Speaker #0Comment cette histoire, elle commence pour moi, si on revient tout au début de mon histoire, de ce que je sais par ce qu'on me l'a raconté. Parce que maintenant il y a tout ce problème des adoptions illégales, des trafics, des falsifications, donc on n'est même plus sûr de la véracité de ce qu'on nous donne comme informations. Mais en tout cas les informations que j'ai c'est que ma mère était très très jeune. n'étaient pas mariées et donc m'a confiée à l'adoption. En tout cas, ça c'est l'histoire qu'il y a sur papier. Ensuite, pour mes premiers souvenirs à moi, honnêtement c'est compliqué. Je n'ai pas vraiment de souvenirs de mon enfance, mis à part des photos ou des choses qu'on m'a racontées. Après, j'ai eu l'impression peut-être que cette histoire a commencé au moment où j'ai commencé à me sentir vraiment différente de la plupart des enfants qui m'entouraient, que ce soit de ma famille, que ce soit des amis ou des collègues. camarades d'école, on va dire. Je pense que c'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé vraiment à avoir conscience que ça n'allait pas être évident. Cette adoption, elle représente pour moi aujourd'hui énormément de douleur, ou ça a représenté beaucoup de douleur, mais maintenant ça représente plus de force. Cette adoption, elle m'a autant détruite que forgée. Pendant très longtemps, je l'ai très très mal vécue, que ce soit justement à cause des remarques qu'on pouvait me faire, de la différence. De mon identité, je ne comprenais pas vraiment qui j'étais. Je ne trouvais pas de sens à tout ça. Mais aujourd'hui, j'essaye d'en faire une force. J'essaye de développer toute cette douleur que j'ai pu ressentir en quelque chose de plus lumineux, de passer un message d'espoir, de résilience autour de ça. Même si bien évidemment que chaque adoption est différente, que chacun le vit de différentes manières et que ça reste assez... personnelle comme avis. Mais je dirais que moi, ça a quand même été une grande part de ma douleur et en même temps, c'est ce qui fait de moi aujourd'hui la femme que je suis, qui est quand même, je pense, assez bienveillante, à l'écoute, dans la compassion. Peut-être que en n'ayant pas une histoire comme celle-ci, je l'aurais été peut-être un petit peu moins, j'aurais peut-être été un peu moins à l'écoute des gens. Je ne sais pas. Mais en tout cas, aujourd'hui, j'essaye de prôner le fait que c'est plus une force que autre chose. Le rapport que j'ai eu à mes origines, à mon identité et ma place dans le monde, c'était un peu compliqué. Je ne me rendais pas forcément compte de tout ça avant que les critiques commencent à arriver. Et puis quand ça a commencé à arriver, j'ai voulu mettre au plus loin de moi ce qui sont mes origines finalement. Donc l'Inde, je me teignais les cheveux, j'essayais de ne pas répondre quand on me demandait d'où je venais. j'essayais de de me détacher complètement de ce qui pouvait me faire ressembler potentiellement à une indienne. Mais aujourd'hui, c'est clairement une de mes plus grandes fiertés d'être indienne, malgré le fait que ça reste un pays qui est très, très, très mal perçu. Enfin, c'est un peu, voilà, soit c'est vénéré, soit c'est détesté. Mais aujourd'hui, je suis très, très fière d'être indienne. Le sentiment qui revenait le plus souvent en moi lorsque j'étais enfant ou adolescente, c'est la peur d'abandon déjà, la peur extrême d'abandon. Le fait de ne me sentir jamais assez belle, assez forte, assez intelligente, assez gentille, assez souriante. J'avais l'impression que je ne pouvais pas non plus dire réellement ce que je pensais, parce que j'avais trop peur qu'on m'abandonne. J'avais trop peur que si je n'allais pas dans le sens de tout le monde, on se disait... Elle nous énerve. Allez, on la renvoie quoi presque. Donc ouais, je dirais que c'est vraiment la peur d'abandon extrême. En tout cas, dans ma petite enfance et jusqu'à ma préadolescence, ça a été vraiment ça. Je dormais plus, je mangeais pas beaucoup. C'était vraiment devenu catastrophique. Et ensuite, ça s'est manifesté d'une autre manière, justement, en essayant de renier mes origines, en essayant de m'accrocher un peu à tout le monde. de personnes qui me donnaient un petit peu de l'affection, de l'attention. Donc ça m'a aussi amenée à faire des choses que j'aurais pas dû faire, à accepter des choses que j'aurais pas dû pour en tout cas avoir l'impression qu'on allait m'aimer davantage si j'acceptais tout. Et malheureusement, non seulement c'était pas le cas, mais ça m'a détruit aussi intérieurement et même extérieurement par moments parce que ça pouvait devenir des séquelles physiques. Je dirais que c'est la peur d'abandon, la colère, la colère, l'incompréhension. Une tristesse immense, mais qui ne se manifestait que par la colère. Je ne pouvais pas la manifester autrement. Je pense que je ne savais même pas que c'était de la tristesse. C'est vrai qu'avec le temps, il y a eu certaines découvertes autour de mon adoption qui ont commencé un petit peu à émerger. Je suis rentrée dans une quête identitaire suite à mon retour de voyage en Inde en 2018. 2018, nous sommes retournés en Inde avec ma famille Nous avons été à l'orphelinat où j'ai été adoptée Et puis nous avons demandé à pouvoir ouvrir mon dossier Parce que dans la loi, c'est quelque chose qui est permis pour les personnes adoptées A partir de 18 ans de pouvoir ouvrir leur dossier Et lorsqu'on a été reçus à l'orphelinat C'est vrai que j'étais étonnée de voir que non seulement on ne pouvait pas le toucher ce dossier Mais qu'en plus il était très gros par rapport à ce qu'elles voulaient bien nous dire Les personnes qui étaient là On voyait que des informations étaient un peu bâclées, cachées ou juste pas dites. Mais sur le moment, moi j'étais tellement en mode robot et automatique parce que c'était trop lourd ce retour aux racines pour moi, c'était trop violent, que je n'ai pas cherché à aller plus loin. Et en 2024, j'ai reçu une étude qui a été faite en Suisse sur justement les adoptions internationales de l'Inde à la Suisse. On savait déjà qu'il y avait eu des problèmes avec le Sri Lanka notamment. Et cette étude parlait justement plus du cas des adoptions de l'Inde, ce qui bien évidemment m'a interpellée, mais en vérité pas beaucoup plus que ça. Sur le moment, je n'ai pas trop cherché à plus comprendre. Mais c'est vrai que du coup, quand je suis rentrée dans cet engrenage, suite à mon voyage en Inde, jusqu'au moment où j'ai appris les adoptions illégales, je suis rentrée dans une sorte d'engrenage où je voulais à tout prix retrouver ma mère biologique, je voulais à tout prix... avoir des informations et je suis devenue presque obsédée par mon histoire et je ne dormais plus, je devenais complètement folle, vraiment. Et je pense que ça m'a fait d'autant plus détester le fait d'avoir été adoptée, pas l'acte en lui-même mais plutôt la douleur que ça venait engendrer chez moi. Donc ouais, ça n'a pas été forcément une période super facile et je comprenais que mon histoire, elle tenait à pas grand-chose et que peut-être qu'il n'y avait pas toutes les infos ou peut-être que tout n'était pas juste, enfin voilà, c'est un petit peu... un petit peu flou. Enfin, beaucoup même. Le fait de grandir entre deux cultures, deux histoires et parfois deux appartenances, dans ma construction personnelle d'identité, ça a été compliqué. Parce qu'en effet, il y a toujours ce truc de... Déjà, moi, je ne me suis jamais sentie vraiment à l'aise. Je me suis toujours dit, mais pourquoi moi, j'ai le droit à ça, alors qu'en Inde, des enfants vivent dans des bidonvilles, vivent à la rue, ne peuvent pas... ne peuvent pas manger à leur faim, etc. Donc déjà, il y avait ce rapport de se dire pourquoi moi, j'ai pu être sauvée finalement de ça. Enfin, sauvée, je ne sais pas si c'est le mot, parce que je n'aime pas le fait qu'on puisse dire qu'on nous a sauvées. Mais en tout cas, c'est vrai qu'on m'a offert une possibilité de vivre autrement que comme j'aurais pu potentiellement vivre en Inde. Donc ça, c'est vrai que c'était un petit peu compliqué. Ensuite, au niveau des cultures, honnêtement, j'ai une chance, c'est que dans ma famille, ils ne m'ont jamais caché mon adoption ni mes origines. On a continué à, par exemple, parler de l'Inde, à aller visiter même en Suisse des endroits qui pouvaient peut-être... que ce soit des magasins d'habits indiens, etc. Donc je suis toujours restée un petit peu attachée à cette culture. On mangeait aussi indien. Honnêtement, ce n'est pas forcément une question que je me suis beaucoup plus posée, à part au niveau de la couleur de peau, où bien évidemment les remarques devenaient de plus en plus nombreuses. Mais je n'ai pas l'impression que ce soit quelque chose qui m'est plus, en tout cas de manière consciente, perturbée que ça sur le moment. Il y a clairement eu un moment où j'avais l'impression de... pas du tout être à ma place et d'être comme si j'étais constamment entre deux mondes. C'est sûr, encore aujourd'hui, par moments, je me dis, mais est-ce que je suis vraiment là où je dois être ? Est-ce que je mérite d'être là où je suis ? Je ne me sens jamais vraiment légitime, encore même aujourd'hui, légitime d'être aimée, légitime de me sentir libre, de me sentir bien, d'être heureuse. Il y a beaucoup une question de légitimité autour de moi qui est assez... Assez compliqué, c'est vrai. Je me dis toujours que peut-être je ne le mérite pas. C'est vrai qu'aujourd'hui, j'ai 28 ans, donc je pense que ça devient un petit peu plus facile, aussi parce que je sais comment me positionner, etc. Mais c'est vrai que dans la rue, typiquement, on voit les regards qui changent. Il y a même des réflexions qui sont complètement absurdes. Une fois, j'étais dans un bar et il y a une chanson très connue indienne qui est passé et il y a quelqu'un de... un homme complètement random que je ne connaissais pas du tout qui est venu vers moi et qui m'a dit « Ah, ça tu dois connaître ! » Alors c'est très cliché, oui, parce que bien évidemment je suis indienne, c'est une musique qui est très connue. Mais en fait c'est des remarques qui... Encore celle-là elle n'était pas méchante. Mais c'est vrai que du coup je me disais « Mais bonjour déjà ! » Je ne sais pas comment dire, c'est bizarre d'accueillir ce genre de réflexion et c'est vrai que c'est peut-être à ce niveau-là que j'ai eu plus de bennes à jongler. J'ai reçu aussi une réflexion d'une personne, d'un homme bien plus âgé que moi, qui m'a dit « Ah t'es belle, pour une indienne, tu feras attention de ne pas te faire violer dans la rue, parce qu'en Inde, c'est monnaie courante. » Et sur le moment, je n'ai même pas eu de quoi répondre, tellement que j'étais choquée de son propos, tellement que j'étais choquée de... déjà, même qu'on ose me le dire. Et puis, ouais, c'était assez lunaire. Et j'en ai reçu, mais... Je pourrais faire un livre entier de phrases comme ça que j'ai reçues. Donc c'est vrai que c'est assez bizarre parce que moi j'étais là en train de boire mon café en Suisse, comme tout un chacun et on vient me dire ça, c'est assez absurde j'avoue. J'ai vécu énormément d'harcèlement scolaire et ce que les autres ne voyaient pas forcément de ma souffrance à cette époque-là, je pense que c'était le fait que déjà je me cherchais beaucoup. Je ne savais pas qui j'étais, je cherchais à plaire à tout le monde par peur de... d'être abandonné, de ne pas être aimé, de ne pas être accepté, d'être rejeté, encore et encore et encore, parce que dans mon parcours de vie, c'est ce que je ressentais le plus. Et je pense que les gens, à ce moment-là, ne se rendaient pas forcément compte. Et ce que je peux aussi un peu comprendre, quand on est jeune, on ne comprend pas forcément la notion d'adoption, on ne comprend pas forcément la notion de la peur d'abandon, de la névrose d'abandon. On ne connaît pas forcément comment un enfant se développe et les besoins primaires qu'il a. Même si bien évidemment que ça n'excuse pas un harcèlement scolaire. Mais c'est vrai que je pense que ces gens-là ne voyaient pas que j'étais complètement démunie. Et puis à ce moment-là de ma vie, à l'école, je cherchais des plis auxquels me raccrocher pour ne pas sombrer plus que ce que je n'étais déjà en train de sombrer. Et malheureusement, je me suis accrochée à des personnes que je n'aurais pas dû. Ou alors j'ai aussi accepté justement des choses que je n'aurais pas dû. Et puis c'est vrai qu'à ce moment-là, dans ma vie, ce n'était vraiment pas simple. Partout, que ce soit à la maison, à l'école, en dehors, il y avait beaucoup de violence partout. J'étais très souvent hospitalisée dans une unité pédopsychiatrique qui me permettait d'avoir des moments de répit avec une équipe. Il y avait un éducateur, une infirmière, tout ça en psychiatrie pour enfants. Mais c'est quelque chose qui m'a littéralement sauvé la vie. C'est des gens à qui je dois vraiment ma vie, ma survie. Parce que cette période de préadolescence, adolescence a été... Elle a été terrible pour moi. Dans les moments où je me sentais le plus seule, c'était justement le fait d'avoir pas beaucoup d'amis, de me sentir incomprise, de me sentir... Comment dire ? Ouais. J'avais l'impression de... Et puis surtout, la solitude, moi, je l'assimilais à malheur. Et la solitude aussi faisait que je repartais dans des pensées que je voulais fuir. Des pensées qui n'étaient pas forcément toutes jolies. Beaucoup de souvenirs, de flashbacks, de traumas. Donc c'est vrai que non seulement il y avait la solitude mentale, mais physique, bien évidemment. Mais c'est vrai que je pense que c'était vraiment... de me sentir incomprise, de me dire... Moi, j'avais l'impression que c'était clair de ce pourquoi je souffrais. Mais je pense qu'en fait, pour moi-même, c'était pas clair, mais comment dire... Je l'avais pas conscientisé, mais j'avais l'impression que les gens pouvaient se rendre compte de la souffrance que j'avais. Mais c'est vrai que je la verbalisais pas forcément, moi-même, je la comprenais pas. Et du coup, j'avais l'impression d'un peu crier à l'aide et que personne réagissait, personne m'aidait vraiment. Mais peut-être que c'est juste que je criais pas ou que je... Je sais pas, je devais pas parler français, je sais pas. Mais c'est vrai que du coup, je me suis sentie très très seule à des moments. Mais justement, cette équipe d'hôpital, eux, ont su m'entourer, même dans les moments où j'avais pas les mots, même dans les moments où j'arrivais pas à dire, en fait, honnêtement ce que je vivais. Eux l'avaient très bien compris, très vite compris, m'ont très vite soutenue, mis dans un cocon de sécurité aussi. ça m'a permis vraiment de pouvoir aussi... Non seulement respirer, mais lâcher aussi certaines choses. J'ai vécu pas mal de violences aussi, physiques, même psychologiques d'ailleurs. Mais je dirais que ce genre de violences, quand on porte déjà des blessures profondes depuis l'enfance, ça ne vient absolument pas, mais je pense que je ne l'apprends à personne, mais ça ne vient absolument pas aider. Ça vient peut-être même réouvrir certaines choses qu'on a pu un peu penser sur du plus ou moins long terme. Mais je dirais que ça vient peut-être approfondir ce sentiment de... L'illégitimité, de se dire, ou alors justement de se dire, peut-être que c'est ce que je mérite. Et puis c'est vrai que moi, ça m'a fait développer une certaine, non seulement phobie sociale, que j'avais déjà un petit peu, mais une méfiance des autres. Quand j'étais petite, j'étais plutôt quelqu'un de très jovial, de très extraverti. Aujourd'hui, je le suis toujours, mais que quand j'ai vraiment confiance. C'est vrai qu'au premier abord... La plupart des gens me disent que je parais très froide, très hautaine ou peut-être même impressionnante, sûre de moi, alors que je pense que je suis juste très timide au tout début. Mais c'est une sorte de carapace que je me mets, je pense, de paraître peut-être froide ou distante pour ne pas me laisser réatteindre facilement, comme à l'époque. Mais je reste quelqu'un de très, joyeuse, j'essaie d'être positive, etc. Mais c'est vrai que je le montre peut-être un peu moins vite qu'avant, quand j'étais petite. Je me méfie plus, malheureusement, des gens autour de moi, que ce soit des inconnus, que ce soit des gens que je connaisse. Le viol que j'ai subi il y a quelques mois a clairement marqué mon parcours de manière extrêmement violente, parce que ça a été vraiment... En fait, ça a été vraiment ce truc de se dire « Waouh ! » Je suis arrivée à un tel stade de non-acceptation de moi-même, je ne sais pas si ça se dit, mais je ne me sens tellement pas légitime, je ne me sens tellement pas OK avec moi-même, que chaque mot d'affection qu'on a pu me donner, je l'ai vu comme quelque chose de « waouh, quelqu'un me porte de l'attention » . Et c'est peut-être ce qui m'a menée à accepter, malheureusement, de rencontrer cette personne-là. Alors, rien du tout. prédestinée à ce qu'il y ait... J'ai envie de dire de manière générale, de toute manière, il n'y a jamais des conditions pour un viol. Mais disons que là, j'avais vraiment fait attention parce que c'était ma deuxième agression en une année. J'avais vraiment fait attention à ce qu'on ne soit pas chez moi, que ça soit très clair dès le début qu'il n'y aurait rien de plus que de discuter, de parler, de faire connaissance. Ça faisait déjà quelques temps qu'on parlait Donc... par message. Et je dirais que cette agression, elle m'a vraiment... Elle est venue, en même temps, accentuer le dégoût que j'avais de moi-même et la peur que j'avais des autres, et notamment des hommes, particulièrement. Et en même temps, c'est ce qui a été peut-être une... j'ai envie de dire la goutte de trop, mais il y en a eu beaucoup de gouttes de trop. Mais en tout cas, celle-ci m'a permis de me dire OK, là, on est arrivé à un tel stade de violence intime et de non-respect de ma personne. Maintenant, il va falloir que je commence à mettre des limites et à moi-même me défendre un peu plus. Et puis, ce que je pourrais peut-être tirer de positif, on va dire, de cette expérience, même s'il n'y a rien de positif, on est encore sous enquête. Donc, c'est pour ça que je ne peux pas trop rentrer dans les détails. Mais c'est que, dû à cette agression, à ce viol, j'ai été hospitalisée et on m'a proposé un suivi ensuite avec un infirmier. à domicile. Donc je le vois dans mon quotidien. Et c'est quelqu'un qui m'aide énormément. Et je suis très reconnaissante d'avoir pu croiser sa route. C'est quelqu'un qui m'inspire énormément, qui me pousse beaucoup à aller de l'avant, qui ne va pas... qui ne va pas forcément toujours aller dans mon sens, même quand j'aimerais bien. Mais en même temps, c'est ce qui m'aide à me dépasser et à ne pas me laisser me renfermer dans des ombres du passé. Donc voilà, je dirais que ça m'a laissé des séquelles très, très, très négatives, très violentes. Mais en même temps, j'ai rencontré quelqu'un qui, je sais, va me permettre de vivre enfin la vie que j'ai envie de vivre. Et il me dit que je mérite une autre vie, donc j'essaie d'y croire aussi maintenant. Donc voilà. Du coup, après ce viol, c'était déjà pas très, très, très facile. J'ai déjà pas un rapport à mon corps qui est évident. Franchement, je pourrais pas dire que je me trouve forcément belle. Je suis quand même aussi... J'ai des formes et tout. Donc c'est très compliqué pour moi. Déjà, de base, on va dire vis-à-vis de ça. Mais c'est vrai que je pense que j'ai repris un peu de poids depuis ce viol. Je pense que j'ai compensé beaucoup. Merci. Peut-être que c'était une manière de me protéger, je ne sais pas trop. Mais aujourd'hui, j'essaie de me réapproprier ce corps en ne prenant plus soin de moi, en me maquillant, en mettant de la leçon sur mon corps, en essayant justement de même moi-même toucher ma peau, parce que c'est quelque chose qui était devenu dur. Je ne voulais plus... C'était très dur, en fait. Et je me dis que peut-être pour me réapproprier tout ça, il faut que je puisse avoir des moments où je me mets de la leçon, etc. et que j'accepte que c'est mon corps. Vis-à-vis de la sécurité, c'est vrai que pendant les premiers temps, je n'osais même plus sortir de chez moi. Honnêtement, à part si j'étais accompagnée et encore, je pouvais peut-être aller dans le café d'en face. Mais c'était très, très dur. Honnêtement, il a fallu quand même quelques mois, en tout cas jusqu'à ce que le prévenu soit entendu par la brigade des mœurs, pour que je puisse commencer à ressortir aussi de manière un petit peu plus légère. Parce que peut-être... Parce que je savais qu'il avait été prévenu. Je ne sais pas exactement. Mais en tout cas, et puis le travail aussi qui était fait à côté, que ce soit avec mon infirmier, ma psychologue, je pense que ça a aidé. Mais disons que je ne suis pas autant sereine, déjà qu'à la base, voilà. Mais je ne sortirai plus forcément toute seule la nuit. Je ne rentrerai plus forcément toute seule. Je vais très vite sursauter. Il va très vite me faire peur. Si quelqu'un arrive derrière moi et que je ne m'attends pas, ça va vraiment me faire un haut le cœur. Je ne vais vraiment pas être bien. Par rapport à ça, je dirais que ce n'est pas évident, mais disons que je commence gentiment à essayer de me réapproprier tout ça. Et puis vis-à-vis des autres, c'est compliqué parce qu'après ce viol, il a fallu que j'accepte. En fait, on m'a proposé du coup cet enfermier qui est un homme. Au début j'ai dit mais pas du tout en fait, je viens de me faire hospitaliser pour un viol en fait, donc non. Mais en fait en y réfléchissant et en parlant avec un des membres de l'équipe là où j'étais hospitalisée, qui m'a vraiment rassurée aussi sur cet infirmier, je me suis dit peut-être que c'est l'occasion de ne pas tomber dans une haine et dans un engrenage de colère envers les hommes. Donc j'ai accepté de le rencontrer, ça s'est très très bien passé. Mais c'est sûr qu'il a fallu... Il a fallu un petit moment avant que je me dise que j'étais en confiance et en sécurité avec lui. Maintenant, c'est quelqu'un qui, en effet, me sécurise énormément. Je me sens vraiment, oui, en sécurité à ses côtés. Mais après, il a fallu que je lui fasse confiance. Il a fallu que lui, il tienne aussi. Mais par rapport à ça, ça va. Ma psychologue, j'ai toujours eu confiance en elle. C'est vrai que par rapport aux gens... de mon entourage ou de manière générale dans la rue. Je suis en effet bien plus vigilante qu'avant. Alors il y a certaines personnes, pas du tout, parce que c'est mes meilleurs amis depuis des années ou c'est des gens auxquels j'ai entièrement confiance. Mais c'est vrai que j'ai aussi dû faire un gros tri autour de moi. J'ai dû reprioriser les gens que je voulais qui soient vraiment proches de moi ou un peu moins proches, etc. Donc, mon rapport aux autres, c'est en même temps un petit peu péjoré parce que je suis beaucoup plus méfiante. Et en même temps, c'est ce qui m'a permis aussi de faire du tri et d'avoir du coup des gens hyper sains et encourageants à mes côtés. Le tri continue, mais je pense que c'est ça. Après, bien évidemment que de manière générale, avec les inconnus, je suis beaucoup plus méfiante qu'avant. Je ne vais pas forcément, si on me parle dans la rue, répondre. Ou alors je suis stressée. Toutes ces épreuves ont en effet eu un impact vraiment immense sur ma santé mentale pendant longtemps et encore aujourd'hui. Et ça ressemblait vraiment à des pensées suicidaires, à des tentatives de suicide même. J'en ai fait une grosse, en l'occurrence, qui aurait pu m'être fatale. À beaucoup de détresse, de pleurs, de colère, de sauts. émotionnel aussi je dirais j'ai vraiment vécu enfin je vis encore d'ailleurs alors mieux parce que je commence à apprivoiser un peu ça mais à l'époque c'est vrai que quand j'étais toute jeune dans mon adolescence je pouvais vraiment passer d'une émotion à une autre mais en moins de deux secondes et c'était pour les autres mais pour moi-même aussi perturbant, fatigant et pas forcément quelque chose de très compréhensif. J'ai eu l'impression à un moment de ma vie de ne plus vraiment vivre mais simplement de survivre Je dirais même que j'ai plutôt toujours eu l'impression de survivre. Et aujourd'hui, je commence à vivre. J'ai vraiment l'impression que je n'ai jamais vraiment vécu, justement. Avant ces derniers mois, années, j'étais en mode robot. C'est aussi pour ça que mes souvenirs sont très flous. Parce que je pense que mon cerveau a beaucoup dû recevoir d'informations et les trier, etc. Donc c'est vrai que j'ai des problèmes de mémoire. J'ai des souvenirs qui sont très flous. Mais bien évidemment que j'ai eu beaucoup plus l'impression de survivre que de vivre jusqu'à maintenant. Et maintenant, je commence gentiment, mais sûrement, à vivre. Et quel bonheur ! C'est vrai que c'est difficile, le silence autour des souffrances invisibles. Et ce que j'aurais aimé que les autres comprennent à cette époque-là, c'est que déjà, la souffrance, ce n'est pas forcément quelque chose qu'on voit, forcément de manière visuelle ou physique. Ça peut être... intérieure est très très violent quand même pour autant et je pense que j'aurais aimé qu'on j'allais dire qu'on m'explique ça mais en fait je pense qu'on me l'a expliqué, j'étais juste pas moi en capacité de le comprendre, de l'entendre en tout cas pas vis-à-vis de l'équipe médicale qui s'occupait de moi, après si on parle par exemple de mes camarades d'école, peut-être qu'ils essayent au lieu de soit me harceler soit me j'allais dire me faire chier sur toutes ces différences, ça serait peut-être d'essayer de comprendre Ou d'essayer de se dire que ce n'est peut-être pas ma différence qui fait de moi quelqu'un de mauvais. Mais bon, j'ai envie de dire qu'avec Dessy, on pourrait refaire un monde. Et je ne sais pas vraiment ce que j'aurais eu besoin d'autre. Parce que je pense que j'ai quand même été pas mal prise en charge, en tout cas par des équipes médicales. Je pense que la seule chose que je pourrais rajouter, et ça, je ne l'associe pas qu'à moi, mais je l'associe aux adoptions de manière générale. Je pense qu'il doit y avoir un suivi dès l'arrivée de l'enfant dans la famille, un suivi régulier sur du long terme, en tout cas plus ou moins long terme, avec des gens spécialisés dans l'adoption, pour non seulement aider la famille, l'enfant, parce que c'est une expérience qui n'est pas commune, on a beau essayer de savoir ce que c'est d'adopter ou d'être adopté, quand on le vit... de l'intérieur, qu'on le vit au cœur d'un foyer, d'une maison, c'est tout autre. Et je pense qu'un accompagnement devrait perdurer sur le temps, parce que je crois savoir qu'il y en a peut-être parfois au début, en tout cas il y a des comptes rendus qui doivent être donnés, on va dire au tout début de l'adoption, mais je pense que ça devrait continuer. Et que peut-être que l'enfant devrait être accompagné directement par quelqu'un spécialisé en adoption, ce qui en tout cas en Suisse est très très rare, parce que peu de psychologues d'ailleurs sont... sont formés là-dedans. Petit à petit, j'ai commencé un chemin de reconstruction. Je dirais qu'il y a eu plusieurs étapes un petit peu clés qui ont fait que vraiment, j'ai dû aller de l'avant, que j'étais comme condamnée à aller de l'avant. Une des premières étapes, déjà, c'est d'avoir... J'ai eu écho de cette étude qui a été faite en Suisse sur les adoptions illégales, falsifiées et corrompues entre l'Inde et la Suisse. Je pense que ça, ça a été une des étapes clés parce que ça m'a vraiment, en fait, au début, les premiers jours, je l'ai très, très mal vécu, bien évidemment. Enfin, ou pas, d'ailleurs, peut-être que des gens l'ont pas vécu aussi mal que moi. Mais en tout cas, moi, je l'ai très, très mal vécu. Mais je me suis dit, en fait, c'est soit je repars pour une dépression pendant 10 ans, soit j'en fais quelque chose. Et à partir du moment où ton identité... ton histoire et qui tu es peut voler en éclats du jour au lendemain. Je me suis dit, mais en fait, ça ne sert à rien de continuer à essayer de chercher des réponses qui potentiellement n'arriveront jamais, seront fausses et très, très, très difficilement vérifiables. Donc, je pense que déjà, à partir de là, il y a eu un petit mouvement. Ensuite, il y a eu une personne pour qui j'ai énormément d'affection qui lui-même traversait une période un petit peu compliquée. Du jour au lendemain, il n'a plus répondu à mes messages, etc. Et ça a été pour moi très, très, très violent. Je me suis sentie abandonnée comme je l'ai rarement ressenti. Et puis finalement, ça m'a obligée à développer mes propres outils, mes propres ressources, à gérer ma détresse, même si je ne la gérais pas toujours de manière saine, que ce soit envers moi, envers les autres, envers lui. Mais ça m'a obligée en tout cas à revenir un peu plus à moi. Et je dirais que la dernière chose qui m'a vraiment poussée, qui m'a... on va dire jeté dans l'inconnu c'est cette rencontre avec cet infirmier qui honnêtement a changé énormément de choses en moi que ce soit dans la perspective que j'ai de l'avenir aujourd'hui que ce soit sur mes forces, que ce soit sur mes capacités donc ouais je dirais que c'est un petit peu ces trois étapes là après bien évidemment qu'il y a plusieurs moments dans ma vie qui ont été des moments clés qui m'ont permis de me dire ok là il faut mais voilà c'est Je pense que c'est ces trois moments-là qui ont vraiment, en tout cas, eu un réel changement dans ma vie. Aujourd'hui, j'ai décidé de choisir de parler publiquement de mon histoire. Ce qui m'a donné envie de prendre parole, en fait, ce n'est pas que mon histoire. C'est celle de beaucoup de gens qui pourraient se reconnaître à travers ce que j'ai vécu, que ce soit à travers la santé mentale, la dépression, les violences sexuelles, les violences... tout court, que ce soit à la maison, harcèlement, que ce soit justement l'adoption, la quête d'identité. Donc voilà. Je pense que mon histoire englobe beaucoup de thématiques qui, malheureusement, sont encore... Alors, ça devient des sujets un peu plus abordés, mais qui sont encore très inconnus, où on ne donne pas forcément la parole à ces gens-là. En tout cas, ça commence à se développer, mais je pense que c'est important de pouvoir passer un message. À travers mon histoire, je veux surtout raconter qu'en fait, on peut, à un moment donné, s'en sortir et que la lumière au bout du tunnel, elle existe vraiment, que ce n'est pas juste un mythe et qu'on est tous capables, même qu'on est au plus bas, de pouvoir la voir et que parfois, il y a certaines personnes qu'on pensait ne jamais rencontrer qui finalement vont arriver dans nos vies et vont tout chambouler. et nous donner la force ou ce petit coup d'élan qui nous permet d'aller de l'avant. Et puis surtout, j'avais envie de dire aussi que c'était OK d'en parler, que demander de l'aide, ce n'est pas de la faiblesse, que c'est de la force. Il faut beaucoup de force pour affronter ces démons. Il faut beaucoup de force pour accepter de l'aide, de parler des choses les plus intimes que nous portons. Et de s'asseoir face à ses propres démons, s'asseoir face à sa propre douleur, je pense que c'est une énorme force. Et c'est ça que j'ai envie de transmettre surtout. C'est de dire que c'est ok de demander de l'aide et que ça va aller. Peut-être pas aujourd'hui, peut-être pas demain, mais ça va aller. La vie peut être très belle et qu'elle peut nous amener plein de choses en dépit de ce qu'elle nous enlève. Et parfois dans des moments où on ne s'y attend peut-être même pas du tout. Pour moi, de donner du sens à toutes ces épreuves, c'est reprendre un petit peu le pouvoir sur mon histoire, sur mes blessures, sur là où tout le monde pensait potentiellement me voir échouer, parce qu'il y a beaucoup, beaucoup de gens qui m'ont attendu au tournant et qui m'attendent au tournant. Et je pense que de pouvoir aujourd'hui prendre parole là-dessus et donner du sens à tout ça, c'est de se dire, OK, on peut en faire quelque chose de sa douleur. Pas dans le sens où c'est super de vivre des choses douloureuses, mais plutôt si ça peut parler, aider. potentiellement éveiller des esprits pour moi c'est totalement positif et j'ai l'impression que ça fait que je me réapproprie toute mon histoire et qu'aujourd'hui tout ce qu'on a pu me prendre m'arracher c'est moi qui en ai le contrôle et je décide de le tourner en tout cas en bienveillance envers les autres pour transmettre justement de l'espoir, du courage. En fait, le fait de transformer toutes ces blessures en prise de parole, en sensibilisation, ça permet de reconstruire pas mal de choses en moi. Déjà, ça me permet de reprendre un petit peu confiance en moi, de pouvoir apporter peut-être un petit peu de l'aide ou des mots. aux gens comme moi j'aurais aimé qu'on m'en apporte ou comme moi j'aurais aimé entendre des gens parler librement de la santé mentale parce que c'est vrai qu'aujourd'hui j'ai 28 ans mais quand j'étais adolescente, il y a 15 ans, 13 ans quand j'avais 13 ans, on ne parlait pas autant librement de la santé mentale ou de tout ça et c'est vrai que peut-être j'aurais aimé entendre plus de... de jeunes adultes ou d'adultes en parler et se dire, ah bah c'est possible, c'est ok et moi aussi je vais m'en sortir. Donc oui, ça permet de reconstruire ça et puis ça permet aussi de, je pense, m'auto-rassurer, j'allais dire, dans le sens où je ne peux pas dire à quelqu'un que ça va aller si moi-même je n'y crois pas. Et du coup, ça me permet de presque m'obliger à y croire. Aujourd'hui, j'y crois, mais il y a toujours des moments de doute. Mais disons que... Je veux vraiment être en cohérence avec ce que je partage. Donc, je suis moi-même obligée de continuer de travailler sur moi, sur mes insécurités. Donc, c'est vrai que c'est un travail que je fais et pour les autres, mais aussi pour moi finalement. Et aujourd'hui, avec tout ce que j'ai traversé, comment je regarde la femme que je suis devenue ? Waouh ! C'est compliqué ça comme question parce que, justement, d'un côté, j'ai encore beaucoup de moments où je ne me sens pas légitime, où je ne me sens pas importante. Je ne me sens pas intéressante, belle ou quoi. Et puis en même temps, je suis très, très fière de ne plus être là où j'étais un temps. Et puis c'est vrai que ces derniers mois ont été des vrais mois de tournant. Parce que justement, j'ai pu réapprendre à poser certaines limites, réapprendre à donner là où je recevais aussi en retour, à plus me considérer. donc je dirais que c'est encore en cours cours de construction, mais je commence à être de plus en plus fière de moi. Et puis je pense qu'au-delà de ça, je reste quand même quelqu'un de très... J'essaye d'être drôle, d'être dans la positivité, d'être dans la bienveillance. Donc voilà, j'essaye de faire de mon mieux. Je ne pourrais pas dire que je suis parfaite, parce que déjà, personne ne l'est, mais moi encore moins. Mais je dirais que j'essaye de plus en plus de m'approcher de la femme que je rêve d'être et de devenir. La force qui continue encore aujourd'hui à avancer en moi malgré les violences, les blessures et les silences, je dirais que c'est justement le fait de vouloir réussir à éprouver à moi, mais aussi aux gens qui n'ont pas cru en moi ou qui pensaient que je ne réussirais à rien, que finalement, on peut se relever, renaître de ses cendres. Et je me réjouis vraiment du jour où je vais pouvoir regarder en arrière et me dire que je suis fière de moi. Alors, je le suis déjà. Je commence à l'être. Mais c'est vrai que j'ai cette envie de dire aux gens qui n'ont pas cru en moi. Bah écoutez, vous n'avez pas cru en moi. Maintenant, vous voyez où j'en suis. C'est un petit peu... Ma revanche, je dirais. Et après tout ce parcours, comment je regarde la vie aujourd'hui ? Waouh ! Alors déjà, je dirais qu'elle est hyper précieuse, la vie. Pourtant, j'ai voulu mettre fin à ma vie, mais aujourd'hui, je dirais qu'elle est très précieuse parce qu'elle nous offre des moments de rire, de moments partagés, d'échanges, de discussions, de rencontres qui peuvent être tellement enrichissants, tellement beaux, tellement prenants. Enfin, vraiment, moi, je... En plus, je suis quelqu'un de très sensible aux petites choses. Donc, un sourire dans la rue va me faire du bien. Quelqu'un qui vient chez moi, un ami à moi, qui m'amène ma boisson préférée, je vais adorer. Je dirais qu'aujourd'hui, je savoure vraiment d'autant plus toutes ces petites choses. Et je dirais que la vie, elle vaut la peine d'être vécue. C'est une phrase un peu bateau qu'on entend partout, mais c'est vrai en fait. On a encore trop de musique à découvrir, de gens à rencontrer, d'expériences à vivre. de livres à lire. Donc, oui, je pense que la vie, elle vaut vraiment la peine, même si elle paraît parfois injuste, compliquée, dure. Elle peut aussi amener de très, très, très belles choses et de très bons moments. Moi, je dirais que la reconstruction et le après, comme on en parle. En fait, on parle beaucoup de résilience aussi. Et pour moi, la résilience et le après et la reconstruction, ce n'est pas une version de nous parfaite. C'est plutôt une version de nous qui accepte qu'il y a des jours où ça va être plus compliqué, mais qu'il y a des jours où j'ai le droit, où on a le droit d'être heureux, heureuse, et que les deux peuvent coexister. Je dirais que la résilience, pour moi, c'est aussi ne pas nier ce qu'on a vécu, mais plutôt justement essayer d'en faire une force, en tout cas ne plus le voir comme un défaut mais quelque chose qui peut nous amener à de belles choses, ne pas le nier parce que ça ne changera rien au fait qu'on l'a vécu, ça peut-être même plus encore nous ancrer dans le passé que dans un avenir et du coup je ne sais pas si on peut parler vraiment de réelle reconstruction et d'un vrai après. Parce que je pense qu'on est en perpétuelle évolution. On porte ce qu'on a vécu, mais on peut le porter de différentes manières. Et je pense qu'en fait, en vrai, pour moi, c'est ce qu'il y a de plus beau. Parce qu'on ne change pas qui on est, mais on évolue, on se construit, on apprend peut-être à réaimer des parts de nous qu'on n'aimait plus ou des parts qu'on ne connaissait même pas. Donc pour moi, je ne sais pas trop si je parlerais d'un après vraiment. Si aujourd'hui, quelqu'un qui a été adopté... victimes de violences ou qui traversent des moments compliqués, des blessures invisibles, écoute cet épisode, j'aurais envie de lui dire du fond du cœur, déjà merci d'avoir pris le temps de m'écouter. Merci d'être encore sur Terre, parce qu'on a besoin de gens comme toi, besoin de gens qui sont bien plus forts que ce qu'ils peuvent penser être et que ça va aller. Encore une fois, je le dis, ça paraît très bateau. Mais c'est vrai, ça va aller. Peut-être pas ce soir, peut-être pas demain, peut-être pas dans un mois, peut-être pas parfaitement non plus, mais ça va aller. Il y a un moment donné où la vie, elle reprend son cours. Pas de manière extraordinaire, mais parfois dans des petites choses. Et tiens bon, n'hésite pas à demander de l'aide. Ce n'est pas une faiblesse, c'est une énorme force. N'hésite pas à utiliser des... Je pense que... Dans plein de pays, il y a des numéros d'appels anonymes où on peut se confier à des gens. N'hésite pas à les appeler, à faire appel aux ressources qui sont disponibles sur les différentes plateformes. Et puis, à prendre soin de toi. Apprends à t'écouter, à mettre tes limites. Et laisse aux autres ce qui leur appartient. Ne prends pas tout de manière personnelle. Les gens qui critiquent sont souvent les gens les plus malheureux. Donc, prends soin de toi.