- Speaker #0
Le festival Oka les Templiers vous présente Esprit Libre des Templiers, le podcast qui vous plonge au cœur de l'histoire de l'événement. Chaque mois, je partirai à la rencontre de celles et ceux qui incarnent, vivent, écrivent et racontent l'événement depuis plus de 30 ans. Bienvenue et bonne écoute à toutes et à tous. Bonjour à toutes et à tous. Je reçois aujourd'hui pour ce troisième épisode du podcast Esprit Libre des Templiers, Audrey Tanguy, qui sera au départ dans quelques semaines du festival Oka les Templiers. Audrey est une jeune maman, championne de France de très long 2026, double vainqueur de la TDS et membre active de l'équipe de France. Bonjour Audrey.
- Speaker #1
Salut Fred.
- Speaker #0
Si en dehors des chronomètres et des podiums, tu devais te présenter autrement, ça serait comment ?
- Speaker #1
Je me présenterais surtout autrement, parce que c'est vrai que les podiums et les courses, c'est vraiment une toute petite partie de ma vie. Je suis professeure d'EPS dans la vie. J'aime beaucoup la montagne. J'habite en montagne, dans un endroit qui est un tout petit village sur les hauteurs de Chambéry. Je suis maman d'un petit garçon qui me comble de joie tous les jours.
- Speaker #0
Le sport, ça a toujours été ? un fil conducteur pour toi. La montagne aussi, tu viens de le dire. Qu'est-ce qui t'attire justement dans cette montagne ? Tu es restée en Savoie puisque tu as déménagé il y a quelques temps. Tu es passée d'Alberville, proche d'Alberville à proche de Chambéry. La montagne, c'est quoi pour toi aujourd'hui ? C'est toute ta vie, mais au-delà de ça, c'est quoi ?
- Speaker #1
C'est un refuge, je pense aussi. C'est un endroit où je me sens bien. Tout est calme, plutôt silencieux, en tout cas les endroits que je choisis. Et c'est aussi un repère parce que c'est vrai que moi, j'ai quand même grandi en montagne. Donc, je me retrouve en fait en montagne. C'est important. J'ai vraiment besoin d'avoir la montagne proche. Pas la haute montagne. Je ne suis pas quelqu'un qui aime particulièrement la haute montagne. Elle me fait plutôt peur. Mais la moyenne montagne, c'est très apaisant. Et oui, c'est beaucoup de souvenirs. J'en ai besoin.
- Speaker #0
Ton rôle, ton métier de professeur de PS t'amène aussi à partager ça avec tes élèves. Et même si ce n'est pas forcément facile aujourd'hui de les emmener en montagne en termes de responsabilité et tout avec l'éducation nationale, mais c'est vraiment quelque chose que tu as envie de transmettre, mais aussi de transmettre les valeurs qui sont celles de la montagne.
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Surtout que c'est vrai qu'on évolue au cœur de la montagne. Chambéry, c'est quand même un tour et une montagne. Et on se rend compte qu'on a beaucoup... beaucoup d'élèves qui n'y vont pas et qui ne connaissent pas même les petits chemins autour de Chambéry. Donc, nous, au sein de notre équipe d'EPS, on est quand même beaucoup de... Tous les profs d'EPS aiment la montagne et pratiquent la montagne. Donc, on a tout un cycle, notamment en cinquième, où ils ne vont qu'à l'extérieur. Ils font de l'aviron, ils font du trail, ils font de la rando, ils font de l'escalade. Donc, vraiment beaucoup d'activités de plein air et tout est axé aussi, effectivement, sur le respect des autres, de la montagne. de l'environnement. Je pense que c'est crucial, oui.
- Speaker #0
Sur un aspect un peu différent, un aspect sociologique, est-ce que toi, qui es professeur quand même depuis quelques années, qui as fait différents secteurs, du côté de la Vallée de la Tarentaise, du côté d'Alberville, du côté de Chambéry maintenant, est-ce que tu vois vraiment qu'il y a un vrai souci social dans cette société qui aujourd'hui est une société d'écran, une société de sédentarité ? Et est-ce que tu en vois déjà les conséquences ?
- Speaker #1
Ah oui, bien sûr. Elles sont criantes. Alors, c'est vrai que j'ai eu de la chance parce que j'ai vu pas mal de publics différents et des extrêmes, puisque je suis passée de Paris à Beaufort. J'ai enseigné trois ans au collège de Beaufort, donc ce n'est pas du tout le même public. Et là, maintenant, sur Chambéry, c'est encore un autre public. C'est un établissement qui est très mixte, ce qui est très bien, très enrichissant et qui permet aussi de voir de très grosses différences. Selon les catégories socioprofessionnelles quand même, et puis même pas forcément d'ailleurs. Oui, il y a beaucoup d'écrans, il y a beaucoup de sédentarité, et ça se ressent sur la santé des jeunes de manière criante, et avec une obésité qui grimpe quand même en flèche, et c'est un problème qu'on côtoie tous les jours.
- Speaker #0
Les jeunes qui ne vont pas au sport et à qui vous faites découvrir la montagne et les activités dont tu parlais, l'escalade, le canoë ou autre, Ils le découvrent avec envie, étonnement parfois, ou est-ce que ça les lasse ? On dirait d'une manière un peu plus vulgaire, ça les gave, parce qu'en fait, il faut faire un effort. Finalement, vous êtes aussi un transmetteur, un porteur de relais vers ce que tu pratiques aussi en compétition, le sport de haut niveau.
- Speaker #1
On espère être quand même des relais. Alors, tu as raison, c'est vrai qu'au départ, c'est difficile le sport. Il faut faire un effort et je pense que c'est pareil dans notre société, ça devient compliqué. Et à cet âge-là, si les parents ne pratiquent pas, c'est difficile avec nos quatre petites heures par semaine. de leur inculquer le goût de l'effort, la persévérance, c'est pas simple. Mais en tout cas, on essaie et on a quand même de très, très belles réussites. Alors, effectivement, au début, c'est difficile, mais il y en a quand même qui se révèlent et qui prennent goût et qui viennent avec nous le mercredi après-midi et qui viennent faire des stages plein air avec nous. Donc, on a quand même de très belles réussites et pour une réussite, on est prêts à charbonner derrière avec plaisir.
- Speaker #0
Alors, toi, tu le disais tout à l'heure, tu as parcouru beaucoup la montagne aussi un petit peu en solitaire pour t'isoler, pour contempler, pour profiter de ce silence et de cette aventure quelque part. Comment tu es venu finalement au sport de haut niveau ? Parce que tu l'as dit, tu n'es pas une fan des chronos, tu n'es pas une fan des dossards ni des podiums. Tu en as même parfois peur, ça t'a coûté parfois beaucoup sur des courses. Comment tu as franchi ce cap en fait à un moment de te dire… oui, j'ai des capacités, ça me plaît, et puis je vais aller faire de la compétition, puis finalement du sport de haut niveau.
- Speaker #1
C'est une rencontre, c'est une rencontre fortuite avec Antoine Guillon, il y a quelques années. Antoine qui est devenu un ami et qui m'a fait découvrir ce milieu par son prisme en fait, qui était très proche du mien, donc avec beaucoup de recul et beaucoup de douceur. Du coup, j'ai... J'ai aimé découvrir ça avec lui. Et j'ai goûté assez vite aux victoires. Et ça, ça m'a piégée. Parce que du coup, c'est vrai que moi, ce que j'aime dans la compétition, c'est gagner. C'est vraiment quelque chose qui... C'est jouissif. C'est addictif. Et du coup, c'est ce qui m'a pris. Mais c'est vrai que de prime abord, moi, je ne cours pas du tout pour faire de la compétition ou pour faire un chrono. Ce n'est pas ce que j'aime. De prime abord, moi j'aime courir tranquille, à l'heure que je veux, sans personne, sans photographe, sans journaliste, sans personne. Et du coup, de gagner, ça m'a pris et j'avais envie de continuer et de voir jusqu'où je pouvais aller. Et puis j'aime aussi la difficulté dans la vie, je suis quelqu'un qui va quand même contre sa nature souvent. Et donc je pense que ça, ça me rajoutait de la difficulté par rapport à ma nature profonde. Du coup, j'ai voulu faire ça pour ça aussi, je pense.
- Speaker #0
Tu as gardé aujourd'hui les mêmes motivations justement pour ça, parce qu'on en reparlera tout à l'heure. C'est vrai que souvent, tu as presque eu des crises de panique, des crises d'angoisse avant certaines courses où tu perds tous tes moyens. Alors, comment on arrive à concilier cette envie d'aller performer et puis finalement, cette peur de prendre le départ ?
- Speaker #1
C'était compliqué. C'est aussi pour ça que j'ai voulu faire une pause, tranquillement, pour élever Marceau et pour me tenir un peu loin de tout ça, parce que j'avais perdu le sens. Beaucoup de gens disent qu'il ne faut pas courir pour la performance, mais ce n'est pas quelque chose qu'on décide. Honnêtement, j'ai essayé de me dire que j'aimais courir, courir juste pour le plaisir de courir, mais dans ce cas-là, je ne prends pas de dossard si je veux vraiment y aller en me faisant plaisir. clairement, je ne prends pas de dossard. Donc, moi, vraiment, je sais que ma motivation, elle est là. Et je ne vais pas me mentir et je ne vais pas essayer de me changer. Je sais qu'elle est là. Maintenant, en ayant eu Marceau, l'enjeu est moindre. J'espérais que ça le ferait et ça l'a fait. Sauf en équipe de France. Mais sinon, oui. En fait, je pense qu'aussi le fait de m'être rendue compte que dès qu'on se retire un peu de la scène, on est très vite... pas oublié, mais voilà, la roue tourne. Et moi, ça, ça m'enlève du stress, en fait. Il y a des gens que ça angoisse, parce que du coup, ils se rendent compte que très vite, on est oublié. Et moi, non. Ça me fait du bien. Et en fait, c'est inévitable. C'est comme ça. Ça se passera comme ça, je le sais. Et pour tout le monde, y compris une Courtney DeWalter ou une Kitty Scheid, dans quelques années, il y aura la relève. Il y aura des jeunes. Et c'est comme ça. Et c'est très bien. Et du coup, le fait de l'avoir quelque part expérimenté, eh bien... Je ne vais pas dire que ça dédramatise, parce que ça ne me dramatisait pas du tout, mais en tout cas, je l'ai déjà vécu. Et c'est très bien. Et maintenant, je suis un peu moins tendue. Et si je rate quelque chose, je rate. Et ce n'est pas grave. J'en ferai une autre et peut-être que je la réussirai, peut-être pas. Et finalement, la vie n'est pas là.
- Speaker #0
Finalement, peut-être que ta plus belle victoire, c'est celle de Marceau, non ?
- Speaker #1
Ça, c'est certain. Ça, il n'y a aucun doute. C'était le but. Depuis que je suis enfant, je sais que je veux avoir des enfants. Et évidemment, ma plus belle victoire est ici et restera tout le temps là.
- Speaker #0
Et ça t'a enlevé une forme de pression aujourd'hui que tu as pu constater sur ton retour sur cette saison 2026 où tu es arrivé quand même très très forte avec un chrono de 1h17 sur semi-marathon puis après un enchaînement presque royal avec notamment les championnats d'Europe et puis le 90 du Mont-Blanc. Tu pars plus détendu aujourd'hui, comment tu as fait justement pour revenir pour les mamans qui t'écouteront après la naissance ? un an et demi après la naissance de Marceau, revenir, remettre un dossard, retrouver la motivation, retrouver l'envie de gagner ?
- Speaker #1
Alors, ce qui est très drôle, c'est que moi, je ne savais pas si je reviendrais. Je me suis toujours dit, je n'avais pas du tout de peur de perdre mon niveau, je n'avais pas du tout ce stress de me dire, il faut absolument que je retrouve ce niveau, il faut absolument que je revienne à la compétition. Pour moi, c'était, on verra, si tu n'as pas envie, tu ne reviens pas. Et honnêtement, je... Je ne me suis jamais dit qu'il y a l'UTMB, à cette date, il faut que j'y sois, ce que j'aurais fait avant, parce que l'UTMB, c'est le rendez-vous où il faut être. Non, moi, j'étais prête à arrêter. J'en avais marre. Quand j'ai arrêté, j'en avais assez. J'avais envie de vivre autre chose. J'avais envie d'une parenthèse, j'avais envie d'autre chose. En fait, je me suis inscrite au championnat de France par hasard, quelque part. Je voulais faire le ventoux. parce que c'est vraiment une course que j'aime et que j'avais des bons souvenirs et là ça me faisait envie de refaire une course parce que j'avais fait des courses locales et je voyais que j'étais quand même en forme et en fait il se trouve que c'était le support des championnats de France mais j'ai pas fait le Ventoux parce que c'était les championnats de France j'ai fait le Ventoux parce que je voulais faire le Ventoux et quand j'ai vu que c'était le support des championnats de France je me suis dit bon bah je peux pas faire le Ventoux et pas faire le championnat de France il faut que j'y aille vraiment et puis j'ai gagné si je gagne c'est fini
- Speaker #0
T'étais en plus une course forte bien sûr et aussi parfaitement maîtrisée puisque t'es partie en tête dès le début, t'as jamais vu tes adversaires dès le début tu savais que t'étais forte et que t'allais aussi aller chercher cette victoire ou c'est pareil tu t'es sorti complètement de l'objectif et t'as juste profité des montagnes parce que c'était en plus une course très exigeante où il faisait froid, il y avait de la neige les conditions météo étaient terribles, ça te faisait absolument pas peur T'as profité de ce moment-là, ce jour-là, fin mars 2026 ?
- Speaker #1
J'ai vraiment profité. Alors, j'avais quand même comme objectif, j'essayais de me dire, ça serait sympa d'aller chercher la qualif. Parce que, du coup, comme je savais que c'était support, ça serait cool quand même d'arriver à se requalifier. Mais franchement, je m'étais dit, si j'y arrive, c'est bien. Et si je n'y arrive pas, je suis un skate au 90 du Mont-Blanc, j'essaierai le 90 du Mont-Blanc derrière et on verra ce que ça donne. Du coup, j'ai fait les deux, mais ce n'était pas prévu comme ça au départ. Et ouais, en fait, je suis partie à mon rythme, en fait. Je suis juste partie... Bah oui, je me suis écoutée. Bien sûr, j'ai vu que j'étais devant, mais... Bon, bah, voilà, c'est comme ça. Si elles doivent me rattraper, elles me rattraperont. Et puis, on verra, quoi. Je me suis vraiment pas mis la pression. Et le froid me faisait un peu peur. Parce qu'à la base, il y avait un froid quand même qui était... Je sais plus combien c'était, mais moins 20, ou un truc comme ça, au sommet. Bon, après, c'est pareil pour tout le monde. Les conditions sont les mêmes pour tous. Donc, on verra. De toute façon, on a déjà fait des courses quand il faisait froid. J'ai déjà fait des courses quand il pleuvait. J'ai déjà fait des courses quand il faisait 40 degrés. On verra, on s'adaptera. Et puis, au final, on n'a pas eu un temps si cata. C'était pire le samedi. Le dimanche, ce n'était pas si catastrophique. Je n'ai même pas mis ma veste. Il ne faisait pas chaud, c'est sûr. Mais je n'ai pas souffert plus que ça, finalement, des conditions. Et je me suis régalée. De toute façon, le Ventoux, je me suis tout le temps régalée sur cette course. Je pense que c'est aussi un... À un moment dans l'année où je dois être en forme, le parcours me va bien, parce que c'est une grande montée, une grande descente. Enfin, descente, ce n'est pas vraiment une descente, mais ça y ressemble sur le papier en tout cas. À la fois, elle est interminable. Mais oui, c'est un parcours que j'aime, c'est une ambiance que j'aime, c'est un lieu que j'aime, une organisation que j'aime. Vraiment, cette course, ça me va bien. Du coup, je me suis régalée.
- Speaker #0
Ventoux, championne de France, avec beaucoup d'émotions à l'arrivée, où j'arrive à te faire pleurer, mais je sais que c'est assez facile, on ne va pas y revenir. Ensuite, cette sélection en équipe de France pour Kamnik. Et puis là, on retrouve Audrey, comme on la connaît, c'est-à-dire pleine de joie, pleine d'enthousiasme, avec tes trois consoeurs, les quatre rieuses, on vous a appelés, parce que toi, Anne-Cécile Thévenot, Adeline Martin et Marie Goncalves. On a l'impression que vous êtes partis en vacances toutes les quatre sur ces championnats d'Europe.
- Speaker #1
Franchement, c'est aussi l'impression que j'ai eue. Je me suis régalée avec cette équipe. Vraiment, c'était super. On a partagé de super moments et je garde que de très bons moments de cette sélection. On s'est vraiment régalées. Et c'est vrai que sur un championnat d'Europe aussi, le groupe est plus restreint. Et moi, ça me plaît. Ça me plaît, ça, par rapport au championnat du monde. Il y a quand même vachement moins de monde et on peut vraiment profiter de chacun, y compris des coureurs en montagne, des jeunes. C'est chouette, c'est super chouette. L'ambiance est top. Et puis là, l'ambiance était incroyable. Vraiment, tout était réuni pour que la course se passe bien. Et le fait de partager des morceaux de course avec toutes, à un moment, on a même couru à quatre. C'est royal. Franchement, si j'avais pu décrire le scénario idéal, ça aurait été celui-ci, avec l'abandon d'Anne-Cécile en moins. Mais c'est vrai que ce partage, comme ça... C'est pour ça qu'on fait un championnat. C'est super. C'était un très, très bon souvenir.
- Speaker #0
Vous avez eu aussi une médaille par équipe, médaille d'or. D'argent. D'argent, pardon. Ensuite, ta saison s'est orientée vers le 98 du Mont-Blanc, où tu termines deuxième. C'était il y a un mois maintenant. Et puis maintenant, vacances. Et puis focus dans à peu près trois mois sur les Templiers. Alors, c'est aussi... pour ça qu'on est là aujourd'hui. Les Templiers, ce sera ta première participation à l'événement en tant que telle, toutes courses confondues. Quel regard tu portes sur cet événement historique en France ?
- Speaker #1
Alors, c'est ça, c'est un peu résumé. Pour moi, c'est vraiment une course historique. C'est la plus vieille, je pense, de France. Une course qui a une histoire incroyable au milieu du trade, dans le milieu du trade. Une course qu'il faut faire, je pense, en France. Il faut la découvrir. C'est une course qui me fait peur parce que je sais qu'elle est très exigeante. Elle est très difficile, je sais, parce que je l'ai fait en reco. Il y a quelques années, ce n'était pas là. Je me suis dit que cette course, je pense qu'il faut vraiment être prête pour la faire. Je ne sais pas si je suis vraiment prête pour la faire, mais en tout cas, j'ai envie d'aller voir ce qui s'y passe et de profiter de l'ambiance. On sera en famille. Marceau sera là aussi, donc ça me fait plaisir. Je vais y aller sans pression aussi parce que... Je ne sais pas trop si je suis capable vraiment de faire quelque chose d'exceptionnel sur cette course. On verra. L'avenir nous le dira. Mais en tout cas, je dirais, je pense, sans trop de pression et avec le plaisir de la découvrir.
- Speaker #0
Est-ce qu'aujourd'hui, ça peut être une course qui manque à ton palmarès ? Alors, pas forcément en gagner, mais pourquoi pas aller chercher quand même un podium ? Parce que c'est aussi une course qui est avec ton partenaire au cas.
- Speaker #1
C'est aussi pour ça que je la fais. Et oui, oui, ça serait un grand plaisir d'aller ajouter ça à mon palmarès. Ça serait un honneur, c'est sûr. C'est toujours ces grands classiques. On sait, en France, on a un niveau incroyable en trail. Donc, ces courses-là, il y a du niveau, surtout que là, il y a aussi des internationales qui viennent s'aligner. Donc, oui. Un podium sur les Templiers, tu me dis maintenant, je signe, il n'y a pas de souci.
- Speaker #0
Tu disais, tu es allée en roco une année, enfin il y a quelques années, avec le Timoka pour un stage. Tu as découvert sans doute très brièvement l'Écosse. Est-ce que c'est aussi une région qui te correspond, ce côté un peu sauvage, isolé, un peu mystique par moments ?
- Speaker #1
Oui, je suis d'accord avec toi. C'est vraiment une région qui est sauvage, qui est rude, je trouve, à certains égards. Donc, ouais, ça me correspond assez bien. Mais c'est vrai que ce qui m'avait le plus marquée, c'est vraiment cette difficulté du parcours. J'étais un peu restée bloquée dessus. C'est pour ça que je ne suis pas allée tout de suite. Parce que ce stage, c'était il y a six ans au moins. Et depuis que j'ai vu le parcours, j'ai eu du temps à y aller quand même. C'est difficile. C'est vraiment un parcours qui est difficile. Et moi, j'avais toujours en tête de me dire, mon point fort, c'est quand même la montée. Et la montée arrivait à la fin, Et du coup, on l'a subie, je pense, parce qu'elle est très raide et très difficile. Et après tous ces kilomètres où il faut courir, ça va être dur. Ça va être dur, mais c'est vrai que c'est un cadre qui est vraiment sympa.
- Speaker #0
On est à trois mois de la course. Là, tu rentres de vacances après un début de saison, on va dire, rempli, complet. Je pense que tu peux être très fier de ce que tu as fait. C'est déjà une saison gagnée pour toi, j'imagine. Ça va être quoi les trois mois à venir avec ton entraîneur Nico Martin pour préparer ça, sachant que toi tu es en vacances, tu vas reprendre les cours d'EPS au mois de septembre, un mois et demi de cours pour après aller en vacances au Templier. C'est quoi la préparation d'Audrey Tanguy sur cet objectif ?
- Speaker #1
C'est toujours beaucoup d'adaptation, parce qu'il y a les vacances, comme tu dis, mais Marceau est avec moi tout le temps. Donc là, il va y avoir quand même quelques jours du côté de Saint-Gervais, parce qu'on a un rassemblement au cas, donc je vais y aller un petit peu. Je vais redescendre pour fêter l'anniversaire de Marceau, je vais remonter quelques jours. En gros, ça va faire 5-6 jours où je peux m'entraîner vraiment sérieusement en montagne. Après, on va partir un petit peu dans les Vosges une semaine. On va partir encore en Autriche, en camion, un petit peu. Donc, voir si de temps en temps, je peux laisser Marceau à des amis pour aller courir, moi, m'entraîner. Je ne sais pas trop. Je ne veux pas trop forcer les choses non plus. Donc, ce sera beaucoup d'adaptation pour moi et pour Nico. Et puis, à partir de septembre, on retrouve un peu les routines. Marceau va aller à la crèche. Donc, je sais que j'aurai des créneaux qui seront quand même restreints. Je ne peux pas me permettre de partir 4h, 5h en montagne. Maintenant, ça, c'est terminé. Donc, on optimise le temps et on ne soumet pas du tout la pression. Parce que comme je l'ai dit pour les championnats de France, et je pense que ça a très bien fonctionné pour moi cette saison, et je compte vraiment continuer comme ça. Moi, l'essentiel, c'est Marceau. Et Marceau, je suis prof de PS. Et si le sport fonctionne, c'est parfait. Et si ça ne fonctionne pas, ce n'est pas grave. Je pense que voilà. En plus, comme tu dis, cette saison, elle est déjà gagnée. Voilà. Il n'y aura pas de pression plus que ça. pour la prépa et je pense que ça, moi, ça me réussit bien de vraiment me dire tu fais comme tu peux et si tout n'est pas parfait, c'est pas grave. On fera au mieux le jour J pour être performante et on s'adapte. Ça me va bien. Mentalement, je pense que ça me va très bien.
- Speaker #0
Alors, tu l'as dit, on l'a compris depuis le début, la maternité a changé ton rapport à la compétition un petit peu, mais pas au sport. Est-ce que justement, on a une vision différente ? quand on devient maman par rapport justement à des objectifs avant c'est sûr que tu avais ta vie d'avant où tu étais allé travailler tu faisais du sport, tu t'évadais toute seule en montagne même faire de la rando aussi avec ta maman est-ce qu'aujourd'hui quand on devient maman ou quand on va le devenir si certaines l'écoutent ce podcast,
- Speaker #1
tu changes ta vision et tes objectifs oui alors déjà naturellement en fait Par exemple, si on a une déception sur une course, la déception va durer deux heures, et puis on va retrouver notre enfant, et là, on passe à autre chose, parce que lui, il ne nous permet pas de ressasser, de se dire « ah mince, j'avais fait ça » . Non, en fait, lui, il est avec son camion, et son seau, et sa pelle, et il veut jouer avec toi, et que tu aies perdu ta course, il n'en a rien à faire. Lui, il veut que tu sois là pour lui, il veut s'amuser avec toi, et l'essentiel est là. Et en fait, il te ramène constamment à l'instant présent. Donc, il n'y a pas... Il n'y a pas toute cette anticipation, il n'y a pas toute cette déception qu'on peut ressasser. Donc c'est le moment, là. On est là, on est en train de jouer, on est en train de profiter du moment. Et ce qui s'est passé avant, c'est fini. Et ce qui se passera après, ce n'est pas encore là. Et ça, je pense que c'est l'idéal, en fait. C'est l'idéal. Ça, ça change forcément. Ça change forcément. Et pareil pour ce qui est de la planification et tout ça. Quand on est totalement libre, on veut faire au mieux. et du coup on se fait des nœuds au cerveau tout le temps oui mais là j'aurais peut-être dû faire ça, puis là j'ai pas assez forcé, puis là, là en fait t'as un laps de temps tu fais ce que tu peux, t'as pas réussi ta séance, terminé, tu vas chercher ton fils à la caisse, tu vas jouer avec lui, c'est pareil en fait, on zappe on passe à autre chose, t'as du temps libre t'as une heure pour t'entraîner, bah tu fais ce que tu peux sur cette heure là, et après ta vie elle va continuer t'as juste ce temps là voilà C'est très restreint. Tout est restreint, donc tout est concentré. Et ça, je pense que ça joue. En tout cas, moi, ça a été bénéfique totalement dans ma pratique. C'est juste que j'adapte un peu maintenant. C'est vrai, les courses que je vais faire, avant, c'était l'ultra. Maintenant, je pense que je vais plus m'orienter sur des distances qui vont être plus courtes. Parce que ma vie ne me permet plus de m'entraîner comme avant, de partir 4, 5 heures, 6 heures, 8 heures en montagne. C'est exclu et je ne veux pas le faire parce que je sais ce que je perds à côté. Je n'ai pas envie. Si je le mets en balance par rapport à ça, pour moi, ça ne vaut pas le coup.
- Speaker #0
Ça joue aussi dans l'autre sens, où là où tu te crées des nœuds au cerveau, comme tu le dis dans les préparations de course, dans les avant-courses où tu étais vraiment, parfois, vraiment en pleurs, on peut le dire, avant les départs de course. Est-ce qu'aujourd'hui, justement, Le fait de transférer un peu cette pression sur une autre occupation qui est Marceau, qui est aussi ta vie d'à côté, est-ce que finalement, jusqu'à la dernière minute, tu es beaucoup moins stressée ?
- Speaker #1
Ah oui, ça n'a rien à voir, à part en équipe de France. Et ça, je le savais. À la base, je ne voulais pas retourner en équipe de France pour ça parce que moi, ça me rajoute de la pression, parce qu'on ne court plus pour nous, parce qu'on a envie de bien faire, parce que les autres comptent sur nous. Il y a plein de choses qui font que quand on a un maillot d'équipe de France, on représente son pays. Il y a quand même plein de choses derrière. Et même si on ne veut pas l'avouer, on le ressent. Et du coup, il faut le gérer. Maintenant, je le sais. Donc, je sais que ça va être difficile, mais je sais aussi ce que ça apporte derrière. La joie partagée n'a rien à voir avec une joie solitaire, en fait, au final. Donc, je l'accepte. Je le sais et je l'accepte. Mais oui, là, le départ du 90 du Mont-Blanc, c'était super, en fait. Déjà, c'est assez calme. Je ne m'attendais pas à ça, honnêtement. Je pensais vraiment que ça commençait à être un peu comme un UTMB, avec beaucoup de bruit, beaucoup de ferveur. On m'avait dit ça. Mais le départ, honnêtement, c'était calme. Les rues de Chamonix étaient calmes, encore silencieux, pas de musique. Et ça, moi, j'ai adoré. J'ai pris le départ dans des conditions où vraiment je me sentais bien, je me sentais détendue. Ça faisait un petit moment que ça ne m'était pas arrivé, et surtout du côté de Chamonix.
- Speaker #0
Justement, en équipe de France, tu le dis, avec Marie au calvaise, Adeline Martin et Anne-Cécile Thévenot, vous êtes trois mamans. parce qu'Anne-Cécile et Adeline sont mamans. Aujourd'hui, on voit vraiment, tu l'as dit toi-même, que tu n'as plus envie et ce n'est pas non plus quelque chose qui t'attire de nouveau d'aller faire de l'ultra. Anne-Cécile Ténaud sera au départ de l'UTMB dans quelques jours. Adeline Martin, la CCC, donc on est sur des 100 kilomètres. Marie Goncalves aussi sur la CCC. Est-ce qu'aujourd'hui, tu sens que c'est aussi une difficulté pour les femmes en général, mais d'autant plus celles qui sont devenues mamans ? d'organiser leur vie autour du sport, mais en plus de l'ultra-trail, qui est devenu une discipline ultra-exigeante. On a souvent envie de dire qu'il faut qu'il y ait de plus en plus de femmes sur l'ultra-trail, mais certaines femmes disent « Est-ce qu'on nous demande notre avis à nous ? Est-ce qu'on a vraiment envie d'aller sur l'ultra-trail ? » C'est quoi ton opinion là-dessus ?
- Speaker #1
Alors, c'est difficile. Oui et non, en fait. Ça dépend de ce qu'on veut. On peut le faire. On peut faire garder son enfant, on peut le confier à son conjoint pendant plusieurs heures pour aller s'entraîner et se prendre ce temps-là pour soi en montagne. Il n'y a aucun souci. Et si c'est quelque chose qui nous fait plaisir et si on s'épanouit comme ça, il faut le faire. Après, moi, je n'ai pas envie de ça. Voilà, c'est une envie. Après, effectivement, l'ultra, ça demande du temps. Et est-ce que... Est-ce que dans une société comme la nôtre, c'est facile quand on est une femme d'accepter de se donner ce temps-là et même d'avoir les moyens, que ce soit financiers ou matériels, d'avoir autant de temps pour aller en montagne comme pourraient le faire nos confrères masculins ? Non, je pense que là, on n'est pas du tout égalité. Et je pense que la société n'accepte pas du tout de la même manière une femme qui va prendre ce temps-là pour elle parce que ça lui fait plaisir, parce que ça lui fait du bien, parce qu'elle en a besoin, parce que pour plein de raisons. qui lui sont personnelles, ça sera beaucoup moins accepté, d'autant plus si elle est mère, qu'un homme. C'est sûr, c'est certain. Et moi, vraiment, dans mon discours, je ne veux pas du tout aller dans ce sens-là parce que moi, vraiment, c'est un choix. C'est parce que je n'ai pas envie de le faire. Mais je trouve ça très bien, les femmes, les mères, qui prennent ce temps-là parce qu'elles en ont envie, parce que c'est quelque chose qui les attire et que c'est très bien qu'elles le fassent. C'est bien. Il faut le faire. Je pense.
- Speaker #0
Alors, tu as marqué l'histoire du sport. Il ne faut pas s'en cacher, même si je sais que tu ne vas pas revendiquer ça et le clamer sur les réseaux sociaux. Mais en tout cas, quand on a gagné deux fois la TDS, quand on est en équipe de France, quand on est vice-championne d'Europe, championne du monde par équipe aussi, il me semble. Tu fais partie de cette équipe titrée. Painsbruck en Thaïlande, c'est ça ?
- Speaker #1
Les deux, en fait. J'étais en Thaïlande et à Painsbruck.
- Speaker #0
Painsbruck et à Painsbruck. Tu fais deuxième de 90 du Mont-Blanc. Enfin, voilà, t'as marqué. Aujourd'hui, t'es devenue maman. T'as aussi une image sur les réseaux sociaux. Tu l'as dit tout à l'heure. On peut aussi très vite disparaître. Mais si tu devais laisser un message ou quelque chose à transmettre, ça serait lequel par rapport à tout ça ?
- Speaker #1
Je pense que ce qui résume le mieux mon parcours, ça serait de se faire confiance. Essayer de se faire confiance. Parce qu'à chaque fois que j'ai réussi à le faire,
- Speaker #0
ça a fonctionné en fait. Et j'aimerais que toutes les mères, que toutes les femmes, que tous les hommes d'ailleurs, essayent de bien s'écouter, que ce soit à l'entraînement, que ce soit en compétition, que ce soit dans leurs envies au quotidien, arrivent à faire fi de tous les conseils qui peuvent être néfastes. Il y en a qui sont très bons, il faut arriver à faire le tri parmi tous ces conseils et toutes ces personnes qui donnent leur avis, alors qu'on ne leur a pas forcément demandé, mais il y en a de très bons. Mais je pense que le meilleur conseil qu'on puisse avoir, c'est vient de soi, en fait. Il faut vraiment arriver à se libérer de tout ça et à faire le point et à se dire est-ce que je pense que cet entraînement est vraiment bénéfique pour moi ? Est-ce qu'à ce moment-là, cet entraînement est bon pour moi ? Est-ce que cette composition me fait vraiment plaisir ou est-ce que je la fais pour d'autres raisons ? Il y a des fois où il faut le faire, on sait que c'est important pour un sponsor, ça arrive, ça m'est arrivé, ça m'arrivera. Après, il faut le savoir. Je sais que cette course, je vais la faire parce que je sais que pour mon sponsor, c'est bien, parce que j'ai fait d'autres courses qui apportaient peu de visibilité avant. Donc, je leur rends un peu l'appareil aussi. C'est normal, c'est aussi le jeu. On sait très bien dans quel système on fonctionne. Mais il ne faut pas du tout que toute la pratique, je pense, soit tournée autour de ça parce que sinon, on perd complètement le sens et on n'a plus du tout de plaisir. Je pense qu'on peut fonctionner sans plaisir pendant plusieurs années, mais je pense que c'est du temps perdu. Essayer de se recentrer assez vite. Et l'entraînement, c'est pareil. Je vois des gens qui s'entraînent énormément et qui ont une rupture aussi avec le milieu professionnel autre que le trail. Et donc, il y a peu de variété, il y a peu de rencontres aussi. Je pense qu'il faut faire attention, notamment quand on est jeune, faire très attention à ça.
- Speaker #1
Audrey, tu parles beaucoup de faire fi de tout l'environnement qui peut parfois être un peu néfaste, un peu toxique, même on dit parfois. Est-ce que tu as vraiment le sentiment qu'aujourd'hui, on en parle, c'est au cœur de notre société, aujourd'hui les réseaux sociaux ne sont finalement pas forcément l'endroit où on doit le plus aller, mais que beaucoup de coureurs, qu'ils soient élites ou amateurs, en fait finalement n'ont pas ce que tu dis, cette envie, ce plaisir de... de faire les choses, mais le font pour être dans le regard de la société, dans le regard des autres ?
- Speaker #0
C'est certain et c'est très dangereux, je pense. Si moi, on pouvait supprimer tous ces réseaux sociaux, je serais la première heureuse parce que je pense que ça apporte beaucoup de souffrance pour les jeunes, mais aussi pour les moins jeunes. C'est très difficile. On est dans une société qui est quand même… pas simple, dans lequel c'est difficile, il faut faire sa place. Et j'ai l'impression que les réseaux sociaux, c'est encore une carte de visite qu'il faut ajouter, en fait. Il faut être présent, il faut se montrer. Parce que si on n'y est pas, on n'existe pas, quelque part, en fait. C'est un peu ce qu'on veut nous faire croire. Et c'est difficile. Moi, je n'ai pas envie, en fait, de rentrer là-dedans. Je ne le fais pas. Je ne le fais plus du tout, depuis que j'ai Marceau. Vraiment, je m'ai vraiment... On me dit une story par mois, déjà je me dis, oh là là, une story par mois, alors je me concentre pour la faire, vraiment, c'est un effort, j'aime pas ça, et comme je sais ce que ça provoque, je veux pas alimenter ça en fait, je suis contre, et pour les jeunes c'est pareil, mais c'est très compliqué, parce que je sais très bien que du coup j'ai beaucoup de contrats qui se font pas à cause de ça, alors je l'accepte, y'a pas de soucis, même si des fois je me dis, je pourrais faire un petit effort. Mais je ne veux pas. Et moi, ça me rend malheureuse aussi. Ce n'est pas une vie. Ce n'est pas la vraie vie. Vraiment, pour moi, ce n'est pas la vraie vie. Et on se crée des fausses amitiés. On se crée un monde parallèle qui n'existe pas. La vie, elle est là. Et il ne faut pas oublier de la vivre, en fait. J'ai l'impression qu'à vouloir être tellement présente sur les réseaux sociaux, on ne vit plus notre vie. On la rêve. Mais moi, je n'ai pas envie de rêver ma vie. Ma vie, je sais qu'elle passe. Et la vie, elle passe vite. Je suis en voyage, je n'ai pas envie de prendre des photos pour les mettre sur les réseaux sociaux. Moi, ça me coûte et je ne comprends pas. Je ne comprends pas ça et je n'ai pas envie de le comprendre. Je me dis, tant pis, je ne serai pas comme tout le monde. Mais j'y tiens, en fait. Je pense que c'est un leurre et je pense que beaucoup de gens tombent dedans sans s'en rendre compte. Il y a quelques années, quelqu'un qui aurait pris un selfie, on se serait dit, mais qu'est-ce qu'il fait ? Il est complètement égocentrique à prendre une photo de lui. Maintenant, c'est normal. Tout le monde se prend en photo et ça ne choque personne. Moi, ça me chauffe toujours. Je suis restée là-dedans et je suis en train de voir un superbe paysage et je suis avec mon fils et je n'ai pas envie de me dire, je vais faire une photo comme ça, je la regarderai plus tard. Non, je vais profiter de ça. Et si à un moment, j'ai profité pleinement de ce moment et il me reste du temps et que j'ai envie de faire une photo, je le ferai pour me dire « Ah oui, c'est vrai, c'était chouette parce qu'on a bien profité » . Là en Corée, tu vois, j'ai assisté à un truc, on est allé voir un aquarium avec mon fils et il y avait un groupe de petits Coréens qui étaient en genre de centre aéré, quelque chose comme ça. Et les enfants arrivaient devant les poissons et ils passaient un par un, c'était militaire parce qu'ils étaient quand même nombreux. Et ils se faisaient prendre en photo un par un devant l'aquarium. Et hop, ils passaient à l'aquarium suivant. Et je me disais, les gamins n'ont pas vu les poissons, en fait. Ils n'ont rien vu de l'aquarium. Ils ont été pris en photo. Et après, on va leur dire, tu vois, tu avais vu ça. Ah oui, sur la photo, je vois le requin, du coup, mais je ne l'ai pas vu en vrai. Et en fait, je trouve que ça illustre bien la société dans laquelle on vit maintenant. On vit notre vie a posteriori, en fait. On profite après de ce qu'on aurait pu vivre sur le moment et dans le réel. Et dans les résultats, c'est pareil. dans quel monde les athlètes se vendent et s'autoproclament champions ou vendent leur propre image. C'est quand même particulier de dire j'ai fait ça, j'ai fait cette course, j'ai gagné. Oui, il faut se vendre, il faut montrer ce qu'on a fait. Moi, je ne suis pas instagrameuse. Je n'aime pas ça. Je ne fais pas de la course pour être instagrameuse. et je dis Instagram, je ne suis pas créateur de contenu, ce n'est pas la même chose. Moi, j'aime courir en montagne toute seule, je n'aime pas faire mon propre récit, passer de la pommade à longueur de journée parce que j'ai fait tel temps. En plus, moi, je ne sais même pas si c'est bien parce que je n'ai pas de comparaison. Est-ce que je vais vite ? Ça dépend du terrain, ça dépend du temps, ça dépend de plein de choses. Est-ce que j'ai envie d'aller voir ce que les autres ont ? Non, en fait, je m'en fous. Chacun fait ce qu'il peut, fait ce qu'il veut et c'est Je ne vais pas blâmer les gens parce que la société nous demande ça. Et en tant qu'athlète, on nous demande ça. Si on ne le fait pas, je ne sais pas, moi je pense que je pourrais multiplier par dix presque le nombre de contrats et l'argent que je pourrais avoir en étant présente sur les réseaux sociaux, mais vraiment. Et du coup, quelque part, ça me fait culpabiliser parce que je me dis c'est quand même con cet argent que je pourrais utiliser pour Marceau. C'est plus ça que je me dis. C'est dommage de perdre de l'argent qui pourrait être « facile » . Mais... J'ai quand même un point d'honneur à ne pas rentrer dedans et pouvoir regarder mes élèves en face et leur dire, tu vois, les réseaux sociaux, je pense que ce n'est pas bien et moi, je ne contribue pas à ça. Moi, j'y vais un minimum, vraiment, c'est le strict minimum. Et je comprends que les gens ont envie de suivre et ont envie de voir ce qu'on fait. Mais pour moi, ce n'est pas normal, ce n'est pas naturel, ça. La société nous fait croire que c'est naturel, mais non. D'aller voir la vie des gens comme ça, non. Vis ta vie, les gens vivent la leur. Avant, ça ne se passait pas comme ça. Les athlètes, ils avaient des articles parfois dans le journal, dans les magazines. On savait ce qu'ils faisaient comme course, on savait ce qu'ils faisaient comme performance, mais on ne savait pas ce qu'ils avaient pris au petit déjeuner et dans quel lieu ils allaient en vacances. Ça, c'est leur vie privée. Chacun sa vie privée. Ce n'est pas naturel de partager sa vie privée avec tout le monde, pour tout et n'importe quoi.
- Speaker #1
Le cri du cœur de Moudreim. Mais je sais que tu es vraiment sincère et naturelle là-dessus. Ça serait sans doute plus simple, c'est vrai financièrement, mais ça serait sans doute une contrainte qui irait à l'encontre de tout ce que tu as dit, de ce côté toi où tu as envie d'être dans le naturel, d'en profiter du quotidien. On ne va pas rentrer dans ce débat parce qu'on pourrait faire aussi une heure de plus sur la place des médias, qu'aujourd'hui les coureurs deviennent leurs propres médias et communiquent avant tout le monde sur leurs performances qui, je passe un petit message, sont parfois peu. glorifiantes pour certains. En attendant, ils sont les héros de leur propre réseau. C'est un long débat. Si aujourd'hui, on va revenir sur la course à pied, le trail et puis le rôle que tu peux avoir, le rôle des femmes, si demain, tu devais donner un conseil à des gens qui viennent te voir au départ d'une course ou après une course ou au Templier, justement, quand tu décroiseras les gens dans cette atmosphère plutôt très familiale au Templier, sur le salon. quelqu'un qui aurait écouté ton podcast et qui dirait bah ouais Audrey tu m'inspires j'ai envie d'aller vers ce que tu fais parce que ma vie ressemble à la tienne mais je suis pas très forte en sport et tout, quel conseil tu donnerais en premier d'aller sur les réseaux sociaux ?
- Speaker #0
Bien sûr, alors de vite courir sur les réseaux sociaux pour vanter tous les chronos qu'on a pu faire déjà ça me ferait très plaisir quelqu'un qui viendrait me voir parce que Les gens souvent n'osent pas, en fait. C'est pareil, c'est cette barrière des réseaux sociaux. Alors moi, ils n'ont quand même pas trop trop, mais je ne suis pas trop reconnue, ça va, je ne subis pas trop ça et ça me va bien. Mais les gens qui viendraient me voir, ça me fait toujours plaisir d'échanger avec les gens, sauf si c'est pour me vanter leur performance. Ce n'est pas la peine de venir, ça m'est déjà arrivé plusieurs fois. Franchement, je m'en fous. Ne le faites pas, je m'en fiche. Mais par contre, si c'est pour partager et discuter de la pratique ou de ce qu'ils auraient envie de faire. de différentes courses qu'ils aimeraient aller voir, c'est avec grand plaisir. C'était quoi la question déjà ?
- Speaker #1
Quel conseil je pourrais leur donner ? Quel conseil, oui. Quelqu'un qui aura envie de se confier un peu à toi sur une vie. On sait que tes mamans isolées aussi, on peut le dire, tu élèves toute seule ton fils. Quelqu'un qui aura envie, mais qui n'ose pas franchir. On sait que souvent, les femmes n'osent pas franchir certaines barrières. Comme tu l'as dit, venir te voir. La dame, la femme en question, les femmes viennent te voir. Tu leur dis quoi ? Tu dois t'exprimer et leur dire… « Faites ça ! »
- Speaker #0
Toujours pareil, je leur dirais de se faire confiance. Quelle est l'envie primitive qu'elles ont si vraiment elles ont envie d'être maman et d'être traileuse ? C'est possible en fait. C'est aussi ça que je voulais montrer à travers mon parcours. C'est qu'en ne souhaitant pas forcément revenir encore une fois, j'insiste là-dessus parce que ce n'était pas un but en soi de revenir à haut niveau. C'est possible parce que moi, ma vie a été construite aussi avec la course à pied. Donc, elle faisait partie avant Marceau de ma vie, la course à pied, avant la compétition, avant tout. Donc, elle est revenue naturellement pas pour performer, mais parce que dans mon équilibre de vie, j'avais besoin de la course à pied. Si ces femmes, elles ont envie de faire de la course à pied parce qu'elles en ont fait avant ou qu'elles ont envie de commencer la course à pied, mais bien sûr qu'il faut le faire. Et quand on me dit « Ah oui, mais moi, je ne cours pas vite. » Parce que tu crois que moi, j'ai toujours couru vite, en fait, pas du tout. Et quand bien même, on s'en fiche de la vitesse que tu cours, qu'est-ce que ça te procure quand tu cours. C'est ça qui est important. On s'en fout de la vitesse. Moi, je fais de la compète parce que je peux gagner. Sinon, je ne ferais pas de compète. Mais par contre, je courrais, ça c'est certain. Je courrais tous les jours parce que j'aime ça, parce que ça m'équilibre, parce que ça fait partie de ma vie, parce que pour plein de choses. Et si elles ont envie, ils ou elles, ont envie de courir parce que ça leur plaît, bien sûr, tout est possible. En fait, il faut juste faire le tri dans ce qui est important pour soi, je pense. Si vous avez envie d'aller courir, allez courir. Si vous avez envie de prendre du temps pour votre famille et d'aller courir, c'est possible. Accordez-le vous. Vous avez le droit aussi d'avoir un peu de temps pour vous. Si vous n'avez pas envie, si ce n'est pas le moment, moi par exemple quand j'ai eu Marceau au début, je refusais catégoriquement de le laisser pour aller courir. C'était quelque chose qui me coûtait. Eh bien j'ai couru avec la poussette pendant un an et demi sur la route. Je me suis défoncé les épaules, les poignets, tout ce que tu veux, mais j'avais envie de faire comme ça. personne ne m'avait dit on peut courir pendant un an et demi avec une poussette. Je n'avais pas d'exemple. Personne ne m'a dit, je n'ai jamais vu personne faire ça. Mais moi, j'avais envie d'essayer. J'ai commencé comme ça. Je ne voulais absolument pas le matcher la nounou pour aller courir. Mon plaisir de courir aurait été entaché. Du coup, ça ne servait à rien. Donc, j'ai fait comme ça. Au bout d'un moment, j'ai eu envie de le laisser un peu pour pouvoir repartir toute seule en montagne. Je l'ai fait. Écoutez-vous, mais profondément. et dans ces moments-là, si c'est vraiment quelque chose que vous avez envie de faire, n'écoutez personne faites ce que vous voulez, il n'y a pas d'exemple, ça ne s'est jamais fait ça n'existe pas, créez-le en fait, si, ça peut exister et faites-vous confiance c'est tout.
- Speaker #1
Merci Audrey on arrive au terme, parce que c'est vrai qu'on pourrait faire très très longtemps, il y a Marceau qui aussi attend sa maman et je sais que toi aussi tu as envie de le retrouver donc merci beaucoup et puis on va rester sur ce message d'espoir de la confiance et d'avoir confiance en soi, confiance en ses projets et de ne pas donner trop d'importance aux réseaux sociaux, on l'a bien compris on va te souhaiter de bonnes vacances du côté de Saint-Gervais, des Vosges, de l'Autriche et puis on se retrouve au Templier avec ce sourire qui te caractérise toujours, cette envie, cette joie de vivre et puis si tu as un message, un dernier message à faire passer et... sur la course, sur les Templiers par rapport à ce qu'est l'événement ou à ce que tu pourrais voir là-bas ?
- Speaker #0
Oui, j'ai vraiment hâte de découvrir tout ça. J'ai hâte de découvrir l'organisation aussi. On m'en a dit beaucoup de bien. Donc, j'ai hâte de voir tout ça. J'ai hâte de voir ces beaux paysages, comme tu dis, très sauvages. Hâte d'entendre Hera au départ aussi. Ça va me changer un petit peu de I'm Conquests of Paradise. Ça va être sympa d'avoir une autre musique dans la tête. Et puis, oui, de découvrir les gens qui font les Templiers, parce que je pense que c'est peut-être des gens un petit peu différents des dernières courses que j'ai pu faire. Je pense que c'est des gens qui sont aussi, qui accordent de l'importance aux racines du train, à l'historique vraiment de ces grosses courses françaises. Et en général, c'est des gens que j'aime bien, avec lesquels j'aime bien échanger. Donc, n'hésitez pas à venir me voir. Ça me fera toujours plaisir de discuter avec vous. Et puis, on se retrouve du coup. fin octobre, fin octobre, du côté déco, je pense que ça va être super chouette.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour ce message, Audrey. Et puis, on se retrouve au Templier fin octobre avec ta famille et Marceau. Et on l'espère, on l'espère, la plus belle des couronnes pour toi ce jour-là.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Fred. Et à bientôt.