- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue pour la saison 2 de En Mouvement. Cet épisode est sponsorisé par EPAL. C'est une plateforme du programme Erasmus+, pour les professionnels de la formation des adultes en Europe. EPAL valorise des projets européens autour de la santé mentale et du bien-être. Alors découvrez cette plateforme gratuitement, sans publicité et rejoignez une communauté engagée. Tous les liens sont en description. Merci EPAL pour son soutien et nous, on est reparti.
- Speaker #1
En mouvement, c'est une balade en nature avec des invités inspirants pour améliorer votre état d'esprit et vous aider à passer à l'action.
- Speaker #2
Bonjour Annalise, en tout cas je suis super content de te retrouver dans notre podcast En Mouvement, donc le podcast pour passer à l'action. Comment tu te sens là, ce matin, avec moi ?
- Speaker #3
Bien, je m'en sens très très bien, parce qu'on a commencé un petit peu déjà à discuter, donc j'ai l'impression d'avoir déjà commencé la balade.
- Speaker #2
Est-ce que tu peux nous dire où on est ? Qu'est-ce qui nous entoure ce matin ?
- Speaker #3
On est dans le bois de Vincennes, et c'est l'endroit où moi je vais courir, presque, peut-être pas tous les matins, mais en tout cas très régulièrement. Et du coup je vois ce lac le matin, des fois le soir Je vois le coucher de soleil, le lever de soleil Je le vois la nuit Et c'est très chouette là de le voir juste à pied Donc tu n'as pas l'habitude de faire ce type d'activité à pied Où là tu ralentis, tu poses la voie Non clairement pas Et en plus souvent quand je viens courir Je vois des gens poser dans l'herbe quand il fait beau Et je me dis putain ils ont raison eux Peut-être qu'ils ont raison de juste se poser là au soleil Au lieu d'être en train de courir
- Speaker #2
Ça représente quoi justement aujourd'hui la course à pied ? Tu le vois comme un échappatoire, tu le vois comme une performance sportive en tant que telle, ou se dire, c'est ma connexion à la nature en plein cœur de Paris ?
- Speaker #3
C'est marrant parce qu'au début de ta question, j'ai commencé tout de suite à penser plus effectivement échappatoire, projet et tout, mais en fait, effectivement, c'est la nature. Moi, à la base, je faisais beaucoup, beaucoup d'escalades, et en fait, je me suis rendu compte, notamment au moment du Covid, que faire de l'escalade dans une salle, je m'entraînais trois fois par semaine, et en fait, ça ne m'amusait pas du tout, que moi, ce qui me plaît, c'est faire de l'escalade dehors, sur des falaises. Et je me suis dit, OK, en fait, tu as besoin de ça. Tu as besoin de cette connexion à la nature. Comment tu peux le faire en vivant à Paris ? Et donc, la course a commencé plutôt comme ça, en me disant, en fait, ça va être une activité physique qui, certes, va me permettre de me dépenser, mais surtout d'être dehors. Donc, ça a plutôt commencé sur ça. Mais aussi, honnêtement, c'était pour moi, quand j'ai commencé l'année dernière, le fait d'avoir un projet à moi qui soit un projet en dehors du taf, quoi.
- Speaker #2
Tu viens de vivre plein de moments forts. Je pense que tu as une activité professionnelle qui est très riche, très intense. Je pense notamment à... À ton intervention, je crois que tu étais juré à ChangeNow pour écouter des projets entrepreneuriaux. Qu'est-ce que ça te fait de te retrouver dans ce genre d'institution ? C'est quoi ton feedback à chaud, vu que c'était il y a quelques jours ?
- Speaker #3
Sur ChangeNow ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #3
Waouh, alors je ne sais pas si ça va être très correct. Pour moi, c'est le genre d'événement qui est à la fois très enthousiasmant, parce que c'est un moment un peu de... communion de toutes ces personnes qui travaillent sur les questions de durabilité, de c'est quoi le monde souhaitable. Et c'est hyper chouette et très puissant et très portant. Ça permet de faire des belles rencontres et de sortir un peu de sa bulle. Nous, on est sur cette bulle de l'entrepreneuriat impact, mais en fait, il y a plein d'autres choses. Il y a des grosses boîtes qui s'intéressent à ça. Il y a plein d'autres structures, etc. Pour autant, moi, je trouve que c'est toujours des moments où je me dis, bon, est-ce qu'on n'est pas juste entre personnes ? Un peu toutes avec les mêmes convictions. Un peu toutes avec les mêmes situations professionnelles, socio-économiques, etc. à se dire que ce qu'on fait c'est bien. Et je trouve que ça manque un peu de contradictions, de débats.
- Speaker #2
Et tu arrives à retrouver, est-ce que tu te souviens d'un moment récemment où tu as réussi à trouver, te dire ok là je suis au bon endroit, au bon moment et finalement j'aurais peut-être plus d'impact que quand je suis déjà avec des personnes qui sont convaincues finalement comme c'est le cas à Tchadjana. Je ne sais pas, tu m'as parlé d'une expérience avec des jeunes qui se posaient tout un tas de questions par rapport à l'entrepreneuriat à Sergi. Est-ce que tu identifies un moment clé ces derniers jours ou semaines ?
- Speaker #3
C'est une bonne question. Je pense qu'en tout cas régulièrement, c'est toujours les moments où je suis avec les bénéficiaires de notre asso Live for Good. Donc ils sont des jeunes entrepreneurs de 18 à 30 ans ou des personnes qui s'intéressent peut-être ou qu'on veut en tout cas pousser à s'intéresser à l'entrepreneuriat et à ce que ça permet. Et je pense que c'est des moments où en fait moi ça me réancre les deux pieds sur terre et ça me permet de vraiment aussi écouter, recevoir du feedback justement sur ce qu'on propose. et pas être forcément que dans notre solution et notre approche des choses. Et donc effectivement, je te parlais d'une intervention à l'IUT de Sergi vendredi dernier, mais c'est aussi des interventions que des fois j'ai la chance de faire dans d'autres assos. Par exemple, j'ai une intervention qui arrive bientôt chez nos quartiers en du talent, qui accompagne aussi des jeunes. Et c'est des moments où en fait, t'es confronté à un public un peu différent, de jeunes qui franchement ne s'intéressent pas spontanément à l'entrepreneuriat, ne se disent pas du tout intéressés, alors pas du tout non plus par forcément l'impact. Et il faut trouver un peu les manières d'aller les toucher sur... Il y a forcément... Truc qui t'affecte, toi, et qui en fait probablement ne t'affecte pas que toi. Il y a aussi d'autres gens qui sont concernés. Et maintenant, est-ce que tu as envie d'avoir l'audace, le culot, et de prendre la responsabilité aussi de potentiellement agir là-dessus ?
- Speaker #2
Et justement, quand tu vois dans leurs yeux que ce que tu racontes ou la manière dont tu présentes l'impact ou l'entrepreneuriat, ça leur parle, tu le vois dans leurs yeux, tu arrives à faire germer quelques graines dans leur esprit, est-ce que c'est là que tu te dis « je suis au bon endroit » et « j'avoue ce moment-là » ? Ou tu te dis… j'attends qu'il y ait déjà de l'impact de leur part et qu'ils rejoignent peut-être le programme Live for Good comment tu perçois ce moment-là émotionnellement parlant ?
- Speaker #3
Alors au niveau des bénéficiaires ce qui me rend le plus fier c'est vraiment ces moments de fierté de réalisation de ces entrepreneurs tu vois par exemple l'année dernière on a fait une boutique éphémère, un pop-up store avec des entrepreneurs et il y a un moment où c'était plusieurs entrepreneurs qu'on a rassemblés pour vendre leurs produits et à un moment il y a une cliente qui rentre elle achète un produit et en fait c'était la première vente de cet entrepreneur Et elle a un peu exulté, elle nous regarde un peu ébahis et elle nous dit « Ah, c'est ma première vente ! » Et là, je me suis dit « Putain, mais ça, c'est trop cool ! » C'est trop cool parce que c'est le moment... Pour moi, la première vente, c'est... Enfin, de toute façon, quand tu vends, c'est là où tu deviens vraiment entrepreneur. Avant, c'est le projet, c'est la réflexion et ça a beaucoup de valeur aussi parce que c'est te mettre dans la posture entrepreneuriale. Mais le moment où tu vends, ça y est, là, t'es vraiment entrepreneur. Et donc, de voir ça... Et tu peux le voir à plein d'étapes. Là, effectivement, c'était cette première vente. Mais ces moments de réalisation, je trouve ça assez puissant.
- Speaker #2
Je suis complètement d'accord avec toi. Et moi qui fais partie de cette communauté Live4Good, je rejoins complètement ton analyse où on projette beaucoup pour le moment, ou du moins on essaye de se confronter au terrain, au marché, de se dire « j'ai une vision, je veux avoir un impact, et maintenant c'est comment je suis en capacité de la modéliser concrètement sur le terrain, sur le papier. » Et je pense qu'émotionnellement, c'est vraiment... Ce qui va faire peut-être les montagnes russes, c'est de se dire là vraiment, l'E4Good, ça concrétise des mois et des mois de réflexion sur ces enjeux. Pour ceux qui ne te connaissent pas, parce qu'on va peut-être aussi recommencer par ça, est-ce que tu peux te présenter comme tu le souhaites ?
- Speaker #3
Oh, c'est dur comme question. Moi c'est Anaïs, j'ai 32 ans et je dirais que je suis une grande madame indécise parce que j'aime plein plein de choses différentes et j'ai toujours voulu expérimenter des choses différentes, que ce soit dans ma vie professionnelle. où justement j'ai un peu trouvé l'entrepreneuriat Impact parce que c'était la croisée de plein de monde qui m'intéressait. Le côté intérêt général, le côté innovation, le côté ça va vite du privé. J'ai toujours un peu cherché ces endroits où tu retrouves plein d'options finalement et où tu ne te fermes pas grand-chose. Et dans ma vie perso, c'est un peu pareil. J'aime bien emmener les gens dans des petites aventures, tester des nouvelles choses. Par exemple, je suis très passionnée de jeux. Donc je fais des jeux de société, des jeux de rôle, des escape games. J'ai testé plein de sports différents. Voilà. je dirais ça.
- Speaker #2
Est-ce que tu penses que c'est une de tes plus grandes qualités de garder cette curiosité, notamment quand tu veux entreprendre et avoir de l'impact ?
- Speaker #3
Ouais, complètement je pense parce qu'en fait le fait de ça c'est marrant, c'est Alec dans mon équipe chez Live4Good qui me dit ça régulièrement parce que souvent je doute et je me pose des questions, dans ces moments-là des fois je me dis je suis pas une bonne dirigeante parce qu'une bonne dirigeante elle devrait avoir le cap et savoir exactement où on va, et lui ça fait plusieurs fois qu'il me redit, bah en fait non c'est hyper sain C'est hyper important parce qu'en fait le fait que justement tu restes curieuse, que tu doutes, que tu te poses des questions, c'est aussi pour ça que tu es là et que tu viens nourrir le projet. Donc oui, complètement.
- Speaker #2
C'est quoi pour toi entreprendre aujourd'hui en 2026 ?
- Speaker #3
J'ai l'impression qu'on m'a retourné la question que je pose dans les ateliers aux jeunes que j'initie. Oups ! Je pense qu'entreprendre aujourd'hui, c'est un vrai tremplin. Surtout quand on a moins de 30 ans et qu'on se lance. Je trouve qu'aujourd'hui, c'est se dire... Ok, je vais avoir à nouveau un peu cette audace de choisir de construire ma voie. Ça va être galère, mais en fait, je vais le faire avec mes valeurs, avec mes erreurs. Et ça, je trouve ça archi précieux. C'est un peu moins suivre un sentier qui peut-être ne te convient pas trop, qui est peut-être un peu moins risqué, mais c'est te dire, je vais prendre cette voie-là. Et l'autre aspect, c'est quand même entreprendre, tu prends le pouvoir. Pour moi, c'est te mettre un peu dans une position de pouvoir, pour toi, mais aussi envers les autres, envers le monde. C'est... t'autoriser à te mettre dans une posture d'influence. Et du coup, je trouve que c'est aussi te dire je vais prendre des responsabilités envers le monde et me dire c'est quoi le monde que je veux construire. Et ça, que tu entreprennes finalement dans l'impact ou je n'en sais rien, tu entreprends dans l'IA, dans la tech, dans je ne sais pas quoi, tu vas aussi contribuer à former le monde de demain.
- Speaker #2
Donc les responsabilités, en fonction du projet que tu veux mener, peuvent être très grandes et sont très grandes en soi parce que tu as déjà fait cette démarche-là d'une certaine manière.
- Speaker #3
Exactement. Et aussi, je pense qu'on l'oublie, mais la première boîte dont j'étais dirigeante, c'était aussi une boîte dans l'impact. Et en réalité, c'est marrant parce que quand on a fait faillite, je me suis rendue compte avec du recul que toute cette partie impact qu'on avait sur on travaille pour des assos, etc. En fait, c'est pas du tout ça qui m'est resté. Ce qui m'est resté, c'était l'impact. sur les personnes, sur l'équipe qu'on avait créée, les gens qui avaient rejoint l'équipe en tant que salariés, etc. Et donc, à nouveau, je trouve qu'entreprendre, c'est vraiment une posture de responsabilité, mais c'est aussi, du coup, une posture de contribution, en très grande proximité avec les personnes autour de toi, mais aussi, voilà, plus largement.
- Speaker #2
C'est marrant que tu dis ça, parce que, du coup, hier, c'était la fin du programme, pour ma part, le dernier campus, Live for Good, avec Ingrid, et c'est un mot qui est souvent resté, cette notion de... Au-delà de nos projets, au-delà des chiffres, au-delà des matrices d'Eisenhower, etc., il reste le lien social. Et c'est ce lien social, finalement, qui est peut-être le plus précieux dans la manière dont tu as envie de fédérer une équipe.
- Speaker #3
Oui, complètement. Et chez Lea Fogood, c'est beaucoup ce qu'on voit dans notre mesure d'impact, par exemple. On vient regarder, finalement, est-ce que les personnes qu'on a accompagnées continuent justement à se voir ? Et je trouve que ça, c'est presque plus puissant. C'est vraiment cette notion de capital social. Donc là, on est vraiment dans la sociologie bourdieu, mais c'est l'idée de se dire, si t'as un réseau pro-perso qui va t'accompagner dans la vie, finalement t'as déjà une grosse longueur d'avance par rapport à beaucoup de gens. Et tu vois un exemple de ça, la promo 11 qui a été accompagnée en 2024, ça fait maintenant deux ans que douze d'entre eux continuent à se revoir hyper régulièrement, et ça c'est hyper puissant.
- Speaker #2
Pourquoi ça fait peur d'entreprendre, surtout quand on est jeune ? C'est quoi ces freins ? C'est quoi nos limites qu'on se donne et qui peut-être, on pourrait essayer d'enlever quelques-unes ce matin ?
- Speaker #3
Je pense qu'avant de répondre à ça, il faut quand même dire qu'il y a aussi des freins et des limites qui sont pour le coup avérés et qui ne sont pas que des croyances. Quand on se parle de jeunes qui n'ont pas du tout de stabilité financière, de parents qui peuvent un peu sécuriser, etc. Il faut quand même en avoir conscience que ça peut forcément rendre les choses compliquées. Après, sur les croyances et les freins qu'on se donne, souvent, il y a quand même un sujet de légitimité, de pensée qu'on manque d'expertise. Il faut d'abord être expert avant d'entreprendre dans un sujet. Ça, ça peut être un point. Et puis, il y a un peu un truc de timidité. Je ne méditais pas sans ceux. caractère, personnalité, mais c'est très exposant d'entreprendre. Parce que même si tu vas pitcher à ta famille ton idée, tu vas avoir cousin bidule qui va te dire, ok, ça existe déjà, le fameux ça existe déjà. Ou il y a forcément quelqu'un qui l'a déjà fait. Il y a un côté où ça demande un peu d'audace et de culot, et c'est pas évident.
- Speaker #2
Disons qu'on s'expose d'une manière complètement... On se met à nous.
- Speaker #3
Surtout quand on entreprend dans l'impact. Moi, ça me fascine quand on voit les premiers jours de promo Chez Live4Good, souvent les entrepreneurs nous expliquent le pourquoi de ces projets. Et dans la grande majorité, c'est connecté à leur parcours personnel, à leur parcours de vie, à ce qu'ils ont vécu, subi, des situations d'injustice, des problèmes de santé, etc. Et donc c'est extrêmement marquant, puissant, mais en même temps très exposant. Parce que si tu entreprends sur un sujet qui te touche, forcément tu vas en parler, tu vas le représenter, etc.
- Speaker #2
Avant que tu nous expliques, toi, comment tu es tombé dans l'impact, est-ce que tu pourrais nous définir ce que c'est l'impact ? Parce que peut-être que nos auditeurs ne savent pas en quoi ça consiste. Et après, nous dire, toi, à ta manière, comment tu as décidé de te mettre finalement au service de notre société et d'avoir une réelle plus-value pour les autres ?
- Speaker #3
Grande question. Alors, nous, chez Leef for Good, on a beaucoup retravaillé cette définition de l'impact parce qu'on tenait à ce que cette définition, elle soit plus inclusive, qu'on ne soit pas non plus dans un truc hyper niche ou... t'as pas d'impact si t'as pas zéro effet de bord, etc. Et donc, nous on est partis sur l'idée de dire, et moi je suis très alignée avec ça, que l'impact dans l'entrepreneuriat, c'est avoir un entrepreneur qui a une intention de contribuer ou de résoudre un problème social ou environnemental au cœur de son projet entrepreneurial. Donc en gros, vraiment j'insiste sur ce terme d'intention, c'est de se dire, la raison pour laquelle j'entreprends principalement, c'est que j'ai cette problématique à laquelle j'ai envie de contribuer. plus finalement que... Je me suis toujours rêvé start-upper, ce qui est très bien aussi. Mais en tout cas, c'est cette notion d'intention.
- Speaker #2
Est-ce que tu penses que c'est forcément un choix que l'on porte de décider, voilà, je suis entrepreneur et ensuite je décide de mettre de l'impact ? Ou c'est vraiment la problématique, la vision qui ensuite nous pousse à entreprendre ? Dans quel sens tu le mettrais ?
- Speaker #3
Je suis assez convaincue que les deux sont possibles et existent. Et d'ailleurs, c'est très bien en fait, parce qu'il peut y avoir des personnes qui entreprennent et qui après réalisent, par exemple, les effets de bord de leur projet. et du coup s'en saisissent pour finalement créer de l'impact dans leur projet, et c'est très bien. Et effectivement, t'en as d'autres qui ont ce besoin un peu plus viscéral face à une problématique, de se dire « si moi je le fais pas, personne va le faire » , et on a des entrepreneurs qui se terminent de dire « moi je me suis sentie une responsabilité morale à entreprendre sur ce sujet » . Et ça c'est très fort. Mais après, mon cas particulier par exemple, moi je savais que je voulais avoir une sorte de contribution à, je sais pas, une justice dans le monde social et environnemental. Pour autant, il y avait finalement... J'ai mis des années à chercher c'est quoi la grande cause qui va me toucher. Et j'ai testé plein de causes. Et j'étais là, OK, c'est l'environnement. OK, c'est l'accès au logement. OK, c'est la corruption. Et à chaque fois, je me lançais dans des trucs, des formations, des tas de trucs. J'ai fait des trucs complets. random et au final j'ai fini par faire la paix avec le fait que pour moi, à Naïs en tout cas, il n'y avait pas cette grande cause mais ça n'empêchait pas de m'intéresser à l'impact et de faire des choses.
- Speaker #2
Et tu dirais qu'aujourd'hui tu continues d'explorer ou comment Live4Good te permet d'aujourd'hui répondre à ce besoin là, de permettre aussi peut-être de continuer à chercher les multiples formes d'impact qui pourraient y avoir sur cette planète parce qu'il n'y en a pas qu'une en fait, il y en a plein différents tu vois.
- Speaker #3
C'est marrant parce que je l'auto-réalise en te le disant, mais quand je me suis présentée, j'ai parlé un peu de ce truc de curiosité. Je pense que moi, ma contribution autour de moi, que ce soit avec mes amis ou même professionnellement, c'est que j'aime bien secouer. J'aime bien pousser les gens à oser, à faire des choses. Tu vois, dans le milieu perso, ça peut être emmener une copine pour la première fois, faire de l'escalade, faire une grande voie, et qu'elle me hurle dessus parce qu'elle a peur, mais à la fin, elle est hyper fière d'elle. Comme dans le professionnel, pour moi, je fais un parallèle très clair avec... ce que je permets, ou en tout cas je contribue à permettre, qui est de pousser des jeunes à tenter cette voie de l'entrepreneuriat. Donc en fait, oui, moi aujourd'hui, l'impact que je trouve, il est plutôt autour de permettre à d'autres d'oser. Donc c'est peut-être un impact un peu indirect, ou direct en tout cas sur une notion de posture et de personne, mais voilà.
- Speaker #2
Et comment on fait pour embarquer les autres ? Je pense à Live for Good, mais je pense à ta copine dans l'escalade. Comment tu as réussi à lui dire, cette voie-là, tu vas y aller ? Et tu vas aller en haut ? de ce bloc ? Parce qu'on peut des fois se confronter à des personnes, je sais pas, ses parents, ses proches ou même peut-être des futurs associés qui n'y croient pas ou qui doutent plus que toi et t'arrives pas à avoir ce truc d'embarquer les gens avec toi dans ton histoire ou dans ton projet ?
- Speaker #3
C'est une excellente question. La première chose qui me vient, c'est de dire, si t'essayes d'embarquer des gens, d'être un peu dans cette posture de leader, je pense que t'as une responsabilité à créer un environnement. Ça va être créer un environnement dans lequel la personne se sent en confiance. Donc par exemple, tu vois sur ton image d'escalade. Il faut que tu sois capable de montrer à la personne que toi t'es calme, que tu sais ce que tu fais, que quand tu vas faire un nœud pour le rappel, t'es pas en train de douter. Je pense qu'il y a vraiment à nouveau ce côté environnement, mais ça vaut aussi dans le travail. C'est comment tu t'assures que tu mets les bonnes personnes aux bons endroits et que tu leur donnes les bons moyens pour qu'eux puissent se réaliser. Donc il y a vraiment ce côté environnement. Puis je pense que des fois, peut-être sans mettre les gens dans leur zone... Quand on parle de zone de confort, on parle de ta zone de confort, puis une zone grise, qui est celle où tu peux apprendre, te mettre un inconfort, mais tu vas apprendre. Et après, il y a la zone noire, qui est là où si tu vas dedans, tu vas juste être mal, tu vas être traumatisé. Et donc, je pense qu'il faut essayer de comprendre ce que c'est cette zone pour les gens. Et après, d'être peut-être des fois un peu dur et de les mettre dans leur zone grise, et de pousser un peu. Et pas leur donner 3000 options. Je pense que des fois, c'est ça aussi. Il faut réduire un peu les options et dire, OK, allez, là, on y va. Il n'y a pas trop de débat. Et tu vas voir qu'après, tu ne peux pas le savoir. Mais fais-moi confiance qu'après, tu vas voir ce changement et être fier.
- Speaker #2
Et en fait, ça rejoint complètement un terme que vous abordez tout de suite, j'ai le sentiment, notamment quand vous voulez parler d'impact à Live for Good, le leadership positif. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur, bon tu l'as déjà bien fait là à l'instant, mais est-ce que tu peux le conceptualiser de manière un peu plus globale ? Et surtout, quand je pense à des jeunes et j'en rencontre pas mal ces dernières années, de se dire... Moi, dans tout ça, je n'ai pas le sentiment d'avoir les épaules assez solides pour mener ce projet ou me dévoiler, oser finalement dire tout haut ce que je pense tout bas, mais parce que la perte du jugement est trop importante.
- Speaker #3
Le leadership positif, en tout cas, c'est l'idée déjà d'avoir cette posture d'influence, justement d'émancipation à la fois pour soi, pour les autres et pour le monde. et justement d'apprendre un peu toutes les clés, tous les pouvoirs possibles que tu peux avoir, que ce soit justement en... en coachant les autres par exemple, et c'est un peu ce côté comment t'accompagnes les autres aussi à grandir, comment tu réalises que toi, que ce soit dans tes amitiés, ta relation avec tes collègues, etc., tu as des choses à apporter aux gens, mais c'est aussi avant ça, bien sûr, te connaître toi. Et en fait, justement, mettre des vrais mots derrière c'est quoi mes valeurs, c'est quoi ce qui est facile pour moi, c'est quoi ma zone de génie, c'est quoi à l'inverse ce qui me heurte, et c'est vraiment ce travail aussi un peu d'introspection nécessaire pour pouvoir faire ce que tu dis en plus grande confiance.
- Speaker #2
Donc j'ai quand même l'impression que c'est du ressenti avant de l'apprentissage.
- Speaker #3
Moi, ça, ça dépend un peu de ta personnalité. Moi, par exemple, je suis quelqu'un qui aime bien se prendre des murs et c'est comme ça que j'apprends. Mais effectivement, ça m'a mis un peu de temps à le comprendre. Ce n'est pas du tout le cas de tout le monde et c'est totalement OK. Il y a effectivement des personnes qui vont plutôt d'abord travailler sur leur ressenti, créer l'environnement qui leur convient et après franchir ces étapes. Et même, ils vont les franchir du coup beaucoup plus rapidement. Et d'autres qui ont besoin de se mettre en inconfort et se confronter. Et par exemple, avoir des moments où ils se sentent un peu pas à leur place ou un peu nuls. Tout à l'heure, tu parlais du jury ChangeNow. Je me suis retrouvée dans ce jury. Je ne sais pas pourquoi les organisateurs m'ont mis dans un jury de start-up, ce qu'on va appeler Late Stage, qui était déjà en train de lever 15 millions. Moi, honnêtement, je n'ai pas grand-chose à leur apprendre. Et c'était un moment d'inconfort. Mais voilà, c'est un moment qui m'a aussi appris à me dire que c'est OK. Je fais le mieux que je peux et ce n'est pas grave.
- Speaker #2
Oui, bien sûr. En soi, c'est déjà une force d'avoir ce recul-là dans le moment présent. De s'en rendre compte, de se dire oui, c'est OK, et je vais prendre l'expérience telle qu'elle vient.
- Speaker #3
Oui.
- Speaker #2
De ne pas s'auto-juger pendant le moment.
- Speaker #3
Ouais, tu vois, je pense qu'il y a un an, je l'aurais trop mal vécu. Donc comme quoi, on évolue tout le temps.
- Speaker #2
Et tu arrives à dire pourquoi, peut-être il y a un an, c'était quoi ? Il y a un an, tu n'étais pas aussi expérimentée, mûre chez Live4Good ? Ou c'est ton rapport à ce type de milieu ?
- Speaker #3
Non, je pense qu'effectivement, c'est plus dans notamment le parcours pro, en tant que dirigeante. Je pense que peut-être même ces derniers mois. J'ai eu une phase où j'ai vraiment beaucoup pris du recul et appris à prendre du recul entre moi, moi et mon rôle et du coup les situations qu'on rencontre.
- Speaker #2
On a un petit concept dans ce podcast en mouvement, c'est que notre dernière personne interviewée va te poser une question sans qu'elle te connaisse. Et la question de Aurélie Jeanniar qui est également entrepreneuse et qui apporte tout un tas de conseils pour également être dans la transition écologique, elle nous a posé cette question pour toi. Quel projet tu lancerais aujourd'hui pour ton territoire si tu avais une carte blanche ? Je ne sais pas de quelle zone tu viens mais qu'est-ce que tu ferais ? aujourd'hui, maintenant, tout de suite.
- Speaker #0
Écoute, en vrai, je pense que je lancerais quelque chose autour plutôt, non pas de l'économique, etc., mais plutôt autour de la démocratie, du politique. Parce qu'on vient d'avoir les élections municipales, avec un taux de participation absolument catastrophique, et surtout comme on travaille, nous, avec les moins de 30 ans, je vois bien à quel point c'est une catégorie d'âge qui se sent très frustrée, pas concernée. Ça vaut aussi pour les plus âgés. Quand j'étais dans l'isoloir, j'ai entendu une très vieille dame dire De toute ma vie, je n'ai jamais voté pour quelqu'un, je n'ai fait que voter contre les autres.
- Speaker #1
Waouh, c'est puissé fort !
- Speaker #0
C'est hyper fort ! Et je pense que c'était une dame qui avait plus de 80 ans. Et donc voilà, moi je pense que si je devais faire quelque chose sur mon territoire, ce serait peut-être plus à l'échelle d'une mairie, de me dire, tiens, est-ce qu'il y a des choses que j'ai apprises aussi dans l'entrepreneuriat, etc., que je pourrais amener à cette politique locale, et notamment pour mobiliser les personnes sur leur territoire, justement, et de leur remettre cette connexion à la grande proximité, au lieu d'être connecté à ce qui se passe à l'autre bout du monde. sur lequel c'est hyper frustrant parce que t'as très peu d'influence, et en même temps on te bassine et on t'envoie des images de tout ce qui se passe partout. Je dis pas qu'il faut s'en désintéresser, mais peut-être par contre te remettre en action dans la grande proximité, dans ta ville par exemple, ça me paraît être une échelle le plus humaine.
- Speaker #1
Mais je te rejoins à 100%. Est-ce que tu serais en capacité de poser une question à notre prochain invité pour te prêter au jeu ?
- Speaker #0
Ouais, moi un grand phare dans ma vie ça a toujours été de repenser à qui j'étais quand j'étais petite. Du coup ma question pour le prochain invité. Ce serait si le toi de quand tu avais 6 ans et demi te voyait aujourd'hui, de quoi il serait fier et peut-être à l'inverse, sur quoi il te dirait « Allez, bouge-toi un peu » .
- Speaker #1
Ok, la question sera posée. J'ai hâte d'avoir sa réponse, sachant que je connais le prochain invité. Ah,
- Speaker #0
voilà, bon courage.
- Speaker #1
On va passer à une autre partie ou à un autre aspect de ta vie. Et là, notamment, on va beaucoup plus parler du coup de ce qui se passe aussi dans notre tête parce que c'est tout l'objectif de ce podcast-là. Est-ce que tu arrives à identifier... les moments qui ont été les plus difficiles à gérer dans ta vie.
- Speaker #0
Ouais, complètement. Tu veux une liste ?
- Speaker #1
On ne va pas sortir les tableaux Excel et tout décrire et faire des stats. On va le faire de manière beaucoup plus humaine, au bord d'un lac, avec les pigeons et les gens qui courent autour de nous. Donc on va plutôt être dans cette dynamique-là, ouais.
- Speaker #0
En fait, ce qui est difficile, je trouve, c'est quand tu as un ensemble d'aspects de ta vie qui, tout d'un coup, se retrouvent un peu tous et toutes déséquilibrés. Quand tu as un point d'ancrage... c'est déjà plus facile parce que tu peux rebondir dessus tu vois par exemple si t'as des problèmes de santé mec à côté t'as un taf dans lequel tu te sens bien en confiance avec des gens qui te font confiance et que par ailleurs tout va bien avec ton conjoint, tes amis etc je trouve que c'est plus facile les moments les plus durs je trouve que c'est des moments où moi je me suis sentie en insécurité sur plein d'aspects à la fois et j'en ai eu des moments comme ça où à la fois j'ai eu des soucis de santé multiples des soucis de relations des moments professionnels difficiles et là t'es un peu en explosion je trouve que c'est ça les moments les plus durs quand t'as l'impression que tu perds des repères et en général en réalité ce qui m'a ramené c'était toujours de me rendre compte qu'il y en avait des repères c'est juste qu'il faut réussir à les garder et moi ça a toujours été par exemple mes amis notamment mais voilà j'avais besoin que ces amis là me disent attends en fait regarde si il y a de la lumière là tu la vois pas,
- Speaker #1
nous on la voit mais il y en a il y a une partie de ton histoire que tu ne parles pas ou du moins que je ne savais pas, c'est toi qui me l'as partagé avant cet entretien et je pense que c'est ultra intéressant d'en parler aujourd'hui notamment pour ceux qui nous écoutent et qui se posent énormément de questions sur ces enjeux ou qui se sentent bridés par le contexte actuel est-ce que tu accepterais de nous en dire un peu plus et ensuite peut-être qu'on pourra développer si tu es d'accord ?
- Speaker #0
Oui complètement ! Oui ce que je te partageais quand on a parlé un peu de santé mentale c'est que moi j'ai été diagnostiquée il y a un peu moins d'un an d'un trouble de la bipolarité C'est un trouble de l'humeur, en réalité, qui fait que tu as... Après, il y a un spectre très large de ça. Mais globalement, c'est le fait que tu peux avoir des humeurs extrêmement basses, des épisodes dépressifs d'un côté, et en même temps, des épisodes d'exaltation, où tu vas tout vivre de manière décuplée. Et ce qui était très fort pour moi, c'est que c'est quelque chose que j'ai expérimenté toute ma vie, sans qu'il y ait de mots à mettre dessus, et avec finalement des fois des regards difficiles. parce que quand t'es dans cette phase d'exaltation on me disait ah t'es sur-enthousiaste c'est un peu des phases où par exemple le moindre truc que tu fais c'est ton nouveau truc préféré et donc tu vas voir un truc genre maintenant je vais tout plaquer je vais faire ça et donc pour les gens autour de toi ça peut être très déstabilisant et à l'inverse hyper déstabilisant aussi quand tout d'un coup tu te réveilles un matin et en fait t'es en méga down tout est noir et sans explication et comment tu dirais que comment
- Speaker #1
ça s'est invité dans ta vie personnelle et professionnelle Est-ce que tu as un exemple ou un plot twist ou un moment charnière où tu t'es dit là il faut peut-être que je mette un mot sur ce que je ressens parce que je sens que je suis dans une impasse ? Tu identifies ce moment là ou c'est vraiment sur le temps long ?
- Speaker #0
Non non ça a été vraiment... Dans ces deux dernières années, je suis revenue d'une grande aventure sportive, dans la nature. J'ai fait une traversée des Etats-Unis à pied. Et quand je suis revenue à Paris, dans cet environnement professionnel, citadin, etc., il y a eu une grosse phase de down. Et c'est là où, pour la première fois, j'ai eu un suivi psychiatrique aussi, et psychologique. Et où j'ai eu une super psychiatre qui a rapidement un peu détecté que c'était peut-être pas juste... Bon, il y avait ce gros épisode dépressif, mais qu'il y avait peut-être autre chose. et c'est elle qui m'a accompagnée très progressivement. Elle n'est pas arrivée avec un diagnostic, et je trouve que, d'ailleurs, j'ai l'impression que des fois, maintenant, il y a un peu ça, on arrive et hop, t'as un diagnostic. Tout le monde cherche un peu ce mot de « on va te dire, ok, toi t'es ci, toi t'es ça » . Elle, encore maintenant, elle ne me dit pas « voilà, vous êtes ça » , mais elle m'a amenée à le comprendre progressivement en retraçant justement des épisodes de ma vie, comment je les avais vécues, etc. Et c'est elle qui m'a fait cette réalisation. Et en fait, après, tu as un sentiment de tout s'aligner. Parce que d'un coup, tu relis aussi comment ça affecte, par exemple, ta relation avec moi, mon conjoint, où je me suis rendu compte aussi de tout ce que, pour lui, ça représentait cette instabilité-là, et à quel point, derrière, ça a changé ma vie. Aujourd'hui, par exemple, j'ai un traitement régulateur d'humeur, et ça a métamorphosé ma perception de la vie. D'un coup, je me suis dit, si depuis le début, c'était censé être ça, mais c'est méga chill.
- Speaker #1
Ouais, ouais, ok, je vois bien. Du coup, ça a vraiment changé ta manière de te percevoir dans notre société, j'imagine, notamment avec ce traitement-là, et dans ta manière de diriger.
- Speaker #0
Je ne sais pas si ça a changé ma manière de percevoir dans le monde, en tout cas, mais ce qui est sûr, ça m'a beaucoup apaisée. Je me suis dit, ok, en fait, c'est... Et aussi, surtout, ça m'a permis de faire la paix avec le fait que moi, j'avais un peu l'impression qu'on me poussait à dire, ok, non, en fait, il faut être très stable dans la vie, c'est important que tu deviennes quelqu'un de plus... stable émotionnellement, donc fais une thérapie, derrière tu vas être un peu le Dalai Lama, tu seras tout le temps de chill, tu auras tout le temps du lâcher prise, tout le temps du recul. Et moi je me reconnaissais pas dans ça et du coup je trouve qu'on remettait en question un peu qui j'étais. Et je me disais ok bien sûr ce serait plus confortable d'être ce fameux petit Bouddha mais je sais pas si c'est moi quoi. Et j'ai pas envie de perdre ce que je suis moi et ma façon justement d'expérimenter la vie, que ce soit avec ces gros dames et ces gros... Donc je pense qu'il y a eu un truc un peu de à la fois c'est ok de te rendre compte que c'est inconfortable et donc que tu as besoin d'aide pour pouvoir vivre la vie plus confortablement. Mais ça ne remet pas non plus en question, justement, complètement qui tu es. Et après, sur la partie professionnelle, je pense quand même qu'effectivement, le fait d'avoir été notamment apaisée par le traitement médical, chimique, c'est quand même quelque chose qui m'a fait du bien, justement, dans la prise de recul, dans ce côté où il y avait moins les jours très, très stressants, où j'avais l'impression que je devais jouer un rôle pour continuer à accompagner l'équipe, le projet. Et donc, voilà, tu te sens plus en contrôle quand même.
- Speaker #1
C'est marrant ce que tu dis parce que j'ai l'impression qu'aujourd'hui, et notamment quand on veut entreprendre, un des éléments qui arrive rapidement sur la table, c'est chercher cette notion d'équilibre et de ne pas vous cramer tout de suite parce que vous avez beaucoup d'énergie, parce que vous avez une vision et qu'il y a beaucoup de choses à faire quand même, il y a quand même beaucoup de travail quand on veut entreprendre. Et à la fois, toi, tu es partisane de ce déséquilibre, parfois volontaire, pour essayer d'avancer et finalement se challenger.
- Speaker #0
C'est vrai. Je pense qu'après, à nouveau, tout ce que je dis, c'est en fonction du parcours de vie de chacun. C'est vrai que chez E4Good, on voit beaucoup d'épuisement très tôt dans le projet. Donc ça, on essaie d'y être attentif. Et je pense que c'est hyper important qu'on parle justement aux jeunes entrepreneurs de ces sujets de santé mentale, de prendre soin de soi. Mais je trouve aussi que moi, j'ai vécu des épisodes de vie dans lesquels, par exemple, c'était archi intense. J'étais à deux doigts du burn-out. Mais en fait, je n'étais pas du tout en burn-out parce que j'avais les bonnes routines, par exemple. Pas des phases où j'ai... Il y a une phase à un moment où j'ai préparé un concours de la fonction publique. J'ai jamais autant taffé de ma vie, mais à côté, j'avais les bons soutiens, je faisais du sport très régulièrement, et du coup, c'était hyper stimulant. Mais ça a duré 8 mois, je savais qu'il y avait une fin. C'est aussi ça, tu vois, c'est quand t'as un peu une date, tu sais, ok, là je suis à fond jusqu'à ce moment-là, c'est clairement déséquilibré, mais c'est ok. Pareil, en décembre, chez Lea For Good, on a eu une phase archi-intense, mais moi je l'ai trouvé aussi génial, parce que certes, pendant 2 semaines, franchement j'ai même pas eu le temps de manger un jour sur deux. Mais c'était trop bien de le vivre à fond comme ça. Du coup, je pense qu'in fine, je suis assez partisane de ces déséquilibres quand dans le temps long, ils ne sont pas évidemment au continu.
- Speaker #1
Est-ce que tu aurais un conseil à donner justement à ces jeunes qui entreprennent, je pense notamment à la communauté Live for Good, qui met beaucoup d'énergie au début, qui a du mal à percevoir finalement c'est quoi mes limites et c'est quoi ma zone... Moi, j'appelle ça la zone rouge, mais toi, tu appelles ça la zone noire. Donc, on va l'appeler la zone noire dans ce podcast-là. où vraiment tu vas au-delà de ce qui te permet finalement d'être productif et qui finalement est délétère pour toi.
- Speaker #0
Moi, ce qui m'a beaucoup aidé, c'est deux choses. D'un côté, c'est d'avoir les bons mentors. Après, on les appelle mentors, on les appelle coach. Pour moi personnellement, c'est un peu des gardes-chapelles ces termes-là. Mais en tout cas, c'est d'avoir des personnes référentes qui peuvent idéalement quand même être un peu entrepreneurs, dirigeantes, qui ont quand même une expérience un peu similaire à ce que tu traînes. traversent et qui surtout apprennent à vraiment te connaître pour t'aider toi aussi justement à trouver ce cadre et t'alerter quand toi tu l'as pas trouvé parce que toi t'es dans ton truc et que t'es à fond et qu'il y a telle opportunité etc et qui surtout te connaissent dans un temps long et tu vois par exemple quand j'ai pris enfin quand j'ai postulé pour ce rôle chez live for good j'en ai beaucoup parlé justement à des mentors qui m'avaient suivi dans ma première aventure entrepreneuriale qui m'ont aidé à prendre en compte même des histoires enfin des choses personnelles Tu vas me dire, ok, là t'as 30 ans, est-ce que tu te sens de redonner à fond de l'énergie dans un projet ? Est-ce que t'es pas plutôt dans une phase où personnellement t'aurais envie d'autre chose ? Et donc voilà, ces mentors ils sont super intéressants et super utiles pour te donner un cadre et te pointer tes limites. Donc ça c'est le premier truc, les mentors, et il faut trouver ceux avec qui ça marche pour toi, et des gens qui vont oser te dire des trucs que t'as pas envie d'entendre. Ça, c'est hyper important. Et l'autre point, c'est pareil, c'est un mentor qui m'a appris à faire ça. Il s'appelle Tom et lui, il m'a dit, il faut que tu te fasses des checkpoints. Et j'en fais beaucoup. C'est-à-dire que tu te dis, ok, là, je vais être dans cette phase difficile, mais tu essaies de la cadrer dans le temps. Et tu te dis, ok, cette phase difficile, elle va s'arrêter à telle date et ou en tout cas, à telle date, je vais faire le point. Et si à telle date, et tu vraiment t'écris un peu tes critères à cette date-là. À cette date-là, il faut, par exemple, que j'ai telle condition qui soit réunie. Et sinon, c'est le moment où j'ai la sonnette d'alarme et je vais devoir drastiquement changer les choses. Et ça, ça peut être très concret. Par exemple, dans mon expérience récente chez Live4Good, là, on vient de créer un rôle de direction des opérations et programmes qui va être un relais pour moi sur l'interne. Et c'était une de mes conditions comme ça en checkpoint, justement en décembre, de me dire si en décembre, je n'ai pas réussi à créer les conditions qui vont faire qu'on va pouvoir créer ce rôle et qu'on a recruté la personne, ce serait une vraie alerte pour moi.
- Speaker #1
J'ai l'impression que tu mets tes peurs, tes doutes, tes interrogations. sur le papier, sur la table, avec toi-même d'abord, et peut-être aussi avec ton équipe, et qui rejoint finalement les objectifs entrepreneuriaux que tu t'es fixés dans le temps ou sur une période donnée.
- Speaker #0
Je pense que quelque chose que j'apprends depuis peu, grâce notamment à une personne qui s'appelle Ophélie, qui m'a coachée l'année dernière, c'est d'effectivement plus verbaliser, plus vraiment prendre le temps de nommer des choses qui te font peur ou des freins, et par exemple de le faire avec ton équipe. C'est très puissant parce qu'au lieu de garder tout en toi, tu moulines et c'est ça qui fait que tu deviens en surcharge mentale et en panique parce que tu as toutes ces croyances. Est-ce qu'il pense ça ? Est-ce que t'es le truc ? Alors qu'en fait, si tu t'exposes, alors bien sûr, tu as ce moment un peu où tu as le cœur qui bat à 2000, etc. Mais si tu t'exposes et que tu dis, voilà, moi, j'ai cette crainte-là, que vous pensiez ça, j'ai cette crainte qu'on rate ce truc-là, etc. C'est OK, tu fais preuve de vulnérabilité, mais du coup, t'embarques aussi beaucoup plus. Et toi, tu... Tu prends une forme d'objectiviste, je ne sais pas si ça se dit, tu remplis les objectifs, le truc que tu es en train de ressentir au lieu de le mouliner dans ta tête.
- Speaker #1
Tu viens de dire un mot que j'aimerais rebondir sur le mot vulnérabilité. Je pense que quand on est dirigeant, on a un peu cette image de non, il faut être dur, il faut être un mur. Et à travers toi, ton parcours personnel et du coup la bipolarité, mais également à travers ton parcours où tu as osé expérimenter différentes choses, comment tu l'as accueilli, cette certaine forme de me dire... Je l'accepte pour mieux la communiquer, du coup ça rassure finalement mon équipe de montrer des fois ses failles ou de dire, on pourrait appeler entre guillemets faiblesse mais j'aime pas du tout ce terme. Et finalement je trouve que c'est assez rare, enfin du moins moi je l'ai peu perçu encore aujourd'hui, je trouve que c'est une énorme force d'être transparent vis-à-vis notamment de son équipe ou de ses projets.
- Speaker #0
Complètement, écoute je dois dire que la vulnérabilité dans le monde professionnel en tout cas, ça a été, moi j'ai eu un autre déclencheur santé où je me suis sentie, ça s'est un peu imposé à moi, c'est qu'en fait pendant, enfin moi j'ai de l'endométriose. Et pendant des années, déjà, c'était pas diagnostiqué, c'est pas quelque chose dont... Enfin, j'avais pas de réponse par rapport à ça, et donc je me sentais pas légitime, tu vois, à parler de pourquoi je devais m'absenter, des fois, deux jours par mois, tous les mois, quoi. Et en fait, au moment où ça y est, j'ai eu un diagnostic, et je me suis dit, bon, en fait, je vois à quel point ça affecte le pro, et surtout où j'avais peur, et encore maintenant, j'ai peur de ça, j'ai peur qu'on pense que je suis désengagée. Quand je m'absente, tu vois, une fois par mois, tu te dis, oh là là, on va penser que je suis pas engagée, parce qu'à chaque fois, je dois annuler des rendez-vous. parce que je dois dire à l'équipe que je ne suis pas là, ils doivent gérer sans moi, etc. Et du coup, cette maladie-là m'a un peu contrainte à un moment à me dire « il va falloir que tu sois transparente avec les gens » . Par exemple, lors de mon recrutement, un peu en dernière étape, j'ai appelé Jean-Philippe Courtois, le président de l'If For Good, et je lui ai dit « voilà, moi je veux jouer carte sur table, j'ai cette maladie, ça fait qu'aujourd'hui je n'ai pas les solutions et donc je vais devoir m'absenter » . Mais voilà, je te le présente en vulnérabilité, je le présente en transparence à l'équipe aussi. Et en fait, c'est très rassurant, c'est très puissant. Ça fait aussi que les gens se sentent autorisés aussi à exprimer des choses. Et après, tu poses un cadre. Donc oui, moi, je trouve déjà que ça a été puissant pour moi parce que tu ne caches pas qui t'es. Et tu te rends compte aussi que du coup, ça contribue à embarquer les gens, à avoir cette influence positive, à décloisonner les mondes. Donc je trouve ça important.
- Speaker #1
Pourquoi tu penses que c'est encore si tabou dans notre société de parler de ces sujets ? Et d'accepter et de montrer un peu qui on est réellement.
- Speaker #0
Alors je sais pas, honnêtement j'ai l'impression que ça progresse, tu vois sur le côté tabou j'ai l'impression que ça progresse. Par contre, dans le monde professionnel, et si je prends un peu la casquette pour le coup de dirigeante aussi à général, c'est aussi que ça challenge. Parce qu'une fois que tu as une équipe de 10 personnes et que les 10 personnes t'expriment leurs particularités, leurs vulnérabilités, etc., c'est hyper dur, il faut être honnête, en tant que manager, de derrière composer avec « Ah oui, alors attends, telle personne a la ci, telle personne a la ça, etc. » Et donc je pense qu'au-delà du côté tabou dans le monde pro, Ça impose de réinventer la manière dont on fait collectif, de réinventer comment on travaille, de remettre certaines règles, certains cadres, et que pour l'instant on se retrouve avec un peu une phase où on exprime plus, on dit plus les choses, mais du coup on est un peu tout seul en mode qu'est-ce qu'on en fait quoi ?
- Speaker #1
Je suis complètement d'accord avec toi, il faut que ça soit quand même assez structuré, de se dire pourquoi je le dis, à quel moment je le dis, et qu'est-ce que ça peut apporter finalement à la fois.
- Speaker #0
Et puis dans quelle intention, et qu'est-ce que tu demandes, et dans quel espace ? Je pense qu'il y a des choses, après ça dépend de ta vision, Je pense par exemple, moi je vois que... Tu vois, j'en discute, j'ai une petite sœur qui a 16 ans. Elle, elle est beaucoup plus en faveur, dans sa génération, de dire « Voilà, le monde doit un peu s'adapter pour que chacun soit vraiment dans ses vulnérabilités, dans ses particularités aussi. » Là où moi, peut-être, ma vision, elle est aussi plus... Par exemple, j'ai pas trop envie non plus, même si j'ai dû l'assumer, etc. J'ai pas forcément envie de tout mettre dans l'espace professionnel. Et ça, c'est un truc, des fois, qui me questionne par rapport à nouveau. Je reviens aux entrepreneurs qui entreprennent chez Live4Good. Quand t'entreprends sur un sujet qui est lié vraiment à qui tu es toi, je trouve que c'est quand même un vrai challenge. Parce que tu mélanges un peu, tu vois si ta boîte elle marche pas, est-ce que ça veut dire que tu vois que ton vécu ne vaut pas ? C'est hyper dur, ça veut pas dire qu'il faut pas le faire, mais ça c'est quelque chose où vraiment ça, des fois ça me questionne, ça m'intrigue et je me dis comment on amène aussi ces personnes à se protéger.
- Speaker #1
Oui oui, et faire un peu de la sensibilisation sur ces enjeux entre son projet et soi-même quoi, on met pas forcément tout le temps son projet quoi.
- Speaker #0
Exactement, je trouve que c'est très bien que ce que toi t'as vécu soit un déclencheur, mais attention derrière si ton intention c'est vraiment d'en faire par exemple un business, il faut aussi que t'arrives à le désincarner de ton histoire personnelle. Ne serait-ce que pour ne pas te planter en proposant la solution qui aurait été idéale pour toi, mais qui peut-être ne correspond pas non plus à l'expérience de tout le monde.
- Speaker #1
Oui, carrément. Est-ce que tu penses qu'on est obligé d'aller bien pour avancer dans la vie ?
- Speaker #0
Alors là, c'est marrant, je ne me suis jamais posé cette question, et pourtant, tu vois, la réponse s'impose à moi. Non, pas du tout. Je pense au contraire que les phases où ça va mal, c'est des phases très apprenantes, très puissantes, à condition à nouveau d'avoir quand même assez rapidement les soutiens qu'il te faut, que ce soit des soutiens de mentors, d'amis, de proches. de personnel médical s'il faut, mais je pense au contraire on a besoin d'espaces où des fois ça va mal et on se confronte à ça, parce que c'est des espaces aussi de vie, de questionnement et justement un espace où finalement les choses ralentissent, reviennent un peu à soi et je pense que c'est important. Ça te confronte en fait, ça te confronte à ce qui est important pour toi, à ce que tu veux laisser de côté, donc je pense qu'il ne faut pas les fuir. C'est dur mais il ne faut pas les fuir.
- Speaker #1
Et aujourd'hui de quoi es-tu la plus fière dans tout ce que tu as fait en ces 32 années de vie ? S'il y avait une chose que tu aimerais retenir ? Maintenant, sans projection.
- Speaker #0
Je crois que sincèrement, avant tout, c'est les personnes dont j'ai eu la chance d'être entourée, dont je me suis entourée. Évidemment, j'ai aussi fait plein d'erreurs avec des personnes extraordinaires qui étaient autour de moi et où je n'ai peut-être pas été à la hauteur de notre relation d'amitié, etc. Mais je trouve qu'aujourd'hui, les personnes qui m'entourent, familles, amis, mentors professionnels, les gens qui sont chez Live4Good, c'est ça qui... qui me rend le plus fier, je me dis que ces gens me fassent confiance, que je fasse partie de leur histoire de vie et de leur chemin de vie aussi. C'est archi puissant, tu vois là je t'en parle et je sens un truc dans mon ventre. Trop beau ! Vraiment !
- Speaker #1
Merci en tout cas Anaïs pour ce temps d'échange. Alors c'est parti pour le jeu 120 BPM avec Anaïs. Est-ce que t'es plutôt soleil du matin ou coucher du soir ?
- Speaker #0
Soleil du matin.
- Speaker #1
Est-ce que t'es organisation carrée ou improvisation totale ?
- Speaker #0
Ah les deux, je peux pas choisir.
- Speaker #1
Est-ce que tu préfères parler de tes émotions ou les garder pour toi ?
- Speaker #0
Parler de mes émotions.
- Speaker #1
Marcher longtemps ou courir vite ?
- Speaker #0
Marcher longtemps.
- Speaker #1
Travail intense ou pause nécessaire ?
- Speaker #0
Travail intense.
- Speaker #1
Café seul ou moment entre amis ?
- Speaker #0
Moment entre amis.
- Speaker #1
Intuition ou analyse ?
- Speaker #0
Intuition.
- Speaker #1
Silence en nature ou musique dans les oreilles ?
- Speaker #0
Silence en nature.
- Speaker #1
Petit pas chaque jour ou gros saut dans le vide ? Gros saut dans le vide Tout donner ou savoir s'arrêter ? Tout donner Merci Anaïs, trop cool Qu'est-ce qui te met en mouvement et pourquoi c'est important de se mettre en mouvement ?
- Speaker #0
On parle de mouvement physique ou tout mouvement ?
- Speaker #1
Le mouvement dans sa manière la plus pure
- Speaker #0
Ok, je crois que moi ce qui me met en mouvement c'est quand même l'indignation C'est d'être confrontée à une situation où je sens viscéralement qu'il y a une forme d'injustice. Je crois que j'ai une très forte valeur de justice. Et donc, tout ce qui touche à ça me met en mouvement. Je me dis, là, il faut faire quelque chose. Il faut que tu contribues. Alors, des fois, je ne suis pas la bonne personne pour contribuer, d'ailleurs. Donc, peut-être qu'il faut mettre d'autres personnes en mouvement. Et ça, c'est hyper important aussi de savoir ça. Tu peux être indignée, sentir un truc qui est touché, mais peut-être que ce n'est pas toi. La bonne personne pour ça, par contre, peut-être que tu peux contribuer à donner les moyens à d'autres de le faire. Mais voilà, je dirais l'indignation, l'injustice.
- Speaker #1
Merci beaucoup Anaïs pour son échange, c'était trop bien.
- Speaker #0
Merci à toi, c'était très précieux.
- Speaker #2
La balade s'achève ici. Respirez un instant, laissez les sons autour de vous s'apaiser. Si cet épisode vous a inspiré, partagez-le avec quelqu'un qui compte pour vous. Parce qu'ensemble, en avançant pas à pas, on remet du sens, du lien et du mouvement dans nos vies.