Speaker #0Ah oh, ok parfait. J'aurais aimé. Deux mots, et pourtant combien de vie entière tiennent dans cet espace-là ? Combien de relations, combien de moments qu'on n'a pas su attraper ? Combien de personnes qu'on a laissé partir, ou qui nous ont laissé partir ? Avec cette phrase qui reste quelque part suspendue, sans savoir vraiment ce qu'elle veut dire. Sans avoir vraiment jamais été dit à voix haute. J'aurais aimé que notre timing soit le bon. J'aurais aimé avoir davantage confiance. J'aurais aimé comprendre plus tôt. J'aurais aimé avoir les mots juste quand le silence s'installait. J'aurais aimé rester plus longtemps. Ces phrases-là, je pense que tu les connais. Peut-être pas sous ses formes exactes, peut-être avec d'autres noms, d'autres visages, d'autres circonstances, mais quelque chose dans leur texture te parle. Parce que tout le monde a déjà eu ce quelqu'un ou ces plusieurs quelqu'un, à qui il aurait aimé être différent. Avec qui les choses auraient pu se passer autrement si le temps, les circonstances, la version de soi-même d'à l'époque avait été différent. Alors aujourd'hui on va parler de ça, pas pour y rester coincé mais juste pour la traverser. Et si ça te convient, bienvenue dans Et si on en parlait. Il y a une chose qu'on dit souvent sur les relations qui n'ont pas marché. Une phrase qu'on sort comme une explication propre, comme une façon de croire ou de clore les choses sans trop se blesser. C'était pas le bon moment. Et parfois c'est vrai. En réalité c'est... bah c'est juste la réalité quoi. Parce qu'on rencontre des personnes à des moments de sa vie où on n'est pas encore capable de les recevoir pleinement. On les rencontre quand on est encore en train de guérir quelqu'un d'autre. Quand on est encore en train de se reconstruire soi-même. Quand on est encore rempli de peur et de blessures. Quand on a peur de se tâcher, d'être dessus, de faire confiance et d'être vu vraiment. Et cette personne-là qui aurait pu être quelque chose d'immense dans ta vie, elle arrive. Et tu n'as pas encore les mains libres pour les tenir, parce que tu es chargé de plein de choses. J'aurais aimé être la personne dont tu avais besoin au moment où tu en avais besoin. Cette phrase, elle dit quelque chose d'important. Elle dit qu'on voit souvent, après coup, ce qu'on aurait dû être. Qu'on comprend trop tard ce que l'autre traversait, ce qu'il demandait sans le formuler clairement, ce dont il avait besoin et qu'on n'a pas su donner. Pas parce qu'on ne voulait pas, mais parce qu'on n'était rien ou parce qu'on n'était pas capable encore. Et cette incapacité là, elle est douloureuse à regarder. Parce qu'elle n'est pas de la mauvaise volonté, c'est juste l'état dans lequel on était. La version de soi qu'on était à ce moment là. Avec ses angles morts, ses peurs, ses limites. Et on ne peut pas reprocher à quelqu'un d'avoir été humain à un moment où il n'avait pas encore les outils pour être autre chose. Mais la question qui reste et qui fait mal c'est celle là. Est-ce qu'en réalité le timing était vraiment mauvais ? Est-ce qu'on n'a pas laissé la peur décider notre place en l'appelant tout simplement timing ? Parce qu'il y a une différence entre ne pas être prêt et choisir de ne pas être courageux, entre manquer d'outils et refuser d'apprendre à s'en servir. Et cette différence-là, on ne l'examine pas toujours nettement, parce qu'elle nous implique trop, parce qu'elle nous rend responsables d'une façon ou d'une autre qu'on préférait éviter. J'aurais aimé avoir plus confiance, plus de courage, plus de patience. Ces mots, confiance, courage, patience, ils ne tombent pas du ciel, ils se construisent. Et on les construit souvent après avoir perdu quelque chose qui aurait pu nous apprendre à les avoir plus tôt. C'est l'une des plus grandes cruautés de la vie humaine. On apprend juste après coup. Et vous savez, il y a une chose qui... Ce qui me peine parfois, c'est le silence. Parce qu'il y a des silences qui pèsent plus que les mots. En tout cas, moi j'analyse pas mal de choses et j'arrive à discerner certaines choses juste même dans les silences. Parler silence est confortable, enfin confortable plutôt entre deux personnes qui se connaissent bien, parce que là on n'a pas forcément besoin de se dire quelque chose. Ceux-là ils sont bien, je parle des autres silences. Ceux qui s'installent quand on aurait dû parler et qu'on ne l'a pas fait. Ceux qui grandissent dans l'espace entre deux personnes jusqu'à occuper toute la place, jusqu'à devenir la relation elle-même. Des personnes qui avant s'aimaient vraiment, mais qui aujourd'hui coexistent dans un silence, qui ont oublié comment se transformer en mots. J'aurais aimé avoir les mots justes quand le silence s'installait. Mais les mots justes d'où viennent-ils ? Ils viennent de quelqu'un qui connaît sa propre douleur assez bien pour la nommer clairement. Qui n'a pas peur que ses mots fassent fuir. Qui croit que l'autre est capable de recevoir sa vérité sans la juger, sans s'effondrer ou partir. Et cette confiance là dans l'autre et dans soi-même d'ailleurs, elle n'est pas toujours là quand on a besoin. Alors on se tait, et l'autre se tait aussi. Et dans ce double silence, des choses meurent. Des choses qui auraient pu survivre si quelqu'un avait eu le courage de parler en premier. J'aurais aimé être cette présence assurante vers laquelle on revient quand tout devient trop lourd. Cette personne à qui l'on peut dire qu'on ne va pas bien, sans avoir peur d'être jugé. Cette ambition là, être un refuge pour quelqu'un, elle demande quelque chose qu'on oublie souvent. Être un refuge pour l'autre demande d'avoir été un refuge pour soi-même d'abord, d'avoir appris à recueillir sa propre douleur sans la fuir, d'avoir compris que la vulnérabilité n'est pas une menace, ni pour soi, ni pour ceux qu'on aime. Et beaucoup d'entre nous, on n'a pas appris ça. On a appris à tenir, à fonctionner, à ne pas montrer. Et quand quelqu'un d'autre venait avec sa fragilité, on ne savait pas quoi en faire. Pas parce qu'on ne s'en souciait pas, parce qu'on n'avait jamais appris ce vocabulaire-là, tout simplement. Parties sont cécédées, mais il y a quelque chose que je veux nommer quelque chose de difficile, mais de vrai. Il y a des personnes qu'on quitte non pas parce qu'on ne les aime plus, mais parce que rester nous détruit davantage que partir. Cette phrase, elle contient quelque chose que la culture populaire ne peut pas nous préparer à comprendre. Elle nous a appris que l'amour suffit, que quand on aime vraiment, on reste, que partir, c'est ne plus aimer, ou n'avoir jamais vraiment aimé. Mais est-ce vraiment la réalité ? On peut aimer profondément quelqu'un et ne pas pouvoir construire quelque chose de sain avec lui. On peut aimer quelqu'un et l'être incompatible dans la façon dont on gère les conflits, dont on a besoin d'espace, dont on exprime ce qu'on ressent. On peut aimer quelqu'un et réaliser que cette relation, malgré tout ce qu'elle contient de beau, prend plus qu'elle nous donne. Et dans ces moments-là, partie n'est pas un abandon, c'est une décision difficile prise par quelqu'un qui a compris que l'amour seul ne suffit pas à faire fonctionner une relation. Et vous savez le plus douloureux dans tout ça ? C'est que l'amour ne part pas avec la personne. Elle reste quelque part dans les recoins de notre cœur, de notre imagination, dans ces moments-là, quand tu penses à elle ou à lui. Dans cette odeur, dans cette manière de parler, dans ce regard. Et l'envie de lui parler est toujours là. D'envie de savoir comment il va ou comment il va. L'envie de partager un moment, une victoire, une inquiétude ou simplement un silence. Ces élans-là reviennent. Au deux tours d'une chanson, d'une rue. d'un souvenir inattendu et on ne sait pas quoi en faire. Parce qu'il ne correspond plus à rien en réalité. La distance est là maintenant et la distance on l'a choisi, ou elle s'est imposée. Mais dans les deux cas, elle fait partie de la réalité maintenant. On est devenu des étrangers. Et il arrive un moment où cette distance devient une forme de survie. C'est peut-être ça le plus difficile à accepter. Qu'on puisse aimer quelqu'un profondément et que cet amour-là ne soit pas suffisant pour que la relation continue d'exister. Que parfois les bonnes intentions ne suffisent pas à réparer ce qui nous dépasse et que savoir ça, ça ne nous rend pas la séparation moins douloureuse, ça la rend juste un peu plus compréhensible. Je vais parler de l'amitié maintenant. Parce qu'on en parle rarement avec la même profondeur qu'on parle de l'amour romantique. Comme si la perte d'un ami était moins grave, moins légitime, moins méritant d'être pleuré. Mais en certaines amitiés, leur perte ressemble à un deuil. Et en réalité, j'aurais aimé être un meilleur ami. Et je pense à vous tous mes amis qui... Pour qui je pense, j'ai pas vraiment été un vrai ami. J'aurais aimé dire plus souvent aux personnes qui comptaient pour moi qu'elles comptaient réellement. Reprendre un certain message, être présent à un moment important, par les grands mais aussi les petits. Vous savez ce qui semble anodin, celui du moment, et qu'on réalise après avoir raté. C'est le moment où nous sommes juste là, à rigoler de tout et de rien. De la pluie, du beau temps, du trottoir ou d'un chien qui s'est cassé la gueule. Enfin, voilà quoi. Parce que les relations ne meurent toujours pas dans les grandes disputes. Elles disparaissent parfois dans les petites absences répétées. Ce message qu'on a lu sans répondre, cette évitation qu'on a déclinée une fois de trop, ce coup de fil qu'on a remis à plus tard, jusqu'à ce que plus tard ne signifie plus rien. Et un jour, sans qu'il y ait eu de rupture franche, sans qu'il y ait eu de vraie explication, deux amis qui se connaissaient intimement, sont devenus des étrangers polis, respectueux, des gens qui se likent sur les réseaux sociaux et qui ne se parlent plus vraiment dans la vraie vie. J'aurais aimé retenir davantage de gens sur mon chemin, conserver cette complicité, avoir plus de temps. Mais la vérité, bien que triste, libère parfois. Nous passons tous dans la vie des autres avec une date d'arrivée et parfois une date de départ. Si des amitiés étaient faites pour durer, il y a le dur. A travers les distances, les silences, les années qui passent, ces amitiés-là ont quelque chose d'indescriptible. On peut ne pas se voir pendant un an et se retrouver comme si le temps n'avait pas bougé. D'autres amitiés étaient faites pour nous transformer, pour nous apprendre quelque chose à un moment précis. Une façon de voir les choses, un miroir de qui on était, une leçon qu'on ne pouvait recevoir que de cette personne-là. Une fois cette mission accomplie, bah les chemins divergent. Non pas trahison, mais naturellement. Je vais parler de ce qu'on garde, pas de ce qu'on perd, ça on a déjà parlé, mais de ce qui reste. Parce qu'une relation, même terminée, même douloureuse, même inachevée, laisse quelque chose toujours. Elle laisse une façon de voir les choses qu'on n'aurait pas eu sans elle. Une capacité à aimer d'une façon différente. Une compréhension de soi-même et même des autres qu'on n'aurait pas atteinte seul. Des souvenirs qui appartiennent qu'à toi ou à vous deux et que personne ne peut les prendre. Cette conversation à 3h du matin, ce fourri inexplicable, ce regard qui dit « je sais à quoi je pense » . Ce moment de silence partagé qui valait mille mots. Ces choses-là, elles font partie de toi maintenant, ou de nous deux. Même si la personne est partie, même si la relation a pris fin, même si les chemins ont divergé. Et peut-être que c'est ça la vraie question à se poser. Non pas pourquoi ça n'a pas duré, mais qu'est-ce que ça m'a appris sur moi, sur ce que je suis capable d'aimer, sur ce dont j'ai besoin, sur la personne que je veux devenir. Parce que chaque relation, même la plus courte, même la plus abîmée, nous a construit quelque chose, surtout quand tu es quelqu'un de profond et d'intens. Et si on prend le temps de la regarder honnêtement, on y trouve souvent plus que de la douleur, on y trouve de la croissance, parfois déguisée, parfois invisible ou pas du tout malléable, mais quand même réelle. Je veux être honnête avec toi maintenant, vraiment honnête. Si je disais que je ne tenais pas voulu, pour certaines choses je me mentirais à moi-même. Je pense que tu le sais, tu me connais. Ou du moins, tu connaissais cette version de moi qui essayait encore de tout comprendre, de tout excuser, de tout arranger proprement dans des casques qui tiennent la route. Mais la vérité et la vraie, c'est qu'il y a eu de la rancœur, des moments de colère entrée, Des choses que j'ai portées en silence en me disant que c'était de la maturité. Alors que c'était juste de la douleur déguisée en sagesse. Et je me demande parfois pourquoi c'est si dur. Pourquoi c'est si dur de reconnaître qu'on en veut à quelqu'un, qu'on aime encore. Pourquoi l'amour et la rancœur font-ils si mal à porter ensemble. Pourquoi est-ce qu'on se sent obligé de choisir, soit je t'aime, soit je t'en veux. Comme si les deux ne pouvaient pas coexister dans le même cœur en même temps. Mais en réalité, ils ont toujours coexisté. C'est ça la complexité des vraies relations. On peut aimer quelqu'un profondément et lui reprocher des choses qu'il ne sait peut-être pas. On peut vouloir le meilleur pour quelqu'un et ressentir une douleur réelle là où cette personne a manqué. Ces deux réalités ne s'annulent pas, elles cohabitent. inconfortablement mais toujours ensemble et c'est dur parce qu'admettre qu'on en veut à quelqu'un qu'on aime ça oblige à sortir du rôle du grand coeur qui comprend tout ça oblige à reconnaître qu'on a été blessé vraiment blessé pas juste touché mais profondément blessé et être blessé demande quelque chose de très particulier qu'on apprend presque jamais Ça demande de se permettre d'avoir mal. Alors voilà, voilà ce que je veux que tu fasses, si tu te reconnais dedans. Pense à cette personne. Et au lieu de chercher à effacer ce que tu ressens, laisse-la exister. La rancœur ou l'amour ensemble. Sans choisir, sans irachiser. Juste, regardez honnêtement ce que tu portes vraiment. Parce que j'aurais aimé. Ce n'est pas que de la douceur, c'est aussi ce qu'on n'a pas osé dire, tout ce qu'on a retenu pour ne pas faire du mal, tout ce qui aurait mérité d'être dit à haute voix haute et qui est resté coincé dans notre gorge et ce silence. Alors voilà, dans toute son honnêteté, j'aurais aimé que notre timing soit le bon, j'aurais aimé être un meilleur ami pour toi. J'aurais aimé avoir les mots qu'il fallait au moment où il fallait. J'aurais aimé t'apporter de la paix, de la joie et du bonheur. Et oui, parfois, je t'en ai voulu. Et oui, je t'aime quand même. Ces choses sont vraies en même temps. Et c'est peut-être ça la chose la plus humaine que je pouvais te dire aujourd'hui. Alors, comme je t'ai dit ce matin, prends soin de toi. A bientôt. Et si on en parlait ?