- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode. Avant de commencer, un petit message pour tous ceux qui ne sont pas encore abonnés. Pensez à le faire, des étoiles, des commentaires, et si vous souhaitez en savoir plus sur tout notre écosystème, le lien est en description. Un mot de notre sponsor, vous commencez à le connaître, il nous accompagne depuis le début de la saison. C'est Epal, c'est une plateforme du programme Erasmus+, pour la formation des professionnels de la formation des adultes en Europe. Epal valorise des projets... européens autour de la santé mentale et du bien-être. Alors rejoignez cette plateforme sans publicité et cette communauté engagée. Comme d'habitude, toutes les infos sont en description. Merci à eux pour leur soutien et nous, on est reparti pour une plongée dans notre univers.
- Speaker #1
En mouvement. C'est une balade en nature avec des invités inspirants pour améliorer votre état d'esprit et vous aider à passer à l'action.
- Speaker #2
Bonjour Sophie, merci de nous rejoindre sur le podcast En Mouvement. Je suis très contente d'être dans ton petit chez-toi finalement et tu vas pouvoir nous dire où est-ce qu'on est, qu'est-ce qu'il y a autour de nous.
- Speaker #3
Ah bah écoute, déjà merci et bonjour. Merci d'être venue jusqu'ici, effectivement dans mon petit coin de paradis. Donc ici on est dans un lieu dit qui s'appelle Planèze, qui est rattaché à une commune, Neuvik, et nous sommes en Dordogne. Et en fait cet endroit, tu vois, j'y habite depuis presque deux ans. Quand je dis que c'est mon coin de paradis, c'est un lieu qui m'a permis de retrouver du souffle, après une période un peu compliquée et douloureuse de ma vie personnelle, et du coup, voilà, tu vois, on se promène dans le champ. J'étais pourtant une fille de la ville, je ne pensais pas trouver mon bonheur absolu, je peux le dire comme ça, à la campagne, et en fait, il n'y a pas un matin où je ne m'émerveille pas de la vue que j'ai d'ici, de respirer ce bonheur, d'aller cueillir des fleurs pour me faire des bouquets, Bref, voilà, c'est un endroit qui m'a... Remis en mouvement, littéralement.
- Speaker #2
Trop bien. Je pense que tu peux rentrer un peu plus dans les détails. Est-ce que tu y as retrouvé une notion de ressourcement ici ?
- Speaker #3
Complètement. En fait, l'histoire, c'est qu'il y a six ans et demi maintenant, j'ai perdu brutalement mon mari. On avait cette chance extraordinaire d'être vraiment faux amoureux l'un de l'autre. Et je venais d'être lauréate d'un super projet, d'un podcast que j'ai développé qui s'appelle Cliché. Et on devait célébrer ça tous les deux le soir même parce qu'il était super fier que le travail que j'avais mené pour ce projet soit sélectionné par l'accélérateur d'innovation sociale de la Croix-Rouge. Et malheureusement, entre temps, un AVC s'est invité dans notre vie et a fait qu'il s'est retrouvé dans le coma et qu'il est décédé trois jours plus tard. Et donc, ça a été, voilà, tu l'imagines, un moment d'une brutalité absolue. Et ce qui est dingue, c'est que je travaillais ce podcast qui était sur la question de la vulnérabilité et du pouvoir d'agir. Je n'imaginais pas, en travaillant sur ce sujet-là, être à ce point directement concernée. Ce jour-là, j'ai pris, je dis volontiers, un TGV en pleine figure. Ma vie a explosé. Ça a été très compliqué. J'ai eu la chance d'être super entourée. j'ai des enfants des amis merveilleux. Mais voilà, il a fallu au bout de quelques années, parce que c'était compliqué, retrouver un moyen d'avancer. On a toujours été un couple de projets, que ce soit dans des maisons, dans des voyages, dans des envies. Et puis un matin, je me suis levée en me disant, allez go, il faut que tu bouges, il faut réavancer, tu ne peux pas rester bloqué là. Et ce lieu où nous sommes là tous les deux, c'est en fait des amis qui me l'avaient fait connaître. Et nombreuses années, je me suis dit, mais c'est peut-être ça, ce dont j'ai besoin, c'est de l'espace, de la nature. Et puis, parce que des fois, la vie, les étoiles s'alignent bien, et bien, cette maison dans laquelle je t'accueille, qui est vraiment une maison, voilà, où tout le monde est bienvenu, et bien, elle s'est retrouvée en vente. Voilà, j'ai fait une proposition, je l'ai achetée, et me voilà face à 7000 m². de terrain, c'est un peu grand, mais en même temps c'est génial, j'y ai planté cette année mes tomates, mes courgettes, mes aubergines, c'est très chouette et puis c'est un lieu de rencontre, de retrouvailles. Donc voilà l'environnement où je t'accueille en fait.
- Speaker #2
Et moi je vais rajouter un petit truc, mais c'est que je suis arrivé et il flottait comme pas possible. Et juste quand on décide là maintenant de tourner, il y a un magnifique rayon de soleil. Donc oui effectivement, je suis un peu d'accord avec toi. Des fois il y a des choses comme ça qui s'alignent plutôt bien, je ne sais pas pourquoi. Mais franchement, moi je suis bien ici. Et du coup, effectivement, après tout ce que tu nous as raconté, j'ai une question qui est habituelle, qu'on pose souvent, et qui est paradoxalement très simple. Mais avec ce que tu viens de nous dire, la question c'est... Comment tu vas, toi ? Aujourd'hui.
- Speaker #3
Eh bien, je vais bien. Je vais bien. C'est vrai que quand tu vis quelque chose de violent, un deuil, etc., c'est compliqué. Mais en même temps, j'ai toujours pensé que la vie était belle. Donc oui, elle nous réserve des mauvaises blagues, des fois c'est violent. Mais malgré tout, je vais bien parce que je suis super entourée. Comme je te le disais, j'ai trois enfants, j'ai sept petits-enfants. Je suis juste une grand-mère gâteuse et comblée. Et en fait, c'est l'avenir, c'est un projet, je vais dire, de voir ces petites bestioles grandir. J'ai beaucoup de chance de les avoir très souvent ici. Donc je vais bien. Et de toute façon, je pense qu'il faut vivre l'instant présent. Donc si je passe mon temps à regarder dans le passé, forcément, je vais être triste, etc. J'ai décidé, une bonne fois pour toutes, et ça, c'est une retraite dans le désert qui m'a permis de définitivement acquérir cette conviction que... Voilà, il fallait vivre là maintenant, et comme tu le dis, on se promène, il fait beau alors qu'effectivement il tombait des trompes d'eau il y a une heure. Et voilà, franchement, tu sais quoi, la vie est belle, quelles que soient les galères qu'elle nous réserve parfois.
- Speaker #2
Avec toute cette introduction que je trouve déjà très passionnante et j'ai envie de creuser plein de sujets, mais avant ça, comment tu aimerais te présenter ?
- Speaker #3
Ah là c'est compliqué, déjà on va commencer de manière simple. Si je suis grand-mère, c'est que j'ai quand même un âge qui permet de l'être, donc j'ai 64 ans. J'ai un parcours professionnel assez multiforme. Au départ, je suis plutôt de formation sociale, puisque j'ai été assistante sociale dans une très grosse association de l'enfance inadaptée. Et puis progressivement, j'ai évolué vers l'insertion professionnelle, avant d'arriver vers, de façon tout à fait inattendue, la direction d'un groupe d'école dans le champ de la communication. Et puis de rejoindre, il y a une dizaine d'années, la Croix-Rouge. sur des programmes d'innovation sociale et d'international. Si je devais me qualifier, c'est de dire que j'ai une passion, c'est l'éducation. Je suis convaincue que si on peut donner à tout le monde la chance d'être éduqué, d'apprendre, de découvrir les différences, l'interculturalité, etc., le monde se porterait mieux. Et ça, je crois, je le tiens de ma grand-mère qui était géniale, qui était originaire du Pays Basque, qui disait en riant, je suis arrivée en France à 20 ans, alors je lui ai expliqué qu'en fait... Le Pays Basque était français à cette époque-là, mais elle ne parlait pas le français à l'époque, tu vois, elle était à l'école. Et à quel point elle insistait sur le fait que oui, c'était tellement important de faire des études, tellement important d'apprendre, de savoir lire, écrire, qu'en fait, je crois qu'elle m'a donné cette envie, ce fil rouge. Et au final, je me rends compte que toute ma vie professionnelle a été toujours dans le champ de l'enseignement, de la formation. Et je continue aujourd'hui, même si je suis à la retraite, tu vois, à évaluer des projets pour le programme Erasmus, parce que, ben voilà, encore une fois, l'enseignement tout au long de la vie, c'est ce qui fait que les individus avancent, se construisent, réfléchissent, et ce sont des valeurs auxquelles je suis profondément attachée.
- Speaker #2
Ben c'est une belle définition, et effectivement, tu l'as dit, donc nous-mêmes, nous sommes en partenariat, du coup, ce podcast a la chance d'être sponsorisé par Epal, et je pense que... Depuis le début de la saison, les auditeurs, vu qu'ils l'ont tous les débuts, je pense que ça y est, ils maîtrisent le sujet. Mais donc aujourd'hui, c'est ton job, j'allais dire, en tant qu'à côté. Maintenant, tu es à la retraite. Oui. Et donc, j'allais dire, ça te permet de garder un pied dans le... Aujourd'hui, comment tu le vois à EPAL ? Parce que ça fait un petit moment que tu es déjà aussi à EPAL. Oui,
- Speaker #3
tout à fait. Ben écoute, en fait, alors c'est vrai que je suis à la retraite de ma dernière activité professionnelle, où j'étais chargée de projet international et innovation sociale à la Croix-Rouge. Et EPAL, en fait, c'est venu assez naturellement, puisque j'ai porté beaucoup de projets financés dans le cadre du programme Erasmus, certes des mobilités, mais aussi beaucoup de partenariats de coopération, donc vraiment des... des opportunités pour différentes structures, de réfléchir sur des opportunités pédagogiques, sur apporter des réponses innovantes à des publics qui en avaient besoin, et en particulier dans le champ de l'éducation des adultes. Donc en fait, j'ai très vite connu la plateforme EPAL, à sa création, à vrai dire, et c'est une plateforme que j'ai toujours beaucoup utilisée pour de la mise en relation, pour publier des articles, etc. Et c'est eux qui m'ont approchée, à un moment donné, probablement parce que, voilà, j'ai... J'étais un acteur ou une actrice plutôt engagée dans le cadre de ce programme éducation des adultes. Et c'est assez naturellement que j'ai accepté leur proposition de mettre en lumière ce qu'était l'innovation sociale. Alors c'est par chance quelque chose d'extrêmement vaste, l'innovation sociale. Et du coup, j'ai une liberté de réflexion, d'analyse sur ces sujets-là. Et ça me passionne. Et cette plateforme, c'est quand même un lieu de rencontre. virtuelle mais qui peut devenir réelle très vite. La preuve, regarde, on est tous les deux en train de marcher chemin du lavoir. vers une petite forêt pleine de chèques truffiers en fait, et de noyers.
- Speaker #2
Et bah oui, mais mine de rien, moi je suis arrivé donc très récemment finalement dans cet organisme, et puis en tant qu'expert, donc toi t'as vu l'évolution, si tu devais un peu, j'allais dire, vendre aux jeunes de dire, mais il faut aller sur cette plateforme, et pourquoi, qu'est-ce qu'elle a de particulier ?
- Speaker #3
Déjà, ne serait-ce qu'à travers les articles qui sont produits, parlons déjà d'Epal France, parce qu'il faut savoir qu'Epal, c'est quelque chose qui est présent dans l'ensemble des pays de l'Europe, et tous les pays qui participent au programme Erasmus+, ont leur espace Epal dans leur pays et dans leur langue. Et donc, l'opportunité pour n'importe qui de pouvoir se connecter aussi bien sur des articles hongrois, portugais, espagnols, français, belges, que sais-je, donc en fait une richesse de points de vue extraordinaires. Ça c'est le premier point, et je pense que c'est ça qui est intéressant, c'est que tous les sujets que l'on aborde sur cette plateforme Epal sont tellement riches, tellement denses, que se pose toujours la question du point de vue. Est-ce que quand je suis en Espagne, j'appréhende de la même manière, par exemple la question du numérique auprès des personnes âgées, que je devais l'aborder en Hollande ? Eh bien je ne suis pas sûre. Parce que dans chaque pays, il y a des politiques de santé, des politiques culturelles, des politiques de formation qui sont différentes. Et c'est là que nous avons un enrichissement énorme grâce à cette plateforme. C'est de pouvoir, en deux heures, trois heures de temps, on va pouvoir naviguer dessus, prendre conscience de la façon que chaque pays a d'aborder un certain nombre de sujets qui nous concernent directement et du coup de s'enrichir de leurs pratiques.
- Speaker #2
C'est marrant parce qu'en venant jusqu'ici, j'ai pris dans la voiture deux jeunes filles avec qui on discutait de Erasmus. C'est marrant parce que les discussions qu'on avait, c'était des discussions très centrées sur... Ça peut être un peu géopolitique parce qu'elle avait fait un Erasmus en Finlande. Et donc quand tu parlais d'ouverture et qu'en fait on a des jeunes qui effectivement deviennent plus ouverts sur le monde. Et en fait, ça me fait énormément écho parce qu'on est déjà dans les solutions. Normalement, c'est la troisième partie, mais en fait, on est déjà dans les solutions, les solutions qu'on pourrait donner aux jeunes. Et c'est vrai qu'il y a cette énorme importance d'être curieux. Curieux, c'est essentiel.
- Speaker #3
Pour moi, si on doit développer une seule qualité, c'est la curiosité. Parce qu'en fait, sans curiosité, on se ferme à plein de choses. Je trouve qu'on vit une époque, ça serait facile de dire là encore très compliquée, mais on voit bien tout ce qui se passe au niveau géopolitique, au niveau international. Je pense qu'on est dans une période anxiogène pour ces raisons-là, mais aussi pour des raisons écologiques, etc. Et puis je trouve que justement ce programme européen Erasmus, ce n'est pas qu'une promesse en fait. Je pense que quand on est jeune et qu'on a l'opportunité de partir, d'aller se confronter à d'autres cultures, d'autres pratiques, On revient toujours enrichi. Je vais te donner un exemple. Ce n'est pas que les jeunes, en fait. C'est pour ça que je promeux aussi tout le côté éducation tout au long de la vie du programme. Mais tu vois, là, je suis partie à titre personnel, parce que l'art est quelque chose qui m'a toujours intéressée, à la Biennale d'art contemporain de Venise, où les enjeux géopolitiques sont très importants. Cette année, il y a des pavillons de certains pays qui n'ont pas ouvert. Il y a eu des manifestations. Le jury a démissionné parce que... L'art est aussi un moyen d'exprimer des points de vue. Et je suis revenue très riche de pleines découvertes, sans avoir tout compris, je pense que l'art contemporain, même si ça m'intéresse, il y a des moments où je passe certainement à côté de messages. Mais en tous les cas, cette dimension plurielle, interculturelle, est quand même très intéressante. Et j'ai vu un lien très fort justement avec l'éducation des adultes et l'éducation tout au long de la vie. Et je me rends compte, tu vois, dans des territoires comme celui où je suis, je dois les rencontrer d'ailleurs prochainement, mais il y a par exemple un centre multimédia qui accueille les microfolies. C'est un dispositif mis à disposition par le gouvernement qui permet à des territoires ruraux, en fait, de pouvoir projeter de façon virtuelle des expositions permanentes qu'il y a dans un certain nombre de musées. C'est génial, tu vois, quand tu viens ici à Neuvik, tu vois, on commence à rentrer dans la forêt. On est un peu loin de tout, mais pourquoi on n'aurait pas le droit de découvrir une œuvre, quelle qu'elle soit ? Et donc, je trouve que c'est quand même une chance, l'art, la culture, pour ouvrir les gens. Et le programme Erasmus+, permet effectivement ça aussi, de rencontrer... Bonjour, merci, on est en pleine interview, mais c'est formidable. C'est très gentil, je suis votre voisine d'en haut.
- Speaker #4
Enchantée ! D'accord, bien souvent pas souvent malheureusement.
- Speaker #3
Mais non, mais voilà, parce que c'est moi qui ne descends pas trop souvent par ici. Sauf pour la fête du Lavoir, mais je ne vous y ai pas vu, je ne crois pas. Ah bah voilà, il faudra venir l'année prochaine pour qu'on se croise, ça sera avec plaisir, bonne journée ! On va avoir une petite parenthèse de voisinage, mais je suppose que tu couperas ça. Ou pas, ou pas, parce que ça fait du lien social et c'est ça qui est cool ! J'aime bien, tu vois, justement quand je me balade, parce qu'ici on vient d'y passer, puisque nous sommes rue du Lavoie, le Lavoie du village, et tous les ans il y a une fête des voisins. Alors je trouve ça assez drôle les fêtes des voisins parce qu'en réalité on peut se parler quand même facilement mais on se rend compte qu'il y en a plein de voisins des fois un peu nichés dans un coin qu'on connaît pas et ceux-là avaient l'air tout mignons. Et pour revenir à la question de l'art, l'art et la culture je pense que c'est quand même des vecteurs géniaux et que quand un jeune ou un moins jeune part à l'étranger, il va découvrir aussi des modalités d'expression, il va découvrir une langue, il va découvrir des pratiques différentes où finalement il va se sentir bien. et sortir peut-être de son camp à soi en se disant qu'il n'y a que chez soi, que ce qui se passe c'est bien, et non au contraire revenir riche d'autres pratiques, d'autres points de vue, et plus on développera ça, me semble-t-il, plus le monde se portera peut-être un peu mieux dans cette période de protectionnisme exacerbé. Moi je ne saurais trop que promouvoir l'ouverture, la curiosité, et oui, la curiosité, la curiosité, voilà. C'est vraiment un leitmotiv, c'est quelque chose que j'ai essayé de transmettre à mes enfants. Je ne crois pas trop mal et je souhaite le transmettre aujourd'hui à mes sept petits nains. J'en ai sept.
- Speaker #2
Les sept suivants.
- Speaker #3
Voilà, exactement.
- Speaker #2
D'ailleurs, comment tu essayes de transmettre, toi, tout ce que tu apprends au quotidien, tout ce que tu as vécu pour justement offrir à tes enfants et bientôt tes petits-enfants cette ouverture, cette curiosité ? essentiellement par l'art ?
- Speaker #3
Ça passe par plein de choses. D'abord, je pense qu'il faut être lucide quand tu es maman ou papa, que tu es relativement jeune. Ce n'est pas toujours facile parce que tu es à la fois sur le front de la vie professionnelle, sur le front de la vie familiale. Tu as beaucoup de choses à gérer. Et franchement, je trouve dix fois plus cool d'être grand-mère de sept petits-enfants que d'avoir été maman de trois enfants parce que je suis beaucoup plus disponible. Et du coup, je parlerai plus volontiers de la transmission à mes petits-enfants, même si pour mes enfants, On a toujours essayé de les ouvrir au monde. Ils ont toujours beaucoup voyagé. On a beaucoup voyagé avec eux. Là encore, toujours dans ce souci de dire, il n'y a pas que chez nous que c'est bien. Il se passe plein de choses ailleurs. Et d'ailleurs, j'en ai deux sur les trois qui ont vécu longtemps à l'étranger. En Argentine, au Canada, en Australie. J'ai deux de mes petits-enfants qui sont nés d'ailleurs en Australie. Donc ça, c'est plutôt chouette. Donc ça, je leur ai transmis. Mais je trouve que c'est plus facile en tant que grand-mère parce que tu as du temps. C'est quand même, tu vois...
- Speaker #2
C'est important.
- Speaker #3
Ah là là, mais moi je goûte ça, avec gourmandise, avoir le temps, le temps déjà un peu pour soi, tu vois, on déambule, je ne sais pas si dans ma vie professionnelle tu m'avais proposé ça, je te disais, mais là tu rigoles, comment tu veux que j'aille marcher dans la campagne avec toi ? Donc ça je peux le faire, donc il y a ce temps, et comment ça se passe ? En fait moi je leur fais faire plein d'activités manuelles justement, pour leur faire découvrir des manières d'exprimer, autres, avec des collages, on a fait un... À Mur, je te montrerai ça, mais des trophées, tu vois, avec des boîtes d'œufs, etc. Et quand je vais, par exemple, comme là, mon petit séjour en Italie à la Biennale, je leur ai ramené des bouquins d'art faits pour les enfants, tu vois, qui vont leur permettre de dire, ah bah tiens, je peux expérimenter ça, je peux essayer ça. Et là encore, c'est plus cool d'être grand-mère, tu t'en fiches un peu qu'il y ait plein de peinture sur la table. Tu mets un coup d'éponge quand t'es maman, que t'as ta journée dans les pattes, t'as pas forcément envie que t'aies un te vide, les tubes de gouache sur ta table, tu vois, etc. Moi, c'est par le faire, en fait. Je pense que, voilà. Et quand on fait les choses, quand on les touche, du coup, avec ses mains, je pense qu'on les touche avec le cœur. Et je me suis dit que les aînés de mes petits-enfants, ces deux petites filles, pour leurs 10 ans, je vais les amener en Italie. Voilà, parce que je me dis, c'est chouette, c'est un pays qui est proche de chez nous, c'est une autre langue, c'est aussi un gros morceau de notre culture. Et j'ai envie de leur faire découvrir cette richesse que le monde nous offre. Même s'il y a des trucs qui se passent en Italie en ce moment qui m'agacent un peu. Ça c'est une autre histoire.
- Speaker #2
Ah bah dans tous les pays en ce moment, on va pas se mentir. Et du coup, justement, avec la complexité, et j'allais dire même avec l'accès à l'information qu'on a de plus en plus aujourd'hui, je te connais quand même très positif. J'ai pas eu l'occasion de beaucoup discuter avec toi, mais je te sais très positive. Comment aujourd'hui tu pourrais dire que tu gardes ce cap un peu positif malgré tout ça, et ça pourrait servir aussi de conseil justement aux jeunes qui peuvent écouter ?
- Speaker #3
Écoute, en fait, je pense que... Tu sais, on dit souvent, je dis ce que je fais, je fais ce que je dis. J'ai beaucoup travaillé sur la question de la résilience, de la vulnérabilité, du pouvoir d'agir, parce qu'en fait, on est tous vulnérables, quelles qu'en soient les raisons. Si on voit les événements récents d'un point de vue climatique, en particulier dans cette région du sud-ouest, ces incendies. Enfin, tu vois, quand tu habites... Du coin, parce que je suis bordelaise à l'origine, j'y passe encore pas mal de temps, il n'y a pas un bordelais qui ne connaît pas quelqu'un qui a été évacué, du bassin d'Arcachon ou de la zone de Lacanau, etc. Donc voilà, ça fait partie de notre patrimoine et donc il faut bien continuer, il faut avancer. On va peut-être faire demi-tour, je ne sais pas si tu entends Tonné. Voilà, on va repartir sur nos pas pour éviter de griller. Ça c'est notre patrimoine ici, c'est les noyers. Bientôt, on pourra venir ramasser des bonnes noix du Périgord et faire de l'huile de noix. C'était la petite parenthèse locale, promotion des produits du Périgord. Mais en fait, cette question de la vulnérabilité, c'est vraiment quelque chose qui me concerne, parce que tout mon travail à l'échelle européenne, justement, tous les projets que j'ai portés, avaient cette ligne de fond. On est tous vulnérables et on en fait quoi ? Déjà en prendre conscience, quel que soit notre statut professionnel, notre statut familial, etc. Il y a des événements de la vie qui nous rendent vulnérables. Et la vulnérabilité, elle n'est pas uniquement que sociale ou matérielle, tu vois, elle est multiforme. Moi j'ai vécu un deuil d'une manière brutale. Je te l'ai dit tout à l'heure, je suis partie faire une retraite dans le désert justement sur cette question du deuil. Je me suis retrouvée auprès de personnes qui avaient vécu des deuils aussi extrêmement douloureux. Et voilà, quelle que soit notre vie... En fait, il y aura une raison ou une autre, la maladie, la perte d'un emploi, son champ qui a brûlé, sa voiture qui s'est cassée, que sais-je, qui vont, par rapport à la vie que l'on mène, nous rendre vulnérables. Et donc à partir de là, comment on agit ? Savoir qu'au fond de soi, on a quand même des ressources, au fond de soi, mais aussi autour de soi, qu'on va pouvoir mobiliser. Et moi, je crois que j'ai passé le chaos complet dans lequel la mort de mon mari m'avait plongée. j'ai pris conscience que j'étais quand même super bien entourée, que j'avais des enfants, déjà deux petits-enfants, et qu'il fallait avancer. Alors il ne fallait pas de façon injonctive, tu vois, mais qu'en fait j'avais encore plein de choses géniales à vivre, et que probablement Jean-Paul, il aurait adoré que je vive ces trucs-là, si on avait pu les vivre ensemble, mais que tous les gens autour de moi, je n'allais pas juste m'enfermer dans mon chagrin, et qu'il fallait être convaincue de ce que j'ai toujours dit, que la vie était belle. Il y a un côté un peu auto-conviction que la vie est belle, Merci. fondamentalement je le crois, je pense que je suis d'une nature profondément optimiste et que même après des incendies, si tu regardes, tu vois des petites touffes vertes qui ressortent et je pense que notre cœur et notre âme séparaient, il y a toujours une petite touffe verte. Donc prenons-en soin, cultivons-la pour qu'elle continue à pousser et puis après on fait des boutures, on les transmet à d'autres ces boutures et on les plante dans d'autres jardins. Donc voilà, je pense que j'ai la chance d'avoir été dotée d'une nature heureuse que j'essaye de cultiver.
- Speaker #2
Je pense que quand même, c'est par l'action, le mouvement, tu t'es mis en action. Il y a ce côté, cette retraite spirituelle, j'allais dire, un peu dans le désert. Il y a eu ça, il y a eu d'autres choses que tu as fait ou qui t'ont aidé au fur et à mesure ?
- Speaker #3
Alors écoute, oui, cette retraite, ça a été super important parce que tu sais, là, j'étais déconnectée de tout. Alors tu vois vraiment une... Une cure numérique, tu es au milieu du désert, tu as les étoiles, rien d'autre, tu dors dans ton buvet, dans le sable, il fait un peu froid, donc du coup tu te couvres bien, puis la journée il fait très chaud, puis en fait tu te retrouves avec toi-même et puis quelques chameaux et quelques accompagnateurs à marcher, ça, ça te permet de revenir un peu à l'essentiel. Mais c'était presque le bout d'un cheminement que j'avais fait, j'avais découvert la méditation en pleine conscience, donc tu vois cette capacité à se recentrer là, maintenant, sur le moment présent, sur ma respiration, sur... Et là, il se passe quoi ? En fait, là, il se passe que je me sens bien. Même si j'ai plein d'événements dans ma vie qui me rendent malheureuse, là, tout de suite, maintenant, je suis bien. Et donc, j'ai petit à petit appris à cultiver ça. Et puis, j'ai eu cette chance énorme, en fait, à cette époque-là, de pouvoir mettre en œuvre le podcast Cliché, qui en est à sa saison 6, et du coup, de travailler avec des gens. Formidable puisqu'on traitait de la question de la vulnérabilité autant te dire qu'on a interviewé des personnes dans des situations redoutables et non pas qu'il faille graduer parce que je pense que la vulnérabilité franchement on n'est pas là pour la mesurer on est là juste pour prendre conscience qu'on peut tous la vivre mais du coup tu sais tu te sens moins seule et tu te dis bah moi j'ai peut-être la chance d'avoir des ressources que je peux mobiliser intérieur extérieur et prendre conscience que voilà je peux le faire je peux avancer je peux mettre un Un pied devant l'autre, ce qui n'est pas forcément le cas de tout le monde. Et cette question de la vulnérabilité, pour moi, elle est fondamentale dans la vie. C'est se dire, aujourd'hui je suis vulnérable, je peux peut-être trouver au fond de moi les ressources. C'est ce que j'ai cherché à dire dans Cliché. Et puis rappeler aussi aux gens que des fois, celui d'à côté, il est vulnérable, on peut juste peut-être lui tendre la main, lui dire, allez, tu ne vas pas retomber une troisième fois, je t'aide à franchir ce petit ruisseau. Voilà, donc c'est vraiment un truc qui m'anime profondément et qui m'a vraiment aidé à avancer dans la vie.
- Speaker #2
C'est quoi cliché, si tu peux en faire une petite promotion, parce que l'idée c'est quand même que ceux qui en ont besoin aillent l'écouter.
- Speaker #3
Alors l'histoire au départ, j'avais envie de développer une façon d'accompagner les personnes en situation de vulnérabilité. Et en fait, j'ai développé une méthode. qui était un mélange de tout mon parcours professionnel parce que j'ai travaillé dans le social, j'ai travaillé dans la communication, j'ai travaillé dans l'insertion, donc tu vois c'était très diversifié. Et en fait je me suis dit, l'image par exemple, je travaillais dans une école de communication visuelle, c'est quand même un moyen de faire passer des choses et quand on a du mal avec les mots, peut-être que le dessin, peut-être que l'image, c'est quelque chose qui va aider des personnes à exprimer des moments de leur vie où la vie leur a paru compliquée. Donc voilà, là on recroise à nouveau des marcheurs. Bonjour !
- Speaker #2
Bonjour !
- Speaker #3
Bonne promenade, faites attention à l'orage ! Oui ! Et en fait j'ai développé une méthode où les personnes pouvaient prendre un moment de leur vie où à la fois elles avaient vécu une situation très difficile et où elles avaient réussi à enclencher leur pouvoir d'agir pour en sortir. Non pas pour dire, vous l'avez fait une fois, ça va marcher à toutes les fois, mais en particulier leur dire, vous avez au fond de vous ces ressources, Et d'une manière ou d'une autre, il y aura un moment où vous pourrez les mobiliser. Et donc le passage par le dessin, c'était de dire, voilà, ma situation c'était celle-là, j'étais par exemple criblée de dettes et c'était terrible, etc. Et puis la prise de conscience, j'en ai pris conscience parce que j'ai commencé à être submergée par les lettres et un risque d'être mise à la porte de chez moi parce que je ne pouvais plus payer mon loyer. Et puis j'ai pris conscience que je pouvais, alors que je ne l'avais jamais fait, aller demander de l'aide. à des travailleurs sociaux ou à des associations comme la Croix-Rouge, la Banque Alimentaire, etc. Et donc prendre conscience de ces difficultés, c'est aussi commencer à en sortir et trouver effectivement des dispositifs qui me permettaient de sortir de cette situation, etc. Et donc ce récit, en le passant en images, les personnes à la fin du récit avaient une sorte de dernière image qui était celle du moment où elles étaient sorties, donc où leur pouvoir d'agir avait permis de... de sortir de cette situation problématique. Et cette image devenait un petit peu un totem. Donc en fait, c'était ça mon idée de projet qui avait été au départ sélectionné par l'accélérateur d'innovation sociale de la Croix-Rouge et que j'ai intégré dans un projet européen. Et puis au moment où il y a eu ce projet, nous nous sommes retrouvés dans cette pandémie mondiale, la crise du Covid, à laquelle personne n'imaginait vivre un tel isolement, un tel enfermement. Et du coup, l'intérêt de 21, l'accélérateur d'innovation sociale de la Croix-Rouge, c'est d'aller tester auprès des publics. Autant te dire qu'en étant confiné, impossible de tester. Et du coup, l'idée du podcast est venue à travers des réunions qu'on avait avec eux en se disant, mais il y a quand même plein de gens qui sont sur le terrain, qui vont aider, transporter les malades de l'hôpital de campagne dans l'Est vers la Bretagne parce qu'il y en a moins, des personnes à domicile qu'il faut quand même aller aider. Bref. On s'est dit, mais si on allait à la rencontre de ces gens qui ont décidé de se lever un matin et de se mettre en mouvement pour aider des autres. Et du coup, le podcast Cliché est né comme ça. De se dire, on ne va pas pouvoir faire raconter en image des moments où des personnes ont mis en oeuvre leur pouvoir d'agir. Racontons-le avec des mots. Donc en fait, on a fait la première saison sur des personnes engagées au quotidien pour accompagner des publics en vulnérabilité au moment de la crise Covid. et donc ça a été fait mais de manière incroyable la journaliste avec qui on bossait interviewait les gens via leur téléphone portable moi j'enregistrais dans mon sous-sol avec une couette et des boîtes d'oeufs pour absorber tu sais les bruits etc avec mon chat qui aimait bien sauter dessus en général au moment où je pensais avoir tout enregistré bref c'était très drôle et en fait cette première saison de cliché donc on a monté avec la Croix-Rouge et Louis Médias, bah était un super succès c'est à dire que je pense que Merci. Il est sorti aussi à une période où les gens avaient le temps. Et puis, ça a tellement bien marché que la Croix-Rouge a décidé de poursuivre l'aventure. Et on a sorti une saison 2, au moment, malheureusement, du début du conflit entre l'Ukraine et la Russie. Où là, on a eu les témoignages à la fois d'Ukrainiens qui étaient obligés de partir de chez eux, de bénévoles qui les ont aidés. Enfin bon, ça a été très... Très fort parce que là, on parle de vulnérabilité, mais t'imagines, ta maison est bombardée, c'est vrai partout dans le monde. Il y a trop de conflits dans le monde actuellement et trop de gens qui quittaient tout, ils perdaient tout. Et finalement, ça ressemble à ce que, tu vois, si on interviewait aujourd'hui les gens du Porche à côté de Bordeaux où tout a brûlé, ils diraient la même chose, ils ont tout perdu, tout abandonné. Donc voilà, ça rejoint vraiment cette idée, on est tous vulnérables. Voilà, et puis de fil en aiguille, après ça a été le droit international humanitaire pour rappeler aussi que, ah oui, il peut y avoir la guerre, il peut y avoir des conflits, mais quand même il y a des choses fondamentales à respecter, tu vois, quand tu perds un enfant sur une zone de conflit, en tant que parent, quel que soit le côté où tu es, tu as envie de savoir où est le corps de ton enfant, s'il est mort, tu as envie de pouvoir le récupérer. Et ça c'est le droit international humanitaire, rappeler des choses comme ça, où si ton enfant est prisonnier, tu as le droit de pouvoir communiquer avec lui. Donc ça, ça a été aussi très fort. Moi, ça m'a appris énormément de choses et c'était passionnant. Et voilà, on en est à la saison 6. La dernière saison, c'était sur les personnes en situation de handicap. Là encore, des gens juste incroyables, quels que soient les entraves qu'ils peuvent avoir, psychologiques ou physiques, et sont empêchés a priori de faire un certain nombre de choses. En fait, là encore, les personnes enclenchent leur pouvoir d'agir. et soulève des montagnes, alors qu'on n'aurait pas imaginé qu'elle puisse le faire. Donc voilà, c'est vraiment un truc qui fait battre mon cœur, cette question.
- Speaker #2
Et moi, ça me fait venir une question à tout ça, c'est qu'on se rend compte que la vulnérabilité, tant qu'on ne l'a pas vécue, tant qu'on ne l'a pas expérimentée, on a du mal à comprendre ce que c'est. Et d'ailleurs, face aux problématiques, j'allais dire, générales de notre monde aujourd'hui, Selon Toi, en tout cas, avec ton expérience et ce que tu as vu, comment on pourrait faire justement pour se préparer ? Se préparer justement à ce qu'on soit vulnérable et comment on pourrait... Parce que ce serait bien qu'on puisse se préparer justement à toutes ces problématiques-là et d'avoir les outils déjà pour éviter un maximum de vivre certaines choses et pouvoir rebondir ou, j'allais dire, même aider ceux qui en ont besoin.
- Speaker #3
Oui, alors ça, tu as raison. Déjà, je pense que le premier pas, tu vois, ça serait d'accepter que nous sommes... tous vulnérables. Si je prends le monde de l'entreprise et managériel, etc., et je peux en parler parce que j'ai été moi-même DG d'un gros groupe, etc., accepter notre propre vulnérabilité, par exemple, en tant que manager, c'est aussi accepter celle de ses équipes. C'est-à-dire, en fait, on a tous des compétences et on a tous des périodes compliquées dans nos vies qui nous rendent vulnérables. Et ce n'est pas parce que je suis chef d'entreprise, manager, etc., que je ne les vis pas. Donc, je pense que Ça redonnerait un petit peu d'humanité aussi au fonctionnement de l'entreprise et du monde en général, parce qu'on a tendance à penser qu'il y a les nantis, ceux à qui tout réussit, et puis ceux à qui toutes les catastrophes arrivent. En fait, je crois que malheureusement, tu vois, les ennuis, les aléas de la vie, on les vit tous. Mais la différence, c'est de l'accepter, de le reconnaître ou de ne pas le reconnaître. Ça donne peut-être une éducation à ça. Ça rejoint la question de l'éducation. Oui, nous sommes... tous à un moment donné vulnérables, tu vois. Moi, quelle que soit ma situation professionnelle, le fait de perdre mon mari n'avait rien à voir avec ma situation professionnelle. Tu vois, donc en fait, c'est vraiment avoir cette conscience-là. Ensuite, s'y préparer, oui, je pense que c'est porter aussi un peu plus d'attention aux autres. Et se préparer, c'est par exemple, dans ce contexte de crise géopolitique, écologique, c'est essayer de revenir à des choses un petit peu de base. pour se dire, je me prépare si demain les conditions écologiques se dégradent encore, comment à mon niveau, moi, je peux essayer de subvenir. Je vais te donner un truc bête, j'ai planté des tomates, des courgettes cette année. En fait, on n'a mangé que notre production. C'est un moyen aussi de lutter contre cette vulnérabilité alimentaire qui existe déjà dans de nombreux pays, mais qui va malheureusement se généraliser. On ne peut pas faire l'autruche sur ces questions-là. Ou tu vois, dans le contexte géopolitique extrêmement tendu que nous vivons, peut-être se préparer aussi à avoir des moyens de rester en contact avec les autres. Demain si on nous coupe Internet, on fait comment ? En fait on est quand même extrêmement dépendant à de nombreux égards de cet outil. On l'est d'autant plus qu'on l'évoquait tout à l'heure, mais l'IA est arrivée et il y a des réponses à tout. Ben oui, mais demain je te coupe ta connexion Internet, tu fais comment ? Demain tu perds ton téléphone ? En fait, aujourd'hui on ne se souvient plus des numéros de téléphone. Et donc en fait, c'est vraiment aussi réfléchir à ces questions-là et comment je me prépare à ça. Et moi j'ai interviewé à plusieurs reprises justement sur le podcast Cliché, et il y aura un article aussi dans Epal là au mois de septembre, une personne qui est responsable de ce qu'on appelle le RLF à la Croix-Rouge, le rétablissement des liens familiaux. Ce sont des personnes qui œuvrent, ce sont des officiers de recherche qui œuvrent afin que les personnes qui à un moment donné ont... perdus contact avec leur famille, soit sur la route de la migration, migration qu'elle soit politique, qu'elle soit due à une situation de guerre ou à une situation justement climatique, tu sais, d'un seul coup, il y a un éboulement. Tu peux retrouver d'un côté la ville et toi de l'autre, et puis tu n'as plus de moyens de communication. Les uns partent d'un côté, les autres de l'autre. Comment on se retrouve ? Donc il y a plein de gens qui se sont perdus comme ça et grâce au RLF, au rétablissement des liens familiaux, ça permet à ces personnes de se retrouver. Et bien en fait c'est rappeler qu'en fait on doit tous avoir un minimum de choses un peu pratiques. J'ai un petit carnet sur lequel j'ai les contacts éventuellement téléphoniques si ça marche encore, ou des adresses, ou des informations. un pack d'eau dans un coin si on essayait d'anticiper peut-être un certain nombre de risques et minimiser la vulnérabilité que le monde extérieur pourrait nous imposer. Tu vois, par exemple, si on regarde ce gros nuage, nous, on va peut-être se rapprocher de la maison parce qu'à tout moment, tu vois, on n'a pas pris de parapluie, on pourrait être vulnérable sous l'eau. Voilà, non, mais c'est ça l'idée aussi. En fait, il faut qu'on prenne conscience que nous sommes... tous pour de multiples raisons vulnérables auxquelles on peut l'être. Et donc à partir de là, qu'est-ce qu'on met en œuvre pour essayer d'agir, quelle que soit sa vulnérabilité annoncée. Voilà, c'est un peu ça qui m'anime aussi.
- Speaker #2
Et dans les projets que tu as pu voir, ou même entreprendre, est-ce qu'il y en a un qui te vient à l'esprit, qui t'a beaucoup marqué, et dont tu racontes encore ?
- Speaker #3
Le projet qui m'a le plus marqué au niveau européen ? C'était un projet qui s'appelait Change of View, littéralement un changer de regard, porter un autre regard, qui portait vraiment complètement sur cette question de la vulnérabilité et qui s'adressait aux formateurs, aux éducateurs, tu vois, dans le champ de l'éducation des adultes. Parce qu'on a tendance à qualifier souvent les personnes par rapport à leur niveau scolaire, par rapport à des apprentissages qu'elles ont eu ou qu'elles n'ont pas eu, etc. Et d'oublier qu'en fait... Tout individu développe de multiples compétences et ce n'est pas parce qu'on n'a pas fait d'études, on n'a pas un certain nombre de compétences au quotidien qui sont indispensables. Et celui-là m'a marquée d'une part parce que j'ai eu la chance de pouvoir y introduire tout le travail que j'avais développé autour de clichés, qui est vraiment porté aussi sur ces questions-là, et surtout parce que c'était un projet qui visait les personnes demandeurs d'emploi, les personnes très éloignées de l'emploi, et leur faire... prendre conscience qu'elles avaient des compétences. Et les compétences, comme je te le disais à l'instant, ce n'est pas uniquement des questions de savoir-faire, ou de savoir scolaire plutôt, c'est aussi du savoir-faire. Quelqu'un qui est capable d'aider, par exemple, une personne âgée à s'asseoir, moi je ne sais pas si je sais le faire correctement. Alors qu'il y a des personnes qui sont des aides à domicile, qui en fait le font très bien, alors qu'elles n'ont pas été formées à ça. Et je me rappellerai toujours une jeune femme qui était venue me voir après une séance de travail, et qui m'avait dit, « Oh là là, mais Sophie, c'est incroyable, j'ai des compétences. » Et ça, c'était une jeune femme portugaise, ça m'avait tellement touchée, de me dire que s'il n'y avait qu'une raison pour laquelle j'aurais dû faire ce projet, c'était juste pour entendre cette phrase-là, cette jeune femme qui pensait qu'elle ne savait rien faire, qu'elle était nulle, en fait, tu vois ce qu'on entend souvent, « je suis nulle, je ne sais rien faire, je n'ai pas été à l'école, etc. » Et là, elle me dit « Waouh, mais en fait, j'ai des compétences. » Et probablement que c'est pour cet échange avec cette jeune femme que je garde ce souvenir très très fort de ce projet Change of You en fait. Parce que là je me dis bah oui, elle-même elle a changé de regard sur elle-même quoi.
- Speaker #2
Effectivement c'est un très beau projet. Il y a un truc, parce que dans la vulnérabilité nous on va aller un peu plus, un poil plus loin j'allais dire, mais j'ai eu récemment une personne qui me disait, ouais mais bon, l'éco-anxiété, franchement. On ne sait pas, ce n'est pas un truc de blanc bobo, de occidental, et puis que c'est la nouvelle problématique. Et vous savez que bon, avec la santé mentale, selon avec qui on parle, et si on décale vers le bien-être ou vers les troubles psychiques vraiment, on a toujours un peu ce cliché. Alors, t'en penses quoi ? Et aujourd'hui ça devient un sujet quand même qui prend de la place. Par rapport à la vulnérabilité, qu'est-ce que tu en dirais ?
- Speaker #3
La question de l'éco-anxiété, le mot est peut-être impromptu, mais j'ai un profond respect sur cette question-là. Il y a quand même des jeunes, encore une fois, mon avenir est derrière moi, il n'est pas devant moi, mais je pense à toute cette jeunesse, quand on voit ces épisodes de sécheresse que nous venons de connaître, et il y en aura peut-être malheureusement, d'après ce que j'ai pu comprendre, quelques ans encore à venir pour cet été 2026, quand on voit la baisse de la production. Alimentaire, tu vois, même sur nos territoires. C'est-à-dire, j'entendais ce matin sur France Inter qu'il y avait 25% ou moins de pommes de terre. En fait, c'est quand même un aliment de base, justement, pour les personnes les plus vulnérables, économiquement par exemple. Or, du coup, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le prix de la pomme de terre va flamber, ça veut dire que ces personnes vont avoir encore plus de mal à se nourrir, etc. Donc, on ne peut pas faire l'impact. Je passe là-dessus, je veux dire, je peux comprendre qu'un jeune adulte aujourd'hui, ou un adolescent se dise, mais on est dans quel monde ? C'est-à-dire un monde même là à notre porte, dans des pays où nous sommes quand même plutôt privilégiés, où en réalité ça y est, on touche du doigt les effets très concrets de ce bouleversement climatique que la planète vit. Moi je ne peux qu'entendre cette inquiétude des jeunes. Après j'ai du mal à entendre par contre ce qui est proposé pour essayer de lutter contre...
- Speaker #2
T'es pas d'accord d'aller faire un câlin aux arbres ? Non mais c'est le gouvernement, ils ont dit que c'était bien.
- Speaker #3
Alors que moi je parle à mes enfants, je dis pas nous je... On tente les hortensiaques, j'adore, regarde y'en a un qui est... Voilà, alors ça tu vois, peut-être que moi j'ai lutté contre ma propre épreuve, c'est tout en venant, tu vois, à la campagne, regarde tu vois. On est quand même, voilà, quand tu regardes ça, un peu privilégié, mais je ne peux pas faire l'impasse, c'est une réalité. Donc c'est que l'éco-anxiété, enfin, comment dirais-je, le contexte climatique aujourd'hui a des répercussions considérables, tu vois. Quand les gens vont dire, ah, tu as vu le prix de la patate, c'est juste impossible, comment on va faire ? Mais oui, mais c'est parce que la patate, elle est super chère parce qu'en fait, eh bien, voilà, elles n'ont pas poussé, elles n'ont pas, voilà, alors ça, voilà, si on parle de con, c'était ça, on ne peut pas anticiper un sauvage qui s'annonce à nous provoquer comme... Comme des gars, mais voilà justement, il y a la nature, il y a des orages, il y a tout ce que l'on a provoqué quand même. Donc je dis, quand on est jeune, qu'on commence à prendre conscience de ça, tu vois là il pleut, on va faire demi-tour.
- Speaker #2
On va faire demi-tour.
- Speaker #3
Je me souviens quand j'étais jeune, etc. Franchement, j'étais pleine d'envie, pleine de désir, et j'étais à une génération où on pouvait croire à plein de choses. Je me dis, la génération qui arrive là, c'est un peu plus compliqué. Voilà, c'est de faire ce que je pense qu'on va.
- Speaker #2
Ça y est, on est à moitié mouillé, pas un peu sec. Quelques gouttes, on n'en aura pas, c'est bien. Et du coup, une des questions qui m'intéresse particulièrement, et je pense qu'il m'intéresse aussi beaucoup de monde, c'est qu'une bonne partie de tout ce que tu as fait quand même, c'est de transmettre des bonnes pratiques. Et je me dis, avec la quantité de personnes qui transmettent des bonnes pratiques, pourquoi c'est si difficile aujourd'hui de mettre en place ces bonnes pratiques ?
- Speaker #3
Alors ça, c'est à la fois...
- Speaker #2
Voilà, tu vois, c'est ça, il n'est pas content, tu vois.
- Speaker #3
Tu poses cette question, peut-être, non, que tu n'aies pas de réponse simple à cette question. Tu sais, en fait, la question, c'est que quand on fait quelque chose, moi, j'ai beaucoup réfléchi parce que j'ai développé des projets, alors, multiformes, dont des projets européens, ce qui m'a amenée aussi chez EPAL et à rédiger des articles pour EPAL. c'est comme ça qu'on s'est rencontrés aussi, mais des projets, j'en ai mené dans beaucoup de monde, c'est la question de la pérennisation, et donc de la transmission. En fait, là je vais revenir à EIPAL justement, parce qu'au moins pour les projets européens, je trouve que cette plateforme, elle permet de partager à un grand nombre, alors encore une fois, d'acteurs concernés, etc., mais si dans chaque pays, tu as 50 ou 100 acteurs de l'éducation des adultes, par exemple, qui vont lire un article, ou qui vont écouter ton podcast, etc., tu le multiplies par le nombre de pays de l'espace économique européen qui participent au programme, ça va quand même faire du monde. Donc ça fait cet effet boule de neige. En fait, c'est compliqué, parce que je vais te dire quelque chose qui peut paraître ouvrir des portes déjà ouvertes, mais en fait, ce que je crois, c'est que quand on porte des projets, quand on est engagé dans sa vie professionnelle, il faut aussi essayer, et ce n'est pas toujours facile. de le mettre en oeuvre dans sa vie de tous les jours. En fait, c'est comme ça qu'on va transmettre et que ces bonnes pratiques vont pouvoir se déployer. Parce que je parlais au tout début de notre échange de l'importance de l'éducation, de l'enseignement, mais je pense que ça passe aussi par là. Si tu transmets à tes enfants, pour moi aujourd'hui aussi, à mes petits-enfants, des bonnes pratiques, peut-être que ça va faire boule de neige. Moi, je pense que ma génération, dans l'éducation que l'on a reçue, pour x raisons, parce que mes parents, c'est que, tu vois, ils sont nés... un peu avant la seconde guerre mondiale, donc après ils ont connu des trompes glorieuses, et donc cette période où toute l'Europe se reconstruisait, où tout paraissait possible après des années d'erreur, et en fait on s'est rendu compte qu'on a brûlé un peu les ressources d'une manière complètement folle, mais on en fait quoi de ce qu'on sait ? Moi je me vois mal leur reprocher, parce que je pense que ce qu'ils avaient vécu était aussi terrible, et quand j'entendais ma grand-mère me raconter qu'ils souciaient des cailloux parce qu'ils n'avaient rien d'autre à manger, Voilà, enfin, je vous dis qui je suis pour pouvoir... pouvoir les juger. Par contre, je pense que moi, je n'ai pas eu cette éducation d'être attentive suffisamment à mon environnement, à me dire, je fais attention à fermer ma douche et pas la laisser couler, je fais attention à, si je plante trois tomates, à plutôt manger celle-là, et préférer les circuits courts, et préférer acheter de l'alimentation du moment, et non pas avoir envie de fraises en décembre, et ainsi de suite. Je ne suis pas une personne Je pense que ça passe par l'éducation au quotidien, tu vois, et c'est très bien d'avoir des projets, c'est très bien d'embarquer des gens, mais toutes ces personnes, il faudrait que dans leur vie de tous les jours, elles les mettent en pratique. Moi j'ai peut-être mis du temps à prendre conscience de ça, parce qu'on est pris par la vie, on est pris par un rythme, on est pris par plein de mauvaises excuses. Aujourd'hui j'ai un peu plus de temps, et donc c'est ça peut-être que je peux transmettre, c'est de dire, bah premier temps, franchement, il n'y a rien qui presse, enfin en réalité, on court après quoi ? Donc déjà peut-être se poser cette question-là. et puis dire, tu vois, moi j'adore quand mes petits loups arrivent ici en disant, oh Nini c'est génial, regarde il y a encore des fraises etc, ça fait trois fois que les fraisiers donnent des fraises, c'est magique tu vois, et ça c'est top regardez on va aller ramasser des tomates à midi dans la langer, c'était les tomates du jardin tu vois, j'étais super contente ce matin de les ramasser j'ai le temps, il y a ça aussi c'est à dire que comment ceux d'entre nous qui avons du temps qui avons peut-être moins de vulnérabilité que d'autres, on va davantage s'engager au quotidien sur... sur des petites choses. Moi, j'ai du mal à croire à une grande révolution où on dirait, d'un claquement de doigts, on va changer nos pratiques. Par contre, quand on a un peu de temps, quand on est un peu moins fragile que d'autres, c'est peut-être à nous de donner l'exemple, mais dans la vie de tous les jours, autant faire un gâteau maison plutôt que d'acheter un gâteau tout fait. Mais ça, moi, quand j'étais maman, je t'assure que je bossais 15 heures par jour. Franchement, je n'avais pas le temps de faire un gâteau moi-même. Donc, tu vois, je pense qu'il faut aussi garder un petit peu d'indulgence aussi par rapport à des gens, par rapport à des... des pays, par rapport à des populations qui n'y arrivent pas. Enfin, tu vois, comment on peut les accompagner ? Moi, j'aimerais tellement qu'on puisse se dire « Waouh ! Il y a une recette et le monde entier va aller vachement mieux et on va être beaucoup plus responsable de notre environnement et on va être beaucoup plus responsable de nos relations avec les autres. On voit tous les conflits malheureusement que traverse le monde aujourd'hui avec un certain nombre de personnes hystériques qui nous dirigent. Est-ce que moi, déjà, avec mes voisins, je leur dis bonjour ? Est-ce que avec... Voilà. Donc... Donc, je crois en ça, moi, tu vois, en ce pouvoir d'éducation dans la vie quotidienne. Voilà, et chacun à notre niveau essayant de le faire un petit peu mieux. Peut-être que ça ira mieux, quoi.
- Speaker #2
C'est un très beau résumé, finalement, de tout ce qu'on a pu discuter. Je crois que la dernière question, et ça, c'est la question, j'allais dire, classique. Pourquoi c'est si important de se mettre en mouvement ?
- Speaker #3
Alors, moi, j'ai du volonté, ça va tirer, je suis un peu agité du déclin. J'ai besoin d'être en mouvement pour tout, tout le temps. Merci. ne sait pas me poser. C'est vrai sur tout un tas de sujets. Et c'est important parce qu'être en mouvement, c'est rencontrer des gens, c'est échanger d'autres points de vue, c'est prendre conscience qu'il n'y a pas juste ce qui se passe devant notre nez, qu'il y a des choses qui se passent, mais juste donner plus loin, etc. Et que c'est important. Donc, se mettre en mouvement, c'est aussi partager et c'est croire que le meilleur reste à venir.
- Speaker #2
Eh bien, c'est magnifique. C'est trop beau. Merci, merci beaucoup. et puis on se retrouve tout de suite pour un autre épisode. un petit jeu. Alors la question c'était
- Speaker #5
Qu'est-ce qui te fait te sentir vivante ?
- Speaker #3
Waouh ! Ça c'est une question. Qu'est-ce qui me fait sentir vivante ? Mes petits-enfants. Ils sont dans la vie, ils me poussent, ils me tirent, ils me bousculent et grâce à eux, je suis bien ancrée, les deux pieds sur terre, dans la vie, tous les jours. Pour le prochain invité, ma question est Qu'est-ce qui te fait lever le matin ?
- Speaker #1
La balade s'achève ici. Respirez un instant, laissez les sons autour de vous s'apaiser. Si cet épisode vous a inspiré, partagez-le avec quelqu'un qui compte pour vous. Parce qu'ensemble, en avançant pas à pas, on remet du sens, du lien et du mouvement dans nos vies.