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Nice, haut-lieu de la Résistaance française
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Angela Merkel, il y a encore quelques semaines, récoltait 80% d’opinions favorables. Comment expliquer que son parti, la CDU, lors de son 34e congrès, le 22 janvier 2022, ait élu avec 95% des suffrages Friedrich Merz, celui qu’elle désignait depuis 2005 comme son « ennemi intime » ? En quelques heures, samedi, tout ce qui pouvait rappeler l’ère Merkel a été gommé. La presse, unanime, parle de « rupture avec l’ère Merkel ». La Frankfurter Allgemeine Zeitung constate que « l’ensemble du bureau fédéral a été rénové ». Il est urgent de « rénover le parti et de réparer la relation avec la CSU. » Le parti est tellement « laminé » comme l’écrit la Berliner Zeitung que c’est peut-être là « que réside sa chance, les choses ne pouvant qu’évoluer dans le bon sens ». Pour le Handelsblatt, « Merz est la dernière cartouche ». Un homme que la Tageszeitung situe « aux antipodes d’Angela Merkel », ce que confirme la Süddeutsche Zeitung qui précise que la « rupture avec l’ère Merkel est nette ». On comprend aisément pourquoi Angela Merkel a refusé de devenir présidente d’honneur de ce parti qu’elle a dirigé pendant 18 ans. Dans ce désastre électoral, sa responsabilité est immense. Die Welt y voit « une rupture consommée ». Il était « logique », dans de telles circonstances, qu’elle s’isole d’un parti dans lequel elle aurait pu s’investir « un minimum syndical » au cours de ces 18 années ! Ce 34e Congrès de la CDU, un 22 janvier, fera date dans l’histoire d’un des grands partis fondateurs de la République fédérale d’Allemagne. La Voix du Béarn dans sa série d’émissions hebdomadaire produite par Jean-Michel Poulot, « les Français parlent aux Français du bout du monde », a demandé à Joël-François Dumont, son correspondant à Berlin, de dresser un bilan de l’action d’Angela Merkel qui, pendant 16 années, aura été chancelière fédérale d’Allemagne. La CDU tourne la page Merkel (https://european-security.com/allemagne-la-cdu-tourne-la-page-merkel/) Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
59min | Published on January 24, 2022


« Dans la tradition, typiquement savoyarde, du service étranger où les originaires du Duché s’élèveront souvent aux plus hautes fonctions militaires et civiles, aucune lignée n’a brillé d’un plus vif éclat que celle des Garnerin de Montgelas. Maximilien Joseph de Montgelas est, Outre-Rhin, une gloire nationale, considéré comme « le père de la Bavière moderne ». Mais aucune famille non plus n’est aussi peu connue chez nous. Elle n’a droit qu’à une ligne dans le Dictionnaire de Grillet et la notice de l’Armorial de Savoie est tout aussi succincte pour la branche allemande. »[1] Si l’on demandait à nos compatriotes, même germanistes, de citer un Français qui a joué un rôle aussi éminent pour ne pas dire exceptionnel en Allemagne, on a plus de chance d’entendre prononcer le nom de Voltaire que celui du Comte Maximilien Joseph de Montgelas (1759-1838). Un homme de pensée dans l’action qui s’est révélé, avec Bismarck plus tard en Prusse, être un des plus grands hommes politiques de l’Allemagne du XIXe siècle. On n’a bien peu de chances aujourd’hui de retrouver de telles exceptions, « caractéristique de familles qui ont constitué la vieille Europe ». La relation entre la Bavière et la France ne se conjugue pas qu’au seul passé. L’avenir est porteur d’espérance. « Avec ses 13 millions d’habitants, son économie à vocation internationale et son produit intérieur brut (PIB) de 630 milliards d’euros, l’État libre de Bavière est une région forte au cœur de l’Europe.»[2] Comme le rappelle le Dr. Florian Herrmann, chef de la Chancellerie de l’État de Bavière, ministre délégué auprès du Ministre-Président Markus Söder, chargé des affaires fédérales et des média, « La France et la Bavière sont liées de longue date par un partenariat étroit et solide. En Bavière, nous sommes conscients que la France a exercé une influence significative sur le développement de notre région : lorsque le royaume de Bavière fut porté sur les fonts baptismaux en 1806, ce fut avec le soutien de l’empereur Napoléon Ier. Et c’est le Comte de Montgelas, lui-même d’origine française, qui jea les bases de l’ordre politique et administratif de la Bavière en prenant en compte les réformes du Premier Empire français. Des orientations importantes dont l’impact se ressent encore aujourd’hui.» Pour construire cet avenir ensemble, mieux vaut donc, ensemble, affronter le passé, ses solutions comme ses erreurs. Il y a au moins deux de nos contemporains pour tenir Maximilien de Montgelas en très haute estime. Tous deux ont en commun d’être férus d’histoire et sont délégués régionaux du Souvenir français en Allemagne.[3] Le Souvenir français est, rappelons-le, la plus vieille association patriotique française, créée en 1897, 17 ans après la cuisante défaite de Sedan et l’annexion de l’Alsace-Lorraine, résultat d’un antagonisme entre la Prusse et la France qui en un siècle sera dévastateur pour l’Europe. « Il y a eu Sedan parce qu’il y a eu Iéna » (Bismarck) Pour évoquer ces pages de notre histoire contemporaine, trop souvent écrites avec le sang, nous citerons deux témoignages très riches : A Berlin, celui du professeur Étienne François, agrégé d’histoire, qui a enseigné à la Sorbonne et pendant trente ans à la prestigieuse Université libre de Berlin (Freie Universität), « très impressionné par Montgelas » … « Un homme politique « éclairé » de la dernière année du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle : il est « aufgeklärt » à 100 %, réformateur énergique, et tire par ailleurs profit de la République puis de Napoléon pour renforcer le pouvoir bavarois (Électorat puis monarchie à partir de 1806) et profiter au mieux des avantages de l’alliance avec la France (doublement des dimensions du royaume). Il a certes accepté qu’un contingent de l’armée bavaroise participe à la campagne de Russie (d’où le monument aux morts de la campagne à Munich), mais s’est bien gardé de pousser trop loin l’alliance (non-participation à la bataille des nations de Leipzig, si je ne me trompe, ce qui veut dire fin de l’alliance avec la France à partir du moment où elle risque de devenir dangereuse et contreproductive). Je sais par ailleurs qu’il a repris pour la Bavière le statut de fonctionnaire mis en place par la France postrévolutionnaire. Quant à sa politique envers l’Église catholique, elle ressemble elle aussi fort à un mélange de la politique de Joseph II d’Autriche, de la Révolution à ses débuts, et de Napoléon . Une exception : Oberammergau qui a réussi à subsister, alors que Montgelas avait décidé de supprimer toutes les cérémonies religieuses comparables.» A Munich, citons Pierre M. Wolff, retraité de l’Education Nationale, ayant servi notamment à l’Institut Français et au Consulat Général de France à Munich, qui consacre une partie de son temps à célébrer la mémoire de ce « Savoyard d’exception symbole d’un transfert culturel franco-allemand réussi.» A cet effet, il créa il y aura bientôt trente ans une association de droit allemand, également déclarée en France sous la forme juridique d’une association Loi 1910, la « Société Montgelas pour la promotion de la coopération franco-bavaroise »,[4] qui, au fil des ans, est devenue un trait d’union entre la Bavière et la France. Plus qu’un Land, un État qui, « jaloux de sa souveraineté, n’hésite pas à croiser le fer avec l’État fédéral » … « La Bavière n’est pas le plus grand des Länder, mais c’est le seul à disposer d’une histoire aussi longue et de traditions aussi fortement enracinées » … « La Bavière est aujourd’hui le plus centralisé des Länder allemands », constate Pierre Wolff, l’un des meilleurs connaisseurs français de la Bavière, co-animateur de la très active société Montgelas pour la promotion de la coopération franco-bavaroise, du nom du comte de Montgelas, ce ministre savoyard qui dota la Bavière d’institutions modernes au début du XIXe siècle, et qui fait qu’aujourd’hui la Bavière est, de tous les Länder, celui dont l’administration est sans doute la plus attentive à ce qui se passe en France et où l’opinion publique est la plus francophile du pays.»[5] Maximilien Joseph de Montgelas Issu d’une famille de la noblesse de robe de Savoie, les Garnerin, seigneurs de la Thuille, de Mondragon et de Montgelas, fiefs situés dans la région de Chambéry. L’aîné des fils, Maximilien Joseph, naît à Munich le 12 septembre 1759, étudie à Nancy, Strasbourg et Ingolstadt. Maximilien poursuivra sans relâche la tâche de son père, le général Janus de Montgelas, qui, entré au service des Wittelsbach, s’était illustré dans la guerre de Sept ans, avec le même objectif en tête : servir la cause de la Bavière, une Bavière alliée à la France. A 20 ans il entre dans la fonction publique bavaroise. Son appartenance aux Illuminati, société secrète bavaroise qui soutient les propositions les plus anticléricales du siècle des Lumières le rend suspect. Il entre alors, comme son père, au service des Wittelsbach, et plus précisément de la branche comtale palatine des Deux-Ponts. Secrétaire privé, promu ministre, il prendra part au Congrès de Rastatt en 1798. Très lié à Napoléon, il sera le véritable artisan de la transformation de l’électorat de Bavière en un royaume que Napoléon va proclamer en 1806. « Montgelas est armé. Il s’est entendu avec la France et a conclu un traité d’alliance secret. Les deux parties espèrent en tirer profit : la Bavière a besoin de protection contre les appétits annexionnistes des Habsbourg, Napoléon a besoin d’États allemands moyens renforcés pour affaiblir la Prusse et l’Autriche. En octobre 1805, les troupes françaises battent les formations autrichiennes sur le sol bavarois, et le 24 octobre 1805, Napoléon entre dans Munich sous les acclamations frénétiques de la population. En retour, les troupes bavaroises combattent en décembre aux côtés de Napoléon à Austerlitz, où la Russie et l’Autriche sont vaincues par la Grande Armée. En remerciement de l’aide apportée par les armes, l’électeur bavarois reçoit, en plus des possessions autrichiennes en Souabe, le droit de porter le titre de roi. Le 1er janvier 1806, Maximilien Ier Joseph proclame sa nouvelle dignité. La Bavière, jusqu’alors fief de l’Empire en tant qu’électorat, est désormais un État souverain de droit propre.» [6] Quelques semaines après la victoire éclatante d’Austerlitz, le 2 décembre 1805, l’Empereur parie sur ce futur Royaume de Bavière pour devenir un rempart contre la toute-puissance des Habsbourg et contrebalancer le pouvoir de la Prusse et de l’Autriche qui depuis longtemps rêve d’annexer la Bavière. Il entend transformer une situation de paix trop fragile pour établir – dans la durée – une véritable paix. C’est ainsi que le 26 décembre 1805, un Traité de paix est signé entre la France et l’empereur germano-autrichien, François 1er. Le 1er janvier 1806, Maximilien 1er de Bavière est proclamé roi de Bavière à Munich. Le royaume comprend, outre « l’électorat de Bavière », une grande partie de la Franconie, la Souabe et de nombreuses régions séculaires de la vieille Bavière avec, au Nord, le Palatinat sur la rive gauche du Rhin (Mayence, chef-lieu du Département du Mont Tonnerre). Napoléon a atteint son objectif : réorganiser le Saint-Empire germanique pour le transformer en une Confédération du Rhin, basée sur des protectorats français. Une véritable provocation pour la Prusse qui donne un ultimatum à la France en la sommant d’évacuer les rives du Rhin. La Prusse se sent humiliée et rêve d’en découdre. Vaincre est une chose, mais la victoire ne saurait être totale que si l’on sait retourner son adversaire déclaré d’hier pour en faire un véritable allié. La pire des fautes étant de l’humilier publiquement. Si Napoléon après la bataille des Trois Empereurs à Austerlitz a su faire preuve de mansuétude envers l’Autriche et la Russie, il n’a pas pardonné à la Prusse et n’a pas mis longtemps à le lui faire savoir. Le 1er janvier 1806, le royaume de Bavière est créé. Les troupes françaises sont positionnées sur la rive gauche du Rhin. En réaction, la Prusse – première armée d’Europe – ordonne leur évacuation. Devant le refus de Napoléon, les troupes commandées par le général de Hohenlohe, deux fois supérieures en nombre – l’armée prussienne est la plus importante armée d’Europe – soutenues par des troupes russes, va déclarer la guerre à la France. Napoléon, en fin stratège, a étudié personnellement le terrain et minutieusement préparé son dispositif. Il va ainsi remporter en une guerre éclair deux batailles décisives à Iéna et à Auerstedt en Thuringe. La Prusse déjà humiliée est maintenant vaincue sur son terrain. Napoléon défile à Berlin. La Prusse n’aura qu’une seule idée, se venger. Elle essaiera à plusieurs reprises mais n’y arrivera qu’en 1870 en profitant de la désorganisation et de l’affaiblissement de la France. Elle savourera alors sa revanche à Sedan. Comme le dira Bismarck : « il y a eu Sedan parce qu’il y a eu Iéna et Auerstedt.» Cette revanche ira même jusqu’à la création et la proclamation de l’Empire d’Allemagne sous la bannière de la Prusse dans la prestigieuse galerie des glaces du château de Versailles. De même, en 1940, les troupes d’Hitler écraseront Sedan pour rappeler qu’on n’humilie pas la Prusse impunément ! Montgelas jette les bases de l’ordre politique et administratif de la Bavière Entre l806 et 1918, le Royaume de Bavière va se renforcer. Maximilien de Montgelas est nommé Premier ministre. Fidèle aux idées des Lumières, il instaure une politique de laïcisation et de centralisation administrative. On lui doit la modernisation de l’Administration bavaroise qui va s’imposer en Allemagne comme un modèle. Il est aussi un précurseur dans le domaine économique et social : c’est ainsi qu’il élabore un plan directeur ambitieux pour la modernisation de la Bavière, « le mémoire d’Ansbach » redécouvert dans les années 1960. La noblesse et le clergé sont désormais soumis à l’impôt, de quoi révolutionner l’époque. En 1808, Montgelas donne à la Bavière sa première constitution moderne : il abolit les reliques du servage, puis, en 1812, la torture, après l’introduction d’un nouveau code pénal fondé sur des normes humanitaires modernes. La scolarisation, la vaccination et le service militaire sont rendus obligatoires. L’administration bavaroise est réorganisée autour d’un cabinet centralisé de ministères modernes qui remplace les multiples chambres d’antan. Montgelas favorise également le libre-échange en faisant abolir tous les péages dans le royaume de Bavière. Mais surtout, il conçoit et met en œuvre « le Dienstpragmatik », un règlement pour les fonctionnaires, qui servira de modèle à toute la fonction publique allemande. Désormais, l’admission à un service dans l’administration publique ne se fait plus sur la base de l’appartenance à la religion catholique ou la noblesse, mais uniquement sur la qualité de l’éducation. Les fonctionnaires perçoivent un salaire suffisant et leurs veuves une pension. Ce règlement, qui met fin à la prépondérance de la noblesse dans les rangs les plus élevés et les plus décisifs de l’administration publique, permet à Montgelas de restructurer la fonction publique sur une déontologie nouvelle qui crée, par la même occasion, un groupe social de serviteurs dont l’unique loyauté ira à la couronne et au royaume de Bavière. Un bilan impressionnant que l’on doit à un personnage hors du commun. Aujourd’hui la société Montgelas est un des emblèmes de la coopération franco-bavaroise, un lieu d’échange privilégié. Son président, Pierre M. Wolff, est intarissable sur les mérites de ce Savoyard qui donnera à la Bavière « le territoire et les institutions qui sont encore les siennes aujourd’hui ». Munich se devait de lui bâtir une statue de 6 mètres de haut, fraisée dans un bloc d’aluminium, érigée en 2005 en face du Palais Montgelas, qui fut sa résidence et en même temps le siège de son gouvernement. Le Palais Montgelas appartient depuis plusieurs décennies à l’hôtel Bayerischer Hof où se tient tous les ans notamment la Conférence de Munich sur la Sécurité. La Société Montgelas, quant à elle, remet annuellement le Prix Montgelas, un prix honorifique matérialisé par un buste en porcelaine de Chine de Montgelas, alternativement à Munich et à Paris, qui récompense des personnalités des deux pays œuvrant dans l’esprit de Montgelas ou engagés dans la coopération franco-bavaroise. Le caractère original du Prix tient dans le fait que le discours d’éloge est toujours prononcé par une personnalité qui vient de l’autre pays que celui du lauréat, obligeant ainsi à un croisement des regards de part et d’autre du Rhin.[7] Une occasion unique pour nous de découvrir un personnage emblématique et saluer la réussite exceptionnelle d’un de ces Français expatrié qui, sur des idées françaises va adapter et doter sa patrie d’adoption pour en faire un modèle d’organisation. Un précurseur dont la mémoire gagne à être honorée. Jean-Michel Poulot Joël-François Dumont https://european-security.com/maximilian-joseph-de-montgelas-un-savoyard-pere-de-la-baviere-moderne/
1h02 | Published on January 15, 2022


Le Souvenir français De toutes les associations patriotiques françaises « le Souvenir français » est de loin la plus ancienne. Fondée en 1887 par François-Xavier Niessen, un Alsacien très actif au sein des milieux alsacien et lorrain en 1871, elle mettra peu de temps pour réussir ce que l’État était bien incapable de faire après la défaite de Sedan. Niessen en 1873 avait déjà créé la « Société de prévoyance et de secours », une sorte de mutuelle pour secourir des milliers de réfugiés dans la Région parisienne avant de se lancer dans la défense de la mémoire des combattants de 1870. L’association est financée par l’État et soutenue par une association catholique, « l’Œuvre des tombes et prières ». Le Souvenir français va, au fil des ans, créer des ossuaires et des cimetières, élever des monuments et des stèles – y compris en Allemagne – dans le but également de sauvegarder la mémoire des prisonniers de guerre français, une façon de rappeler que l’Alsace-Lorraine demeurait terre de France et faire en sorte que l’on n’oublie pas nos prisonniers. En 1900, l’association regroupe 80.000 adhérents répartis dans 854 comités cantonaux. Son action est désormais visible dans plus de 2.000 lieux matérialisés. On lui doit les premiers monuments en hommage aux « grognards » de l’Empire à Waterloo et en Russie. Elle participe à la réalisation du monument consacré à Vercingétorix à Alise-Sainte-Reine ainsi que des centaines de monuments en hommage aux ombattants de 1870.[1] Malgré les différends entre l’Église et l’État à cette époque, en 1906 les relations entre le gouvernement et Le Souvenir Français vont s’approfondir. Le Souvenir Français est reconnu d’utilité publique. Le général Picart, ministre de la guerre du gouvernement Clemenceau entend favoriser la création de comités du Souvenir Français en Alsace-Moselle. C’est ainsi, avec l’accord des autorités allemandes, que le Souvenir Français « prend pied » dans les territoires annexés. Un homme, Jean-Pierre Jean, va incarner cette politique qui va connaître son point d’orgue le 4 octobre 1908 lors de l’inauguration du monument de Noisseville et le 17 octobre 1909 lors de l’inauguration de celui de Wissembourg. L’intense activité « pro-française » que révèlent ces deux cérémonies inquiète les autorités allemandes confrontées au développement de « l’esprit de Revanche ». C’est ainsi qu’en janvier 1913, le Souvenir Français sera interdit en Alsace-Moselle quelques mois avant l’éclatement de la Première Guerre Mondiale. Cela n’empêchera pas chaque dimanche les jeunes Alsaciens et Lorrains revêtus de costumes traditionnels de rendre hommage à ces « Morts pour la France » en se recueillant sur leurs tombes. En 1918, l’État devra gérer la recherche et l’inhumation d’1 million 400.000 soldats tombés au champ d’honneur. 300.000 corps ne seront pas retrouvés dans des lieux dévastés par les obus et les flammes dans l’enfer de Verdun : 350.000 familles demanderont la restitution des corps de leurs enfants pour les regrouper dans les cimetières avec leurs familles. 30.000 monuments seront érigés dans les communes de France. De grandes nécropoles nationales vont été construites pour ensevelir 700.000 soldats. Curieusement, les soldats regroupés dans les cimetières familiaux vont disparaître lorsque les tombes vont entrer en état de déshérence, alors que les nécropoles nationales, elles, vont demeurer et se révéler à l’épreuve du temps. Après la 1ère Guerre Mondiale, pour regrouper des millions d’anciens combattants, des centaines d’associations vont se développer pour honorer la mémoire des combattants par champs de bataille, mais aussi par types d’armées, de blessures et bien sûr de nationalités (Arméniens, polonais, tchéco-slovaques). Le Souvenir français poursuit aujourd’hui son œuvre, et pas seulement le 11 novembre, les 8 mai ou le 14 juillet. Depuis sa création, plus de dix millions de personnes ont adhéré au Souvenir français. Près de 200.000 adhérents encore aujourd’hui alors que nos associations d’anciens combattants disparaissent avec tous ceux qui ont « servi les armes de la France » pour assurer la défense de la Patrie. Des mots que l’on n’entend plus aujourd’hui mais qui résonnent encore pour beaucoup d’entre nous. Si Paris valait « bien une messe », cette association vaut bien qu’on lui consacre une série d’émissions, une façon de revisiter notre histoire et de mesurer le dynamisme de cette association en 2022, que ce soit en France, dans chaque département, mais aussi dans le monde entier où elle est présente presque partout. En commençant par l’Allemagne, car la raison d’être du Souvenir français a été après la défaite de Sedan en 1870, de défendre la mémoire de ces « Morts pour la France » en veillant à ce que l’on n’oublie pas nos prisonniers de guerre. En Allemagne, plusieurs comités se répartissent tout le pays. Leur délégué général à Berlin est un agrégé d’histoire, le professeur Étienne François. Un homme passionné et passionnant que nous vous invitons à écouter sur le podcast de cette émission diffusée les 10 et 11 janvier par la Voix du Béarn. Une seconde sur l’Allemagne suivra complétant cette première émission avant que nous ne nous rendions dans d’autres pays pour découvrir cet extraordinaire travail de mémoire effectué par des bénévoles, une façon d’évoquer comme le dit Jean-Michel Poulot « ces souvenirs dont on ne parle jamsi mais dont on se souvient toujours ». Joël-François Dumont [1] Source : site Internet du Souvenir français (https://le-souvenir-francais.fr/notre-histoire/).
56min | Published on January 10, 2022


La croix de guerre est une décoration militaire instituée en 1915 pour récompenser les soldats ayant fait preuve d’une conduite exceptionnelle face à l’ennemi. Pendant les premiers mois du conflit, la France ne dispose pas de décoration spécifique pour gratifier et matérialiser les actes de bravoure individuels des soldats. À cette époque, il n’existe que la Légion d’honneur, créée en 1802 par Napoléon Bonaparte, la médaille militaire, instituée en 1852 par Louis-Napoléon Bonaparte, et les citations à l’ordre du jour des régiments. La Russie avait, elle, la croix de Saint-Georges ; l’Angleterre la croix de Victoria ; l’Italie la médaille de la valeur militaire ; l’Allemagne la croix de fer. La France n’avait, elle, rien d’équivalent. A l’origine de la création de la « Croix de guerre », le besoin ressenti dès les premiers mois de la Première Guerre Mondiale au front de créer une récompense « visible » pour les combattants qui s’étaient distingués. Devant l’âpreté des combats il fallait pouvoir sur le champ de bataille honorer les plus braves, leur courage, pour mieux galvaniser ceux qui, en première ligne, étaient en permanence sous le feu de l’ennemi. Même si elle était militaire, cette décoration ne devait pas être réservée aux seuls militaires. Au-delà d’une simple récompense, l’idée pour le commandement militaire était de pouvoir témoigner publiquement la reconnaissance de la Nation. Dans les armées, il existait bien la « citation à l'ordre du jour » mais ce n'était qu'un témoignage écrit, qu’on retrouvait dans les communiqués, les états de service et le livret militaire. Pour être efficace, cette décoration « administrative » devait laisser la place à « un signe distinctif clair et visible », qui permettait au chef de décorer les plus vaillants de ses soldats sur les lieux même des combats. C’est ainsi qu’en décembre 1914, le général Boëlle, commandant le IVe Corps, tente de convaincre le haut-commandement de la nécessité de créer une telle décoration. Trois députés, Maurice Barrès, Georges Bonnefous et Émile Driant, s’emparent du projet et déposent une proposition de Loi signé par 63 autres députés. Le projet est lancé. Lors de sa présentation à l'Assemblée Émile Driant déclare : « Créons un ordre récompensant la valeur militaire, mais en lui donnant un nom bref qui sonne clairement et qui, à lui seul, exclut la faveur de l'ancienneté. On l'appellera la Croix de guerre, ce sera une croix de bronze clair, à quatre branches, surmontée d'une couronne de lauriers, et suspendue à un ruban vert uni, le vert de la médaille de 1870-1871, débarrassé des rayures noires qui symbolisaient le deuil de l'autre siècle. » Après la présentation de plusieurs projets de médaille, c'est le sculpteur Paul-Albert Bartholomé qui est désigné pour créer le modèle. Le Sénat adopte « le ruban vert rompu par de fines rayures rouges, associant le symbole du sang versé à celui de l'espérance et rappelant celui de la médaille de Sainte-Hélène donnée aux vieux grognards du Premier Empire ». « La Croix de guerre instituée par la loi du 8 avril 1915 est en bronze florentin du modèle de 37 mm, à quatre branches, deux épées croisées. Le centre représente à l'avers une tête de République au bonnet phrygien ornée d'une couronne de lauriers avec en exergue « République française ». Il porte au revers l'inscription « 1914-1915 ». (Art. 1er du décret du 23 avril 1915). Ruban : vert avec liseré rouge à chaque bord et comptant cinq branches rouges verticales de 1,5 mm. Origine du ruban : Le ruban de la Croix de guerre de 1914-1918 est celui de la médaille de Sainte-Hélène. Napoléon III récompensait, grâce à elle, les vétérans de l'armée du Premier Empire. Une fois le projet adopté, le modèle de médaille a été confié au sculpteur Paul-Albert Bartholomé. Après la Croix de guerre 14-18, la croix de guerre 1939-1945 est une décoration militaire française destinée à distinguer des personnes (civiles et militaires), des unités, des villes ou des institutions ayant fait l'objet d'une citation pour fait de guerre au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Réalisée sur le même modèle que celle de 1914-1918, mais avec la date 1939 inscrite au revers, et suspendue à un nouveau ruban de deux bandes rouges extérieures encadrant quatre bandes vertes séparées par trois fines rayures rouges. La seule croix de guerre décernée aujourd’hui est celle des “TOE” – les Théâtres d'opérations extérieurs – créée en 1921. La dernière fois qu’elle a été « réactivée » comme le précise Loïc Salmon, « c'était pendant la guerre du Golfe qui avait donné lieu à un vote préalable au Parlement en 1991.» « Parmi les plus belles décorations décernées à nos soldats de l’armée française, la croix de Guerre des théâtres d’opérations extérieurs tient une place historique et très particulière » comme le rappelle le colonel Bachette-Peyrade dans l’éditorial du numéro 343 de la revue consacré au centenaire de la croix de guerre. « Elle constitue dès 1921, il y a cent ans, à l’image de la prestigieuse croix de Guerre 1914-1918, le prix du sang, mais souvent aussi le prix de souffrances, sur des théâtres d’opérations très éloignés de la métropole, souvent oubliés de nos concitoyens peu au fait des données géopolitiques de l’époque. Opérations de pacification, d’assistance au développement ou de lutte contre les totalitarismes qui asservissent les peuples, qui furent l’honneur de la France protectrice des opprimés. L'Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire, forte des valeurs morales dont elle est la gardienne, avait par conséquent un devoir impérieux de servir une fois de plus la « marque du Courage », que constitue la croix de Guerre des théâtres d’opérations extérieurs, et ses titulaires, soldats, unités militaires, villes et aussi institutions civiles, à l'image des croix de Guerre de nos valeureux combattants des deux guerres mondiales.» (Télécharger le dossier (https://croixdeguerre-valeurmilitaire.fr/wp-content/uploads/2021/11/343-Dossier-Centenaire-de-la-croix-de-Guerre-des-TOE-1.pdf)) Après la Première Guerre Mondiale, il faudra rassembler rassembler dans un même esprit « croix de guerre et valeur militaire » les personnes physiques et les personnes morales (communes, unités militaires et institutions civiles) ayant fait l'objet d'une citation comportant l'attribution d'une croix de guerre (1914-1918, 1939-1945 ou TOE), de la croix de la Valeur militaire, de la médaille de la Gendarmerie nationale ou de la médaille d'or de la Défense nationale pour citation sans croix. D’où la création en 1919 de l’ANCGVM - l'association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (ANCGVM). Elle a d’abord été dirigée par le vice-amiral Émile Guépratte (https://www.academieduvar.fr/Activites2/Guepratte.pdf), héros de la guerre des Dardanelles. A l’occasion de la célébration du 8 mai ou du 11 novembre, la Voix du Béarn a trouvé que ce sujet mal connu devait être traité en invitant trois invités : le colonel (H) Michel Bachette-Peyrade, président de l'ANCGVM, le colonel (H) Pierre Castillon, polytechnicien, président-fondateur de l'Académie des Technologies et le capitaine de vaisseau (H) Loïc Salmon, rédacteur en chef de l’excellente revue et du site « Croix de Guerre et Valeur militaire ».[1] Une association patriotique centenaire très dynamique dans toute la France malgré le fait que la plupart de ses anciens membres au titre de 14-18 ou de 39-45 aient aujourd’hui disparu. Avec nos invités, nous verrons comment ce travail de mémoire est fait inlassablement par des bénévoles. Jean-Michel Poulot et Joël-François Dumont Sitede la Croix de guerre et de la Valeur militaire (https://croixdeguerre-valeurmilitaire.fr/)
58min | Published on November 16, 2021


Plus qu’un joueur d’exception, Pierre Berbizier est devenu une véritable légende au pays du rugby avec 56 sélections internationales. 56 « capes » où il portera le maillot de l'équipe de France, 13 fois en tant que capitaine. Deux grands Chelems dans le Tournoi des Cinq Nations (en 1981 et en 1987). Champion de France cadets à 17 ans avec Lannemezan en 1975 contre le RC Toulon. En 1988, il est champion de France Sénior contre Tarbes et devient capitaine de l’équipe de France. Originaire de Saint-Gaudens en Haute-Garonne, Pierre Berbizier voit le jour en 1958 dans une famille de rugbymen chevronnés. Son père René sera trois-quarts centre à Mazamet avant de devenir entraîneur à Bègles dans l’équipe de Lucien Mias. Son grand-père est lui aussi un fervent adepte du ballon ovale. Le jeune Pierre comme son frère Philippe n’auront qu’à suivre l’exemple familial… Ce qui ne l’empêche pas de devenir à 14 ans ceinture marron de judo. Un sport qui lui apportera beaucoup. Face à l’adversaire, on apprend à jauger l’autre et à imaginer la parade la plus adaptée. Cela n’empêche pas Pierre de suivre de bonnes études avant de les compléter en Angleterre – à Oxford dans le prestigieux St Andrew’s College – et à l’Université de Cape Town en Afrique du sud. Ce qui lui permettra de se familiariser avec la langue et la mentalité de ceux qu’il affrontera sur les plus prestigieux stades du monde. Pierre Berbizier commence sa carrière de rugbyman junior au CA Lannemezan où il est formé au poste de demi de mêlée. Un poste pour lequel son grand-père l’imaginait déjà en raison des qualités assez rares qu’il avait détectées : une « intelligence du jeu » précoce, un sens inné de la décision, une capacité d’analyse du jeu adverse en première mi-temps qui servira à l’emporter dans le seconde. Une « vision du jeu » comme le résume si bien son ami Christian Paris, « servie par une capacité d’accélération aussi célèbre que celle du Gallois Gareth Edwards »… Il sera sénior au FC Lourdes puis au SU Agen avant de rejoindre l’équipe de France. Deux hommes compteront particulièrement dans la longue carrière de Pierre Berbizier : Robert Bru, son professeur à l’université Paul-Sabatier de Toulouse, section sport, où il a appris à « théoriser la pratique » et à « comprendre le rôle » et Jacques Fouroux, un meneur d’hommes qui l’amènera au haut niveau. L’homme, Pierre Berbizier, est à la fois chaleureux et attachant, ce qui ne l’empêche pas de dire ce qu’il pense. Avec un mépris mal dissimulé pour les intrigues de palais et les magouilles. Le rugby aujourd’hui est malheureusement très différent de celui que nous avons connu il y a encore 20 ans. Il y a ceux qui ont une ligne de conduite et qui s’y tiennent et d’autres qui préfèrent la « politique », les deux faisant rarement bon ménage. Pierre Berbizier parle peu. Son propos est d’autant plus intéressant. Sur la Voix du Béarn, face à deux fans du rugby Jean-Michel Poulot et Christian Paris, il évoque ce que fut sa vie de rugbyman. L’homme est resté un symbole du rugby français pour les meilleurs joueurs britanniques, sud-africains ou néo-zélandais. Pour les Français, il est resté le symbole d’une époque. Et les Italiens la semaine prochaine l’ont convié samedi dernier à assister au match Italie-Nouvelle-Zélande avec les All Black en souvenir de ses deux ans passés à refonder l’équipe d’Italie (2007-2009). Joël-François Dumont (Émission diffusée également en Pologne par Radio Hexagone) Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
1h00 | Published on November 7, 2021


Le 16 novembre 1944, le général de Gaulle a signé une ordonnance créant la « Direction de la Surveillance du Territoire », ordonnance qui sera complétée par un arrêté ministériel une semaine plus tard. En fixant les attributions et les structures internes de la « DST », le chef de la France Libre a dérogé à une tradition : pour la première fois en France, le contre-espionnage échappait au contrôle du ministère des Armées et était placé sous l’autorité du ministère de l’Intérieur. Roger Wybot – un ancien du BCRA à Londres – était nommé directeur. Parmi les missions prioritaires de ce nouveau service de contre-espionnage français qui succédait à la « ST », la Sécurité du Territoire crée en 1934 par le gouvernement de Gaston Doumergue, la DST se devait de traquer les anciens nazis comme avait pu le faire la ST avant-guerre, de surveiller de près les menées subversives communistes financées par Moscou visant à instaurer en France un régime communiste, enfin d’identifier tout agent étranger sur notre territoire suspect de se livrer à des activités d’espionnage ou à des actes terroristes. Soixante ans plus tard, le 16 novembre 1944, Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, a réuni au siège de la DST, rue Nélaton, dans le XVe, presque tous les anciens directeurs y compris le légendaire Roger Wybot. Manquaient à l’appel, notamment, le préfet Gabriel Ériau – un grand Résistant qui vissait un bras mécanique quand il allait au monument aux morts pour y déposer une gerbe ou pour conduire sa DS et qui n’en était pas moins resté un tireur d’élite ! Dans une grande salle en haut de l’immeuble qui avait été le siège de ELF, le ministre lui-même ancien Résistant qui avait connu la clandestinité, a rappelé brièvement quelques souvenirs personnels avant de conclure son propos ainsi : « votre devise est et restera Keep your secrets secret ! ». Comme quoi dans le milieu du renseignement, que l’on soit civil ou militaire, il y a des règles qui ne souffrent pas d’exception. Une magnifique médaille commémorative a été remise aux invités triés sur le volet… Notre précédente émission a été l’occasion d’évoquer une très belle page d’histoire inédite qui plus est de notre service de contre-espionnage français après la débâcle de 40 et l’entrée en Résistance, dès le 14 juin 1940, à Bon-Encontre des effectifs du « 2 Bis ». Cette fois-ci, après « l’hommage aux anciens », nous nous sommes intéressés au Renseignement français et aux évolutions majeures qu’il a pu connaître au cours de ces 20 dernières années. Sans oublier d’évoquer deux grandes réformes. La première a eu lieu sous François Mitterrand, la seconde sous Nicolas Sarkozy. Dans le domaine du renseignement militaire, le 16 juin 1992, Pierre Joxe, ministre de la Défense, créait la « DRM ». L’objectif était de palier « les manques » constatés à l’issue de la première guerre du Golfe. Son prédécesseur, Jean-Pierre Chevènement, avait demandé au général d’armée aérienne François Mermet, ancien DGSE, de réfléchir à la création d’une « DIA à la française ». Pierre Joxe concrétisera cette réforme qui était indispensable. La Direction du Renseignement Militaire regroupait, notamment, tous les anciens 2e Bureaux d'Armées et se devait de ne pas faire double emploi avec le SDECE devenu la DGSE, la Direction générale de la Sécurité Extérieure. Plus tard, sous Nicolas Sarkozy, pour contrer les menaces terroristes de toute sorte, une grande réforme du Renseignement intérieur a été initiée par le préfet Bernard Squarcini qui fusionnera la DST et les RG en rendant la DST responsable de la lutte antiterroriste, sans pour autant négliger ses missions classiques de contre-espionnage et de contre-ingérence. C’est ainsi que le 1er juillet 2008, la DST a fusionné avec la Direction Centrale des Renseignements Généraux au sein d'une nouvelle direction prenant le nom de « Direction Générale du Renseignement intérieur » (DCRI), renommée en 2014 par le pouvoir socialiste « Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). Cette réforme restera une des très rares réformes pensées et réalisées « à froid », autrement dit pas suite à une bavure ou dans « un climat » passionnel. Si l’on ajoute à cela l'installation à l'Élysée d'un « coordinateur du Renseignement » pour s'assurer que les échanges interservices fonctionnent bien et que la remontée de l'information stratégique soit valorisée, on a une vue d’ensemble assez complète des changements intervenus en profondeur pour mieux adapter l’outil à la menace. Dans cette émission réalisée avec Jean-Michel Poulot, la Voix du Béarn a donné la parole à des experts très qualifiés : Jean Guisnel du Point, un des rares journalistes à s’être intéressé au Renseignement pendant plus de 30 ans et auteur de nombreux ouvrages de référence,[2] Alain Juillet ancien n°2 de la DGSE qui deviendra sous Chirac « Haut-fonctionnaire à l’Intelligence économique » qui va lui considérablement renforcer nos capacités d’action dans le domaine économique, le préfet Bernard Squarcini, le père d’une de ces deux grandes réformes, le professeur Christian Tafani qui forme des étudiants sur ces questions et Hedy Belhassine (https://blogs.mediapart.fr/hedy-belhassine/blog), un expert des questions stratégiques. Si les dernières aventures de James Bond et d’OSS 117 portées à l’écran récemment continuent de faire rêver, force est de constater que l’on trouve plus de pères tranquilles à la DGSE et à la DGSI que de séducteurs patentés. Mais qui s’en plaindra ? Joël-François Dumont [1] Le C-E en 1940 se trouvait 32 rue de Tourville à Paris. [2] Lire notamment de Jean Guisnel : Histoire secrète de la DGSE (Robert Laffont, 2019), Au Service secret de la France avec David Korn-Brzoza (Éditions de la Martinière, 2014), Guerres dans le Cyberespace (Éditions La découverte, 1995).
57min | Published on October 18, 2021


Allocution du général d'armée aérienne François Mermet au monuments aux morts de Bon-Encontre le 8 octobre 2021. Source : La Voix du Béarn Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
11min | Published on October 12, 2021


L’amicale des Anciens des Services spéciaux de la Défense nationale, l’AASSDN, vient de tenir son congrès à Bon-Encontre, dans la banlieue d’Agen. Une occasion pour la Voix du Béarn d’évoquer une très belle page de l’histoire de nos services spéciaux, à un moment crucial, en juin 1940, après le déferlement des troupes allemandes sur la France. En mai-juin 1940, en quelques semaines, 100.000 militaires et civils français sont morts en tentant de stopper l’offensive allemande, sans succès, écrasés qu’ils furent par la puissance de feu des blindés de la Wehrmacht et des Stuka de la Luftwaffe. La débâcle qui s’en est suivie marquera à jamais la mémoire collective des Français après avoir été vécue comme un moment de déshonneur national. Heureusement, le courage et à la détermination d’une poignée d’hommes et de femmes refusant la défaite, mobilisés corps et âme pour bouter l’ennemi hors de France, permettront à la Libération de retrouver confiance en notre avenir collectif après plusieurs années d’occupation. Les tous premiers à se ressaisir, imaginant des conditions d’armistice très dures, furent les hommes et les femmes du « 2 bis », notre service de renseignement en 1940. Comme le veut la tradition, en temps de guerre, celui-ci se transforme en 5e Bureau pour regrouper le service de Renseignement et celui du contre-espionnage. Le général d’armée aérienne François Mermet, président de l’amicale des Anciens des Services spéciaux de la Défense nationale, l’AASSDN, a retracé ce qui s’est passé le 14 juin 1940 dans la banlieue d’Agen au séminaire de Bon-Encontre, réquisitionné par l’équipe du colonel Rivet et du capitaine Paillole, chef du contre-espionnage français. Ce 80e anniversaire de Bon-Encontre, a été reporté du fait de la pandémie et après le décès de son ancien président, le colonel Henri Debrun, qui était venu faire apposer une plaque en l’honneur de ce fait d’arme exceptionnel sur le mur du séminaire d’Agen. Il a enfin été commémoré car les hommes et les femmes de l’ombre chargés du Renseignement aiment et respectent les traditions. Même discrètement, ils n’oublient jamais d’honorer la mémoire et le sacrifice des « anciens » pour l’exemple qu’ils ont su montrer. Avec ceux qui ont survécu, ils s’attachent également lors de ces rencontres à avoir une pensée pour ceux qui sont morts pour la France au champ d’honneur sans oublier les camarades qui les ont quittés en cours d’année. Nombreux sont parmi les membres de l’AASSDN ceux qui ont eu un père, une mère ou un proche à s’être jeté dans la bataille et avoir connu « le prix du sang ». Lors de ces congrès, il n’y a pas que les anciens. Traditionnellement, des militaires d’active, représentant des unités d’élite qui constituent le bras-armé de nos services sont présentes, qui sont autant de symboles de nos forces armés : 13e RDP, 1er RPIMA, 2e Hussards, le « 44 », les Forces spéciales et leurs célèbres commandos comme le CPA 10 de l’armée de l’Air et de l’Espace, notamment, qui n’ont rien à envier au Navy Seals américains. Sans oublier, parmi les plus fidèles, les marins du Casabianca qui lors de la 2e Guerre mondiale s’est illustré entre Alger et la métropole en assurant des liaisons à risque et en transportant des responsables de la Résistance. Chaque année, l’amicale rend également hommage à des hommes et à des femmes qui, par leurs actions, sont devenus des symboles de la Résistance. Cette année une gerbe a été déposée sur la tombe de l’adjudant-chef André Fontès – en présence de son fils Christian – pour célébrer le réseau Morhange dirigé par Marcel Tallandier, en présence de sa fille Monique. De même, la mémoire de nos « Merlinettes » a été honorée, après avoir été tirée d’un oubli qui a duré près de 70 ans… Ces Merlinettes dont le colonel Paillolle était si fier ont désormais trouvé leur place dans le jardin Eugénie-Malika Djendi dans le parc Citroën (Paris XVe) où a été édifié le monument à la mémoire de ceux qui sont morts pour la France en OPEX. Sans l’opiniâtreté de Jean-Georges Jallot-Combelas, neveu d’une de ces Merlinettes, elles seraient restées méconnues. Comment expliquer que de si belles pages de notre histoire commune soient aussi inconnues de nos compatriotes ? Certains vont tenter à Bon-Encontre de trouver des éléments de réponse à cette question. Un pays qui ne sait pas d’où il vient ne saura jamais où il va comme le dit si bien Alain Juillet. Le combat mémoriel que livre l’AASSDN se poursuit au fil des ans depuis mai 1954. Si elle reste une association patriotique des plus emblématiques, l’AASSDN reste toujours discrète mais bien présente pour défendre la mémoire des hommes et des femmes de l’ombre qui ont combattu pour la France. Comme l’a rappelé le général François Mermet dans l’entretien qu’il a accordé à Christophe Cornevin du Figaro, rappelant le sens du combat mémoriel que livre l’amicale : « Notre mission est de faire œuvre de vérité et de tirer de l’oubli des personnages de l’ombre au parcours extraordinaire » avant de faire sienne cette maxime de Bossuet : « Le plus grand outrage que l’on puisse faire à la Vérité est de la connaître et en même temps de l’abandonner ou de l’oublier » Une citation reprise par un officier de gendarmerie, le colonel Paillole chef du contre-espionnage français en juin 1940 qu’il mettra en exergue de son livre « Services Spéciaux ». Après cette évocation avec Jean-Michel Poulot, nous entendrons la voix d’une grande dame à qui notre pays a rendu hommage très récemment pour son engagement au service de la France, Joséphine Baker, qui sera recrutée avant-guerre par le contre-espionnage du capitaine Paillole. Elle nous chantera « j’ai deux amours, la France et Paris ». Comme quoi, dans la vie, on peut avoir deux amours en n’ayant qu’une seule fidélité ! Joël-François Dumont
58min | Published on October 11, 2021


Très peu d’hommes ou de femmes réussissent à entrer dans la légende pour s’être s’identifiés avec leur pays, pour avoir réussi aux heures sombres à « faire nation ». Pour la France, trois noms s’imposent : Louis XIV, Napoléon Bonaparte et le général de Gaulle. Pour la Grande-Bretagne, citons ala reine Victoria, Georges VI, Winston Churchill et Elizabeth II. Pour la République tchèque, Venceslas 1er de Bohème, le roi Charles IV et Tomáš Masaryk. Pour la Slovaquie, un seul nom revient : celui de Štefánik, reconnu comme le père fondateur de la nation slovaque. Milan Rastislav Štefánik voit le jour le 21 juillet 1880 à Košariská dans l’ancien royaume d’Autriche-Hongrie. Son père, Pavol Štefánik, pasteur, élève ses enfants dans la ferveur des idéaux patriotiques et slavophiles, à une époque où le sentiment national était profondément ancré dans le cœur des Slovaques, lesquels, à l’époque, ne devaient s’exprimer qu’en hongrois… Il entame de brillantes études au lycée évangélique de Presbourg, à Sopron et à Sarvas, avant de s’inscrire à l’Université Charles de Prague où il choisit d’étudier. Il a 18 ans quand, après des études d’études d’ingénieur du bâtiment, il s’oriente vers l’astronomie et les mathématiques. Doué d’une intelligence extraordinaire, d’une personnalité forte, il s’engage avec ferveur en politique en militant contre la « magyarisation » de la Slovaquie. Il est convaincu que la solution passe par une étroite coopération « slovaco-tchèque » pour que ces deux nations puissent accéder enfin à l’indépendance. Štefánik est sous l’influence d’un intellectuel éminent, Tomáš Masaryk, un universitaire qui définit les peuples tchèque et slovaque comme « deux particules d’une même nation ». Doctorat en poche, Milan Štefánik s’installe en 1904 à Paris, après un bref passage à Zürich, pour y poursuivre, pendant dix ans, des études d’astronomie en devenant l’assistant du professeur Jules Janssen à l’observatoire de Meudon. A Meudon, il publiera douze traités scientifiques et réalisera des expéditions d’observation astronomique après avoir multiplié les voyages au bout du monde. A Tahiti, en 1910, notamment, où il observera le passage de la comète de Halley.[1] Dans une lettre manuscrite au garde des Sceaux, ministre de la Justice, datée du 11 mars 1909, Milan Rastislav Štefánik exprime le souhait d’être naturalisé Français. Il le sera le 27 juillet 1912. Štefánik deviendra l’emblème de l’histoire partagée entre nos deux pays et de l’amitié franco-slovaque. Štefánik entreprend également des missions diplomatiques pour la France après avoir proposé de mettre en place une chaîne de stations radiotélégraphiques qui relierait toutes les colonies françaises entre elles. Štefánik s’avère être « l’homme idoine ». Le succès de cette réalisation lui vaudra la Légion d’honneur et la reconnaissance officielle. Malgré quelques problèmes de santé, en 1914, Štefánik s’engage à 32 ans. Il est incorporé comme caporal et entreprend une formation de pilote à l’école d’aviation militaire de Chartres, avant de rejoindre l’escadre aérienne MF-54 dans le Pas-de-Calais. Très vite, il va se faire remarquer. Il invente les premiers bombardements aériens puis créée le service météo des Armées. Blessé en 1915, il poursuit le combat. « Masaryk pense, Beneš le dit et Štefánik le fait » Il forme une escadrille formée de volontaires slovaques et tchèques, qui est affectée en Serbie. Gravement malade, on le transfère d’urgence à Rome. C’est là qu’il va retrouver son ami le général Jean César Graziani avec lequel il avait formé cette Légion de volontaires tchéco-slovaques. Štefánik oriente sa vie désormais vers l’action politique et diplomatique. Son objectif est à la fin du conflit d’accompagner le dépeçage de l’empire d’Autriche-Hongrie pour donner naissance à un État regroupant Tchèques et Slovaques pour le meilleur et pour le pire. Son objectif n’a pas varié, sa ténacité ne le quitte pas. Dès que son état de santé le lui permet, il repart pour Paris, où il retrouve Jan Masaryk et Edvard Beneš. Le dicton qui dit : « Masaryk pense, Beneš le dit et Štefánik le fait » redevient d’actualité. Une nouvelle étape de sa vie commence. Il consacre dorénavant son activité à la création d’un État libre et indépendant pour les Tchèques et les Slovaques. Après-guerre, il est nommé à Prague ministre de la guerre. Il continuera jusqu’à sa mort aux commandes de son avion à porter son uniforme de général français avant d’être abattu par une unité de la DCA slovaque qui avait été curieusement informée de l’arrivée imminente dans le secteur d’un avion hongrois ennemi. C’est ainsi que le 4 mai 1919, Milan Ratislav Štefánik sera mortellement touché et qu’il s’écrasera avec son avion à Ivanka pri Dunajice, près de Bratislava. Mort en service commandé, celui qui était resté fidèle à la France par attachement à sa patrie, la Slovaquie, deviendra le héros national slovaque et sera inhumé sur les hauteurs de Brezová pod Bradlom, suivi par une foule immense qui traversera les champs là jusqu’à sa dernière demeure où sera construit un mausolée qui domine la vallée. « C’était un cœur rare, une âme noble, un esprit extraordinaire qui s’est entièrement dévoué pour notre cause dès que les circonstances l’exigeaient. Il mérite la reconnaissance de l’humanité entière. Sa présence va nous manquer. Son souvenir va vivre dans les cœurs de nous tous » dira le maréchal Foch qui représentera la France à ses obsèques. « La destinée d’un peuple se compose de ceux qui visent à la gloire et de ceux qui visent à la fortune ». Cette formule de Louis-Antoine de Saint-Just est toujours fondée : l’homme d’une seule fidélité, Milan Štefánik, n’a pas trouvé la fortune, mais il a contribué au bonheur d’un peuple qui a enfin pu se libérer de ses chaînes pour prendre en main son destin et restera un grand symbole de la fidélité à la France. Comment, enfin, ne pas parler d’un autre lien entre la Slovaquie et la France, pendant la Seconde Guerre Mondiale, sans évoquer la Brigade Štefánik et l’histoire du bataillon Foch qui, après la Libération de Paris, dans la trouée de Strecno attaquera à mains nues la 1ère Division de la Waffen SS. Autant de pages magnifiques d’un grand livre écrit avec le sang et les larmes d’un peuple. L’histoire de cet homme nous est contée par le colonel Joël Bros, ancien attaché de Défense à Bratislava, spécialiste de l’Europe centrale, qui, après la Bohème et la Moravie nous a fait découvrir ls Slovaquie. Dans cette émission produite par Jean-Michel Poulot et diffusée par La Voix du Béarn, le colonel Bros nous parle du seul militaire français qui est encore aujourd’hui en uniforme français sur les timbres et la monnaie nationale de sa patrie slovaque et que l’on voit sur tous les monuments dédiés à l’effigie du père de la Nation slovaque qui a choisi de devenir Français pour donner naissance à la Slovaquie après la dissolution de l’empire austro-hongrois. Joël-François Dumont [1] Michal Kšiňan, L’homme qui parlait avec les étoiles : Milan Rastislav Štefánik, héros franco-slovaque de la Grande Guerre, Paris, Eur’Orbem éditions, 2019, 344 p. [2] Le bataillon Foch et la Résistance franco-slovaque (https://european-security.com/le-bataillon-foch-et-la-resistance-franco-slovaque/) (Diffusé le 29 août 1998 dans le Journal International de France Télévisions sur TV5
1h01 | Published on October 4, 2021


A la fin de la 2e Guerre Mondiale, « un rideau de fer s’est abattu sur l’Europe », séparant pendant plus d’un demi-siècle les liens solides, traditionnels et anciens que tous ces pays avaient pu entretenir avec ce qui est devenu après cette séparation forcée, la nouvelle Europe à l’Ouest. Moscou a imposé avec ses chars son « socialisme » et les régimes se sont transformés un à un en dictatures communistes. Après le nazisme, le communisme, on voyait mal un changement de vie pour les habitants de ces pays enrégimentés contre leur gré. Et pourtant ! Comme on dit « il ne faut désespérer de rien ». C’est ce qui finit par arriver à la fin des années 80 en Europe centrale et orientale, après la faillite du communisme en URSS. Mais ce n’est toujours pas vrai en Ukraine, au Belarus et pas davantage en Russie. La liberté mérite qu’on se batte pour elle Les opposants dans ces dictatures d’un autre âge sont soit : assassinés, soit mis dans des camps sachant que Navalny n’est pas le seul au pays du goulag… La presse y est muselée et les régimes en place s’honorent de mépriser toute forme de démocratie. Ils le revendiquent même avec fierté ! Les anciens « pays de l’Est », dès qu’ils ont – enfin – pu rompre leurs chaînes soviétiques, ont mis les bouchées doubles pour revenir à une vie normale. Tous nourrissaient les mêmes priorités, les mêmes ambitions : retrouver la grande famille européenne dont ils avaient été séparés arbitrairement si longtemps pour adhérer à l’Union européenne en se cherchant un nouveau protecteur en intégrant l’OTAN, qui avait été si efficace pendant la guerre froide. Ce qui n’était pas évident après 60 ans de confrontation Est-Ouest. La période d’adaptation a été difficile. Certes, les pays d’Europe de l’Ouest ont beaucoup aidé et surtout financé des transformations indispensables pour mettre ces pays « à niveau » européen. La classe politique s’est elle aussi reconstituée autour des élites dans des pays où la culture a toujours joué un rôle fondamental, comme un ciment national. Après la reconstruction, le renouveau. On constate en fait que cette Renaissance qui ne dit pas son nom va se poursuivre en faisant demain de ces pays, jadis enfermés derrière des murs et des barbelés, des havres de stabilité économique et des modèles de développement. Dans tous ces pays, la Russie, la France, l’Autriche et l’Allemagne ont été tellement présents que ces alliances ou ces occupations ont laissé des marques. Alors, quels liens renouer et avec qui en priorité ? De l’autre côté, à quoi étaient prêts ces mêmes pays qui ont en commun d’être des empires déchus, pour leur tendre la main ? En France, un seul homme d’État s’est intéressé à l’Amérique latine et au Mexique. Les successeurs du général de Gaulle ont ignoré ce continent et tous les liens que nous avions avec de nombreux pays de ce continent : Argentine, Chili, Uruguay, Chili, Pérou, Mexique… En ce qui concerne l’Europe centrale et orientale, trois hommes d’État français, se sont intéressés à l’Europe centrale et orientale. On aurait pu mieux faire… Le premier est encore le général de Gaulle qui avait été militaire en Pologne et qui, devenu président, une fois l’Algérie indépendante, n’a jamais raté une occasion de traiter avec tous ces pays, quel que soient les régimes, en attendant que « le temps fasse son œuvre ». De loin, il était le seul à avoir une vision de l’Europe. Le nazisme a fini par disparaître, il en serait bien ainsi du communisme… C’était une question de temps. Le second a été François Mitterrand. Le choix de ses ambassadeurs après la chute du mur a démontré son souci de raviver ces liens anciens qui unissaient la France avec certains d’entre eux. La Serbie, du fait de la guerre qui a fait rage dans les Balkans après la mort de Tito, demandera encore de laisser « un peu de temps au temps » pour renouer. Trois pays ont été essentiellement ciblés sous Mitterrand : la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne. Dans ces pays il y avait, il y a toujours, « une attente » de la France qui était considérable et un espoir. Jacques Chirac a été le dernier président à s’en rendre compte et à poursuivre dans cette voie en étendant aux Pays-Baltes l’action de ses prédécesseurs. Après lui, on peut dire que l’influence française est redescendue comme un soufflet. La nature ayant horreur du vide, les États-Unis sont venus s’installer mais pour quoi faire, on n’a pas encore de réponse et la trahison ressentie par l’Ukraine récemment n’a pas grandi les présidents américain et français, le Premier ministre britannique et la chancelière Merkel. Si l’on prend l’exemple de la Tchéco-slovaquie – qui s’est d’abord déclinée avec un trait d’union avant de le perdre – jusqu’à la révolution de velours (le mariage d’amour a très vite laissé la place à un mariage d’intérêt en attendant un divorce exemplaire), on voit des peuples se refonder. Pour parler de cela, deux experts de cette Europe centrale. Le colonel Bros qui a longtemps été en poste à Prague et à Bratislava et un journaliste français, Pierre Peyrichout, un infatigable voyageur qui a vécu une partie de sa vie à l’étranger, en Iran, dans les Balkans avant de prendre sa valise pour la déposer à Prague, l’une des plus belles villes du monde. Il n’est pas le seul à le penser ! Il faut dire que ces deux hommes, en dehors d’être des polyglottes confirmés dans des langues où les Gaulois se sont trop rarement distingués, partagent d’autres passions : l’aviation et l’art ! Le premier a fait carrière dans l’armée de l’Air avant de devenir diplomate, le second après un diplôme artistique s’est lancé… dans l’aviation après avoir volé avec la patrouille de France. Il sera l’un des premiers Français à participer au rallye Paris-Pékin-Paris… L’aviation étant une vocation qui ne dure qu’un temps, celui de se retrouver rejeté du monde des PN. Reste l’art qui lui ne connaît pas (encore) de limite d’âge. A les entendre, la France devrait affirmer sa présence pour retrouver la qualité des liens qu’elle a pu partager dans le passé dans la durée. Les Français implantés dans ces pays représentent certes un investissement, mais pas sûr qu’à Paris on ne considère les choses ainsi. « Loin de yeux, loin du cœur » ? La pandémie que nous vivons l’a, malheureusement, une fois de plus prouvé. Avec Jean-Michel Poulot et la Voix du Béarn, nous poursuivrons au cours des prochaines semaines ces réflexions avec la Slovaquie, la Hongrie, la Pologne et les Pays-Baltes, une occasion de rouvrir nos livres d’histoire et de se dire que nos anciens ont su semer. Joël-François Dumont
58min | Published on September 25, 2021
Description
Nice, haut-lieu de la Résistaance française
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Angela Merkel, il y a encore quelques semaines, récoltait 80% d’opinions favorables. Comment expliquer que son parti, la CDU, lors de son 34e congrès, le 22 janvier 2022, ait élu avec 95% des suffrages Friedrich Merz, celui qu’elle désignait depuis 2005 comme son « ennemi intime » ? En quelques heures, samedi, tout ce qui pouvait rappeler l’ère Merkel a été gommé. La presse, unanime, parle de « rupture avec l’ère Merkel ». La Frankfurter Allgemeine Zeitung constate que « l’ensemble du bureau fédéral a été rénové ». Il est urgent de « rénover le parti et de réparer la relation avec la CSU. » Le parti est tellement « laminé » comme l’écrit la Berliner Zeitung que c’est peut-être là « que réside sa chance, les choses ne pouvant qu’évoluer dans le bon sens ». Pour le Handelsblatt, « Merz est la dernière cartouche ». Un homme que la Tageszeitung situe « aux antipodes d’Angela Merkel », ce que confirme la Süddeutsche Zeitung qui précise que la « rupture avec l’ère Merkel est nette ». On comprend aisément pourquoi Angela Merkel a refusé de devenir présidente d’honneur de ce parti qu’elle a dirigé pendant 18 ans. Dans ce désastre électoral, sa responsabilité est immense. Die Welt y voit « une rupture consommée ». Il était « logique », dans de telles circonstances, qu’elle s’isole d’un parti dans lequel elle aurait pu s’investir « un minimum syndical » au cours de ces 18 années ! Ce 34e Congrès de la CDU, un 22 janvier, fera date dans l’histoire d’un des grands partis fondateurs de la République fédérale d’Allemagne. La Voix du Béarn dans sa série d’émissions hebdomadaire produite par Jean-Michel Poulot, « les Français parlent aux Français du bout du monde », a demandé à Joël-François Dumont, son correspondant à Berlin, de dresser un bilan de l’action d’Angela Merkel qui, pendant 16 années, aura été chancelière fédérale d’Allemagne. La CDU tourne la page Merkel (https://european-security.com/allemagne-la-cdu-tourne-la-page-merkel/) Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
59min | Published on January 24, 2022


« Dans la tradition, typiquement savoyarde, du service étranger où les originaires du Duché s’élèveront souvent aux plus hautes fonctions militaires et civiles, aucune lignée n’a brillé d’un plus vif éclat que celle des Garnerin de Montgelas. Maximilien Joseph de Montgelas est, Outre-Rhin, une gloire nationale, considéré comme « le père de la Bavière moderne ». Mais aucune famille non plus n’est aussi peu connue chez nous. Elle n’a droit qu’à une ligne dans le Dictionnaire de Grillet et la notice de l’Armorial de Savoie est tout aussi succincte pour la branche allemande. »[1] Si l’on demandait à nos compatriotes, même germanistes, de citer un Français qui a joué un rôle aussi éminent pour ne pas dire exceptionnel en Allemagne, on a plus de chance d’entendre prononcer le nom de Voltaire que celui du Comte Maximilien Joseph de Montgelas (1759-1838). Un homme de pensée dans l’action qui s’est révélé, avec Bismarck plus tard en Prusse, être un des plus grands hommes politiques de l’Allemagne du XIXe siècle. On n’a bien peu de chances aujourd’hui de retrouver de telles exceptions, « caractéristique de familles qui ont constitué la vieille Europe ». La relation entre la Bavière et la France ne se conjugue pas qu’au seul passé. L’avenir est porteur d’espérance. « Avec ses 13 millions d’habitants, son économie à vocation internationale et son produit intérieur brut (PIB) de 630 milliards d’euros, l’État libre de Bavière est une région forte au cœur de l’Europe.»[2] Comme le rappelle le Dr. Florian Herrmann, chef de la Chancellerie de l’État de Bavière, ministre délégué auprès du Ministre-Président Markus Söder, chargé des affaires fédérales et des média, « La France et la Bavière sont liées de longue date par un partenariat étroit et solide. En Bavière, nous sommes conscients que la France a exercé une influence significative sur le développement de notre région : lorsque le royaume de Bavière fut porté sur les fonts baptismaux en 1806, ce fut avec le soutien de l’empereur Napoléon Ier. Et c’est le Comte de Montgelas, lui-même d’origine française, qui jea les bases de l’ordre politique et administratif de la Bavière en prenant en compte les réformes du Premier Empire français. Des orientations importantes dont l’impact se ressent encore aujourd’hui.» Pour construire cet avenir ensemble, mieux vaut donc, ensemble, affronter le passé, ses solutions comme ses erreurs. Il y a au moins deux de nos contemporains pour tenir Maximilien de Montgelas en très haute estime. Tous deux ont en commun d’être férus d’histoire et sont délégués régionaux du Souvenir français en Allemagne.[3] Le Souvenir français est, rappelons-le, la plus vieille association patriotique française, créée en 1897, 17 ans après la cuisante défaite de Sedan et l’annexion de l’Alsace-Lorraine, résultat d’un antagonisme entre la Prusse et la France qui en un siècle sera dévastateur pour l’Europe. « Il y a eu Sedan parce qu’il y a eu Iéna » (Bismarck) Pour évoquer ces pages de notre histoire contemporaine, trop souvent écrites avec le sang, nous citerons deux témoignages très riches : A Berlin, celui du professeur Étienne François, agrégé d’histoire, qui a enseigné à la Sorbonne et pendant trente ans à la prestigieuse Université libre de Berlin (Freie Universität), « très impressionné par Montgelas » … « Un homme politique « éclairé » de la dernière année du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle : il est « aufgeklärt » à 100 %, réformateur énergique, et tire par ailleurs profit de la République puis de Napoléon pour renforcer le pouvoir bavarois (Électorat puis monarchie à partir de 1806) et profiter au mieux des avantages de l’alliance avec la France (doublement des dimensions du royaume). Il a certes accepté qu’un contingent de l’armée bavaroise participe à la campagne de Russie (d’où le monument aux morts de la campagne à Munich), mais s’est bien gardé de pousser trop loin l’alliance (non-participation à la bataille des nations de Leipzig, si je ne me trompe, ce qui veut dire fin de l’alliance avec la France à partir du moment où elle risque de devenir dangereuse et contreproductive). Je sais par ailleurs qu’il a repris pour la Bavière le statut de fonctionnaire mis en place par la France postrévolutionnaire. Quant à sa politique envers l’Église catholique, elle ressemble elle aussi fort à un mélange de la politique de Joseph II d’Autriche, de la Révolution à ses débuts, et de Napoléon . Une exception : Oberammergau qui a réussi à subsister, alors que Montgelas avait décidé de supprimer toutes les cérémonies religieuses comparables.» A Munich, citons Pierre M. Wolff, retraité de l’Education Nationale, ayant servi notamment à l’Institut Français et au Consulat Général de France à Munich, qui consacre une partie de son temps à célébrer la mémoire de ce « Savoyard d’exception symbole d’un transfert culturel franco-allemand réussi.» A cet effet, il créa il y aura bientôt trente ans une association de droit allemand, également déclarée en France sous la forme juridique d’une association Loi 1910, la « Société Montgelas pour la promotion de la coopération franco-bavaroise »,[4] qui, au fil des ans, est devenue un trait d’union entre la Bavière et la France. Plus qu’un Land, un État qui, « jaloux de sa souveraineté, n’hésite pas à croiser le fer avec l’État fédéral » … « La Bavière n’est pas le plus grand des Länder, mais c’est le seul à disposer d’une histoire aussi longue et de traditions aussi fortement enracinées » … « La Bavière est aujourd’hui le plus centralisé des Länder allemands », constate Pierre Wolff, l’un des meilleurs connaisseurs français de la Bavière, co-animateur de la très active société Montgelas pour la promotion de la coopération franco-bavaroise, du nom du comte de Montgelas, ce ministre savoyard qui dota la Bavière d’institutions modernes au début du XIXe siècle, et qui fait qu’aujourd’hui la Bavière est, de tous les Länder, celui dont l’administration est sans doute la plus attentive à ce qui se passe en France et où l’opinion publique est la plus francophile du pays.»[5] Maximilien Joseph de Montgelas Issu d’une famille de la noblesse de robe de Savoie, les Garnerin, seigneurs de la Thuille, de Mondragon et de Montgelas, fiefs situés dans la région de Chambéry. L’aîné des fils, Maximilien Joseph, naît à Munich le 12 septembre 1759, étudie à Nancy, Strasbourg et Ingolstadt. Maximilien poursuivra sans relâche la tâche de son père, le général Janus de Montgelas, qui, entré au service des Wittelsbach, s’était illustré dans la guerre de Sept ans, avec le même objectif en tête : servir la cause de la Bavière, une Bavière alliée à la France. A 20 ans il entre dans la fonction publique bavaroise. Son appartenance aux Illuminati, société secrète bavaroise qui soutient les propositions les plus anticléricales du siècle des Lumières le rend suspect. Il entre alors, comme son père, au service des Wittelsbach, et plus précisément de la branche comtale palatine des Deux-Ponts. Secrétaire privé, promu ministre, il prendra part au Congrès de Rastatt en 1798. Très lié à Napoléon, il sera le véritable artisan de la transformation de l’électorat de Bavière en un royaume que Napoléon va proclamer en 1806. « Montgelas est armé. Il s’est entendu avec la France et a conclu un traité d’alliance secret. Les deux parties espèrent en tirer profit : la Bavière a besoin de protection contre les appétits annexionnistes des Habsbourg, Napoléon a besoin d’États allemands moyens renforcés pour affaiblir la Prusse et l’Autriche. En octobre 1805, les troupes françaises battent les formations autrichiennes sur le sol bavarois, et le 24 octobre 1805, Napoléon entre dans Munich sous les acclamations frénétiques de la population. En retour, les troupes bavaroises combattent en décembre aux côtés de Napoléon à Austerlitz, où la Russie et l’Autriche sont vaincues par la Grande Armée. En remerciement de l’aide apportée par les armes, l’électeur bavarois reçoit, en plus des possessions autrichiennes en Souabe, le droit de porter le titre de roi. Le 1er janvier 1806, Maximilien Ier Joseph proclame sa nouvelle dignité. La Bavière, jusqu’alors fief de l’Empire en tant qu’électorat, est désormais un État souverain de droit propre.» [6] Quelques semaines après la victoire éclatante d’Austerlitz, le 2 décembre 1805, l’Empereur parie sur ce futur Royaume de Bavière pour devenir un rempart contre la toute-puissance des Habsbourg et contrebalancer le pouvoir de la Prusse et de l’Autriche qui depuis longtemps rêve d’annexer la Bavière. Il entend transformer une situation de paix trop fragile pour établir – dans la durée – une véritable paix. C’est ainsi que le 26 décembre 1805, un Traité de paix est signé entre la France et l’empereur germano-autrichien, François 1er. Le 1er janvier 1806, Maximilien 1er de Bavière est proclamé roi de Bavière à Munich. Le royaume comprend, outre « l’électorat de Bavière », une grande partie de la Franconie, la Souabe et de nombreuses régions séculaires de la vieille Bavière avec, au Nord, le Palatinat sur la rive gauche du Rhin (Mayence, chef-lieu du Département du Mont Tonnerre). Napoléon a atteint son objectif : réorganiser le Saint-Empire germanique pour le transformer en une Confédération du Rhin, basée sur des protectorats français. Une véritable provocation pour la Prusse qui donne un ultimatum à la France en la sommant d’évacuer les rives du Rhin. La Prusse se sent humiliée et rêve d’en découdre. Vaincre est une chose, mais la victoire ne saurait être totale que si l’on sait retourner son adversaire déclaré d’hier pour en faire un véritable allié. La pire des fautes étant de l’humilier publiquement. Si Napoléon après la bataille des Trois Empereurs à Austerlitz a su faire preuve de mansuétude envers l’Autriche et la Russie, il n’a pas pardonné à la Prusse et n’a pas mis longtemps à le lui faire savoir. Le 1er janvier 1806, le royaume de Bavière est créé. Les troupes françaises sont positionnées sur la rive gauche du Rhin. En réaction, la Prusse – première armée d’Europe – ordonne leur évacuation. Devant le refus de Napoléon, les troupes commandées par le général de Hohenlohe, deux fois supérieures en nombre – l’armée prussienne est la plus importante armée d’Europe – soutenues par des troupes russes, va déclarer la guerre à la France. Napoléon, en fin stratège, a étudié personnellement le terrain et minutieusement préparé son dispositif. Il va ainsi remporter en une guerre éclair deux batailles décisives à Iéna et à Auerstedt en Thuringe. La Prusse déjà humiliée est maintenant vaincue sur son terrain. Napoléon défile à Berlin. La Prusse n’aura qu’une seule idée, se venger. Elle essaiera à plusieurs reprises mais n’y arrivera qu’en 1870 en profitant de la désorganisation et de l’affaiblissement de la France. Elle savourera alors sa revanche à Sedan. Comme le dira Bismarck : « il y a eu Sedan parce qu’il y a eu Iéna et Auerstedt.» Cette revanche ira même jusqu’à la création et la proclamation de l’Empire d’Allemagne sous la bannière de la Prusse dans la prestigieuse galerie des glaces du château de Versailles. De même, en 1940, les troupes d’Hitler écraseront Sedan pour rappeler qu’on n’humilie pas la Prusse impunément ! Montgelas jette les bases de l’ordre politique et administratif de la Bavière Entre l806 et 1918, le Royaume de Bavière va se renforcer. Maximilien de Montgelas est nommé Premier ministre. Fidèle aux idées des Lumières, il instaure une politique de laïcisation et de centralisation administrative. On lui doit la modernisation de l’Administration bavaroise qui va s’imposer en Allemagne comme un modèle. Il est aussi un précurseur dans le domaine économique et social : c’est ainsi qu’il élabore un plan directeur ambitieux pour la modernisation de la Bavière, « le mémoire d’Ansbach » redécouvert dans les années 1960. La noblesse et le clergé sont désormais soumis à l’impôt, de quoi révolutionner l’époque. En 1808, Montgelas donne à la Bavière sa première constitution moderne : il abolit les reliques du servage, puis, en 1812, la torture, après l’introduction d’un nouveau code pénal fondé sur des normes humanitaires modernes. La scolarisation, la vaccination et le service militaire sont rendus obligatoires. L’administration bavaroise est réorganisée autour d’un cabinet centralisé de ministères modernes qui remplace les multiples chambres d’antan. Montgelas favorise également le libre-échange en faisant abolir tous les péages dans le royaume de Bavière. Mais surtout, il conçoit et met en œuvre « le Dienstpragmatik », un règlement pour les fonctionnaires, qui servira de modèle à toute la fonction publique allemande. Désormais, l’admission à un service dans l’administration publique ne se fait plus sur la base de l’appartenance à la religion catholique ou la noblesse, mais uniquement sur la qualité de l’éducation. Les fonctionnaires perçoivent un salaire suffisant et leurs veuves une pension. Ce règlement, qui met fin à la prépondérance de la noblesse dans les rangs les plus élevés et les plus décisifs de l’administration publique, permet à Montgelas de restructurer la fonction publique sur une déontologie nouvelle qui crée, par la même occasion, un groupe social de serviteurs dont l’unique loyauté ira à la couronne et au royaume de Bavière. Un bilan impressionnant que l’on doit à un personnage hors du commun. Aujourd’hui la société Montgelas est un des emblèmes de la coopération franco-bavaroise, un lieu d’échange privilégié. Son président, Pierre M. Wolff, est intarissable sur les mérites de ce Savoyard qui donnera à la Bavière « le territoire et les institutions qui sont encore les siennes aujourd’hui ». Munich se devait de lui bâtir une statue de 6 mètres de haut, fraisée dans un bloc d’aluminium, érigée en 2005 en face du Palais Montgelas, qui fut sa résidence et en même temps le siège de son gouvernement. Le Palais Montgelas appartient depuis plusieurs décennies à l’hôtel Bayerischer Hof où se tient tous les ans notamment la Conférence de Munich sur la Sécurité. La Société Montgelas, quant à elle, remet annuellement le Prix Montgelas, un prix honorifique matérialisé par un buste en porcelaine de Chine de Montgelas, alternativement à Munich et à Paris, qui récompense des personnalités des deux pays œuvrant dans l’esprit de Montgelas ou engagés dans la coopération franco-bavaroise. Le caractère original du Prix tient dans le fait que le discours d’éloge est toujours prononcé par une personnalité qui vient de l’autre pays que celui du lauréat, obligeant ainsi à un croisement des regards de part et d’autre du Rhin.[7] Une occasion unique pour nous de découvrir un personnage emblématique et saluer la réussite exceptionnelle d’un de ces Français expatrié qui, sur des idées françaises va adapter et doter sa patrie d’adoption pour en faire un modèle d’organisation. Un précurseur dont la mémoire gagne à être honorée. Jean-Michel Poulot Joël-François Dumont https://european-security.com/maximilian-joseph-de-montgelas-un-savoyard-pere-de-la-baviere-moderne/
1h02 | Published on January 15, 2022


Le Souvenir français De toutes les associations patriotiques françaises « le Souvenir français » est de loin la plus ancienne. Fondée en 1887 par François-Xavier Niessen, un Alsacien très actif au sein des milieux alsacien et lorrain en 1871, elle mettra peu de temps pour réussir ce que l’État était bien incapable de faire après la défaite de Sedan. Niessen en 1873 avait déjà créé la « Société de prévoyance et de secours », une sorte de mutuelle pour secourir des milliers de réfugiés dans la Région parisienne avant de se lancer dans la défense de la mémoire des combattants de 1870. L’association est financée par l’État et soutenue par une association catholique, « l’Œuvre des tombes et prières ». Le Souvenir français va, au fil des ans, créer des ossuaires et des cimetières, élever des monuments et des stèles – y compris en Allemagne – dans le but également de sauvegarder la mémoire des prisonniers de guerre français, une façon de rappeler que l’Alsace-Lorraine demeurait terre de France et faire en sorte que l’on n’oublie pas nos prisonniers. En 1900, l’association regroupe 80.000 adhérents répartis dans 854 comités cantonaux. Son action est désormais visible dans plus de 2.000 lieux matérialisés. On lui doit les premiers monuments en hommage aux « grognards » de l’Empire à Waterloo et en Russie. Elle participe à la réalisation du monument consacré à Vercingétorix à Alise-Sainte-Reine ainsi que des centaines de monuments en hommage aux ombattants de 1870.[1] Malgré les différends entre l’Église et l’État à cette époque, en 1906 les relations entre le gouvernement et Le Souvenir Français vont s’approfondir. Le Souvenir Français est reconnu d’utilité publique. Le général Picart, ministre de la guerre du gouvernement Clemenceau entend favoriser la création de comités du Souvenir Français en Alsace-Moselle. C’est ainsi, avec l’accord des autorités allemandes, que le Souvenir Français « prend pied » dans les territoires annexés. Un homme, Jean-Pierre Jean, va incarner cette politique qui va connaître son point d’orgue le 4 octobre 1908 lors de l’inauguration du monument de Noisseville et le 17 octobre 1909 lors de l’inauguration de celui de Wissembourg. L’intense activité « pro-française » que révèlent ces deux cérémonies inquiète les autorités allemandes confrontées au développement de « l’esprit de Revanche ». C’est ainsi qu’en janvier 1913, le Souvenir Français sera interdit en Alsace-Moselle quelques mois avant l’éclatement de la Première Guerre Mondiale. Cela n’empêchera pas chaque dimanche les jeunes Alsaciens et Lorrains revêtus de costumes traditionnels de rendre hommage à ces « Morts pour la France » en se recueillant sur leurs tombes. En 1918, l’État devra gérer la recherche et l’inhumation d’1 million 400.000 soldats tombés au champ d’honneur. 300.000 corps ne seront pas retrouvés dans des lieux dévastés par les obus et les flammes dans l’enfer de Verdun : 350.000 familles demanderont la restitution des corps de leurs enfants pour les regrouper dans les cimetières avec leurs familles. 30.000 monuments seront érigés dans les communes de France. De grandes nécropoles nationales vont été construites pour ensevelir 700.000 soldats. Curieusement, les soldats regroupés dans les cimetières familiaux vont disparaître lorsque les tombes vont entrer en état de déshérence, alors que les nécropoles nationales, elles, vont demeurer et se révéler à l’épreuve du temps. Après la 1ère Guerre Mondiale, pour regrouper des millions d’anciens combattants, des centaines d’associations vont se développer pour honorer la mémoire des combattants par champs de bataille, mais aussi par types d’armées, de blessures et bien sûr de nationalités (Arméniens, polonais, tchéco-slovaques). Le Souvenir français poursuit aujourd’hui son œuvre, et pas seulement le 11 novembre, les 8 mai ou le 14 juillet. Depuis sa création, plus de dix millions de personnes ont adhéré au Souvenir français. Près de 200.000 adhérents encore aujourd’hui alors que nos associations d’anciens combattants disparaissent avec tous ceux qui ont « servi les armes de la France » pour assurer la défense de la Patrie. Des mots que l’on n’entend plus aujourd’hui mais qui résonnent encore pour beaucoup d’entre nous. Si Paris valait « bien une messe », cette association vaut bien qu’on lui consacre une série d’émissions, une façon de revisiter notre histoire et de mesurer le dynamisme de cette association en 2022, que ce soit en France, dans chaque département, mais aussi dans le monde entier où elle est présente presque partout. En commençant par l’Allemagne, car la raison d’être du Souvenir français a été après la défaite de Sedan en 1870, de défendre la mémoire de ces « Morts pour la France » en veillant à ce que l’on n’oublie pas nos prisonniers de guerre. En Allemagne, plusieurs comités se répartissent tout le pays. Leur délégué général à Berlin est un agrégé d’histoire, le professeur Étienne François. Un homme passionné et passionnant que nous vous invitons à écouter sur le podcast de cette émission diffusée les 10 et 11 janvier par la Voix du Béarn. Une seconde sur l’Allemagne suivra complétant cette première émission avant que nous ne nous rendions dans d’autres pays pour découvrir cet extraordinaire travail de mémoire effectué par des bénévoles, une façon d’évoquer comme le dit Jean-Michel Poulot « ces souvenirs dont on ne parle jamsi mais dont on se souvient toujours ». Joël-François Dumont [1] Source : site Internet du Souvenir français (https://le-souvenir-francais.fr/notre-histoire/).
56min | Published on January 10, 2022


La croix de guerre est une décoration militaire instituée en 1915 pour récompenser les soldats ayant fait preuve d’une conduite exceptionnelle face à l’ennemi. Pendant les premiers mois du conflit, la France ne dispose pas de décoration spécifique pour gratifier et matérialiser les actes de bravoure individuels des soldats. À cette époque, il n’existe que la Légion d’honneur, créée en 1802 par Napoléon Bonaparte, la médaille militaire, instituée en 1852 par Louis-Napoléon Bonaparte, et les citations à l’ordre du jour des régiments. La Russie avait, elle, la croix de Saint-Georges ; l’Angleterre la croix de Victoria ; l’Italie la médaille de la valeur militaire ; l’Allemagne la croix de fer. La France n’avait, elle, rien d’équivalent. A l’origine de la création de la « Croix de guerre », le besoin ressenti dès les premiers mois de la Première Guerre Mondiale au front de créer une récompense « visible » pour les combattants qui s’étaient distingués. Devant l’âpreté des combats il fallait pouvoir sur le champ de bataille honorer les plus braves, leur courage, pour mieux galvaniser ceux qui, en première ligne, étaient en permanence sous le feu de l’ennemi. Même si elle était militaire, cette décoration ne devait pas être réservée aux seuls militaires. Au-delà d’une simple récompense, l’idée pour le commandement militaire était de pouvoir témoigner publiquement la reconnaissance de la Nation. Dans les armées, il existait bien la « citation à l'ordre du jour » mais ce n'était qu'un témoignage écrit, qu’on retrouvait dans les communiqués, les états de service et le livret militaire. Pour être efficace, cette décoration « administrative » devait laisser la place à « un signe distinctif clair et visible », qui permettait au chef de décorer les plus vaillants de ses soldats sur les lieux même des combats. C’est ainsi qu’en décembre 1914, le général Boëlle, commandant le IVe Corps, tente de convaincre le haut-commandement de la nécessité de créer une telle décoration. Trois députés, Maurice Barrès, Georges Bonnefous et Émile Driant, s’emparent du projet et déposent une proposition de Loi signé par 63 autres députés. Le projet est lancé. Lors de sa présentation à l'Assemblée Émile Driant déclare : « Créons un ordre récompensant la valeur militaire, mais en lui donnant un nom bref qui sonne clairement et qui, à lui seul, exclut la faveur de l'ancienneté. On l'appellera la Croix de guerre, ce sera une croix de bronze clair, à quatre branches, surmontée d'une couronne de lauriers, et suspendue à un ruban vert uni, le vert de la médaille de 1870-1871, débarrassé des rayures noires qui symbolisaient le deuil de l'autre siècle. » Après la présentation de plusieurs projets de médaille, c'est le sculpteur Paul-Albert Bartholomé qui est désigné pour créer le modèle. Le Sénat adopte « le ruban vert rompu par de fines rayures rouges, associant le symbole du sang versé à celui de l'espérance et rappelant celui de la médaille de Sainte-Hélène donnée aux vieux grognards du Premier Empire ». « La Croix de guerre instituée par la loi du 8 avril 1915 est en bronze florentin du modèle de 37 mm, à quatre branches, deux épées croisées. Le centre représente à l'avers une tête de République au bonnet phrygien ornée d'une couronne de lauriers avec en exergue « République française ». Il porte au revers l'inscription « 1914-1915 ». (Art. 1er du décret du 23 avril 1915). Ruban : vert avec liseré rouge à chaque bord et comptant cinq branches rouges verticales de 1,5 mm. Origine du ruban : Le ruban de la Croix de guerre de 1914-1918 est celui de la médaille de Sainte-Hélène. Napoléon III récompensait, grâce à elle, les vétérans de l'armée du Premier Empire. Une fois le projet adopté, le modèle de médaille a été confié au sculpteur Paul-Albert Bartholomé. Après la Croix de guerre 14-18, la croix de guerre 1939-1945 est une décoration militaire française destinée à distinguer des personnes (civiles et militaires), des unités, des villes ou des institutions ayant fait l'objet d'une citation pour fait de guerre au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Réalisée sur le même modèle que celle de 1914-1918, mais avec la date 1939 inscrite au revers, et suspendue à un nouveau ruban de deux bandes rouges extérieures encadrant quatre bandes vertes séparées par trois fines rayures rouges. La seule croix de guerre décernée aujourd’hui est celle des “TOE” – les Théâtres d'opérations extérieurs – créée en 1921. La dernière fois qu’elle a été « réactivée » comme le précise Loïc Salmon, « c'était pendant la guerre du Golfe qui avait donné lieu à un vote préalable au Parlement en 1991.» « Parmi les plus belles décorations décernées à nos soldats de l’armée française, la croix de Guerre des théâtres d’opérations extérieurs tient une place historique et très particulière » comme le rappelle le colonel Bachette-Peyrade dans l’éditorial du numéro 343 de la revue consacré au centenaire de la croix de guerre. « Elle constitue dès 1921, il y a cent ans, à l’image de la prestigieuse croix de Guerre 1914-1918, le prix du sang, mais souvent aussi le prix de souffrances, sur des théâtres d’opérations très éloignés de la métropole, souvent oubliés de nos concitoyens peu au fait des données géopolitiques de l’époque. Opérations de pacification, d’assistance au développement ou de lutte contre les totalitarismes qui asservissent les peuples, qui furent l’honneur de la France protectrice des opprimés. L'Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire, forte des valeurs morales dont elle est la gardienne, avait par conséquent un devoir impérieux de servir une fois de plus la « marque du Courage », que constitue la croix de Guerre des théâtres d’opérations extérieurs, et ses titulaires, soldats, unités militaires, villes et aussi institutions civiles, à l'image des croix de Guerre de nos valeureux combattants des deux guerres mondiales.» (Télécharger le dossier (https://croixdeguerre-valeurmilitaire.fr/wp-content/uploads/2021/11/343-Dossier-Centenaire-de-la-croix-de-Guerre-des-TOE-1.pdf)) Après la Première Guerre Mondiale, il faudra rassembler rassembler dans un même esprit « croix de guerre et valeur militaire » les personnes physiques et les personnes morales (communes, unités militaires et institutions civiles) ayant fait l'objet d'une citation comportant l'attribution d'une croix de guerre (1914-1918, 1939-1945 ou TOE), de la croix de la Valeur militaire, de la médaille de la Gendarmerie nationale ou de la médaille d'or de la Défense nationale pour citation sans croix. D’où la création en 1919 de l’ANCGVM - l'association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (ANCGVM). Elle a d’abord été dirigée par le vice-amiral Émile Guépratte (https://www.academieduvar.fr/Activites2/Guepratte.pdf), héros de la guerre des Dardanelles. A l’occasion de la célébration du 8 mai ou du 11 novembre, la Voix du Béarn a trouvé que ce sujet mal connu devait être traité en invitant trois invités : le colonel (H) Michel Bachette-Peyrade, président de l'ANCGVM, le colonel (H) Pierre Castillon, polytechnicien, président-fondateur de l'Académie des Technologies et le capitaine de vaisseau (H) Loïc Salmon, rédacteur en chef de l’excellente revue et du site « Croix de Guerre et Valeur militaire ».[1] Une association patriotique centenaire très dynamique dans toute la France malgré le fait que la plupart de ses anciens membres au titre de 14-18 ou de 39-45 aient aujourd’hui disparu. Avec nos invités, nous verrons comment ce travail de mémoire est fait inlassablement par des bénévoles. Jean-Michel Poulot et Joël-François Dumont Sitede la Croix de guerre et de la Valeur militaire (https://croixdeguerre-valeurmilitaire.fr/)
58min | Published on November 16, 2021


Plus qu’un joueur d’exception, Pierre Berbizier est devenu une véritable légende au pays du rugby avec 56 sélections internationales. 56 « capes » où il portera le maillot de l'équipe de France, 13 fois en tant que capitaine. Deux grands Chelems dans le Tournoi des Cinq Nations (en 1981 et en 1987). Champion de France cadets à 17 ans avec Lannemezan en 1975 contre le RC Toulon. En 1988, il est champion de France Sénior contre Tarbes et devient capitaine de l’équipe de France. Originaire de Saint-Gaudens en Haute-Garonne, Pierre Berbizier voit le jour en 1958 dans une famille de rugbymen chevronnés. Son père René sera trois-quarts centre à Mazamet avant de devenir entraîneur à Bègles dans l’équipe de Lucien Mias. Son grand-père est lui aussi un fervent adepte du ballon ovale. Le jeune Pierre comme son frère Philippe n’auront qu’à suivre l’exemple familial… Ce qui ne l’empêche pas de devenir à 14 ans ceinture marron de judo. Un sport qui lui apportera beaucoup. Face à l’adversaire, on apprend à jauger l’autre et à imaginer la parade la plus adaptée. Cela n’empêche pas Pierre de suivre de bonnes études avant de les compléter en Angleterre – à Oxford dans le prestigieux St Andrew’s College – et à l’Université de Cape Town en Afrique du sud. Ce qui lui permettra de se familiariser avec la langue et la mentalité de ceux qu’il affrontera sur les plus prestigieux stades du monde. Pierre Berbizier commence sa carrière de rugbyman junior au CA Lannemezan où il est formé au poste de demi de mêlée. Un poste pour lequel son grand-père l’imaginait déjà en raison des qualités assez rares qu’il avait détectées : une « intelligence du jeu » précoce, un sens inné de la décision, une capacité d’analyse du jeu adverse en première mi-temps qui servira à l’emporter dans le seconde. Une « vision du jeu » comme le résume si bien son ami Christian Paris, « servie par une capacité d’accélération aussi célèbre que celle du Gallois Gareth Edwards »… Il sera sénior au FC Lourdes puis au SU Agen avant de rejoindre l’équipe de France. Deux hommes compteront particulièrement dans la longue carrière de Pierre Berbizier : Robert Bru, son professeur à l’université Paul-Sabatier de Toulouse, section sport, où il a appris à « théoriser la pratique » et à « comprendre le rôle » et Jacques Fouroux, un meneur d’hommes qui l’amènera au haut niveau. L’homme, Pierre Berbizier, est à la fois chaleureux et attachant, ce qui ne l’empêche pas de dire ce qu’il pense. Avec un mépris mal dissimulé pour les intrigues de palais et les magouilles. Le rugby aujourd’hui est malheureusement très différent de celui que nous avons connu il y a encore 20 ans. Il y a ceux qui ont une ligne de conduite et qui s’y tiennent et d’autres qui préfèrent la « politique », les deux faisant rarement bon ménage. Pierre Berbizier parle peu. Son propos est d’autant plus intéressant. Sur la Voix du Béarn, face à deux fans du rugby Jean-Michel Poulot et Christian Paris, il évoque ce que fut sa vie de rugbyman. L’homme est resté un symbole du rugby français pour les meilleurs joueurs britanniques, sud-africains ou néo-zélandais. Pour les Français, il est resté le symbole d’une époque. Et les Italiens la semaine prochaine l’ont convié samedi dernier à assister au match Italie-Nouvelle-Zélande avec les All Black en souvenir de ses deux ans passés à refonder l’équipe d’Italie (2007-2009). Joël-François Dumont (Émission diffusée également en Pologne par Radio Hexagone) Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
1h00 | Published on November 7, 2021


Le 16 novembre 1944, le général de Gaulle a signé une ordonnance créant la « Direction de la Surveillance du Territoire », ordonnance qui sera complétée par un arrêté ministériel une semaine plus tard. En fixant les attributions et les structures internes de la « DST », le chef de la France Libre a dérogé à une tradition : pour la première fois en France, le contre-espionnage échappait au contrôle du ministère des Armées et était placé sous l’autorité du ministère de l’Intérieur. Roger Wybot – un ancien du BCRA à Londres – était nommé directeur. Parmi les missions prioritaires de ce nouveau service de contre-espionnage français qui succédait à la « ST », la Sécurité du Territoire crée en 1934 par le gouvernement de Gaston Doumergue, la DST se devait de traquer les anciens nazis comme avait pu le faire la ST avant-guerre, de surveiller de près les menées subversives communistes financées par Moscou visant à instaurer en France un régime communiste, enfin d’identifier tout agent étranger sur notre territoire suspect de se livrer à des activités d’espionnage ou à des actes terroristes. Soixante ans plus tard, le 16 novembre 1944, Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, a réuni au siège de la DST, rue Nélaton, dans le XVe, presque tous les anciens directeurs y compris le légendaire Roger Wybot. Manquaient à l’appel, notamment, le préfet Gabriel Ériau – un grand Résistant qui vissait un bras mécanique quand il allait au monument aux morts pour y déposer une gerbe ou pour conduire sa DS et qui n’en était pas moins resté un tireur d’élite ! Dans une grande salle en haut de l’immeuble qui avait été le siège de ELF, le ministre lui-même ancien Résistant qui avait connu la clandestinité, a rappelé brièvement quelques souvenirs personnels avant de conclure son propos ainsi : « votre devise est et restera Keep your secrets secret ! ». Comme quoi dans le milieu du renseignement, que l’on soit civil ou militaire, il y a des règles qui ne souffrent pas d’exception. Une magnifique médaille commémorative a été remise aux invités triés sur le volet… Notre précédente émission a été l’occasion d’évoquer une très belle page d’histoire inédite qui plus est de notre service de contre-espionnage français après la débâcle de 40 et l’entrée en Résistance, dès le 14 juin 1940, à Bon-Encontre des effectifs du « 2 Bis ». Cette fois-ci, après « l’hommage aux anciens », nous nous sommes intéressés au Renseignement français et aux évolutions majeures qu’il a pu connaître au cours de ces 20 dernières années. Sans oublier d’évoquer deux grandes réformes. La première a eu lieu sous François Mitterrand, la seconde sous Nicolas Sarkozy. Dans le domaine du renseignement militaire, le 16 juin 1992, Pierre Joxe, ministre de la Défense, créait la « DRM ». L’objectif était de palier « les manques » constatés à l’issue de la première guerre du Golfe. Son prédécesseur, Jean-Pierre Chevènement, avait demandé au général d’armée aérienne François Mermet, ancien DGSE, de réfléchir à la création d’une « DIA à la française ». Pierre Joxe concrétisera cette réforme qui était indispensable. La Direction du Renseignement Militaire regroupait, notamment, tous les anciens 2e Bureaux d'Armées et se devait de ne pas faire double emploi avec le SDECE devenu la DGSE, la Direction générale de la Sécurité Extérieure. Plus tard, sous Nicolas Sarkozy, pour contrer les menaces terroristes de toute sorte, une grande réforme du Renseignement intérieur a été initiée par le préfet Bernard Squarcini qui fusionnera la DST et les RG en rendant la DST responsable de la lutte antiterroriste, sans pour autant négliger ses missions classiques de contre-espionnage et de contre-ingérence. C’est ainsi que le 1er juillet 2008, la DST a fusionné avec la Direction Centrale des Renseignements Généraux au sein d'une nouvelle direction prenant le nom de « Direction Générale du Renseignement intérieur » (DCRI), renommée en 2014 par le pouvoir socialiste « Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). Cette réforme restera une des très rares réformes pensées et réalisées « à froid », autrement dit pas suite à une bavure ou dans « un climat » passionnel. Si l’on ajoute à cela l'installation à l'Élysée d'un « coordinateur du Renseignement » pour s'assurer que les échanges interservices fonctionnent bien et que la remontée de l'information stratégique soit valorisée, on a une vue d’ensemble assez complète des changements intervenus en profondeur pour mieux adapter l’outil à la menace. Dans cette émission réalisée avec Jean-Michel Poulot, la Voix du Béarn a donné la parole à des experts très qualifiés : Jean Guisnel du Point, un des rares journalistes à s’être intéressé au Renseignement pendant plus de 30 ans et auteur de nombreux ouvrages de référence,[2] Alain Juillet ancien n°2 de la DGSE qui deviendra sous Chirac « Haut-fonctionnaire à l’Intelligence économique » qui va lui considérablement renforcer nos capacités d’action dans le domaine économique, le préfet Bernard Squarcini, le père d’une de ces deux grandes réformes, le professeur Christian Tafani qui forme des étudiants sur ces questions et Hedy Belhassine (https://blogs.mediapart.fr/hedy-belhassine/blog), un expert des questions stratégiques. Si les dernières aventures de James Bond et d’OSS 117 portées à l’écran récemment continuent de faire rêver, force est de constater que l’on trouve plus de pères tranquilles à la DGSE et à la DGSI que de séducteurs patentés. Mais qui s’en plaindra ? Joël-François Dumont [1] Le C-E en 1940 se trouvait 32 rue de Tourville à Paris. [2] Lire notamment de Jean Guisnel : Histoire secrète de la DGSE (Robert Laffont, 2019), Au Service secret de la France avec David Korn-Brzoza (Éditions de la Martinière, 2014), Guerres dans le Cyberespace (Éditions La découverte, 1995).
57min | Published on October 18, 2021


Allocution du général d'armée aérienne François Mermet au monuments aux morts de Bon-Encontre le 8 octobre 2021. Source : La Voix du Béarn Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
11min | Published on October 12, 2021


L’amicale des Anciens des Services spéciaux de la Défense nationale, l’AASSDN, vient de tenir son congrès à Bon-Encontre, dans la banlieue d’Agen. Une occasion pour la Voix du Béarn d’évoquer une très belle page de l’histoire de nos services spéciaux, à un moment crucial, en juin 1940, après le déferlement des troupes allemandes sur la France. En mai-juin 1940, en quelques semaines, 100.000 militaires et civils français sont morts en tentant de stopper l’offensive allemande, sans succès, écrasés qu’ils furent par la puissance de feu des blindés de la Wehrmacht et des Stuka de la Luftwaffe. La débâcle qui s’en est suivie marquera à jamais la mémoire collective des Français après avoir été vécue comme un moment de déshonneur national. Heureusement, le courage et à la détermination d’une poignée d’hommes et de femmes refusant la défaite, mobilisés corps et âme pour bouter l’ennemi hors de France, permettront à la Libération de retrouver confiance en notre avenir collectif après plusieurs années d’occupation. Les tous premiers à se ressaisir, imaginant des conditions d’armistice très dures, furent les hommes et les femmes du « 2 bis », notre service de renseignement en 1940. Comme le veut la tradition, en temps de guerre, celui-ci se transforme en 5e Bureau pour regrouper le service de Renseignement et celui du contre-espionnage. Le général d’armée aérienne François Mermet, président de l’amicale des Anciens des Services spéciaux de la Défense nationale, l’AASSDN, a retracé ce qui s’est passé le 14 juin 1940 dans la banlieue d’Agen au séminaire de Bon-Encontre, réquisitionné par l’équipe du colonel Rivet et du capitaine Paillole, chef du contre-espionnage français. Ce 80e anniversaire de Bon-Encontre, a été reporté du fait de la pandémie et après le décès de son ancien président, le colonel Henri Debrun, qui était venu faire apposer une plaque en l’honneur de ce fait d’arme exceptionnel sur le mur du séminaire d’Agen. Il a enfin été commémoré car les hommes et les femmes de l’ombre chargés du Renseignement aiment et respectent les traditions. Même discrètement, ils n’oublient jamais d’honorer la mémoire et le sacrifice des « anciens » pour l’exemple qu’ils ont su montrer. Avec ceux qui ont survécu, ils s’attachent également lors de ces rencontres à avoir une pensée pour ceux qui sont morts pour la France au champ d’honneur sans oublier les camarades qui les ont quittés en cours d’année. Nombreux sont parmi les membres de l’AASSDN ceux qui ont eu un père, une mère ou un proche à s’être jeté dans la bataille et avoir connu « le prix du sang ». Lors de ces congrès, il n’y a pas que les anciens. Traditionnellement, des militaires d’active, représentant des unités d’élite qui constituent le bras-armé de nos services sont présentes, qui sont autant de symboles de nos forces armés : 13e RDP, 1er RPIMA, 2e Hussards, le « 44 », les Forces spéciales et leurs célèbres commandos comme le CPA 10 de l’armée de l’Air et de l’Espace, notamment, qui n’ont rien à envier au Navy Seals américains. Sans oublier, parmi les plus fidèles, les marins du Casabianca qui lors de la 2e Guerre mondiale s’est illustré entre Alger et la métropole en assurant des liaisons à risque et en transportant des responsables de la Résistance. Chaque année, l’amicale rend également hommage à des hommes et à des femmes qui, par leurs actions, sont devenus des symboles de la Résistance. Cette année une gerbe a été déposée sur la tombe de l’adjudant-chef André Fontès – en présence de son fils Christian – pour célébrer le réseau Morhange dirigé par Marcel Tallandier, en présence de sa fille Monique. De même, la mémoire de nos « Merlinettes » a été honorée, après avoir été tirée d’un oubli qui a duré près de 70 ans… Ces Merlinettes dont le colonel Paillolle était si fier ont désormais trouvé leur place dans le jardin Eugénie-Malika Djendi dans le parc Citroën (Paris XVe) où a été édifié le monument à la mémoire de ceux qui sont morts pour la France en OPEX. Sans l’opiniâtreté de Jean-Georges Jallot-Combelas, neveu d’une de ces Merlinettes, elles seraient restées méconnues. Comment expliquer que de si belles pages de notre histoire commune soient aussi inconnues de nos compatriotes ? Certains vont tenter à Bon-Encontre de trouver des éléments de réponse à cette question. Un pays qui ne sait pas d’où il vient ne saura jamais où il va comme le dit si bien Alain Juillet. Le combat mémoriel que livre l’AASSDN se poursuit au fil des ans depuis mai 1954. Si elle reste une association patriotique des plus emblématiques, l’AASSDN reste toujours discrète mais bien présente pour défendre la mémoire des hommes et des femmes de l’ombre qui ont combattu pour la France. Comme l’a rappelé le général François Mermet dans l’entretien qu’il a accordé à Christophe Cornevin du Figaro, rappelant le sens du combat mémoriel que livre l’amicale : « Notre mission est de faire œuvre de vérité et de tirer de l’oubli des personnages de l’ombre au parcours extraordinaire » avant de faire sienne cette maxime de Bossuet : « Le plus grand outrage que l’on puisse faire à la Vérité est de la connaître et en même temps de l’abandonner ou de l’oublier » Une citation reprise par un officier de gendarmerie, le colonel Paillole chef du contre-espionnage français en juin 1940 qu’il mettra en exergue de son livre « Services Spéciaux ». Après cette évocation avec Jean-Michel Poulot, nous entendrons la voix d’une grande dame à qui notre pays a rendu hommage très récemment pour son engagement au service de la France, Joséphine Baker, qui sera recrutée avant-guerre par le contre-espionnage du capitaine Paillole. Elle nous chantera « j’ai deux amours, la France et Paris ». Comme quoi, dans la vie, on peut avoir deux amours en n’ayant qu’une seule fidélité ! Joël-François Dumont
58min | Published on October 11, 2021


Très peu d’hommes ou de femmes réussissent à entrer dans la légende pour s’être s’identifiés avec leur pays, pour avoir réussi aux heures sombres à « faire nation ». Pour la France, trois noms s’imposent : Louis XIV, Napoléon Bonaparte et le général de Gaulle. Pour la Grande-Bretagne, citons ala reine Victoria, Georges VI, Winston Churchill et Elizabeth II. Pour la République tchèque, Venceslas 1er de Bohème, le roi Charles IV et Tomáš Masaryk. Pour la Slovaquie, un seul nom revient : celui de Štefánik, reconnu comme le père fondateur de la nation slovaque. Milan Rastislav Štefánik voit le jour le 21 juillet 1880 à Košariská dans l’ancien royaume d’Autriche-Hongrie. Son père, Pavol Štefánik, pasteur, élève ses enfants dans la ferveur des idéaux patriotiques et slavophiles, à une époque où le sentiment national était profondément ancré dans le cœur des Slovaques, lesquels, à l’époque, ne devaient s’exprimer qu’en hongrois… Il entame de brillantes études au lycée évangélique de Presbourg, à Sopron et à Sarvas, avant de s’inscrire à l’Université Charles de Prague où il choisit d’étudier. Il a 18 ans quand, après des études d’études d’ingénieur du bâtiment, il s’oriente vers l’astronomie et les mathématiques. Doué d’une intelligence extraordinaire, d’une personnalité forte, il s’engage avec ferveur en politique en militant contre la « magyarisation » de la Slovaquie. Il est convaincu que la solution passe par une étroite coopération « slovaco-tchèque » pour que ces deux nations puissent accéder enfin à l’indépendance. Štefánik est sous l’influence d’un intellectuel éminent, Tomáš Masaryk, un universitaire qui définit les peuples tchèque et slovaque comme « deux particules d’une même nation ». Doctorat en poche, Milan Štefánik s’installe en 1904 à Paris, après un bref passage à Zürich, pour y poursuivre, pendant dix ans, des études d’astronomie en devenant l’assistant du professeur Jules Janssen à l’observatoire de Meudon. A Meudon, il publiera douze traités scientifiques et réalisera des expéditions d’observation astronomique après avoir multiplié les voyages au bout du monde. A Tahiti, en 1910, notamment, où il observera le passage de la comète de Halley.[1] Dans une lettre manuscrite au garde des Sceaux, ministre de la Justice, datée du 11 mars 1909, Milan Rastislav Štefánik exprime le souhait d’être naturalisé Français. Il le sera le 27 juillet 1912. Štefánik deviendra l’emblème de l’histoire partagée entre nos deux pays et de l’amitié franco-slovaque. Štefánik entreprend également des missions diplomatiques pour la France après avoir proposé de mettre en place une chaîne de stations radiotélégraphiques qui relierait toutes les colonies françaises entre elles. Štefánik s’avère être « l’homme idoine ». Le succès de cette réalisation lui vaudra la Légion d’honneur et la reconnaissance officielle. Malgré quelques problèmes de santé, en 1914, Štefánik s’engage à 32 ans. Il est incorporé comme caporal et entreprend une formation de pilote à l’école d’aviation militaire de Chartres, avant de rejoindre l’escadre aérienne MF-54 dans le Pas-de-Calais. Très vite, il va se faire remarquer. Il invente les premiers bombardements aériens puis créée le service météo des Armées. Blessé en 1915, il poursuit le combat. « Masaryk pense, Beneš le dit et Štefánik le fait » Il forme une escadrille formée de volontaires slovaques et tchèques, qui est affectée en Serbie. Gravement malade, on le transfère d’urgence à Rome. C’est là qu’il va retrouver son ami le général Jean César Graziani avec lequel il avait formé cette Légion de volontaires tchéco-slovaques. Štefánik oriente sa vie désormais vers l’action politique et diplomatique. Son objectif est à la fin du conflit d’accompagner le dépeçage de l’empire d’Autriche-Hongrie pour donner naissance à un État regroupant Tchèques et Slovaques pour le meilleur et pour le pire. Son objectif n’a pas varié, sa ténacité ne le quitte pas. Dès que son état de santé le lui permet, il repart pour Paris, où il retrouve Jan Masaryk et Edvard Beneš. Le dicton qui dit : « Masaryk pense, Beneš le dit et Štefánik le fait » redevient d’actualité. Une nouvelle étape de sa vie commence. Il consacre dorénavant son activité à la création d’un État libre et indépendant pour les Tchèques et les Slovaques. Après-guerre, il est nommé à Prague ministre de la guerre. Il continuera jusqu’à sa mort aux commandes de son avion à porter son uniforme de général français avant d’être abattu par une unité de la DCA slovaque qui avait été curieusement informée de l’arrivée imminente dans le secteur d’un avion hongrois ennemi. C’est ainsi que le 4 mai 1919, Milan Ratislav Štefánik sera mortellement touché et qu’il s’écrasera avec son avion à Ivanka pri Dunajice, près de Bratislava. Mort en service commandé, celui qui était resté fidèle à la France par attachement à sa patrie, la Slovaquie, deviendra le héros national slovaque et sera inhumé sur les hauteurs de Brezová pod Bradlom, suivi par une foule immense qui traversera les champs là jusqu’à sa dernière demeure où sera construit un mausolée qui domine la vallée. « C’était un cœur rare, une âme noble, un esprit extraordinaire qui s’est entièrement dévoué pour notre cause dès que les circonstances l’exigeaient. Il mérite la reconnaissance de l’humanité entière. Sa présence va nous manquer. Son souvenir va vivre dans les cœurs de nous tous » dira le maréchal Foch qui représentera la France à ses obsèques. « La destinée d’un peuple se compose de ceux qui visent à la gloire et de ceux qui visent à la fortune ». Cette formule de Louis-Antoine de Saint-Just est toujours fondée : l’homme d’une seule fidélité, Milan Štefánik, n’a pas trouvé la fortune, mais il a contribué au bonheur d’un peuple qui a enfin pu se libérer de ses chaînes pour prendre en main son destin et restera un grand symbole de la fidélité à la France. Comment, enfin, ne pas parler d’un autre lien entre la Slovaquie et la France, pendant la Seconde Guerre Mondiale, sans évoquer la Brigade Štefánik et l’histoire du bataillon Foch qui, après la Libération de Paris, dans la trouée de Strecno attaquera à mains nues la 1ère Division de la Waffen SS. Autant de pages magnifiques d’un grand livre écrit avec le sang et les larmes d’un peuple. L’histoire de cet homme nous est contée par le colonel Joël Bros, ancien attaché de Défense à Bratislava, spécialiste de l’Europe centrale, qui, après la Bohème et la Moravie nous a fait découvrir ls Slovaquie. Dans cette émission produite par Jean-Michel Poulot et diffusée par La Voix du Béarn, le colonel Bros nous parle du seul militaire français qui est encore aujourd’hui en uniforme français sur les timbres et la monnaie nationale de sa patrie slovaque et que l’on voit sur tous les monuments dédiés à l’effigie du père de la Nation slovaque qui a choisi de devenir Français pour donner naissance à la Slovaquie après la dissolution de l’empire austro-hongrois. Joël-François Dumont [1] Michal Kšiňan, L’homme qui parlait avec les étoiles : Milan Rastislav Štefánik, héros franco-slovaque de la Grande Guerre, Paris, Eur’Orbem éditions, 2019, 344 p. [2] Le bataillon Foch et la Résistance franco-slovaque (https://european-security.com/le-bataillon-foch-et-la-resistance-franco-slovaque/) (Diffusé le 29 août 1998 dans le Journal International de France Télévisions sur TV5
1h01 | Published on October 4, 2021


A la fin de la 2e Guerre Mondiale, « un rideau de fer s’est abattu sur l’Europe », séparant pendant plus d’un demi-siècle les liens solides, traditionnels et anciens que tous ces pays avaient pu entretenir avec ce qui est devenu après cette séparation forcée, la nouvelle Europe à l’Ouest. Moscou a imposé avec ses chars son « socialisme » et les régimes se sont transformés un à un en dictatures communistes. Après le nazisme, le communisme, on voyait mal un changement de vie pour les habitants de ces pays enrégimentés contre leur gré. Et pourtant ! Comme on dit « il ne faut désespérer de rien ». C’est ce qui finit par arriver à la fin des années 80 en Europe centrale et orientale, après la faillite du communisme en URSS. Mais ce n’est toujours pas vrai en Ukraine, au Belarus et pas davantage en Russie. La liberté mérite qu’on se batte pour elle Les opposants dans ces dictatures d’un autre âge sont soit : assassinés, soit mis dans des camps sachant que Navalny n’est pas le seul au pays du goulag… La presse y est muselée et les régimes en place s’honorent de mépriser toute forme de démocratie. Ils le revendiquent même avec fierté ! Les anciens « pays de l’Est », dès qu’ils ont – enfin – pu rompre leurs chaînes soviétiques, ont mis les bouchées doubles pour revenir à une vie normale. Tous nourrissaient les mêmes priorités, les mêmes ambitions : retrouver la grande famille européenne dont ils avaient été séparés arbitrairement si longtemps pour adhérer à l’Union européenne en se cherchant un nouveau protecteur en intégrant l’OTAN, qui avait été si efficace pendant la guerre froide. Ce qui n’était pas évident après 60 ans de confrontation Est-Ouest. La période d’adaptation a été difficile. Certes, les pays d’Europe de l’Ouest ont beaucoup aidé et surtout financé des transformations indispensables pour mettre ces pays « à niveau » européen. La classe politique s’est elle aussi reconstituée autour des élites dans des pays où la culture a toujours joué un rôle fondamental, comme un ciment national. Après la reconstruction, le renouveau. On constate en fait que cette Renaissance qui ne dit pas son nom va se poursuivre en faisant demain de ces pays, jadis enfermés derrière des murs et des barbelés, des havres de stabilité économique et des modèles de développement. Dans tous ces pays, la Russie, la France, l’Autriche et l’Allemagne ont été tellement présents que ces alliances ou ces occupations ont laissé des marques. Alors, quels liens renouer et avec qui en priorité ? De l’autre côté, à quoi étaient prêts ces mêmes pays qui ont en commun d’être des empires déchus, pour leur tendre la main ? En France, un seul homme d’État s’est intéressé à l’Amérique latine et au Mexique. Les successeurs du général de Gaulle ont ignoré ce continent et tous les liens que nous avions avec de nombreux pays de ce continent : Argentine, Chili, Uruguay, Chili, Pérou, Mexique… En ce qui concerne l’Europe centrale et orientale, trois hommes d’État français, se sont intéressés à l’Europe centrale et orientale. On aurait pu mieux faire… Le premier est encore le général de Gaulle qui avait été militaire en Pologne et qui, devenu président, une fois l’Algérie indépendante, n’a jamais raté une occasion de traiter avec tous ces pays, quel que soient les régimes, en attendant que « le temps fasse son œuvre ». De loin, il était le seul à avoir une vision de l’Europe. Le nazisme a fini par disparaître, il en serait bien ainsi du communisme… C’était une question de temps. Le second a été François Mitterrand. Le choix de ses ambassadeurs après la chute du mur a démontré son souci de raviver ces liens anciens qui unissaient la France avec certains d’entre eux. La Serbie, du fait de la guerre qui a fait rage dans les Balkans après la mort de Tito, demandera encore de laisser « un peu de temps au temps » pour renouer. Trois pays ont été essentiellement ciblés sous Mitterrand : la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne. Dans ces pays il y avait, il y a toujours, « une attente » de la France qui était considérable et un espoir. Jacques Chirac a été le dernier président à s’en rendre compte et à poursuivre dans cette voie en étendant aux Pays-Baltes l’action de ses prédécesseurs. Après lui, on peut dire que l’influence française est redescendue comme un soufflet. La nature ayant horreur du vide, les États-Unis sont venus s’installer mais pour quoi faire, on n’a pas encore de réponse et la trahison ressentie par l’Ukraine récemment n’a pas grandi les présidents américain et français, le Premier ministre britannique et la chancelière Merkel. Si l’on prend l’exemple de la Tchéco-slovaquie – qui s’est d’abord déclinée avec un trait d’union avant de le perdre – jusqu’à la révolution de velours (le mariage d’amour a très vite laissé la place à un mariage d’intérêt en attendant un divorce exemplaire), on voit des peuples se refonder. Pour parler de cela, deux experts de cette Europe centrale. Le colonel Bros qui a longtemps été en poste à Prague et à Bratislava et un journaliste français, Pierre Peyrichout, un infatigable voyageur qui a vécu une partie de sa vie à l’étranger, en Iran, dans les Balkans avant de prendre sa valise pour la déposer à Prague, l’une des plus belles villes du monde. Il n’est pas le seul à le penser ! Il faut dire que ces deux hommes, en dehors d’être des polyglottes confirmés dans des langues où les Gaulois se sont trop rarement distingués, partagent d’autres passions : l’aviation et l’art ! Le premier a fait carrière dans l’armée de l’Air avant de devenir diplomate, le second après un diplôme artistique s’est lancé… dans l’aviation après avoir volé avec la patrouille de France. Il sera l’un des premiers Français à participer au rallye Paris-Pékin-Paris… L’aviation étant une vocation qui ne dure qu’un temps, celui de se retrouver rejeté du monde des PN. Reste l’art qui lui ne connaît pas (encore) de limite d’âge. A les entendre, la France devrait affirmer sa présence pour retrouver la qualité des liens qu’elle a pu partager dans le passé dans la durée. Les Français implantés dans ces pays représentent certes un investissement, mais pas sûr qu’à Paris on ne considère les choses ainsi. « Loin de yeux, loin du cœur » ? La pandémie que nous vivons l’a, malheureusement, une fois de plus prouvé. Avec Jean-Michel Poulot et la Voix du Béarn, nous poursuivrons au cours des prochaines semaines ces réflexions avec la Slovaquie, la Hongrie, la Pologne et les Pays-Baltes, une occasion de rouvrir nos livres d’histoire et de se dire que nos anciens ont su semer. Joël-François Dumont
58min | Published on September 25, 2021