Speaker #0Bonjour, je m'appelle Sarah, et je vais avoir 30 ans cette année, et j'avais besoin de me libérer, de libérer mon âme, de libérer mon être. À l'âge de 11 ans, j'ai vécu un abus sexuel par l'un des voisins de ma famille, plus précisément le petit-fils d'un voisin qui était agriculteur. En sortie des classes, il a voulu me montrer ses lapins. parce que c'était des fermiers. Et quand il a voulu me montrer ses lapins derrière lui, il a fermé la porte à clé. Et il s'est passé ce qui devait se passer. C'est encore, pour moi, très difficile d'en parler. Même des années après, j'ai un blocage de la parole. Je suis suivie sur le point de vue psychologique. C'est... C'est un événement qui nous abîme de l'intérieur et qui nous détruit à la fois parce qu'on ne sera plus jamais pareil. On peut vivre, oui, mais comme avant, non. L'insécurité sera toujours là, la blessure de salissure aussi, d'humiliation, d'injustice. C'est très compliqué de continuer à vivre après un tel choc. En 2020, j'ai décidé de porter plainte après tant d'années de souffrance, de silence. Pourquoi ce silence ? La honte, la culpabilité, parce que pour moi c'était de ma faute. J'avais l'impression que c'était moi qui avais provoqué cet événement. Mais surtout la honte, la peur aussi, parce qu'à l'époque mon père... avait voulu se taire pour ne pas salir son image, pour ne pas... Pour ne pas nuire à son image de commerçant, ça c'est le plus dur. Mais je crois que dans tout ça, pourquoi je suis restée silencieuse, c'était surtout la culpabilité de me dire que c'était de ma faute. Parce que quand on se regarde dans le miroir après, on n'a plus la même image de soi et on a toujours des complexes. Personnellement, je me sens sale, même encore aujourd'hui. J'ai l'impression que je n'ai aucune valeur. C'est très dur. J'ai besoin de faire ce vocal aussi pour aider d'autres personnes. Vraiment pour vous dire, parlez. Dénoncez ces agresseurs. C'est très important. Sortez de votre mal-être. Alors la culpabilité. Ah oui, je l'ai traîné comme un fardeau. J'étais une petite fille, mais pour moi, c'était de ma faute ce qui s'était passé. Parce que j'avais l'impression d'avoir provoqué des choses. Et parce que quand il a abusé de moi, j'ai pas pu me débattre. Je me suis laissée faire parce que j'étais tétanisée au sol. Et le fait d'avoir rien fait pour éviter ça, parce que pour moi, j'aurais pu éviter ça, dans mon esprit, j'ai longtemps culpabilisé au point de me scarifier. Je me suis scarifiée sur les bras, sur les cuisses. Il y avait une mal-être et aussi la culpabilité, la honte, l'isolement. Je me suis isolée des autres enfants à l'école. Je me suis renfermée sur moi-même. Et à l'âge de 12 ans, malheureusement, j'ai fait ma première tentative de suicide médicamenteuse. J'ai été hospitalisée plusieurs fois. Et tout ça, c'est lié à la culpabilité parce qu'en plus de ça, mon père n'a pas déposé plainte. Et pour moi, c'était de ma faute. Ça a renforcé cette culpabilité. C'est... J'ai pas de mots. J'ai pas de mots. C'est une autodestruction qu'on s'inflige à soi-même, la culpabilité, parce qu'en fait, en réalité, ce n'est pas de notre faute ce qui s'est passé. Les conséquences les plus difficiles ont été du coup mon mal-être. L'escarification, l'isolement total des autres, le manque de confiance en moi, le mal-être, mes complexes, le dégoût de moi-même. Étant enfant, je sais que j'étais toujours seule sur un banc. Je me mettais ma capuche sur la tête et je restais toute seule pendant la cour de récréation, ce qui m'a causé aussi de l'intimidation scolaire. Des surnoms ridicules. Et tout ça, c'était lié du coup à mon comportement. On me traitait de bizarre, parfois de folle. Parce que du coup, j'étais mal perçue. J'étais toujours dans mon coin. J'ai habillé en noir, j'ai eu ma période gothique. Ça a été très compliqué pour moi, très compliqué. J'arrivais même pas à regarder quelqu'un dans les yeux tellement je me sentais mal en fait. C'est... Ça a été aussi des tentatives de suicide, de médicaments, des scarifications. Donc la mise en danger de mon être à moi, parce que j'avais envie de mourir en fait. J'avais envie de mourir pour ne plus souffrir. Et pendant longtemps, je me suis renfermée dans ce silence. C'est terrible comment on peut souffrir, et encore à l'âge adulte, c'est terrible. Je me sens différente des autres encore maintenant. C'est très compliqué. Avec les hommes, à l'heure d'aujourd'hui, je n'arrive pas à me stabiliser. J'ai été diagnostiquée avec un trouble borderline. Parce que du coup, affectivement, j'ai beaucoup de haut et de bas. J'ai eu aussi une période de sursexualité, parce qu'il faut savoir que les abus, du coup, ce n'est pas que ça dévergonde, c'est qu'on a besoin d'une hypersexualité après. C'est un peu bizarre, je sais, mais j'ai eu des périodes très difficiles. J'ai vécu de la violence conjugale, je n'arrive pas à m'imposer dans les relations. Ça m'a totalement fissurée de l'intérieur, fissurée. Là, le choc a été terrible au niveau post-traumatique. Ça a été reconnu pendant l'enquête et l'expertise psychologique. On y est encore. Comme ça, avant un temps, plus tard, on a une part encore de... C'est que notre être, il est mort en fait. Il est en deuil. On est toujours en deuil, d'une partie de nous-mêmes, même des années après. Alors le jour où on m'a expliqué que je souffrais d'un syndrome de stress post-traumatique, c'était en 2021, j'avais vu d'autres médecins qui m'avaient dit que c'était sûrement le trouble borderline. Alors ça peut altérer aussi, il y a ce choc. Mais suite à l'enquête, parce que j'ai parlé de mon abus qu'en 2020, la première fois, Tout ce qui s'était passé. Parce que je n'arrivais pas à en parler avant. Le monsieur, du coup, m'a écouté. Et il m'a dit, il n'y a ni borderline, ni bipolaire. Il en était sûr. Bipolarité, pardon. Il m'a dit, c'est un syndrome du stress post-traumatique. Donc, on a fait une demande d'ALD. Avec, du coup, le papier de l'enquête. Et à l'heure d'aujourd'hui... par rapport aux professionnels et aux personnels, c'est très instable. Même encore maintenant, j'ai des crises d'angoisse, j'ai des problèmes de comportement. Parfois, je m'isole d'un coup, mes proches ne comprennent pas. J'ai du mal à garder mes amitiés, parce que d'un coup, je vais changer, je n'arrive pas à rester stable au niveau de mes émotions. On va faire une demande d'invalidité. Je ne voulais pas au début. mais avec mon médecin, je n'arrive pas à garder un emploi parce qu'il y a des moments, il y a des journées où je me sens profondément mal, où j'ai des flashs, où j'ai des angoisses très profondes, surtout à la période où ça s'est passé. Il faut savoir que pendant une année, ça peut aller très bien et l'autre année, ça peut aller très très mal. Je vais reprendre des antidépresseurs, des anxiolytiques. Et à chaque fois que je parle de cet abus, j'ai des plaques d'eczéma sur les mains, j'ai des angoisses. Pendant 2-3 jours, ça va être vraiment avide, comme si je fais un plongeon en bas du sol. C'est très compliqué. Et vraiment, je vous invite vraiment à consulter, à vous faire suivre. C'est très important de vous faire suivre avec un psychologue. Il y a des hôpitaux aussi. avec des services de psychotrauma qui prennent très bien en charge les traumatismes, avec de l'EMDR, avec une psychothérapie. Vraiment, il faut le faire. C'est très important pour la reconstruction de soi et de son être. Alors, mon corps me parlait à travers mon mal-être. Du coup, mes crises d'angoisse, mes crises de tétanie, où je n'arrivais même plus à bouger les doigts à un moment, ils étaient tout raides, tellement que j'étais tétanisée. il y a eu aussi l'escarification sur les bras et sur les cuisses sur les cuisses parce que je pense qu'inconsciemment c'était la zone où c'est que j'avais été touchée émotionnellement et qu'il fallait que que je détruise comme s'il fallait faire disparaître ce morceau de mon corps en fait avec l'entrejambe c'est ouais C'est difficile d'en parler, excusez-moi, mais j'ai besoin d'être transparente aussi avec vous pour pouvoir avancer aussi moi personnellement dans cette libération. En fait, j'ai dénoncé l'abus en 2020, j'ai déposé plainte parce que de 2016 à 2019, j'ai subi des violences conjugales. Encore pas de chance. J'ai attiré que les relations toxiques, où c'est que je n'arrivais pas à m'imposer, où c'est que je tolérais tout. Parce que je pense que je me sentais responsable de ce qui s'était passé étant jeune. Et c'était une façon de me punir, d'aller dans des relations négatives et destructrices. Du coup, j'ai déposé plainte en 2020. J'ai déposé plainte pour mon ex-mari, pour les violences. Et pour... L'abus sexuel que j'avais vécu étant jeune, parce que j'en avais marre de souffrir de cet abus, et parce que c'était le moment pour moi de dire non, On n'a pas le droit de me faire du mal, on n'a pas le droit de me salir, tout simplement. Oui, j'avais peur de ne pas être crue. À l'âge de 13 ans, j'en ai parlé à ma mère pour la première fois, je l'ai évoquée. et elle l'a évoqué à mon papa et malheureusement pour ne pas ternir son image de commerçant pour ne pas faire d'histoire dans le village il ne l'a jamais dénoncé et ça c'est très dur C'est très dur et ma mère n'a pas été contre mon père. Elle ne s'est pas imposée. Elle n'a pas été contre lui. C'est son plus grand regret dans sa vie. Mon père, je n'ai jamais pu en reparler avec lui. Je ne sais pas le fond de sa pensée. Je ne sais pas. Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'en 2020, j'ai porté plainte. Et j'ai levé la tête et je me suis dit je suis victime, je suis victime. J'ai le droit de déposer plainte et il faut que je dépose plainte parce que par la suite cette personne j'ai appris qu'il avait touché déjà ses deux soeurs et je n'aimerais pas qu'une autre personne souffre de ce que j'ai souffert parce que ça détruit vraiment psychologiquement, moralement. Et je ne veux pas qu'une autre personne vive ce que j'ai vécu. Aujourd'hui, si je prends la parole, c'est vraiment pour encourager les femmes à parler, à se libérer. Parce que je sais qu'avec cette foutue culpabilité, avec cette honte, il y a beaucoup de femmes qui ne parlent pas. Ça peut être lié aussi à de l'inceste, par rapport à un parent, de la famille, un voisin, un professeur, ça peut être n'importe où. n'importe qui en fait. Ça peut être même un médecin, un gynécologue. Il y a la honte. Il y a la honte et si je prends la parole, c'est surtout pour dénoncer, pour vous dire parler, parler, communiquer. C'est important. Et c'est libérateur aussi pour soi-même. Moi, ça fait partie de mon processus de guérison et de libération. Longtemps, j'avais une boule à l'estomac, je n'ai pas pu en parler. Vous savez, cette petite boule qui appuie dès que vous voulez en parler. Et dès que vous voulez en parler, vous changez de sujet. Parce que c'est trop profond, c'est trop douloureux. Parler, vraiment, c'est important. Moi, personnellement, ça fait partie de mon processus de libération et de guérison. Et parce que j'en ai besoin. J'ai un petit garçon qui est autiste, qui a un TDAH, un autisme léger. Et je m'en occupe seule. Le papa ne s'en occupe pas. Et si je parle aussi, c'est pour lui. C'est pour me libérer, me libérer de ce fardeau et pour pouvoir faire mon rôle de maman au mieux avec lui. C'est vider ce poids et ce mal-être parce que les enfants ressentent tout aussi et parce que quelque part, si vous vous libérez vous, vous libérez aussi votre enfant. À la petite fille que j'étais, j'aurais aimé qu'on me dise « Viens, on va porter plainte, je te crois, je suis là. Je suis là pour toi. » Qu'on me prenne dans ses bras, qu'on m'embrasse, qu'on me rassure. Mais j'ai pas eu tout ça. Ils m'ont fait voir quand même un gynécologue. Et ils m'ont dit, vas-y, déshabille-toi, il y a tes parents à côté de la pièce. Et je n'ai pas réussi à me déshabiller, en fait. La dame, elle a juste vu l'escarification sur les cuisses et sur les bras. Et elle a dit, monsieur, ça, c'est déjà un signe d'abus sexuel. J'étais tellement gênée de me déshabiller. Et on est repartis. Et on n'en a plus reparlé, en fait. Excusez-moi, c'est difficile. Alors vraiment, à ces femmes aussi, que peut-être les parents n'ont pas cru leur histoire, leur récit, ou n'ont pas voulu déposer plainte, ou toutes celles qui n'ont pas pu aller jusqu'au bout de leur procédure, mais faites-le, faites-le, vraiment, il faut dénoncer. Et ça permet aussi de prendre une revanche sur soi-même et sur la vie, et ça permet de se libérer surtout. Lorsqu'une femme se confie, il faut l'écouter. Il faut lui tendre la main, il faut la rassurer. Quelque part, c'est un appel à l'aide parce qu'intérieurement, on souffre toujours et on a besoin d'écoute. D'écoute sans jugement, avec de la bienveillance, de la lumière. Il faut l'encourager, si elle n'a pas déposé plainte, il faut l'encourager à le faire, parce qu'aucune violence sexuelle ne doit rester impunie. Aucun désattouchement à un viol, des propos même sexuels, de harcèlement sexuel, aucun, aucun fait ne doit rester impuni. Parce qu'une partie de nous n'est plus la même. Que ce soit même de harcèlement sexuel au travail, que ce soit des attouchements étant jeune ou même toucher les fesses. On ne reste pas indemne face à des tels comportements. Aujourd'hui, ce qui m'aide à me reconstruire, c'est mon fils. C'est l'accompagner, le protéger, l'épauler, lui apporter toute la lumière possible et l'amour qu'il a besoin pour avancer sur son chemin de vie. C'est mon auto-entreprise aussi. Je suis auto-entrepreneuse dans le bien-être et dans la médiumnité. C'est m'accepter totalement comme je suis et avoir un regard positif sur moi est encore compliqué. Mais je suis dans ce cheminement et c'est tout ça. C'est ma famille aussi, ma mère, malgré tout mon père, mes proches. C'est tout ce petit monde-là. Ce que les gens ne voient pas et ne comprennent pas facilement, c'est... L'anxiété sévère qui est souvent présente lors d'un abus, les angoisses, là ils vont dire mais pourquoi t'angoisses ou tu stresses comme ça ? Mais arrête, c'est le genre de réflexion qu'on peut avoir alors qu'on ne peut pas canaliser notre anxiété. C'est plus fort que nous lié à cet abus, ce choc post-traumatique, n'importe quel choc. On va avoir de l'anxiété sévère et la personne va nous dire mais arrête de stresser comme ça, mais ça ne sert à rien. C'est contre nous, en fait. On a des tremblements, des fois, on a du stress, des crises d'angoisse, mais on ne contrôle pas, ce n'est pas de notre faute. Ce n'est pas de notre faute. Et ça, c'est très frustrant. Moi, je sais que c'est ça le plus frustrant pour moi. Retrouver confiance en l'autre, je n'y ai jamais réussi. Retrouver confiance en une autre personne, je suis toujours sur la méfiance et sur la réserve. Je suis une personne maintenant de très solitaire. Confiance en moi, c'est encore très difficile. Je suis en plein apprentissage, on va dire, et ça viendra avec le temps. Et c'est vrai que le plus compliqué, c'est de faire confiance en une autre personne. Je n'y arrive pas. Et personnellement, j'ai été très déçue aussi, même après l'abus sexuel. Donc je ne peux pas rester neutre totalement sur... Voilà, sur ce sujet. À toi qui m'écoutes, qui a aussi vécu des violences sexuelles, quel que soit ton âge, ta religion, ta culture, personne n'a le droit de t'infliger de telles violences. Personne. Que tu aies 14, que tu aies 30, que tu aies 50 ans, personne n'a le droit d'abuser d'une personne sexuellement. Tu es une victime. Oui, tu es une victime. Tu n'as pas provoqué cela. Enlève ça de ta tête. Enlève ça de ta tête. Avance. Essaye d'extérioriser ton mal-être, de te faire accompagner, de faire une psychothérapie. Et surtout, si tu le peux, bien sûr, je sais que c'est compliqué, dénonce. Dénonce ces faits de viol, d'attouchement, de violence verbale sexuelle. Dénonce ces faits. Déjà pour te protéger toi-même, pour te libérer et pour protéger aussi d'autres âmes qui n'ont pas demandé cela. C'est possible d'y arriver. Moi j'y suis arrivée, j'ai un petit garçon de 7 ans. Dès que je le vois, c'est mon petit rayon de soleil. Je suis auto-entrepreneuse, je suis à mon compte, j'ai mes proches, ma famille. C'est dur, on a toujours un mal-être au fond. Mais il restera toujours des traces, je suis d'accord. Mais ta vie, elle ne s'est pas arrêtée pour autant. Je t'encourage à le faire. Et il y a aussi des plateformes sur Internet auxquelles c'est ouvert à toute victime de violences, de violences sexuelles. C'est des appels qui sont gratuits ou des Ausha auxquels vous pouvez parler, communiquer en restant anonyme. Donc si vous n'arrivez pas à aller voir un psychologue ou à communiquer avec une personne... Vous pouvez faire appel à ces plateformes, à ces Ausha et à certaines associations. Mais vraiment, libérez-vous, extériorisez votre mal-être, c'est très important.