouse sa sƓur de lait. Georgia, hĂ©ritiĂšre d'une immense fortune. Mais lorsqu'un dĂ©tective privĂ©, jouĂ© par l'excellent Walter Slezak, informe HĂ©lĂšne de la possible culpabilitĂ© de Sam dans un double meurtre, elle tente d'acheter le silence du dĂ©tective. Pendant ce temps, Sam continue de sombrer dans sa folie meurtriĂšre. Un film brut de dĂ©coffrage. Born to Kill est un film noir comme on les aime, avec tous les ingrĂ©dients de rigueur. Cynisme, pulsions inavouables, plans clairs obscurs, femmes, enfin, hommes fatales. Sauf que ces ingrĂ©dients sont dosĂ©s au maximum, tout est plus intense. Dans ce film sans morale, il n'y a aucune introspection, aucun tourment, aucune culpabilitĂ©. Born to Kill est le rĂ©sultat d'une alchimie particuliĂšre. D'abord, le talent d'un rĂ©alisateur, Robert Wise. Robert Wise a su installer une atmosphĂšre et un rythme incomparables en adĂ©quation totale avec le ton nihiliste du film. Ensuite, il y a l'histoire. Une histoire tirĂ©e de l'unique roman de James Gunn, un roman noir titrĂ© Deadlier Than The Men. dont la traduction littĂ©rale est plus mortelle que l'homme. Car en effet, on peut affirmer qu'HĂ©lĂšne Brent est peut-ĂȘtre encore plus cruelle que Sam Wyde, dans le sens oĂč elle est pleinement consciente de ses actes. Sam, quant Ă  lui, peut ĂȘtre perçue comme une personne souffrant de troubles mentaux. La rĂ©ussite du film tient aussi Ă  l'interprĂ©tation de ses magnifiques acteurs. Pas seulement les personnages principaux, enfin, surtout l'incroyable Claire Trevor, mais aussi... Des seconds rĂŽles, comme Elisha Cook Jr. qui joue le meilleur ami de Sam. Elisha Cook Jr. s'est jouĂ© comme Person, le voyou sympathique. Et une fois encore dans le film, il nous montre l'Ă©tendue de son talent. Il y a aussi Esther Howard qui veut venger sa copine assassinĂ©e et qui est magnifique de goye et de sensibilitĂ©. Et enfin, Walter Slezak, le dĂ©tective qui rĂ©cite du Shakespeare Ă  longueur de journĂ©e et qui est toujours prĂȘt Ă  entendre une proposition intĂ©ressante. Il est calculateur, fourbe et pourtant... C'est un fin observateur de la nature humaine. Une vamp au masculin. Je l'ai dĂ©jĂ  dit, c'est Sam White, la femme fatale du film. Ellen Brent est transie d'amour et de dĂ©sir pour lui, ce qui va la pousser Ă  faire des choses horribles. Tandis que sa sƓur par alliance, la douce et fadasse Georgia Staples, va l'Ă©pouser. Le caractĂšre irrĂ©sistible de Sam White est trĂšs bien montrĂ© dans le film. Son cĂŽtĂ© sauvage, indomptĂ©, et peut-ĂȘtre mĂȘme sa violence, sont des aphrodisiaques pour toutes ces femmes. Cette volontĂ© de montrer une certaine idĂ©e de la perversion, du sadisme, est trĂšs prĂ©sente dans le film. C'est l'une de ses singularitĂ©s. Mais au fait, c'est quoi une femme fatale ? Si vous avez Ă©coutĂ© l'Ă©pisode 3 d'Emotion Side Story consacrĂ© au film Laura d'Otto Preminger, je fais un petit focus sur cet acte et type incontournable du film noir. Dans les films noirs, la femme fatale est une figure de transgression, des codes moraux et sociaux. Mais c'est aussi une reprĂ©sentation moderne qui donne Ă  voir une image de femme libre, indĂ©pendante et dĂ©terminĂ©e dans ses dĂ©sirs. Dans Born to Kill, c'est Sam White qui joue ce rĂŽle. Il est le moteur de l'action. et le rĂ©vĂ©lateur des nĂ©vroses et fantasmes des personnages fĂ©minins. Et telle une femme fatale, Sam White utilise son pouvoir sexuel pour manipuler les deux sƓurs, HĂ©lĂšne et Georgia. Quelle Ă©motion m'inspire ce film. Dans Born to Kill, l'Ă©motion qui prĂ©domine, c'est l'aviditĂ©. Le Robert dĂ©finit l'aviditĂ© comme, je cite, le dĂ©sir ardent, immodĂ©rĂ© de quelque chose, vivacitĂ© avec laquelle on le satisfait Fin de citation. Dans Born to Kill, on a affaire Ă  un rĂ©cit brutal, sur un homme et une femme qui veulent tout, principalement l'argent et la luxure, et tout de suite. Et pour cela, ils ne vont pas hĂ©siter Ă  jouer du revolver ou du couteau. Sam et HĂ©lĂšne sont des pantins, Ă  la merci de leur pulsion.

  • Speaker #1

    Et qui suis-je ?

  • Speaker #0

    Toi.

  • Speaker #1

    Ta force. Ta fierté.

  • Speaker #0

    Le hĂ©ros masculin, Sam, veut l'argent, la femme, le statut social. Pour lui, la violence peut ĂȘtre un moyen d'y parvenir, mais pas uniquement. Quand il veut sĂ©duire l'hĂ©ritiĂšre Georgia Staples, il sait se montrer charmant tout en ne cachant pas ses dĂ©sirs. Ce sont prĂ©cisĂ©ment cette sincĂ©ritĂ© et ce cĂŽtĂ© direct qui le rendent sĂ©duisant. L'habilitĂ©, on la voit aussi, et peut-ĂȘtre surtout, chez HĂ©lĂšne Brent, magnifiquement interprĂ©tĂ©e par Claire Trevor. Depuis toujours, HĂ©lĂšne recherche une vie confortable, Ă  l'abri de tout souci d'argent. D'ailleurs, on ressent trĂšs nettement la jalousie d'HĂ©lĂšne envers sa sƓur, Paralliance, qui dĂ©tient les cordons de la bourse. Mais quand ça montre en scĂšne, ses prioritĂ©s Ă©voluent. Elle aussi convoite cet homme dont elle n'arrive plus Ă  se passer. L'aviditĂ© est clairement ici reprĂ©sentĂ©e comme une forme de perversion. HĂ©lĂšne Brent parle clairement de l'excitation sexuelle qui peut naĂźtre du meurtre et de la violence. On voit dans le film que plus l'aviditĂ© s'empare de nos deux hĂ©ros, plus elle grossit, plus elle devient incontrĂŽlable, et c'est elle qui les aspire tous les deux vers leur propre destruction. Claire TrĂ©vor, la queen du film noir. Faisons un petit dĂ©tour pour parler un peu plus de Claire TrĂ©vor, une actrice malheureusement un peu oubliĂ©e aujourd'hui. Claire TrĂ©vor sait tout jouer. L'ingĂ©nuitĂ©, la vulnĂ©rabilitĂ©, la force, la manipulation froide. On peut la voir en prostituĂ©e blonde et naĂŻve, ou en femme du monde brune et dĂ©daigneuse. Elle excelle aussi bien dans les westerns comme La chevauchĂ©e fantastique, Stagecoach de John Ford en 1939 que dans les films noirs, et pas des moindres comme Murder, My Sweet d'Edward Mitrick ou Killargo de John Huston. Claire Trevor est une icĂŽne du film noir et pour moi, elle est une des plus belles C'est dans Born to Kill qu'elle trouve son meilleur rĂŽle. Elle incarne Ă  la perfection la bad girl, snob et audacieuse, qui oscille entre froideur et passion en un clin d'Ɠil, n'hĂ©sitant pas Ă  dĂ©voiler une intensitĂ© perverse. Un artisan devenu artiste. Robert Wise est la figure du rĂ©alisateur autodidacte qui a gravi un par un les Ă©chelons trĂšs normĂ©s de l'industrie hollywoodienne de l'Ă©poque. Je parle des annĂ©es 30. Robert Wise a d'abord Ă©tĂ© coursier, puis il est devenu un immense monteur. Il a montĂ© les films des plus grands rĂ©alisateurs de la RKO, des plus grands rĂ©alisateurs tout court, comme Orson Welles ou Grigori Lakava. C'est Val Newton, l'immense producteur de la RKO, toujours, qui va lui faire rĂ©aliser son premier film, La malĂ©diction des hommes-chats, The Curse of Cat People. Robert Wise a travaillĂ© avec les plus grands, et ça se voit. Mais cela ne l'empĂȘche pas de dĂ©velopper sa propre signature artistique. Voici un extrait d'une interview de Robert Wise datant de 1973, oĂč il est question de l'importance de l'atmosphĂšre dans un film. Dans cet extrait, Robert Wise souligne que l'atmosphĂšre est terriblement importante dans tout film, quel qu'il soit, mĂȘme si ça ne fait pas tout. Pour lui, le premier plan de ce que vous racontez aux gens est primordial, mais si vous l'entourez d'un arriĂšre-plan appropriĂ© et en lien avec l'histoire que vous racontez, cela ne fait que renforcer l'attraction et l'engagement que le public peut avoir avec le film. La grandeur de Robert Wise se manifeste dans le fait qui d'excellents dans tous les genres. Si vous ne connaissez pas sa filmographie, je vous conseille de jeter un coup d'Ɠil et vous aurez le vertige. Vous y verrez des chefs-d'Ɠuvre de science-fiction, comme par exemple Le jour oĂč la Terre s'arrĂȘta, The Day the Earth Stood Still, immense film de 1951, des classiques du film noir comme Nous avons gagnĂ© ce soir, The Set-Up, 1949, ou Le coup de l'escalier, Odds Against Tomorrow. 1959. Il y a aussi The Hunting, La maison du diable, 1963, un classique du film d'horreur, et je ne vous parle mĂȘme pas des comĂ©dies musicales. Ces quelques exemples nous donnent un aperçu de l'immense talent et de l'Ă©lasticitĂ© de Robert Wise. Une inĂ©puisable source de plaisir. J'ai mentionnĂ© les grands interprĂštes de ce film, mais vous aurez remarquĂ© que je n'ai pas beaucoup parlĂ© de Laurence Tierney. C'est normal, car dans Born to Kill, il ne joue pas vraiment. Il est presque lui-mĂȘme. L'Ă©crivain Eddie Muller, spĂ©cialiste du film noir, raconte qu'il a demandĂ© Ă  Laurence Tierney, lors d'une projection de Born to Kill, s'il avait des conseils Ă  partager pour naviguer dans une vie aussi tumultueuse que la sienne. Laurence Tierney l'a regardĂ©e trois dans les yeux et lui a dit... Ouais, ne vous battez jamais avec un gars qui sait manier un couteau. Fin de citation. Personnellement, je ne connais pas beaucoup de films dont on ne se lasse jamais. Born to Kill fait partie de ces films rares et remarquables que l'on peut regarder des dizaines de fois avec le mĂȘme plaisir. Je l'ai vu peut-ĂȘtre 20 fois et c'est toujours un rĂ©gal. Si vous ne me croyez pas, faites le test et vous verrez. Merci de m'avoir Ă©coutĂ©e. Si vous avez aimĂ©, n'hĂ©sitez pas Ă  vous abonner et Ă  partager autour de vous. Si vous avez des idĂ©es de films que vous aimeriez que l'on aborde, dites-le-moi en commentaire. En attendant, on se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel Ă©pisode de Emotion Side Story. D'ici lĂ , n'oubliez pas de plonger dans le bain des Ă©motions et du cinĂ©ma.

Description

đŸ”„ Born To Kill : le film noir oĂč l’homme incarne la femme fatale

 

👀 Un Apollon un peu dĂ©rangĂ©
Born To Kill est classĂ© numĂ©ro 10 dans mon top 10 des films noirs de l’ñge d’or hollywoodien. Ce film implacable de 1947 renverse les codes du genre en faisant de l'homme la femme fatale. On suit l'histoire de Sam Wilde, un homme sĂ©duisant, qui fait tourner bien des tĂȘtes fĂ©minines. Seul problĂšme : c’est un psychopathe. Et Helen Brent, une femme de la haute sociĂ©tĂ© rĂ©cemment divorcĂ©e, se sent irrĂ©sistiblement attirĂ©e par cet homme violent.

💀 Noir, tout simplement noir

Born To Kill est un film incroyable de cynisme et de noirceur, qui se caractĂ©rise par son absence totale de morale. Les hĂ©ros sont des marionnettes tirĂ©es par les fils de leurs pulsions inavouables. Des hĂ©ros avides de pouvoir, de sexe et oĂč la violence joue le rĂŽle d’aphrodisiaque.

✹Une Ă©quipe de grands artistes
Born To Kill est un film remarquable d’abord grĂące au talent du rĂ©alisateur Robert Wise, qui sait crĂ©er une atmosphĂšre au service du nihilisme de l'histoire. Il y a aussi la performance d’acteurs d'exception : Claire Trevor, qui joue une femme froide et autoritaire succombant peu Ă  peu aux feux de (l'auto)-destruction, et des seconds rĂŽles mĂ©morables : le dĂ©tective cupide et philosophe incarnĂ© par Walter Slezak, ou Elisha Cook Jr. qui interprĂšte un sympathique criminel, meilleur ami de Sam.

Born To Kill est un film que l'on peut regarder encore et encore sans se lasser, un signe distinctif des grands films. Faites le test, vous verrez.

 

CREDITS:

Extraits films:

Born To Kill, Robert Wise, 1947


Extrait Interview :
Jim Whaley - Atlanta PBS show Cinema Showcase -1973


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Il existe un film oĂč la femme fatale est incarnĂ©e par un homme. Un film oĂč les hĂ©ros sont des mĂ©chants, accros au sexe et Ă  l'argent. Un film oĂč les gentils sont des endives sans charme et sans intĂ©rĂȘt. Ce film est un classique du genre noir et il s'appelle Born to Kill. Et on en parle pour l'Ă©pisode 12 d'Emotion Side Story. Aujourd'hui, on va explorer un de mes films noirs prĂ©fĂ©rĂ©s, Born to Kill, NĂ© pour tuer. Sous-titrage ST'50 Ce film implacable, brutal, irrĂ©sistible est classĂ© numĂ©ro 10 dans mon top 10 des films noirs de l'Ăąge d'or hollywoodien. Born to Kill est une oeuvre trĂšs originale qui retourne les codes du film noir en faisant de l'homme la femme fatale. Et oui, toutes les femmes du film sont irrĂ©sistiblement attirĂ©es par l'aura magnĂ©tique de Sam Wilde, un beau gosse, psychopathe et lĂ©gĂšrement meurtrier sur les bords. Pour ces femmes, malheureusement, comme on peut s'en douter, ça va mal finir. Sous-titrage SociĂ©tĂ© Radio-Canada De quoi ça parle ? HĂ©lĂšne Brent, Claire Trevor, rencontre Sam White, Laurence Tierney, un tueur obsĂ©dĂ© par la volontĂ© de dominer les autres. HĂ©lĂšne est attirĂ©e par Sam. Faut dire qu'il est pas mal. Grand, musclĂ©, avec une expression obtue qui n'est pas sans charme. Mais malgrĂ© cette attirance, HĂ©lĂšne reste avec son riche fiancĂ©, tandis que Sam, qui ne perd pas de temps, Ă©pouse sa sƓur de lait. Georgia, hĂ©ritiĂšre d'une immense fortune. Mais lorsqu'un dĂ©tective privĂ©, jouĂ© par l'excellent Walter Slezak, informe HĂ©lĂšne de la possible culpabilitĂ© de Sam dans un double meurtre, elle tente d'acheter le silence du dĂ©tective. Pendant ce temps, Sam continue de sombrer dans sa folie meurtriĂšre. Un film brut de dĂ©coffrage. Born to Kill est un film noir comme on les aime, avec tous les ingrĂ©dients de rigueur. Cynisme, pulsions inavouables, plans clairs obscurs, femmes, enfin, hommes fatales. Sauf que ces ingrĂ©dients sont dosĂ©s au maximum, tout est plus intense. Dans ce film sans morale, il n'y a aucune introspection, aucun tourment, aucune culpabilitĂ©. Born to Kill est le rĂ©sultat d'une alchimie particuliĂšre. D'abord, le talent d'un rĂ©alisateur, Robert Wise. Robert Wise a su installer une atmosphĂšre et un rythme incomparables en adĂ©quation totale avec le ton nihiliste du film. Ensuite, il y a l'histoire. Une histoire tirĂ©e de l'unique roman de James Gunn, un roman noir titrĂ© Deadlier Than The Men. dont la traduction littĂ©rale est plus mortelle que l'homme. Car en effet, on peut affirmer qu'HĂ©lĂšne Brent est peut-ĂȘtre encore plus cruelle que Sam Wyde, dans le sens oĂč elle est pleinement consciente de ses actes. Sam, quant Ă  lui, peut ĂȘtre perçue comme une personne souffrant de troubles mentaux. La rĂ©ussite du film tient aussi Ă  l'interprĂ©tation de ses magnifiques acteurs. Pas seulement les personnages principaux, enfin, surtout l'incroyable Claire Trevor, mais aussi... Des seconds rĂŽles, comme Elisha Cook Jr. qui joue le meilleur ami de Sam. Elisha Cook Jr. s'est jouĂ© comme Person, le voyou sympathique. Et une fois encore dans le film, il nous montre l'Ă©tendue de son talent. Il y a aussi Esther Howard qui veut venger sa copine assassinĂ©e et qui est magnifique de goye et de sensibilitĂ©. Et enfin, Walter Slezak, le dĂ©tective qui rĂ©cite du Shakespeare Ă  longueur de journĂ©e et qui est toujours prĂȘt Ă  entendre une proposition intĂ©ressante. Il est calculateur, fourbe et pourtant... C'est un fin observateur de la nature humaine. Une vamp au masculin. Je l'ai dĂ©jĂ  dit, c'est Sam White, la femme fatale du film. Ellen Brent est transie d'amour et de dĂ©sir pour lui, ce qui va la pousser Ă  faire des choses horribles. Tandis que sa sƓur par alliance, la douce et fadasse Georgia Staples, va l'Ă©pouser. Le caractĂšre irrĂ©sistible de Sam White est trĂšs bien montrĂ© dans le film. Son cĂŽtĂ© sauvage, indomptĂ©, et peut-ĂȘtre mĂȘme sa violence, sont des aphrodisiaques pour toutes ces femmes. Cette volontĂ© de montrer une certaine idĂ©e de la perversion, du sadisme, est trĂšs prĂ©sente dans le film. C'est l'une de ses singularitĂ©s. Mais au fait, c'est quoi une femme fatale ? Si vous avez Ă©coutĂ© l'Ă©pisode 3 d'Emotion Side Story consacrĂ© au film Laura d'Otto Preminger, je fais un petit focus sur cet acte et type incontournable du film noir. Dans les films noirs, la femme fatale est une figure de transgression, des codes moraux et sociaux. Mais c'est aussi une reprĂ©sentation moderne qui donne Ă  voir une image de femme libre, indĂ©pendante et dĂ©terminĂ©e dans ses dĂ©sirs. Dans Born to Kill, c'est Sam White qui joue ce rĂŽle. Il est le moteur de l'action. et le rĂ©vĂ©lateur des nĂ©vroses et fantasmes des personnages fĂ©minins. Et telle une femme fatale, Sam White utilise son pouvoir sexuel pour manipuler les deux sƓurs, HĂ©lĂšne et Georgia. Quelle Ă©motion m'inspire ce film. Dans Born to Kill, l'Ă©motion qui prĂ©domine, c'est l'aviditĂ©. Le Robert dĂ©finit l'aviditĂ© comme, je cite, le dĂ©sir ardent, immodĂ©rĂ© de quelque chose, vivacitĂ© avec laquelle on le satisfait Fin de citation. Dans Born to Kill, on a affaire Ă  un rĂ©cit brutal, sur un homme et une femme qui veulent tout, principalement l'argent et la luxure, et tout de suite. Et pour cela, ils ne vont pas hĂ©siter Ă  jouer du revolver ou du couteau. Sam et HĂ©lĂšne sont des pantins, Ă  la merci de leur pulsion.

  • Speaker #1

    Et qui suis-je ?

  • Speaker #0

    Toi.

  • Speaker #1

    Ta force. Ta fierté.

  • Speaker #0

    Le hĂ©ros masculin, Sam, veut l'argent, la femme, le statut social. Pour lui, la violence peut ĂȘtre un moyen d'y parvenir, mais pas uniquement. Quand il veut sĂ©duire l'hĂ©ritiĂšre Georgia Staples, il sait se montrer charmant tout en ne cachant pas ses dĂ©sirs. Ce sont prĂ©cisĂ©ment cette sincĂ©ritĂ© et ce cĂŽtĂ© direct qui le rendent sĂ©duisant. L'habilitĂ©, on la voit aussi, et peut-ĂȘtre surtout, chez HĂ©lĂšne Brent, magnifiquement interprĂ©tĂ©e par Claire Trevor. Depuis toujours, HĂ©lĂšne recherche une vie confortable, Ă  l'abri de tout souci d'argent. D'ailleurs, on ressent trĂšs nettement la jalousie d'HĂ©lĂšne envers sa sƓur, Paralliance, qui dĂ©tient les cordons de la bourse. Mais quand ça montre en scĂšne, ses prioritĂ©s Ă©voluent. Elle aussi convoite cet homme dont elle n'arrive plus Ă  se passer. L'aviditĂ© est clairement ici reprĂ©sentĂ©e comme une forme de perversion. HĂ©lĂšne Brent parle clairement de l'excitation sexuelle qui peut naĂźtre du meurtre et de la violence. On voit dans le film que plus l'aviditĂ© s'empare de nos deux hĂ©ros, plus elle grossit, plus elle devient incontrĂŽlable, et c'est elle qui les aspire tous les deux vers leur propre destruction. Claire TrĂ©vor, la queen du film noir. Faisons un petit dĂ©tour pour parler un peu plus de Claire TrĂ©vor, une actrice malheureusement un peu oubliĂ©e aujourd'hui. Claire TrĂ©vor sait tout jouer. L'ingĂ©nuitĂ©, la vulnĂ©rabilitĂ©, la force, la manipulation froide. On peut la voir en prostituĂ©e blonde et naĂŻve, ou en femme du monde brune et dĂ©daigneuse. Elle excelle aussi bien dans les westerns comme La chevauchĂ©e fantastique, Stagecoach de John Ford en 1939 que dans les films noirs, et pas des moindres comme Murder, My Sweet d'Edward Mitrick ou Killargo de John Huston. Claire Trevor est une icĂŽne du film noir et pour moi, elle est une des plus belles C'est dans Born to Kill qu'elle trouve son meilleur rĂŽle. Elle incarne Ă  la perfection la bad girl, snob et audacieuse, qui oscille entre froideur et passion en un clin d'Ɠil, n'hĂ©sitant pas Ă  dĂ©voiler une intensitĂ© perverse. Un artisan devenu artiste. Robert Wise est la figure du rĂ©alisateur autodidacte qui a gravi un par un les Ă©chelons trĂšs normĂ©s de l'industrie hollywoodienne de l'Ă©poque. Je parle des annĂ©es 30. Robert Wise a d'abord Ă©tĂ© coursier, puis il est devenu un immense monteur. Il a montĂ© les films des plus grands rĂ©alisateurs de la RKO, des plus grands rĂ©alisateurs tout court, comme Orson Welles ou Grigori Lakava. C'est Val Newton, l'immense producteur de la RKO, toujours, qui va lui faire rĂ©aliser son premier film, La malĂ©diction des hommes-chats, The Curse of Cat People. Robert Wise a travaillĂ© avec les plus grands, et ça se voit. Mais cela ne l'empĂȘche pas de dĂ©velopper sa propre signature artistique. Voici un extrait d'une interview de Robert Wise datant de 1973, oĂč il est question de l'importance de l'atmosphĂšre dans un film. Dans cet extrait, Robert Wise souligne que l'atmosphĂšre est terriblement importante dans tout film, quel qu'il soit, mĂȘme si ça ne fait pas tout. Pour lui, le premier plan de ce que vous racontez aux gens est primordial, mais si vous l'entourez d'un arriĂšre-plan appropriĂ© et en lien avec l'histoire que vous racontez, cela ne fait que renforcer l'attraction et l'engagement que le public peut avoir avec le film. La grandeur de Robert Wise se manifeste dans le fait qui d'excellents dans tous les genres. Si vous ne connaissez pas sa filmographie, je vous conseille de jeter un coup d'Ɠil et vous aurez le vertige. Vous y verrez des chefs-d'Ɠuvre de science-fiction, comme par exemple Le jour oĂč la Terre s'arrĂȘta, The Day the Earth Stood Still, immense film de 1951, des classiques du film noir comme Nous avons gagnĂ© ce soir, The Set-Up, 1949, ou Le coup de l'escalier, Odds Against Tomorrow. 1959. Il y a aussi The Hunting, La maison du diable, 1963, un classique du film d'horreur, et je ne vous parle mĂȘme pas des comĂ©dies musicales. Ces quelques exemples nous donnent un aperçu de l'immense talent et de l'Ă©lasticitĂ© de Robert Wise. Une inĂ©puisable source de plaisir. J'ai mentionnĂ© les grands interprĂštes de ce film, mais vous aurez remarquĂ© que je n'ai pas beaucoup parlĂ© de Laurence Tierney. C'est normal, car dans Born to Kill, il ne joue pas vraiment. Il est presque lui-mĂȘme. L'Ă©crivain Eddie Muller, spĂ©cialiste du film noir, raconte qu'il a demandĂ© Ă  Laurence Tierney, lors d'une projection de Born to Kill, s'il avait des conseils Ă  partager pour naviguer dans une vie aussi tumultueuse que la sienne. Laurence Tierney l'a regardĂ©e trois dans les yeux et lui a dit... Ouais, ne vous battez jamais avec un gars qui sait manier un couteau. Fin de citation. Personnellement, je ne connais pas beaucoup de films dont on ne se lasse jamais. Born to Kill fait partie de ces films rares et remarquables que l'on peut regarder des dizaines de fois avec le mĂȘme plaisir. Je l'ai vu peut-ĂȘtre 20 fois et c'est toujours un rĂ©gal. Si vous ne me croyez pas, faites le test et vous verrez. Merci de m'avoir Ă©coutĂ©e. Si vous avez aimĂ©, n'hĂ©sitez pas Ă  vous abonner et Ă  partager autour de vous. Si vous avez des idĂ©es de films que vous aimeriez que l'on aborde, dites-le-moi en commentaire. En attendant, on se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel Ă©pisode de Emotion Side Story. D'ici lĂ , n'oubliez pas de plonger dans le bain des Ă©motions et du cinĂ©ma.

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đŸ”„ Born To Kill : le film noir oĂč l’homme incarne la femme fatale

 

👀 Un Apollon un peu dĂ©rangĂ©
Born To Kill est classĂ© numĂ©ro 10 dans mon top 10 des films noirs de l’ñge d’or hollywoodien. Ce film implacable de 1947 renverse les codes du genre en faisant de l'homme la femme fatale. On suit l'histoire de Sam Wilde, un homme sĂ©duisant, qui fait tourner bien des tĂȘtes fĂ©minines. Seul problĂšme : c’est un psychopathe. Et Helen Brent, une femme de la haute sociĂ©tĂ© rĂ©cemment divorcĂ©e, se sent irrĂ©sistiblement attirĂ©e par cet homme violent.

💀 Noir, tout simplement noir

Born To Kill est un film incroyable de cynisme et de noirceur, qui se caractĂ©rise par son absence totale de morale. Les hĂ©ros sont des marionnettes tirĂ©es par les fils de leurs pulsions inavouables. Des hĂ©ros avides de pouvoir, de sexe et oĂč la violence joue le rĂŽle d’aphrodisiaque.

✹Une Ă©quipe de grands artistes
Born To Kill est un film remarquable d’abord grĂące au talent du rĂ©alisateur Robert Wise, qui sait crĂ©er une atmosphĂšre au service du nihilisme de l'histoire. Il y a aussi la performance d’acteurs d'exception : Claire Trevor, qui joue une femme froide et autoritaire succombant peu Ă  peu aux feux de (l'auto)-destruction, et des seconds rĂŽles mĂ©morables : le dĂ©tective cupide et philosophe incarnĂ© par Walter Slezak, ou Elisha Cook Jr. qui interprĂšte un sympathique criminel, meilleur ami de Sam.

Born To Kill est un film que l'on peut regarder encore et encore sans se lasser, un signe distinctif des grands films. Faites le test, vous verrez.

 

CREDITS:

Extraits films:

Born To Kill, Robert Wise, 1947


Extrait Interview :
Jim Whaley - Atlanta PBS show Cinema Showcase -1973


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Il existe un film oĂč la femme fatale est incarnĂ©e par un homme. Un film oĂč les hĂ©ros sont des mĂ©chants, accros au sexe et Ă  l'argent. Un film oĂč les gentils sont des endives sans charme et sans intĂ©rĂȘt. Ce film est un classique du genre noir et il s'appelle Born to Kill. Et on en parle pour l'Ă©pisode 12 d'Emotion Side Story. Aujourd'hui, on va explorer un de mes films noirs prĂ©fĂ©rĂ©s, Born to Kill, NĂ© pour tuer. Sous-titrage ST'50 Ce film implacable, brutal, irrĂ©sistible est classĂ© numĂ©ro 10 dans mon top 10 des films noirs de l'Ăąge d'or hollywoodien. Born to Kill est une oeuvre trĂšs originale qui retourne les codes du film noir en faisant de l'homme la femme fatale. Et oui, toutes les femmes du film sont irrĂ©sistiblement attirĂ©es par l'aura magnĂ©tique de Sam Wilde, un beau gosse, psychopathe et lĂ©gĂšrement meurtrier sur les bords. Pour ces femmes, malheureusement, comme on peut s'en douter, ça va mal finir. Sous-titrage SociĂ©tĂ© Radio-Canada De quoi ça parle ? HĂ©lĂšne Brent, Claire Trevor, rencontre Sam White, Laurence Tierney, un tueur obsĂ©dĂ© par la volontĂ© de dominer les autres. HĂ©lĂšne est attirĂ©e par Sam. Faut dire qu'il est pas mal. Grand, musclĂ©, avec une expression obtue qui n'est pas sans charme. Mais malgrĂ© cette attirance, HĂ©lĂšne reste avec son riche fiancĂ©, tandis que Sam, qui ne perd pas de temps, Ă©pouse sa sƓur de lait. Georgia, hĂ©ritiĂšre d'une immense fortune. Mais lorsqu'un dĂ©tective privĂ©, jouĂ© par l'excellent Walter Slezak, informe HĂ©lĂšne de la possible culpabilitĂ© de Sam dans un double meurtre, elle tente d'acheter le silence du dĂ©tective. Pendant ce temps, Sam continue de sombrer dans sa folie meurtriĂšre. Un film brut de dĂ©coffrage. Born to Kill est un film noir comme on les aime, avec tous les ingrĂ©dients de rigueur. Cynisme, pulsions inavouables, plans clairs obscurs, femmes, enfin, hommes fatales. Sauf que ces ingrĂ©dients sont dosĂ©s au maximum, tout est plus intense. Dans ce film sans morale, il n'y a aucune introspection, aucun tourment, aucune culpabilitĂ©. Born to Kill est le rĂ©sultat d'une alchimie particuliĂšre. D'abord, le talent d'un rĂ©alisateur, Robert Wise. Robert Wise a su installer une atmosphĂšre et un rythme incomparables en adĂ©quation totale avec le ton nihiliste du film. Ensuite, il y a l'histoire. Une histoire tirĂ©e de l'unique roman de James Gunn, un roman noir titrĂ© Deadlier Than The Men. dont la traduction littĂ©rale est plus mortelle que l'homme. Car en effet, on peut affirmer qu'HĂ©lĂšne Brent est peut-ĂȘtre encore plus cruelle que Sam Wyde, dans le sens oĂč elle est pleinement consciente de ses actes. Sam, quant Ă  lui, peut ĂȘtre perçue comme une personne souffrant de troubles mentaux. La rĂ©ussite du film tient aussi Ă  l'interprĂ©tation de ses magnifiques acteurs. Pas seulement les personnages principaux, enfin, surtout l'incroyable Claire Trevor, mais aussi... Des seconds rĂŽles, comme Elisha Cook Jr. qui joue le meilleur ami de Sam. Elisha Cook Jr. s'est jouĂ© comme Person, le voyou sympathique. Et une fois encore dans le film, il nous montre l'Ă©tendue de son talent. Il y a aussi Esther Howard qui veut venger sa copine assassinĂ©e et qui est magnifique de goye et de sensibilitĂ©. Et enfin, Walter Slezak, le dĂ©tective qui rĂ©cite du Shakespeare Ă  longueur de journĂ©e et qui est toujours prĂȘt Ă  entendre une proposition intĂ©ressante. Il est calculateur, fourbe et pourtant... C'est un fin observateur de la nature humaine. Une vamp au masculin. Je l'ai dĂ©jĂ  dit, c'est Sam White, la femme fatale du film. Ellen Brent est transie d'amour et de dĂ©sir pour lui, ce qui va la pousser Ă  faire des choses horribles. Tandis que sa sƓur par alliance, la douce et fadasse Georgia Staples, va l'Ă©pouser. Le caractĂšre irrĂ©sistible de Sam White est trĂšs bien montrĂ© dans le film. Son cĂŽtĂ© sauvage, indomptĂ©, et peut-ĂȘtre mĂȘme sa violence, sont des aphrodisiaques pour toutes ces femmes. Cette volontĂ© de montrer une certaine idĂ©e de la perversion, du sadisme, est trĂšs prĂ©sente dans le film. C'est l'une de ses singularitĂ©s. Mais au fait, c'est quoi une femme fatale ? Si vous avez Ă©coutĂ© l'Ă©pisode 3 d'Emotion Side Story consacrĂ© au film Laura d'Otto Preminger, je fais un petit focus sur cet acte et type incontournable du film noir. Dans les films noirs, la femme fatale est une figure de transgression, des codes moraux et sociaux. Mais c'est aussi une reprĂ©sentation moderne qui donne Ă  voir une image de femme libre, indĂ©pendante et dĂ©terminĂ©e dans ses dĂ©sirs. Dans Born to Kill, c'est Sam White qui joue ce rĂŽle. Il est le moteur de l'action. et le rĂ©vĂ©lateur des nĂ©vroses et fantasmes des personnages fĂ©minins. Et telle une femme fatale, Sam White utilise son pouvoir sexuel pour manipuler les deux sƓurs, HĂ©lĂšne et Georgia. Quelle Ă©motion m'inspire ce film. Dans Born to Kill, l'Ă©motion qui prĂ©domine, c'est l'aviditĂ©. Le Robert dĂ©finit l'aviditĂ© comme, je cite, le dĂ©sir ardent, immodĂ©rĂ© de quelque chose, vivacitĂ© avec laquelle on le satisfait Fin de citation. Dans Born to Kill, on a affaire Ă  un rĂ©cit brutal, sur un homme et une femme qui veulent tout, principalement l'argent et la luxure, et tout de suite. Et pour cela, ils ne vont pas hĂ©siter Ă  jouer du revolver ou du couteau. Sam et HĂ©lĂšne sont des pantins, Ă  la merci de leur pulsion.

  • Speaker #1

    Et qui suis-je ?

  • Speaker #0

    Toi.

  • Speaker #1

    Ta force. Ta fierté.

  • Speaker #0

    Le hĂ©ros masculin, Sam, veut l'argent, la femme, le statut social. Pour lui, la violence peut ĂȘtre un moyen d'y parvenir, mais pas uniquement. Quand il veut sĂ©duire l'hĂ©ritiĂšre Georgia Staples, il sait se montrer charmant tout en ne cachant pas ses dĂ©sirs. Ce sont prĂ©cisĂ©ment cette sincĂ©ritĂ© et ce cĂŽtĂ© direct qui le rendent sĂ©duisant. L'habilitĂ©, on la voit aussi, et peut-ĂȘtre surtout, chez HĂ©lĂšne Brent, magnifiquement interprĂ©tĂ©e par Claire Trevor. Depuis toujours, HĂ©lĂšne recherche une vie confortable, Ă  l'abri de tout souci d'argent. D'ailleurs, on ressent trĂšs nettement la jalousie d'HĂ©lĂšne envers sa sƓur, Paralliance, qui dĂ©tient les cordons de la bourse. Mais quand ça montre en scĂšne, ses prioritĂ©s Ă©voluent. Elle aussi convoite cet homme dont elle n'arrive plus Ă  se passer. L'aviditĂ© est clairement ici reprĂ©sentĂ©e comme une forme de perversion. HĂ©lĂšne Brent parle clairement de l'excitation sexuelle qui peut naĂźtre du meurtre et de la violence. On voit dans le film que plus l'aviditĂ© s'empare de nos deux hĂ©ros, plus elle grossit, plus elle devient incontrĂŽlable, et c'est elle qui les aspire tous les deux vers leur propre destruction. Claire TrĂ©vor, la queen du film noir. Faisons un petit dĂ©tour pour parler un peu plus de Claire TrĂ©vor, une actrice malheureusement un peu oubliĂ©e aujourd'hui. Claire TrĂ©vor sait tout jouer. L'ingĂ©nuitĂ©, la vulnĂ©rabilitĂ©, la force, la manipulation froide. On peut la voir en prostituĂ©e blonde et naĂŻve, ou en femme du monde brune et dĂ©daigneuse. Elle excelle aussi bien dans les westerns comme La chevauchĂ©e fantastique, Stagecoach de John Ford en 1939 que dans les films noirs, et pas des moindres comme Murder, My Sweet d'Edward Mitrick ou Killargo de John Huston. Claire Trevor est une icĂŽne du film noir et pour moi, elle est une des plus belles C'est dans Born to Kill qu'elle trouve son meilleur rĂŽle. Elle incarne Ă  la perfection la bad girl, snob et audacieuse, qui oscille entre froideur et passion en un clin d'Ɠil, n'hĂ©sitant pas Ă  dĂ©voiler une intensitĂ© perverse. Un artisan devenu artiste. Robert Wise est la figure du rĂ©alisateur autodidacte qui a gravi un par un les Ă©chelons trĂšs normĂ©s de l'industrie hollywoodienne de l'Ă©poque. Je parle des annĂ©es 30. Robert Wise a d'abord Ă©tĂ© coursier, puis il est devenu un immense monteur. Il a montĂ© les films des plus grands rĂ©alisateurs de la RKO, des plus grands rĂ©alisateurs tout court, comme Orson Welles ou Grigori Lakava. C'est Val Newton, l'immense producteur de la RKO, toujours, qui va lui faire rĂ©aliser son premier film, La malĂ©diction des hommes-chats, The Curse of Cat People. Robert Wise a travaillĂ© avec les plus grands, et ça se voit. Mais cela ne l'empĂȘche pas de dĂ©velopper sa propre signature artistique. Voici un extrait d'une interview de Robert Wise datant de 1973, oĂč il est question de l'importance de l'atmosphĂšre dans un film. Dans cet extrait, Robert Wise souligne que l'atmosphĂšre est terriblement importante dans tout film, quel qu'il soit, mĂȘme si ça ne fait pas tout. Pour lui, le premier plan de ce que vous racontez aux gens est primordial, mais si vous l'entourez d'un arriĂšre-plan appropriĂ© et en lien avec l'histoire que vous racontez, cela ne fait que renforcer l'attraction et l'engagement que le public peut avoir avec le film. La grandeur de Robert Wise se manifeste dans le fait qui d'excellents dans tous les genres. Si vous ne connaissez pas sa filmographie, je vous conseille de jeter un coup d'Ɠil et vous aurez le vertige. Vous y verrez des chefs-d'Ɠuvre de science-fiction, comme par exemple Le jour oĂč la Terre s'arrĂȘta, The Day the Earth Stood Still, immense film de 1951, des classiques du film noir comme Nous avons gagnĂ© ce soir, The Set-Up, 1949, ou Le coup de l'escalier, Odds Against Tomorrow. 1959. Il y a aussi The Hunting, La maison du diable, 1963, un classique du film d'horreur, et je ne vous parle mĂȘme pas des comĂ©dies musicales. Ces quelques exemples nous donnent un aperçu de l'immense talent et de l'Ă©lasticitĂ© de Robert Wise. Une inĂ©puisable source de plaisir. J'ai mentionnĂ© les grands interprĂštes de ce film, mais vous aurez remarquĂ© que je n'ai pas beaucoup parlĂ© de Laurence Tierney. C'est normal, car dans Born to Kill, il ne joue pas vraiment. Il est presque lui-mĂȘme. L'Ă©crivain Eddie Muller, spĂ©cialiste du film noir, raconte qu'il a demandĂ© Ă  Laurence Tierney, lors d'une projection de Born to Kill, s'il avait des conseils Ă  partager pour naviguer dans une vie aussi tumultueuse que la sienne. Laurence Tierney l'a regardĂ©e trois dans les yeux et lui a dit... Ouais, ne vous battez jamais avec un gars qui sait manier un couteau. Fin de citation. Personnellement, je ne connais pas beaucoup de films dont on ne se lasse jamais. Born to Kill fait partie de ces films rares et remarquables que l'on peut regarder des dizaines de fois avec le mĂȘme plaisir. Je l'ai vu peut-ĂȘtre 20 fois et c'est toujours un rĂ©gal. Si vous ne me croyez pas, faites le test et vous verrez. Merci de m'avoir Ă©coutĂ©e. Si vous avez aimĂ©, n'hĂ©sitez pas Ă  vous abonner et Ă  partager autour de vous. Si vous avez des idĂ©es de films que vous aimeriez que l'on aborde, dites-le-moi en commentaire. En attendant, on se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel Ă©pisode de Emotion Side Story. D'ici lĂ , n'oubliez pas de plonger dans le bain des Ă©motions et du cinĂ©ma.

Description

đŸ”„ Born To Kill : le film noir oĂč l’homme incarne la femme fatale

 

👀 Un Apollon un peu dĂ©rangĂ©
Born To Kill est classĂ© numĂ©ro 10 dans mon top 10 des films noirs de l’ñge d’or hollywoodien. Ce film implacable de 1947 renverse les codes du genre en faisant de l'homme la femme fatale. On suit l'histoire de Sam Wilde, un homme sĂ©duisant, qui fait tourner bien des tĂȘtes fĂ©minines. Seul problĂšme : c’est un psychopathe. Et Helen Brent, une femme de la haute sociĂ©tĂ© rĂ©cemment divorcĂ©e, se sent irrĂ©sistiblement attirĂ©e par cet homme violent.

💀 Noir, tout simplement noir

Born To Kill est un film incroyable de cynisme et de noirceur, qui se caractĂ©rise par son absence totale de morale. Les hĂ©ros sont des marionnettes tirĂ©es par les fils de leurs pulsions inavouables. Des hĂ©ros avides de pouvoir, de sexe et oĂč la violence joue le rĂŽle d’aphrodisiaque.

✹Une Ă©quipe de grands artistes
Born To Kill est un film remarquable d’abord grĂące au talent du rĂ©alisateur Robert Wise, qui sait crĂ©er une atmosphĂšre au service du nihilisme de l'histoire. Il y a aussi la performance d’acteurs d'exception : Claire Trevor, qui joue une femme froide et autoritaire succombant peu Ă  peu aux feux de (l'auto)-destruction, et des seconds rĂŽles mĂ©morables : le dĂ©tective cupide et philosophe incarnĂ© par Walter Slezak, ou Elisha Cook Jr. qui interprĂšte un sympathique criminel, meilleur ami de Sam.

Born To Kill est un film que l'on peut regarder encore et encore sans se lasser, un signe distinctif des grands films. Faites le test, vous verrez.

 

CREDITS:

Extraits films:

Born To Kill, Robert Wise, 1947


Extrait Interview :
Jim Whaley - Atlanta PBS show Cinema Showcase -1973


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Il existe un film oĂč la femme fatale est incarnĂ©e par un homme. Un film oĂč les hĂ©ros sont des mĂ©chants, accros au sexe et Ă  l'argent. Un film oĂč les gentils sont des endives sans charme et sans intĂ©rĂȘt. Ce film est un classique du genre noir et il s'appelle Born to Kill. Et on en parle pour l'Ă©pisode 12 d'Emotion Side Story. Aujourd'hui, on va explorer un de mes films noirs prĂ©fĂ©rĂ©s, Born to Kill, NĂ© pour tuer. Sous-titrage ST'50 Ce film implacable, brutal, irrĂ©sistible est classĂ© numĂ©ro 10 dans mon top 10 des films noirs de l'Ăąge d'or hollywoodien. Born to Kill est une oeuvre trĂšs originale qui retourne les codes du film noir en faisant de l'homme la femme fatale. Et oui, toutes les femmes du film sont irrĂ©sistiblement attirĂ©es par l'aura magnĂ©tique de Sam Wilde, un beau gosse, psychopathe et lĂ©gĂšrement meurtrier sur les bords. Pour ces femmes, malheureusement, comme on peut s'en douter, ça va mal finir. Sous-titrage SociĂ©tĂ© Radio-Canada De quoi ça parle ? HĂ©lĂšne Brent, Claire Trevor, rencontre Sam White, Laurence Tierney, un tueur obsĂ©dĂ© par la volontĂ© de dominer les autres. HĂ©lĂšne est attirĂ©e par Sam. Faut dire qu'il est pas mal. Grand, musclĂ©, avec une expression obtue qui n'est pas sans charme. Mais malgrĂ© cette attirance, HĂ©lĂšne reste avec son riche fiancĂ©, tandis que Sam, qui ne perd pas de temps, Ă©pouse sa sƓur de lait. Georgia, hĂ©ritiĂšre d'une immense fortune. Mais lorsqu'un dĂ©tective privĂ©, jouĂ© par l'excellent Walter Slezak, informe HĂ©lĂšne de la possible culpabilitĂ© de Sam dans un double meurtre, elle tente d'acheter le silence du dĂ©tective. Pendant ce temps, Sam continue de sombrer dans sa folie meurtriĂšre. Un film brut de dĂ©coffrage. Born to Kill est un film noir comme on les aime, avec tous les ingrĂ©dients de rigueur. Cynisme, pulsions inavouables, plans clairs obscurs, femmes, enfin, hommes fatales. Sauf que ces ingrĂ©dients sont dosĂ©s au maximum, tout est plus intense. Dans ce film sans morale, il n'y a aucune introspection, aucun tourment, aucune culpabilitĂ©. Born to Kill est le rĂ©sultat d'une alchimie particuliĂšre. D'abord, le talent d'un rĂ©alisateur, Robert Wise. Robert Wise a su installer une atmosphĂšre et un rythme incomparables en adĂ©quation totale avec le ton nihiliste du film. Ensuite, il y a l'histoire. Une histoire tirĂ©e de l'unique roman de James Gunn, un roman noir titrĂ© Deadlier Than The Men. dont la traduction littĂ©rale est plus mortelle que l'homme. Car en effet, on peut affirmer qu'HĂ©lĂšne Brent est peut-ĂȘtre encore plus cruelle que Sam Wyde, dans le sens oĂč elle est pleinement consciente de ses actes. Sam, quant Ă  lui, peut ĂȘtre perçue comme une personne souffrant de troubles mentaux. La rĂ©ussite du film tient aussi Ă  l'interprĂ©tation de ses magnifiques acteurs. Pas seulement les personnages principaux, enfin, surtout l'incroyable Claire Trevor, mais aussi... Des seconds rĂŽles, comme Elisha Cook Jr. qui joue le meilleur ami de Sam. Elisha Cook Jr. s'est jouĂ© comme Person, le voyou sympathique. Et une fois encore dans le film, il nous montre l'Ă©tendue de son talent. Il y a aussi Esther Howard qui veut venger sa copine assassinĂ©e et qui est magnifique de goye et de sensibilitĂ©. Et enfin, Walter Slezak, le dĂ©tective qui rĂ©cite du Shakespeare Ă  longueur de journĂ©e et qui est toujours prĂȘt Ă  entendre une proposition intĂ©ressante. Il est calculateur, fourbe et pourtant... C'est un fin observateur de la nature humaine. Une vamp au masculin. Je l'ai dĂ©jĂ  dit, c'est Sam White, la femme fatale du film. Ellen Brent est transie d'amour et de dĂ©sir pour lui, ce qui va la pousser Ă  faire des choses horribles. Tandis que sa sƓur par alliance, la douce et fadasse Georgia Staples, va l'Ă©pouser. Le caractĂšre irrĂ©sistible de Sam White est trĂšs bien montrĂ© dans le film. Son cĂŽtĂ© sauvage, indomptĂ©, et peut-ĂȘtre mĂȘme sa violence, sont des aphrodisiaques pour toutes ces femmes. Cette volontĂ© de montrer une certaine idĂ©e de la perversion, du sadisme, est trĂšs prĂ©sente dans le film. C'est l'une de ses singularitĂ©s. Mais au fait, c'est quoi une femme fatale ? Si vous avez Ă©coutĂ© l'Ă©pisode 3 d'Emotion Side Story consacrĂ© au film Laura d'Otto Preminger, je fais un petit focus sur cet acte et type incontournable du film noir. Dans les films noirs, la femme fatale est une figure de transgression, des codes moraux et sociaux. Mais c'est aussi une reprĂ©sentation moderne qui donne Ă  voir une image de femme libre, indĂ©pendante et dĂ©terminĂ©e dans ses dĂ©sirs. Dans Born to Kill, c'est Sam White qui joue ce rĂŽle. Il est le moteur de l'action. et le rĂ©vĂ©lateur des nĂ©vroses et fantasmes des personnages fĂ©minins. Et telle une femme fatale, Sam White utilise son pouvoir sexuel pour manipuler les deux sƓurs, HĂ©lĂšne et Georgia. Quelle Ă©motion m'inspire ce film. Dans Born to Kill, l'Ă©motion qui prĂ©domine, c'est l'aviditĂ©. Le Robert dĂ©finit l'aviditĂ© comme, je cite, le dĂ©sir ardent, immodĂ©rĂ© de quelque chose, vivacitĂ© avec laquelle on le satisfait Fin de citation. Dans Born to Kill, on a affaire Ă  un rĂ©cit brutal, sur un homme et une femme qui veulent tout, principalement l'argent et la luxure, et tout de suite. Et pour cela, ils ne vont pas hĂ©siter Ă  jouer du revolver ou du couteau. Sam et HĂ©lĂšne sont des pantins, Ă  la merci de leur pulsion.

  • Speaker #1

    Et qui suis-je ?

  • Speaker #0

    Toi.

  • Speaker #1

    Ta force. Ta fierté.

  • Speaker #0

    Le hĂ©ros masculin, Sam, veut l'argent, la femme, le statut social. Pour lui, la violence peut ĂȘtre un moyen d'y parvenir, mais pas uniquement. Quand il veut sĂ©duire l'hĂ©ritiĂšre Georgia Staples, il sait se montrer charmant tout en ne cachant pas ses dĂ©sirs. Ce sont prĂ©cisĂ©ment cette sincĂ©ritĂ© et ce cĂŽtĂ© direct qui le rendent sĂ©duisant. L'habilitĂ©, on la voit aussi, et peut-ĂȘtre surtout, chez HĂ©lĂšne Brent, magnifiquement interprĂ©tĂ©e par Claire Trevor. Depuis toujours, HĂ©lĂšne recherche une vie confortable, Ă  l'abri de tout souci d'argent. D'ailleurs, on ressent trĂšs nettement la jalousie d'HĂ©lĂšne envers sa sƓur, Paralliance, qui dĂ©tient les cordons de la bourse. Mais quand ça montre en scĂšne, ses prioritĂ©s Ă©voluent. Elle aussi convoite cet homme dont elle n'arrive plus Ă  se passer. L'aviditĂ© est clairement ici reprĂ©sentĂ©e comme une forme de perversion. HĂ©lĂšne Brent parle clairement de l'excitation sexuelle qui peut naĂźtre du meurtre et de la violence. On voit dans le film que plus l'aviditĂ© s'empare de nos deux hĂ©ros, plus elle grossit, plus elle devient incontrĂŽlable, et c'est elle qui les aspire tous les deux vers leur propre destruction. Claire TrĂ©vor, la queen du film noir. Faisons un petit dĂ©tour pour parler un peu plus de Claire TrĂ©vor, une actrice malheureusement un peu oubliĂ©e aujourd'hui. Claire TrĂ©vor sait tout jouer. L'ingĂ©nuitĂ©, la vulnĂ©rabilitĂ©, la force, la manipulation froide. On peut la voir en prostituĂ©e blonde et naĂŻve, ou en femme du monde brune et dĂ©daigneuse. Elle excelle aussi bien dans les westerns comme La chevauchĂ©e fantastique, Stagecoach de John Ford en 1939 que dans les films noirs, et pas des moindres comme Murder, My Sweet d'Edward Mitrick ou Killargo de John Huston. Claire Trevor est une icĂŽne du film noir et pour moi, elle est une des plus belles C'est dans Born to Kill qu'elle trouve son meilleur rĂŽle. Elle incarne Ă  la perfection la bad girl, snob et audacieuse, qui oscille entre froideur et passion en un clin d'Ɠil, n'hĂ©sitant pas Ă  dĂ©voiler une intensitĂ© perverse. Un artisan devenu artiste. Robert Wise est la figure du rĂ©alisateur autodidacte qui a gravi un par un les Ă©chelons trĂšs normĂ©s de l'industrie hollywoodienne de l'Ă©poque. Je parle des annĂ©es 30. Robert Wise a d'abord Ă©tĂ© coursier, puis il est devenu un immense monteur. Il a montĂ© les films des plus grands rĂ©alisateurs de la RKO, des plus grands rĂ©alisateurs tout court, comme Orson Welles ou Grigori Lakava. C'est Val Newton, l'immense producteur de la RKO, toujours, qui va lui faire rĂ©aliser son premier film, La malĂ©diction des hommes-chats, The Curse of Cat People. Robert Wise a travaillĂ© avec les plus grands, et ça se voit. Mais cela ne l'empĂȘche pas de dĂ©velopper sa propre signature artistique. Voici un extrait d'une interview de Robert Wise datant de 1973, oĂč il est question de l'importance de l'atmosphĂšre dans un film. Dans cet extrait, Robert Wise souligne que l'atmosphĂšre est terriblement importante dans tout film, quel qu'il soit, mĂȘme si ça ne fait pas tout. Pour lui, le premier plan de ce que vous racontez aux gens est primordial, mais si vous l'entourez d'un arriĂšre-plan appropriĂ© et en lien avec l'histoire que vous racontez, cela ne fait que renforcer l'attraction et l'engagement que le public peut avoir avec le film. La grandeur de Robert Wise se manifeste dans le fait qui d'excellents dans tous les genres. Si vous ne connaissez pas sa filmographie, je vous conseille de jeter un coup d'Ɠil et vous aurez le vertige. Vous y verrez des chefs-d'Ɠuvre de science-fiction, comme par exemple Le jour oĂč la Terre s'arrĂȘta, The Day the Earth Stood Still, immense film de 1951, des classiques du film noir comme Nous avons gagnĂ© ce soir, The Set-Up, 1949, ou Le coup de l'escalier, Odds Against Tomorrow. 1959. Il y a aussi The Hunting, La maison du diable, 1963, un classique du film d'horreur, et je ne vous parle mĂȘme pas des comĂ©dies musicales. Ces quelques exemples nous donnent un aperçu de l'immense talent et de l'Ă©lasticitĂ© de Robert Wise. Une inĂ©puisable source de plaisir. J'ai mentionnĂ© les grands interprĂštes de ce film, mais vous aurez remarquĂ© que je n'ai pas beaucoup parlĂ© de Laurence Tierney. C'est normal, car dans Born to Kill, il ne joue pas vraiment. Il est presque lui-mĂȘme. L'Ă©crivain Eddie Muller, spĂ©cialiste du film noir, raconte qu'il a demandĂ© Ă  Laurence Tierney, lors d'une projection de Born to Kill, s'il avait des conseils Ă  partager pour naviguer dans une vie aussi tumultueuse que la sienne. Laurence Tierney l'a regardĂ©e trois dans les yeux et lui a dit... Ouais, ne vous battez jamais avec un gars qui sait manier un couteau. Fin de citation. Personnellement, je ne connais pas beaucoup de films dont on ne se lasse jamais. Born to Kill fait partie de ces films rares et remarquables que l'on peut regarder des dizaines de fois avec le mĂȘme plaisir. Je l'ai vu peut-ĂȘtre 20 fois et c'est toujours un rĂ©gal. Si vous ne me croyez pas, faites le test et vous verrez. Merci de m'avoir Ă©coutĂ©e. Si vous avez aimĂ©, n'hĂ©sitez pas Ă  vous abonner et Ă  partager autour de vous. Si vous avez des idĂ©es de films que vous aimeriez que l'on aborde, dites-le-moi en commentaire. En attendant, on se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel Ă©pisode de Emotion Side Story. D'ici lĂ , n'oubliez pas de plonger dans le bain des Ă©motions et du cinĂ©ma.

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