- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast en binôme. En binôme, c'est un podcast qui vous plonge dans le quotidien de personnes accompagnées d'un chien guide ou d'assistance. A travers des histoires de vie, on découvre le lien unique entre le maître et son chien, mais aussi le rôle souvent méconnu des familles d'accueil, des éducateurs et l'importance de l'accessibilité. Le podcast comprend également une partie au bac, qui est l'observatoire de l'accessibilité du chien guide ou d'assistance, avec des interviews de responsables d'entreprises, de fédérations, d'institutions ou d'associations engagées en faveur du libre accès des personnes accompagnées d'un chien guide ou d'assistance. Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans En Binôme, le podcast de l'ANM. Aujourd'hui, nous vous proposons de partir à la rencontre de Florine Munier, coordinatrice de l'association Acadia, au micro de Stéphane Boutmy, directeur de l'ANM. Première association française spécialisée dans l'éducation de chins d'assistance pour les jeunes atteints de diabète, Acadia accompagne des enfants, des adolescents et leurs familles grâce à des chiens capables de détecter les variations de glycémie. Dans cet épisode, découvrez les missions d'Acadia, son engagement au sein de l'OBAC, l'Observatoire de l'Accessibilité, du Chien Guide ou d'Assistance, et le rôle essentiel de ces chiens d'assistance au quotidien. Bonne écoute !
- Speaker #1
Bonjour Florine !
- Speaker #2
Bonjour !
- Speaker #1
Merci d'avoir accepté ce temps d'échange. L'idée, c'est qu'on ait une conversation assez sympa et ouverte. Je te poserai quelques questions également, pour que les personnes puissent en connaître plus sur Acadia et sur votre activité.
- Speaker #2
Avec plaisir !
- Speaker #1
Est-ce que tu peux déjà te présenter ?
- Speaker #2
Alors, je m'appelle Florine, je suis coordinatrice de l'association Acadia à Livron-sur-Drome depuis 2018.
- Speaker #1
Ok, qu'est-ce qui t'a fait venir à l'association ?
- Speaker #2
Alors, pas mal de coïncidences, je suis de formation assistante sociale avec une spécialisation en prévention santé et puis une grande passionnée des animaux. Et quand j'ai repris mes études pour un master, l'association Acadia, pour se lancer et démarrer son activité, cherchait un stagiaire. Et voilà, il se trouve que c'était l'opportunité pour moi de rejoindre à la fois l'humain et le chien. Et c'est comme ça que ça a débuté, que je suis arrivée chez Acadia. Et j'en suis plus partie, tu vois, je suis encore là.
- Speaker #1
Ça fait longtemps que tu y es, non ?
- Speaker #2
Eh bien, ça va faire 8 ans.
- Speaker #1
Ok, super. Et justement, c'est quoi la mission d'Acadia ? Est-ce que tu peux présenter l'association ?
- Speaker #2
Oui, alors l'association Acadia est née de parents qui sont eux-mêmes touchés par la maladie de leur enfant et c'est le diabète, le diabète de type 1. Et donc, l'association forme des chiens d'assistance qui sont capables d'accompagner ces enfants en détectant leur... glycémie. Donc, quand ils font une crise d'hypo ou d'hyperglycémie, les chiens vont alerter le jeune ou ses parents pour qu'ils puissent se mettre en sécurité, se resucrer ou s'injecter de l'insuline. Donc ça, c'est notre mission principale. On va aider à réguler le diabète en anticipant les variations grâce à l'odorat du chien. Et puis, on voit aussi que le chien, c'est un animal de compagnie qui apporte pas mal de médiation, de liens sociaux, c'est un... confident pour ces enfants qui vivent la maladie et qui peuvent se sentir différents à certains moments.
- Speaker #1
Ok, est-ce que vous avez une race de chiens spécifique ?
- Speaker #2
Alors la particularité d'Acadia, c'est qu'on travaille avec différents chiens, on les sélectionne alors qu'ils sont déjà adultes, soit réorientés du parcours des chiens guides. On a une bonne partie de nos chiens qui ont Essayer un nouveau métier, entre guillemets, pour se réorienter sur leur flair et rejoindre Acadia. Et sinon, l'autre partie de nos chiens vient de chiens issus de refuges, de SPA, à qui on va là aussi donner une seconde chance. Et du coup, quand on a des réorientés de chiens guides, on a beaucoup de Labrador ou de Golden. Mais sur la partie refuge, on peut vraiment avoir différentes races, des croisés et des profils un peu plus atypiques qui sortent du Golden et du Labrador.
- Speaker #1
D'accord. Et vous remettez donc les chiens, c'est spécifiquement à des enfants ? Vous avez un âge requis ?
- Speaker #2
Oui, alors on a gardé l'histoire d'Acadia qui était fondatrice avec l'histoire de Théovic où c'est des parents pour leur enfant. Et donc, on priorise les remises à des jeunes. On a notre plus jeune, Agathe, qui a reçu son chien à l'âge de 5 ans. Donc, c'est à peu près notre minimum au niveau de l'âge. Il faut au moins avoir 5 ans. Et après, on passe par les adolescents, mais aussi les jeunes adultes sur la vingtaine qui souhaitent prendre leur autonomie pour... continuer leurs études ou pour aller dans la vie active et qui ont là aussi besoin de l'assistance d'un chien.
- Speaker #1
D'accord. Je suppose que vous travaillez avec des éducateurs. Est-ce que ça demande un travail spécifique sur le chien justement pour accompagner des enfants ? Est-ce qu'il y a une éducation spéciale ?
- Speaker #2
Oui, alors il y a des éducations un peu différentes en fonction de si ça va être Merci. un chien qui est remis à Agathe qui a 5 ans ou si c'est un chien qui est remis à Lou qui a une vingtaine d'années. Parce que dans les alertes, donc chez Acadia, l'alerte c'est le POC, c'est des coups de museau sur une partie du corps pour nous dire attention, il se passe quelque chose au niveau de la glycémie. Et quand on a 5 ans, on n'est pas apte à soigner soi-même son diabète, à se resucrer ou s'injecter de l'insuline. Donc l'éducateur canin doit travailler en trinome. Donc il doit avoir l'odeur qui est émanée par l'enfant qui a 5 ans, mais il doit apprendre au chien à alerter les parents. Donc à les poquer, non pas à la source de l'odeur, mais poquer les parents. Et puis si c'est la nuit, il apprend aussi au chien à appuyer sur un bouton de télé-alarme qui réveillera les parents alors que le chien dort dans la chambre de l'enfant. Par exemple, c'est... C'est un des exemples d'adaptation qu'on fait pour les enfants. Alors qu'un jeune adulte, c'est lui qui va se faire poquer pour l'alerte en journée ou la nuit, peu importe, parce qu'il va pouvoir agir et se mettre en sécurité.
- Speaker #1
D'accord. Vous parvenez toujours à… à faire cette éducation auprès des chiens ou est-ce qu'il peut y avoir un taux de réussite qui peut varier en fonction du chien que vous récupérez, qui a été réorienté ou qui provient d'un autre élevage ?
- Speaker #2
Oui, en effet, tous nos chiens ne vont pas jusqu'au bout. On a des chiens qui sont réorientés ou réformés. Au début, quand on sélectionne les chiens, on a deux mois. Donc, on lui fait passer des tests de comportement pendant ces deux mois et des tests de santé avant de se dire est-ce qu'on l'inclut dans le programme de chien d'assistance. Donc, s'il y a des réformes, la majorité de nos réformes arrivent à ce moment-là sur les premiers mois, les deux premiers mois de sélection. On a soit des chiens qui ne sont pas faits pour le métier de chien d'assistance par rapport au comportement. Ils ne sont pas si à l'aise que ça dans leur comportement. patounes pour aller dans tous les lieux publics par exemple. D'autres, le programme va s'arrêter en raison de santé. S'il y a une légère dysplasie, on ne peut pas les faire continuer le programme. Et donc dans ces cas-là, on a des chiens qu'on remet à l'adoption, notamment quand c'est des chiens qui viennent de SPA. Plutôt que les remettre en refuge, on a aussi un volet chez Acadia qui va être le fait de promouvoir l'adoption de ce chien dans une famille sans diabète.
- Speaker #1
D'accord, donc du coup vous assurez un suivi aussi à partir du moment où il y a la remise, jusqu'au départ à la retraite du chien ?
- Speaker #2
Oui, alors si on remet un chien en tant que chien d'assistance, on assure un suivi de ce chien et chez Agadia on les revoit tous les ans. Donc tous les ans on fait un jour et demi ou deux jours, tous ensemble, donc par groupe, c'est des journées collectives. où on a un groupe d'une dizaine de familles qui reviennent avec leurs chiens. Les éducateurs canins sont là aussi pour les accompagner. On repasse une évaluation chaque année pour les lieux publics. Et puis pour les familles et les enfants, c'est aussi le moyen d'échanger entre eux. Ils se retrouvent entre eux, ils peuvent parler librement du diabète, ils se donnent des conseils et des astuces sur les derniers resucrages qu'ils ont trouvés. C'est des moments conviviales.
- Speaker #1
Ok. Et justement, comment ça fonctionne Acadia au niveau pratique ? Vous avez des salariés, vous avez une équipe de combien d'éducateurs ou de combien de personnes sur place ?
- Speaker #2
Alors, donc Acadia, on a un seul centre qui est à Livron-sur-Drome. On occupe une ancienne école qui était une école primaire et qui nous a été mise gracieusement à disposition par la mairie de Livron en 2019. Donc les salles de classe pour enfants sont devenues des salles de classe pour les chiens d'assistance. Et on a une dizaine d'éducateurs canins, mais qui ne sont pas toujours au centre Acadia. C'est des éducateurs canins qui sont prestataires pour Acadia. qu'on a formé depuis quelques années et qui accueillent un ou plusieurs chiens chez eux et qui viennent pendant une semaine, tous les deux mois, au centre à Livron pour passer les évaluations, pour se réentraîner, pour suivre l'éducation du chien et voir comment il avance. Donc, au quotidien, on n'a pas beaucoup de chiens à l'école. Il y en a quelques-uns parce qu'on est tous, parmi les salariés, on est une dizaine aussi de salariés. Et on est quasiment tous famille d'accueil pour des chiens. Donc, il y a quand même des chiens qui viennent avec nous au centre. Mais sinon, en termes d'éducation, ça se fait principalement à domicile des éducateurs canins. On a des éducateurs canins qui sont en Aveyron, d'autres qui sont près de Rennes, en Bretagne. Et donc, c'est assez éparpillé dans la France. Et on se voit, comme je te disais, on se voit tous les deux mois, pendant une semaine entière, on vit tous ensemble avec tous les chiens qui sont en formation à ce moment-là.
- Speaker #1
Super, et à partir du moment où vous récupérez un chien la formation dure combien de temps à peu près pour que le chien puisse être remis ?
- Speaker #2
Alors après les deux mois de sélection, de test il faut compter à peu près 6 à 8 mois d'éducation donc ça dure au total un peu moins d'une année pour former un chien ça va dépendre aussi du tempérament et de la vitesse d'apprentissage des chiens mais en En moyenne, c'est à peu près huit mois. Donc, c'est quand même rapide, mais aussi parce qu'on commence l'éducation avec des chiens qui sont adultes. Ils ont déjà bien plus d'un an.
- Speaker #1
Ok, super. Et donc, comment se déroule la rencontre entre un futur bénéficiaire et son chien ? Comment vous faites les sélections et formez les binômes ?
- Speaker #2
Alors, beaucoup d'associations, je crois, disent la même chose. C'est quand même le plus difficile à ce moment-là. Donc, chez nous, les familles téléchargent un dossier en ligne qu'elles complètent avec leur diabétologue, qu'elles nous renvoient. On enregistre le dossier papier. Suite au dossier papier, on a une visioconférence parce que beaucoup de familles sont très loin de chez Acadia. On remet des chiens. partout en France, donc elles sont parfois à l'opposé ou à beaucoup de kilomètres. Et du coup, on fait ça en visioconférence pour le premier rendez-vous où on va vraiment expliquer ce qu'est le projet d'accueillir un chien d'assistance pour diabétique. La famille peut commencer à se projeter là-dedans. Nous, on va vérifier aussi qu'il n'y ait pas des points qui sont rédhibitoires à l'accueil du chien. Et puis... Ensuite, on va les convier à venir à Acadia pendant deux jours. C'est ce qu'on appelle une prévisite famille. Pendant cette prévisite famille, on va faire des exercices avec eux. Encore une fois, on est en collectif. Donc, ça se passe pendant ces fameuses semaines où tous les éducateurs canins sont à Acadia. Et on va faire des exercices avec différents chiens pour voir comment ça matche avec chacun d'entre eux, entre la famille et le chien. les feelings qui peuvent naître entre eux. Et puis la famille, on va vraiment l'aider à se projeter. Il faut savoir que le diabète de type 1, c'est un handicap qui est invisible. Aujourd'hui, si on se promène dans la rue, notre capteur, notre pompe, on ne la voit pas vraiment. Alors que là, quand on va se promener avec un chien d'assistance qui peut avoir une cape d'assistance où il y a marqué « assistance diabète » , d'un coup, le handicap devient visible. Et donc, il faut que la famille, comme le jeune, se projette avant de valider complètement le fait de vouloir accueillir un chien. Il faut aussi qu'il se projette là-dedans et qu'il soit prêt à assumer son diabète dans les lieux publics, au lycée, etc. avec son chien. Donc, on va faire des exercices pendant la prévisite famille, aussi dans les lieux publics, avec le chien en cap pour que les jeunes se rendent compte. compte du visuel, en tout cas, que ça peut apporter. Et puis, à la fin de ces deux jours, si tout s'est bien passé, que le projet du jeune et de sa famille est abouti, en comité avec les équipes, on va définir les attributions qui nous paraissent les plus adaptées, celles qui vont le mieux matcher en fonction du lieu de vie. En fonction des disponibilités de chacun, du tempérament du chien, pour essayer de cocher toutes les cases pour leur nouvelle vie. Et à ce moment-là, on les convie à revenir à Acadia pendant dix jours.
- Speaker #1
pour leur stage de remise. Ok. Donc, tu as parlé de diabétologues. Est-ce que ce sont eux qui prescrivent, entre guillemets, un chien Acadia à leurs patients ? Est-ce qu'ils connaissent Acadia ? Parce que dans le monde du chien guide, on l'a vu plusieurs fois, mais il y a énormément d'ophtalmo, par exemple, qui ne connaissent pas le monde du chien guide ou qui ne vont pas le proposer. Est-ce que c'est quelque chose que les diabétologues connaissent, Acadia ? Ou est-ce que c'est les familles qui font des démarches de recherche et qui vous contactent par la suite ?
- Speaker #2
Alors, il y a quelques années de ça, c'était quasiment 90% les familles qui nous avaient repérées d'elles-mêmes, soit sur les réseaux, soit à la télé, soit avec des associations d'autres patients, de jeunes diabétiques, par exemple. Et maintenant, on voit qu'il y a une tendance quand même qui va vers... le fait qu'on commence à avoir des diabétos qui sont prescripteurs. Pas beaucoup, mais ça augmente par rapport aux années précédentes. Je pense à la fois parce qu'on est présent sur des congrès liés aux diabétologues ou aux professionnels de santé liés au diabète. On a fait aussi une grande campagne de démarchage pour faire connaître Acadia auprès des prestataires de santé qui posent les pompes, qui accompagnent... les jeunes dans leur prise en charge de glycémie, capteurs, etc. Et puis, on a des diabétos. Maintenant, on a à peu près remis 60 chiens partout en France. Donc, c'est 60 familles qui sont accompagnées d'un diabétologue pour une grande partie différente. Et du coup, ces 60 diabétologues, maintenant, sont alertes et peuvent prescrire. ou en tout cas orienter vers Acadia les familles qui reçoivent parce qu'ils ont eux-mêmes un patient qui les accompagne, qui est accompagné d'un chien et qui voit en direct comment ça se passe.
- Speaker #1
Vous êtes à 60 chiens d'alerte, c'est ça ?
- Speaker #2
Oui, des chiens d'assistance diabète ou d'alerte diabète.
- Speaker #1
Ok, super. Vous en êtes à 60 remis ou vous avez 60 équipes en activité actuellement ?
- Speaker #2
60 remis et on en a deux qui sont passés à la retraite l'année dernière, nos deux premiers chiens à la retraite.
- Speaker #1
D'accord. Et donc, ces deux personnes vont rentrer dans un renouvellement de chiens également ?
- Speaker #2
Alors, la particularité, c'est que ce sont deux adultes maintenant qui ont appris leur chien maintenant à un peu plus d'une dizaine d'années. Donc, ils sont devenus adultes. Ils avaient eu leur chien plutôt en adolescent. Et... Peut-être qu'on pourra les accompagner s'ils souhaitent un nouveau chien, mais à la fois pour le moment pour eux, ils veulent se consacrer aussi à la vieillesse, entre guillemets, des talous et de médelés. Et puis du côté d'Acadia, c'est vrai que le public adulte n'est pas notre priorité pour le moment. Donc on attend de voir un peu comment ça va se passer et si on pourra les réaccompagner quand ils souhaiteront avoir un nouveau chien. la particularité aussi des chiens d'assistance pour diabétiques c'est que quand on passe les chiens à la retraite, on enlève la cape d'assistance, enfin ils ont une vie plus cool et ils accompagnent pas forcément dans les lieux publics mais en tant que tel, ils vont continuer à dire les alertes parce qu'ils ont été tellement renforcés récompensés pour ça que du coup ils s'arrêtent pas forcément même après la retraite à alerter Merci.
- Speaker #1
C'est sûr. Et en plus, je pense que pour des enfants, la présence du chien aussi, ça les éduque presque à leur handicap. Après, vous savez certainement mieux que moi, mais quand on a 5 ans et que, tiens, on ne se rend peut-être pas compte des crises qu'on peut faire diabétiques et que le chien puisse accompagner comme ça, peut-être que c'est une éducation jusqu'à l'âge adulte sur son propre handicap aussi et qu'à un moment, arrivé à l'âge adulte... Son chien a fait son affaire, entre guillemets. Ensuite, l'adulte, peut-être que lui, il s'est mieux contrôlé son diabète, je pense.
- Speaker #2
Oui, c'est tout ce qu'on peut espérer. C'est vrai que le fait que le chien alerte assez tôt, entre 15 et 20 minutes avant l'hypo et l'hyperglycémie, le jeune peut commencer à se dire, « Attends, là, à ce moment-là, qu'est-ce que je ressens comme symptôme ? » Et repérer au fur et à mesure, plus vite, ces symptômes-là pour... être en capacité lui aussi d'anticiper une hypo ou une hyperglycémie. Et puis, à Cadia, on a choisi un comportement d'alerte qui est le POC et qui est le même en cas d'hypo ou d'hyperglycémie. Donc, ça demande quand même au jeune, une fois qu'il a l'alerte, de se contrôler et de savoir s'il doit agir en se resucrant ou en s'injectant de l'insuline. Donc, on ne laisse pas reposer complètement. la maladie sur le chien, le jeune doit aussi derrière utiliser sa technologie pour savoir ce qu'il doit faire pour aller mieux et éviter la crise. Donc c'est aussi lui apprendre à se contrôler avec son capteur, à s'injecter les bonnes doses d'insuline, etc.
- Speaker #1
Vous avez des échantillons de senteurs, d'odeurs, pour permettre aux chiens de se préparer, justement, de les former ?
- Speaker #2
Oui, on travaille avec des compresses que les jeunes nous envoient et sur lesquelles ils ont récupéré leur haleine et leur sueur au moment où ils sont en crise d'hypoglycémie. Et la même chose au moment où ils sont en crise de glycémie, enfin non, qu'ils sont en non-crise, qu'ils sont en glycémie normale. Et on va apprendre aux chiens à différencier ces deux odeurs, entre crise et pas crise, grâce aux petits cotons que les jeunes vont nous envoyer et qui vont nous permettre de faire l'éducation du chien à différents niveaux. Mais pendant les huit mois, on va travailler avec cette odeur et ces petits cotons.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #2
Et à la fin, au moment du stage de remise, les chiens, quand ils retrouvent les jeunes, leur binôme en tout cas, l'enfant et la famille. En fait, le chien, on a tellement récompensé l'odeur du petit coton. Tout à l'heure, j'expliquais par exemple de Agathe que quand Relax rencontre Agathe, en fait, pour lui, il la connaît déjà Agathe à travers son olfaction. Donc, c'est un gros échantillon, Agathe qui arrive et qui du coup, Du coup, ça permet aussi d'aller plus vite dans la création de ce lien au moment du stage de remise pendant les 10 jours. En fait, le chien connaît déjà par cœur l'odeur de Agathe.
- Speaker #1
Ça peut arriver que malgré tout ça, etc., ça ne matche pas entre le binôme que vous avez pressenti et que le chien soit « rendu » ou qu'il y ait des difficultés comme ça ?
- Speaker #2
Oui, ça nous est arrivé deux fois. Une fois, justement à cause de la partie où le chien renvoyait trop la maladie auprès du jeune, de la jeune adolescente. Et du coup, elle s'était projetée dans le fait d'avoir un chien de compagnie, un chien avec qui elle allait à un confident, partager des parties de jeu. Et du coup, le fait que le chien l'alerte, la POC, lui renvoyait trop. l'image de la maladie et du diabète. Et en fait, elle nous a dit « je n'y arrive pas » . Et du coup, elle a préféré, ce n'était pas le bon moment, elle a préféré que le chien revienne à l'association et puisse être réentraîné pour accompagner une autre famille. Et puis, une autre fois, alors là, c'était carrément en stage de remise, on a eu une famille bénéficiaire qui a déclaré pour la maman une allergie au chien. on ne le savait pas, elle ne le savait pas non plus. Et en fait, après dix jours, elle est allée voir les urgences parce qu'elle n'en pouvait plus. Et en fait, ils ont découvert qu'elle était allergique aux chiens. Et comme nos familles n'ont pas forcément des chiens auparavant dans leur quotidien, dans leur entourage, elle ne savait pas qu'elle avait cette allergie.
- Speaker #1
Ok. Tout à l'heure, tu as parlé d'un handicap invisible. Nous on sait que sur les... L'année dernière sur les 375 refus qu'on a traités, il y a une part de personnes qui ont un chien d'assistance et ça peut arriver qu'on leur dise « Mais vous, vous n'êtes pas aveugle, qu'est-ce que vous faites avec votre chien ? » Le grand public peut avoir du mal à voir les fils qui se touchent quand il voit quelqu'un qui n'est pas aveugle avec un chien. Ça doit être un chien guide d'aveugle. Est-ce que vous avez des... Des bénéficiaires qui subissent ça un peu au quotidien, c'est-à-dire ce handicap invisible et cette dichotomie dans la tête des gens qui les voient en se disant « c'est un chien d'assistance, mais le jeune-là, il a l'air en très bonne santé » . Est-ce que vous avez des difficultés d'accès liées à ça, justement ?
- Speaker #2
Complètement. Le diabète... est un handicap invisible, mais comme pour d'autres handicaps invisibles où en fait, c'est des nouvelles spécialités qui sont jeunes, qui sont récentes. Et dans le commun de tout le monde, les chiens qui ont le droit d'accéder dans les lieux publics, qui ont une CAP, sont soit des chiens qui accompagnent des personnes malvoyantes, soit des chiens qui accompagnent des personnes à mobilité réduite. Et donc, beaucoup, on voit bien quand on accompagne les jeunes, même quand ils sont en autonomie, On voit bien que les vigiles, le grand public sont à la recherche de « est-ce qu'on a des lunettes ? » « est-ce qu'on a un fauteuil qui n'est pas loin, qui nous suit ? » Et en fait, quand il n'y a pas tout ça, ça peut amener aussi de la curiosité, de se dire « mais attends, pourquoi vous avez un chien et pourquoi vous rentrez dans le magasin avec lui ? » Donc, il y a beaucoup d'échanges qui sont liés à ça, mais heureusement, on a aussi sur ces échanges-là quand même une majorité de personnes qui sont bienveillantes et qui veulent comprendre comment le chien les aide, comment il aide au diabète. On a eu quelques refus d'accès, Et on a aussi quelques moments plus délicats parce que les personnes pensent qu'on ne peut pas rentrer avec le chien parce qu'on n'est pas malvoyant ou qu'on n'est pas en fauteuil et que ça se limite à ces deux pathologies-là. Mais sinon, on a quand même aussi du grand public qui a besoin d'être informé et qu'on va renseigner.
- Speaker #1
Nous, à l'ALM, on est très contents d'avoir signé la convention de partenariat avec vous. dans le cadre des refus d'accès, si vos bénéficiaires en subissent. L'idée, c'est de faire en sorte d'éduquer aussi, de sensibiliser le plus grand nombre sur les chiens guides, les chiens d'assistance. Aujourd'hui, tu l'as dit, Acadia, c'est assez jeune. C'est quoi les difficultés que vous pouvez rencontrer au quotidien ? Par exemple, je sais qu'il y a un sujet sur la labellisation, par exemple.
- Speaker #0
Oui, alors nous, on est donc dans la Drôme. C'est le seul centre de chiens d'assistance ou de chiens guides dans la Drôme. Il n'existe pas d'autres centres. Et du coup, pour la préfecture de la Drôme, c'est une première d'essayer, de recevoir notre demande de labellisation. Donc, ça fait quelques années qu'on essaye de trouver avec les services de la préfecture sur comment on peut... avancer sur ce sujet-là. Mais c'est compliqué, c'est une première pour leur service. Et aussi, on vient de le dire, mais ce n'est pas tout à fait le cahier des charges qui correspond à Acadia, dans le sens que c'est un cahier des charges qui est quand même assez vieux, qui a plusieurs années. Et il y a des choses à l'intérieur pour lesquelles Acadia ne coche pas. Par exemple, il y a noté sur... Cette demande de labellisation, qu'on doit avoir des boxes pour accueillir les chiens, mais comme nous, on n'accueille pas les chiens au centre, on n'a pas fait de box pour les laisser vides. Il y a quelques points qu'on doit éclaircir pour savoir comment on fait. Ok, il est noté sur le papier qu'il faut cocher tel critère, mais si c'est un critère dont on n'a pas besoin, est-ce que c'est vraiment quelque chose d'obligatoire ? Ça, c'est pour la partie labellisation. L'autre partie aussi pour laquelle on a des difficultés, c'est d'obtenir la carte mobilité inclusion pour nos jeunes qui ont donc le diabète de type 1. Toutes les MDPH sur le territoire ne sont pas informées de la même façon. Et du coup, on doit, avec Acadia et les familles, souvent aller réexpliquer que la carte CMI, c'est le sésame pour le chien d'assistance, pour qu'il accepte. partout et que le diabète de type 1, c'est aussi un diabète qui est à considérer différemment que le diabète de type 2 parce que le diabète de type 1, les crises d'hypo ou d'hyperglycémie, elles arrivent n'importe quand, à n'importe quel moment sans qu'on puisse les prévenir. Donc voilà, on continue de faire connaître, d'essayer de de se battre, entre guillemets, mais pour faciliter les démarches administratives aussi de nos familles auprès des MDPH pour l'obtention de la CMI. Ils ont déjà tellement à faire que rajouter un dossier avec des recours, avec des choses comme ça, c'est beaucoup pour eux.
- Speaker #1
C'est sûr qu'il y a une mise à jour de la labellisation à effectuer et même en fonction des interlocuteurs que tu as en face. Il y en a qui peuvent être moins regardants et accorder une labellisation. Et d'autres qui veulent bien faire et regarder un cahier des charges qui, oui, mérite certainement d'être mis à jour. Donc, on comprend bien la difficulté. Et puis après,
- Speaker #0
l'autre difficulté aussi, c'est que... Donc, en étant pour le moment les seuls en France, on a beaucoup de demandes. On a aussi beaucoup de demandes d'adultes. qui ont besoin d'être accompagnés d'un chien parce que leur diabète est complètement déséquilibrée, même à l'âge adulte. Et aujourd'hui, on ne forme pas assez de chiens pour répondre à toutes ces demandes. Si on arrive à former 15 ou à accompagner 20 personnes dans l'année, c'est notre objectif. Ça serait un challenge qu'on aimerait atteindre. Mais pour ça, il y a des barrières aussi. Il y a des barrières financières, il y a des barrières de former plus d'éducateurs canins, de recruter plus de chiens, etc. Mais on ne perd pas espoir, on va y arriver.
- Speaker #1
Justement, au niveau du financement, vous êtes financée comment aujourd'hui ?
- Speaker #0
C'est uniquement sur l'appel à la générosité, donc des particuliers, des dons de particuliers, mais aussi des mécénats d'entreprise, des fondations. Moi, c'est un de mon plus gros travail. C'est ce qui me prend quasiment le plus de temps. C'est tout ce travail de partenariat et de collecte de fonds pour arriver à former X chiens dans l'année en fonction des fonds qu'on aura réussi à lever.
- Speaker #1
D'accord. Tu as dit que vous étiez les seuls en France sur ce modèle-là. Est-ce que vous avez des modèles ou des pendants à l'international ou des partenaires à l'international ?
- Speaker #0
Oui, on a des partenaires à l'international. On travaille avec Jennifer Catté, qui est notre formatrice depuis 2018 et qui a l'association Medical Muts aux US. Donc, elle vient plusieurs fois dans l'année en France pour nous aider à continuer de nous développer, à travailler des nouvelles spécialités ou compétences et techniques avec nos éducateurs canins. Et puis depuis deux ans maintenant, on a été validé par ADI comme candidat. Et du coup, ça nous permet d'être en réseau avec beaucoup d'associations qui font du diabète ou d'autres spécialités dans le monde et de pouvoir échanger avec eux sur leurs pratiques pour essayer de s'améliorer et d'être toujours plus efficient.
- Speaker #1
L'ADI, c'est la Fédération Internationale des Chiens d'Assistance.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Et c'est aussi un des sésames pour prendre l'avion, parce qu'aujourd'hui, beaucoup de compagnies aériennes demandent soit l'attestation IGDF, Fédération Internationale du Chien Guide, ou ADI, Fédération Internationale du Chien d'Assistance.
- Speaker #0
C'est ça. On a des jeunes qui sont des jeunes en vue d'adultes, enfin des jeunes adultes, et aujourd'hui, beaucoup d'entre eux voyagent ou ont des programmes Erasmus pour l'école. Du coup, on ne peut plus se passer ce voyage en avion avec les chiens. On a vraiment besoin de pouvoir être ADI pour permettre à nos jeunes de bénéficier de l'accès aux avions.
- Speaker #1
Est-ce qu'aujourd'hui, tu vois... Au niveau du chien guide, par exemple, ça fait des années qu'on parle de chien robot. Il y a des GPS, il y a une technologie qui existe. et certains pensent ou alors il y a une frayeur sur le fait que la technologie remplacera le chien guide. Est-ce que vous, vous avez, sur les années qui passent, une technologie qui vous fait peur, entre guillemets, en tant que professionnel dans ce monde ? Ou est-ce que la technologie, ça lie vraiment au chien aujourd'hui ?
- Speaker #0
Alors, la technologie a beaucoup, beaucoup évolué sur le diabète. En une dizaine d'années, c'est révolutionnaire. On est passé du dextro à faire sur le doigt, la petite piqûre au doigt pour connaître sa glycémie, avec un capteur sur le bras qui nous permet de connaître notre glycémie en temps réel. On est passé des injections d'insuline à une pompe, qui est maintenant une pompe en boucle. Donc c'est vraiment des super avancées. Le chien reste complémentaire pour le moment à tout ça, parce qu'il arrive à sentir et à alerter. 15 à 20 minutes avant l'épisode d'hypo ou d'hyperglycémie. Donc, ça nous permet vraiment de gagner du temps et d'anticiper. C'est aussi un chien. Donc, il y a cet élément vivant qui est différent d'une technologie que vous portez sur le bras, sur la cuisse, sur le ventre et qui est omniprésente, qui est tout le temps là à être avec vous, à bipper, etc. Mais nous, ce qu'on peut souhaiter, c'est que ça évolue encore. Et qu'on puisse, ça serait le rêve pour Acadia, mais aussi pour les personnes diabétiques, c'est qu'on puisse complètement en guérir et qu'on trouve des moyens d'enraîner, dès le départ, au moment du système immunitaire, au moment où il flanche et qu'il commence à détruire nos cellules du pancréas, dès à présent qu'on arrive à... à arrêter tout ça et qu'il n'y ait plus de diabète, qu'on puisse en guérir, en tout cas de type 1. Et donc, dans cette perspective-là, parce qu'on continue de former des chiens pour le moment sur le diabète, mais dans cette perspective-là, on continue de réfléchir aussi à d'autres pathologies ou d'autres moyens de pouvoir mettre nos compétences quand même à l'aide d'autres pathologies si on devait guérir du diabète. Alors, on y réfléchit, c'est tout récent. Voilà, Kadia est encore jeune, mais dans la perspective, si on guérit du diabète, on aurait des compétences à mettre pour aider d'autres personnes.
- Speaker #1
Ok, super. Nous, on est très contents, comme je l'ai dit, on est très contents de travailler avec vous. On vous félicite pour votre super travail. Je sais que ce n'est pas facile de se lancer, et quand on est jeune et d'avoir les financements, etc., ce n'est pas évident. Donc vraiment bravo, on est très contents aussi de travailler avec vous dans le cadre de l'observatoire l'accessibilité du chien guide ou d'assistance, l'OBAC. On espère pouvoir faire un événement d'ici peu, mais vous pouvez compter sur le soutien de l'ANM et même au niveau de la labellisation si on peut essayer de faire quelque chose. On essaiera de continuer de vous aider et d'avoir des nouvelles là-dessus.
- Speaker #0
Oui. C'est un plaisir de partager parce que chez Acadia, dans nos stages de remise et puis pour les anciens bénéficiaires aussi, on leur a déjà transmis la plateforme de l'ANM, le numéro de l'ANM en cas de problème de refus d'accès, par exemple. Et je n'ai aucun doute que ça va faciliter au moins le recensement. Et j'espère aussi par la suite le fait de pouvoir accéder plus facilement à ces lieux. Donc, nous aussi, on est vraiment ravis pour tout ça, surtout pour l'aide aux bénéficiaires que ça va amener, mais aussi pour intégrer le réseau avec les partenaires qui sont de l'OBAC, qui sont de tout ça.
- Speaker #1
Non, super. Si tu as un dernier mot à dire à nos auditeurs, n'hésite pas.
- Speaker #0
je dirais qu'en ces temps il faut qu'on continue d'être solidaires et puis j'espère que vous croiserez des capes vertes d'assistance diabète Acadia maintenant vous saurez comment ces chiens, ces anges gardiens de la glycémie aident leurs jeunes n'hésitez pas à leur faire un coucou ou à leur parler, discuter avec eux super,
- Speaker #1
merci beaucoup Florine merci à vous,
- Speaker #0
à très bientôt
- Speaker #2
Merci d'avoir écouté En Binôme et on se retrouve le mois prochain pour un nouvel épisode