- Speaker #0
L'eau, cet élément dans lequel nous avons baigné dans le ventre de notre mère. Cet élément dans lequel nos corps peuvent s'immerger complètement Cet élément si puissant qui nous fait nous sentir vivants, l'eau est partout.
- Speaker #1
C'est la source qui jaillit, c'est la pluie qui ruisselle, c'est la rivière qui court, c'est la mer qui nous berce, c'est l'océan qui gronde.
- Speaker #0
Dans « Manière d'être vivant » , Baptiste Morisot évoque un rituel quotidien, celui qui consiste à jeter du gros sel dans nos casseroles. Selon le philosophe, je cite, « Notre besoin de sel, en fait, est un héritage secret de notre long passé aquatique » De ces quelques milliards d'années où nos ancêtres ont vécu dans un milieu océanique dont la salinité était forte.
- Speaker #1
Baptiste Morisot explique que manger du sel, c'est reconstituer en soi le milieu originaire, la part d'océan qu'on a emporté avec nous lorsque nous sommes sortis des eaux.
- Speaker #0
L'eau, à l'origine de la vie sur Terre, est aujourd'hui menacée. Le dérèglement climatique n'est pas sans conséquence sur le cycle de l'eau. Pollution, sécheresse, inondations... impact sur la biodiversité. Des sujets régulièrement mis en lumière par la goélette Tara, un navire scientifique qui explore les océans.
- Speaker #1
Elle a d'ailleurs fait escale à Lyon au mois de décembre et de janvier. A cette occasion, dans notre arbre cabane studio d'enregistrement, nous avons récolté vos souvenirs de nature en lien avec l'élément eau.
- Speaker #2
Une belle journée d'automne que nous allons randonner en belles donnes. Les arbres ont revêtu leur couleur chouette et chaleureuse, du jaune, du orange, du rouge, encore un petit peu de vert. La rivière nous suit tout au long de notre randonnée aujourd'hui. Elle me donne soif, l'eau est belle et claire. Elle nous invite à remonter à la source. C'est comme un chemin de découverte en remontant ce fil d'eau qui se rétrécit au fur et à mesure que nous avançons dans la randonnée et qui nous invite presque à... Aller au bout de cette randonnée qui sera peut-être le bout de ce fil d'ogre, en découvrant finalement à la fin, ce sont quelques gouttes qui démarrent cette source. C'est tout un plaisir en tout cas d'être là et d'entendre que le bruit. des branches avec le vent, ils grincent un petit peu et ce bruit de la rivière qui ne nous quitte pas depuis le début de la randonnée avec la possibilité de s'asseoir, de tremper les doigts dedans et de sentir la fraîcheur, la pureté de cette eau qui a été filtrée par la roche avant de ressortir et ça c'est un plaisir immense de juste être là en communion avec les éléments Plouf !
- Speaker #3
Un matin à Lyon J'étais très triste, je me sentais déprimée. C'était un matin d'hiver avec la grisaille lyonnaise, cette chape de nuages au-dessus de ma tête. Et j'étais triste parce que moi j'aime le soleil évidemment et j'aime l'eau, j'aime la mer. Et puis il s'est mis à pleuvoir, j'ai regardé la pluie tomber, puis quelque chose est venu à mon esprit. C'est que chaque goutte d'eau qui tombait du ciel, chaque molécule d'eau qui constituait chacune de ces gouttes, c'était une molécule qui existait depuis l'origine de la Terre. Et je regardais l'eau tomber, et ça m'a ouvert à l'immensité. Cette Ausha traversé chaque être vivant, chaque parcelle de terre. Le cycle de l'eau perpétuelle fait que cette molécule en face de moi, elle était là tellement longtemps avant moi, elle sera là tellement longtemps après moi, que finalement, sous cette grisaille leïonnaise, cet hiver sombre, je me suis sentie légère, connectée à cette immensité grâce à l'eau. Et depuis, mon rapport à l'eau a grandi. Il me suffit d'une gouttelette quelque part pour me connecter à cette histoire, cette histoire où je ne suis rien, et ça fait du bien.
- Speaker #4
Mes moments d'émerveillement sur le lac de Méribel-Jeunage en faisant de l'aviron. En hiver, avec la brume sur le lac, on ne voit presque rien autour, il n'y a aucun bruit, tout est calme, quelques oiseaux, quelques cygnes peut-être. Petit à petit, la brume qui se lève et en parallèle, nous réchauffons en faisant le mouvement de l'aviron sur l'eau. On se laisse glisser, on se laisse porter par l'eau. Un moment magique.
- Speaker #5
Je suis dans la barque, au milieu du lac, et je regarde le soleil couchant, les premières couleurs qui apparaissent dans le ciel et qui se reflètent dans l'eau. J'ai le petit clapotis autour de la barque qui m'accompagne pendant que je suis à la dérive. et j'observe autour de moi tous les reflets et toute la lumière. On dirait presque que le soleil ne fait qu'un avec tout le lac, et toute la lumière est reflétée, et je vois vraiment toutes les couleurs autour de moi, et je peux vraiment me concentrer sur... des bruits et cette sensation de douceur il y a un tout petit courant d'air qui me permet de ne pas avoir trop chaud et je laisse une main courir dans l'eau tout le long de la barque et je sens la fraîcheur de l'eau sur mes doigts en même temps que je profite de la chaleur du soleil et je me sens vraiment apaisée, au calme et que je fais vraiment partie de cette nature. Juste avant que le soleil plonge complètement dans l'eau, je me laisse glisser dans l'eau complètement et je profite de cette dernière baignade avant de rentrer et de démarrer la soirée. Et je sens vraiment... En surface, toute la chaleur que le lac a emmagasiné est sur mes pieds un peu plus en profondeur, un petit courant froid. Je plonge la tête dans l'eau et tous les bruits s'éteignent. La lumière aussi baisse et quand je ressors la tête de l'eau, je me rends compte que le soleil a complètement disparu et il est temps pour moi de repartir dans ma barque et de rentrer à la maison. Oui.
- Speaker #6
Le 9 décembre, sur mon vélo le long du Rhône, on va sur Lyon et la nuit tombe. Les ombres des arbres se projettent sur l'eau, l'eau qui monte, Et voilà Tipa qu'il va falloir que je traverse les flaques d'eau. Mais il y a des ombres grises, bleues, c'est magnifique. La tombée du jour se reflète dans l'eau. La crue m'a amené des visions extraordinaires. Et je souhaite de les revivre surtout, surtout à la tombée de la nuit, même en pleine nuit. Avec les lumières de David, c'est extraordinaire.
- Speaker #7
Je me souviens d'un plongeon en Polynésie, au large de Ticéo, se baigner avec des raies manta, plus grande que dix fois ma largeur et ma hauteur, surprise par des plongeurs, qui est venu dans ma direction, mélange de peur et d'extase. C'était merveilleux.
- Speaker #8
Je ferme les yeux. Je me rappelle, j'avais moins de dix ans. J'étais à côté de la mer. Non, j'étais dans la mer, en train de me baigner avec mes amis en Grèce. Une plage idyllique, magnifique. Du sable partout, des petits poissons. J'adorais faire des plongeons et me mélanger au milieu des poissons. Et puis il y avait ce rocher au milieu, un rocher qui était un endroit comme un QG, un sautoir mais tiré gorgé plein de vie tout autour. Il y avait des anémones et puis il était brisé, ça faisait comme une espèce de lambda cassée et à l'intérieur il y avait un poulpe. On venait voir ce poulpe plusieurs fois dans la journée. On essayait de voir s'il était là. Parfois il sortait et puis on se baladait un peu tout autour en essayant de le toucher. Il nous envoyait de son encre et tous troublés, il s'est caché très vite. C'était magnifique. C'était la découverte. C'était un moment d'aventure, rejoindre le règne de la mer et il n'y avait pas de frontières, il y avait de l'insouciance. C'était un moment privilégié quand ils sortaient ce poulpe pour venir nous voir.
- Speaker #9
Je suis adolescent, j'ai 12, 13, 14 ans. Et je suis en vacances, en famille, dans ce lieu où je vais souvent depuis tout petit. En Espagne, sur la Costa Brava. Dans une plage qu'on appelle la plage sauvage en famille. Elle est juste à côté d'une réserve naturelle. Et donc très peu artificialisée, vraiment très sauvage. Après une grande plaine où la nature a repris ses droits, il y a cette plage où on a accès juste avec un petit chemin de terre. Et c'est une plage qui est vraiment très agréable parce qu'elle est balayée par les vents et par de fortes vagues. Alors on y allait... Quand on était petit avec mes frères, et justement on allait passer des heures dans les vagues à s'amuser ensemble, à faire du body surf, à plonger un petit peu. Et je me souviens que le temps passait tellement vite, tellement vite qu'on en oubliait de rentrer. Notre mère s'inquiétait de ne pas nous voir revenir sur la plage parfois parce qu'on dérivait au gré des... Des courants, même au bord de la plage, qui nous emmenaient quelques cinquantaines, centaines de mètres plus loin. Tant on ne voyait pas le temps passer, on se laissait bercer un petit peu en sautant, en nageant, en plongeant. Je crois que c'est l'un des rares souvenirs qui me montre une sorte de situation intemporelle où le temps se fusait et en même temps il allait avancer très très vite. Parce que c'était un milieu, l'eau, cet océan, ces vagues, cette écume, cette... Cette odeur qui est difficile à percevoir en audio mais qui est extrêmement agréable, qui me ramène à beaucoup de sérénité. Un moment paisible, agréable et juste léger. Porté par l'écume et porté par l'insouciance de ne pas voir le temps passer. Un seul élément pour jouer, l'eau. Mais pourtant une multitude d'idées qui se génèrent derrière pour en profiter pleinement.
- Speaker #10
Les sons de vagues me donnent un soulagement. Ça fait penser à des bons souvenirs sur les plages. Ça fait penser aussi quand il y a des vagues, on peut sauter sur les vagues, c'est très rigolo en plus. Ça fait penser aux dauphins qui sautent dans l'océan.
- Speaker #11
Alors moi je vais vous raconter un souvenir qui date de mes premiers souvenirs quand j'étais toute petite et qui s'est reproduit quasiment toutes les années depuis aujourd'hui, j'ai 36 ans. Mes parents ont leur maison qui est dans un petit village de Haute-Loire et ce village est un cul-de-sec et quand on descend en bas du village on arrive sur les rives de la Loire voilà il faut connaître le petit chemin qui descend et tous les gens du coin le connaissent et on arrive dans un petit endroit un peu hors du temps où on se retrouve dans la vallée de la Loire avec en face de soi des grandes falaises pleines d'arbres, de feuillus et de sapins, la Loire au milieu, des chevaux souvent qui sont... en pâture sur les bords de la Loire. Et donc toutes les années, au mois de juin, quand les journées sont longues et chaudes, on descendait, piqueniquait en bord de Loire, trempait les pieds dans l'eau, lançait des cailloux et faisait des ricochets sur la Loire. S'asseoir dans les remous à un endroit où il n'y avait pas beaucoup d'eau, donc on pouvait s'asseoir et jouer dans l'eau sans risque de noyade. Il y avait aussi des trous d'eau où on pouvait nager. Moi j'y descendais aussi avec mon cheval que j'allais faire nager à cet endroit-là. C'était à deux pas de chez mes parents et c'était à la fois hyper dépaysant et on se croyait vite à l'autre bout du monde alors qu'on était simplement sur les rives de la Loire.
- Speaker #12
Le souvenir que j'ai, c'est... je devais avoir 5-6 ans et je vivais en bord de mer et on allait à la plage tous les jours l'été. Et je me rappelle que j'avais très très peur des algues. Donc quand je rentrais dans l'eau, dès qu'il y avait une tâche brune, une tâche sombre, je m'éloignais. Et ces tâches-là me gâchaient la vie parce que je n'arrivais pas à profiter de la plage. Et un jour, je me suis dit « il faut que tu ailles voir ce qu'il y a sous l'eau » . Et donc j'ai pris un masque, j'ai mis la tête sous l'eau et j'ai vu des algues. Et j'ai trouvé ça très beau. Donc, une, j'ai pu dépasser ma peur et deux, j'ai décidé plus tard de faire des études en biologie marine et me spécialiser dans l'algologie. Aujourd'hui, je suis algologue. Donc voilà, je trouve que c'est une histoire qui a commencé avec beaucoup d'angoisse, d'inquiétude. Et au final, ça a donné quelque chose de très... Je suis très en connexion avec le vivant et surtout tout ce qui est micro-algues et phytoponctons. Voilà, j'en ai fait mon métier. Aujourd'hui, je suis algologue.
- Speaker #13
Bonjour, moi je voudrais raconter l'histoire du Pila. On est allé en famille au Pila-sur-Mer aux dernières vacances. Il faisait froid à la Toussaint, mais c'était très agréable et c'était beau. La mer était magnifique. Le vent s'est levé, elle a commencé à se déchaîner. C'était la tempête. Et on a vu plein de petites billes en plastique qui étaient ramenées par les vagues sur le sable. On a essayé de les ramasser mais il y en avait beaucoup trop. Et on s'est rendu compte à quel point, nous les humains, il fallait qu'on prenne mieux soin des éléments et de notre belle mer. Quand j'étais petite, avec mes cousins,
- Speaker #14
on allait chez mon grand-père qui habitait à côté de la Saône. Et l'été, on traversait la Saône régulièrement pour aller se baigner sur une plage en face. On descendait du village avec des planches, tout ce qui pouvait nous faire flotter. Et ensuite, on traversait... en nageant avec les planches à 5, 10, 15 parfois et on faisait l'aller-retour comme ça
- Speaker #15
J'entends les vagues, le bruit de l'eau, de l'océan, de l'écume sur le rivage. Quand j'entends les vagues, ça me fait penser à beaucoup de souvenirs, mais surtout à une sensation qui est composée de tous ces souvenirs dont je ne me souviens pas forcément. Mais il y a un souvenir qui me revient... Tout de suite en tête, c'était il y a quelques années, j'avais découvert une chanson qui s'appelle La Mer de Charles Trenet. Une fois que j'avais découvert ce morceau, je l'écoutais en boucle et en boucle, même si j'habitais à Grenoble à l'époque. Je la jouais à la guitare aussi, ça fait... La mer... qu'on voit danser, le long des golfes clairs à des reflets d'argent, la mer, des reflets changeant sous la pluie, la mer au ciel d'été. » Autre part, même si ça n'allait pas bien du tout à cette période, ça me faisait du bien. Et les premiers voyages que j'ai faits, Après avoir appris à chanter, à jouer cette musique, j'ai été à la mer, j'ai été à l'océan. Et je me rappelle que la première fois que j'ai fait ce que j'ai après fait de nombreuses fois, c'était au Costa Rica sur la côte Caraïbe. Il y a des périodes où j'étais pas bien du tout parce que j'avais vécu des choses difficiles et je me mettais dans l'eau quelques mètres... quelques mètres du sable et puis je faisais l'étoile. Je me laissais porter par l'eau avec le bruit du vent, le bruit des vagues et je chantais tout seul la mer. Il y avait ce côté apaisant, simple, pur et l'impression d'un coup faire un peu partie d'un autre monde quoi. avec tous les organismes, tous les poissons, mammifères marins, micro-organismes qui ont créé ce monde immense auquel on n'est pas souvent connecté quand on habite en ville. En tout cas, on ne s'en rend pas compte qu'on est lié à tout ça. Et donc, chanter la mer... Et j'ai fait ça depuis à chaque fois que je suis allé dans l'eau en fait. C'est un peu un hymne au sentiment d'être bien avec l'eau et d'être connecté avec quelque chose qui nous sort de notre monde quotidien. Puis là on entend la pluie, la pluie... C'est hyper important pour moi, j'adore le bruit de la pluie, j'adore l'odeur de la pluie. Ouvrir les fenêtres quand il pleut des cordes, quand on est chez soi. C'est les cieux qui se calment quelque part aussi. Je sais que c'est bien aussi pour la santé, avec les ions qu'il y a dans la pluie, c'est important d'ouvrir les fenêtres. Souvent quand je n'arrive pas à dormir ou qu'il y a du bruit... Soit j'ouvre les fenêtres pour entendre la pluie, soit même je mets des vidéos de pluie, enfin je mets des sons de pluie. Il y a ça sur Youtube, ça dure des heures en fait et on peut dormir avec le bruit de la pluie, le bruit de l'orage et c'est incroyable. Ça marche vraiment quoi. C'est une façon d'être avec les éléments parce que finalement quand on y pense, les éléments peuvent... Bien sûr, le mieux, c'est d'être dans l'eau, c'est nager dans une rivière, dans un lac, dans la forêt. Mais le son, c'est peut-être ce qui émerge le plus au final. Et ces sons-là, en fait, on peut les écouter dans notre vie de tous les jours. Je vais peut-être le faire un peu plus souvent pour se rappeler qu'on est vivant.
- Speaker #1
Musique Sans eau, il n'y a pas de vie. L'océan recouvre plus de 70% de la surface de la planète et contient 97% des eaux du globe. Si l'océan regorge de beauté, il contient tout autant d'éléments nécessaires à la vie.
- Speaker #0
Comme le dit l'océanographe Sylvia Earle, sans océan, sans bleu, il n'y aurait pas de verre. Tout est profondément interconnecté, il est donc plus que nécessaire aujourd'hui de prendre soin de cette ressource.