Speaker #0Hey, ça va toi ? Je suis content de te retrouver ici. Moi, ça va. Je suis heureux. Enfin, pas tout le temps, mais en majorité oui. Avant qu'on commence, j'ai une question pour toi. Une question simple. Mais j'aimerais que tu puisses prendre le temps d'y réfléchir. Vraiment, tu sais, à l'intérieur de toi. La question c'est, est-ce que tu as déjà eu l'impression étant enfant, Tes émotions dérangeaient, pas que tu dérangeais toi, mais que tes émotions elles. Tu sais, ta tristesse, ta peur, ta joie parfois bruyante, ta colère dérangeait. Qu'elles prenaient trop de place, qu'il fallait les ranger, les minimiser, faire comme si elles n'étaient pas là, pour ne pas gêner, pour ne pas sembler faible, pour rester dans les clous de ce qu'on attendait de toi. Si cette question t'a traversé même une fraction de seconde, alors cet épisode est pour toi. Parce qu'aujourd'hui on va parler de quelque chose de fondamental, aujourd'ailleurs on va parler de la maison, dans laquelle beaucoup d'entre nous ont grandi. De ce qui s'y passe vraiment entre un père, une mère et leur enfant. De ce que ces enfants absorbent dès le plus jeune âge, sans qu'on leur demande leur avis et sans qu'on leur donne des outils. pour comprendre ce qu'ils reçoivent. On va parler de toi, de ton adolescence, de ton père qui aime, mais qui ne sait pas toujours comment le montrer, de ta mère qui s'est totalement donnée jusqu'à s'oublier, de ce qui se passe entre les deux, et de comment toi, dans ta lecture, tu as pu nommer ces éléments, sans même avoir les bons mots. Et on va parler à tes parents aussi, pas pour les accuser. peut-être un peu si parfois, mais surtout pour le tendre miroir, afin qu'il puisse regarder l'oeuvre profilée. Et tout ça avec beaucoup de respect. Alors installe-toi, ouvre quelque chose en toi, et fais-moi confiance sur ce chemin. Bienvenue dans Essayons à parler. Un enfant de 5 ans... Il ne connaît pas encore le monde. Il ne connaît pas la vie. Il ne connaît qu'une chose, sa maison. Et cette maison lui apprend tout. Pas avec des discours, pas avec des manuels, mais avec ce qu'il voit tous les jours. Ce qu'il ressent dans l'air quand papa rentre le soir. Ce qu'il perçoit dans le silence qui suit une discussion entre ses parents. Ce qu'il enregistre dans la façon dont maman sourit ou cesse de sourire subitement. sur les humeurs de la maison. Il y a quelque chose que les adultes oublient souvent sur les enfants. Ils les croient distraits, absorbés par leur jeu, leur dessin animé, leur monde à eux. Mais vous savez, les enfants observent avec une précision que les adultes ont longtemps perdu. Les enfants ne ratent rien, ni le ton d'une voix, ni l'attention dans un regard. Ni ce petit geste d'une mère qui baisse les yeux quand le père parle. Et avec tout ça, il construit quelque chose. Sa première carte du monde. Sa première idée de ce qu'est une relation. De ce qu'est l'amour. Du rôle d'un homme, du rôle d'une femme. De ce que valent ses émotions à lui. Est-ce qu'elles ont le droit d'exister ? Est-ce qu'il a le droit de les nommer, de les montrer ? Est-ce que quelqu'un dans cette maison est vraiment là pour les recevoir, surtout ? Ces questions-là, il ne se les pose pas consciemment. Il est trop petit pour ça, mais il les ressent. Son corps, lui, les enregistre. Et les réponses qu'il trouve dans les comportements de ses parents, dans la dynamique de sa maison, deviendront les fondations sur lesquelles il construira tout le reste. Dans beaucoup de foyers africains, cette carte a un visage précis. D'un côté, un père qui occupe l'espace, présent physiquement, mais souvent fermé émotionnellement. De l'autre côté, une mère disponible, chaleureuse, mais qui se réduit devant lui. Et entre les deux, un silence affectif si habituel, si bien installé, qu'il finit par paraître normal. Comme le bruit de fond d'une maison. Comme quelque chose qui a toujours été là. et qui ne peut être autrement. L'enfant ne questionne pas ça. Il n'en a pas les outils. Il l'absorbe. Il l'intègre et il part avec lui, souvent pour très longtemps. Mais parlons du père. Dans le modèle traditionnel africain, son rôle est net, défini et transmis sans se questionner de génération en génération. Il est le pourvoyeur. Et juste, disclaimer, je ne viens pas ici défendre ou dire autre chose que ce que le Père doit d'un pauvre voyeur. Je suis d'accord avec ça. Le Père, c'est celui qui rassure, qui protège financièrement, qui se lève tôt, qui rentre tard, qui sacrifie son confort pour que les siens ne manquent de rien. Et dans sa tête, souvent sincèrement, c'est ça l'amour. Mettre du pain sur la table, payer les études, tenir la maison debout. Cet amour-là, il est réel. Il mérite d'être dit et d'être honoré. Mais un enfant ne mesure pas l'amour en factu payé, il le mesure autrement, dans des choses bien plus petites, bien plus simples. Est-ce que tu t'assis avec moi le soir ? Est-ce que tu me regardes vraiment quand je te parle ? Est-ce que tu ris avec moi ? Pas à moi, mais avec moi. Est-ce que tu sais ce qui me fait peur ? Ce qui me rend heureux ? Ce qui se passe dans ma tête ? Et pour cette présence-là, cette présence émotionnelle, douce, curieuse, beaucoup de pères africains ne sont pas tout simplement équipés pour ça. Pas parce qu'ils ne veulent pas, mais... Parce que personne ne leur a appris que ça faisait partie du rôle. Parce que leur propre père ne leur avait pas donné ça. Parce que dans la culture où ils ont grandi, montré de la tendresse, s'asseoir par terre et jouer avec ses enfants, dire je t'aime à haute voix, ça ne se faisait pas. L'enfant ne montrait pas, il portait un silence. Et ils ont porté un silence. En donnant exactement ce qu'on leur avait transmis. Et puis, il y a eu ce regard. Ce regard que beaucoup d'enfants africains connaissent dans leur corps avant de pouvoir le nommer. Ce regard du père qui respecte plus qu'il ne regarde. Qui entre dans une pièce et cherche instinctivement ce qui ne va pas. Ce qui n'est pas la hauteur, ce qui mérite une correction. Pas toujours avec méchanceté, souvent avec une exigence sincère, celle d'un père qui sait que le monde est dur et qui veut que son enfant soit armé pour y survivre. Mais les tensions et les faits ne sont pas la même chose. Sur ce regard, l'enfant ne grandit pas librement. Il performe, il anticipe, il apprend à présenter la bonne version de lui-même. Celle qui évite la critique, qui décroche l'approbation, qui ne déçoit pas. Il apprend à performer plutôt qu'à explorer, à plaire plutôt qu'à exister. Et il y a quelque chose de profondément douloureux dans ça. Parce que cet enfant-là, qui performe, qui anticipe, qui fait tout pour mériter ce regard, il aime son père. Il veut juste que son père le voie. Pas ses notes, pas ses résultats, mais lui. Et avec le temps, souvent dès le début de l'adolescence, quelque chose se passe. L'enfant commence à s'éloigner. Pas avec un claquement de porte, mais avec de la distance intérieure. Il parle moins, il partage moins, il construit des murs, polis en surface, mais impéméables à l'intérieur. Il joue encore le rôle du fils respectueux, mais derrière, la connexion s'effilogie. Et le père parfois ne comprend pas. Il a tout donné, il a tout sacrifié. Pourquoi son enfant lui est-il devenu si étranger ? Vous savez, cet enfant n'est pas parti. Il s'est juste protégé. Je me souviens encore que parfois on lui disait, mais tu restes trop dans ta chambre, sors un peu. Et je pense que plein d'autres enfants ont eu le même message de leur père, de leur mère ou de membres de la famille. Viens avec nous. En réalité, l'enfant, quand il vient s'asseoir avec vous, il ne s'y sent pas bien. Il préfère son environnement à lui. Parce que là, il ne peut pas être lui-même. Il est obligé de performer et d'être dans un rôle. Je m'adresse maintenant aux parents. Enfin, au père. Tu as travaillé dur. Tu as donné ce que tu pouvais. Et souvent bien plus. Et ça compte vraiment. Mais je te dis quelque chose que personne ne t'a peut-être jamais dit clairement. Ton enfant n'a pas besoin que tu sois parfait, il a besoin que tu sois présent. Présent, pas dans la même maison, dans la même pièce avec les yeux posés sur lui, avec curiosité plutôt qu'avec évaluation. Sans agenda, sans correction immédiate. Juste toi là, qui lui demande comment et qui écoute la réponse jusqu'au bout avant de dire quoi que ce soit. Est-ce que tu sais ce que ton enfant aime vraiment ? Ce qui lui fait rire, ce qui lui fait peur la nuit, ce dont il rêve pour sa vie, pas ce que tu imagines pour lui, mais ce qu'il porte en lui. Ces choses-là ne se découvrent pas en interrogeant. Elles se découvrent en créant un espace où l'enfant se sent en sécurité pour les partager. Et cet espace-là, c'est toi qui peux le créer ou ne pas le créer. Regards à un pouvoir que tu sous-estimes peut-être, il peut dire à ton enfant, tu es vu, tu as de la valeur, tu as ta place ici. Ou il peut lui dire, tu dois encore mériter. Ce que tu lui transmets avec ce regard, il le porte en lui longtemps, bien après quitter la maison. Il n'est pas trop tard pour changer ça. Un geste simple, une conversation vraie, pas une leçon, mais juste toi présent avec lui. Ça peut changer beaucoup de choses. Et j'aimerais parler aussi aux mères. La mère africaine, c'est souvent la chaleur de la maison. Celle qui est là quand tout le monde est parti. Celle qui soigne, qui nourrit, qui reste debout quand tout le monde dort. Son amour est concret, physique, constant. Les enfants le sentent dans leurs os et ici nourrissent profondément. Mais il y a quelque chose que ces enfants même observent. Quelque chose qu'on nomme presque jamais dans les familles africaines. Parce que vous savez, ça fait partie du décor depuis si longtemps que personne ne le voit vraiment. L'enfant voit sa mère qui se réduit. Devant son père, quelque chose change dans sa façon d'être. Elle parle moins fort. Elle formule ses opinions avec des précautions infinies. Et je ne dis pas que l'homme n'est pas le chef de la famille. Mais en fait la femme anticipe les humeurs de l'homme. Elle lisse ses tensions avant qu'elles éclatent. Elle absorbe ce qui pourrait déborder pour que les enfants n'aient pas à le faire. Et tout ça, elle le fait parce qu'on lui a appris. On lui a appris que c'était ça, être une bonne épouse, une bonne mère, une femme respectable. La femme qui prend trop de place manque de respect. Celle qui contredit son mari devant les enfants sème le désordre. Tenir son foyer dans ce modèle-là, c'est savoir se contenir. Et les enfants regardent tout ça. Chaque jour, sans que personne ne leur explique ce qu'ils voient. Ils observent, ils enregistrent, ils concluent. Les filles concluent que l'amour demande de l'effacement. Qu'être aimée, ça se mérite en se faisant petite. Qu'exprimer un besoin, c'est prendre le risque de déranger. Elles partent dans la vie avec une idée gravée dans le corps, bien avant d'avoir les mots pour les questionner, bien avant de comprendre d'où elle vient. Les garçons, eux, concluent que c'est ainsi que fonctionnent les choses, que l'homme occupe l'espace et que la femme s'adapte. Pas parce qu'on leur a dit, parce qu'ils ont vu. Parce que c'est la réalité quotidienne de la maison. Et cette réalité-là, elle devient la référence par défaut. Leur définition est consciente de ce qu'est un couple. Ce que les enfants voient entre leurs parents n'est pas anodin. C'est leur première école de la relation. Et si cette école enseigne le déséquilibre, la domination silencieuse, l'effacement d'un côté et la toute-puissance de l'autre, c'est avec ce diplôme-là qu'elles entrent dans leur propre histoire. Chère mère, tu portes énormément de choses, la maison, les enfants, les émotions de tout le monde. Souvent en silence, souvent sans que personne ne te demande comment toi tu vas aussi. Et cet amour-là se donne de toi-même constant, il est immense. Mais je te dis quelque chose d'important. Ce que tu te permets d'être devant tes enfants, tu leur apprends à se le permettre. Quand tu t'effaces devant le Père, quand tu ranges ton avis, quand tu avales ce qui te pèse, quand tu souris alors que quelque chose en toi dit non, tes enfants le voient et ils en tiennent conclusion sur la valeur d'une personne comme toi. C'est ce qu'une femme a le droit d'être. C'est ce qu'eux-mêmes ont le droit d'être un jour dans leur propre relation. Ton équilibre à toi n'est pas séparé de leur construction à eux. Quand tu te respectes devant eux, quand tu poses une limite, quand tu exprimes un désaccord avec calme et dignité, quand tu existes pleinement, tu leur enseignes quelque chose qu'aucun manuel scolaire ne peut leur donner. Tu leur enseignes qu'on peut prendre la place sans blesser. qu'on peut parler sans dominer, qu'un foyer peut être un endroit où tout le monde existe entièrement. Tu n'as pas à changer tout d'un coup, mais commence quelque part. Et surtout, c'est à l'homme aussi de faciliter cela. Il y a une dimension qu'on aborde rarement dans les conversations sur l'éducation africaine. On parle du père, on parle de la mère, mais on parle rarement de ce qui se passe entre eux et de comment leur enfant vit ça. Dans beaucoup de couples africains, la communication émotionnelle est presque inexistante. Pas parce que les deux ne s'aiment pas, mais parce que personne ne leur a appris à parler de ce qu'ils ressentent. Ni à lui, ni à elle. Leur propre parent ne le faisait pas, et leur grand-parent encore moins. On s'est construit dans des cultures où l'amour se montrait par les axes et jamais par les mots. Ou dire « je t'aime » à son conjoint devant les enfants semblait déplacé, presque indécent. Où la tendresse entre adultes se vivait dans le privé, si tant qu'elles se vivent. Et les enfants grandissent dans cette maison-là. Où leurs parents ne se parlent presque pas. Enfin, pas vraiment. Où les conversations tournent autour de la logistique, de l'argent, les enfants, la maison, la famille élargie, mais jamais autour de l'intime, jamais autour de ce qu'on ressent, de ce qu'on craint, de ce qu'on espère pour soi et pour l'autre. Et l'enfant qui regarde tout ça construit une idée du couple. Il voit soit l'attention sourde, soit l'indifférence polie, et il conclut que c'est ça une relation d'adulte. Que l'intimité ne se dit pas, que la vulnérabilité ne se montre pas, que les deux personnes qui partagent une vie peuvent coexister dans le même espace sans vraiment se rencontrer. Ce modèle-là, invisible, jamais nommé, devient sa référence. Et plus tard, quand il sera dans sa propre relation, il reproduira ce silence, pas parce qu'il le veut, Parce qu'il ne connaît que ça. Parce que personne, jamais autour de lui, ne lui a montré. On ne transmet pas que ce qu'on dit à nos enfants. On transmet surtout ce qu'on est devant eux. La façon dont on traite l'autre. La façon dont on gère le conflit. La façon dont on exprime ou on n'exprime pas ce qu'on ressent. Tout ça, l'enfant l'absorbe. Et il en fait quelque chose. Quand l'enfant absorbe ce silence, L'adolescence, elle, ne peut plus se taire. L'adolescent arrive à cet âge avec des années d'accumulation dans le corps, des années de tais-toi, de ne repond pas au grand, d'amour reçu sous forme de pression, de regard qui juge, de silence qui comble. Et là, son corps change, son esprit s'ouvre, quelque chose en lui commence à réclamer sa propre vérité. Il a un besoin profond, légitime, universel. Être entendu. Avoir un espace pour se construire, pouvoir exister autrement que de la performance et l'obéissance. Mais dans beaucoup de nos maisons, cet espace n'existe pas vraiment. L'adolescent qui questionne est celui qui manque de respect. Celui qui exprime une opinion différente de celle du père se croit un supérieur. La fille qui dit « je ne veux pas » est difficile, ingrate, trop influencée par l'extérieur. Et c'est très difficile. Cette réalité-là est renforcée par un discours culturel autour du respect des aînés, valeur réelle, valeur précieuse, mais qui dans certaines familles est devenue une traduction de pensée, une déification de l'autorité parentale qui étouffe tout dialogue véritable. On ne peut pas apprendre des enfants de ce modèle-là, mais on leur apprend. La communication est un sens unique et l'enfant qui oserait aller dans l'autre sens sentirait immédiatement le poids de sa désapprobation. Alors l'adolescent fait la seule chose qu'il peut. Il se ferme. Pas de façon spectaculaire, mais graduellement. Il ne pleut plus devant ses parents. Il sait ce que ça produit. Il a déjà essayé. Il a reçu une correction au retour. Il continue à jouer le jeu en surface. Il salue. Il obéit. Il réussit ses examens. Enfin, parfois. Mais intérieurement, les portes se ferment une à une. Et derrière ces portes, ces vraies peurs, ces vraies questions, ces vrais désirs, personne n'entre plus vraiment. Et ces murs-là, construits à 13 ans, 15, 17 ans, Ne tombe pas à 18 ans avec lui, dans ses amitiés, dans ses relations amoureuses, dans sa façon de gérer le conflit ou de les éviter, dans sa difficulté à se laisser voir vraiment par quelqu'un d'autre, parce qu'être vu, ça a toujours été dangereux. Il reproduira ce qu'il a appris. A présent, j'aimerais vous parler à vous deux, parents, père et mère ensemble. Vos enfants ne sont pas des prolongements de vous. Ils ne sont pas là pour accomplir ce que vous n'avez pas eu la chance de faire. Ils ne sont pas le vecteur de votre réussite sociale, ni la preuve vivante de vos sacrifices. Ils sont des personnes entières, complexes, avec leurs propres émotions, leurs propres questionnements, leurs propres façons de voir le monde. Un enfant n'a pas à être redevable d'être né. Un enfant n'a pas à être redevable d'avoir été nourri par vous. parce que c'était votre devoir. Il n'a pas à être redevable d'avoir eu un soutien d'amour, parce que c'était votre devoir. Un enfant est comme une éponge qui reçoit tout. Ne frustrez pas vos enfants. Je ne dis pas ça pour vous blesser, je le dis parce que l'enfant qu'on n'écoute pas, celui dont on balaie les émotions, dont on évalue les ressentis, dont on écrase la voix avant même qu'elle soit formée, cet enfant-là ne disparaît pas. Il se tait et son silence accumule quelque chose que vous ne verrez pas, mais qu'il portera longtemps. Parlez à vos enfants, pas uniquement pour les instruire, mais surtout pour les connaître. Il y a une différence énorme entre les deux. Connaître son enfant, c'est savoir ce qu'il fait habituellement, c'est savoir ce qui le fait rire vraiment, ce qui l'inquiète, ce dont il rêve. Ça crée un espace où il sait, dans son corps, dans son âme, Pas juste dans sa tête qu'il peut venir vers vous avec ce qu'il porte. Et laissez-vous surprendre par vos enfants. Ils ont des choses à vous apprendre sur le monde, sur eux-mêmes, parfois sur vous. Un parent capable de recevoir ça ne perd pas son autorité. Il la gagne dans la confiance, dans la profondeur du lien, dans cette certitude que l'enfant porte en lui. Mon père me connaît, ma mère me voit vraiment. Cette certitude-là, c'est la fondation la plus solide que vous puissiez bâtir avec eux. Quand on regarde la jeunesse africaine et afro-descendante aujourd'hui, que ce soit en Afrique, en France, en Belgique ou au Canada, peu importe, il y a quelque chose qui me touche profondément. Les jeunes pleins de talent, d'intelligence et de vie, et qui portent en même temps Des questions que personne ne les a aidées à formuler. Qui suis-je en dehors de ce qu'on attendait de moi ? Comment est-ce que j'aime sans reproduire ce que j'ai vu ? Pourquoi est-ce que j'ai autant du mal à ressentir ou encore à dire ce que je ressens ? Ces questions-là ne viennent pas de nulle part. Elles viennent des maisons où les émotions n'avaient pas de place. Des familles où l'amour était réel mais muet. De pères qui ne savaient pas comment être présents autrement que financièrement. De mère qui s'oubliait pour que tout tourne. Et d'enfant qui absorbait tout, sans filet, sans traduction. C'est l'héritage d'une transmission longue, silencieuse, bien intentionnée, douloureuse parfois. Mais un hétéritage, on peut en faire quelque chose. Alors je vais te laisser avec quelques questions, pour que tu puisses réfléchir. Si tu es parent, La question sera, est-ce que mon enfant sait vraiment qu'il peut venir vers moi avec ce qu'il porte en lui ? Pas juste ses réussites, mais aussi ses doutes, ses peurs, ses questions. Est-ce que je lui crée un espace pour cela ? Si tu es adolescent, la question pour toi sera, est-ce que je me permets encore de ressentir ? Ou est-ce que j'ai déjà appris à arranger mes émotions si profondément que à peine je les entends parfois ? Et pour tout le monde, en fin de compte, la question sera, ce que j'ai reçu dans l'enfance, est-ce que je le transmets encore aujourd'hui sans le questionner ? Ou est-ce que je peux décider maintenant de faire autrement ? Les chaînes les plus solides ne sont pas celles qu'on voit, ce sont celles qu'on croit normales. Et si on en parlait ?