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ÉTATS DAMES

Abus sexuels : Au Cœur de la Solitude

Abus sexuels : Au Cœur de la Solitude

53min |04/06/2024|

26

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53min |04/06/2024|

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Description

Dans cet épisode, plongeons dans le récit poignant de Maé, une enfance marquée par la négligence de ceux censés la protéger.


Alors qu'elle vivait avec sa grand-mère, une série d'événements tragiques a commencé à façonner son parcours. Dès l'âge de 5 ans, elle a subi des abus aux mains d'un enfant sous la garde de sa grand-mère.


Sa tentative de dénoncer ces actes a été ignorée et minimisée par les professionnels de la santé et son propre entourage. Rejetée et abandonnée, Maé a porté le poids de son silence pendant des années. Plongeons dans son histoire sur États Dames.

Avant de commencer cet épisode, je tiens à vous avertir que nous aborderons un sujet très délicat qui pourrait faire resurgir des événements traumatisants. J’encourage les auditeurs à prendre soin d'eux-mêmes et à arrêter l'écoute si nécessaire.

Excellente écoute


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    État d'âme au cœur de votre santé. Bienvenue sur Etat d'âme, le podcast qui vous emmène au cœur des émotions féminines dans leur parcours de santé. Vous avez déjà ressenti cette impression de solitude face aux défis de la vie, qu'ils soient physiques ou mentaux. Sur Etat d'âme, je donne la parole à ces expériences authentiques, accompagnées d'histoires immersives et des conseils de professionnels de santé. Préparez-vous à être transporté, inspiré et informé. Restez à l'écoute, car vous êtes sur le point de découvrir un monde où vos émotions trouvent écho. Dans cet épisode, nous avons le plaisir d'accueillir Maë, une écrivaine talentueuse que vous découvrirez prochainement, car elle travaille actuellement sur son roman destiné à l'auto-édition. Son objectif est de partager son histoire avec le plus grand nombre de lecteurs, afin de toucher et d'aider bien évidemment le plus de personnes possible. C'est également pour cette raison qu'elle est présente avec nous aujourd'hui sur ce podcast, pour partager son témoignage puissant et inspirant avec vous, les auditeurs, et offrir son soutien à tous ceux qui en ont besoin. Dans cet épisode, nous allons donc plonger dans son témoignage poignant, avec une enfance marquée par la négligence de ceux censés la protéger. Alors qu'elle vivait avec sa grand-mère, une série d'événements tragiques a commencé à façonner son parcours. Dès l'âge de 5-6 ans, elle a subi des abus aux mains d'un enfant sous la garde de sa grand-mère. Sa tentative de dénoncer ces actes a été ignorée et minimisée par les professionnels de santé et son propre entourage. Rejetée et abandonnée, Maï a porté le poids de son silence pendant des années. Avant de commencer cet épisode, attention, je tiens à vous avertir que nous abordons un sujet très délicat qui pourrait faire ressurgir des événements traumatisants. Alors je vous encourage à arrêter l'écoute si nécessaire. Bonjour Maë, merci d'être sur Etat d'âme pour libérer la parole. Alors est-ce que tu peux te présenter ?

  • Speaker #1

    Je m'appelle Maë, j'ai 28 ans.

  • Speaker #0

    Alors quand tout a commencé ?

  • Speaker #1

    Je ne pourrais pas donner d'âge précis, mais je sens au fond de moi que quand c'est arrivé, j'avais au moins 5 ans. Moi j'ai l'impression d'être née le jour où l'événement traumatique est arrivé. Je n'ai aucun souvenir de... qui j'étais avant ça. Ma mère m'a souvent répété que j'étais une gamine souriante, avenante, comme tout gamin curieux à bas âge. Et un jour, va savoir pourquoi, j'ai changé radicalement de comportement.

  • Speaker #0

    Et quand ta mère t'a décrite comment tu étais petite, est-ce que tu te reconnaissais dans ce qu'elle disait ?

  • Speaker #1

    Eh bien, pendant longtemps, je ne me suis pas reconnue parce que, pour moi, je suis devenue moi. à partir de l'événement traumatique. Mais bon, en même temps, si j'avais 5 ans, quand on sait que la mémoire, en moyenne... est vraiment efficace à partir de 5 ans. Mais du coup, c'est vraiment ce que je ressens au plus profond de moi. J'avais 5 ans quand ça a commencé, mais peut-être que j'en avais 6. En tout cas, c'est par là que je sens que les événements sont arrivés. J'avais entre 6 et 5 ans.

  • Speaker #0

    Les souvenirs d'enfance, ils peuvent commencer à se former à différents âges, pour différentes personnes. Mais en général, les souvenirs autobiographiques, c'est-à-dire les souvenirs d'événements personnels spécifiques, ils commencent à se former autour de l'âge de 3-4 ans. Et cette période, elle est souvent appelée l'amnésie infantile. C'est où les souvenirs des premières années de vie sont rarement conservés à l'âge adulte. Mais les souvenirs à partir de l'âge de 5 ans sont généralement plus clairs et plus nombreux parce qu'à cet âge, les capacités cognitives et linguistiques de l'enfant se développent rapidement. Et ce qui va faciliter la formation et le stockage des souvenirs. Donc oui, beaucoup de personnes commencent à se souvenir plus clairement de leur enfance à partir de l'âge de 5 ans. Alors, est-ce que tu peux nous dire comment ce jeune homme a-t-il croisé ton chemin ?

  • Speaker #1

    Ta grand-mère, à l'époque, gardait les enfants qui étaient placés en aide sociale à l'enfance. Et parmi ces enfants, elle en a gardé deux, un garçon et son petit frère. Donc du coup, je ne vais pas les nommer, je vais juste parler de R.

  • Speaker #0

    Et ce R, il en profitait quand il n'y avait personne chez ta grand-mère ? Comment ça se passait ?

  • Speaker #1

    Ça se passait... très souvent les samedis soirs, il me semble, parce qu'il y avait souvent un soir, enfin il y avait tout le temps un soir, dans le week-end où on mangeait chez ma grand-mère. Toute la famille était réunie, les tatis, les tontons, les cousins, les cousines, etc. C'était vraiment le moment en famille du côté de ma mère. Et forcément, il y avait ces deux enfants-là. Et je vais en souvenir que ça se passait très souvent après les repas. quand on avait l'autorisation de sortir de table, qu'on pouvait tous recommencer, enfin retourner jouer, etc. Eh bien, R et moi, on jouait souvent tous les deux, vu qu'on était les deux plus jeunes. Voilà, tu sais comment ça se passe, les plus jeunes sont facilement mis de côté par les plus grands qui veulent jouer tranquille et pas être emmerdés avec les deux petits bambins. qui sont encore un peu dépendants des plus grands. Enfin bref, voilà. Je pense que ceux qui ont un grand frère, une grande sœur ou plusieurs savent de quoi je parle. Et du coup, on se retrouvait souvent tous les deux. Et il y avait ce moment où R me demandait de jouer aux fesses. C'est comme ça qu'il appelait ce que je vais décrire, jouer aux fesses. Et ce qui se passait, eh bien, quand c'était dans la chambre où lui et son grand frère dormaient, on se mettait... sous leur lit. C'était des lits superposés et du coup, on se mettait sur le sol, en dessous. On arrivait à passer tous les deux. Et ils se mettaient sur moi et il y avait pénétration. Ça, il n'y avait pas de, comment dire, de fausses caresses ou de bisous, éventuellement, tu vois. Parce que... Enfin... Vraiment c'était l'acte pur et dur qu'on retrouve dans les fichiers du viol, puisque pour beaucoup de personnes le viol c'est uniquement la pénétration, alors que ça commence bien bien bien avant ça, et là pour le coup c'est vraiment pure pénétration. Il n'y avait pas de mots échangés. Moi, c'est très simple, je fixais les lattes du lit. Je fixais ça et j'attendais que ça passe. Et on ne se disait rien. J'évitais ce regard. J'avais l'impression d'être entre deux mondes, tu vois. Parce que la douleur était intense, vraiment. J'ai jamais été piqué par une abeille mais j'ai tendance à comparer ça au dard d'une abeille quand une personne est piquée. Parce que je peux comprendre que ça faisait extrêmement mal, certaines personnes en pleurent. Donc j'ai tendance à comparer ces deux douleurs, même si du coup j'en connais qu'une sur les deux. Ou alors comparer ça à un couteau qu'on te plante tellement la brûlure est intense, c'est quelque chose de vif. Du coup, tout ton corps est tendu au max. Je me souviens des douleurs dans les jambes, des douleurs au niveau des omoplates, parce que j'étais sur le sol et j'avais le poids de R sur moi, vraiment. Il reposait tout son poids sur moi. Et c'était étouffant. Ça durait peut-être que quelques minutes, tu vois, où on restait comme ça et qu'on ne bougeait pas, mais j'avais l'impression que ça durait une éternité. Et pourquoi moi et pas une autre personne ? Et... une petite fille un peu réservée, un peu timide, et surtout j'avais cette tendance à vouloir faire tout ce que les personnes me demandaient pour obtenir leur validation. J'éprouvais ce besoin d'être validée par que ce soit mes camarades, mon frère, mon cousin, ma cousine, absolument tout le monde. Mais lui, je sentais que... Si je refusais de faire ce qu'il voulait qu'on fasse, il allait me frapper. Il faut savoir que R était tout l'opposé de moi, c'est-à-dire qu'il n'hésitait pas à se bagarrer, il était violent. Je pense que le contexte familial était aussi extrêmement toxique. Pour être placé, c'est qu'il y a un problème. Mais voilà, il était tout l'opposé de moi et j'avais peur de lui. C'était mon ami, mais en même temps, il me faisait peur. C'était un peu... C'est un peu paradoxal, mais moi je ne pourrais pas l'expliquer.

  • Speaker #0

    Mais je t'assure que c'est quelque chose qui arrive beaucoup à beaucoup de gens. Le fait de se sentir piégé entre la confiance envers une personne et la peur de ses comportements. C'est un mélange de sentiments assez contradictoires qui rend la situation très difficile à décrire et à comprendre, comme là pour toi. Et ça a duré combien de temps ?

  • Speaker #1

    Ça a duré... Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Ça s'est fait plusieurs fois puisque... Dans mes souvenirs, j'ai trois lieux différents, à savoir la chambre d'enfant, le terrain au fond de la maison et sous la tonnelle extérieure. C'est les trois lieux où ça se déroulait, mais je ne sais pas combien de fois ça s'est déroulé dans ces moments-là. J'ai vraiment un gros gros blanc et je ne me souviens ni vraiment de l'avant, ni vraiment de l'après, mais je savais que ce qu'on faisait, c'était pas bien. Déjà, son frère, son grand-frère nous disait que c'était pas bien. Je ne sais pas ce que R lui disait. quand ils étaient tous les deux. Mais il était au courant. Il disait toujours à son frère que ça ne se fait pas. Donc juste ça, j'avais l'impression qu'on faisait soit une bêtise, soit quelque chose de grave. Mais plus le temps passait, plus j'avais vraiment l'impression qu'on faisait vraiment quelque chose de grave. mais je ne savais pas quoi. Je n'avais pas les mots à l'époque. Il m'a fallu attendre l'adolescence pour les avoir. Et quand j'ai réalisé, j'étais... Ouais, t'imagines le choc, quoi.

  • Speaker #0

    Bah oui, en effet, c'est un grand choc. Quand tu parviens enfin à mettre des mots sur des actes traumatisants, c'est à ce moment-là que tu t'en comptes vraiment. C'est vraiment là, en fait, que tu prends conscience de la gravité de ce que tu as vécu. Et comme tu étais très jeune à l'époque... C'est normal que tu n'aies pas pleinement eu conscience de tout ce qui se passait. Et entendre ton histoire, ça nous fait réaliser à quel point ça peut être difficile de reconnaître et d'accepter la vérité de ces expériences traumatiques. Un soir, quelqu'un a surpris R en plein abus et a donc alerté les adultes. Ça s'est passé comme ? Qu'est-ce qu'ils ont fait ?

  • Speaker #1

    Alors, je l'ai appris que très récemment, il y a un peu plus d'un an, que c'était justement mon cousin qui nous avait surpris. Car quand j'ai enfin décidé de parler de ça à mes parents, c'était fin 2016. Ouais, c'était fin 2016. C'est là que je leur en ai vraiment parlé et qu'ils m'ont cru. On a essayé de savoir qui était justement la personne qui les avait alertés sur ce que R m'avait fait. C'était pas mon frère, c'était pas ma cousine, c'était pas le grand frère de R non plus. Donc le seul autre enfant qui restait dans l'équation, c'était mon cousin. Et il y a un peu plus d'un an, j'ai passé une semaine chez lui et sa partenaire parce que je ne me sentais pas bien. Et le sujet est venu sur le tapis. Et c'est là qu'on a conclu tous les deux que c'était bien lui qui nous avait bel et bien surpris dans la chambre d'enfant. Ce qui s'est passé exactement, je ne sais pas, parce que je ne sais pas ce que mon cousin a dit, en sachant qu'à l'époque, c'était lui aussi un enfant. Imagine un enfant qui est témoin d'une scène de viol, mais qui ne sait pas ce que c'est un viol, mais qui, du coup, le signale à des adultes. Il l'a dit avec ses mots d'enfant, donc je ne sais pas exactement ce qu'il lui a dit. Je pense qu'il ne s'en souvient pas à lui-même non plus. Donc du coup, R a eu une punition en conséquence de ce qu'on lui a dit. Ma mère m'a raconté que du coup ma grand-mère l'avait pris à part, et que depuis il n'a plus jamais recommencé. Voilà. Moi je m'en souviens pas, vraiment, j'ai un gros gros blanc de ce moment-là, je ne me souviens pas qu'on ait été surpris. Enfin si, je me souviens qu'on ait été surpris, mais j'ai plus du tout le souvenir en tête, j'ai pas un seul flash, j'ai rien. Je sais juste qu'au bout d'un moment, il a tout simplement arrêté. Et en 2004, ma grand-mère est morte du cancer du pancréas. Et là, R et son grand-frère sont retournés chez leurs parents. Et de là, ils ont été tous les deux… enfin, je sais que pendant une période, ils ont été tous les deux placés chez deux personnes différentes, donc ils ont été séparés. Et après ça, je ne les ai plus jamais revues au final.

  • Speaker #0

    Et à partir de quand tu as voulu faire des démarches sur ton passé ?

  • Speaker #1

    En 2009, j'étais en cinquième, que j'ai commencé un peu à me renseigner. Car sur Internet, j'ai rencontré une fille qui a été victime, elle également, de viol par un garçon de son âge quand elle était plus petite. C'est de là que moi, je me suis renseignée de mon côté. J'avais mon ordinateur, j'ai déjà fait sur Wikipédia.

  • Speaker #0

    Est-ce que R a essayé un jour de reprendre contact avec toi ?

  • Speaker #1

    Pendant le collège, R avait repris contact avec moi via Facebook. Il voulait qu'on redevienne amies, mais moi, j'en avais déjà pas envie. Et surtout, il n'arrêtait pas de refaire allusion à ce qu'on avait vécu tous les deux, en supposant que moi, j'y avais pris du plaisir. Ce qui n'était absolument pas le cas. Et c'est là en fait que j'ai voulu le dénoncer déjà à mes amis, en disant que voilà, quand j'étais petite, R, il m'a violée, il faut pas lui faire confiance, ou il faut pas sortir avec lui, enfin voilà, j'ai... comment dire... J'ai pensé faire les choses bien, mais au final ça a été le gros bordel, puisque... aucune de mes... Enfin, aucune, vu que c'était surtout des filles. Mais aucun de mes camarades, plutôt, on va dire, ne m'a cru. On m'a même accusée de menteuse. Pour eux, c'était impossible. Ben voilà, qui m'ait violée à cet âge-là. Et la tutrice, à l'époque, qui gardait R, a voulu porter plainte contre moi si je continue de dire ça. Puisque, évidemment, R... nié toutes les accusations pour lui c'était faux, il avait pas fait ça etc et forcément il a fini par en parler à sa tutrice qui justement où j'ai entendu des échos qu'elle menaçait de porter plainte contre moi et forcément j'ai eu peur puisque elle, voilà c'est l'adulte dans cette histoire c'est elle qui a les connaissances juridiques moi j'étais juste une petite gamine de 12-13 ans en pleine injustice dont tous les amis lui tournaient le dos, la traitaient de menteuse, prenaient la défense. Un garçon qui m'avait fait du mal et qui se plaçait en victime dans cette histoire. Voilà, autant si j'avais fait ça quand on avait 7 ans, j'aurais pu comprendre qu'il n'est pas reconnu le viol, parce que c'est une notion, quand on a moins de 10 ans, qu'on n'a pas obligatoirement. Mais là, quand on est à l'adolescence, j'estime qu'on a quand même les connaissances. surtout que j'imagine qu'il a vécu dans un environnement extrêmement toxique avec ses parents, donc il va savoir ce qu'il a subi ou ce qu'on lui a montré, mais pour moi il était parfaitement au courant de ce qu'il m'avait fait subir. Mais voilà, à l'époque je n'avais pas la force, je n'avais pas l'énergie, j'étais seule contre lui et seule contre mes camarades tout simplement, et un jour m'est arrivé un truc absolument horrible. celle que je pensais être ma meilleure amie à l'époque, a ramené R devant moi pendant qu'on attendait le bus pour rentrer chez nous un soir. J'ai eu extrêmement peur ce soir-là. Elle me l'a vraiment mis devant la gueule, limite collée, tu vois. pour que je parle, et en fait je disais rien, je le regardais même pas, je fixais le sol, mais à l'intérieur je bouillonnais, je tremblais, j'avais l'impression que tous mes auricules allaient me sortir du corps, tellement c'était la panique intérieure, et c'est là que j'ai compris que cette meilleure amie, entre guillemets, n'allait plus être mon amie du tout, pour moi elle avait littéralement dépassé les bandes. Le bus est arrivé, je me suis sauvée tout simplement, je suis montée dans le bus, et vraiment pendant tout le trajet j'avais envie de la tuer. J'ai jamais ressenti une envie de meurtre de ma vie, sauf ce soir-là, vraiment. J'avais de la haine mais tellement profonde, plus envers elle qu'envers lui, parce que voilà, elle avait manigancé ça. Pour moi, elle voulait clairement me faire souffrir, cette meuf. Et je... Oh, mon Dieu, je l'ai haï pour ça, mais d'une force, j'avais tellement envie de... Bon, bref. Voilà, quoi. Mais voilà, tout va bien. Elle est... Enfin, de ce que je sais, elle est vivante. Lui aussi, en théorie. Mais voilà, j'avais jamais... Cette situation, ça a été un... Rapide, mais très cauchemardesque, quoi. Et vraiment, je pensais que j'allais avoir le soutien des personnes autour de moi, quoi. Et finalement, je ne l'ai absolument pas eu. Je me suis retrouvée toute seule.

  • Speaker #0

    Comment tu t'es sentie au vu de ces réactions ?

  • Speaker #1

    Complètement démunie, totalement triste. Et je me suis sentie abandonnée, en fait. Et quand j'ai voulu en parler à mes parents, à cette même époque, surtout à ma mère, parce que j'ai plus d'affinité avec ma mère qu'avec mon père, quand il s'agit de discuter de sujets un peu sensibles, un peu sérieux. elle me disait que non c'était impossible qu'un enfant viole un autre enfant et à partir de cette phrase je n'ai plus jamais cherché à en reparler avec elle jusqu'à 2016 où j'ai commencé à faire ma thérapie et quand elle m'a dit ça j'ai compris que j'aurais pas le soutien et surtout j'avais pas les épaules J'avais pas les épaules pour me défendre, tout simplement.

  • Speaker #0

    En tout cas, c'est vraiment horrible, tout ce que t'as traversé. En tout cas, j'imagine que tu n'étais plus toi-même. Tes parents...

  • Speaker #1

    Avant, j'étais une petite fille absolument joyeuse, très avenante, et tout d'un coup, j'avais radicalement changé. Et la maîtresse que j'avais à cette époque-là, quand j'avais 5 ans, avait convoqué mes parents en leur disant, Voilà, il y a un souci, votre fille reste seule dans son coin, elle a l'air toujours triste, elle est absente, enfin voilà. Et de là... Mes parents ont pris rendez-vous avec ce que j'imagine être une pédopsychiatre ou une pédopsychologue, enfin bref, voilà, une personne qui s'occupe tout simplement des enfants. Cette femme, je me souviens ne lui avoir rien dit, vraiment, j'étais muette comme une tombe. Je savais de quoi elle voulait que je parle, mais je ne voulais tout simplement pas lui en parler. Et puis, je ne la connaissais pas, en fait, cette dame. Aujourd'hui, j'ai presque envie de la voir et lui dire, excusez-moi, j'espère que je ne vous ai pas vexé, mais vous ne me connaissez pas, j'étais toute petite, j'étais seule dans un bureau avec vous, l'un de mes parents. Non, je n'allais pas vous parler, en fait. D'où ? Voilà quoi, c'est tellement évident en fait, on n'arrête pas de répéter aux enfants, de ne pas parler aux inconnus, et du jour au lendemain, le petit enfant il se retrouve en tête à tête avec un adulte qu'il ne connaît pas, et dont on doit parler de sujets qui sont blessants. On est d'accord que ça n'a pas de sens, ça n'a absolument pas de sens. Autant si mes parents avaient été dans la pièce, peut-être que je leur aurais parlé à cette dame, mais non, mes parents n'étaient pas dans la pièce, j'étais vraiment toute seule avec cette professionnelle. donc de là on m'a redirigée vers un professionnel je sais absolument plus ce que je lui ai dit je lui en ai parlé mais je ne sais plus avec quel mot et le bilan de la séance quand il est revenu enfin quand on est revenu lui et moi auprès de mes parents qui étaient en salle d'attente il leur a dit que c'était des jeux que les enfants faisaient souvent entre eux et qu'il ne fallait plus en parler ni s'en préoccuper Alors je sais pas à quel jeu jouent les enfants de 5 ans pour dire ça, et vraiment je sais tellement plus ce que je lui ai dit, ça m'énerve parce que je me dis que je pourrais apporter tellement plus d'éclaircissement, mais non je sais plus du tout. C'est sûr que je lui ai pas dit, j'ai été violée par un enfant de mon âge, puisque à l'époque j'avais aucune notion de sexualité, de viol, de consentement, d'intimité et tout le calendrier quoi. Mais voilà, du coup, en fait, je ne sais pas ce que je lui ai dit pour qu'il tonde une réponse pareille à mes parents, mais du coup, pour eux, le sujet était clos. Il s'était passé quelque chose, mais ce n'était pas quelque chose de grave. Le professionnel de santé a dit que ce n'était pas grave et qu'il ne fallait plus en parler, donc oui, obligatoirement, ils lui ont fait confiance, et le sujet n'a plus été abordé jusqu'à moi avec cette petite tentative pendant le collège, et puis bien évidemment... dès 2016, où en fait, j'étais à la fin de mes études, j'avais eu mon bac en juillet 2016. Et voilà, c'est parcours sup, études supérieures, boulot, permis, voilà, toutes ces choses de la vie, d'adulte, d'indépendance, d'autonomie qu'il faut entamer. Mais voilà, je sentais chez moi qu'il y avait un blocage qui m'empêchait absolument de faire toutes ces choses-là. Et je savais ce qu'était ce blocage. Ce blocage, c'était ce qui m'est arrivé avec R. et je l'ai refoulé toute ma vie en fait.

  • Speaker #0

    Quelle émotion t'as ressentie lorsque les professionnels de santé ont carrément minimisé ce que R t'avait fait ? Non, parce que déjà pour les victimes, c'est difficile d'en parler. Toi, tu en parles et on te croit limite pas.

  • Speaker #1

    Honnêtement, je ne sais plus trop ce que j'ai ressenti en fait. C'est-à-dire que pendant des années, j'ai eu l'impression d'être anesthésiée d'absolument tout. Je ne savais pas que mon corps était en mode survie, tout simplement, pour m'éviter la souffrance liée au trauma. Et vraiment, émotionnellement, j'étais vide. de beaucoup de choses, de beaucoup d'envie. J'étais en effet une enfant très solitaire, très dans son petit monde. Vraiment, je m'étais renfermée sur moi-même et dans mon imagination. C'était mon échappatoire. Pour échapper à quoi ? Je ne savais pas vraiment, mais je sentais en moi qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas sans savoir ce que c'était, sans avoir de mots. Ni d'image pour le décrire à qui que ce soit, j'étais juste une gamine et j'ai grandi comme ça. J'étais ado, j'étais déjà mal dans ma peau. En plus, je subissais du harcèlement scolaire parce que j'étais attirée par les filles, parce que j'avais un style vestimentaire alternatif. Mais voilà, j'ai grandi en ayant l'impression d'être endormie. Comme si en fait j'étais un peu sur pilote automatique et que je faisais les choses machinalement. Vraiment c'est comme ça que je me vois, je pense que c'est comme ça aussi que beaucoup de personnes me voyaient. Mais personne ne se doutait de la véritable raison pour eux si j'étais comme ça par... par nature quoi et souvent ben voilà j'étais on m'a jugé pour ça disait pas ça venant tu ne souris pas c'est tu vas passer vers les autres tu restes dans ton coin et machin machin bref je pense que beaucoup de personnes ont déjà entendu ce genre de discours et en fait je me rends compte que ce sont des phrases qui sortent tellement facilement de la bouche de personnes qu'on connaît même d'inconnus sans qu'ils dans les verres ils se disent mais attends cette personne est comme ça Est-ce qu'il n'y a pas une raison derrière ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est exactement ça. En fait, on vit dans une ère où la critique est omniprésente, que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les médias ou même dans notre entourage. Certains y critiquent sans même chercher à comprendre la raison derrière le comportement de l'autre. Ils oublient en fait que derrière chaque action, chaque comportement, il y a une histoire personnelle. Il peut y avoir des expériences vécues, des émotions ressenties, et en fait cette personne-là qui va être critiquée si facilement, peut-être qu'elle est comme ça pour des raisons qui lui sont propres. Peut-être qu'elle a été blessée, peut-être qu'elle a connu des épreuves qui tout simplement ont façonné son caractère et ses réactions. Peut-être qu'elle agit ainsi par peur, par insécurité, par besoin de se protéger. Et si, du coup, ces personnes qui critiquent prenaient un moment pour réfléchir avant de critiquer, il pourrait peut-être réaliser que derrière cette façade se cache une personne avec ses faiblesses, ses doutes, ses luttes. Et peut-être qu'en cherchant à comprendre, il pourrait enfin établir une connexion plus profonde basée sur l'empathie et la compassion. Donc voilà, c'était un petit aparté. Un jour, tu vas décider d'en parler à nouveau. Comment ça s'est passé ? Et à qui as-tu décidé d'en parler à nouveau ?

  • Speaker #1

    Je me souviens, je m'étais préparée une semaine à l'avance pour un rendez-vous de check-up avec mon médecin traitant. Et ça a été la première personne à qui j'ai de nouveau abordé le sujet. J'avais tout préparé pour lui expliquer de façon chronologique comment tout s'était passé. Et ça a été tellement compliqué, bordel, c'était impressionnant, je m'en souviens, je tremblais, j'avais envie de pleurer, je transpirais, et elle à la fin, elle avait les larmes aux yeux quoi. Et on a rediscuté à d'autres rendez-vous, mais voilà, c'est-à-dire qu'elle avait limite, il fallait que je voie au moins une psychologue pour aborder le trauma plus en profondeur et travailler sur moi-même. Et c'est là que je me suis dit qu'il faut que j'en parle à mes parents, il faut vraiment qu'ils sachent la vérité, parce que je me rends compte qu'ils ne savent absolument pas ce qui s'est passé. Mais je ne me voyais pas leur dire en face. J'avais vraiment peur de leur réaction, sachant que la première fois que j'ai voulu essayer d'en parler avec ma mère quand j'étais au collège, elle a nié directement ce que j'ai dit. Donc déjà, il y a ça qui faisait que j'avais vraiment peur, que pendant que je parle, elle m'interrompe et qu'elle me dise non, ce n'est pas vrai et que je ne sois pas capable d'en dire. Du coup ce que j'avais fait à l'époque, j'avais pris la tablette de mon père et je m'étais enregistrée en vidéo. Je crois qu'ils étaient en repas de boulot, un truc dans le genre. Du coup ils n'étaient pas là, il n'y avait que moi dans la maison. Et j'en ai profité pour faire une vidéo où je leur ai dit, comme avec mon médecin traitant, je leur ai sûrement dû leur dire à peu près la même chose. Je me souviens par contre avoir complètement pleuré en faisant la vidéo. Je ne l'ai pas coupé au montage de la vidéo parce que je pouvais monter, enfin modifier un peu si je voulais enlever des trucs. Mais non, j'ai laissé la vidéo telle qu'elle, comme ça, sans filtre. Et j'ai laissé la tablette sur la table, ouverte, exprès pour que quand mes parents rentrent de soirée, avant d'aller se coucher, ils lisent la vidéo. C'est hyper cruel de leur sauter une bonne nuit comme ça après qu'ils aient passé un bon moment avec leurs collègues ou je ne sais plus qui. Mais voilà, moi, je me suis pas endormie avant qu'ils soient rentrés et qu'ils aient écouté la vidéo. Et je les ai pas entendus parler après l'avoir écouté. Mais ils m'ont cru, quoi. Je me souviens pas ce qui s'est passé le lendemain. Vraiment, je m'en souviens pas. C'est un truc de fou, putain. Non, en tout cas, je me souviens pas. C'est impressionnant. Mais ils m'ont cru. Et ça m'a fait un bien fou. Et surtout, ils étaient complètement déboussolés, en fait. Pour eux, ils n'en revenaient pas. Et surtout...

  • Speaker #0

    et culpabilisés d'avoir rien vu. Comme tout parent face à un malheur de leur enfant, quand ils les aiment, et qu'ils réalisent qu'il y a eu quelque chose de dramatique, ils se sentent forcément coupables parce qu'ils estiment qu'en tant que parents, ils doivent avoir les yeux sur tout, les oreilles sur tout, pour les protéger. Enfin voilà, tu vois ce que je veux dire. Et depuis, j'ai pu entamer ma thérapie, avec différentes psychologues, j'en ai vu plusieurs, qui ont eu des méthodes différentes, qui chacune m'ont aidée à avancer petit à petit, ça a été très long, c'était très douloureux, et même encore aujourd'hui, j'ai besoin d'un suivi, parce que... On a gratté le fond, le fond, le fond. Mais le problème, c'est que quand un trauma n'est pas traité, il engendre plein de troubles comportementaux derrière. Et moi, j'en ai accumulé, attends, 5 ans. J'en ai accumulé au moins pendant 15 ans. Donc, va déconstruire 15 ans de schéma toxique du cerveau. Ça ne se fait pas en 3 séances de psy, tu vois. Et même avec les traitements qui m'accompagnent avec. Voilà, ça demande énormément de temps, c'est ce qu'elles m'ont répété, parce que, voilà, pour des raisons qui sont évidentes, je pense, j'essaye de voir des femmes, essentiellement, dans tous mes rendez-vous santé, et du coup, j'ai été suivie que par des psys femmes, et elles m'ont dit, le plus dur, c'est de donner le temps au temps, en fait, vraiment.

  • Speaker #1

    J'imagine tellement ce moment où tu as rencontré cette professionnelle de santé qui... qui du coup a été à l'écoute et a été aussi empathique quand tu as vu qu'elle avait aussi les larmes aux yeux. J'imagine que tu as dû ressentir comme un immense soulagement lorsque tu es enfin tombée sur un professionnel à l'écoute et qui ne minise pas ce qui s'est passé, limite qui ne croit pas. Ce qui s'est passé. Là, du coup, tu as été vraiment entendue, écoutée. Et lorsque tes parents aussi t'ont enfin crue. Ça a dû être un poids énorme en moi. Et sinon, au niveau estime de soi. Et bien-être émotionnel.

  • Speaker #0

    J'ai grandi en étant persuadée que j'étais une anomalie. Qu'il y a quelque chose chez moi qui n'allait pas, tu vois. Sans savoir exactement ce que c'est. Parce que d'une certaine manière... j'étais curieuse de savoir et en même temps j'avais peur de connaître la vérité donc il y avait j'étais un peu dans le déni j'avais pas envie de chercher mais en même temps je voulais savoir, ça se battait un peu dans mon cerveau mais vraiment j'ai grandi en étant persuadée que j'étais une enfant bizarre avec un comportement anormal qui sortait de l'ordinaire et comme c'était les raisons un peu de mon harcèlement, on va dire moi mes différences, ça renforçait encore plus cette impression-là. Et mon estime de moi, si je remonte à quelques années, vraiment, elle était au ras du sol, vraiment. Même encore aujourd'hui, des fois, j'ai des réflexes d'auto-dérision, limite auto-sabotage, tu vois. Là, en ce moment, il y a une image qui... qui dit sur sur Sred la vie serait meilleure sans deux points et c'est à toi de donner une réponse et moi je sais pas que je vois cette image j'ai envie de répondre bah moi c'est

  • Speaker #1

    dur, franchement c'est dur ce que tu dis mais je comprends je comprends ce ressenti quand on a l'impression d'être de trop d'être aux différentes, d'avoir cette impression de ne pas être comme les autres autour de soi. Est-ce qu'il y avait d'autres situations comme ça où tu te dénigrais ?

  • Speaker #0

    Ce n'est absolument pas drôle, c'est extrêmement triste. Des fois, c'est encore ce réflexe-là que j'ai. Quand on me fait un compliment sur mes qualités émotionnelles, ou sur mes qualités en tant qu'écrivaine, ou sur mon dessin, je trouve une autre tâche que j'ai pu faire et qui a été validée. J'ai souvent tendance à dire oui, mais... Il y a un truc négatif derrière, tu vois. Comme si je n'étais pas légitime d'avoir des qualités. Pendant ces... J'ai du mal avec les compliments. J'ai du mal avec les compliments. J'essaie de travailler sur moi pour mieux les accueillir. J'ai du mal surtout avec la fierté. J'ai rarement été fière dans ma vie. Les rares fois où je l'étais, ça a été très éphémère. Il y en a pour qui ça peut durer des jours. Il y en a même pour qui ça peut durer des années quand ils se souviennent de l'événement particulier. Moi, ma fierté sur des trucs, elle est partie depuis... C'est bon, tu vois, elle n'est plus là. Et vraiment, quand on me dit Tu peux te faire de toi pour tout ce que tu as fait aujourd'hui, ou pour tout le travail que tu fais avec les psys moi je suis là, oui. J'orce les épaules, tu vois, en mode Ce n'est pas si exceptionnel que ça alors que... bah si. ça devrait l'être, je sais que ça devrait l'être, mais mon cerveau ou mes émotions, elles ne sont pas alignées avec ça, tu vois. Et encore, il y a un petit déséquilibre, ça n'a pas très envie de s'écouter ou de se donner raison. C'est plus facile pour moi d'accueillir les négatifs que tout ce qui peut être positif. Et vraiment, mon image de moi, ça a été compliqué, surtout au niveau de tout ce qui est intimité, couple, sexualité. au vu de ma première expérience si on peut dire ça a été hyper compliqué j'ai quand même dû faire cette thérapie aussi pour pouvoir un jour être en couple avec quelqu'un car quand j'étais ado et que je suis sortie avec des filles c'était l'enfer vraiment c'était l'enfer quand t'es ado t'as envie de tester de ces rapports intimes du coup les ados ils sont pressés pour ceux qui le sont je sais qu'ils sont pas tous comme ça mais malheureusement je suis tombée que sur des profils de de nanas qui avaient envie de rapports intimes, de contacts, etc. Et moi, j'étais absolument pas à l'aise avec ça, vraiment. Je sentais ça comme une... Encore une fois, comme des micro-violes, on peut dire ça comme ça. J'ai pas d'autres mots. Des micro-violes. Des petites attaques comme ça. Mais j'arrivais pas à leur dire, tu vois, c'était impossible pour moi de leur dire. Et du coup, je sortais l'excuse que j'ai du mal, je suis timide, machin, machin. mais ça suffisait pas au bout d'un moment il y avait cette impatience il y avait ce moment où il fallait passer à l'acte et c'est là que ça partait c'est là que ça partait en couille c'est bizarre l'expression dite comme ça mais ça mettait souvent fin à la relation quoi et je me suis dit mais si je fais pas un travail au moins sur un an par rapport à ça j'y arriverais pas quoi et je voulais pas que ma partenaire soit celle qui allait me guérir je voulais pas lui donner cette responsabilité là qu'elle m'aide, oui, mais qu'elle ne me guérisse pas. Pour moi, c'est à moi de me donner les moyens de me guérir avec des personnes formées pour m'aider à me guérir. Ce n'est pas à ma petite amie de subir ça, tout simplement. Qu'elle me soutienne, qu'elle m'encourage et qu'elle m'aide, oui, mais ce n'est pas à elle de me guérir. Je ne sais pas si c'est clair, mais voilà, c'est comme ça.

  • Speaker #1

    je comprends en fait qu'elles te soutiennent mais pas qu'elles essaient de te guérir en tout cas clairement ton passé il a impacté ton présent et face aux difficultés que tu rencontres tu ressens de la colère j'imagine qu'est-ce que tu ressens de la colère, de la frustration,

  • Speaker #0

    de l'impuissance face à tout ça je suis allée voir une personne qu'on m'a recommandée pour faire très simple parce que sa profession n'est pas écrite sur sa carte on va dire énergéticienne, les personnes qui écoutent peuvent un peu discerner le profil de cette personne. La première fois que je l'ai vue, je ne l'ai vue que deux fois, je n'ai pas eu besoin de plus, mais la première fois, du coup, je lui ai demandé de m'aider à dégager mes blocages, parce que je lui ai expliqué que... malgré mon travail avec les différentes psy et tout, je sentais qu'il y avait encore quelque chose qui bloquait, mais que le travail traditionnel ou moderne de la médecine n'était pas suffisant. Et du coup, c'est là qu'elle a accepté de m'aider. Et quand elle a ressenti mon subconscient, elle m'a dit je sens une grande injustice Et ouais, c'est vraiment le mot, l'injustice. C'est de l'injustice et vraiment de la colère face à tout ce qui m'est arrivé. Et le fait de ne pas avoir été... Comment je pourrais dire ? Oui, voilà, que justice ne soit pas rendue, qu'on n'ait pas reconnu toutes mes souffrances, que j'ai été obligée de porter ça toute seule, en fait. En même temps, tu vois, je me dis, les gens ne pouvaient pas se douter s'ils ne disaient rien. Mais j'étais tellement petite que comment je pouvais me dire que si Laurent parle, c'est la solution, tu vois. Dans ma tête, pour moi, c'était écrit sur ma face et les gens devaient le deviner obligatoirement. Ouais, enfin, c'est ça, quand t'es enfant et que très tôt, t'as appris à te renfermer sur toi-même, c'est que tu connais pas d'autres solutions et pourtant, tu te dis que des adultes verraient le problème, déjà, de base. Mais voilà, pour moi, ma vie est injuste, vraiment. Je n'ai pas mérité ça. Je n'ai pas... Non ? Aucun enfant, d'ailleurs, ne mérite ça. Personne ne mérite ça. Mais moi, quand je retrace plus ou moins les films de ma vie, je me dis, mais putain, c'est quoi ça ? Qu'est-ce que j'ai fait pour... pour subir autant de mauvaises choses ? Et surtout, à quoi je me suis raccrochée, en fait ? Vraiment, je sais que mon corps a été en mode survie toutes ces années. et que là je suis exténue tout simplement parce que mon corps commence petit à petit à abaisser les défenses et je me rends compte à quel point ça l'a épuisé vraiment je l'ai drainé jusqu'à je sais pas quoi jusqu'à je sais pas quelle limite mais j'ai pas mérité ça j'ai pas mérité ça et ça me les brise C'est l'enfance que j'ai eue, l'enfance et l'adolescence que j'ai eue. J'ai tellement le réflexe de me remémorer des mauvais souvenirs que des bons, parce que pour moi, les mauvais souvenirs, c'est eux l'essence de ma vie. Ce ne sont même pas les bons. Les bons, à côté, c'est un peu comme les quêtes secondaires dans les jeux vidéo. Ce n'est pas la trame principale. Ils sont là, c'est à côté, c'est des bonus. Mais ce n'est pas l'essence de l'histoire. Pour moi, l'essence de mon histoire, c'est tout ce qui m'est arrivé de mauvais. Ouais, c'est de l'injustice que je ressens le plus. Qui s'est un peu apaisée grâce à la personne que j'ai vue. Mais je sens qu'au fond, ça reste quand même un peu là. Et quoi que je fasse, de toute façon, le trauma, il sera là.

  • Speaker #1

    Et ça a été quoi tes mécanismes de défense pour faire face à cette situation difficile ?

  • Speaker #0

    Je pense que ma meilleure défense, ça a été tout simplement mon imagination. C'est-à-dire que j'ai... J'étais souvent dans la lune, comme on dit en fait. Je n'étais pas attentive spécialement aux cours. Mais j'avais ce qu'on appelait des absences. On pouvait limite parler de ça, d'absence, tellement j'étais loin, loin, loin dans ma tête. Et j'étais loin dans ma tête. Et vraiment, je m'inventais un univers. J'avais... Je m'appelais untel, j'avais telle apparence, je vivais dans tel monde, je vivais telles aventures, pour moi, je fuyais au mieux ma réalité parce qu'elle me plaisait pas cette réalité en fait. Rien, il n'y avait rien de plaisant pour moi et c'était tellement plus intéressant de m'enfuir dans mes petites histoires que d'être assise sur une chaise en bois et suivre des cours entourés d'enfants et d'adolescents qui, quand ils avaient l'occasion, aimaient me faire chier, tu vois. Vraiment. C'est ce qui m'a sauvée, ce repli sur moi. C'était la coquille que je me suis créée. Et voilà. Je pense que c'est comme ça que je me suis au mieux protégée. Et là, on va dire que petit à petit, j'ai appris à sortir un peu de cette armure. pas la briser totalement, mais au moins enlever un poids ou deux, on va dire, histoire que ce soit une armure un peu plus adaptée à ce que je suis maintenant. Mais c'était une armure, à l'époque, on va dire, qui se proportionnait par rapport à la petite personne que j'étais, tu vois. Absolument pas équilibrée, c'était vraiment le gros déséquilibre abyssal, quoi.

  • Speaker #1

    Et tu avais quand même des personnes qui te soutenaient ou aucune ?

  • Speaker #0

    J'avais, on va dire, quelques rares personnes qui me croyaient à l'époque et qui étaient... qui répondaient présentes pour moi, mais elles étaient aussi impuissantes que moi face à ça. C'est-à-dire que, oui, j'avais en soi leur soutien, mais ça ne m'aidait pas forcément à aller mieux, tu vois. C'est... Ouais, enfin... Ma famille ignorait tout. Des personnes m'ont tourné le dos, j'en ai plus reparlé. Avec le temps, finalement, j'en parlais même plus. Les gens étaient un peu au courant, mais je n'en faisais pas autant un drame ni mon combat comme quand j'étais au collège et que j'étais pleine de rage. Partir du lycée, c'était plutôt défaitiste. J'essayais même pas de remettre ça. Non, vraiment. Je n'avais pas la force vu ce que je commençais à s'y dépasser précédemment. Non, je n'avais pas de soutien. J'ai porté ça toute seule. En tout cas,

  • Speaker #1

    je suis vraiment navrée que tu aies dû porter tout ça toute seule. Ça a dû être tellement dur. J'espère que certaines personnes ayant une histoire similaire qui écoutent ce podcast trouveront la force de s'ouvrir et de reparler de ce qu'elles ont vécu. Et j'espère surtout qu'elles tomberont sur un bon professionnel de santé à l'écoute et capable de les soutenir. D'ailleurs, en 2017, Qu'est-ce qui t'a donné la force de retourner voir un psy pour entamer une thérapie malgré les échecs que tu avais eu avec les deux professionnels de santé que tu avais vu auparavant ?

  • Speaker #0

    Après le bac, il fallait entamer un nouveau chapitre de ma vie et je sentais qu'il y avait un gros blocage qui faisait que ce chapitre j'étais... absolument pas en capacité de le commencer et je faisais tourner mes parents en rond en fait parce que on a essayé plusieurs trucs, on a essayé la mission locale, on a essayé de voir d'autres alternatives pour que je passe le permis, que je trouve des stages, enfin... vraiment ils comprenaient pas et surtout ils avaient pas envie que je sois là à rien faire pour eux c'était problématique parce qu'ils savaient pas qu'il y avait vraiment un problème derrière tu vois et c'est là que je me suis dit mais il faut que ça sorte il faut que ça sorte parce que sinon ma vie ça va être ça va être un enfer et c'est là je me suis dit ok j'ai un rendez-vous avec le médecin traitant à ce moment là j'ai commencé avec elle et de là je lui avais parlé après il y a eu la vidéo et de là il y a eu le rendez-vous avec la première psychologue et du coup tout le chemin thérapeutique qui a suivi après qui a été très très long et ça a permis ça a permis à mes parents de se déconstruire sur certains trucs d'apprendre certaines choses et de se et ils ont au fil des années ils ont arrêté en fait de me mettre la pression pour passer le permis, trouver un boulot, faire des études machin machin pour avoir une vie autonome d'adulte tu vois maintenant ils savent que j'ai besoin d'un rythme particulier que je vais devoir trouver quelque chose adapté à moi parce que j'ai des problèmes de santé mentale tout simplement qui font que je suis pas facilement adaptable à la société et malheureusement ça sera malheureusement Si on peut dire ça, mais ça sera ça toute ma vie parce que je suis comme ça, mon événement traumatique a fait que je suis la personne que je suis maintenant et il fera toujours partie de ma vie même si j'ai fait beaucoup de chemin, j'ai beaucoup avancé, il reste là et il faut continuer de le prendre en compte, il faut pas que... voilà j'ai appris à respecter mes limites maintenant au lieu de les dépasser pour m'adapter ou pour faire plaisir à un tel ou un tel je suis là bah non maintenant ma limite c'est ça si vous êtes pas content je vais voir ailleurs c'est plus la peine qu'on discute et du coup c'est vrai que ça rend pas les choses faciles dans ma vie mais au moins je suis en accord avec moi et même si ça me fait passer peut-être pour une personne fainéante qui profite du système et des aides c'est ce qu'on entend souvent malheureusement ouah par les personnes les plus frustrées de l'existence, paradoxalement. Mais voilà, il fallait que j'avance. Il fallait que j'avance là-dessus. Et voilà, ça a été la chose la plus compliquée, la plus épuisante de ma vie. Mais il fallait. C'était ça où ma vie s'arrêtait en 2016. Vraiment.

  • Speaker #1

    Mais en tout cas, je suis vraiment contente que tu aies décidé de penser à toi avant tout. Et tu as raison, il faut respecter ses limites. Quel conseil tu donnerais à d'autres personnes confrontées à des abus similaires et qui ne se sentent pas écoutées, ou qui justement ont peur de parler de peur qu'on ne les croit pas en fait ?

  • Speaker #0

    Ce serait de ne pas abandonner. Parce que viendra un moment où elles tomberont sur une personne qui sera ouverte à les écouter et à les croire. et que ça entraînera tout un processus qui ira dans leur sens pour guérir. C'est pas facile, vraiment, c'est vraiment pas facile de guérir de ça. Ça prend du temps, ça prend des années, pour certaines personnes ça prend toute une vie, d'autres en guérissent jamais, mais il faut s'accrocher. Il faut s'accrocher, tomber sur cette personne et faire de son mieux. Vraiment faire de son mieux, à son rythme, avec des méthodes qui sont adaptées. Ne pas avoir peur des coups bas, des moments où ça dégringole, on a envie d'abandonner, on n'en peut plus. C'est normal, on est fatigué. C'est un combat 24 heures sur 24, la journée on lutte, la nuit on lutte même si on dort. même dans les moments les plus randoms, sous la douche, en train de faire cuire des oeufs, on lutte, en étant entouré de nos amis, on lutte, repas de fin d'année, on lutte, le jour de notre anniversaire, on lutte. Il n'y a pas de moment pause, vu que c'est dans la tête. Ça ne s'arrête pas et c'est un travail qui est perpétuel. En fait, ça consiste à... à donner au cerveau d'autres fondations, détruire les fondations abîmées, toxiques de traviole, pour en faire des nouvelles beaucoup plus solides, beaucoup plus droites. mais ça prend du temps, ça prend énormément de temps et c'est épuisant, mais il ne faut pas s'en vouloir les jours où ça va moins que d'autres, ou les jours où on a fait moins que la journée précédente, il ne faut vraiment pas s'en vouloir d'être ce qu'on est et de vouloir avancer à notre rythme, vraiment. la culpabilité inutile, c'est pas la peine, on souffre assez comme ça honnêtement, la vie est déjà assez pénible quand on a vécu ça, donc c'est pas la peine de se rajouter des petits moments, des petites culpabilités stupides, des pressions inutiles, vraiment, allez à votre rythme, exigez ce dont vous avez besoin, respectez vos limites, s'il y a des gens qui ne sont pas du tout ouvertes pour vous accorder ça, c'est que ces personnes n'ont jamais voulu votre bien, tout simplement. Il n'y a pas de tergé versé là-dessus. Soit les personnes qui vous aiment respecteront vos limites. Mais en tout cas, moi, je soutiens absolument toutes les victimes, peu importe leur âge, leur sexe, leur identité de genre. Je les crois. Automatiquement, je les crois. Elles ont tout mon soutien, tout mon amour. Elles sont extrêmement fortes. d'être encore là. Peu importe comment elles s'en sortent aujourd'hui avec les moyens dont elles disposent, il n'y a pas de jugement, on s'en sort comme on peut. J'espère honnêtement, vraiment j'espère, ce serait absolument magnifique que toutes les victimes de viol obtiennent justice un jour.

  • Speaker #1

    Avant de conclure cet épisode, je tiens d'abord à dire un immense merci à Maë, parce qu'aborder un sujet aussi délicat et personnel, c'est pas facile. C'est vraiment pas facile. Et elle a fait preuve d'une incroyable force. Et elle a fait preuve d'une incroyable force et d'un courage, si je puis dire, admirables, en partageant son histoire avec nous. Comme Maë, je soutiens toutes les victimes. Et j'espère qu'elles obtiendront justice un jour. Vous continuez de permettre de libérer la parole pour alléger le poids qui pèse sur les victimes et punir les agresseurs. Parce que ça ne peut pas rester sous silence. Et votre parole doit être prise au sérieux. En tout cas, je pense que les auditeurs ont vraiment été touchés par ton témoignage. En tout cas, moi je le suis. Ta sincérité et ton ouverture, c'est une véritable source d'inspiration pour nous tous, je pense. Je tiens également à vous remercier, chers auditeurs, pour votre écoute attentive et votre soutien. Il faut savoir que votre engagement vers ce podcast et envers les histoires que nous partageons ici est ce qui me motive à continuer à explorer des sujets importants et parfois difficiles, comme vous avez pu le voir dans cet épisode. N'oubliez pas que votre voix a du pouvoir. Et en partageant vos histoires, non seulement vous allégerez le fardeau qui vous pesait, mais vous aurez aussi ouvert la voie à la guérison et à l'espoir pour d'autres personnes qui pourraient traverser des situations similaires. Vous étiez sur Etat d'âme, le podcast au cœur de votre santé. A très vite pour un prochain épisode. Prenez soin de vous.

  • Speaker #0

    Merci.

Description

Dans cet épisode, plongeons dans le récit poignant de Maé, une enfance marquée par la négligence de ceux censés la protéger.


Alors qu'elle vivait avec sa grand-mère, une série d'événements tragiques a commencé à façonner son parcours. Dès l'âge de 5 ans, elle a subi des abus aux mains d'un enfant sous la garde de sa grand-mère.


Sa tentative de dénoncer ces actes a été ignorée et minimisée par les professionnels de la santé et son propre entourage. Rejetée et abandonnée, Maé a porté le poids de son silence pendant des années. Plongeons dans son histoire sur États Dames.

Avant de commencer cet épisode, je tiens à vous avertir que nous aborderons un sujet très délicat qui pourrait faire resurgir des événements traumatisants. J’encourage les auditeurs à prendre soin d'eux-mêmes et à arrêter l'écoute si nécessaire.

Excellente écoute


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    État d'âme au cœur de votre santé. Bienvenue sur Etat d'âme, le podcast qui vous emmène au cœur des émotions féminines dans leur parcours de santé. Vous avez déjà ressenti cette impression de solitude face aux défis de la vie, qu'ils soient physiques ou mentaux. Sur Etat d'âme, je donne la parole à ces expériences authentiques, accompagnées d'histoires immersives et des conseils de professionnels de santé. Préparez-vous à être transporté, inspiré et informé. Restez à l'écoute, car vous êtes sur le point de découvrir un monde où vos émotions trouvent écho. Dans cet épisode, nous avons le plaisir d'accueillir Maë, une écrivaine talentueuse que vous découvrirez prochainement, car elle travaille actuellement sur son roman destiné à l'auto-édition. Son objectif est de partager son histoire avec le plus grand nombre de lecteurs, afin de toucher et d'aider bien évidemment le plus de personnes possible. C'est également pour cette raison qu'elle est présente avec nous aujourd'hui sur ce podcast, pour partager son témoignage puissant et inspirant avec vous, les auditeurs, et offrir son soutien à tous ceux qui en ont besoin. Dans cet épisode, nous allons donc plonger dans son témoignage poignant, avec une enfance marquée par la négligence de ceux censés la protéger. Alors qu'elle vivait avec sa grand-mère, une série d'événements tragiques a commencé à façonner son parcours. Dès l'âge de 5-6 ans, elle a subi des abus aux mains d'un enfant sous la garde de sa grand-mère. Sa tentative de dénoncer ces actes a été ignorée et minimisée par les professionnels de santé et son propre entourage. Rejetée et abandonnée, Maï a porté le poids de son silence pendant des années. Avant de commencer cet épisode, attention, je tiens à vous avertir que nous abordons un sujet très délicat qui pourrait faire ressurgir des événements traumatisants. Alors je vous encourage à arrêter l'écoute si nécessaire. Bonjour Maë, merci d'être sur Etat d'âme pour libérer la parole. Alors est-ce que tu peux te présenter ?

  • Speaker #1

    Je m'appelle Maë, j'ai 28 ans.

  • Speaker #0

    Alors quand tout a commencé ?

  • Speaker #1

    Je ne pourrais pas donner d'âge précis, mais je sens au fond de moi que quand c'est arrivé, j'avais au moins 5 ans. Moi j'ai l'impression d'être née le jour où l'événement traumatique est arrivé. Je n'ai aucun souvenir de... qui j'étais avant ça. Ma mère m'a souvent répété que j'étais une gamine souriante, avenante, comme tout gamin curieux à bas âge. Et un jour, va savoir pourquoi, j'ai changé radicalement de comportement.

  • Speaker #0

    Et quand ta mère t'a décrite comment tu étais petite, est-ce que tu te reconnaissais dans ce qu'elle disait ?

  • Speaker #1

    Eh bien, pendant longtemps, je ne me suis pas reconnue parce que, pour moi, je suis devenue moi. à partir de l'événement traumatique. Mais bon, en même temps, si j'avais 5 ans, quand on sait que la mémoire, en moyenne... est vraiment efficace à partir de 5 ans. Mais du coup, c'est vraiment ce que je ressens au plus profond de moi. J'avais 5 ans quand ça a commencé, mais peut-être que j'en avais 6. En tout cas, c'est par là que je sens que les événements sont arrivés. J'avais entre 6 et 5 ans.

  • Speaker #0

    Les souvenirs d'enfance, ils peuvent commencer à se former à différents âges, pour différentes personnes. Mais en général, les souvenirs autobiographiques, c'est-à-dire les souvenirs d'événements personnels spécifiques, ils commencent à se former autour de l'âge de 3-4 ans. Et cette période, elle est souvent appelée l'amnésie infantile. C'est où les souvenirs des premières années de vie sont rarement conservés à l'âge adulte. Mais les souvenirs à partir de l'âge de 5 ans sont généralement plus clairs et plus nombreux parce qu'à cet âge, les capacités cognitives et linguistiques de l'enfant se développent rapidement. Et ce qui va faciliter la formation et le stockage des souvenirs. Donc oui, beaucoup de personnes commencent à se souvenir plus clairement de leur enfance à partir de l'âge de 5 ans. Alors, est-ce que tu peux nous dire comment ce jeune homme a-t-il croisé ton chemin ?

  • Speaker #1

    Ta grand-mère, à l'époque, gardait les enfants qui étaient placés en aide sociale à l'enfance. Et parmi ces enfants, elle en a gardé deux, un garçon et son petit frère. Donc du coup, je ne vais pas les nommer, je vais juste parler de R.

  • Speaker #0

    Et ce R, il en profitait quand il n'y avait personne chez ta grand-mère ? Comment ça se passait ?

  • Speaker #1

    Ça se passait... très souvent les samedis soirs, il me semble, parce qu'il y avait souvent un soir, enfin il y avait tout le temps un soir, dans le week-end où on mangeait chez ma grand-mère. Toute la famille était réunie, les tatis, les tontons, les cousins, les cousines, etc. C'était vraiment le moment en famille du côté de ma mère. Et forcément, il y avait ces deux enfants-là. Et je vais en souvenir que ça se passait très souvent après les repas. quand on avait l'autorisation de sortir de table, qu'on pouvait tous recommencer, enfin retourner jouer, etc. Eh bien, R et moi, on jouait souvent tous les deux, vu qu'on était les deux plus jeunes. Voilà, tu sais comment ça se passe, les plus jeunes sont facilement mis de côté par les plus grands qui veulent jouer tranquille et pas être emmerdés avec les deux petits bambins. qui sont encore un peu dépendants des plus grands. Enfin bref, voilà. Je pense que ceux qui ont un grand frère, une grande sœur ou plusieurs savent de quoi je parle. Et du coup, on se retrouvait souvent tous les deux. Et il y avait ce moment où R me demandait de jouer aux fesses. C'est comme ça qu'il appelait ce que je vais décrire, jouer aux fesses. Et ce qui se passait, eh bien, quand c'était dans la chambre où lui et son grand frère dormaient, on se mettait... sous leur lit. C'était des lits superposés et du coup, on se mettait sur le sol, en dessous. On arrivait à passer tous les deux. Et ils se mettaient sur moi et il y avait pénétration. Ça, il n'y avait pas de, comment dire, de fausses caresses ou de bisous, éventuellement, tu vois. Parce que... Enfin... Vraiment c'était l'acte pur et dur qu'on retrouve dans les fichiers du viol, puisque pour beaucoup de personnes le viol c'est uniquement la pénétration, alors que ça commence bien bien bien avant ça, et là pour le coup c'est vraiment pure pénétration. Il n'y avait pas de mots échangés. Moi, c'est très simple, je fixais les lattes du lit. Je fixais ça et j'attendais que ça passe. Et on ne se disait rien. J'évitais ce regard. J'avais l'impression d'être entre deux mondes, tu vois. Parce que la douleur était intense, vraiment. J'ai jamais été piqué par une abeille mais j'ai tendance à comparer ça au dard d'une abeille quand une personne est piquée. Parce que je peux comprendre que ça faisait extrêmement mal, certaines personnes en pleurent. Donc j'ai tendance à comparer ces deux douleurs, même si du coup j'en connais qu'une sur les deux. Ou alors comparer ça à un couteau qu'on te plante tellement la brûlure est intense, c'est quelque chose de vif. Du coup, tout ton corps est tendu au max. Je me souviens des douleurs dans les jambes, des douleurs au niveau des omoplates, parce que j'étais sur le sol et j'avais le poids de R sur moi, vraiment. Il reposait tout son poids sur moi. Et c'était étouffant. Ça durait peut-être que quelques minutes, tu vois, où on restait comme ça et qu'on ne bougeait pas, mais j'avais l'impression que ça durait une éternité. Et pourquoi moi et pas une autre personne ? Et... une petite fille un peu réservée, un peu timide, et surtout j'avais cette tendance à vouloir faire tout ce que les personnes me demandaient pour obtenir leur validation. J'éprouvais ce besoin d'être validée par que ce soit mes camarades, mon frère, mon cousin, ma cousine, absolument tout le monde. Mais lui, je sentais que... Si je refusais de faire ce qu'il voulait qu'on fasse, il allait me frapper. Il faut savoir que R était tout l'opposé de moi, c'est-à-dire qu'il n'hésitait pas à se bagarrer, il était violent. Je pense que le contexte familial était aussi extrêmement toxique. Pour être placé, c'est qu'il y a un problème. Mais voilà, il était tout l'opposé de moi et j'avais peur de lui. C'était mon ami, mais en même temps, il me faisait peur. C'était un peu... C'est un peu paradoxal, mais moi je ne pourrais pas l'expliquer.

  • Speaker #0

    Mais je t'assure que c'est quelque chose qui arrive beaucoup à beaucoup de gens. Le fait de se sentir piégé entre la confiance envers une personne et la peur de ses comportements. C'est un mélange de sentiments assez contradictoires qui rend la situation très difficile à décrire et à comprendre, comme là pour toi. Et ça a duré combien de temps ?

  • Speaker #1

    Ça a duré... Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Ça s'est fait plusieurs fois puisque... Dans mes souvenirs, j'ai trois lieux différents, à savoir la chambre d'enfant, le terrain au fond de la maison et sous la tonnelle extérieure. C'est les trois lieux où ça se déroulait, mais je ne sais pas combien de fois ça s'est déroulé dans ces moments-là. J'ai vraiment un gros gros blanc et je ne me souviens ni vraiment de l'avant, ni vraiment de l'après, mais je savais que ce qu'on faisait, c'était pas bien. Déjà, son frère, son grand-frère nous disait que c'était pas bien. Je ne sais pas ce que R lui disait. quand ils étaient tous les deux. Mais il était au courant. Il disait toujours à son frère que ça ne se fait pas. Donc juste ça, j'avais l'impression qu'on faisait soit une bêtise, soit quelque chose de grave. Mais plus le temps passait, plus j'avais vraiment l'impression qu'on faisait vraiment quelque chose de grave. mais je ne savais pas quoi. Je n'avais pas les mots à l'époque. Il m'a fallu attendre l'adolescence pour les avoir. Et quand j'ai réalisé, j'étais... Ouais, t'imagines le choc, quoi.

  • Speaker #0

    Bah oui, en effet, c'est un grand choc. Quand tu parviens enfin à mettre des mots sur des actes traumatisants, c'est à ce moment-là que tu t'en comptes vraiment. C'est vraiment là, en fait, que tu prends conscience de la gravité de ce que tu as vécu. Et comme tu étais très jeune à l'époque... C'est normal que tu n'aies pas pleinement eu conscience de tout ce qui se passait. Et entendre ton histoire, ça nous fait réaliser à quel point ça peut être difficile de reconnaître et d'accepter la vérité de ces expériences traumatiques. Un soir, quelqu'un a surpris R en plein abus et a donc alerté les adultes. Ça s'est passé comme ? Qu'est-ce qu'ils ont fait ?

  • Speaker #1

    Alors, je l'ai appris que très récemment, il y a un peu plus d'un an, que c'était justement mon cousin qui nous avait surpris. Car quand j'ai enfin décidé de parler de ça à mes parents, c'était fin 2016. Ouais, c'était fin 2016. C'est là que je leur en ai vraiment parlé et qu'ils m'ont cru. On a essayé de savoir qui était justement la personne qui les avait alertés sur ce que R m'avait fait. C'était pas mon frère, c'était pas ma cousine, c'était pas le grand frère de R non plus. Donc le seul autre enfant qui restait dans l'équation, c'était mon cousin. Et il y a un peu plus d'un an, j'ai passé une semaine chez lui et sa partenaire parce que je ne me sentais pas bien. Et le sujet est venu sur le tapis. Et c'est là qu'on a conclu tous les deux que c'était bien lui qui nous avait bel et bien surpris dans la chambre d'enfant. Ce qui s'est passé exactement, je ne sais pas, parce que je ne sais pas ce que mon cousin a dit, en sachant qu'à l'époque, c'était lui aussi un enfant. Imagine un enfant qui est témoin d'une scène de viol, mais qui ne sait pas ce que c'est un viol, mais qui, du coup, le signale à des adultes. Il l'a dit avec ses mots d'enfant, donc je ne sais pas exactement ce qu'il lui a dit. Je pense qu'il ne s'en souvient pas à lui-même non plus. Donc du coup, R a eu une punition en conséquence de ce qu'on lui a dit. Ma mère m'a raconté que du coup ma grand-mère l'avait pris à part, et que depuis il n'a plus jamais recommencé. Voilà. Moi je m'en souviens pas, vraiment, j'ai un gros gros blanc de ce moment-là, je ne me souviens pas qu'on ait été surpris. Enfin si, je me souviens qu'on ait été surpris, mais j'ai plus du tout le souvenir en tête, j'ai pas un seul flash, j'ai rien. Je sais juste qu'au bout d'un moment, il a tout simplement arrêté. Et en 2004, ma grand-mère est morte du cancer du pancréas. Et là, R et son grand-frère sont retournés chez leurs parents. Et de là, ils ont été tous les deux… enfin, je sais que pendant une période, ils ont été tous les deux placés chez deux personnes différentes, donc ils ont été séparés. Et après ça, je ne les ai plus jamais revues au final.

  • Speaker #0

    Et à partir de quand tu as voulu faire des démarches sur ton passé ?

  • Speaker #1

    En 2009, j'étais en cinquième, que j'ai commencé un peu à me renseigner. Car sur Internet, j'ai rencontré une fille qui a été victime, elle également, de viol par un garçon de son âge quand elle était plus petite. C'est de là que moi, je me suis renseignée de mon côté. J'avais mon ordinateur, j'ai déjà fait sur Wikipédia.

  • Speaker #0

    Est-ce que R a essayé un jour de reprendre contact avec toi ?

  • Speaker #1

    Pendant le collège, R avait repris contact avec moi via Facebook. Il voulait qu'on redevienne amies, mais moi, j'en avais déjà pas envie. Et surtout, il n'arrêtait pas de refaire allusion à ce qu'on avait vécu tous les deux, en supposant que moi, j'y avais pris du plaisir. Ce qui n'était absolument pas le cas. Et c'est là en fait que j'ai voulu le dénoncer déjà à mes amis, en disant que voilà, quand j'étais petite, R, il m'a violée, il faut pas lui faire confiance, ou il faut pas sortir avec lui, enfin voilà, j'ai... comment dire... J'ai pensé faire les choses bien, mais au final ça a été le gros bordel, puisque... aucune de mes... Enfin, aucune, vu que c'était surtout des filles. Mais aucun de mes camarades, plutôt, on va dire, ne m'a cru. On m'a même accusée de menteuse. Pour eux, c'était impossible. Ben voilà, qui m'ait violée à cet âge-là. Et la tutrice, à l'époque, qui gardait R, a voulu porter plainte contre moi si je continue de dire ça. Puisque, évidemment, R... nié toutes les accusations pour lui c'était faux, il avait pas fait ça etc et forcément il a fini par en parler à sa tutrice qui justement où j'ai entendu des échos qu'elle menaçait de porter plainte contre moi et forcément j'ai eu peur puisque elle, voilà c'est l'adulte dans cette histoire c'est elle qui a les connaissances juridiques moi j'étais juste une petite gamine de 12-13 ans en pleine injustice dont tous les amis lui tournaient le dos, la traitaient de menteuse, prenaient la défense. Un garçon qui m'avait fait du mal et qui se plaçait en victime dans cette histoire. Voilà, autant si j'avais fait ça quand on avait 7 ans, j'aurais pu comprendre qu'il n'est pas reconnu le viol, parce que c'est une notion, quand on a moins de 10 ans, qu'on n'a pas obligatoirement. Mais là, quand on est à l'adolescence, j'estime qu'on a quand même les connaissances. surtout que j'imagine qu'il a vécu dans un environnement extrêmement toxique avec ses parents, donc il va savoir ce qu'il a subi ou ce qu'on lui a montré, mais pour moi il était parfaitement au courant de ce qu'il m'avait fait subir. Mais voilà, à l'époque je n'avais pas la force, je n'avais pas l'énergie, j'étais seule contre lui et seule contre mes camarades tout simplement, et un jour m'est arrivé un truc absolument horrible. celle que je pensais être ma meilleure amie à l'époque, a ramené R devant moi pendant qu'on attendait le bus pour rentrer chez nous un soir. J'ai eu extrêmement peur ce soir-là. Elle me l'a vraiment mis devant la gueule, limite collée, tu vois. pour que je parle, et en fait je disais rien, je le regardais même pas, je fixais le sol, mais à l'intérieur je bouillonnais, je tremblais, j'avais l'impression que tous mes auricules allaient me sortir du corps, tellement c'était la panique intérieure, et c'est là que j'ai compris que cette meilleure amie, entre guillemets, n'allait plus être mon amie du tout, pour moi elle avait littéralement dépassé les bandes. Le bus est arrivé, je me suis sauvée tout simplement, je suis montée dans le bus, et vraiment pendant tout le trajet j'avais envie de la tuer. J'ai jamais ressenti une envie de meurtre de ma vie, sauf ce soir-là, vraiment. J'avais de la haine mais tellement profonde, plus envers elle qu'envers lui, parce que voilà, elle avait manigancé ça. Pour moi, elle voulait clairement me faire souffrir, cette meuf. Et je... Oh, mon Dieu, je l'ai haï pour ça, mais d'une force, j'avais tellement envie de... Bon, bref. Voilà, quoi. Mais voilà, tout va bien. Elle est... Enfin, de ce que je sais, elle est vivante. Lui aussi, en théorie. Mais voilà, j'avais jamais... Cette situation, ça a été un... Rapide, mais très cauchemardesque, quoi. Et vraiment, je pensais que j'allais avoir le soutien des personnes autour de moi, quoi. Et finalement, je ne l'ai absolument pas eu. Je me suis retrouvée toute seule.

  • Speaker #0

    Comment tu t'es sentie au vu de ces réactions ?

  • Speaker #1

    Complètement démunie, totalement triste. Et je me suis sentie abandonnée, en fait. Et quand j'ai voulu en parler à mes parents, à cette même époque, surtout à ma mère, parce que j'ai plus d'affinité avec ma mère qu'avec mon père, quand il s'agit de discuter de sujets un peu sensibles, un peu sérieux. elle me disait que non c'était impossible qu'un enfant viole un autre enfant et à partir de cette phrase je n'ai plus jamais cherché à en reparler avec elle jusqu'à 2016 où j'ai commencé à faire ma thérapie et quand elle m'a dit ça j'ai compris que j'aurais pas le soutien et surtout j'avais pas les épaules J'avais pas les épaules pour me défendre, tout simplement.

  • Speaker #0

    En tout cas, c'est vraiment horrible, tout ce que t'as traversé. En tout cas, j'imagine que tu n'étais plus toi-même. Tes parents...

  • Speaker #1

    Avant, j'étais une petite fille absolument joyeuse, très avenante, et tout d'un coup, j'avais radicalement changé. Et la maîtresse que j'avais à cette époque-là, quand j'avais 5 ans, avait convoqué mes parents en leur disant, Voilà, il y a un souci, votre fille reste seule dans son coin, elle a l'air toujours triste, elle est absente, enfin voilà. Et de là... Mes parents ont pris rendez-vous avec ce que j'imagine être une pédopsychiatre ou une pédopsychologue, enfin bref, voilà, une personne qui s'occupe tout simplement des enfants. Cette femme, je me souviens ne lui avoir rien dit, vraiment, j'étais muette comme une tombe. Je savais de quoi elle voulait que je parle, mais je ne voulais tout simplement pas lui en parler. Et puis, je ne la connaissais pas, en fait, cette dame. Aujourd'hui, j'ai presque envie de la voir et lui dire, excusez-moi, j'espère que je ne vous ai pas vexé, mais vous ne me connaissez pas, j'étais toute petite, j'étais seule dans un bureau avec vous, l'un de mes parents. Non, je n'allais pas vous parler, en fait. D'où ? Voilà quoi, c'est tellement évident en fait, on n'arrête pas de répéter aux enfants, de ne pas parler aux inconnus, et du jour au lendemain, le petit enfant il se retrouve en tête à tête avec un adulte qu'il ne connaît pas, et dont on doit parler de sujets qui sont blessants. On est d'accord que ça n'a pas de sens, ça n'a absolument pas de sens. Autant si mes parents avaient été dans la pièce, peut-être que je leur aurais parlé à cette dame, mais non, mes parents n'étaient pas dans la pièce, j'étais vraiment toute seule avec cette professionnelle. donc de là on m'a redirigée vers un professionnel je sais absolument plus ce que je lui ai dit je lui en ai parlé mais je ne sais plus avec quel mot et le bilan de la séance quand il est revenu enfin quand on est revenu lui et moi auprès de mes parents qui étaient en salle d'attente il leur a dit que c'était des jeux que les enfants faisaient souvent entre eux et qu'il ne fallait plus en parler ni s'en préoccuper Alors je sais pas à quel jeu jouent les enfants de 5 ans pour dire ça, et vraiment je sais tellement plus ce que je lui ai dit, ça m'énerve parce que je me dis que je pourrais apporter tellement plus d'éclaircissement, mais non je sais plus du tout. C'est sûr que je lui ai pas dit, j'ai été violée par un enfant de mon âge, puisque à l'époque j'avais aucune notion de sexualité, de viol, de consentement, d'intimité et tout le calendrier quoi. Mais voilà, du coup, en fait, je ne sais pas ce que je lui ai dit pour qu'il tonde une réponse pareille à mes parents, mais du coup, pour eux, le sujet était clos. Il s'était passé quelque chose, mais ce n'était pas quelque chose de grave. Le professionnel de santé a dit que ce n'était pas grave et qu'il ne fallait plus en parler, donc oui, obligatoirement, ils lui ont fait confiance, et le sujet n'a plus été abordé jusqu'à moi avec cette petite tentative pendant le collège, et puis bien évidemment... dès 2016, où en fait, j'étais à la fin de mes études, j'avais eu mon bac en juillet 2016. Et voilà, c'est parcours sup, études supérieures, boulot, permis, voilà, toutes ces choses de la vie, d'adulte, d'indépendance, d'autonomie qu'il faut entamer. Mais voilà, je sentais chez moi qu'il y avait un blocage qui m'empêchait absolument de faire toutes ces choses-là. Et je savais ce qu'était ce blocage. Ce blocage, c'était ce qui m'est arrivé avec R. et je l'ai refoulé toute ma vie en fait.

  • Speaker #0

    Quelle émotion t'as ressentie lorsque les professionnels de santé ont carrément minimisé ce que R t'avait fait ? Non, parce que déjà pour les victimes, c'est difficile d'en parler. Toi, tu en parles et on te croit limite pas.

  • Speaker #1

    Honnêtement, je ne sais plus trop ce que j'ai ressenti en fait. C'est-à-dire que pendant des années, j'ai eu l'impression d'être anesthésiée d'absolument tout. Je ne savais pas que mon corps était en mode survie, tout simplement, pour m'éviter la souffrance liée au trauma. Et vraiment, émotionnellement, j'étais vide. de beaucoup de choses, de beaucoup d'envie. J'étais en effet une enfant très solitaire, très dans son petit monde. Vraiment, je m'étais renfermée sur moi-même et dans mon imagination. C'était mon échappatoire. Pour échapper à quoi ? Je ne savais pas vraiment, mais je sentais en moi qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas sans savoir ce que c'était, sans avoir de mots. Ni d'image pour le décrire à qui que ce soit, j'étais juste une gamine et j'ai grandi comme ça. J'étais ado, j'étais déjà mal dans ma peau. En plus, je subissais du harcèlement scolaire parce que j'étais attirée par les filles, parce que j'avais un style vestimentaire alternatif. Mais voilà, j'ai grandi en ayant l'impression d'être endormie. Comme si en fait j'étais un peu sur pilote automatique et que je faisais les choses machinalement. Vraiment c'est comme ça que je me vois, je pense que c'est comme ça aussi que beaucoup de personnes me voyaient. Mais personne ne se doutait de la véritable raison pour eux si j'étais comme ça par... par nature quoi et souvent ben voilà j'étais on m'a jugé pour ça disait pas ça venant tu ne souris pas c'est tu vas passer vers les autres tu restes dans ton coin et machin machin bref je pense que beaucoup de personnes ont déjà entendu ce genre de discours et en fait je me rends compte que ce sont des phrases qui sortent tellement facilement de la bouche de personnes qu'on connaît même d'inconnus sans qu'ils dans les verres ils se disent mais attends cette personne est comme ça Est-ce qu'il n'y a pas une raison derrière ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est exactement ça. En fait, on vit dans une ère où la critique est omniprésente, que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les médias ou même dans notre entourage. Certains y critiquent sans même chercher à comprendre la raison derrière le comportement de l'autre. Ils oublient en fait que derrière chaque action, chaque comportement, il y a une histoire personnelle. Il peut y avoir des expériences vécues, des émotions ressenties, et en fait cette personne-là qui va être critiquée si facilement, peut-être qu'elle est comme ça pour des raisons qui lui sont propres. Peut-être qu'elle a été blessée, peut-être qu'elle a connu des épreuves qui tout simplement ont façonné son caractère et ses réactions. Peut-être qu'elle agit ainsi par peur, par insécurité, par besoin de se protéger. Et si, du coup, ces personnes qui critiquent prenaient un moment pour réfléchir avant de critiquer, il pourrait peut-être réaliser que derrière cette façade se cache une personne avec ses faiblesses, ses doutes, ses luttes. Et peut-être qu'en cherchant à comprendre, il pourrait enfin établir une connexion plus profonde basée sur l'empathie et la compassion. Donc voilà, c'était un petit aparté. Un jour, tu vas décider d'en parler à nouveau. Comment ça s'est passé ? Et à qui as-tu décidé d'en parler à nouveau ?

  • Speaker #1

    Je me souviens, je m'étais préparée une semaine à l'avance pour un rendez-vous de check-up avec mon médecin traitant. Et ça a été la première personne à qui j'ai de nouveau abordé le sujet. J'avais tout préparé pour lui expliquer de façon chronologique comment tout s'était passé. Et ça a été tellement compliqué, bordel, c'était impressionnant, je m'en souviens, je tremblais, j'avais envie de pleurer, je transpirais, et elle à la fin, elle avait les larmes aux yeux quoi. Et on a rediscuté à d'autres rendez-vous, mais voilà, c'est-à-dire qu'elle avait limite, il fallait que je voie au moins une psychologue pour aborder le trauma plus en profondeur et travailler sur moi-même. Et c'est là que je me suis dit qu'il faut que j'en parle à mes parents, il faut vraiment qu'ils sachent la vérité, parce que je me rends compte qu'ils ne savent absolument pas ce qui s'est passé. Mais je ne me voyais pas leur dire en face. J'avais vraiment peur de leur réaction, sachant que la première fois que j'ai voulu essayer d'en parler avec ma mère quand j'étais au collège, elle a nié directement ce que j'ai dit. Donc déjà, il y a ça qui faisait que j'avais vraiment peur, que pendant que je parle, elle m'interrompe et qu'elle me dise non, ce n'est pas vrai et que je ne sois pas capable d'en dire. Du coup ce que j'avais fait à l'époque, j'avais pris la tablette de mon père et je m'étais enregistrée en vidéo. Je crois qu'ils étaient en repas de boulot, un truc dans le genre. Du coup ils n'étaient pas là, il n'y avait que moi dans la maison. Et j'en ai profité pour faire une vidéo où je leur ai dit, comme avec mon médecin traitant, je leur ai sûrement dû leur dire à peu près la même chose. Je me souviens par contre avoir complètement pleuré en faisant la vidéo. Je ne l'ai pas coupé au montage de la vidéo parce que je pouvais monter, enfin modifier un peu si je voulais enlever des trucs. Mais non, j'ai laissé la vidéo telle qu'elle, comme ça, sans filtre. Et j'ai laissé la tablette sur la table, ouverte, exprès pour que quand mes parents rentrent de soirée, avant d'aller se coucher, ils lisent la vidéo. C'est hyper cruel de leur sauter une bonne nuit comme ça après qu'ils aient passé un bon moment avec leurs collègues ou je ne sais plus qui. Mais voilà, moi, je me suis pas endormie avant qu'ils soient rentrés et qu'ils aient écouté la vidéo. Et je les ai pas entendus parler après l'avoir écouté. Mais ils m'ont cru, quoi. Je me souviens pas ce qui s'est passé le lendemain. Vraiment, je m'en souviens pas. C'est un truc de fou, putain. Non, en tout cas, je me souviens pas. C'est impressionnant. Mais ils m'ont cru. Et ça m'a fait un bien fou. Et surtout, ils étaient complètement déboussolés, en fait. Pour eux, ils n'en revenaient pas. Et surtout...

  • Speaker #0

    et culpabilisés d'avoir rien vu. Comme tout parent face à un malheur de leur enfant, quand ils les aiment, et qu'ils réalisent qu'il y a eu quelque chose de dramatique, ils se sentent forcément coupables parce qu'ils estiment qu'en tant que parents, ils doivent avoir les yeux sur tout, les oreilles sur tout, pour les protéger. Enfin voilà, tu vois ce que je veux dire. Et depuis, j'ai pu entamer ma thérapie, avec différentes psychologues, j'en ai vu plusieurs, qui ont eu des méthodes différentes, qui chacune m'ont aidée à avancer petit à petit, ça a été très long, c'était très douloureux, et même encore aujourd'hui, j'ai besoin d'un suivi, parce que... On a gratté le fond, le fond, le fond. Mais le problème, c'est que quand un trauma n'est pas traité, il engendre plein de troubles comportementaux derrière. Et moi, j'en ai accumulé, attends, 5 ans. J'en ai accumulé au moins pendant 15 ans. Donc, va déconstruire 15 ans de schéma toxique du cerveau. Ça ne se fait pas en 3 séances de psy, tu vois. Et même avec les traitements qui m'accompagnent avec. Voilà, ça demande énormément de temps, c'est ce qu'elles m'ont répété, parce que, voilà, pour des raisons qui sont évidentes, je pense, j'essaye de voir des femmes, essentiellement, dans tous mes rendez-vous santé, et du coup, j'ai été suivie que par des psys femmes, et elles m'ont dit, le plus dur, c'est de donner le temps au temps, en fait, vraiment.

  • Speaker #1

    J'imagine tellement ce moment où tu as rencontré cette professionnelle de santé qui... qui du coup a été à l'écoute et a été aussi empathique quand tu as vu qu'elle avait aussi les larmes aux yeux. J'imagine que tu as dû ressentir comme un immense soulagement lorsque tu es enfin tombée sur un professionnel à l'écoute et qui ne minise pas ce qui s'est passé, limite qui ne croit pas. Ce qui s'est passé. Là, du coup, tu as été vraiment entendue, écoutée. Et lorsque tes parents aussi t'ont enfin crue. Ça a dû être un poids énorme en moi. Et sinon, au niveau estime de soi. Et bien-être émotionnel.

  • Speaker #0

    J'ai grandi en étant persuadée que j'étais une anomalie. Qu'il y a quelque chose chez moi qui n'allait pas, tu vois. Sans savoir exactement ce que c'est. Parce que d'une certaine manière... j'étais curieuse de savoir et en même temps j'avais peur de connaître la vérité donc il y avait j'étais un peu dans le déni j'avais pas envie de chercher mais en même temps je voulais savoir, ça se battait un peu dans mon cerveau mais vraiment j'ai grandi en étant persuadée que j'étais une enfant bizarre avec un comportement anormal qui sortait de l'ordinaire et comme c'était les raisons un peu de mon harcèlement, on va dire moi mes différences, ça renforçait encore plus cette impression-là. Et mon estime de moi, si je remonte à quelques années, vraiment, elle était au ras du sol, vraiment. Même encore aujourd'hui, des fois, j'ai des réflexes d'auto-dérision, limite auto-sabotage, tu vois. Là, en ce moment, il y a une image qui... qui dit sur sur Sred la vie serait meilleure sans deux points et c'est à toi de donner une réponse et moi je sais pas que je vois cette image j'ai envie de répondre bah moi c'est

  • Speaker #1

    dur, franchement c'est dur ce que tu dis mais je comprends je comprends ce ressenti quand on a l'impression d'être de trop d'être aux différentes, d'avoir cette impression de ne pas être comme les autres autour de soi. Est-ce qu'il y avait d'autres situations comme ça où tu te dénigrais ?

  • Speaker #0

    Ce n'est absolument pas drôle, c'est extrêmement triste. Des fois, c'est encore ce réflexe-là que j'ai. Quand on me fait un compliment sur mes qualités émotionnelles, ou sur mes qualités en tant qu'écrivaine, ou sur mon dessin, je trouve une autre tâche que j'ai pu faire et qui a été validée. J'ai souvent tendance à dire oui, mais... Il y a un truc négatif derrière, tu vois. Comme si je n'étais pas légitime d'avoir des qualités. Pendant ces... J'ai du mal avec les compliments. J'ai du mal avec les compliments. J'essaie de travailler sur moi pour mieux les accueillir. J'ai du mal surtout avec la fierté. J'ai rarement été fière dans ma vie. Les rares fois où je l'étais, ça a été très éphémère. Il y en a pour qui ça peut durer des jours. Il y en a même pour qui ça peut durer des années quand ils se souviennent de l'événement particulier. Moi, ma fierté sur des trucs, elle est partie depuis... C'est bon, tu vois, elle n'est plus là. Et vraiment, quand on me dit Tu peux te faire de toi pour tout ce que tu as fait aujourd'hui, ou pour tout le travail que tu fais avec les psys moi je suis là, oui. J'orce les épaules, tu vois, en mode Ce n'est pas si exceptionnel que ça alors que... bah si. ça devrait l'être, je sais que ça devrait l'être, mais mon cerveau ou mes émotions, elles ne sont pas alignées avec ça, tu vois. Et encore, il y a un petit déséquilibre, ça n'a pas très envie de s'écouter ou de se donner raison. C'est plus facile pour moi d'accueillir les négatifs que tout ce qui peut être positif. Et vraiment, mon image de moi, ça a été compliqué, surtout au niveau de tout ce qui est intimité, couple, sexualité. au vu de ma première expérience si on peut dire ça a été hyper compliqué j'ai quand même dû faire cette thérapie aussi pour pouvoir un jour être en couple avec quelqu'un car quand j'étais ado et que je suis sortie avec des filles c'était l'enfer vraiment c'était l'enfer quand t'es ado t'as envie de tester de ces rapports intimes du coup les ados ils sont pressés pour ceux qui le sont je sais qu'ils sont pas tous comme ça mais malheureusement je suis tombée que sur des profils de de nanas qui avaient envie de rapports intimes, de contacts, etc. Et moi, j'étais absolument pas à l'aise avec ça, vraiment. Je sentais ça comme une... Encore une fois, comme des micro-violes, on peut dire ça comme ça. J'ai pas d'autres mots. Des micro-violes. Des petites attaques comme ça. Mais j'arrivais pas à leur dire, tu vois, c'était impossible pour moi de leur dire. Et du coup, je sortais l'excuse que j'ai du mal, je suis timide, machin, machin. mais ça suffisait pas au bout d'un moment il y avait cette impatience il y avait ce moment où il fallait passer à l'acte et c'est là que ça partait c'est là que ça partait en couille c'est bizarre l'expression dite comme ça mais ça mettait souvent fin à la relation quoi et je me suis dit mais si je fais pas un travail au moins sur un an par rapport à ça j'y arriverais pas quoi et je voulais pas que ma partenaire soit celle qui allait me guérir je voulais pas lui donner cette responsabilité là qu'elle m'aide, oui, mais qu'elle ne me guérisse pas. Pour moi, c'est à moi de me donner les moyens de me guérir avec des personnes formées pour m'aider à me guérir. Ce n'est pas à ma petite amie de subir ça, tout simplement. Qu'elle me soutienne, qu'elle m'encourage et qu'elle m'aide, oui, mais ce n'est pas à elle de me guérir. Je ne sais pas si c'est clair, mais voilà, c'est comme ça.

  • Speaker #1

    je comprends en fait qu'elles te soutiennent mais pas qu'elles essaient de te guérir en tout cas clairement ton passé il a impacté ton présent et face aux difficultés que tu rencontres tu ressens de la colère j'imagine qu'est-ce que tu ressens de la colère, de la frustration,

  • Speaker #0

    de l'impuissance face à tout ça je suis allée voir une personne qu'on m'a recommandée pour faire très simple parce que sa profession n'est pas écrite sur sa carte on va dire énergéticienne, les personnes qui écoutent peuvent un peu discerner le profil de cette personne. La première fois que je l'ai vue, je ne l'ai vue que deux fois, je n'ai pas eu besoin de plus, mais la première fois, du coup, je lui ai demandé de m'aider à dégager mes blocages, parce que je lui ai expliqué que... malgré mon travail avec les différentes psy et tout, je sentais qu'il y avait encore quelque chose qui bloquait, mais que le travail traditionnel ou moderne de la médecine n'était pas suffisant. Et du coup, c'est là qu'elle a accepté de m'aider. Et quand elle a ressenti mon subconscient, elle m'a dit je sens une grande injustice Et ouais, c'est vraiment le mot, l'injustice. C'est de l'injustice et vraiment de la colère face à tout ce qui m'est arrivé. Et le fait de ne pas avoir été... Comment je pourrais dire ? Oui, voilà, que justice ne soit pas rendue, qu'on n'ait pas reconnu toutes mes souffrances, que j'ai été obligée de porter ça toute seule, en fait. En même temps, tu vois, je me dis, les gens ne pouvaient pas se douter s'ils ne disaient rien. Mais j'étais tellement petite que comment je pouvais me dire que si Laurent parle, c'est la solution, tu vois. Dans ma tête, pour moi, c'était écrit sur ma face et les gens devaient le deviner obligatoirement. Ouais, enfin, c'est ça, quand t'es enfant et que très tôt, t'as appris à te renfermer sur toi-même, c'est que tu connais pas d'autres solutions et pourtant, tu te dis que des adultes verraient le problème, déjà, de base. Mais voilà, pour moi, ma vie est injuste, vraiment. Je n'ai pas mérité ça. Je n'ai pas... Non ? Aucun enfant, d'ailleurs, ne mérite ça. Personne ne mérite ça. Mais moi, quand je retrace plus ou moins les films de ma vie, je me dis, mais putain, c'est quoi ça ? Qu'est-ce que j'ai fait pour... pour subir autant de mauvaises choses ? Et surtout, à quoi je me suis raccrochée, en fait ? Vraiment, je sais que mon corps a été en mode survie toutes ces années. et que là je suis exténue tout simplement parce que mon corps commence petit à petit à abaisser les défenses et je me rends compte à quel point ça l'a épuisé vraiment je l'ai drainé jusqu'à je sais pas quoi jusqu'à je sais pas quelle limite mais j'ai pas mérité ça j'ai pas mérité ça et ça me les brise C'est l'enfance que j'ai eue, l'enfance et l'adolescence que j'ai eue. J'ai tellement le réflexe de me remémorer des mauvais souvenirs que des bons, parce que pour moi, les mauvais souvenirs, c'est eux l'essence de ma vie. Ce ne sont même pas les bons. Les bons, à côté, c'est un peu comme les quêtes secondaires dans les jeux vidéo. Ce n'est pas la trame principale. Ils sont là, c'est à côté, c'est des bonus. Mais ce n'est pas l'essence de l'histoire. Pour moi, l'essence de mon histoire, c'est tout ce qui m'est arrivé de mauvais. Ouais, c'est de l'injustice que je ressens le plus. Qui s'est un peu apaisée grâce à la personne que j'ai vue. Mais je sens qu'au fond, ça reste quand même un peu là. Et quoi que je fasse, de toute façon, le trauma, il sera là.

  • Speaker #1

    Et ça a été quoi tes mécanismes de défense pour faire face à cette situation difficile ?

  • Speaker #0

    Je pense que ma meilleure défense, ça a été tout simplement mon imagination. C'est-à-dire que j'ai... J'étais souvent dans la lune, comme on dit en fait. Je n'étais pas attentive spécialement aux cours. Mais j'avais ce qu'on appelait des absences. On pouvait limite parler de ça, d'absence, tellement j'étais loin, loin, loin dans ma tête. Et j'étais loin dans ma tête. Et vraiment, je m'inventais un univers. J'avais... Je m'appelais untel, j'avais telle apparence, je vivais dans tel monde, je vivais telles aventures, pour moi, je fuyais au mieux ma réalité parce qu'elle me plaisait pas cette réalité en fait. Rien, il n'y avait rien de plaisant pour moi et c'était tellement plus intéressant de m'enfuir dans mes petites histoires que d'être assise sur une chaise en bois et suivre des cours entourés d'enfants et d'adolescents qui, quand ils avaient l'occasion, aimaient me faire chier, tu vois. Vraiment. C'est ce qui m'a sauvée, ce repli sur moi. C'était la coquille que je me suis créée. Et voilà. Je pense que c'est comme ça que je me suis au mieux protégée. Et là, on va dire que petit à petit, j'ai appris à sortir un peu de cette armure. pas la briser totalement, mais au moins enlever un poids ou deux, on va dire, histoire que ce soit une armure un peu plus adaptée à ce que je suis maintenant. Mais c'était une armure, à l'époque, on va dire, qui se proportionnait par rapport à la petite personne que j'étais, tu vois. Absolument pas équilibrée, c'était vraiment le gros déséquilibre abyssal, quoi.

  • Speaker #1

    Et tu avais quand même des personnes qui te soutenaient ou aucune ?

  • Speaker #0

    J'avais, on va dire, quelques rares personnes qui me croyaient à l'époque et qui étaient... qui répondaient présentes pour moi, mais elles étaient aussi impuissantes que moi face à ça. C'est-à-dire que, oui, j'avais en soi leur soutien, mais ça ne m'aidait pas forcément à aller mieux, tu vois. C'est... Ouais, enfin... Ma famille ignorait tout. Des personnes m'ont tourné le dos, j'en ai plus reparlé. Avec le temps, finalement, j'en parlais même plus. Les gens étaient un peu au courant, mais je n'en faisais pas autant un drame ni mon combat comme quand j'étais au collège et que j'étais pleine de rage. Partir du lycée, c'était plutôt défaitiste. J'essayais même pas de remettre ça. Non, vraiment. Je n'avais pas la force vu ce que je commençais à s'y dépasser précédemment. Non, je n'avais pas de soutien. J'ai porté ça toute seule. En tout cas,

  • Speaker #1

    je suis vraiment navrée que tu aies dû porter tout ça toute seule. Ça a dû être tellement dur. J'espère que certaines personnes ayant une histoire similaire qui écoutent ce podcast trouveront la force de s'ouvrir et de reparler de ce qu'elles ont vécu. Et j'espère surtout qu'elles tomberont sur un bon professionnel de santé à l'écoute et capable de les soutenir. D'ailleurs, en 2017, Qu'est-ce qui t'a donné la force de retourner voir un psy pour entamer une thérapie malgré les échecs que tu avais eu avec les deux professionnels de santé que tu avais vu auparavant ?

  • Speaker #0

    Après le bac, il fallait entamer un nouveau chapitre de ma vie et je sentais qu'il y avait un gros blocage qui faisait que ce chapitre j'étais... absolument pas en capacité de le commencer et je faisais tourner mes parents en rond en fait parce que on a essayé plusieurs trucs, on a essayé la mission locale, on a essayé de voir d'autres alternatives pour que je passe le permis, que je trouve des stages, enfin... vraiment ils comprenaient pas et surtout ils avaient pas envie que je sois là à rien faire pour eux c'était problématique parce qu'ils savaient pas qu'il y avait vraiment un problème derrière tu vois et c'est là que je me suis dit mais il faut que ça sorte il faut que ça sorte parce que sinon ma vie ça va être ça va être un enfer et c'est là je me suis dit ok j'ai un rendez-vous avec le médecin traitant à ce moment là j'ai commencé avec elle et de là je lui avais parlé après il y a eu la vidéo et de là il y a eu le rendez-vous avec la première psychologue et du coup tout le chemin thérapeutique qui a suivi après qui a été très très long et ça a permis ça a permis à mes parents de se déconstruire sur certains trucs d'apprendre certaines choses et de se et ils ont au fil des années ils ont arrêté en fait de me mettre la pression pour passer le permis, trouver un boulot, faire des études machin machin pour avoir une vie autonome d'adulte tu vois maintenant ils savent que j'ai besoin d'un rythme particulier que je vais devoir trouver quelque chose adapté à moi parce que j'ai des problèmes de santé mentale tout simplement qui font que je suis pas facilement adaptable à la société et malheureusement ça sera malheureusement Si on peut dire ça, mais ça sera ça toute ma vie parce que je suis comme ça, mon événement traumatique a fait que je suis la personne que je suis maintenant et il fera toujours partie de ma vie même si j'ai fait beaucoup de chemin, j'ai beaucoup avancé, il reste là et il faut continuer de le prendre en compte, il faut pas que... voilà j'ai appris à respecter mes limites maintenant au lieu de les dépasser pour m'adapter ou pour faire plaisir à un tel ou un tel je suis là bah non maintenant ma limite c'est ça si vous êtes pas content je vais voir ailleurs c'est plus la peine qu'on discute et du coup c'est vrai que ça rend pas les choses faciles dans ma vie mais au moins je suis en accord avec moi et même si ça me fait passer peut-être pour une personne fainéante qui profite du système et des aides c'est ce qu'on entend souvent malheureusement ouah par les personnes les plus frustrées de l'existence, paradoxalement. Mais voilà, il fallait que j'avance. Il fallait que j'avance là-dessus. Et voilà, ça a été la chose la plus compliquée, la plus épuisante de ma vie. Mais il fallait. C'était ça où ma vie s'arrêtait en 2016. Vraiment.

  • Speaker #1

    Mais en tout cas, je suis vraiment contente que tu aies décidé de penser à toi avant tout. Et tu as raison, il faut respecter ses limites. Quel conseil tu donnerais à d'autres personnes confrontées à des abus similaires et qui ne se sentent pas écoutées, ou qui justement ont peur de parler de peur qu'on ne les croit pas en fait ?

  • Speaker #0

    Ce serait de ne pas abandonner. Parce que viendra un moment où elles tomberont sur une personne qui sera ouverte à les écouter et à les croire. et que ça entraînera tout un processus qui ira dans leur sens pour guérir. C'est pas facile, vraiment, c'est vraiment pas facile de guérir de ça. Ça prend du temps, ça prend des années, pour certaines personnes ça prend toute une vie, d'autres en guérissent jamais, mais il faut s'accrocher. Il faut s'accrocher, tomber sur cette personne et faire de son mieux. Vraiment faire de son mieux, à son rythme, avec des méthodes qui sont adaptées. Ne pas avoir peur des coups bas, des moments où ça dégringole, on a envie d'abandonner, on n'en peut plus. C'est normal, on est fatigué. C'est un combat 24 heures sur 24, la journée on lutte, la nuit on lutte même si on dort. même dans les moments les plus randoms, sous la douche, en train de faire cuire des oeufs, on lutte, en étant entouré de nos amis, on lutte, repas de fin d'année, on lutte, le jour de notre anniversaire, on lutte. Il n'y a pas de moment pause, vu que c'est dans la tête. Ça ne s'arrête pas et c'est un travail qui est perpétuel. En fait, ça consiste à... à donner au cerveau d'autres fondations, détruire les fondations abîmées, toxiques de traviole, pour en faire des nouvelles beaucoup plus solides, beaucoup plus droites. mais ça prend du temps, ça prend énormément de temps et c'est épuisant, mais il ne faut pas s'en vouloir les jours où ça va moins que d'autres, ou les jours où on a fait moins que la journée précédente, il ne faut vraiment pas s'en vouloir d'être ce qu'on est et de vouloir avancer à notre rythme, vraiment. la culpabilité inutile, c'est pas la peine, on souffre assez comme ça honnêtement, la vie est déjà assez pénible quand on a vécu ça, donc c'est pas la peine de se rajouter des petits moments, des petites culpabilités stupides, des pressions inutiles, vraiment, allez à votre rythme, exigez ce dont vous avez besoin, respectez vos limites, s'il y a des gens qui ne sont pas du tout ouvertes pour vous accorder ça, c'est que ces personnes n'ont jamais voulu votre bien, tout simplement. Il n'y a pas de tergé versé là-dessus. Soit les personnes qui vous aiment respecteront vos limites. Mais en tout cas, moi, je soutiens absolument toutes les victimes, peu importe leur âge, leur sexe, leur identité de genre. Je les crois. Automatiquement, je les crois. Elles ont tout mon soutien, tout mon amour. Elles sont extrêmement fortes. d'être encore là. Peu importe comment elles s'en sortent aujourd'hui avec les moyens dont elles disposent, il n'y a pas de jugement, on s'en sort comme on peut. J'espère honnêtement, vraiment j'espère, ce serait absolument magnifique que toutes les victimes de viol obtiennent justice un jour.

  • Speaker #1

    Avant de conclure cet épisode, je tiens d'abord à dire un immense merci à Maë, parce qu'aborder un sujet aussi délicat et personnel, c'est pas facile. C'est vraiment pas facile. Et elle a fait preuve d'une incroyable force. Et elle a fait preuve d'une incroyable force et d'un courage, si je puis dire, admirables, en partageant son histoire avec nous. Comme Maë, je soutiens toutes les victimes. Et j'espère qu'elles obtiendront justice un jour. Vous continuez de permettre de libérer la parole pour alléger le poids qui pèse sur les victimes et punir les agresseurs. Parce que ça ne peut pas rester sous silence. Et votre parole doit être prise au sérieux. En tout cas, je pense que les auditeurs ont vraiment été touchés par ton témoignage. En tout cas, moi je le suis. Ta sincérité et ton ouverture, c'est une véritable source d'inspiration pour nous tous, je pense. Je tiens également à vous remercier, chers auditeurs, pour votre écoute attentive et votre soutien. Il faut savoir que votre engagement vers ce podcast et envers les histoires que nous partageons ici est ce qui me motive à continuer à explorer des sujets importants et parfois difficiles, comme vous avez pu le voir dans cet épisode. N'oubliez pas que votre voix a du pouvoir. Et en partageant vos histoires, non seulement vous allégerez le fardeau qui vous pesait, mais vous aurez aussi ouvert la voie à la guérison et à l'espoir pour d'autres personnes qui pourraient traverser des situations similaires. Vous étiez sur Etat d'âme, le podcast au cœur de votre santé. A très vite pour un prochain épisode. Prenez soin de vous.

  • Speaker #0

    Merci.

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Description

Dans cet épisode, plongeons dans le récit poignant de Maé, une enfance marquée par la négligence de ceux censés la protéger.


Alors qu'elle vivait avec sa grand-mère, une série d'événements tragiques a commencé à façonner son parcours. Dès l'âge de 5 ans, elle a subi des abus aux mains d'un enfant sous la garde de sa grand-mère.


Sa tentative de dénoncer ces actes a été ignorée et minimisée par les professionnels de la santé et son propre entourage. Rejetée et abandonnée, Maé a porté le poids de son silence pendant des années. Plongeons dans son histoire sur États Dames.

Avant de commencer cet épisode, je tiens à vous avertir que nous aborderons un sujet très délicat qui pourrait faire resurgir des événements traumatisants. J’encourage les auditeurs à prendre soin d'eux-mêmes et à arrêter l'écoute si nécessaire.

Excellente écoute


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    État d'âme au cœur de votre santé. Bienvenue sur Etat d'âme, le podcast qui vous emmène au cœur des émotions féminines dans leur parcours de santé. Vous avez déjà ressenti cette impression de solitude face aux défis de la vie, qu'ils soient physiques ou mentaux. Sur Etat d'âme, je donne la parole à ces expériences authentiques, accompagnées d'histoires immersives et des conseils de professionnels de santé. Préparez-vous à être transporté, inspiré et informé. Restez à l'écoute, car vous êtes sur le point de découvrir un monde où vos émotions trouvent écho. Dans cet épisode, nous avons le plaisir d'accueillir Maë, une écrivaine talentueuse que vous découvrirez prochainement, car elle travaille actuellement sur son roman destiné à l'auto-édition. Son objectif est de partager son histoire avec le plus grand nombre de lecteurs, afin de toucher et d'aider bien évidemment le plus de personnes possible. C'est également pour cette raison qu'elle est présente avec nous aujourd'hui sur ce podcast, pour partager son témoignage puissant et inspirant avec vous, les auditeurs, et offrir son soutien à tous ceux qui en ont besoin. Dans cet épisode, nous allons donc plonger dans son témoignage poignant, avec une enfance marquée par la négligence de ceux censés la protéger. Alors qu'elle vivait avec sa grand-mère, une série d'événements tragiques a commencé à façonner son parcours. Dès l'âge de 5-6 ans, elle a subi des abus aux mains d'un enfant sous la garde de sa grand-mère. Sa tentative de dénoncer ces actes a été ignorée et minimisée par les professionnels de santé et son propre entourage. Rejetée et abandonnée, Maï a porté le poids de son silence pendant des années. Avant de commencer cet épisode, attention, je tiens à vous avertir que nous abordons un sujet très délicat qui pourrait faire ressurgir des événements traumatisants. Alors je vous encourage à arrêter l'écoute si nécessaire. Bonjour Maë, merci d'être sur Etat d'âme pour libérer la parole. Alors est-ce que tu peux te présenter ?

  • Speaker #1

    Je m'appelle Maë, j'ai 28 ans.

  • Speaker #0

    Alors quand tout a commencé ?

  • Speaker #1

    Je ne pourrais pas donner d'âge précis, mais je sens au fond de moi que quand c'est arrivé, j'avais au moins 5 ans. Moi j'ai l'impression d'être née le jour où l'événement traumatique est arrivé. Je n'ai aucun souvenir de... qui j'étais avant ça. Ma mère m'a souvent répété que j'étais une gamine souriante, avenante, comme tout gamin curieux à bas âge. Et un jour, va savoir pourquoi, j'ai changé radicalement de comportement.

  • Speaker #0

    Et quand ta mère t'a décrite comment tu étais petite, est-ce que tu te reconnaissais dans ce qu'elle disait ?

  • Speaker #1

    Eh bien, pendant longtemps, je ne me suis pas reconnue parce que, pour moi, je suis devenue moi. à partir de l'événement traumatique. Mais bon, en même temps, si j'avais 5 ans, quand on sait que la mémoire, en moyenne... est vraiment efficace à partir de 5 ans. Mais du coup, c'est vraiment ce que je ressens au plus profond de moi. J'avais 5 ans quand ça a commencé, mais peut-être que j'en avais 6. En tout cas, c'est par là que je sens que les événements sont arrivés. J'avais entre 6 et 5 ans.

  • Speaker #0

    Les souvenirs d'enfance, ils peuvent commencer à se former à différents âges, pour différentes personnes. Mais en général, les souvenirs autobiographiques, c'est-à-dire les souvenirs d'événements personnels spécifiques, ils commencent à se former autour de l'âge de 3-4 ans. Et cette période, elle est souvent appelée l'amnésie infantile. C'est où les souvenirs des premières années de vie sont rarement conservés à l'âge adulte. Mais les souvenirs à partir de l'âge de 5 ans sont généralement plus clairs et plus nombreux parce qu'à cet âge, les capacités cognitives et linguistiques de l'enfant se développent rapidement. Et ce qui va faciliter la formation et le stockage des souvenirs. Donc oui, beaucoup de personnes commencent à se souvenir plus clairement de leur enfance à partir de l'âge de 5 ans. Alors, est-ce que tu peux nous dire comment ce jeune homme a-t-il croisé ton chemin ?

  • Speaker #1

    Ta grand-mère, à l'époque, gardait les enfants qui étaient placés en aide sociale à l'enfance. Et parmi ces enfants, elle en a gardé deux, un garçon et son petit frère. Donc du coup, je ne vais pas les nommer, je vais juste parler de R.

  • Speaker #0

    Et ce R, il en profitait quand il n'y avait personne chez ta grand-mère ? Comment ça se passait ?

  • Speaker #1

    Ça se passait... très souvent les samedis soirs, il me semble, parce qu'il y avait souvent un soir, enfin il y avait tout le temps un soir, dans le week-end où on mangeait chez ma grand-mère. Toute la famille était réunie, les tatis, les tontons, les cousins, les cousines, etc. C'était vraiment le moment en famille du côté de ma mère. Et forcément, il y avait ces deux enfants-là. Et je vais en souvenir que ça se passait très souvent après les repas. quand on avait l'autorisation de sortir de table, qu'on pouvait tous recommencer, enfin retourner jouer, etc. Eh bien, R et moi, on jouait souvent tous les deux, vu qu'on était les deux plus jeunes. Voilà, tu sais comment ça se passe, les plus jeunes sont facilement mis de côté par les plus grands qui veulent jouer tranquille et pas être emmerdés avec les deux petits bambins. qui sont encore un peu dépendants des plus grands. Enfin bref, voilà. Je pense que ceux qui ont un grand frère, une grande sœur ou plusieurs savent de quoi je parle. Et du coup, on se retrouvait souvent tous les deux. Et il y avait ce moment où R me demandait de jouer aux fesses. C'est comme ça qu'il appelait ce que je vais décrire, jouer aux fesses. Et ce qui se passait, eh bien, quand c'était dans la chambre où lui et son grand frère dormaient, on se mettait... sous leur lit. C'était des lits superposés et du coup, on se mettait sur le sol, en dessous. On arrivait à passer tous les deux. Et ils se mettaient sur moi et il y avait pénétration. Ça, il n'y avait pas de, comment dire, de fausses caresses ou de bisous, éventuellement, tu vois. Parce que... Enfin... Vraiment c'était l'acte pur et dur qu'on retrouve dans les fichiers du viol, puisque pour beaucoup de personnes le viol c'est uniquement la pénétration, alors que ça commence bien bien bien avant ça, et là pour le coup c'est vraiment pure pénétration. Il n'y avait pas de mots échangés. Moi, c'est très simple, je fixais les lattes du lit. Je fixais ça et j'attendais que ça passe. Et on ne se disait rien. J'évitais ce regard. J'avais l'impression d'être entre deux mondes, tu vois. Parce que la douleur était intense, vraiment. J'ai jamais été piqué par une abeille mais j'ai tendance à comparer ça au dard d'une abeille quand une personne est piquée. Parce que je peux comprendre que ça faisait extrêmement mal, certaines personnes en pleurent. Donc j'ai tendance à comparer ces deux douleurs, même si du coup j'en connais qu'une sur les deux. Ou alors comparer ça à un couteau qu'on te plante tellement la brûlure est intense, c'est quelque chose de vif. Du coup, tout ton corps est tendu au max. Je me souviens des douleurs dans les jambes, des douleurs au niveau des omoplates, parce que j'étais sur le sol et j'avais le poids de R sur moi, vraiment. Il reposait tout son poids sur moi. Et c'était étouffant. Ça durait peut-être que quelques minutes, tu vois, où on restait comme ça et qu'on ne bougeait pas, mais j'avais l'impression que ça durait une éternité. Et pourquoi moi et pas une autre personne ? Et... une petite fille un peu réservée, un peu timide, et surtout j'avais cette tendance à vouloir faire tout ce que les personnes me demandaient pour obtenir leur validation. J'éprouvais ce besoin d'être validée par que ce soit mes camarades, mon frère, mon cousin, ma cousine, absolument tout le monde. Mais lui, je sentais que... Si je refusais de faire ce qu'il voulait qu'on fasse, il allait me frapper. Il faut savoir que R était tout l'opposé de moi, c'est-à-dire qu'il n'hésitait pas à se bagarrer, il était violent. Je pense que le contexte familial était aussi extrêmement toxique. Pour être placé, c'est qu'il y a un problème. Mais voilà, il était tout l'opposé de moi et j'avais peur de lui. C'était mon ami, mais en même temps, il me faisait peur. C'était un peu... C'est un peu paradoxal, mais moi je ne pourrais pas l'expliquer.

  • Speaker #0

    Mais je t'assure que c'est quelque chose qui arrive beaucoup à beaucoup de gens. Le fait de se sentir piégé entre la confiance envers une personne et la peur de ses comportements. C'est un mélange de sentiments assez contradictoires qui rend la situation très difficile à décrire et à comprendre, comme là pour toi. Et ça a duré combien de temps ?

  • Speaker #1

    Ça a duré... Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Ça s'est fait plusieurs fois puisque... Dans mes souvenirs, j'ai trois lieux différents, à savoir la chambre d'enfant, le terrain au fond de la maison et sous la tonnelle extérieure. C'est les trois lieux où ça se déroulait, mais je ne sais pas combien de fois ça s'est déroulé dans ces moments-là. J'ai vraiment un gros gros blanc et je ne me souviens ni vraiment de l'avant, ni vraiment de l'après, mais je savais que ce qu'on faisait, c'était pas bien. Déjà, son frère, son grand-frère nous disait que c'était pas bien. Je ne sais pas ce que R lui disait. quand ils étaient tous les deux. Mais il était au courant. Il disait toujours à son frère que ça ne se fait pas. Donc juste ça, j'avais l'impression qu'on faisait soit une bêtise, soit quelque chose de grave. Mais plus le temps passait, plus j'avais vraiment l'impression qu'on faisait vraiment quelque chose de grave. mais je ne savais pas quoi. Je n'avais pas les mots à l'époque. Il m'a fallu attendre l'adolescence pour les avoir. Et quand j'ai réalisé, j'étais... Ouais, t'imagines le choc, quoi.

  • Speaker #0

    Bah oui, en effet, c'est un grand choc. Quand tu parviens enfin à mettre des mots sur des actes traumatisants, c'est à ce moment-là que tu t'en comptes vraiment. C'est vraiment là, en fait, que tu prends conscience de la gravité de ce que tu as vécu. Et comme tu étais très jeune à l'époque... C'est normal que tu n'aies pas pleinement eu conscience de tout ce qui se passait. Et entendre ton histoire, ça nous fait réaliser à quel point ça peut être difficile de reconnaître et d'accepter la vérité de ces expériences traumatiques. Un soir, quelqu'un a surpris R en plein abus et a donc alerté les adultes. Ça s'est passé comme ? Qu'est-ce qu'ils ont fait ?

  • Speaker #1

    Alors, je l'ai appris que très récemment, il y a un peu plus d'un an, que c'était justement mon cousin qui nous avait surpris. Car quand j'ai enfin décidé de parler de ça à mes parents, c'était fin 2016. Ouais, c'était fin 2016. C'est là que je leur en ai vraiment parlé et qu'ils m'ont cru. On a essayé de savoir qui était justement la personne qui les avait alertés sur ce que R m'avait fait. C'était pas mon frère, c'était pas ma cousine, c'était pas le grand frère de R non plus. Donc le seul autre enfant qui restait dans l'équation, c'était mon cousin. Et il y a un peu plus d'un an, j'ai passé une semaine chez lui et sa partenaire parce que je ne me sentais pas bien. Et le sujet est venu sur le tapis. Et c'est là qu'on a conclu tous les deux que c'était bien lui qui nous avait bel et bien surpris dans la chambre d'enfant. Ce qui s'est passé exactement, je ne sais pas, parce que je ne sais pas ce que mon cousin a dit, en sachant qu'à l'époque, c'était lui aussi un enfant. Imagine un enfant qui est témoin d'une scène de viol, mais qui ne sait pas ce que c'est un viol, mais qui, du coup, le signale à des adultes. Il l'a dit avec ses mots d'enfant, donc je ne sais pas exactement ce qu'il lui a dit. Je pense qu'il ne s'en souvient pas à lui-même non plus. Donc du coup, R a eu une punition en conséquence de ce qu'on lui a dit. Ma mère m'a raconté que du coup ma grand-mère l'avait pris à part, et que depuis il n'a plus jamais recommencé. Voilà. Moi je m'en souviens pas, vraiment, j'ai un gros gros blanc de ce moment-là, je ne me souviens pas qu'on ait été surpris. Enfin si, je me souviens qu'on ait été surpris, mais j'ai plus du tout le souvenir en tête, j'ai pas un seul flash, j'ai rien. Je sais juste qu'au bout d'un moment, il a tout simplement arrêté. Et en 2004, ma grand-mère est morte du cancer du pancréas. Et là, R et son grand-frère sont retournés chez leurs parents. Et de là, ils ont été tous les deux… enfin, je sais que pendant une période, ils ont été tous les deux placés chez deux personnes différentes, donc ils ont été séparés. Et après ça, je ne les ai plus jamais revues au final.

  • Speaker #0

    Et à partir de quand tu as voulu faire des démarches sur ton passé ?

  • Speaker #1

    En 2009, j'étais en cinquième, que j'ai commencé un peu à me renseigner. Car sur Internet, j'ai rencontré une fille qui a été victime, elle également, de viol par un garçon de son âge quand elle était plus petite. C'est de là que moi, je me suis renseignée de mon côté. J'avais mon ordinateur, j'ai déjà fait sur Wikipédia.

  • Speaker #0

    Est-ce que R a essayé un jour de reprendre contact avec toi ?

  • Speaker #1

    Pendant le collège, R avait repris contact avec moi via Facebook. Il voulait qu'on redevienne amies, mais moi, j'en avais déjà pas envie. Et surtout, il n'arrêtait pas de refaire allusion à ce qu'on avait vécu tous les deux, en supposant que moi, j'y avais pris du plaisir. Ce qui n'était absolument pas le cas. Et c'est là en fait que j'ai voulu le dénoncer déjà à mes amis, en disant que voilà, quand j'étais petite, R, il m'a violée, il faut pas lui faire confiance, ou il faut pas sortir avec lui, enfin voilà, j'ai... comment dire... J'ai pensé faire les choses bien, mais au final ça a été le gros bordel, puisque... aucune de mes... Enfin, aucune, vu que c'était surtout des filles. Mais aucun de mes camarades, plutôt, on va dire, ne m'a cru. On m'a même accusée de menteuse. Pour eux, c'était impossible. Ben voilà, qui m'ait violée à cet âge-là. Et la tutrice, à l'époque, qui gardait R, a voulu porter plainte contre moi si je continue de dire ça. Puisque, évidemment, R... nié toutes les accusations pour lui c'était faux, il avait pas fait ça etc et forcément il a fini par en parler à sa tutrice qui justement où j'ai entendu des échos qu'elle menaçait de porter plainte contre moi et forcément j'ai eu peur puisque elle, voilà c'est l'adulte dans cette histoire c'est elle qui a les connaissances juridiques moi j'étais juste une petite gamine de 12-13 ans en pleine injustice dont tous les amis lui tournaient le dos, la traitaient de menteuse, prenaient la défense. Un garçon qui m'avait fait du mal et qui se plaçait en victime dans cette histoire. Voilà, autant si j'avais fait ça quand on avait 7 ans, j'aurais pu comprendre qu'il n'est pas reconnu le viol, parce que c'est une notion, quand on a moins de 10 ans, qu'on n'a pas obligatoirement. Mais là, quand on est à l'adolescence, j'estime qu'on a quand même les connaissances. surtout que j'imagine qu'il a vécu dans un environnement extrêmement toxique avec ses parents, donc il va savoir ce qu'il a subi ou ce qu'on lui a montré, mais pour moi il était parfaitement au courant de ce qu'il m'avait fait subir. Mais voilà, à l'époque je n'avais pas la force, je n'avais pas l'énergie, j'étais seule contre lui et seule contre mes camarades tout simplement, et un jour m'est arrivé un truc absolument horrible. celle que je pensais être ma meilleure amie à l'époque, a ramené R devant moi pendant qu'on attendait le bus pour rentrer chez nous un soir. J'ai eu extrêmement peur ce soir-là. Elle me l'a vraiment mis devant la gueule, limite collée, tu vois. pour que je parle, et en fait je disais rien, je le regardais même pas, je fixais le sol, mais à l'intérieur je bouillonnais, je tremblais, j'avais l'impression que tous mes auricules allaient me sortir du corps, tellement c'était la panique intérieure, et c'est là que j'ai compris que cette meilleure amie, entre guillemets, n'allait plus être mon amie du tout, pour moi elle avait littéralement dépassé les bandes. Le bus est arrivé, je me suis sauvée tout simplement, je suis montée dans le bus, et vraiment pendant tout le trajet j'avais envie de la tuer. J'ai jamais ressenti une envie de meurtre de ma vie, sauf ce soir-là, vraiment. J'avais de la haine mais tellement profonde, plus envers elle qu'envers lui, parce que voilà, elle avait manigancé ça. Pour moi, elle voulait clairement me faire souffrir, cette meuf. Et je... Oh, mon Dieu, je l'ai haï pour ça, mais d'une force, j'avais tellement envie de... Bon, bref. Voilà, quoi. Mais voilà, tout va bien. Elle est... Enfin, de ce que je sais, elle est vivante. Lui aussi, en théorie. Mais voilà, j'avais jamais... Cette situation, ça a été un... Rapide, mais très cauchemardesque, quoi. Et vraiment, je pensais que j'allais avoir le soutien des personnes autour de moi, quoi. Et finalement, je ne l'ai absolument pas eu. Je me suis retrouvée toute seule.

  • Speaker #0

    Comment tu t'es sentie au vu de ces réactions ?

  • Speaker #1

    Complètement démunie, totalement triste. Et je me suis sentie abandonnée, en fait. Et quand j'ai voulu en parler à mes parents, à cette même époque, surtout à ma mère, parce que j'ai plus d'affinité avec ma mère qu'avec mon père, quand il s'agit de discuter de sujets un peu sensibles, un peu sérieux. elle me disait que non c'était impossible qu'un enfant viole un autre enfant et à partir de cette phrase je n'ai plus jamais cherché à en reparler avec elle jusqu'à 2016 où j'ai commencé à faire ma thérapie et quand elle m'a dit ça j'ai compris que j'aurais pas le soutien et surtout j'avais pas les épaules J'avais pas les épaules pour me défendre, tout simplement.

  • Speaker #0

    En tout cas, c'est vraiment horrible, tout ce que t'as traversé. En tout cas, j'imagine que tu n'étais plus toi-même. Tes parents...

  • Speaker #1

    Avant, j'étais une petite fille absolument joyeuse, très avenante, et tout d'un coup, j'avais radicalement changé. Et la maîtresse que j'avais à cette époque-là, quand j'avais 5 ans, avait convoqué mes parents en leur disant, Voilà, il y a un souci, votre fille reste seule dans son coin, elle a l'air toujours triste, elle est absente, enfin voilà. Et de là... Mes parents ont pris rendez-vous avec ce que j'imagine être une pédopsychiatre ou une pédopsychologue, enfin bref, voilà, une personne qui s'occupe tout simplement des enfants. Cette femme, je me souviens ne lui avoir rien dit, vraiment, j'étais muette comme une tombe. Je savais de quoi elle voulait que je parle, mais je ne voulais tout simplement pas lui en parler. Et puis, je ne la connaissais pas, en fait, cette dame. Aujourd'hui, j'ai presque envie de la voir et lui dire, excusez-moi, j'espère que je ne vous ai pas vexé, mais vous ne me connaissez pas, j'étais toute petite, j'étais seule dans un bureau avec vous, l'un de mes parents. Non, je n'allais pas vous parler, en fait. D'où ? Voilà quoi, c'est tellement évident en fait, on n'arrête pas de répéter aux enfants, de ne pas parler aux inconnus, et du jour au lendemain, le petit enfant il se retrouve en tête à tête avec un adulte qu'il ne connaît pas, et dont on doit parler de sujets qui sont blessants. On est d'accord que ça n'a pas de sens, ça n'a absolument pas de sens. Autant si mes parents avaient été dans la pièce, peut-être que je leur aurais parlé à cette dame, mais non, mes parents n'étaient pas dans la pièce, j'étais vraiment toute seule avec cette professionnelle. donc de là on m'a redirigée vers un professionnel je sais absolument plus ce que je lui ai dit je lui en ai parlé mais je ne sais plus avec quel mot et le bilan de la séance quand il est revenu enfin quand on est revenu lui et moi auprès de mes parents qui étaient en salle d'attente il leur a dit que c'était des jeux que les enfants faisaient souvent entre eux et qu'il ne fallait plus en parler ni s'en préoccuper Alors je sais pas à quel jeu jouent les enfants de 5 ans pour dire ça, et vraiment je sais tellement plus ce que je lui ai dit, ça m'énerve parce que je me dis que je pourrais apporter tellement plus d'éclaircissement, mais non je sais plus du tout. C'est sûr que je lui ai pas dit, j'ai été violée par un enfant de mon âge, puisque à l'époque j'avais aucune notion de sexualité, de viol, de consentement, d'intimité et tout le calendrier quoi. Mais voilà, du coup, en fait, je ne sais pas ce que je lui ai dit pour qu'il tonde une réponse pareille à mes parents, mais du coup, pour eux, le sujet était clos. Il s'était passé quelque chose, mais ce n'était pas quelque chose de grave. Le professionnel de santé a dit que ce n'était pas grave et qu'il ne fallait plus en parler, donc oui, obligatoirement, ils lui ont fait confiance, et le sujet n'a plus été abordé jusqu'à moi avec cette petite tentative pendant le collège, et puis bien évidemment... dès 2016, où en fait, j'étais à la fin de mes études, j'avais eu mon bac en juillet 2016. Et voilà, c'est parcours sup, études supérieures, boulot, permis, voilà, toutes ces choses de la vie, d'adulte, d'indépendance, d'autonomie qu'il faut entamer. Mais voilà, je sentais chez moi qu'il y avait un blocage qui m'empêchait absolument de faire toutes ces choses-là. Et je savais ce qu'était ce blocage. Ce blocage, c'était ce qui m'est arrivé avec R. et je l'ai refoulé toute ma vie en fait.

  • Speaker #0

    Quelle émotion t'as ressentie lorsque les professionnels de santé ont carrément minimisé ce que R t'avait fait ? Non, parce que déjà pour les victimes, c'est difficile d'en parler. Toi, tu en parles et on te croit limite pas.

  • Speaker #1

    Honnêtement, je ne sais plus trop ce que j'ai ressenti en fait. C'est-à-dire que pendant des années, j'ai eu l'impression d'être anesthésiée d'absolument tout. Je ne savais pas que mon corps était en mode survie, tout simplement, pour m'éviter la souffrance liée au trauma. Et vraiment, émotionnellement, j'étais vide. de beaucoup de choses, de beaucoup d'envie. J'étais en effet une enfant très solitaire, très dans son petit monde. Vraiment, je m'étais renfermée sur moi-même et dans mon imagination. C'était mon échappatoire. Pour échapper à quoi ? Je ne savais pas vraiment, mais je sentais en moi qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas sans savoir ce que c'était, sans avoir de mots. Ni d'image pour le décrire à qui que ce soit, j'étais juste une gamine et j'ai grandi comme ça. J'étais ado, j'étais déjà mal dans ma peau. En plus, je subissais du harcèlement scolaire parce que j'étais attirée par les filles, parce que j'avais un style vestimentaire alternatif. Mais voilà, j'ai grandi en ayant l'impression d'être endormie. Comme si en fait j'étais un peu sur pilote automatique et que je faisais les choses machinalement. Vraiment c'est comme ça que je me vois, je pense que c'est comme ça aussi que beaucoup de personnes me voyaient. Mais personne ne se doutait de la véritable raison pour eux si j'étais comme ça par... par nature quoi et souvent ben voilà j'étais on m'a jugé pour ça disait pas ça venant tu ne souris pas c'est tu vas passer vers les autres tu restes dans ton coin et machin machin bref je pense que beaucoup de personnes ont déjà entendu ce genre de discours et en fait je me rends compte que ce sont des phrases qui sortent tellement facilement de la bouche de personnes qu'on connaît même d'inconnus sans qu'ils dans les verres ils se disent mais attends cette personne est comme ça Est-ce qu'il n'y a pas une raison derrière ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est exactement ça. En fait, on vit dans une ère où la critique est omniprésente, que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les médias ou même dans notre entourage. Certains y critiquent sans même chercher à comprendre la raison derrière le comportement de l'autre. Ils oublient en fait que derrière chaque action, chaque comportement, il y a une histoire personnelle. Il peut y avoir des expériences vécues, des émotions ressenties, et en fait cette personne-là qui va être critiquée si facilement, peut-être qu'elle est comme ça pour des raisons qui lui sont propres. Peut-être qu'elle a été blessée, peut-être qu'elle a connu des épreuves qui tout simplement ont façonné son caractère et ses réactions. Peut-être qu'elle agit ainsi par peur, par insécurité, par besoin de se protéger. Et si, du coup, ces personnes qui critiquent prenaient un moment pour réfléchir avant de critiquer, il pourrait peut-être réaliser que derrière cette façade se cache une personne avec ses faiblesses, ses doutes, ses luttes. Et peut-être qu'en cherchant à comprendre, il pourrait enfin établir une connexion plus profonde basée sur l'empathie et la compassion. Donc voilà, c'était un petit aparté. Un jour, tu vas décider d'en parler à nouveau. Comment ça s'est passé ? Et à qui as-tu décidé d'en parler à nouveau ?

  • Speaker #1

    Je me souviens, je m'étais préparée une semaine à l'avance pour un rendez-vous de check-up avec mon médecin traitant. Et ça a été la première personne à qui j'ai de nouveau abordé le sujet. J'avais tout préparé pour lui expliquer de façon chronologique comment tout s'était passé. Et ça a été tellement compliqué, bordel, c'était impressionnant, je m'en souviens, je tremblais, j'avais envie de pleurer, je transpirais, et elle à la fin, elle avait les larmes aux yeux quoi. Et on a rediscuté à d'autres rendez-vous, mais voilà, c'est-à-dire qu'elle avait limite, il fallait que je voie au moins une psychologue pour aborder le trauma plus en profondeur et travailler sur moi-même. Et c'est là que je me suis dit qu'il faut que j'en parle à mes parents, il faut vraiment qu'ils sachent la vérité, parce que je me rends compte qu'ils ne savent absolument pas ce qui s'est passé. Mais je ne me voyais pas leur dire en face. J'avais vraiment peur de leur réaction, sachant que la première fois que j'ai voulu essayer d'en parler avec ma mère quand j'étais au collège, elle a nié directement ce que j'ai dit. Donc déjà, il y a ça qui faisait que j'avais vraiment peur, que pendant que je parle, elle m'interrompe et qu'elle me dise non, ce n'est pas vrai et que je ne sois pas capable d'en dire. Du coup ce que j'avais fait à l'époque, j'avais pris la tablette de mon père et je m'étais enregistrée en vidéo. Je crois qu'ils étaient en repas de boulot, un truc dans le genre. Du coup ils n'étaient pas là, il n'y avait que moi dans la maison. Et j'en ai profité pour faire une vidéo où je leur ai dit, comme avec mon médecin traitant, je leur ai sûrement dû leur dire à peu près la même chose. Je me souviens par contre avoir complètement pleuré en faisant la vidéo. Je ne l'ai pas coupé au montage de la vidéo parce que je pouvais monter, enfin modifier un peu si je voulais enlever des trucs. Mais non, j'ai laissé la vidéo telle qu'elle, comme ça, sans filtre. Et j'ai laissé la tablette sur la table, ouverte, exprès pour que quand mes parents rentrent de soirée, avant d'aller se coucher, ils lisent la vidéo. C'est hyper cruel de leur sauter une bonne nuit comme ça après qu'ils aient passé un bon moment avec leurs collègues ou je ne sais plus qui. Mais voilà, moi, je me suis pas endormie avant qu'ils soient rentrés et qu'ils aient écouté la vidéo. Et je les ai pas entendus parler après l'avoir écouté. Mais ils m'ont cru, quoi. Je me souviens pas ce qui s'est passé le lendemain. Vraiment, je m'en souviens pas. C'est un truc de fou, putain. Non, en tout cas, je me souviens pas. C'est impressionnant. Mais ils m'ont cru. Et ça m'a fait un bien fou. Et surtout, ils étaient complètement déboussolés, en fait. Pour eux, ils n'en revenaient pas. Et surtout...

  • Speaker #0

    et culpabilisés d'avoir rien vu. Comme tout parent face à un malheur de leur enfant, quand ils les aiment, et qu'ils réalisent qu'il y a eu quelque chose de dramatique, ils se sentent forcément coupables parce qu'ils estiment qu'en tant que parents, ils doivent avoir les yeux sur tout, les oreilles sur tout, pour les protéger. Enfin voilà, tu vois ce que je veux dire. Et depuis, j'ai pu entamer ma thérapie, avec différentes psychologues, j'en ai vu plusieurs, qui ont eu des méthodes différentes, qui chacune m'ont aidée à avancer petit à petit, ça a été très long, c'était très douloureux, et même encore aujourd'hui, j'ai besoin d'un suivi, parce que... On a gratté le fond, le fond, le fond. Mais le problème, c'est que quand un trauma n'est pas traité, il engendre plein de troubles comportementaux derrière. Et moi, j'en ai accumulé, attends, 5 ans. J'en ai accumulé au moins pendant 15 ans. Donc, va déconstruire 15 ans de schéma toxique du cerveau. Ça ne se fait pas en 3 séances de psy, tu vois. Et même avec les traitements qui m'accompagnent avec. Voilà, ça demande énormément de temps, c'est ce qu'elles m'ont répété, parce que, voilà, pour des raisons qui sont évidentes, je pense, j'essaye de voir des femmes, essentiellement, dans tous mes rendez-vous santé, et du coup, j'ai été suivie que par des psys femmes, et elles m'ont dit, le plus dur, c'est de donner le temps au temps, en fait, vraiment.

  • Speaker #1

    J'imagine tellement ce moment où tu as rencontré cette professionnelle de santé qui... qui du coup a été à l'écoute et a été aussi empathique quand tu as vu qu'elle avait aussi les larmes aux yeux. J'imagine que tu as dû ressentir comme un immense soulagement lorsque tu es enfin tombée sur un professionnel à l'écoute et qui ne minise pas ce qui s'est passé, limite qui ne croit pas. Ce qui s'est passé. Là, du coup, tu as été vraiment entendue, écoutée. Et lorsque tes parents aussi t'ont enfin crue. Ça a dû être un poids énorme en moi. Et sinon, au niveau estime de soi. Et bien-être émotionnel.

  • Speaker #0

    J'ai grandi en étant persuadée que j'étais une anomalie. Qu'il y a quelque chose chez moi qui n'allait pas, tu vois. Sans savoir exactement ce que c'est. Parce que d'une certaine manière... j'étais curieuse de savoir et en même temps j'avais peur de connaître la vérité donc il y avait j'étais un peu dans le déni j'avais pas envie de chercher mais en même temps je voulais savoir, ça se battait un peu dans mon cerveau mais vraiment j'ai grandi en étant persuadée que j'étais une enfant bizarre avec un comportement anormal qui sortait de l'ordinaire et comme c'était les raisons un peu de mon harcèlement, on va dire moi mes différences, ça renforçait encore plus cette impression-là. Et mon estime de moi, si je remonte à quelques années, vraiment, elle était au ras du sol, vraiment. Même encore aujourd'hui, des fois, j'ai des réflexes d'auto-dérision, limite auto-sabotage, tu vois. Là, en ce moment, il y a une image qui... qui dit sur sur Sred la vie serait meilleure sans deux points et c'est à toi de donner une réponse et moi je sais pas que je vois cette image j'ai envie de répondre bah moi c'est

  • Speaker #1

    dur, franchement c'est dur ce que tu dis mais je comprends je comprends ce ressenti quand on a l'impression d'être de trop d'être aux différentes, d'avoir cette impression de ne pas être comme les autres autour de soi. Est-ce qu'il y avait d'autres situations comme ça où tu te dénigrais ?

  • Speaker #0

    Ce n'est absolument pas drôle, c'est extrêmement triste. Des fois, c'est encore ce réflexe-là que j'ai. Quand on me fait un compliment sur mes qualités émotionnelles, ou sur mes qualités en tant qu'écrivaine, ou sur mon dessin, je trouve une autre tâche que j'ai pu faire et qui a été validée. J'ai souvent tendance à dire oui, mais... Il y a un truc négatif derrière, tu vois. Comme si je n'étais pas légitime d'avoir des qualités. Pendant ces... J'ai du mal avec les compliments. J'ai du mal avec les compliments. J'essaie de travailler sur moi pour mieux les accueillir. J'ai du mal surtout avec la fierté. J'ai rarement été fière dans ma vie. Les rares fois où je l'étais, ça a été très éphémère. Il y en a pour qui ça peut durer des jours. Il y en a même pour qui ça peut durer des années quand ils se souviennent de l'événement particulier. Moi, ma fierté sur des trucs, elle est partie depuis... C'est bon, tu vois, elle n'est plus là. Et vraiment, quand on me dit Tu peux te faire de toi pour tout ce que tu as fait aujourd'hui, ou pour tout le travail que tu fais avec les psys moi je suis là, oui. J'orce les épaules, tu vois, en mode Ce n'est pas si exceptionnel que ça alors que... bah si. ça devrait l'être, je sais que ça devrait l'être, mais mon cerveau ou mes émotions, elles ne sont pas alignées avec ça, tu vois. Et encore, il y a un petit déséquilibre, ça n'a pas très envie de s'écouter ou de se donner raison. C'est plus facile pour moi d'accueillir les négatifs que tout ce qui peut être positif. Et vraiment, mon image de moi, ça a été compliqué, surtout au niveau de tout ce qui est intimité, couple, sexualité. au vu de ma première expérience si on peut dire ça a été hyper compliqué j'ai quand même dû faire cette thérapie aussi pour pouvoir un jour être en couple avec quelqu'un car quand j'étais ado et que je suis sortie avec des filles c'était l'enfer vraiment c'était l'enfer quand t'es ado t'as envie de tester de ces rapports intimes du coup les ados ils sont pressés pour ceux qui le sont je sais qu'ils sont pas tous comme ça mais malheureusement je suis tombée que sur des profils de de nanas qui avaient envie de rapports intimes, de contacts, etc. Et moi, j'étais absolument pas à l'aise avec ça, vraiment. Je sentais ça comme une... Encore une fois, comme des micro-violes, on peut dire ça comme ça. J'ai pas d'autres mots. Des micro-violes. Des petites attaques comme ça. Mais j'arrivais pas à leur dire, tu vois, c'était impossible pour moi de leur dire. Et du coup, je sortais l'excuse que j'ai du mal, je suis timide, machin, machin. mais ça suffisait pas au bout d'un moment il y avait cette impatience il y avait ce moment où il fallait passer à l'acte et c'est là que ça partait c'est là que ça partait en couille c'est bizarre l'expression dite comme ça mais ça mettait souvent fin à la relation quoi et je me suis dit mais si je fais pas un travail au moins sur un an par rapport à ça j'y arriverais pas quoi et je voulais pas que ma partenaire soit celle qui allait me guérir je voulais pas lui donner cette responsabilité là qu'elle m'aide, oui, mais qu'elle ne me guérisse pas. Pour moi, c'est à moi de me donner les moyens de me guérir avec des personnes formées pour m'aider à me guérir. Ce n'est pas à ma petite amie de subir ça, tout simplement. Qu'elle me soutienne, qu'elle m'encourage et qu'elle m'aide, oui, mais ce n'est pas à elle de me guérir. Je ne sais pas si c'est clair, mais voilà, c'est comme ça.

  • Speaker #1

    je comprends en fait qu'elles te soutiennent mais pas qu'elles essaient de te guérir en tout cas clairement ton passé il a impacté ton présent et face aux difficultés que tu rencontres tu ressens de la colère j'imagine qu'est-ce que tu ressens de la colère, de la frustration,

  • Speaker #0

    de l'impuissance face à tout ça je suis allée voir une personne qu'on m'a recommandée pour faire très simple parce que sa profession n'est pas écrite sur sa carte on va dire énergéticienne, les personnes qui écoutent peuvent un peu discerner le profil de cette personne. La première fois que je l'ai vue, je ne l'ai vue que deux fois, je n'ai pas eu besoin de plus, mais la première fois, du coup, je lui ai demandé de m'aider à dégager mes blocages, parce que je lui ai expliqué que... malgré mon travail avec les différentes psy et tout, je sentais qu'il y avait encore quelque chose qui bloquait, mais que le travail traditionnel ou moderne de la médecine n'était pas suffisant. Et du coup, c'est là qu'elle a accepté de m'aider. Et quand elle a ressenti mon subconscient, elle m'a dit je sens une grande injustice Et ouais, c'est vraiment le mot, l'injustice. C'est de l'injustice et vraiment de la colère face à tout ce qui m'est arrivé. Et le fait de ne pas avoir été... Comment je pourrais dire ? Oui, voilà, que justice ne soit pas rendue, qu'on n'ait pas reconnu toutes mes souffrances, que j'ai été obligée de porter ça toute seule, en fait. En même temps, tu vois, je me dis, les gens ne pouvaient pas se douter s'ils ne disaient rien. Mais j'étais tellement petite que comment je pouvais me dire que si Laurent parle, c'est la solution, tu vois. Dans ma tête, pour moi, c'était écrit sur ma face et les gens devaient le deviner obligatoirement. Ouais, enfin, c'est ça, quand t'es enfant et que très tôt, t'as appris à te renfermer sur toi-même, c'est que tu connais pas d'autres solutions et pourtant, tu te dis que des adultes verraient le problème, déjà, de base. Mais voilà, pour moi, ma vie est injuste, vraiment. Je n'ai pas mérité ça. Je n'ai pas... Non ? Aucun enfant, d'ailleurs, ne mérite ça. Personne ne mérite ça. Mais moi, quand je retrace plus ou moins les films de ma vie, je me dis, mais putain, c'est quoi ça ? Qu'est-ce que j'ai fait pour... pour subir autant de mauvaises choses ? Et surtout, à quoi je me suis raccrochée, en fait ? Vraiment, je sais que mon corps a été en mode survie toutes ces années. et que là je suis exténue tout simplement parce que mon corps commence petit à petit à abaisser les défenses et je me rends compte à quel point ça l'a épuisé vraiment je l'ai drainé jusqu'à je sais pas quoi jusqu'à je sais pas quelle limite mais j'ai pas mérité ça j'ai pas mérité ça et ça me les brise C'est l'enfance que j'ai eue, l'enfance et l'adolescence que j'ai eue. J'ai tellement le réflexe de me remémorer des mauvais souvenirs que des bons, parce que pour moi, les mauvais souvenirs, c'est eux l'essence de ma vie. Ce ne sont même pas les bons. Les bons, à côté, c'est un peu comme les quêtes secondaires dans les jeux vidéo. Ce n'est pas la trame principale. Ils sont là, c'est à côté, c'est des bonus. Mais ce n'est pas l'essence de l'histoire. Pour moi, l'essence de mon histoire, c'est tout ce qui m'est arrivé de mauvais. Ouais, c'est de l'injustice que je ressens le plus. Qui s'est un peu apaisée grâce à la personne que j'ai vue. Mais je sens qu'au fond, ça reste quand même un peu là. Et quoi que je fasse, de toute façon, le trauma, il sera là.

  • Speaker #1

    Et ça a été quoi tes mécanismes de défense pour faire face à cette situation difficile ?

  • Speaker #0

    Je pense que ma meilleure défense, ça a été tout simplement mon imagination. C'est-à-dire que j'ai... J'étais souvent dans la lune, comme on dit en fait. Je n'étais pas attentive spécialement aux cours. Mais j'avais ce qu'on appelait des absences. On pouvait limite parler de ça, d'absence, tellement j'étais loin, loin, loin dans ma tête. Et j'étais loin dans ma tête. Et vraiment, je m'inventais un univers. J'avais... Je m'appelais untel, j'avais telle apparence, je vivais dans tel monde, je vivais telles aventures, pour moi, je fuyais au mieux ma réalité parce qu'elle me plaisait pas cette réalité en fait. Rien, il n'y avait rien de plaisant pour moi et c'était tellement plus intéressant de m'enfuir dans mes petites histoires que d'être assise sur une chaise en bois et suivre des cours entourés d'enfants et d'adolescents qui, quand ils avaient l'occasion, aimaient me faire chier, tu vois. Vraiment. C'est ce qui m'a sauvée, ce repli sur moi. C'était la coquille que je me suis créée. Et voilà. Je pense que c'est comme ça que je me suis au mieux protégée. Et là, on va dire que petit à petit, j'ai appris à sortir un peu de cette armure. pas la briser totalement, mais au moins enlever un poids ou deux, on va dire, histoire que ce soit une armure un peu plus adaptée à ce que je suis maintenant. Mais c'était une armure, à l'époque, on va dire, qui se proportionnait par rapport à la petite personne que j'étais, tu vois. Absolument pas équilibrée, c'était vraiment le gros déséquilibre abyssal, quoi.

  • Speaker #1

    Et tu avais quand même des personnes qui te soutenaient ou aucune ?

  • Speaker #0

    J'avais, on va dire, quelques rares personnes qui me croyaient à l'époque et qui étaient... qui répondaient présentes pour moi, mais elles étaient aussi impuissantes que moi face à ça. C'est-à-dire que, oui, j'avais en soi leur soutien, mais ça ne m'aidait pas forcément à aller mieux, tu vois. C'est... Ouais, enfin... Ma famille ignorait tout. Des personnes m'ont tourné le dos, j'en ai plus reparlé. Avec le temps, finalement, j'en parlais même plus. Les gens étaient un peu au courant, mais je n'en faisais pas autant un drame ni mon combat comme quand j'étais au collège et que j'étais pleine de rage. Partir du lycée, c'était plutôt défaitiste. J'essayais même pas de remettre ça. Non, vraiment. Je n'avais pas la force vu ce que je commençais à s'y dépasser précédemment. Non, je n'avais pas de soutien. J'ai porté ça toute seule. En tout cas,

  • Speaker #1

    je suis vraiment navrée que tu aies dû porter tout ça toute seule. Ça a dû être tellement dur. J'espère que certaines personnes ayant une histoire similaire qui écoutent ce podcast trouveront la force de s'ouvrir et de reparler de ce qu'elles ont vécu. Et j'espère surtout qu'elles tomberont sur un bon professionnel de santé à l'écoute et capable de les soutenir. D'ailleurs, en 2017, Qu'est-ce qui t'a donné la force de retourner voir un psy pour entamer une thérapie malgré les échecs que tu avais eu avec les deux professionnels de santé que tu avais vu auparavant ?

  • Speaker #0

    Après le bac, il fallait entamer un nouveau chapitre de ma vie et je sentais qu'il y avait un gros blocage qui faisait que ce chapitre j'étais... absolument pas en capacité de le commencer et je faisais tourner mes parents en rond en fait parce que on a essayé plusieurs trucs, on a essayé la mission locale, on a essayé de voir d'autres alternatives pour que je passe le permis, que je trouve des stages, enfin... vraiment ils comprenaient pas et surtout ils avaient pas envie que je sois là à rien faire pour eux c'était problématique parce qu'ils savaient pas qu'il y avait vraiment un problème derrière tu vois et c'est là que je me suis dit mais il faut que ça sorte il faut que ça sorte parce que sinon ma vie ça va être ça va être un enfer et c'est là je me suis dit ok j'ai un rendez-vous avec le médecin traitant à ce moment là j'ai commencé avec elle et de là je lui avais parlé après il y a eu la vidéo et de là il y a eu le rendez-vous avec la première psychologue et du coup tout le chemin thérapeutique qui a suivi après qui a été très très long et ça a permis ça a permis à mes parents de se déconstruire sur certains trucs d'apprendre certaines choses et de se et ils ont au fil des années ils ont arrêté en fait de me mettre la pression pour passer le permis, trouver un boulot, faire des études machin machin pour avoir une vie autonome d'adulte tu vois maintenant ils savent que j'ai besoin d'un rythme particulier que je vais devoir trouver quelque chose adapté à moi parce que j'ai des problèmes de santé mentale tout simplement qui font que je suis pas facilement adaptable à la société et malheureusement ça sera malheureusement Si on peut dire ça, mais ça sera ça toute ma vie parce que je suis comme ça, mon événement traumatique a fait que je suis la personne que je suis maintenant et il fera toujours partie de ma vie même si j'ai fait beaucoup de chemin, j'ai beaucoup avancé, il reste là et il faut continuer de le prendre en compte, il faut pas que... voilà j'ai appris à respecter mes limites maintenant au lieu de les dépasser pour m'adapter ou pour faire plaisir à un tel ou un tel je suis là bah non maintenant ma limite c'est ça si vous êtes pas content je vais voir ailleurs c'est plus la peine qu'on discute et du coup c'est vrai que ça rend pas les choses faciles dans ma vie mais au moins je suis en accord avec moi et même si ça me fait passer peut-être pour une personne fainéante qui profite du système et des aides c'est ce qu'on entend souvent malheureusement ouah par les personnes les plus frustrées de l'existence, paradoxalement. Mais voilà, il fallait que j'avance. Il fallait que j'avance là-dessus. Et voilà, ça a été la chose la plus compliquée, la plus épuisante de ma vie. Mais il fallait. C'était ça où ma vie s'arrêtait en 2016. Vraiment.

  • Speaker #1

    Mais en tout cas, je suis vraiment contente que tu aies décidé de penser à toi avant tout. Et tu as raison, il faut respecter ses limites. Quel conseil tu donnerais à d'autres personnes confrontées à des abus similaires et qui ne se sentent pas écoutées, ou qui justement ont peur de parler de peur qu'on ne les croit pas en fait ?

  • Speaker #0

    Ce serait de ne pas abandonner. Parce que viendra un moment où elles tomberont sur une personne qui sera ouverte à les écouter et à les croire. et que ça entraînera tout un processus qui ira dans leur sens pour guérir. C'est pas facile, vraiment, c'est vraiment pas facile de guérir de ça. Ça prend du temps, ça prend des années, pour certaines personnes ça prend toute une vie, d'autres en guérissent jamais, mais il faut s'accrocher. Il faut s'accrocher, tomber sur cette personne et faire de son mieux. Vraiment faire de son mieux, à son rythme, avec des méthodes qui sont adaptées. Ne pas avoir peur des coups bas, des moments où ça dégringole, on a envie d'abandonner, on n'en peut plus. C'est normal, on est fatigué. C'est un combat 24 heures sur 24, la journée on lutte, la nuit on lutte même si on dort. même dans les moments les plus randoms, sous la douche, en train de faire cuire des oeufs, on lutte, en étant entouré de nos amis, on lutte, repas de fin d'année, on lutte, le jour de notre anniversaire, on lutte. Il n'y a pas de moment pause, vu que c'est dans la tête. Ça ne s'arrête pas et c'est un travail qui est perpétuel. En fait, ça consiste à... à donner au cerveau d'autres fondations, détruire les fondations abîmées, toxiques de traviole, pour en faire des nouvelles beaucoup plus solides, beaucoup plus droites. mais ça prend du temps, ça prend énormément de temps et c'est épuisant, mais il ne faut pas s'en vouloir les jours où ça va moins que d'autres, ou les jours où on a fait moins que la journée précédente, il ne faut vraiment pas s'en vouloir d'être ce qu'on est et de vouloir avancer à notre rythme, vraiment. la culpabilité inutile, c'est pas la peine, on souffre assez comme ça honnêtement, la vie est déjà assez pénible quand on a vécu ça, donc c'est pas la peine de se rajouter des petits moments, des petites culpabilités stupides, des pressions inutiles, vraiment, allez à votre rythme, exigez ce dont vous avez besoin, respectez vos limites, s'il y a des gens qui ne sont pas du tout ouvertes pour vous accorder ça, c'est que ces personnes n'ont jamais voulu votre bien, tout simplement. Il n'y a pas de tergé versé là-dessus. Soit les personnes qui vous aiment respecteront vos limites. Mais en tout cas, moi, je soutiens absolument toutes les victimes, peu importe leur âge, leur sexe, leur identité de genre. Je les crois. Automatiquement, je les crois. Elles ont tout mon soutien, tout mon amour. Elles sont extrêmement fortes. d'être encore là. Peu importe comment elles s'en sortent aujourd'hui avec les moyens dont elles disposent, il n'y a pas de jugement, on s'en sort comme on peut. J'espère honnêtement, vraiment j'espère, ce serait absolument magnifique que toutes les victimes de viol obtiennent justice un jour.

  • Speaker #1

    Avant de conclure cet épisode, je tiens d'abord à dire un immense merci à Maë, parce qu'aborder un sujet aussi délicat et personnel, c'est pas facile. C'est vraiment pas facile. Et elle a fait preuve d'une incroyable force. Et elle a fait preuve d'une incroyable force et d'un courage, si je puis dire, admirables, en partageant son histoire avec nous. Comme Maë, je soutiens toutes les victimes. Et j'espère qu'elles obtiendront justice un jour. Vous continuez de permettre de libérer la parole pour alléger le poids qui pèse sur les victimes et punir les agresseurs. Parce que ça ne peut pas rester sous silence. Et votre parole doit être prise au sérieux. En tout cas, je pense que les auditeurs ont vraiment été touchés par ton témoignage. En tout cas, moi je le suis. Ta sincérité et ton ouverture, c'est une véritable source d'inspiration pour nous tous, je pense. Je tiens également à vous remercier, chers auditeurs, pour votre écoute attentive et votre soutien. Il faut savoir que votre engagement vers ce podcast et envers les histoires que nous partageons ici est ce qui me motive à continuer à explorer des sujets importants et parfois difficiles, comme vous avez pu le voir dans cet épisode. N'oubliez pas que votre voix a du pouvoir. Et en partageant vos histoires, non seulement vous allégerez le fardeau qui vous pesait, mais vous aurez aussi ouvert la voie à la guérison et à l'espoir pour d'autres personnes qui pourraient traverser des situations similaires. Vous étiez sur Etat d'âme, le podcast au cœur de votre santé. A très vite pour un prochain épisode. Prenez soin de vous.

  • Speaker #0

    Merci.

Description

Dans cet épisode, plongeons dans le récit poignant de Maé, une enfance marquée par la négligence de ceux censés la protéger.


Alors qu'elle vivait avec sa grand-mère, une série d'événements tragiques a commencé à façonner son parcours. Dès l'âge de 5 ans, elle a subi des abus aux mains d'un enfant sous la garde de sa grand-mère.


Sa tentative de dénoncer ces actes a été ignorée et minimisée par les professionnels de la santé et son propre entourage. Rejetée et abandonnée, Maé a porté le poids de son silence pendant des années. Plongeons dans son histoire sur États Dames.

Avant de commencer cet épisode, je tiens à vous avertir que nous aborderons un sujet très délicat qui pourrait faire resurgir des événements traumatisants. J’encourage les auditeurs à prendre soin d'eux-mêmes et à arrêter l'écoute si nécessaire.

Excellente écoute


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    État d'âme au cœur de votre santé. Bienvenue sur Etat d'âme, le podcast qui vous emmène au cœur des émotions féminines dans leur parcours de santé. Vous avez déjà ressenti cette impression de solitude face aux défis de la vie, qu'ils soient physiques ou mentaux. Sur Etat d'âme, je donne la parole à ces expériences authentiques, accompagnées d'histoires immersives et des conseils de professionnels de santé. Préparez-vous à être transporté, inspiré et informé. Restez à l'écoute, car vous êtes sur le point de découvrir un monde où vos émotions trouvent écho. Dans cet épisode, nous avons le plaisir d'accueillir Maë, une écrivaine talentueuse que vous découvrirez prochainement, car elle travaille actuellement sur son roman destiné à l'auto-édition. Son objectif est de partager son histoire avec le plus grand nombre de lecteurs, afin de toucher et d'aider bien évidemment le plus de personnes possible. C'est également pour cette raison qu'elle est présente avec nous aujourd'hui sur ce podcast, pour partager son témoignage puissant et inspirant avec vous, les auditeurs, et offrir son soutien à tous ceux qui en ont besoin. Dans cet épisode, nous allons donc plonger dans son témoignage poignant, avec une enfance marquée par la négligence de ceux censés la protéger. Alors qu'elle vivait avec sa grand-mère, une série d'événements tragiques a commencé à façonner son parcours. Dès l'âge de 5-6 ans, elle a subi des abus aux mains d'un enfant sous la garde de sa grand-mère. Sa tentative de dénoncer ces actes a été ignorée et minimisée par les professionnels de santé et son propre entourage. Rejetée et abandonnée, Maï a porté le poids de son silence pendant des années. Avant de commencer cet épisode, attention, je tiens à vous avertir que nous abordons un sujet très délicat qui pourrait faire ressurgir des événements traumatisants. Alors je vous encourage à arrêter l'écoute si nécessaire. Bonjour Maë, merci d'être sur Etat d'âme pour libérer la parole. Alors est-ce que tu peux te présenter ?

  • Speaker #1

    Je m'appelle Maë, j'ai 28 ans.

  • Speaker #0

    Alors quand tout a commencé ?

  • Speaker #1

    Je ne pourrais pas donner d'âge précis, mais je sens au fond de moi que quand c'est arrivé, j'avais au moins 5 ans. Moi j'ai l'impression d'être née le jour où l'événement traumatique est arrivé. Je n'ai aucun souvenir de... qui j'étais avant ça. Ma mère m'a souvent répété que j'étais une gamine souriante, avenante, comme tout gamin curieux à bas âge. Et un jour, va savoir pourquoi, j'ai changé radicalement de comportement.

  • Speaker #0

    Et quand ta mère t'a décrite comment tu étais petite, est-ce que tu te reconnaissais dans ce qu'elle disait ?

  • Speaker #1

    Eh bien, pendant longtemps, je ne me suis pas reconnue parce que, pour moi, je suis devenue moi. à partir de l'événement traumatique. Mais bon, en même temps, si j'avais 5 ans, quand on sait que la mémoire, en moyenne... est vraiment efficace à partir de 5 ans. Mais du coup, c'est vraiment ce que je ressens au plus profond de moi. J'avais 5 ans quand ça a commencé, mais peut-être que j'en avais 6. En tout cas, c'est par là que je sens que les événements sont arrivés. J'avais entre 6 et 5 ans.

  • Speaker #0

    Les souvenirs d'enfance, ils peuvent commencer à se former à différents âges, pour différentes personnes. Mais en général, les souvenirs autobiographiques, c'est-à-dire les souvenirs d'événements personnels spécifiques, ils commencent à se former autour de l'âge de 3-4 ans. Et cette période, elle est souvent appelée l'amnésie infantile. C'est où les souvenirs des premières années de vie sont rarement conservés à l'âge adulte. Mais les souvenirs à partir de l'âge de 5 ans sont généralement plus clairs et plus nombreux parce qu'à cet âge, les capacités cognitives et linguistiques de l'enfant se développent rapidement. Et ce qui va faciliter la formation et le stockage des souvenirs. Donc oui, beaucoup de personnes commencent à se souvenir plus clairement de leur enfance à partir de l'âge de 5 ans. Alors, est-ce que tu peux nous dire comment ce jeune homme a-t-il croisé ton chemin ?

  • Speaker #1

    Ta grand-mère, à l'époque, gardait les enfants qui étaient placés en aide sociale à l'enfance. Et parmi ces enfants, elle en a gardé deux, un garçon et son petit frère. Donc du coup, je ne vais pas les nommer, je vais juste parler de R.

  • Speaker #0

    Et ce R, il en profitait quand il n'y avait personne chez ta grand-mère ? Comment ça se passait ?

  • Speaker #1

    Ça se passait... très souvent les samedis soirs, il me semble, parce qu'il y avait souvent un soir, enfin il y avait tout le temps un soir, dans le week-end où on mangeait chez ma grand-mère. Toute la famille était réunie, les tatis, les tontons, les cousins, les cousines, etc. C'était vraiment le moment en famille du côté de ma mère. Et forcément, il y avait ces deux enfants-là. Et je vais en souvenir que ça se passait très souvent après les repas. quand on avait l'autorisation de sortir de table, qu'on pouvait tous recommencer, enfin retourner jouer, etc. Eh bien, R et moi, on jouait souvent tous les deux, vu qu'on était les deux plus jeunes. Voilà, tu sais comment ça se passe, les plus jeunes sont facilement mis de côté par les plus grands qui veulent jouer tranquille et pas être emmerdés avec les deux petits bambins. qui sont encore un peu dépendants des plus grands. Enfin bref, voilà. Je pense que ceux qui ont un grand frère, une grande sœur ou plusieurs savent de quoi je parle. Et du coup, on se retrouvait souvent tous les deux. Et il y avait ce moment où R me demandait de jouer aux fesses. C'est comme ça qu'il appelait ce que je vais décrire, jouer aux fesses. Et ce qui se passait, eh bien, quand c'était dans la chambre où lui et son grand frère dormaient, on se mettait... sous leur lit. C'était des lits superposés et du coup, on se mettait sur le sol, en dessous. On arrivait à passer tous les deux. Et ils se mettaient sur moi et il y avait pénétration. Ça, il n'y avait pas de, comment dire, de fausses caresses ou de bisous, éventuellement, tu vois. Parce que... Enfin... Vraiment c'était l'acte pur et dur qu'on retrouve dans les fichiers du viol, puisque pour beaucoup de personnes le viol c'est uniquement la pénétration, alors que ça commence bien bien bien avant ça, et là pour le coup c'est vraiment pure pénétration. Il n'y avait pas de mots échangés. Moi, c'est très simple, je fixais les lattes du lit. Je fixais ça et j'attendais que ça passe. Et on ne se disait rien. J'évitais ce regard. J'avais l'impression d'être entre deux mondes, tu vois. Parce que la douleur était intense, vraiment. J'ai jamais été piqué par une abeille mais j'ai tendance à comparer ça au dard d'une abeille quand une personne est piquée. Parce que je peux comprendre que ça faisait extrêmement mal, certaines personnes en pleurent. Donc j'ai tendance à comparer ces deux douleurs, même si du coup j'en connais qu'une sur les deux. Ou alors comparer ça à un couteau qu'on te plante tellement la brûlure est intense, c'est quelque chose de vif. Du coup, tout ton corps est tendu au max. Je me souviens des douleurs dans les jambes, des douleurs au niveau des omoplates, parce que j'étais sur le sol et j'avais le poids de R sur moi, vraiment. Il reposait tout son poids sur moi. Et c'était étouffant. Ça durait peut-être que quelques minutes, tu vois, où on restait comme ça et qu'on ne bougeait pas, mais j'avais l'impression que ça durait une éternité. Et pourquoi moi et pas une autre personne ? Et... une petite fille un peu réservée, un peu timide, et surtout j'avais cette tendance à vouloir faire tout ce que les personnes me demandaient pour obtenir leur validation. J'éprouvais ce besoin d'être validée par que ce soit mes camarades, mon frère, mon cousin, ma cousine, absolument tout le monde. Mais lui, je sentais que... Si je refusais de faire ce qu'il voulait qu'on fasse, il allait me frapper. Il faut savoir que R était tout l'opposé de moi, c'est-à-dire qu'il n'hésitait pas à se bagarrer, il était violent. Je pense que le contexte familial était aussi extrêmement toxique. Pour être placé, c'est qu'il y a un problème. Mais voilà, il était tout l'opposé de moi et j'avais peur de lui. C'était mon ami, mais en même temps, il me faisait peur. C'était un peu... C'est un peu paradoxal, mais moi je ne pourrais pas l'expliquer.

  • Speaker #0

    Mais je t'assure que c'est quelque chose qui arrive beaucoup à beaucoup de gens. Le fait de se sentir piégé entre la confiance envers une personne et la peur de ses comportements. C'est un mélange de sentiments assez contradictoires qui rend la situation très difficile à décrire et à comprendre, comme là pour toi. Et ça a duré combien de temps ?

  • Speaker #1

    Ça a duré... Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Ça s'est fait plusieurs fois puisque... Dans mes souvenirs, j'ai trois lieux différents, à savoir la chambre d'enfant, le terrain au fond de la maison et sous la tonnelle extérieure. C'est les trois lieux où ça se déroulait, mais je ne sais pas combien de fois ça s'est déroulé dans ces moments-là. J'ai vraiment un gros gros blanc et je ne me souviens ni vraiment de l'avant, ni vraiment de l'après, mais je savais que ce qu'on faisait, c'était pas bien. Déjà, son frère, son grand-frère nous disait que c'était pas bien. Je ne sais pas ce que R lui disait. quand ils étaient tous les deux. Mais il était au courant. Il disait toujours à son frère que ça ne se fait pas. Donc juste ça, j'avais l'impression qu'on faisait soit une bêtise, soit quelque chose de grave. Mais plus le temps passait, plus j'avais vraiment l'impression qu'on faisait vraiment quelque chose de grave. mais je ne savais pas quoi. Je n'avais pas les mots à l'époque. Il m'a fallu attendre l'adolescence pour les avoir. Et quand j'ai réalisé, j'étais... Ouais, t'imagines le choc, quoi.

  • Speaker #0

    Bah oui, en effet, c'est un grand choc. Quand tu parviens enfin à mettre des mots sur des actes traumatisants, c'est à ce moment-là que tu t'en comptes vraiment. C'est vraiment là, en fait, que tu prends conscience de la gravité de ce que tu as vécu. Et comme tu étais très jeune à l'époque... C'est normal que tu n'aies pas pleinement eu conscience de tout ce qui se passait. Et entendre ton histoire, ça nous fait réaliser à quel point ça peut être difficile de reconnaître et d'accepter la vérité de ces expériences traumatiques. Un soir, quelqu'un a surpris R en plein abus et a donc alerté les adultes. Ça s'est passé comme ? Qu'est-ce qu'ils ont fait ?

  • Speaker #1

    Alors, je l'ai appris que très récemment, il y a un peu plus d'un an, que c'était justement mon cousin qui nous avait surpris. Car quand j'ai enfin décidé de parler de ça à mes parents, c'était fin 2016. Ouais, c'était fin 2016. C'est là que je leur en ai vraiment parlé et qu'ils m'ont cru. On a essayé de savoir qui était justement la personne qui les avait alertés sur ce que R m'avait fait. C'était pas mon frère, c'était pas ma cousine, c'était pas le grand frère de R non plus. Donc le seul autre enfant qui restait dans l'équation, c'était mon cousin. Et il y a un peu plus d'un an, j'ai passé une semaine chez lui et sa partenaire parce que je ne me sentais pas bien. Et le sujet est venu sur le tapis. Et c'est là qu'on a conclu tous les deux que c'était bien lui qui nous avait bel et bien surpris dans la chambre d'enfant. Ce qui s'est passé exactement, je ne sais pas, parce que je ne sais pas ce que mon cousin a dit, en sachant qu'à l'époque, c'était lui aussi un enfant. Imagine un enfant qui est témoin d'une scène de viol, mais qui ne sait pas ce que c'est un viol, mais qui, du coup, le signale à des adultes. Il l'a dit avec ses mots d'enfant, donc je ne sais pas exactement ce qu'il lui a dit. Je pense qu'il ne s'en souvient pas à lui-même non plus. Donc du coup, R a eu une punition en conséquence de ce qu'on lui a dit. Ma mère m'a raconté que du coup ma grand-mère l'avait pris à part, et que depuis il n'a plus jamais recommencé. Voilà. Moi je m'en souviens pas, vraiment, j'ai un gros gros blanc de ce moment-là, je ne me souviens pas qu'on ait été surpris. Enfin si, je me souviens qu'on ait été surpris, mais j'ai plus du tout le souvenir en tête, j'ai pas un seul flash, j'ai rien. Je sais juste qu'au bout d'un moment, il a tout simplement arrêté. Et en 2004, ma grand-mère est morte du cancer du pancréas. Et là, R et son grand-frère sont retournés chez leurs parents. Et de là, ils ont été tous les deux… enfin, je sais que pendant une période, ils ont été tous les deux placés chez deux personnes différentes, donc ils ont été séparés. Et après ça, je ne les ai plus jamais revues au final.

  • Speaker #0

    Et à partir de quand tu as voulu faire des démarches sur ton passé ?

  • Speaker #1

    En 2009, j'étais en cinquième, que j'ai commencé un peu à me renseigner. Car sur Internet, j'ai rencontré une fille qui a été victime, elle également, de viol par un garçon de son âge quand elle était plus petite. C'est de là que moi, je me suis renseignée de mon côté. J'avais mon ordinateur, j'ai déjà fait sur Wikipédia.

  • Speaker #0

    Est-ce que R a essayé un jour de reprendre contact avec toi ?

  • Speaker #1

    Pendant le collège, R avait repris contact avec moi via Facebook. Il voulait qu'on redevienne amies, mais moi, j'en avais déjà pas envie. Et surtout, il n'arrêtait pas de refaire allusion à ce qu'on avait vécu tous les deux, en supposant que moi, j'y avais pris du plaisir. Ce qui n'était absolument pas le cas. Et c'est là en fait que j'ai voulu le dénoncer déjà à mes amis, en disant que voilà, quand j'étais petite, R, il m'a violée, il faut pas lui faire confiance, ou il faut pas sortir avec lui, enfin voilà, j'ai... comment dire... J'ai pensé faire les choses bien, mais au final ça a été le gros bordel, puisque... aucune de mes... Enfin, aucune, vu que c'était surtout des filles. Mais aucun de mes camarades, plutôt, on va dire, ne m'a cru. On m'a même accusée de menteuse. Pour eux, c'était impossible. Ben voilà, qui m'ait violée à cet âge-là. Et la tutrice, à l'époque, qui gardait R, a voulu porter plainte contre moi si je continue de dire ça. Puisque, évidemment, R... nié toutes les accusations pour lui c'était faux, il avait pas fait ça etc et forcément il a fini par en parler à sa tutrice qui justement où j'ai entendu des échos qu'elle menaçait de porter plainte contre moi et forcément j'ai eu peur puisque elle, voilà c'est l'adulte dans cette histoire c'est elle qui a les connaissances juridiques moi j'étais juste une petite gamine de 12-13 ans en pleine injustice dont tous les amis lui tournaient le dos, la traitaient de menteuse, prenaient la défense. Un garçon qui m'avait fait du mal et qui se plaçait en victime dans cette histoire. Voilà, autant si j'avais fait ça quand on avait 7 ans, j'aurais pu comprendre qu'il n'est pas reconnu le viol, parce que c'est une notion, quand on a moins de 10 ans, qu'on n'a pas obligatoirement. Mais là, quand on est à l'adolescence, j'estime qu'on a quand même les connaissances. surtout que j'imagine qu'il a vécu dans un environnement extrêmement toxique avec ses parents, donc il va savoir ce qu'il a subi ou ce qu'on lui a montré, mais pour moi il était parfaitement au courant de ce qu'il m'avait fait subir. Mais voilà, à l'époque je n'avais pas la force, je n'avais pas l'énergie, j'étais seule contre lui et seule contre mes camarades tout simplement, et un jour m'est arrivé un truc absolument horrible. celle que je pensais être ma meilleure amie à l'époque, a ramené R devant moi pendant qu'on attendait le bus pour rentrer chez nous un soir. J'ai eu extrêmement peur ce soir-là. Elle me l'a vraiment mis devant la gueule, limite collée, tu vois. pour que je parle, et en fait je disais rien, je le regardais même pas, je fixais le sol, mais à l'intérieur je bouillonnais, je tremblais, j'avais l'impression que tous mes auricules allaient me sortir du corps, tellement c'était la panique intérieure, et c'est là que j'ai compris que cette meilleure amie, entre guillemets, n'allait plus être mon amie du tout, pour moi elle avait littéralement dépassé les bandes. Le bus est arrivé, je me suis sauvée tout simplement, je suis montée dans le bus, et vraiment pendant tout le trajet j'avais envie de la tuer. J'ai jamais ressenti une envie de meurtre de ma vie, sauf ce soir-là, vraiment. J'avais de la haine mais tellement profonde, plus envers elle qu'envers lui, parce que voilà, elle avait manigancé ça. Pour moi, elle voulait clairement me faire souffrir, cette meuf. Et je... Oh, mon Dieu, je l'ai haï pour ça, mais d'une force, j'avais tellement envie de... Bon, bref. Voilà, quoi. Mais voilà, tout va bien. Elle est... Enfin, de ce que je sais, elle est vivante. Lui aussi, en théorie. Mais voilà, j'avais jamais... Cette situation, ça a été un... Rapide, mais très cauchemardesque, quoi. Et vraiment, je pensais que j'allais avoir le soutien des personnes autour de moi, quoi. Et finalement, je ne l'ai absolument pas eu. Je me suis retrouvée toute seule.

  • Speaker #0

    Comment tu t'es sentie au vu de ces réactions ?

  • Speaker #1

    Complètement démunie, totalement triste. Et je me suis sentie abandonnée, en fait. Et quand j'ai voulu en parler à mes parents, à cette même époque, surtout à ma mère, parce que j'ai plus d'affinité avec ma mère qu'avec mon père, quand il s'agit de discuter de sujets un peu sensibles, un peu sérieux. elle me disait que non c'était impossible qu'un enfant viole un autre enfant et à partir de cette phrase je n'ai plus jamais cherché à en reparler avec elle jusqu'à 2016 où j'ai commencé à faire ma thérapie et quand elle m'a dit ça j'ai compris que j'aurais pas le soutien et surtout j'avais pas les épaules J'avais pas les épaules pour me défendre, tout simplement.

  • Speaker #0

    En tout cas, c'est vraiment horrible, tout ce que t'as traversé. En tout cas, j'imagine que tu n'étais plus toi-même. Tes parents...

  • Speaker #1

    Avant, j'étais une petite fille absolument joyeuse, très avenante, et tout d'un coup, j'avais radicalement changé. Et la maîtresse que j'avais à cette époque-là, quand j'avais 5 ans, avait convoqué mes parents en leur disant, Voilà, il y a un souci, votre fille reste seule dans son coin, elle a l'air toujours triste, elle est absente, enfin voilà. Et de là... Mes parents ont pris rendez-vous avec ce que j'imagine être une pédopsychiatre ou une pédopsychologue, enfin bref, voilà, une personne qui s'occupe tout simplement des enfants. Cette femme, je me souviens ne lui avoir rien dit, vraiment, j'étais muette comme une tombe. Je savais de quoi elle voulait que je parle, mais je ne voulais tout simplement pas lui en parler. Et puis, je ne la connaissais pas, en fait, cette dame. Aujourd'hui, j'ai presque envie de la voir et lui dire, excusez-moi, j'espère que je ne vous ai pas vexé, mais vous ne me connaissez pas, j'étais toute petite, j'étais seule dans un bureau avec vous, l'un de mes parents. Non, je n'allais pas vous parler, en fait. D'où ? Voilà quoi, c'est tellement évident en fait, on n'arrête pas de répéter aux enfants, de ne pas parler aux inconnus, et du jour au lendemain, le petit enfant il se retrouve en tête à tête avec un adulte qu'il ne connaît pas, et dont on doit parler de sujets qui sont blessants. On est d'accord que ça n'a pas de sens, ça n'a absolument pas de sens. Autant si mes parents avaient été dans la pièce, peut-être que je leur aurais parlé à cette dame, mais non, mes parents n'étaient pas dans la pièce, j'étais vraiment toute seule avec cette professionnelle. donc de là on m'a redirigée vers un professionnel je sais absolument plus ce que je lui ai dit je lui en ai parlé mais je ne sais plus avec quel mot et le bilan de la séance quand il est revenu enfin quand on est revenu lui et moi auprès de mes parents qui étaient en salle d'attente il leur a dit que c'était des jeux que les enfants faisaient souvent entre eux et qu'il ne fallait plus en parler ni s'en préoccuper Alors je sais pas à quel jeu jouent les enfants de 5 ans pour dire ça, et vraiment je sais tellement plus ce que je lui ai dit, ça m'énerve parce que je me dis que je pourrais apporter tellement plus d'éclaircissement, mais non je sais plus du tout. C'est sûr que je lui ai pas dit, j'ai été violée par un enfant de mon âge, puisque à l'époque j'avais aucune notion de sexualité, de viol, de consentement, d'intimité et tout le calendrier quoi. Mais voilà, du coup, en fait, je ne sais pas ce que je lui ai dit pour qu'il tonde une réponse pareille à mes parents, mais du coup, pour eux, le sujet était clos. Il s'était passé quelque chose, mais ce n'était pas quelque chose de grave. Le professionnel de santé a dit que ce n'était pas grave et qu'il ne fallait plus en parler, donc oui, obligatoirement, ils lui ont fait confiance, et le sujet n'a plus été abordé jusqu'à moi avec cette petite tentative pendant le collège, et puis bien évidemment... dès 2016, où en fait, j'étais à la fin de mes études, j'avais eu mon bac en juillet 2016. Et voilà, c'est parcours sup, études supérieures, boulot, permis, voilà, toutes ces choses de la vie, d'adulte, d'indépendance, d'autonomie qu'il faut entamer. Mais voilà, je sentais chez moi qu'il y avait un blocage qui m'empêchait absolument de faire toutes ces choses-là. Et je savais ce qu'était ce blocage. Ce blocage, c'était ce qui m'est arrivé avec R. et je l'ai refoulé toute ma vie en fait.

  • Speaker #0

    Quelle émotion t'as ressentie lorsque les professionnels de santé ont carrément minimisé ce que R t'avait fait ? Non, parce que déjà pour les victimes, c'est difficile d'en parler. Toi, tu en parles et on te croit limite pas.

  • Speaker #1

    Honnêtement, je ne sais plus trop ce que j'ai ressenti en fait. C'est-à-dire que pendant des années, j'ai eu l'impression d'être anesthésiée d'absolument tout. Je ne savais pas que mon corps était en mode survie, tout simplement, pour m'éviter la souffrance liée au trauma. Et vraiment, émotionnellement, j'étais vide. de beaucoup de choses, de beaucoup d'envie. J'étais en effet une enfant très solitaire, très dans son petit monde. Vraiment, je m'étais renfermée sur moi-même et dans mon imagination. C'était mon échappatoire. Pour échapper à quoi ? Je ne savais pas vraiment, mais je sentais en moi qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas sans savoir ce que c'était, sans avoir de mots. Ni d'image pour le décrire à qui que ce soit, j'étais juste une gamine et j'ai grandi comme ça. J'étais ado, j'étais déjà mal dans ma peau. En plus, je subissais du harcèlement scolaire parce que j'étais attirée par les filles, parce que j'avais un style vestimentaire alternatif. Mais voilà, j'ai grandi en ayant l'impression d'être endormie. Comme si en fait j'étais un peu sur pilote automatique et que je faisais les choses machinalement. Vraiment c'est comme ça que je me vois, je pense que c'est comme ça aussi que beaucoup de personnes me voyaient. Mais personne ne se doutait de la véritable raison pour eux si j'étais comme ça par... par nature quoi et souvent ben voilà j'étais on m'a jugé pour ça disait pas ça venant tu ne souris pas c'est tu vas passer vers les autres tu restes dans ton coin et machin machin bref je pense que beaucoup de personnes ont déjà entendu ce genre de discours et en fait je me rends compte que ce sont des phrases qui sortent tellement facilement de la bouche de personnes qu'on connaît même d'inconnus sans qu'ils dans les verres ils se disent mais attends cette personne est comme ça Est-ce qu'il n'y a pas une raison derrière ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est exactement ça. En fait, on vit dans une ère où la critique est omniprésente, que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les médias ou même dans notre entourage. Certains y critiquent sans même chercher à comprendre la raison derrière le comportement de l'autre. Ils oublient en fait que derrière chaque action, chaque comportement, il y a une histoire personnelle. Il peut y avoir des expériences vécues, des émotions ressenties, et en fait cette personne-là qui va être critiquée si facilement, peut-être qu'elle est comme ça pour des raisons qui lui sont propres. Peut-être qu'elle a été blessée, peut-être qu'elle a connu des épreuves qui tout simplement ont façonné son caractère et ses réactions. Peut-être qu'elle agit ainsi par peur, par insécurité, par besoin de se protéger. Et si, du coup, ces personnes qui critiquent prenaient un moment pour réfléchir avant de critiquer, il pourrait peut-être réaliser que derrière cette façade se cache une personne avec ses faiblesses, ses doutes, ses luttes. Et peut-être qu'en cherchant à comprendre, il pourrait enfin établir une connexion plus profonde basée sur l'empathie et la compassion. Donc voilà, c'était un petit aparté. Un jour, tu vas décider d'en parler à nouveau. Comment ça s'est passé ? Et à qui as-tu décidé d'en parler à nouveau ?

  • Speaker #1

    Je me souviens, je m'étais préparée une semaine à l'avance pour un rendez-vous de check-up avec mon médecin traitant. Et ça a été la première personne à qui j'ai de nouveau abordé le sujet. J'avais tout préparé pour lui expliquer de façon chronologique comment tout s'était passé. Et ça a été tellement compliqué, bordel, c'était impressionnant, je m'en souviens, je tremblais, j'avais envie de pleurer, je transpirais, et elle à la fin, elle avait les larmes aux yeux quoi. Et on a rediscuté à d'autres rendez-vous, mais voilà, c'est-à-dire qu'elle avait limite, il fallait que je voie au moins une psychologue pour aborder le trauma plus en profondeur et travailler sur moi-même. Et c'est là que je me suis dit qu'il faut que j'en parle à mes parents, il faut vraiment qu'ils sachent la vérité, parce que je me rends compte qu'ils ne savent absolument pas ce qui s'est passé. Mais je ne me voyais pas leur dire en face. J'avais vraiment peur de leur réaction, sachant que la première fois que j'ai voulu essayer d'en parler avec ma mère quand j'étais au collège, elle a nié directement ce que j'ai dit. Donc déjà, il y a ça qui faisait que j'avais vraiment peur, que pendant que je parle, elle m'interrompe et qu'elle me dise non, ce n'est pas vrai et que je ne sois pas capable d'en dire. Du coup ce que j'avais fait à l'époque, j'avais pris la tablette de mon père et je m'étais enregistrée en vidéo. Je crois qu'ils étaient en repas de boulot, un truc dans le genre. Du coup ils n'étaient pas là, il n'y avait que moi dans la maison. Et j'en ai profité pour faire une vidéo où je leur ai dit, comme avec mon médecin traitant, je leur ai sûrement dû leur dire à peu près la même chose. Je me souviens par contre avoir complètement pleuré en faisant la vidéo. Je ne l'ai pas coupé au montage de la vidéo parce que je pouvais monter, enfin modifier un peu si je voulais enlever des trucs. Mais non, j'ai laissé la vidéo telle qu'elle, comme ça, sans filtre. Et j'ai laissé la tablette sur la table, ouverte, exprès pour que quand mes parents rentrent de soirée, avant d'aller se coucher, ils lisent la vidéo. C'est hyper cruel de leur sauter une bonne nuit comme ça après qu'ils aient passé un bon moment avec leurs collègues ou je ne sais plus qui. Mais voilà, moi, je me suis pas endormie avant qu'ils soient rentrés et qu'ils aient écouté la vidéo. Et je les ai pas entendus parler après l'avoir écouté. Mais ils m'ont cru, quoi. Je me souviens pas ce qui s'est passé le lendemain. Vraiment, je m'en souviens pas. C'est un truc de fou, putain. Non, en tout cas, je me souviens pas. C'est impressionnant. Mais ils m'ont cru. Et ça m'a fait un bien fou. Et surtout, ils étaient complètement déboussolés, en fait. Pour eux, ils n'en revenaient pas. Et surtout...

  • Speaker #0

    et culpabilisés d'avoir rien vu. Comme tout parent face à un malheur de leur enfant, quand ils les aiment, et qu'ils réalisent qu'il y a eu quelque chose de dramatique, ils se sentent forcément coupables parce qu'ils estiment qu'en tant que parents, ils doivent avoir les yeux sur tout, les oreilles sur tout, pour les protéger. Enfin voilà, tu vois ce que je veux dire. Et depuis, j'ai pu entamer ma thérapie, avec différentes psychologues, j'en ai vu plusieurs, qui ont eu des méthodes différentes, qui chacune m'ont aidée à avancer petit à petit, ça a été très long, c'était très douloureux, et même encore aujourd'hui, j'ai besoin d'un suivi, parce que... On a gratté le fond, le fond, le fond. Mais le problème, c'est que quand un trauma n'est pas traité, il engendre plein de troubles comportementaux derrière. Et moi, j'en ai accumulé, attends, 5 ans. J'en ai accumulé au moins pendant 15 ans. Donc, va déconstruire 15 ans de schéma toxique du cerveau. Ça ne se fait pas en 3 séances de psy, tu vois. Et même avec les traitements qui m'accompagnent avec. Voilà, ça demande énormément de temps, c'est ce qu'elles m'ont répété, parce que, voilà, pour des raisons qui sont évidentes, je pense, j'essaye de voir des femmes, essentiellement, dans tous mes rendez-vous santé, et du coup, j'ai été suivie que par des psys femmes, et elles m'ont dit, le plus dur, c'est de donner le temps au temps, en fait, vraiment.

  • Speaker #1

    J'imagine tellement ce moment où tu as rencontré cette professionnelle de santé qui... qui du coup a été à l'écoute et a été aussi empathique quand tu as vu qu'elle avait aussi les larmes aux yeux. J'imagine que tu as dû ressentir comme un immense soulagement lorsque tu es enfin tombée sur un professionnel à l'écoute et qui ne minise pas ce qui s'est passé, limite qui ne croit pas. Ce qui s'est passé. Là, du coup, tu as été vraiment entendue, écoutée. Et lorsque tes parents aussi t'ont enfin crue. Ça a dû être un poids énorme en moi. Et sinon, au niveau estime de soi. Et bien-être émotionnel.

  • Speaker #0

    J'ai grandi en étant persuadée que j'étais une anomalie. Qu'il y a quelque chose chez moi qui n'allait pas, tu vois. Sans savoir exactement ce que c'est. Parce que d'une certaine manière... j'étais curieuse de savoir et en même temps j'avais peur de connaître la vérité donc il y avait j'étais un peu dans le déni j'avais pas envie de chercher mais en même temps je voulais savoir, ça se battait un peu dans mon cerveau mais vraiment j'ai grandi en étant persuadée que j'étais une enfant bizarre avec un comportement anormal qui sortait de l'ordinaire et comme c'était les raisons un peu de mon harcèlement, on va dire moi mes différences, ça renforçait encore plus cette impression-là. Et mon estime de moi, si je remonte à quelques années, vraiment, elle était au ras du sol, vraiment. Même encore aujourd'hui, des fois, j'ai des réflexes d'auto-dérision, limite auto-sabotage, tu vois. Là, en ce moment, il y a une image qui... qui dit sur sur Sred la vie serait meilleure sans deux points et c'est à toi de donner une réponse et moi je sais pas que je vois cette image j'ai envie de répondre bah moi c'est

  • Speaker #1

    dur, franchement c'est dur ce que tu dis mais je comprends je comprends ce ressenti quand on a l'impression d'être de trop d'être aux différentes, d'avoir cette impression de ne pas être comme les autres autour de soi. Est-ce qu'il y avait d'autres situations comme ça où tu te dénigrais ?

  • Speaker #0

    Ce n'est absolument pas drôle, c'est extrêmement triste. Des fois, c'est encore ce réflexe-là que j'ai. Quand on me fait un compliment sur mes qualités émotionnelles, ou sur mes qualités en tant qu'écrivaine, ou sur mon dessin, je trouve une autre tâche que j'ai pu faire et qui a été validée. J'ai souvent tendance à dire oui, mais... Il y a un truc négatif derrière, tu vois. Comme si je n'étais pas légitime d'avoir des qualités. Pendant ces... J'ai du mal avec les compliments. J'ai du mal avec les compliments. J'essaie de travailler sur moi pour mieux les accueillir. J'ai du mal surtout avec la fierté. J'ai rarement été fière dans ma vie. Les rares fois où je l'étais, ça a été très éphémère. Il y en a pour qui ça peut durer des jours. Il y en a même pour qui ça peut durer des années quand ils se souviennent de l'événement particulier. Moi, ma fierté sur des trucs, elle est partie depuis... C'est bon, tu vois, elle n'est plus là. Et vraiment, quand on me dit Tu peux te faire de toi pour tout ce que tu as fait aujourd'hui, ou pour tout le travail que tu fais avec les psys moi je suis là, oui. J'orce les épaules, tu vois, en mode Ce n'est pas si exceptionnel que ça alors que... bah si. ça devrait l'être, je sais que ça devrait l'être, mais mon cerveau ou mes émotions, elles ne sont pas alignées avec ça, tu vois. Et encore, il y a un petit déséquilibre, ça n'a pas très envie de s'écouter ou de se donner raison. C'est plus facile pour moi d'accueillir les négatifs que tout ce qui peut être positif. Et vraiment, mon image de moi, ça a été compliqué, surtout au niveau de tout ce qui est intimité, couple, sexualité. au vu de ma première expérience si on peut dire ça a été hyper compliqué j'ai quand même dû faire cette thérapie aussi pour pouvoir un jour être en couple avec quelqu'un car quand j'étais ado et que je suis sortie avec des filles c'était l'enfer vraiment c'était l'enfer quand t'es ado t'as envie de tester de ces rapports intimes du coup les ados ils sont pressés pour ceux qui le sont je sais qu'ils sont pas tous comme ça mais malheureusement je suis tombée que sur des profils de de nanas qui avaient envie de rapports intimes, de contacts, etc. Et moi, j'étais absolument pas à l'aise avec ça, vraiment. Je sentais ça comme une... Encore une fois, comme des micro-violes, on peut dire ça comme ça. J'ai pas d'autres mots. Des micro-violes. Des petites attaques comme ça. Mais j'arrivais pas à leur dire, tu vois, c'était impossible pour moi de leur dire. Et du coup, je sortais l'excuse que j'ai du mal, je suis timide, machin, machin. mais ça suffisait pas au bout d'un moment il y avait cette impatience il y avait ce moment où il fallait passer à l'acte et c'est là que ça partait c'est là que ça partait en couille c'est bizarre l'expression dite comme ça mais ça mettait souvent fin à la relation quoi et je me suis dit mais si je fais pas un travail au moins sur un an par rapport à ça j'y arriverais pas quoi et je voulais pas que ma partenaire soit celle qui allait me guérir je voulais pas lui donner cette responsabilité là qu'elle m'aide, oui, mais qu'elle ne me guérisse pas. Pour moi, c'est à moi de me donner les moyens de me guérir avec des personnes formées pour m'aider à me guérir. Ce n'est pas à ma petite amie de subir ça, tout simplement. Qu'elle me soutienne, qu'elle m'encourage et qu'elle m'aide, oui, mais ce n'est pas à elle de me guérir. Je ne sais pas si c'est clair, mais voilà, c'est comme ça.

  • Speaker #1

    je comprends en fait qu'elles te soutiennent mais pas qu'elles essaient de te guérir en tout cas clairement ton passé il a impacté ton présent et face aux difficultés que tu rencontres tu ressens de la colère j'imagine qu'est-ce que tu ressens de la colère, de la frustration,

  • Speaker #0

    de l'impuissance face à tout ça je suis allée voir une personne qu'on m'a recommandée pour faire très simple parce que sa profession n'est pas écrite sur sa carte on va dire énergéticienne, les personnes qui écoutent peuvent un peu discerner le profil de cette personne. La première fois que je l'ai vue, je ne l'ai vue que deux fois, je n'ai pas eu besoin de plus, mais la première fois, du coup, je lui ai demandé de m'aider à dégager mes blocages, parce que je lui ai expliqué que... malgré mon travail avec les différentes psy et tout, je sentais qu'il y avait encore quelque chose qui bloquait, mais que le travail traditionnel ou moderne de la médecine n'était pas suffisant. Et du coup, c'est là qu'elle a accepté de m'aider. Et quand elle a ressenti mon subconscient, elle m'a dit je sens une grande injustice Et ouais, c'est vraiment le mot, l'injustice. C'est de l'injustice et vraiment de la colère face à tout ce qui m'est arrivé. Et le fait de ne pas avoir été... Comment je pourrais dire ? Oui, voilà, que justice ne soit pas rendue, qu'on n'ait pas reconnu toutes mes souffrances, que j'ai été obligée de porter ça toute seule, en fait. En même temps, tu vois, je me dis, les gens ne pouvaient pas se douter s'ils ne disaient rien. Mais j'étais tellement petite que comment je pouvais me dire que si Laurent parle, c'est la solution, tu vois. Dans ma tête, pour moi, c'était écrit sur ma face et les gens devaient le deviner obligatoirement. Ouais, enfin, c'est ça, quand t'es enfant et que très tôt, t'as appris à te renfermer sur toi-même, c'est que tu connais pas d'autres solutions et pourtant, tu te dis que des adultes verraient le problème, déjà, de base. Mais voilà, pour moi, ma vie est injuste, vraiment. Je n'ai pas mérité ça. Je n'ai pas... Non ? Aucun enfant, d'ailleurs, ne mérite ça. Personne ne mérite ça. Mais moi, quand je retrace plus ou moins les films de ma vie, je me dis, mais putain, c'est quoi ça ? Qu'est-ce que j'ai fait pour... pour subir autant de mauvaises choses ? Et surtout, à quoi je me suis raccrochée, en fait ? Vraiment, je sais que mon corps a été en mode survie toutes ces années. et que là je suis exténue tout simplement parce que mon corps commence petit à petit à abaisser les défenses et je me rends compte à quel point ça l'a épuisé vraiment je l'ai drainé jusqu'à je sais pas quoi jusqu'à je sais pas quelle limite mais j'ai pas mérité ça j'ai pas mérité ça et ça me les brise C'est l'enfance que j'ai eue, l'enfance et l'adolescence que j'ai eue. J'ai tellement le réflexe de me remémorer des mauvais souvenirs que des bons, parce que pour moi, les mauvais souvenirs, c'est eux l'essence de ma vie. Ce ne sont même pas les bons. Les bons, à côté, c'est un peu comme les quêtes secondaires dans les jeux vidéo. Ce n'est pas la trame principale. Ils sont là, c'est à côté, c'est des bonus. Mais ce n'est pas l'essence de l'histoire. Pour moi, l'essence de mon histoire, c'est tout ce qui m'est arrivé de mauvais. Ouais, c'est de l'injustice que je ressens le plus. Qui s'est un peu apaisée grâce à la personne que j'ai vue. Mais je sens qu'au fond, ça reste quand même un peu là. Et quoi que je fasse, de toute façon, le trauma, il sera là.

  • Speaker #1

    Et ça a été quoi tes mécanismes de défense pour faire face à cette situation difficile ?

  • Speaker #0

    Je pense que ma meilleure défense, ça a été tout simplement mon imagination. C'est-à-dire que j'ai... J'étais souvent dans la lune, comme on dit en fait. Je n'étais pas attentive spécialement aux cours. Mais j'avais ce qu'on appelait des absences. On pouvait limite parler de ça, d'absence, tellement j'étais loin, loin, loin dans ma tête. Et j'étais loin dans ma tête. Et vraiment, je m'inventais un univers. J'avais... Je m'appelais untel, j'avais telle apparence, je vivais dans tel monde, je vivais telles aventures, pour moi, je fuyais au mieux ma réalité parce qu'elle me plaisait pas cette réalité en fait. Rien, il n'y avait rien de plaisant pour moi et c'était tellement plus intéressant de m'enfuir dans mes petites histoires que d'être assise sur une chaise en bois et suivre des cours entourés d'enfants et d'adolescents qui, quand ils avaient l'occasion, aimaient me faire chier, tu vois. Vraiment. C'est ce qui m'a sauvée, ce repli sur moi. C'était la coquille que je me suis créée. Et voilà. Je pense que c'est comme ça que je me suis au mieux protégée. Et là, on va dire que petit à petit, j'ai appris à sortir un peu de cette armure. pas la briser totalement, mais au moins enlever un poids ou deux, on va dire, histoire que ce soit une armure un peu plus adaptée à ce que je suis maintenant. Mais c'était une armure, à l'époque, on va dire, qui se proportionnait par rapport à la petite personne que j'étais, tu vois. Absolument pas équilibrée, c'était vraiment le gros déséquilibre abyssal, quoi.

  • Speaker #1

    Et tu avais quand même des personnes qui te soutenaient ou aucune ?

  • Speaker #0

    J'avais, on va dire, quelques rares personnes qui me croyaient à l'époque et qui étaient... qui répondaient présentes pour moi, mais elles étaient aussi impuissantes que moi face à ça. C'est-à-dire que, oui, j'avais en soi leur soutien, mais ça ne m'aidait pas forcément à aller mieux, tu vois. C'est... Ouais, enfin... Ma famille ignorait tout. Des personnes m'ont tourné le dos, j'en ai plus reparlé. Avec le temps, finalement, j'en parlais même plus. Les gens étaient un peu au courant, mais je n'en faisais pas autant un drame ni mon combat comme quand j'étais au collège et que j'étais pleine de rage. Partir du lycée, c'était plutôt défaitiste. J'essayais même pas de remettre ça. Non, vraiment. Je n'avais pas la force vu ce que je commençais à s'y dépasser précédemment. Non, je n'avais pas de soutien. J'ai porté ça toute seule. En tout cas,

  • Speaker #1

    je suis vraiment navrée que tu aies dû porter tout ça toute seule. Ça a dû être tellement dur. J'espère que certaines personnes ayant une histoire similaire qui écoutent ce podcast trouveront la force de s'ouvrir et de reparler de ce qu'elles ont vécu. Et j'espère surtout qu'elles tomberont sur un bon professionnel de santé à l'écoute et capable de les soutenir. D'ailleurs, en 2017, Qu'est-ce qui t'a donné la force de retourner voir un psy pour entamer une thérapie malgré les échecs que tu avais eu avec les deux professionnels de santé que tu avais vu auparavant ?

  • Speaker #0

    Après le bac, il fallait entamer un nouveau chapitre de ma vie et je sentais qu'il y avait un gros blocage qui faisait que ce chapitre j'étais... absolument pas en capacité de le commencer et je faisais tourner mes parents en rond en fait parce que on a essayé plusieurs trucs, on a essayé la mission locale, on a essayé de voir d'autres alternatives pour que je passe le permis, que je trouve des stages, enfin... vraiment ils comprenaient pas et surtout ils avaient pas envie que je sois là à rien faire pour eux c'était problématique parce qu'ils savaient pas qu'il y avait vraiment un problème derrière tu vois et c'est là que je me suis dit mais il faut que ça sorte il faut que ça sorte parce que sinon ma vie ça va être ça va être un enfer et c'est là je me suis dit ok j'ai un rendez-vous avec le médecin traitant à ce moment là j'ai commencé avec elle et de là je lui avais parlé après il y a eu la vidéo et de là il y a eu le rendez-vous avec la première psychologue et du coup tout le chemin thérapeutique qui a suivi après qui a été très très long et ça a permis ça a permis à mes parents de se déconstruire sur certains trucs d'apprendre certaines choses et de se et ils ont au fil des années ils ont arrêté en fait de me mettre la pression pour passer le permis, trouver un boulot, faire des études machin machin pour avoir une vie autonome d'adulte tu vois maintenant ils savent que j'ai besoin d'un rythme particulier que je vais devoir trouver quelque chose adapté à moi parce que j'ai des problèmes de santé mentale tout simplement qui font que je suis pas facilement adaptable à la société et malheureusement ça sera malheureusement Si on peut dire ça, mais ça sera ça toute ma vie parce que je suis comme ça, mon événement traumatique a fait que je suis la personne que je suis maintenant et il fera toujours partie de ma vie même si j'ai fait beaucoup de chemin, j'ai beaucoup avancé, il reste là et il faut continuer de le prendre en compte, il faut pas que... voilà j'ai appris à respecter mes limites maintenant au lieu de les dépasser pour m'adapter ou pour faire plaisir à un tel ou un tel je suis là bah non maintenant ma limite c'est ça si vous êtes pas content je vais voir ailleurs c'est plus la peine qu'on discute et du coup c'est vrai que ça rend pas les choses faciles dans ma vie mais au moins je suis en accord avec moi et même si ça me fait passer peut-être pour une personne fainéante qui profite du système et des aides c'est ce qu'on entend souvent malheureusement ouah par les personnes les plus frustrées de l'existence, paradoxalement. Mais voilà, il fallait que j'avance. Il fallait que j'avance là-dessus. Et voilà, ça a été la chose la plus compliquée, la plus épuisante de ma vie. Mais il fallait. C'était ça où ma vie s'arrêtait en 2016. Vraiment.

  • Speaker #1

    Mais en tout cas, je suis vraiment contente que tu aies décidé de penser à toi avant tout. Et tu as raison, il faut respecter ses limites. Quel conseil tu donnerais à d'autres personnes confrontées à des abus similaires et qui ne se sentent pas écoutées, ou qui justement ont peur de parler de peur qu'on ne les croit pas en fait ?

  • Speaker #0

    Ce serait de ne pas abandonner. Parce que viendra un moment où elles tomberont sur une personne qui sera ouverte à les écouter et à les croire. et que ça entraînera tout un processus qui ira dans leur sens pour guérir. C'est pas facile, vraiment, c'est vraiment pas facile de guérir de ça. Ça prend du temps, ça prend des années, pour certaines personnes ça prend toute une vie, d'autres en guérissent jamais, mais il faut s'accrocher. Il faut s'accrocher, tomber sur cette personne et faire de son mieux. Vraiment faire de son mieux, à son rythme, avec des méthodes qui sont adaptées. Ne pas avoir peur des coups bas, des moments où ça dégringole, on a envie d'abandonner, on n'en peut plus. C'est normal, on est fatigué. C'est un combat 24 heures sur 24, la journée on lutte, la nuit on lutte même si on dort. même dans les moments les plus randoms, sous la douche, en train de faire cuire des oeufs, on lutte, en étant entouré de nos amis, on lutte, repas de fin d'année, on lutte, le jour de notre anniversaire, on lutte. Il n'y a pas de moment pause, vu que c'est dans la tête. Ça ne s'arrête pas et c'est un travail qui est perpétuel. En fait, ça consiste à... à donner au cerveau d'autres fondations, détruire les fondations abîmées, toxiques de traviole, pour en faire des nouvelles beaucoup plus solides, beaucoup plus droites. mais ça prend du temps, ça prend énormément de temps et c'est épuisant, mais il ne faut pas s'en vouloir les jours où ça va moins que d'autres, ou les jours où on a fait moins que la journée précédente, il ne faut vraiment pas s'en vouloir d'être ce qu'on est et de vouloir avancer à notre rythme, vraiment. la culpabilité inutile, c'est pas la peine, on souffre assez comme ça honnêtement, la vie est déjà assez pénible quand on a vécu ça, donc c'est pas la peine de se rajouter des petits moments, des petites culpabilités stupides, des pressions inutiles, vraiment, allez à votre rythme, exigez ce dont vous avez besoin, respectez vos limites, s'il y a des gens qui ne sont pas du tout ouvertes pour vous accorder ça, c'est que ces personnes n'ont jamais voulu votre bien, tout simplement. Il n'y a pas de tergé versé là-dessus. Soit les personnes qui vous aiment respecteront vos limites. Mais en tout cas, moi, je soutiens absolument toutes les victimes, peu importe leur âge, leur sexe, leur identité de genre. Je les crois. Automatiquement, je les crois. Elles ont tout mon soutien, tout mon amour. Elles sont extrêmement fortes. d'être encore là. Peu importe comment elles s'en sortent aujourd'hui avec les moyens dont elles disposent, il n'y a pas de jugement, on s'en sort comme on peut. J'espère honnêtement, vraiment j'espère, ce serait absolument magnifique que toutes les victimes de viol obtiennent justice un jour.

  • Speaker #1

    Avant de conclure cet épisode, je tiens d'abord à dire un immense merci à Maë, parce qu'aborder un sujet aussi délicat et personnel, c'est pas facile. C'est vraiment pas facile. Et elle a fait preuve d'une incroyable force. Et elle a fait preuve d'une incroyable force et d'un courage, si je puis dire, admirables, en partageant son histoire avec nous. Comme Maë, je soutiens toutes les victimes. Et j'espère qu'elles obtiendront justice un jour. Vous continuez de permettre de libérer la parole pour alléger le poids qui pèse sur les victimes et punir les agresseurs. Parce que ça ne peut pas rester sous silence. Et votre parole doit être prise au sérieux. En tout cas, je pense que les auditeurs ont vraiment été touchés par ton témoignage. En tout cas, moi je le suis. Ta sincérité et ton ouverture, c'est une véritable source d'inspiration pour nous tous, je pense. Je tiens également à vous remercier, chers auditeurs, pour votre écoute attentive et votre soutien. Il faut savoir que votre engagement vers ce podcast et envers les histoires que nous partageons ici est ce qui me motive à continuer à explorer des sujets importants et parfois difficiles, comme vous avez pu le voir dans cet épisode. N'oubliez pas que votre voix a du pouvoir. Et en partageant vos histoires, non seulement vous allégerez le fardeau qui vous pesait, mais vous aurez aussi ouvert la voie à la guérison et à l'espoir pour d'autres personnes qui pourraient traverser des situations similaires. Vous étiez sur Etat d'âme, le podcast au cœur de votre santé. A très vite pour un prochain épisode. Prenez soin de vous.

  • Speaker #0

    Merci.

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