- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Emotions à cœur. Aujourd'hui, nous allons explorer un sujet qui, je suis sûre, parlera à beaucoup d'entre vous, c'est le perfectionnisme. Ce fameux désir de tout réussir, d'être irréprochable en toutes circonstances. Sur le papier, ça semble louable, non ? Ça peut aussi devenir un véritable piège. Sophie, pour toi, le perfectionnisme, c'est une force ou une faiblesse ?
- Speaker #1
Bonjour Claire, bonjour à tous. Vouloir être parfait, c'est un peu comme une médaille avec deux faces. Bien dosé, cela peut nous motiver à donner le meilleur de nous-mêmes. Mais si cela prend trop de place, le perfectionnisme peut nous enfermer dans une quête sans fin, où chaque petite imperfection devient un échec insupportable. Pour illustrer cette dualité, j'aimerais vous raconter l'histoire d'Elodie.
- Speaker #0
Vous êtes prêts ? Installez-vous et laissez-vous emporter par la voix de Sophie.
- Speaker #1
Elodie est une jeune maman de 32 ans. Depuis la naissance de son fils, Jules, il y a trois mois, elle s'est investie corps et âme dans son rôle de mère. Elle a dévoré des livres sur la parentalité, suit assidûment des comptes Instagram de mamans influentes et consacre ses journées à cocher les cases d'une checklist invisible. Allaiter exclusivement, préparer des purées bio maison, organiser des activités d'éveil. quotidienne, maintenir une maison impeccable et même retrouver son poids d'avant grossesse en un temps record. Sur le papier, tout semble maîtrisé mais en réalité, Élodie est épuisée. Une nuit, alors que Jules pleurait sans s'arrêter, Élodie exténuée s'est effondrée en larmes. en le tenant dans ses bras. Elle venait de passer la veille à préparer un gâteau pour la visite de sa belle famille, tout en répondant au message de ses amis qui lui demandaient des conseils pour leur propre bébé. C'est dans ce moment de vulnérabilité qu'Elodie a eu une révélation. Elle n'était plus du tout en train de vivre sa maternité. Elle courait après une image de perfection. imposée par elle-même.
- Speaker #0
Ah, les débuts de la parentalité. C'est souvent un vrai tourbillon. Cette pression de vouloir tout bien faire, je la connais bien.
- Speaker #1
Et c'est tellement courant clair, surtout chez les jeunes parents, ce besoin de perfection n'est souvent d'une peur profondément ancrée, celle de ne pas être assez. Pas assez bon parent, pas assez compétent dans son travail, pas assez à la hauteur de ce qu'on croit que les autres attendent de nous. Et parfois, cette pression ne vient même pas des autres, mais de nos propres attentes irréalistes. On se fixe des standards impossibles parce qu'on veut offrir le meilleur de nous-mêmes.
- Speaker #0
Tu as tout à fait raison Sophie. On vit dans une société qui valorise la réussite, le contrôle et les apparences. Dès l'enfance, on entend des messages comme « Sois sage » , « Fais de ton mieux » , « Ne fais pas d'erreurs » . On finit par croire qu'être imparfait est inacceptable.
- Speaker #1
Alors qu'en réalité, on ne peut tellement pas de toute façon... échapper à l'imperfection, parce que c'est bien l'imperfection qui nous rend humains. Et si tout le monde était parfait, mais qu'est-ce qu'on s'ennuierait ?
- Speaker #0
Ouais, exactement. Mais tu sais, les réseaux sociaux aujourd'hui n'aident pas. Une amie toute jeune maman m'a dit récemment, mais c'est quoi toutes ces mamans parfaites sur Instagram ? Elles ont l'air de sortir d'un magazine. Oui,
- Speaker #1
et alors, tu vois, ces images, elles alimentent une vraie spirale de comparaisons destructrices. Ce qu'on oublie, c'est que ces modèles sont soigneusement filtrés et embellis. la vraie vie, elle est bien différente.
- Speaker #0
Mais oui, et puis on finit souvent par se dire pourquoi je n'y arrive pas, moi ? Qu'est-ce qui cloche chez moi ? Alors qu'en réalité, ce qui cloche, c'est de croire que ces standards sont la norme. Alors Sophie, c'est quoi la solution ? On coupe les réseaux sociaux ?
- Speaker #1
On se met sur une île. Tu sais, une petite île, entourée d'eau, entourée d'eau. Pourquoi pas une petite détox compliquée quand même ? Poser son téléphone à certains moments de la journée, par contre, faisable, c'est accessible. Mais surtout, tu sais quoi Claire ? Je pense qu'il faudrait apprendre ou réapprendre à être présent. Être là dans l'instant avec soi-même et ses proches.
- Speaker #0
C'est si vrai. Et en réalité, ce n'est pas si compliqué. Pas besoin de faire une méditation pendant cinq minutes. On peut tout simplement s'arrêter, s'asseoir et observer ce qui nous entoure. C'est se reconnecter à ce qui est là maintenant, plutôt qu'à ce qu'on pense devoir être ou devoir faire.
- Speaker #1
Oui, mais ça ne marche uniquement que si on accepte qu'on a le droit A l'erreur, parce qu'au fond, on apprend en se trompant.
- Speaker #0
Ça m'intéresse Sophie, tu peux m'en dire plus ?
- Speaker #1
Beaucoup de gens, et plus particulièrement les perfectionnistes, ont une peur viscérale de l'échec. Ils associent se tromper à une faiblesse ou à un manque de compétence. Ce droit à l'erreur, pourtant si essentiel, on se l'accorde rarement. On grandit avec l'idée que l'échec est une faute impardonnable. Mais en réalité, l'erreur n'est pas l'ennemi. Moi, je le vois comme une étape d'apprentissage. Quand on accepte de se tromper, on s'autorise à essayer autrement, à s'améliorer, et parfois même à découvrir des choses qu'on n'aurait jamais imaginées.
- Speaker #0
Mais tiens, mais ça me fait penser à la théorie de Carol Dweck.
- Speaker #1
Exactement clair. Carol Dweck, c'est une psychologue américaine qui a beaucoup étudié ce sujet. Et elle distingue deux façons principales de penser qu'elle appelle la pensée fixe et de l'autre côté, la pensée... de développement.
- Speaker #0
Et ça veut dire quoi concrètement ?
- Speaker #1
Une personne qui a un état d'esprit fixe, ou imagine je vais dire pour faire plus simple, l'état d'esprit fixe c'est le gamin qui réussit tout, qui n'a jamais eu à développer un effort parce que ça vient naturellement, c'est facile. La première fois que ce gamin va faire face à une erreur, ça veut dire qu'il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, que ce n'est pas normal. Il va se dire je ne suis pas assez bien. Et ça va complètement l'effondrer. Le perfectionnisme, qui était pour lui naturel, eh bien ça devient une manière de se protéger. Il ne va pas vouloir aller au-delà, ça va lui faire peur.
- Speaker #0
Donc dans cet état d'esprit, on a peur de se tromper parce qu'on pense que ça remet en question notre valeur, c'est ça ?
- Speaker #1
Exactement, je reprends l'exemple de ce gamin qui réussit tout parce que c'est naturel. Quand il se trompe, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, ce n'est pas cohérent. Mais à l'inverse, prends un gamin qui, au contraire, à qui rien n'arrive facilement. Ce gamin, il va développer très tôt. un état d'esprit de développement. Et les erreurs, il va les considérer comme une partie normale du processus d'apprentissage parce qu'il va apprendre aussi la valeur de réussir quelque chose qu'il ne réussissait pas avant et qui, à force d'efforts, enfin, il relève le challenge. Et plus facilement, de façon cette fois-ci, j'ai envie de dire très naturelle, il va se dire « Ok, quand je me trompe, j'avance. »
- Speaker #0
Hmm, ça me fait penser à cette différence culturelle qu'on évoque souvent. Tu sais, les Américains semblent valoriser l'échec, le voyant comme une étape vers la réussite. Tandis que nous, en France, on a plutôt tendance à vouloir réussir du premier coup, comme si l'échec était quelque chose à éviter à tout prix. Qu'est-ce que t'en penses ?
- Speaker #1
Oui, Claire, effectivement, et pour avoir vécu aux Etats-Unis, c'est une différence culturelle qui est très marquée entre les Américains et les Français. Aux Etats-Unis, l'échec s'est perçu comme une expérience, c'est une étape normale dans un parcours de croissance. Et on entend souvent des entrepreneurs ou des personnalités dire, et de plus en plus, « j'ai échoué plusieurs fois avant de réussir » . Ça fait partie du processus d'apprentissage et ça alimente ce fameux état d'esprit de développement dont parle Carole Dweck. À l'inverse, en France, on a parfois une approche beaucoup plus rigide, où il faudrait qu'on réussisse tout du premier coup. Et du coup ? L'échec, il est vu comme un signe de faiblesse ou d'incompétence. Le problème, c'est que cela peut nous pousser à éviter les risques et à rechercher la perfection dès le départ. On veut réussir tout de suite. Et cette peur de l'échec, elle va du coup aussi limiter notre capacité à innover ou à explorer de nouvelles voies. Donc... Le défi, c'est d'apprendre à changer de regard, se dire que chaque échec contient une leçon, et que l'essentiel, ce n'est pas de tout réussir du premier coup, mais bien de progresser et de se relever à chaque étape.
- Speaker #0
En t'écoutant, Sophie, ça me rappelle une anecdote assez marquante. J'ai suivi les cours Florent il y a quelques années, et tout au long de la formation, les profs nous répétaient « Trouvez votre singularité » . Je t'assure, ce mot m'a obsédée pendant deux ans. Mais c'est quoi cette singularité ? J'ai même fini par chercher la définition dans le dictionnaire.
- Speaker #1
Et t'as trouvé quoi ?
- Speaker #0
J'ai compris avec le temps que ma singularité, c'était ce qui me rendait unique, ce qui me différenciait des autres. Mais bien sûr, la grande question qui vient après cela, c'est qui suis-je ?
- Speaker #1
Oui, alors là, on en a au moins pour 50 épisodes de podcast. Tu vois, c'est la fameuse question existentielle de tout un chacun. Voilà.
- Speaker #0
Aujourd'hui, je suis persuadée qu'une partie de la réponse se trouve dans nos imperfections. Ce qui me différencie des autres, ce sont en réalité mes failles. Ce sont elles qui nous rendent uniques. Je me souviens que mes profs nous disaient souvent « Mettez votre bordel sur scène, c'est là que se trouve l'or » . Et quand on y réfléchit, c'est exactement ce que font les humoristes. Tu vois, tiens, prends Paul Mirabel, il met à l'honneur son autisme sur scène. Ou encore Blanche Gardin qui parle sans filtre de ses complexes, de ses échecs amoureux ou de ses moments de solitude. Ce sont ses parts d'elle-même qu'elle expose, qui la rendent à la fois drôle et profondément humaine.
- Speaker #1
Ouais, et on peut aussi penser à Florence Foresti, qui utilise souvent ses insécurités ou ses moments gênants du quotidien pour créer des sketchs hilarants. Elle transforme ce qui pourrait être perçu comme des faiblesses en véritable force comique.
- Speaker #0
Ah mais qu'est-ce que ça nous fait rire ! Et c'est vrai, dans un autre registre, regarde des artistes comme Stromae. Avec son album Multitude, il a exploré ses failles, notamment sa dépression, en les transformant en chansons puissantes et touchantes. Il a non seulement partagé son vécu, mais il a aussi permis à d'autres de se sentir moins seuls face à leur propre lutte.
- Speaker #1
C'est un très bel exemple, il a permis aux autres de se reconnaître à travers leur lutte. Et ça montre combien nos imperfections, quand elles sont pas... partagés peuvent devenir une force collective, une force d'entraide collective. Et ce n'est pas réservé aux artistes connus dans la vie de tous les jours. Un parent qui raconte à son enfant qu'il a fait une erreur, mais qu'il a appris de cette erreur, transmet un message précieux. L'imperfection fait partie de la vie.
- Speaker #0
Ou même dans le monde professionnel. Tu sais, il n'y a pas longtemps, j'ai entendu un manager raconter comment il avait échoué sur un gros projet avant d'apprendre à mieux déléguer. Et il n'a pas seulement reconnu son erreur, il l'a partagé avec son équipe. Et en fait, c'était pour les encourager à ne pas avoir peur d'échouer et à essayer encore et encore.
- Speaker #1
Exactement. Et c'est bien en parlant d'exemples concrets, en parlant de la vie, en prenant cette fissure que nos échecs représentent et que beaucoup de gens ressentent à travers ces fissures du quotidien, ce sentiment de ne pas être à la hauteur. Imagine si on osait dire « oui, parfois je doute de moi » . Mais c'est ce doute qui m'a permis de travailler plus dur et d'arriver là où j'en suis aujourd'hui. Ça change tout,
- Speaker #0
non ? Tout à fait, Sophie. En fait, ces failles que l'on cache sont souvent les mêmes qui nous connectent aux autres. C'est dans ces moments de vulnérabilité que naissent les relations les plus authentiques.
- Speaker #1
Et si on commençait dès maintenant à regarder nos failles comme des trésors à explorer au lieu de fardeaux à porter ?
- Speaker #0
Tiens Sophie, ça me fait penser à l'art japonais. Comment ça s'appelle ?
- Speaker #1
Le kintsugi.
- Speaker #0
Ah oui, c'est ça ! Exactement, je n'arrive jamais à le dire, le kintsugi.
- Speaker #1
C'est une super métaphore. Imaginez un vase que vous venez de casser. Votre premier réflexe pourrait être de penser qu'il est bon à jeter, qu'il a perdu toute sa valeur. Mais en réalité, dans l'art japonais du kintsugi, ce vase peut devenir encore plus beau et précieux qu'avant. Au lieu de cacher les fissures, on les sublime en les remplissant de poudre d'or mélangée à de la laque. Ces cicatrices dorées racontent raconte l'histoire de l'objet. Elle montre qu'il a traversé des épreuves, qu'il a été brisé, mais qu'il en ressort plus fort et unique.
- Speaker #0
Et ça me fait penser à un livre que j'ai lu, ça s'appelle Monsieur Origami de Jean-Marc Ceci. Il utilise la métaphore de l'origami, cet art du pliage de papier, pour expliquer qu'une feuille, une fois dépliée, porte les marques de son histoire. Et pour comprendre ces plis, il suffit parfois de se déplier, de revenir sur ce qu'on a vécu.
- Speaker #1
Je me déplie et j'adore l'origami quand j'en faisais petite avec mon grand-père, tout à fait. Cet art de se déplier, on pourrait dire. Je trouve que ça complète parfaitement le kintsugi. Chaque pli, chaque fissure raconte quelque chose de nous et c'est en les acceptant qu'on trouve notre véritable richesse.
- Speaker #0
On est dans une belle ambiance philosophique aujourd'hui, Sophie, hein ? Et c'est exactement ce dont on a besoin parfois, prendre un moment pour réfléchir à nos propres plis et fissures. et voir comment on peut les transformer en or.
- Speaker #1
C'est vrai. Et je pense qu'on peut tous commencer par de petits pas pour transformer nos fissures en or. Par exemple, en se posant cette simple question, qu'est-ce que cette épreuve m'a appris ? Au lieu de la fuir ou de la cacher, on peut essayer de comprendre ce qu'elle nous a apporté.
- Speaker #0
Absolument, et pour aller encore un peu plus loin, on peut aussi célébrer nos imperfections. Vous avez remarqué comme on trouve souvent les autres plus inspirants quand ils osent montrer leur vulnérabilité. C'est parce que ça nous rappelle qu'on n'a pas besoin d'être parfait pour être aimé ou pour réussir.
- Speaker #1
Et si on faisait un petit défi ? Prenons le temps cette semaine de repérer une fissure qu'on porte en nous. On réfléchit à ce qu'elle nous a appris et on essaie de la sublimer. Soit en la partageant, soit en la célébrant.
- Speaker #0
Ça me plaît bien Sophie. Et vous savez quoi ? En sublimant notre propre cicatrice, on devient un peu comme ces vases Kintsugi. Non seulement on se rend plus fort, mais on inspire aussi les autres à faire pareil.
- Speaker #1
Oui, je trouve ça passionnant. Finalement... Accepter nos imperfections, c'est se donner la liberté d'être soi-même.
- Speaker #0
Nos imperfections sont vraiment une richesse. Elle nous rappelle qu'on est humain, qu'on est en apprentissage. Alors à vous qui nous écoutez, la prochaine fois que vous faites une erreur ou que vous remarquez une imperfection, essayez de la regarder avec bienveillance. C'est peut-être une fissure, mais elle peut devenir votre touche d'or.
- Speaker #1
Merci Claire pour cet échange et merci à vous tous de nous écouter. Prenez soin de vos fissures dorées et rendez-vous au prochain épisode d'Emotions. cœur.
- Speaker #0
Vous êtes le héros de votre vie.