Speaker #0Et si pour une fois, on acceptait que certaines vérités ne se découvrent qu'après cette longuement trempée de chemin, non par faiblesse, mais par nécessité. Il y a des périodes dans la vie où l'on croit ressentir des choses très fortes, très claires, alors qu'en réalité, elles sont surtout toutes confuses. Non pas parce qu'on est incapable de comprendre, mais parce que ce que l'on ressent est filtré par un mental blessé, inquiet, en quête de validation. Pendant longtemps, j'ai cru que certaines émotions parlaient de désir, alors qu'elles parlaient surtout de manque. J'ai cru qu'elles parlaient d'attirance, alors qu'elles parlaient de valeur personnelle. Vous savez, le mental est un narrateur redoutable et très persuasif. Il observe une sensation, une émotion, un frisson intérieur. Puis, il raconte une histoire. Parce qu'il déteste le vide. Il déteste l'incertitude. Alors il explique. Il interprète. Il conclut. Et si on ne prend pas assez de recul, on finit par croire que cette histoire qu'il compte, c'est nous. Dans le pouvoir du moment présent, écrit par Hicatolle, il explique que la souffrance naît lorsque l'on s'identifie totalement au mental, lorsque l'on confond ce que l'on ressent avec ce que l'on est. Une émotion traverse le corps, mais le mental s'en empare. La juge, la classe, lui donne une identité. Et à partir de là, on ne ressent plus simplement une émotion, on devient le jugement que le mental porte sur elle. On s'associe, on s'identifie au jugement que le mental fait de cette émotion. Quand une émotion vient d'une blessure, elle est rarement pure. Elle est chargée de besoins non comblés, de désirs de reconnaissance, de failles d'estime. Et c'est précisément dans ces zones fragiles que le mental fabrique le plus de projections. Il transforme l'envie en attirance, l'admiration en désir, le besoin de validation en confusion identitaire. Pendant longtemps, certains hommes représentaient pour moi une forme très précise de masculinité. Une masculinité archétypale, assurée, d'une voix forte, imposante, charismatique, parfois dominante. Je désirais devenir comme eux. Je désirais aussi être celui vers qui le regard des filles se tournerait. Et lorsque ces hommes se montraient affectueux vis-à-vis de moi, bienveillants, proches, lorsqu'ils me valorisaient ou me trouvaient juste d'une certaine attirance, quelque chose se passait à l'intérieur de moi. Je me sentais grandi. Je me sentais comme reconnu, valorisé. J'avais l'impression de devenir invincible, comme si leur regard venait réparer quelque chose qui était cassé en moi. Comme si l'homme-mère venait restaurer quelque chose qui était abîmé. Il y avait parfois même une sensation de supériorité, ou en tout cas de puissance retrouvée. Comme si à travers leur validation, je devenais enfin légitime, et que le mental encore une fois me disait « là tu vois si bien » . Mais il s'engouffre dans une brèche. Le mental a interprété cette montée d'énergie comme une preuve, comme un signe, comme quelque chose qui voulait dire plus que ce qu'il est réellement. Avec le recul, j'ai compris que ce n'était pas du désir, c'était une maladresse émotionnelle, une confusion entre protéines et énergie. protection et attirance, entre affection et validation, entre amour et réparation. Ce que je ressentais n'était pas une envie de, mais un apaisement intérieur, celui d'être reconnu par des figures que j'avais moi-même placées très haut dans mon imaginé de masculinité. Dans cette quête, il y avait aussi quelque chose de plus profond et de plus douloureux. Je me sentais imposteur à l'idée de me considérer comme hétérosexuel. Pas parce que je ressentais quelque chose, mais parce que dans ma tête, dans mon esprit, je ne remplissais pas les critères de mes propres idéaux masculins. Je ne correspondais pas à l'homme que je pensais devoir être pour avoir le droit de dire « je suis hétéro » . Alors j'ai cherché une explication autre. inconsciemment ou pas, je sais pas. Je voulais presque me persuader que j'étais soit bisexuel ou gay, comme si cela expliquait mieux mon rapport à moi-même et que cela m'apaiserait, comme si ça donnait une cohérence à ce sentiment de ne pas être assez. Et pourtant, malgré cette volonté de me convaincre, Je n'étais pas à l'aise avec l'identification LGBT. Parce que quelque chose sonnait faux à l'intérieur de moi. Ce n'était pas un rejet. J'étais ouvert d'esprit. Ça ne me dérangeait pas de me chercher. Mais il y avait comme une absence de vérité au sensi. Alors j'ai voulu me prouver les choses. Je me disais... qu'il fallait aller plus loin, que peut-être à force d'expérience, il y aura un déclic, je tomberai peut-être amoureux d'un mec, j'aurai des sentiments pour un homme, que peut-être à un moment donné, je me dirai enfin voilà, tu n'es pas un hétéro pour confirmer ce que je projetais de moi. Mais à chaque fois, je me vertais à la même évidence silencieuse. Rien ne s'alignait vraiment. Mes émotions n'allaient pas avec ce que mon mental disait. Et cette obstination à vouloir forcer une identité était en réalité une lutte contre moi-même. Je ne cherchais pas tant mon orientation en réalité que la permission d'être l'homme que j'étais, sans avoir à correspondre à un modèle rigide de masculinité. Je ne me sentais pas assez dur, pas assez dominant, pas assez conforme à ce que je croyais être un vrai homme. Alors le mental cherchait une autre histoire. Avec le temps, j'ai compris que je n'avais jamais été véritablement attiré par les hommes. En réalité, je n'en ai jamais ressenti aucun sentiment. Je peux aujourd'hui le dire calmement, sans tension. Sans justification, je peux le dire parce que je ne cherche plus à me convaincre que je suis gay. Je laisse le mental se calmer. Et dans ce calme, la vérité est apparue. Ce que je prenais pour une attirance était en réalité une projection de mes insécurités. Un désir d'incarner une masculinité que je croyais ne pas encore avoir en possession. Une envie d'être beau, fort, reconnu, légitime. Le mental avait pris cette émotion. Il l'avait interprétée trop vite. Et on a construit une histoire cohérente, mais fausse. Puis, il y a eu une autre compréhension, peut-être la plus importante. J'ai compris qu'il me fallait passer par là, que ce détour n'était pas une erreur, mais une étape. Une étape pour comprendre et accepter ma masculinité telle qu'elle est réellement. Une masculinité qui n'est ni violente, ni rigide, en commun et fermée. Une masculinité qui fait preuve de douceur et d'égenciesse, de sensibilité aussi. Oui, je suis un homme gentil. Et c'est ok. Être sensible ne fait pas de moi moins un homme. Être bienveillant ne fait pas de moi moins hétéro. Être à l'écoute ne mérite rien du tout. Au contraire, tout ça me rend plus humain. Le problème n'a jamais été mon orientation. Le problème était l'image étroite que j'avais de ce qu'un homme devrait être pour avoir le droit d'exister pleinement. et être reconnu. Et tant que je ne remettais pas cette image en question, le mental continuait de me proposer des identités de substitution. Et Catole parle de désidentification du mental. Non pas de le fait terre par la force, mais de l'observer. De comprendre que nous ne sommes ni nos pensées, ni nos jugements, ni nos projections, ni nos peurs. A partir du moment où j'ai cessé de croire chaque pensée qui me traversait, la confusion s'est dissipée, je pouvais ressentir sans conclure, observer, sans m'enfermer. Le danger, quand on ne fait pas ce travail, c'est de vivre sous le règne du mental. De croire que chaque émotion dit quelque chose de définitif sur nous, alors que les émotions ne demandent qu'une chose, être senti puis traversé. Aujourd'hui, je peux dire que je suis hétéro, mais ce n'est même pas là ma plus grande victoire. Ma victoire, c'est d'être en paix. En paix avec mon parcours. En paix avec mes détours, en paix avec l'homme que je suis devenu, sans avoir besoin de me durcir pour me sentir légitime, sans avoir besoin de me rendre conforme à cette idée que j'avais de la masculinité. Si tu écoutes cet épisode et que tu te reconnais dans ces zones de confusion, ça peut être lié à... ta recherche d'orientation, de personnalité, ta recherche même dans le travail, dans ta relation amoureuse. Peut-être que tu n'as pas besoin de réponses immédiates. Et en réalité, mon podcast n'a pas pour but de te donner des réponses, mais de t'emmener à réfléchir. Peut-être que tu as simplement besoin de ralentir, d'observer ton mental sans t'identifier. De laisser les émotions être ce qu'elles sont sans les transformer en verdicts. Parce que tu n'es pas tes pensées, tu n'es pas les projections de ton mental, tu es tout simplement celui qui observe. Et parfois, observer suffit pour se retrouver. Et si on en parlait ? Merci d'avoir pris ce temps, merci d'avoir écouté vraiment. Si cet épisode t'a fait réfléchir, douter ou simplement t'arrêter un instant, alors il a déjà rempli sa mission. Tu peux soutenir le podcast simplement en laissant un avis, en likant l'épisode ou en le partageant autour de toi à quelqu'un qui peut-être en a besoin sans le savoir. Tu penseras aussi à t'abonner au podcast et également à rejoindre la newsletter pour continuer à réfléchir autrement. On se retrouve très bientôt. D'ici là, prends soin de toi et de ce qui t'habite. Ciao !