Speaker #0Est-ce que tu manges des chamallows ? Plus spécifiquement, est-ce que tu manges LE marshmallow ? Je t'explique. Dans les années 70, des chercheurs de Stanford ont mené une expérience avec des enfants. On posait un marshmallow, tu sais c'est le chamallow, bon certes c'est une marque mais voilà, tu vois ce que c'est, ce petit bonbon guimauve là, devant chaque enfant et on lui disait si t'attends 5 minutes sans le manger, t'en auras un deuxième. Et on le laissait seul dans la pièce. Certains enfants attendaient... D'autres croquaient dans le chamallow à peine la porte fermée. Et ce que les chercheurs ont découvert ensuite, en suivant ces enfants sur des décennies, c'est que cette capacité à différer la gratification, à résister à l'immédiateté pour obtenir plus et mieux plus tard, était corrélée à plein de choses dans leur vie. La réussite scolaire, la santé, la qualité des relations. Alors je te pose la question autrement. Face à l'intelligence artificielle ou face à la technologie en général, Est-ce que tu es le genre de personne qui attend ou est-ce que tu croques dedans sans regarder ce que tu manges ? Parce qu'aujourd'hui, je veux qu'on parle du pharmacon, un concept vieux de plusieurs millénaires qui décrit mieux que n'importe quel rapport d'experts ce qui se passe en ce moment avec l'IA. Et ce que ça dit sur nous, sur toi, sur moi, sur la façon dont on traverse cette époque. Allez, bonne écoute ! Bienvenue dans Empowercast, le podcast qui réveille ton pouvoir intérieur. Si tu es entrepreneur... et que tu refuses de sacrifier ton authenticité et tes valeurs au nom du succès, alors tu es au bon endroit. Je suis Cécile Simonin, consultante et coach, posturologue, maître Reiki et apprentie chamane. Après plus de 20 ans en entreprise internationale, donc 15 ans management et 8 ans comité de direction, j'accompagne aujourd'hui celles et ceux qui veulent reprendre le lead sur leur entreprise et leur vie sans s'épuiser ni se trahir. Mon approche ? Te guider vers ta vie triple R. celles qui te ressemblent, te ressourcent et te respectent. Si tu veux que la réussite de ton business devienne l'expression de ta mission et non plus celle de ton sacrifice, alors rejoins-moi. Ensemble, nous allons transformer le monde. Aujourd'hui, on va philosopher un peu, mais je te promets que ça reste quand même très concret. Le pharmacon, qui s'écrit avec un K, d'accord, c'est un mot grec ancien, et ce mot-là est fascinant parce qu'en fait, on ne peut pas le traduire vraiment en un seul mot en français. Il signifie à la fois le remède, le poison et le bouc émissaire, dans la même racine, dans le même terme. Et c'est d'ailleurs de là que vient le mot pharmacie, c'est la même origine étymologique. Le physio... Le philosophe Jacques Derrida l'a repris et développé, et ensuite Bernard Stiegler l'a appliqué à la technique, à la technologie. L'idée centrale, c'est celle-ci. Certains objets, certaines inventions ne sont ni purement bons, ni purement mauvais. Ils sont les deux simultanément. Et tu ne peux pas séparer les deux faces. Tu prends l'une, tu prends l'autre. Selon Platon, l'écriture était un pharmacon. Il s'en méfiait d'ailleurs. Il pensait qu'écrire allait atrophier la mémoire humaine. Il avait tort sur la conclusion, mais pas complètement tort sur le diagnostic. L'imprimerie était un pharmacon, Internet est un pharmacon, et l'IA est un pharmacon. Ce qui veut dire qu'on ne peut pas avoir la conversation « est-ce que l'IA c'est bien ou c'est mal ? » Cette question est mal posée. La vraie question c'est « à quel prix ? » Qu'est-ce qu'on gagne et qu'est-ce qu'on paye en retour, souvent sans s'en rendre compte ? Chaque évolution technologique a un coût, et ce coût, il est biologique. Je pourrais te donner un exemple basique, mais on a inventé la voiture, c'est une super technologie, mais il y a eu un coup biologique, c'est qu'on a beaucoup moins marché à partir de là, qu'on ne s'est plus déplacé à cheval, qui mine de rien était quand même un exercice physique, et donc on est devenu beaucoup plus sédentaire. Et il y aurait plein d'autres coups biologiques associés à ça. Mais je vais prendre un autre exemple que tu connais bien, celui du GPS, ce système de guidage. Avant le GPS, quand tu te déplaçais dans une ville que tu ne connaissais pas, Tu lisais une carte, tu retenais le nom des rues, tu construisais mentalement une représentation spatiale, tu faisais des erreurs, tu recalculais toi-même, tu te souvenais du chemin pour la prochaine fois. Depuis le GPS, les études neurologiques le montrent, nos capacités de navigation spatiale s'atrophient. L'hippocampe, qui est la zone du cerveau impliquée dans la mémoire spatiale et la navigation, est beaucoup moins sollicitée. On a délégué cette fonction cognitive à un outil externe. Et ce qu'on ne sollicite plus, progressivement, on le perd. Ce n'est pas un jugement moral, c'est juste comme ça que ça fonctionne au niveau neurologique. On dirait en anglais « use it or lose it » . Si tu t'en sers pas, tu le perds. Maintenant, remplace navigation spatiale par raisonnement critique, par capacité à tolérer l'incertitude, par effort de mémorisation, par habitude de vérifier une source. L'IA est conçue précisément et délibérément pour réduire la friction cognitive. Elle est conçue pour que tu n'aies plus à fournir l'effort. Et c'est là que le pharmacon opère. Le remède, c'est le soulagement, le gain de temps, la... puissance de traitement, la disponibilité permanente d'une réponse. Et le poison, c'est que ce soulagement-là, à force, il atrophie les muscles qu'il remplace. Et comme pour le chamallow, l'atrophie, elle ne se voit pas tout de suite. Elle se voit dans 5 ans, dans 10 ans. Quand tu réalises que tu n'arrives plus à suivre un raisonnement long, sans aide, que tu ne tolères plus le vide, l'hésitation, le « je ne sais pas encore » , que tu attends que quelque chose recalcule à ta place. Il y a quelque chose que j'observe autour de moi et que je pense être un des enjeux majeurs de cette décennie. On parle beaucoup de fractures numériques, entre ceux qui ont accès à la technologie et ceux qui n'y ont pas accès. C'est une réalité. Mais je crois qu'il y a une fracture plus profonde, plus silencieuse, qui se creuse en ce moment. Je l'appellerais la fracture épistémique. Ce n'est pas une question d'accès, c'est une question de capacité à évaluer ce qu'on reçoit. L'IA est extrêmement convaincante dans la forme. Elle décrit avec fluidité, avec une apparence de cohérence, avec un ton assuré. Elle ne dit jamais « je doute » . Elle ne dit jamais « je ne suis pas sûre » . Elle énonce, comme le GPS énonce. Et cette assurance formelle, elle est trompeuse, parce qu'elle peut cacher une erreur aussi bien qu'une vérité. Moi, je suis le genre de personne qui va mettre en face de l'IA ses erreurs, qui va lui dire « là, tu me racontes n'importe quoi » , et qui va obtenir une correction. Je suis le genre de personne qui ne va pas suivre le GPS si mon sens de l'orientation, mon instinct ou juste mon esprit de contradiction peut-être, me dit que ce n'est pas par là et je l'assume même si au final il m'arrive bien sûr de me tromper. Je suis le genre de personne qui depuis l'école posait des questions aux profs pour vérifier, pas pour les défier, même si ça a souvent été interprété comme de l'insolence, mais juste pour être sûre, pour comprendre le raisonnement derrière. pas de la méfiance pathologique. Les épistémologues ont un nom pour ça, c'est le doute actif. C'est une posture intellectuelle qui consiste à ne jamais considérer une source, quelle qu'elle soit, comme définitivement fiable, qui consiste à continuer à chercher la faille, à considérer qu'une hypothèse n'est jamais définitivement prouvée, mais seulement non encore réfutée. Et ce doute actif, il demande de l'énergie. Et c'est là le problème. Parce que l'IA est précisément conçue pour nous soulager de cet effort-là, donc pour nous soulager de cette dépense énergétique, et donc en cela, elle répond à un besoin de notre cerveau, qui est d'économiser son énergie. L'IA nous propose de déléguer le doute, et certaines personnes vont accepter cette proposition, et je t'arrête tout de suite, c'est pas de la paresse, mais ça peut être de la fatigue, ou du manque de temps, ou une habitude de faire confiance à ce qu'on te dit. Et d'autres personnes vont continuer à vérifier, à recroiser les infos, à contredire. C'est ça la fracture. C'est pas qui a un ordinateur versus qui n'en a pas, mais c'est plutôt qui a conservé le muscle du doute. Mais laisse-moi revenir maintenant sur cette histoire de Chamallow, parce qu'il y a une nuance dans cette expérience qu'on oublie souvent de mentionner. Et qui a son importance ? Des recherches plus récentes ont montré que la capacité à attendre, c'était pas seulement une question de volonté ou de caractère, de... personnalité. C'est aussi corrélé au contexte de confiance dans lequel l'enfant avait grandi. L'enfant qui croque dans le marshmallow immédiatement, c'est pas forcément qu'il est impulsif ou qu'il cherche la récompense immédiate. C'est peut-être qu'il a appris de son expérience que les promesses ne se tiennent pas toujours. Et que si une opportunité est là maintenant, il vaut peut-être mieux la saisir parce qu'on sait pas si le deuxième chamallow, il arrivera vraiment. Tu sais, c'est comme on dit le proverbe Un tien vaut mieux que deux, tu l'auras. Autrement dit, attendre, c'est possible quand tu fais confiance au cadre. Et ça change la lecture de cette fracture épistémique. Peut-être que ceux qui délèguent leur jugement à l'IA sans vérifier ne manquent pas de capacité critique. Peut-être qu'ils manquent de confiance en leur propre jugement. Peut-être qu'ils ont appris quelque part que leur avis comptait moins que celui de l'autorité qui est en face d'eux. Que remettre en question... Ça coûte plus que ça ne rapporte. Oui, ça coûte quelques heures de colle quand t'es au collège ou au lycée. C'est pas un défaut de caractère, c'est une histoire. Alors, je vais terminer par une question que je me suis posée en préparant cet épisode et à laquelle je n'ai pas forcément de réponse définitive, c'est juste une intuition. Pourquoi est-ce que moi, je n'ai pas peur de l'IA ? Pourquoi est-ce que je l'utilise, je la contredit, je la corrige, je lui dis quand elle se trompe et je n'ai pas le sentiment qu'elle menace ma capacité à penser ? Est-ce que c'est ma formation scientifique, cette habitude d'investiguer, de chercher la faille, de considérer qu'aucune hypothèse n'est vraie jusqu'à preuve du contraire ? Ça forge quelque chose, c'est sûr, mais est-ce que c'est la vraie raison ? Mais je crois qu'en fait, c'est surtout ça. J'ai confiance en mon propre raisonnement. Pas une confiance aveugle, je sais que je me trompe régulièrement, mais une confiance de base qui dit que mon jugement a de la valeur. Ma façon de voir les choses mérite d'exister face à ce que l'outil me propose. Et cette confiance-là, je pense qu'elle est la condition du libre-arbitre face à la technologie. Et ce n'est pas une question d'intelligence. Ce n'est pas une question non plus d'expertise technique. C'est vraiment une question de rapport à soi-même. Est-ce que tu te fais suffisamment confiance pour dire « Non, ce n'est pas par là » , même quand le GPS insiste ? Est-ce que tu te fais suffisamment confiance pour attendre le deuxième chamallow ? L'IA va continuer à se développer, elle va continuer à être plus fluide, plus convaincante, plus présente. Et la vraie inégalité qui se dessine, ce n'est pas entre ceux qui y ont accès et ceux qui n'y ont pas accès, c'est entre ceux qui ont assez confiance en eux pour lui résister quand il le faut et décider de prendre ce chemin même s'il n'est pas conseillé par le GPS juste parce qu'ils en ont envie et ceux qui ont appris à déléguer ce jugement depuis trop longtemps. Le pharmacon ne disparaîtra pas, on ne peut pas séparer le remède du poison, c'est le même objet, mais on peut choisir comment on le tient. Si tu veux apprivoiser l'IA, apprendre à t'en servir sans y laisser ton âme, j'aurai très bientôt quelque chose à te proposer. Et pour être tenu informé dans les premiers, je te propose de t'abonner à l'Empower Mail ou de rejoindre l'Empower Group sur Telegram pour avoir l'opportunité de développer à la fois ta connaissance de l'IA et ton esprit critique par rapport à ce qu'elle produit. Tous les liens sont dans les notes de l'épisode ou en description. Moi, je te dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode. Et puis pendant ce temps, je vais attendre le deuxième chamallow. Et toi ? Allez, surtout n'oublie pas, keep shining ! Merci d'avoir écouté cet épisode. On se retrouve la semaine prochaine pour une nouvelle aventure. Depuis début 2023, j'accompagne des entrepreneurs, coachs et dirigeants qui refusent de choisir entre réussite et authenticité, entre bien-être et performance. Si toi aussi tu ressens cet appel à te créer ce que j'appelle une vie triple R, qui te ressemble, te ressource et te respecte, Alors, Rejoins ma communauté, inscris-toi à l'Empower Mail, ma newsletter hebdomadaire. 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