- Speaker #0
Le point éco avec, comme tous les deux mois, Florent Vabon, économiste chez Ecofi. Florent, on ne va pas commenter les posts de Donald Trump, on ne va pas regarder sa conférence de presse d'hier, parce que tout peut changer toutes les secondes avec lui. On va en revanche essayer de comprendre un certain nombre de choses. Alors premièrement, on voit l'inflation remonter en Europe et aux États-Unis sous l'effet de la guerre et de l'augmentation des prix du pétrole. Alors peu ou prou, Jérôme Powell, le patron de la FED, nous a dit « je n'ai pas d'outil pour faire face à la situation » , alors que Christine Lagarde, la patronne de la Banque Centrale Européenne, nous explique qu'elle a un panel gradué d'options pour réagir. Que comprendre ?
- Speaker #1
En fait, ils disent exactement la même chose tous les deux. C'est juste qu'ils le disent d'une manière différente. L'idée, c'est que les banques centrales sont impuissantes face à ce type de choc. choc d'offre, augmentation des prix de l'énergie, situation géopolitique, elles sont impuissantes et dans ce cas de figure, il n'y a, je dirais, avec des guillemets, que des coups à prendre. C'est-à-dire que vous avez une inflation qui augmente, mais vous avez aussi la menace que l'activité diminue de concert. Donc de ce point de vue-là, que faites-vous ? Vous augmentez les taux pour juguler les pressions inflationnistes et éventuellement éviter que ça... Ça chemine vers des renégociations salariales, vers des augmentations des prix de vente, etc. Ou bien est-ce que vous baissez les taux parce que l'activité est mise à mal ? C'est un dilemme pour les banques centrales. Il n'y a que des coûts à prendre. Donc en termes de communication, le mieux à faire pour le moment, c'est de dire on est prêt à tout, mais en même temps, pour le moment, on regarde les choses évoluer.
- Speaker #0
Alors malgré tout, il y a quand même des discours, notamment au niveau de la Banque centrale européenne, Merci. pousse à la réaction. La dernière fois, vous nous aviez dit, vous étiez à l'opposé du marché. Vous nous aviez dit, le prochain mouvement moins probable de taux sur la BCE, ça sera une hausse. A priori,
- Speaker #1
ce sera le cas. Pas pour les mêmes raisons. C'est un peu le problème. Je préférais cette période-là. On débattait de savoir s'il allait avoir plutôt une baisse ou une hausse des taux d'ici 2027. Effectivement, premièrement, ce qu'on peut dire, c'est que le marché, les marchés financiers, anticipent de nombreuses hausses de taux pour la Banque Centrale Européenne. alors que celle-ci, on vient de le dire, ne s'est pas véritablement positionnée. Elle a dit qu'elle est prête à tout, c'est une manière de le dire, mais sans le dire, et en même temps, elle observe, elle évalue toutes les possibilités, elle évalue l'évolution de la situation. Le marché, lui, est parti sur trois hausses de taux, ce qui est quand même conséquent. Je me refuse encore à marquer fermement une hausse de taux dans mes prévisions, néanmoins... La probabilité est très forte pour qu'il y en ait une. Avril ? Avril, ça me paraît délicat. Il y aura trop peu de données, un recul pas assez suffisant non plus pour savoir véritablement si des choses sont en train de s'installer, pas assez de recul non plus sur la baisse de l'activité potentielle avec la hausse des prix de l'énergie et si la situation se dégrade encore plus d'un point de vue géopolitique. Le mois de juin pourrait plutôt être le bon moment. Merci. Je vais terminer là-dessus sur la BCE. Je pense que ce qui est le plus important à avoir en tête, c'est que si on a une hausse des taux de la BCE en avril ou en juin, je pense que ce sera un problème parmi d'autres. Parce que ça voudra dire que la situation géopolitique n'est pas véritablement résolue.
- Speaker #0
Est-ce qu'on abandonne l'idée d'une baisse des taux aux États-Unis ?
- Speaker #1
Les marchés l'ont complètement effacée. Nous, vous vous souvenez, on y croyait de moins en moins. Donc là, pour le moment, effectivement, on n'est plus du tout là-dessus. On est sur un statu quo sur l'ensemble de l'année dans nos prévisions pour la Fed. Néanmoins, il faut quand même se rappeler que la Fed a deux mandats. L'inflation d'une part, qui vous l'avez rappelé, est élevée. On n'a pas encore les chiffres post-conflit. Et par ailleurs, il y a aussi l'emploi. Et l'emploi, ça dépend des mois. il y a des mois c'est pas mal, il y a des mois c'est moins bien s'il y a dégâts sur la croissance économique du fait du conflit, du fait de la hausse des prix de l'énergie du fait de l'incertitude qui est insufflée dans l'économie on pourrait avoir une baisse de l'emploi, ou en tout cas plutôt une dégradation de l'emploi, qui pourrait éventuellement pencher la balance vers un assouplissement, ou en tout cas un discours qui soit orienté vers si jamais il y a une récession, il pourrait y avoir une baisse donc scénario central c'est plutôt Rien. Mais on ne peut pas écarter l'idée que si vraiment la situation économique se dégrade fortement, la Banque centrale américaine puisse se dire... on évalue la possibilité de pouvoir baisser les taux.
- Speaker #0
On est d'accord. En tout cas, on a eu une forte hausse des taux longs, des deux côtés de l'Atlantique, et d'ailleurs des courbes qui sont grosso modo fortement remontées, avec également des remontées des taux courts.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Les taux courts ont beaucoup plus augmenté que les taux longs. Donc, on a eu un phénomène inverse de celui qu'on a vu auparavant. C'était plutôt une pontification de la courbe des taux. Donc, ça, c'est directement à mettre en lien avec les anticipations de hausse pour la BCE, pour la Banque d'Angleterre, pour un tas de banques centrales. et l'effacement des baisses anticipées pour la banque centrale américaine. Donc effectivement, les taux courts ont augmenté fortement, les taux longs ont aussi augmenté d'une certaine manière, relativement un peu moins, mais quand même assez fortement. Donc effectivement, on est dans un environnement où les taux sont encore plus élevés qu'ils ne l'étaient auparavant. Surtout, je pense que ce qu'il faut bien avoir en tête en termes de grid analyse, c'est qu'il y a quand même pas mal de choses qui sont intégrées aujourd'hui par le marché. Les hausses de taux, l'inflation. Un peu moins, peut-être, s'agissant de la croissance.
- Speaker #0
Le marché exagère sur les hausses de taux ?
- Speaker #1
Oui, parce que, enfin, oui. Selon moi, ou en tout cas selon nous, sur la Banque Centrale Européenne, je vous ai dit, j'ai du mal à anticiper des hausses, mais s'il y en a, à mon sens, à notre sens, il n'y en aura pas trois.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
Une forme d'exagération.
- Speaker #0
Je voudrais comprendre. Pourquoi les marchés actions européens ont plus baissé que les marchés américains depuis le début de la guerre ?
- Speaker #1
Déjà parce qu'ils avaient beaucoup plus monté. La première partie de l'année était très positive de ce point de vue-là. Ça nous rassurait dans notre prévision aussi d'une surperformance des actions de la zone euro. Donc, les marchés, de manière un peu logique, mécanique, ont vendu ce qui avait bien marché. Il faut aussi se dire que l'Europe a une position énergétique qui est plus défavorable que les États-Unis. Donc, en relatif, on a eu des baisses plus marquées. On a aussi une partie de la cote qui est beaucoup plus cyclique, beaucoup plus liée à la croissance économique. Donc, mine de rien, je parlais du fait que les taux n'avaient pas intégré beaucoup de choses d'un point de vue de la croissance, mais les actions un peu plus quand on regarde les secteurs cycliques, quand on regarde les bancaires, etc. Donc, il y a un mélange de ça, c'est-à-dire la position énergétique, on est beaucoup plus dépendant des énergies qui passent par le détroit d'Hormuz que les États-Unis, un peu plus cyclique aussi. Mais je pense qu'il faut regarder vraiment dans le détail parce que quand on regarde aux États-Unis, il y a une forte dispersion sectorielle, puisque par exemple, si on regarde le secteur de la technologie, le secteur de la technologie a beaucoup baissé dans cette séquence. Et quand on compare ça aux actions européennes, on voit que les actions du secteur de la technologie ont presque plus baissé que certains pans de la cote en Europe. Donc il faut toujours regarder, le diable se situe toujours dans les détails. Mais ce qu'il faut aussi retenir, c'est qu'au global, mine de rien, sur les marchés d'action, il y a eu assez peu de casse. Sauf si on regarde vraiment dans le détail sectoriel. Par titre, global, sur les grands indices, on n'a pas des baisses sur l'ensemble de l'année. On n'a pas des baisses très marquées des indices. Parce que ça tient sur une chose, vous l'avez rappelé en tout début d'émission, il y a cette idée que Donald Trump, à tout moment, peut changer d'avis, peut sortir une phrase, etc. Donc le marché fluctue autour de ça.
- Speaker #0
Justement, les marchés aiment la stabilité. On a bien compris que ce n'était pas Donald Trump qui allait nous l'offrir. On comprend bien que les États-Unis ont perdu cette qualité. C'est quoi aujourd'hui, pour vous, votre pôle de stabilité ?
- Speaker #1
J'essaie d'en trouver. Je vais vous étonner peut-être, mais au moment où on se parle, ça ne saute pas aux yeux. Mais je pense que l'Europe, en tout cas c'est la situation actuelle, le contexte géopolitique, ce qui se passe en ce moment avec les États-Unis, etc., ça va plutôt être un accélérateur de tendance du côté de la souveraineté de l'Europe. Je pense qu'on a bien compris maintenant, on l'avait compris avant, on le comprend encore plus maintenant, qu'on a une dépendance énergétique qui est trop forte vis-à-vis des énergies fossiles, des hydrocarbures. On va devoir accélérer la décarbonation de l'économie. On va devoir accélérer aussi nos budgets de défense, notre souveraineté en matière de défense. Donc je pense qu'en réalité, le pôle de stabilité... Un peu comme avant, en fait. C'est-à-dire que jusqu'à présent, on se disait, les États-Unis, il y a une instabilité politique. On l'a vu avec la baisse du dollar, etc. C'est pour ça qu'il y avait un retour en faveur aussi des actions européennes. Je pense que cette séquence-là, à court terme, elle est un petit peu contrariée. Mais à long terme, à moyen terme, il y a des raisons de penser qu'effectivement, cette tendance à retrouver sa souveraineté en Europe va s'accélérer.
- Speaker #0
Réponse très rapide, s'il vous plaît. Vous faites des comités de gestion tous les mois ? Vous avez accéléré le rythme depuis fin février ?
- Speaker #1
Non, mais je ne dois pas vous cacher qu'on se parle tous les jours. En tout cas, les gérants des coffees me parlent, on discute tous les jours. Évidemment, eux discutent aussi avec nos clients. Je pense que ça aussi, il faut le mentionner. C'est-à-dire qu'il y a aussi un devoir vis-à-vis de nos clients en termes de communication, en termes de transparence, vis-à-vis de la manière dont on réfléchit. Donc, on n'a pas changé le pas de nos comités.
- Speaker #0
Et justement, en termes de gestion, dans ce genre d'environnement, on fait quoi ? Vous disiez que les banques centrales, il n'y a que des coups à prendre.
- Speaker #1
Oui, pour les investisseurs aussi.
- Speaker #0
Est-ce que pour les investisseurs, c'est pareil ?
- Speaker #1
Oui, parce que les taux ont monté, donc les performances des marchés obligataires ont baissé, les actions ont baissé. Donc, si vous avez un portefeuille diversifié, actions, obligations, vous avez perdu sur toute la séquence. Ça, c'est une évidence. Je pense qu'il faut... J'enfonce des portes ouvertes en disant cela, mais regardez la tête froide, évaluez des scénarios. pas éviter le fait de pouvoir changer de scénario à certains moments si les choses nous donnent tort. Dans ces conditions-là, il faut être très très humble dans l'exercice.
- Speaker #0
Faire comme aux échecs ? Se dire je vais couler un et après il va se passer ça, Notre hypothèse c'est que ça va répondre comme ça ?
- Speaker #1
Depuis le début du conflit, en fait, on réfléchit en arborescence, donc en arbre de probabilité. Et à chaque fois, c'est comme un programme informatique, on se dit si il se passe ça, donc si la durée du conflit dure plus longtemps que ça, alors c'est-à-dire que les impacts macro sont plus importants. Donc si ça, la Banque Centrale Européenne, elle pourrait augmenter ses taux, mais de combien ? Peut-être pas autant que le marché. Donc vous voyez, il y a une forme d'agilité qui se crée autour de ça, mais malheureusement, on subit tous la grande incertitude qui nous frappe depuis le début de ce conflit.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Florent Vabon, d'avoir été avec nous. Tout de suite, l'homme dans l'actu, le premier de l'émission pour parler immobilier.