- Speaker #0
Bienvenue dans la quatrième saison de Everything Happens for a Reason, le podcast dédié au métier de la création. Je suis Lily Bonnet et je soutiens la créativité au sens large depuis plus de 25 ans. Manager, agent, business coach, j'accompagne les indépendants et les organisations des industries créatives dans leur expansion. Mon but, c'est d'insuffler plus de créativité dans le management et de management dans la créativité. Dans ce podcast, j'accueille le 15 de chaque mois un ou une invitée avec qui j'explore les aspects business, management, stratégie, communication, opérationnel de leur métier. De près ou de loin ? ils ont tous en commun une profonde créativité qui les porte. Alors j'ai à cœur de vous faire découvrir des personnalités, des visions et des rêves. Et si vous appréciez ce podcast pour les sujets qui y sont abordés, vous serez aussi certainement sensibles à sa qualité audio. Et ça, c'est grâce à Philippe Drevet, musicien, et aussi mon mari, qui en signe l'identité sonore, la musique originale et la réalisation de chaque épisode. Everything happens for a reason. Avant de vous présenter mon invité, je vais faire un aparté pour vous raconter comment nous nous sommes rencontrés. C'est vrai que d'habitude j'en parle, dans l'épisode, mais là, on n'a pas eu l'occasion. Alors j'ai rencontré Emmanuel Roule grâce à Charlotte Brunet. Bon, Charlotte Brunet, c'est un peu... la Marseillaise incontournable. On aura l'occasion de parler de Charlotte, je pense, en détail dans un prochain épisode. Mais pour la présenter brièvement, je connais Charlotte grâce à Wise Women, l'association dont je suis membre aussi, qui œuvre pour les femmes des milieux de la culture et de la création. Charlotte coordonne tout le réseau sud. Et avec son agence, l'agence Charlotte Brunet, elle propose des expériences sensibles et notamment des parcours artistiques. C'est comme ça qu'elle m'a fait découvrir des pépites à Marseille, dont une visite de l'atelier d'Emmanuel Roule. Alors après, j'ai immédiatement eu envie de proposer le podcast à Emmanuel, et ça m'a donné une excellente raison de revenir à Marseille. Bref, c'était la parenthèse, c'est décidément une longue intro, et vous allez voir que c'est un long épisode aussi. C'est vrai que j'adore, moi, laisser la parole à mes invités, sans les interrompre, en tout cas j'essaye, et sans les couper au montage. Surtout quand c'est aussi passionnant que le parcours transdisciplinaire d'Emmanuel Roule. Né à Saint-Etienne, désormais basé à Marseille donc, et après avoir vécu et travaillé à Saint-Denis et à Paris, Emmanuel Roule est designer, directrice artistique et céramiste. Diplômé de l'ENSAMA, Olivier de Serres, Emmanuel a commencé avec le design graphique avant de découvrir la céramique presque par hasard. Et ça a été un vrai coup de foudre. Alors qu'elle nous parle des abeilles, de géologie ou de design, Emmanuel Roulle offre une analyse très riche et technique, mais sans être hermétique. Bien au contraire. Embarquement immédiat pour un voyage au centre de la Terre. Ah, ça commence bien ! Exactement ! Bonjour Emmanuelle. Bonjour Lili. Tu me reçois aujourd'hui dans ton atelier à Marseille. Tu as une chemise du bleu du ciel et on est donc dans le 7ème, rue Perlet. Tu vas évidemment nous raconter. Et avant de rentrer dans le détail et puis de raconter notre rencontre parce que tu sais, j'aime toujours un peu donner du contexte. Je vais te poser la première question habituelle de ce podcast qui s'intitule « Everything happens for a reason » et j'aimerais savoir ce que ça veut dire pour toi, cette phrase.
- Speaker #1
J'ai le sentiment, pour y avoir un peu réfléchi, étonnamment, ça m'a questionnée et j'ai l'impression que ça représente un peu mon parcours, comme tu le verras. Si des choses sont arrivées de manière complètement fortuite, il y a des choses que j'ai généré. par curiosité et avec le désir de rencontrer des personnes et finalement il s'est avéré qu'on avait travaillé ensemble donc j'ai l'impression que ça a un peu déterminé le chemin, les chemins qui ont pu se croiser.
- Speaker #0
Donc ce déterminisme en fait pour toi il est important et puis finalement il a un peu un écho avec les abeilles aussi dont on va parler, avec la terre, avec la nature, tout. Ce cycle aussi de la vie et de la terre et qui finalement résonne beaucoup pour toi.
- Speaker #1
Énormément. C'est très marrant que tu utilises le terme cycle. Moi, j'utilise souvent le terme de boucle parce que, je le raconterai sûrement un peu plus tard, mais le travail notamment sur la terre ou le travail que j'ai pu mener avec les abeilles. questionnent des boucles un peu vertueuses sur des modes de production, sur des modes de réflexion qui se nourrissent mutuellement. Et je parle souvent même de courbes concentriques qui se répondent un peu en effet ondulation. Donc c'est vraiment quelque chose qui me parle.
- Speaker #0
Alors on va recommencer un peu, j'aime bien la chronologie. Tu es née à Saint-Etienne, qui est quand même un peu un berceau du design, il faut le dire. En France, voilà. Mais tu n'as pas étudié à Saint-Etienne.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Non. Tu es diplômée d'Olivier de Serres, je crois que c'est ça. Exactement. Et ensuite, tu... Donc en fait, tu as été... Donc on a réappliqué. Et tu as commencé avec le graphisme.
- Speaker #1
Exactement. Stéphanoise de mon état, effectivement. Jusqu'à ce que je fasse en fait un bac S. sur les recommandations d'un conseiller d'orientation.
- Speaker #0
Il a peut-être changé de boulot.
- Speaker #1
Il pourrait, parce qu'a priori j'avais vraiment un profil littéraire, ce qui était mon souhait, mais aimant plutôt l'école, parce qu'assez jeune, je trouvais qu'un endroit où on pouvait rencontrer des gens et apprendre des choses me paraissait fou. Donc j'aimais vraiment l'école. Anecdote, j'ai quand même un souvenir enfant. d'être vraiment primaire CP, CE1 et de vouloir retravailler les devoirs le soir et que ma mère me dise, mais ça va ? Ça va, c'est assez. Et moi, je voulais réapprendre et re-rapprendre. Vraiment, j'avais un désir d'apprendre. Et du coup, ce qui est assez marrant, c'est que ce conseiller, comme j'avais plutôt des bons résultats, m'a dit de faire S, ce qui a été un peu une lutte parce que clairement, ce n'est pas mon mode de fonctionnement. Mais il fallait que j'aie mon bac, puisqu'en parallèle, j'avais appris que j'avais été prise en mise à niveau à répliquer, vu que je n'avais pas fait un bac à répliquer, et que ça allait être enfin le moyen de rentrer dans des études.
- Speaker #0
Qui est un genre de prépa, en fait, c'est ça ?
- Speaker #1
Qui est un genre de prépa, effectivement, parce que du coup, le bac à répliquer à l'époque était le bac STI, où il fallait rentrer en seconde, sauf que cette personne, ce conseiller, ne m'en avait pas parlé, je l'ai appris en première. Du coup, j'étais coincée, donc j'étais coincée dans ma première S. Pour rentrer en art appliqué, après, on avait une mise à niveau qui était un concours national où, en gros, on pouvait postuler que chaque année dans une seule école. Donc, la chance d'être pris était quand même faible. Et c'est pour ça que moi-même, je m'étais inscrite sur les recommandations de cette personne dans une école privée pour me garantir d'avoir une école post-bac, puisque je voulais absolument faire des études artistiques. Et je me souviens que mes parents même avaient versé un premier compte. Et que la raison de l'éventuel remboursement, c'est si j'étais prise du coup dans cette filière publique. Et il s'avère que j'ai candidaté dans cette école à Lyon à la Martinière d'Hydro. Donc c'est un concours national que j'ai eu. Et j'ai eu la chance d'être prise en liste principale. Du coup, je suis partie à Lyon. Je n'ai pas fait d'école privée et j'ai engagé des études artistiques. Donc effectivement, j'ai fait un bac scientifique, une maison à Nivoire appliquée, qui en fait, une prépa, mais à l'époque, était une prépa non reconnue. Donc, c'était considéré comme une année sabbatique.
- Speaker #0
Ah ouais.
- Speaker #1
Ce qui était quand même assez dur psychologiquement parce que c'était une année extrêmement intense.
- Speaker #0
En fait, tu bosses tellement que ce n'est pas du tout sabbatique. Je pense que psychologiquement, ça doit être…
- Speaker #1
Extrêmement chargé. Moi, je n'avais pas fait d'option art plastique à l'école. Donc, la seule pratique artistique que j'avais, c'était ma modeste pratique chez moi. Donc, essentiellement dessiner, un peu peindre. Et j'ai pas grandi dans un environnement artistique dont j'ai pas été non plus nourrie, on va dire, de par mon cerf familial. Donc c'était plutôt très personnel. Et cette année-là, en fait, tu dois récupérer trois années du bac.
- Speaker #0
Et ouais.
- Speaker #1
En même pas une année scolaire, parce que tu constitues tes dossiers pour candidater dans les écoles en avril. Donc c'est vraiment un flash mob. C'est hyper intense. Et moi, je suis arrivée quand même... Il y avait des personnes qui avaient un très bon niveau. Donc c'était très intense, mais du coup hyper intéressant, parce que comme l'idée c'est après de se spécialiser dans une filière, tu touches à tout. Donc il y a autant le textile, la couleur, le graphisme. Ah oui, c'était extrêmement intéressant, très intense. Et après tu constitues ton dossier. Et à l'époque, moi je voulais, je visais Paris. Et j'avais été finalement prise à Toulouse. qui était au départ vraiment un non-choix. Parce que je m'étais dit, vraiment, je visais les grandes écoles, comme on a vraiment envie. Et je me suis retrouvée à Toulouse, au lycée des Arènes, pour faire un BTS en graphisme, édition. Et ça a été exceptionnel. Ça a été deux ans exceptionnels, parce que je suis tombée dans une école où il y avait des jeunes profs extrêmement motivés, hyper enthousiastes. On avait énormément de matériel. On arrivait, on a chacun eu... Une salle d'informatique avec un Mac, les G5 à l'époque qu'on venait de recevoir, et nous avez tous dit vous avez un poste attitré. Et du coup on avait un confort, on avait des grandes salles, toutes les sections cohabitaient, on s'entendait très bien, et j'ai adoré cette ville, donc il y avait une énergie, et j'ai adoré. J'ai passé deux ans exceptionnels, et je pense que cet enthousiasme s'est ressenti dans mes études, parce que déjà j'étais vraiment là où je voulais être, c'est-à-dire que j'étais sûre que le graphisme c'était mon truc. Ça me correspondait parfaitement, j'étais si jeune, j'avais toujours voulu faire du stylisme, j'étais passionnée par la mode. J'ai découvert vraiment un art appliqué dans cette mise à niveau, que c'était quand même une filière un peu fermée. Et je me suis dit que finalement ça me correspondait peut-être moins humainement, j'étais vraiment plus attirée par la dimension finalement image. Et à l'issue de ces deux années de mon BTS, j'ai ensuite postulé à Paris, et là j'ai été prise à Olivier de Serres. J'ai appris l'année d'après que j'avais été major, donc j'avais eu les meilleurs résultats de France en BTS.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Ouais, c'était assez drôle. Donc je l'ai appris parce que dans le discours du directeur d'ouverture de l'année suivante, il a annoncé ça, que la personne qui avait eu les meilleurs résultats... Et moi, je l'ai toujours vécu en me disant, ça m'a tellement plu, je me suis tellement éclatée. pendant ces deux ans. J'avais l'impression que c'était ça la résultante. C'était vraiment... J'ai adoré ces deux années.
- Speaker #0
Et justement, c'est marrant, tu parlais de la mode et tu disais que quand tu étais enfant, tu dessinais, mais ça a commencé très tôt pour toi, cette appétence pour les arts en général ?
- Speaker #1
Très tôt, oui. Vraiment, et c'est assez marrant parce que je ne suis pas du tout issue d'un milieu artistique.
- Speaker #0
Et est-ce que tes parents, par exemple, t'emmenaient voir des expos ou pas spécialement ? Non, c'est vraiment une démarche hyper personnelle.
- Speaker #1
Pas du tout. Ce qui est assez étrange dans mon parcours, c'est que mes parents sont employés, ont été employés pendant toute leur carrière, quasiment dans la même boîte. Mon père avait quand même un métier manuel parce qu'il était... Soudeur de métier, et il a travaillé beaucoup à l'étranger, et après il est rentré chez Gaz de France, presque à une époque où c'était considéré presque comme une fin de carrière, parce qu'il a été plus dans le privé. Mais ma mère a été employée de bureau, et personne dans ma famille, quand je cherche, a une pratique artistique. Même presque amatrice. Ah ouais ? Ouais, ouais,
- Speaker #0
c'est... C'est ça, c'est sur le berceau, tu sais, ça t'étonne.
- Speaker #1
Moi j'ai toujours eu l'impression d'être un peu ovni dans le paysage, mais pas tant que ça. Parce que le... Là où c'était assez génial, et je m'en rends compte aujourd'hui évidemment avec le recul, c'est que le regard que ma famille pouvait porter sur moi était toujours très bienveillant. Et on ne m'a jamais renvoyé le fait que j'étais un peu en décalage ou que mon désir d'être artiste était... Enfin en tout cas artiste, je ne l'ai jamais présenté comme tel. Mais en tout cas de faire un travail artistique était à contre-courant ou déplacé ou n'allait pas fonctionner ou me mettre en danger économiquement.
- Speaker #0
Mais c'est ce que j'allais dire. C'est hyper fort de la part de tes parents et ta famille au centre-large de soutenir Cette envie, alors qu'eux-mêmes peuvent avoir envie d'un truc plus classique pour leur enfant.
- Speaker #1
Complètement. Je pense que c'est ce qui a été le plus remarquable. Et les deux. Mes parents étant deux personnes très différentes, les deux ont été complètement raccords sur ça. En fait, ça n'a jamais été un sujet. On ne l'a jamais abordé. Ils m'ont toujours accompagnée. Oui, j'ai toujours dessiné. J'ai toujours dessiné énormément. puisque par exemple je me souviens très bien que On avait la télé à la maison et moi je n'arrivais jamais à regarder un film ou quelque chose en entier. J'étais assise sur la table basse et je dessinais tout le temps, Et j'ai beaucoup dessiné, notamment quand j'étais vraiment jeune, pendant les JO. J'étais fascinée par les corps, par la natation synchronisée. Donc je dessinais, mais je dessinais aussi, enfin je dessinais tout. Je dessinais des motifs, je dessinais vraiment la couleur. Et à l'époque, moi j'étais, de tous mes grands-parents, je n'ai connu que ma grand-mère paternelle, dont j'ai été très proche, qui était une personne assez exubérante, très libre, et c'était une personne assez forte, et du coup, elle aimait beaucoup s'habiller, et elle faisait faire ses tenues sur mesure, parce qu'à l'époque, elle travaillait chez un tailleur, et moi souvent, comme j'étais la plus jeune dans la famille, j'ai beaucoup... beaucoup passer le temps avec elle et elle m'amenait dans cette boutique qui était donc à Saint-Etienne et là on avait vraiment un couturier d'origine arménienne qui fabriquait des vêtements et aussi sur mesure et moi je baignais dans cet environnement et je pense que ce désir de vêtements il est vraiment né là de les voir ajuster les pinces quand les personnes venaient faire les essayages et je me souviens très bien regarder vraiment par la porte un peu des coulisses à travers les femmes qui venaient essayer et j'étais fascinée Et j'étais fascinée par cette élégance, par ce sur-mesure. Et ce qui était marrant, c'est que tous les vêtements étaient pliés. À l'intérieur, tu avais un papier carton, notamment pour les chemises, pour les mains pliées. Et moi, pour m'occuper, ils me donnaient ces cartons et je dessinais. Et je me suis mise à dessiner des robes, des robes. Et puis, évidemment, j'avais un langage visuel limité. Donc, je me suis mise à regarder dans le dictionnaire. Et donc, après, je me plongeais dans le dictionnaire. et donc... Et ma grand-mère avait un dictionnaire, donc je dessinais des robes. Mais je dessinais des centaines de robes.
- Speaker #0
C'est génial parce que finalement, je pense que le parallèle avec ton travail aujourd'hui aussi, c'est sur cette notion de sculpture. Parce que le vêtement, c'est vraiment une sculpture sur corps d'une certaine façon, surtout quand il est sur mesure, comme ce dont tu parles avec ta grand-mère. Et aujourd'hui, tu as un travail qui est quand même aussi sculptural dans tes pièces.
- Speaker #1
Complètement. Et en plus, la collection un peu signature du studio s'appelle Kimono. Donc, on est clairement là-dedans. Je n'ai jamais fait le lien.
- Speaker #0
Ah, tu vois.
- Speaker #1
C'est assez marrant. Et du coup, j'ai toujours dessiné. Et on a toujours dit dans ma famille, Emmanuel, elle a une appétence pour ça. Mais sans savoir ce que j'allais faire. Mais si tu veux, j'avais quand même plutôt des bonnes notes. Je crois que j'ai assez vite compris que les bulletins, c'était quand même pour les parents. Donc, je Ausha cette case qui me permettait d'être a priori un peu tranquille. Donc, ils ne m'embêtaient pas trop. Ils avaient compris que j'étais ultra studieuse. Donc, limite, c'était presque une incompréhension. Tu adorais ça,
- Speaker #0
quoi.
- Speaker #1
Mais j'aime toujours apprendre.
- Speaker #0
Et tu continues, c'est ça.
- Speaker #1
J'aime toujours apprendre. J'aime beaucoup apprendre des autres. Oui, j'ai une vraie… Je pense que tout naît d'une curiosité. Et c'est vrai que dans mon parcours, il y a eu quelques moments… clés quand même qui ont, je pense, conforté aussi mes parents, notamment, et ça c'est au collège, moi j'ai très peu de souvenirs du collège, notamment parce que j'ai une sixième où j'ai subi un harcèlement scolaire, à l'époque on en parlait très peu.
- Speaker #0
Très peu, on ne l'identifiait même pas tant que ça en fait.
- Speaker #1
Ah non mais je l'identifiais, je pensais à trois ans.
- Speaker #0
Ah bah tu vois.
- Speaker #1
Non non, moi je pensais que le collège c'était comme ça. C'était normal. Donc j'avais intégré, voilà au collège parfois tu pètes un... tu peux être un bouc émissaire. Et de manière arbitraire, ça je l'avais, je crois, assez bien compris. Et j'ai une sorte un peu de blackout du collège par rapport à ça. Si ce n'est, je me souviens des cours d'art plastique, un peu. Et je me souviens très bien qu'une fois, il y avait des réunions par an élève. Je pense que j'étais en cinquième. Et je me souviens très bien que ma mère, qui était vraiment celle qui allait à ses rendez-vous, revient et on est à table tous les quatre avec mon frère et mon père et elle débriefe un peu ses échanges et elle parle de Madame Goutte dis-toi que je n'ai presque aucune mémoire des noms des profs de collège je m'en souviens parce que en plus évidemment peu de parents allaient voir le prof de musique la prof d'art plastique surtout au collège et ma mère y était allée et cette personne lui avait dit texto, enfin ma mère me l'a relaté comme ça, elle lui avait dit si Emmanuel a un désir d'entreprendre des études artistiques, laissez-la faire. Et vraiment, je me souviens très bien entendre ça, moi me sentir alignée avec ça, mais d'un coup, on ne l'a pas plus commenté que ça. Mais du coup, j'ai l'impression que ça a posé des jalons et qu'après, c'est devenu des évidences. Et donc, j'ai décidé de faire des études artistiques, mais presque de manière quand même très floue au départ. Et voilà, je me suis donné les moyens, mais j'ai su effectivement... très jeune ce que je voulais faire, vraiment.
- Speaker #0
Et alors le graphisme, tu disais tout à l'heure que c'était vraiment une évidence aussi pour toi. Et donc, dès que tu es sortie de l'école, en fait, tu as commencé à travailler en tant que graphiste, D.A.
- Speaker #1
Complètement. En fait, ce qui s'est passé, c'est que... Alors, pour resituer un tout petit peu, du coup, effectivement, j'ai fait un diplôme supérieur des arts appliqués à Olivier de Serres, ce qui était un équivalent master, parce que je voulais poursuivre après mon BTS. Et je me suis retrouvée à Paris, ce qui était évidemment une chance, parce que d'un coup, on a accès à une culture qui est juste incroyable, et c'est une ouverture qui était une chance exceptionnelle. Et Olivier de Serres, c'est une formation en deux ans, et la deuxième année est dédiée. à un sujet de thèse et un mémoire. Et moi, à ce moment-là, j'ai travaillé sur la question du design de manière globale, évidemment en lien avec Saint-Etienne, ma ville d'origine, puisque j'ai eu la chance... À la fois, moi, je suis vraiment un produit local, dans le sens où j'ai un grand-père mineur, l'autre partie de ma famille était passementier, donc le ruban, puisque Lyon, c'était la soie, Saint-Etienne était le ruban. Donc je suis vraiment... J'ai baigné là-dedans. et On m'a toujours parlé dans mon enfance de Manufrance, cette entreprise exceptionnelle, qui aujourd'hui malheureusement a périclité de manière un peu dure, et du coup en local ça reste à la fois un fleuron mais aussi une mémoire douloureuse, d'une crise industrielle majeure, parce que c'était un réseau de sous-traitants et d'acteurs du territoire qui ont connu une grande difficulté économique, dont Saint-Etienne s'est presque jamais vraiment relevé, Parce que c'était colossal. C'était à la hauteur de l'ampleur de l'entreprise. Et du coup, mon projet de diplôme était de se dire qu'en partant du postulat que Saint-Etienne bénéficie d'une image plutôt négative, qui peut sur certains points se justifier, mais évidemment, moi, j'ai un attachement très fort à cette ville parce que c'est toute mon histoire. Et en plus, il y a une valeur de travail dans cette ville qui est toute l'éducation que j'ai eue. Donc, c'est vraiment, je pense que je baigne dedans. Et du coup, mon projet de diplôme était de se dire s'il y a peut-être une ville qui peut se revendiquer du design. Donc là, on est en 2006 quand je fais ce diplôme. C'est Saint-Etienne de par son histoire. Évidemment, puisque la ville, son urbanisme, s'est forgé uniquement par l'industrie. Donc évidemment que son schéma d'urbanisme est un peu singulier, mais il n'est que la résultante de cette histoire. Et évidemment, l'histoire de Manu France, qui était quand même la première entreprise à créer la vente par correspondance. a créé cet album qu'on a appelé le Tarif Album qui aujourd'hui permet de rendre compte quasiment sur un siècle de toutes les modes de tous les usages du quotidien vraiment des époques, qu'est-ce qu'on utilisait qu'est-ce qui s'offre à nous et surtout ils avaient quand même un des premiers pôles qu'ils ne nommaient pas comme tel mais qui était recherche et développement sur l'innovation et sur la création d'objets donc en fait c'était du design évidemment on n'allait pas le nommer comme comme... Et on n'avait pas utilisé un anglicisme, mais c'était ça. Et donc, je trouvais qu'à cette époque-là, Saint-Etienne déjà connaissait un moment difficile. Et je trouvais que c'était assez chouette de reconnecter cette ville à cette histoire qui, a priori, est extrêmement singulière et qui explique le fait qu'aujourd'hui, il y ait la Cité du Design et qu'on vient d'inaugurer la Galerie Nationale du Design. Et ça me paraît évidemment faire sens. Et depuis, la ville a été labellisée ville du design. Donc, tout le projet, c'était de se dire comment, finalement, les habitants, les Stéphanois, peuvent se reconnecter à l'histoire et comprendre ce parachutage de ce terme design qui, évidemment, n'est qu'une filiation du temps et qui n'est pas un acronyme ou quelque chose qui vient... Ce n'est pas un effet de mode non plus. Ni un opportunisme. Et donc, ce qui était... Donc, a priori, moi, j'étais en graphisme et l'idée, c'était de se dire comment un projet de communication peut aider à à, on va dire, redonner un peu cette image à Saint-Etienne et fédérer la population autour. Et la conclusion de mon projet de diplôme, c'était de dire que ce n'est pas l'image qui va permettre ça, parce que ce n'est pas un slogan ou ce n'est pas... C'est en fait la possibilité d'appréhender les objets, de les toucher, de comprendre ce qu'est le design, ce qu'est la fonctionnalité, ce qu'est l'économie, ce qu'est la recherche, et de se poser vraiment la question, par exemple, qu'est-ce qu'une chaise, pourquoi les chaises varient, comment ça s'utilise, est-ce que ça s'empile, est-ce que ça ne s'empile pas ? Et donc, j'avais réfléchi à des événements dans l'espace public. pour raconter ça. Donc j'étais partie beaucoup plus dans l'événementiel, dans l'installation.
- Speaker #0
Et la médiation.
- Speaker #1
Et la médiation. Et j'avais proposé, pour accompagner ça, une communication qui, évidemment, devait porter la couleur verte.
- Speaker #0
Ben oui, c'est la couleur de la ville. Parce que c'est synthétique. Ben voilà, exactement.
- Speaker #1
Et dans le cadre de ce projet de diplôme, tu sais, tu fais des recherches.
- Speaker #0
J'ai la chanson de foot qui vient dans la tête. Normal. Ah, elle est verte.
- Speaker #1
Et le jingle. Et en faisant des recherches par rapport à ma thématique de diplôme, à un moment donné, par le biais d'un ami, j'ai entendu parler du travail du Parti Poétique, qui à l'époque était porté par une seule personne qui était Olivier Darnay, et qui était de se poser la question de comment porter un message en le déplaçant dans l'espace public, en partant de l'idée que l'espace public est évidemment un espace de frottement et de croisement, mais aussi un espace politique. Et donc, ça m'intéressait vivement dans mon... projet de diplôme et c'est comme ça que je l'avais cité dans mon diplôme.
- Speaker #0
Tu l'avais contacté ?
- Speaker #1
Je l'avais contacté spontanément, j'avais assisté à une de ses conférences et à l'issue de ça, j'avais écrit très spontanément en disant est-ce que je peux intégrer le parti politique ? Et j'ai intégré le parti politique et je l'ai intégré pendant mes études, donc ça a duré dix ans et donc à la question est-ce que tu as commencé à travailler dès la fin de tes études, qui était la question de départ.
- Speaker #0
C'est bien, tu suis ! J'adore !
- Speaker #1
J'ai passé mon diplôme en juin 2007. Et puis, j'ai intégré officiellement, parce que je les avais suivis sur des projets, j'ai intégré officiellement le parti poétique trois jours plus tard. Et au même moment, j'ai eu l'opportunité d'une commande graphique un peu conséquente. J'ai eu beaucoup de chance pour le TGP, le Théâtre Gérard-Philippe à Saint-Denis, centre dramatique. repris par Christophe Roque à l'époque qui m'a proposé d'assurer la communication graphique.
- Speaker #0
Fabuleux !
- Speaker #1
Incroyable !
- Speaker #0
Comment tu as eu cette commande ?
- Speaker #1
Parce que Parti Poétique est un territoire dionysien, et donc en me retrouvant là-bas, en les rencontrant, on s'est très bien entendus, et il m'a proposé de reprendre cette commande.
- Speaker #0
Génial ! C'est quand même un vrai vote de confiance. Complètement. Quand même ! Et toi, ça ne t'a pas impressionné ? Tu ne t'es pas sentie un peu... Un peu bouleversée par cette commande, quand même, tu sors d'école et c'est une grande envergure. Non, tu as très bien géré cette pression.
- Speaker #1
C'était un gros stress.
- Speaker #0
Ah voilà, quand même, tu me rassures.
- Speaker #1
Un énorme stress. En plus, moi, très vite, mes affiches étaient dans le métro. Donc, à la fois, il y a le plaisir de ça, mais alors, à vérifier la résolution des éléments en se disant, est-ce que j'ai bien ? Est-ce que j'ai fait ce qu'il fallait ? Surtout qu'en plus, Olivier Tser, dans sa formation, et j'irai même aussi au lycée des Arènes à Toulouse on développe ce qu'on appelle beaucoup la démarche créative qui est vraiment cette capacité à développer des idées mais surtout à pouvoir les mettre en forme et surtout donner corps à ces idées parce qu'avoir des idées c'est une chose mais d'une il faut savoir en parler et du coup savoir les communiquer dans les deux sens de manière appliquée et verbale et répondre à un brief bien sûr Et reprendre dans un contexte et avec un certain nombre de contraintes, évidemment budgétaires et ainsi de suite. Et sous le regard d'un directeur artistique, parce qu'en plus, quand je travaillais Christophe Roque, j'ai évidemment le directeur du théâtre, mais j'ai aussi un metteur en scène, un directeur artistique qui a évidemment un regard et surtout qui lui-même produisait des spectacles. Donc il m'arrivait de faire les affiches pour Christophe, pour les spectacles de Christophe, ce qui était aussi une autre dimension. parce que là, ça impliquait un double titre avec le stress que représente le fait de lancer un spectacle et l'affiche à un moment donné quand même le vecteur. C'est le média.
- Speaker #0
C'est comme la couverture d'un livre. Exactement,
- Speaker #1
donc grosse pression. Et en plus, comme souvent, comme dans les centres dramatiques nationaux, il y a vraiment ce fait de porter aussi des projets nouveaux, ce qu'ils appelaient des chantiers. Donc les pièces n'étaient pas forcément toujours réalisées en amont.
- Speaker #0
Comme des résidences. Exactement.
- Speaker #1
Donc moi, je n'avais pas forcément beaucoup de contenu. Je ne pouvais pas accéder aux répétitions. donc il fallait quand même avoir j'avais finalement c'est peu d'éléments pour pouvoir produire les images donc il fallait que tu aies une vision aussi finalement et surtout c'était né des discussions avec Christophe qui me transmettait vraiment pourquoi il a sélectionné ce spectacle qui traduit sa vision à lui tout en ayant un parti pris graphique et non ça a été une grosse prise de risque mais à l'époque en étant au parti poétique euh... Ça me permettait aussi, d'un coup étant dans un projet professionnel par ailleurs d'équipe, j'avais aussi la possibilité de partager avec cette personne. Et du coup, j'étais quand même confortée aussi sur ce que moi, je pouvais appréhender, puisque Olivier avait été très longtemps un graphiste. Donc, il y avait son expertise qui pouvait m'aider. Donc,
- Speaker #0
tu avais ce soutien et ce ping-pong, en fait.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Qui t'a vraiment renforcée aussi dans ta pratique individuelle.
- Speaker #1
de la part de Christophe Roque, c'est que ça a été une vraie carte blanche. C'est-à-dire qu'il m'a vraiment laissée, et du coup, on a collaboré 7 ans ensemble jusqu'à ce qu'il... Ah, j'allais te demander, ouais, c'est long ! Il quitte le théâtre. Et surtout, c'était quand même un rythme assez soutenu, parce que nous travaillions ensemble tous les 15 jours. Donc on produisait une somme de documents, c'est-à-dire que j'ai vraiment tout fait. C'est-à-dire que j'ai dessiné, évidemment, le nouveau logo, les déclinaisons papeteries... Les programmes, tous les dépliants sur les différents événements qu'ils pouvaient faire, les festivals, les affiches de spectacle, l'enseigne, tout. Et du coup, c'était extrêmement soutenu, donc c'était extrêmement intéressant. Donc c'est vrai que je me suis rentrée par une porte qui était vraiment une opportunité de dingue. Et c'était ultra satisfaisant, ça m'a complètement confortée en me disant que j'adorais ça. Et ce qui est marrant, c'est que dans l'évolution graphique, parce qu'au fil des sept ans, tu as quand même vu que cette communication, elle évolue aussi pour surprendre le public. Et puis, on est parti au début d'un travail très graphique qui a évolué vers la photo. Donc, moi, je faisais toutes les prises de vue. Je faisais tout. Et anecdote, mais on y reviendra un peu plus loin, c'est qu'à la fin, j'y ai même intégré mes premières pièces en terre avec l'accord de Christophe qui m'est bien l'idée.
- Speaker #0
Tu veux dire dans les affiches ou carrément dans les mises en scène ?
- Speaker #1
Dans les affiches. donc ce qui était drôle c'est que je passais vraiment de la 3D à la 2D parce que t'aurais presque pu intervenir dans les décors aussi bien sûr mais ça c'était vraiment c'était trop tôt c'était pas du tout les mêmes temporalités moi quand j'arrivais quand on m'envoie Vous voyez finalement le brief de l'affiche, tout était calé. Donc il aurait fallu que je sois bien en amont et c'était d'autres process.
- Speaker #0
Et alors, tu avais quand même le temps de prendre d'autres clients en parallèle ou pas du tout ? Oui,
- Speaker #1
parce que j'ai eu des opportunités. Je ne te cache pas que je n'ai pas démarché parce que du coup, moi, j'étais au sein du parti poétique. J'ai eu très vite une autre commande qui m'est tombée dessus pour la maison du comte, un lieu dédié aux... Zard de la Parole, à Chevilly-la-Rue, avec qui j'ai travaillé 12 ans. Et donc en fait, très vite, j'ai été estampillée graphisme culturel, graphisme d'auteur. Et pareil, ça a été une super collaboration, d'abord avec le premier directeur, Michel Jolivet, et ensuite avec les autres directrices qui ont repris la direction. Et ça a été vraiment un très beau projet. après j'avais plus des commandes ponctuelles d'identité visuelle qui sont arrivées. Mais j'avais aussi tout le parti poétique. Parce que du coup, le parti poétique, moi, je suis arrivée en...
- Speaker #0
C'était une association ? Oui, c'est un statut d'association. Donc, pas de rémunération pour toi ? Ah si, si.
- Speaker #1
En tant que freelance. On était tous freelance. Et du coup, en gros, quand je suis arrivée en juillet 2007, euh Olivier était tout seul et très vite, en fait, on est devenus quatre. Il a pris deux autres personnes avec nous sur des aspects plus de construction. Et moi, j'étais vraiment en mode bureau. Donc, on était vraiment tous les quatre. Alors, il faut imaginer que je venais d'avoir 23 ans. Ils en avaient tous entre 36 et 40. Trois hommes. Moi, c'est ma première expérience professionnelle. Donc, c'est un parachutage incroyable. Alors, ça a été une expérience incroyable professionnellement parce que entre juillet 2007 et quand je pars en 2017 10 ans il s'est passé énormément de choses et surtout ce qui va très vite se passer c'est qu'avec Olivier on va vraiment être sur la conception la communication donc en fait moi je vais porter je gère toutes les photos, je fais toutes les prises de vue sur les événements, je gère toute la com des graphistes donc je travaille sur les sites Merci. Je suis évidemment accompagnée de web designers et je ne fais pas tout toute seule, mais je pilote tout ça. Je me retrouve très vite à devoir gérer aussi un peu l'aspect financier avec Olivier, parce que petite structure, parce qu'en fait on est deux, donc demande de subvention, les dossiers, les bilans. Et ce qu'il y a, c'est que très vite, moi je me retrouve à côtoyer des gens incroyables, parce qu'au début le projet s'appelle la pollinisation de la ville, qui développe cette démarche artistique qui part du postulat que... L'abeille est un indicateur de l'évolution des territoires et évidemment un outil de richesse dans sa capacité à produire ce miel qui est un heureux butin qu'elle nous offre et que nous sommes évidemment incapables de produire. Mais surtout l'abeille rend un service public inestimable, que l'humain est incapable de le faire parce que certains s'y sont essayés et n'y arrivent pas. qui est le service public de pollinisation, ce qui assure quand même la reproduction de 75% de notre alimentation. Donc l'abeille est un élément indispensable de notre vie. C'est vraiment, nous ne pouvons pas nous en passer. Et l'idée, c'était de se dire, en développant ce projet artistique avec ce médium, qui est donc un animal vieux de 80 millions d'années, l'abeille, l'idée, c'était d'avoir un peu un porte-femmeau sur des problématiques écologiques. Donc comment un geste artistique pose la question écologique.
- Speaker #0
Je t'interromps, ce qui est assez tôt pour l'époque, c'est quand même précurseur et tant mieux. Ce n'est pas une mode de l'écologie. On est bien avant le greenwashing. Exactement. Je le dis parce que c'est important aussi de mettre ça en perspective dans ce parcours.
- Speaker #1
Même à l'époque, nous, on a toute la Confédération Apicole. qui vient nous voir en disant mais qu'est-ce que vous faites, qu'est-ce que c'est, qui viennent un peu nous tester en nous disant mais c'est quoi ces pratiques et puis en fait ils se rendent compte que évidemment on est passé par la case de formation apicole enfin les apiculteurs donc il y avait évidemment, on connaissait l'animal et de toute façon on ne pouvait pas se permettre de faire autrement parce que c'est le point de départ c'est déjà comprendre cet animal, son mode de fonctionnement qui certes est un animal robuste, mais qui est aussi très perturbé par des variations thermiques, de climat, la prise au vent, un certain nombre d'éléments. Et très vite, en fait, c'était de se dire... Ces abeilles ne peuvent pas être autre part que dans l'espace public, ce qui reconnectait évidemment à mon projet de diplôme et c'est comme ça que j'ai dit à lui. Et donc la particularité de ce projet qu'avait conçu Olivier Darnay, qui était de dire où il y avait des premières installations de ruches sur les toits, notamment les plus connues, celles de l'Opéra de Paris, c'était de les mettre sur les trottoirs des villes et de considérer qu'en posant une ruche quelque part, on posait un accident et donc une question et que c'était un point de convergence comme on se réunit sur une fontaine dans un village.
- Speaker #0
Et de questionnements aussi peut-être. Énormément.
- Speaker #1
Ce qui faisait que, en gros, cette installation, surtout la première chose, c'était de se dire comment peut être autorisé à installer une ruche en ville puisque une ruche, a priori, c'est une bombe. Tout le monde a une mémoire d'une piqûre ou du moins une peur. Donc il fallait évidemment se prémunir de ça puisque... Et du coup, on s'était rendu compte à l'époque que c'était le code rural qui rentrait en ville, puisqu'il n'y avait pas de code qui légiférait sur cette problématique d'installer une ruche en ville. Et donc, le code rural dit qu'on peut installer une ruche à peu près n'importe où si elle est entourée d'une haie vive ou sèche d'au moins 2 mètres de haut, pour éviter qu'en gros le vol des abeilles coïncide avec la tête ou les cheveux des humains et créer une rencontre fortuite pas si agréable. Du coup, on a dessiné des dispositifs qui avaient vocation justement à respecter cette législation, ce qui faisait qu'un préfet ne pouvait pas nous interdire d'installer ces ruches en ville. Donc on avait même l'autorisation. Et donc on a installé sur ces dispositifs en ville, qui étaient accompagnés de l'invitation d'un certain nombre d'expertises, puisque l'idée c'était de regarder ce que nous racontait une abeille en ville. Donc c'était déjà l'observation, l'observation de la nature en ville qui... Comme tu le disais, effectivement, à l'époque, il y avait quand même quelque chose qui se faisait peu. Si ce n'est les arbres, la question de l'animal était très peu représentée. Et du coup, il y avait ce moment un peu magique où le bourdonnement des abeilles qui coïncidait avec le bourdonnement de la ville créait quand même un statu quo où à un moment donné, on arrivait à un point zéro où tout le monde était juste dans la contemplation, un peu avec la trouille au ventre. Mais à un moment donné, il y avait cette magie du paysage. Et très vite, moi je me suis retrouvée à travailler avec le collectif, avec des urbanistes, des philosophes. Et comme on était à un moment où 2010 allait être l'année mondiale de la biodiversité, ils commençaient à avoir les COP, ainsi de suite, où on a pu être conviés. En fait, très vite, on a intéressé un certain nombre d'acteurs très larges. Publics aussi,
- Speaker #0
j'imagine, beaucoup. Énormément.
- Speaker #1
parce que on avait une manière de poser la question écologique qui n'avait rien de moralisateur. Et ce n'est pas du tout pour blâmer le travail que peuvent faire des associations ou des ONG. Mais c'est vrai que le geste artistique offre cette possibilité d'une liberté de ton qui nous permettait d'ajouter à ce sujet très sérieux un nombre de jeux de mots. très drôles qui ont fait que les gens ont adhéré aux propos, étaient très curieux de ce qu'on pouvait faire, très curieux du ton qu'on employait parce que du coup tout en ne se prenant pas au sérieux on faisait les choses très sérieusement et effectivement il y a eu des collaborations on a travaillé avec des ministères et surtout on a beaucoup voyagé puisqu'on a été invité dans nombre d'événements, on a été invité à Théramèdré à Turin avec le Slow Food On a été invité en résidence. Et ce qui était marrant, c'est que...
- Speaker #0
C'est vrai que Slow Food, c'est un mouvement italien.
- Speaker #1
Oui, de Carlo Petrini. Ça, c'était un événement incroyable parce que c'était vraiment le monde rural qui se réunit. Et c'était extrêmement impressionnant, déjà de voir toutes ces communautés du monde entier venir parler de leurs pratiques, habillées tous. dans leur costume traditionnel. C'est là qu'on voyait que nous, on était beaucoup plus sobres que certains qui étaient vraiment dans des tenues exceptionnelles. Et il y avait eu un constat, je fais juste une aparté sur ça, mais du coup, là, on était en 2008, si je ne me trompe pas. Et il y avait des tables rondes qui étaient traduites en 18 langues, ce qui était un process quand même exceptionnel dans l'organisation. Et il y avait une table ronde sur les abeilles auxquelles on participait. Et il y avait eu un moment assez... On va dire émouvant, voire tragique, parce qu'à un moment donné, on a commencé à cette époque à parler de ce qu'on a appelé par la suite le syndrome d'effondrement des colonies, où du coup on voyait des chétels entiers d'abeilles disparaître et mourir, qui au début étaient restés inexpliqués, puis très vite on n'a pas eu trop de mal à expliquer quelle était la problématique de notre système d'agriculture. intensif et de monoculture, avec un usage massif d'intrants de chimie et de pesticides, et notamment d'insecticides, l'abeille étant un insecte, on ne voit pas trop comment elle pourrait être épargnée. Et dans cette table ronde, on a vu successivement des gens d'énormément de pays, donc des apiculteurs, se lever, prendre la parole et dire « moi aussi, moi aussi, moi aussi, moi aussi » . Et là, c'était vraiment... On avait l'impression que c'était un phénomène localisé, isolé, et là on a vu un phénomène systémique. Et du coup, c'est ce qui nous a amené à nous dire qu'on a pris l'ampleur d'une situation dramatique, en ayant vraiment conscience que déjà on était dans un syndrome d'extinction d'une espèce, comme on a d'autres.
- Speaker #0
Et donc de la nôtre, comme tu le disais très justement.
- Speaker #1
Et qu'évidemment, ça questionne les humains que nous sommes. et notre manière aussi d'avoir conscience de ce qui est vraiment essentiel et vital. Et en l'occurrence, les abeilles sont indispensables. Mais ce qui est intéressant de voir, c'est que dans notre système aujourd'hui de croissance, d'économie, là où on essaye de tirer au maximum profit d'une ressource ou d'une parcelle, on est dans un système mortifère. Parce que quand la courbe de croissance croît, donc quand la courbe économique croît, La courbe de vie se réduit. Et donc c'est une réalité qui en 2026 est rigoureusement la même.
- Speaker #0
Et dont Pierre Rabhi a déjà parlé tellement d'années auparavant. Mais bien sûr,
- Speaker #1
qu'on a eu la chance de rencontrer, parce qu'évidemment on a mis les deux pieds dans ce milieu, parce que des personnes qui prennent la parole et qui sont défenseurs de ces thématiques... Ils sont nombreux et effectivement, on les a invités, on a travaillé avec eux. Je pense évidemment à Gilles Clément ou d'autres personnes qui sont... Cyril Dion, des personnes qui ont vraiment œuvré très vite à essayer de sensibiliser à quelque chose de majeur.
- Speaker #0
Je peux t'interrompre ? Pardon, parce que j'avais envie d'intervenir aussi quand tu disais tout à l'heure sur à quel point le fait de prendre le prisme de l'art et de cette liberté artistique... pour adresser des sujets aussi fondamentaux, sociétaux, mais vraiment très larges. Finalement, je me dis que ce pragmatisme de l'art, étonnamment, c'est presque une antinomie, pragmatisme et art, c'est une façon, j'ai l'impression, beaucoup plus impactante de traiter ce sujet parce que finalement, cette liberté du geste artistique Elle permet de vraiment mettre le point aussi sur l'humain, plus que toutes les considérations beaucoup plus économiques. J'ai l'impression que c'est remettre vraiment l'humain au centre, de le faire par le prisme du geste artistique, comme tu le dis. Et c'est peut-être aussi en ça que ça me fait repenser à des sujets de philo, de bac. L'art est-il utile ? Oui, complètement. C'est même indispensable. Et ce que vous avez fait ? assez fascinant et finalement cette façon de par l'art venir aussi mettre en lumière tout ce qui se passe et à quel point il y a une urgence d'agir et de modifier nos comportements et nos façons de consommer et de produire bien sûr,
- Speaker #1
je pense que vraiment l'art a cette possibilité d'offrir un dénominateur commun et d'avoir cette capacité quand même à rallier Même s'il peut être hautement politique, il ne va pas aborder la question politique, comme on peut l'entendre, partisane. Donc on va être vraiment sur la question politique, la question première, c'est-à-dire la question du vivre ensemble, c'est-à-dire comment on questionne ce fait de faire communauté, de faire groupe, et surtout de considérer que nos agissements peuvent impacter plus ou moins les autres. Donc cette nécessité d'essayer de regarder à plus grande échelle qu'est-ce que ça implique ? Donc, je pense qu'effectivement, l'art était le meilleur médium. Et surtout, c'était assez marrant parce que nous, on était aussi contactés énormément par des entreprises assez importantes, par leur département de la communication et du marketing, parce qu'en fait, ils voyaient, ils disaient, et on voyait vraiment qu'on a eu des très belles collaborations, on a eu des tentatives de récupération. On voulait même, du coup, qu'on cède nos noms. Parce que justement, ils voyaient qu'on avait une manière de communiquer et de défendre un propos qui était vraiment à contre-courant. À l'époque, d'autres le faisaient évidemment, mais on n'était pas si nombreux. Et du coup, ça intéressait parce que... On avait énormément de champs d'application, on avait décliné ce projet, ce qui faisait que, et puis surtout on avait vraiment inventé, enfin pas inventé, je ne peux pas dire qu'on a inventé, mais on avait mis en pratique vraiment la dimension interactive où les personnes venaient, le vivaient, le partageaient, on faisait des partages de butins dans l'espace public. On avait organisé les promenades urbaines en zone de butinage pour justement se poser la question au regard de par exemple si on installe une ruche quelque part. au regard de sa production, regarder le territoire autour et quelle est la ressource ou pas qui se présente à elle. On a travaillé pendant 3 ans avec le CNRS et l'INRA parce qu'ils se sont rendus compte qu'en fait on avait accès à un certain nombre de données en installant des ruches en ville parce que du coup, pour refaire un tout petit peu la genèse, le point de départ du projet qu'avait créé Olivier, c'était il avait proposé à la municipalité de Saint-Denis d'installer des ruches sur le toit de la mairie de Saint-Denis. Il a produit ce qu'il a appelé le miel béton. Et après, il a développé le projet. Et nous, on est arrivé à peu près à ce moment-là. Le projet s'appelait « Pollinisation de la ville » . Il y avait le miel béton, qui était quand même ce miel un peu incroyable, qui était devenu un outil de valorisation du 9-3, qui était vendu essentiellement à l'Office du tourisme de Saint-Denis, mais qui avait des vertus gustatives assez exceptionnelles. Et surtout, petite anecdote, ce miel, au départ, il était envoyé au concours régional agricole, parce que certes, il avait un bon goût, mais nous n'étions pas experts. Il revient avec un certain nombre de médailles. Et du coup, on se dit, il faut qu'on comprenne. Il faut qu'on se comprenne ce qui se cache dans ce pot. Donc, c'est comme ça que des analyses avaient été faites et que même la personne qui a donné le résultat pensait qu'en fait, on était sur un rucher transhumant tellement il y avait une diversité de pollen auquel elle n'avait presque jamais assisté. Et il faut savoir qu'un miel moyen, produit par exemple dans la Beauce, peut avoir, on va dire, 15 à 20... types de pollens différents. Le miel béton, on en avait 250. Mais du coup, ce qui est génial, c'est que Saint-Denis, étant une ville melting pot, qui dit voyage des hommes, dit voyage des plantes et voyage des graines. Et en fait, la ressource mélifère qui s'offrait aux éveilles dionysiennes était exceptionnelle.
- Speaker #0
Grâce au balcon... C'est génial.
- Speaker #1
Donc on avait énormément de plantes non gauloises. Et il y avait même des pollens inconnus. C'est comme ça qu'on avait travaillé avec Yves Loublier, un palynologue, spécialiste des pollens, de l'INRA, qui a fait des recherches et a identifié des pollens inconnus. Donc tout ce que ça raconte, et par exemple, si on avait pris les mêmes ruches et qu'on les avait posées dans un autre banlieue, ce qu'on a fait, par exemple en Seine-et-Marne, où on a par exemple une monoculture de Batrave, on avait une ressource, évidemment... beaucoup moins importantes, on produisait beaucoup moins. Donc en fait, le niveau de production des abeilles était une manière aussi de donner une idée de l'environnement dans lequel elles vivaient. Et surtout, ce qui était intéressant, c'est qu'évidemment, à l'époque, on disait qu'a priori, une abeille ne peut être que moins bien en ville qu'en campagne. Sauf que Paris avait déjà enclenché son plan de réduction des pesticides en ville. Et surtout... ce qui se passe c'est qu'on avait accès quand même à une ressource extrêmement diversifiée et surtout une ressource qui était presque annuelle donc à contrario dans les campagnes quand on a une monoculture quand on a une monoculture de colza à la fin de la floraison du colza sur des hectares en sachant que la zone de butinage d'une abeille c'est à peu près au maximum 5 hectares qu'est-ce qui s'offre à elle ? un désert, un désert mélifère donc une baisse de ressources donc une...
- Speaker #0
Et donc une baisse de population ? Exactement, du coup une fragilité des peuples,
- Speaker #1
quelles ressources pour passer l'hiver, et puis l'exposition aux pesticides, puisqu'on avait des pesticides très fortes qui étaient le gaucho, le régent, puis après on a inventé les néonicotinoïdes, donc avec des molécules dix fois plus puissantes, donc évidemment dix fois plus destructrices. Et du coup, ce qui est intéressant, c'est que on indiquait que l'erreur était urbaine. C'est-à-dire qu'à aucun moment, on voulait que les personnes se réjouissent de ce constat. C'est-à-dire que le fait qu'on puisse produire 4 à 5 fois plus de miel en ville qu'en campagne n'était pas une bonne nouvelle. C'était révélateur d'un dysfonctionnement. Et que l'idée, c'était de dire, alors, regardons nos campagnes, regardons notre paysage agricole, regardons nos agriculteurs qui se battent pour tenter... de produire et de vivre de leur pratique en sachant que c'est les premières personnes exposées aux pesticides. Et donc, on ne pouvait pas se réjouir de ça. Donc, tout l'enjeu, c'était de mettre en lumière ce dérèglement dans nos campagnes et surtout notre manière de produire notre alimentation et qu'est-ce qu'on offre à nos populations à manger. Et du coup, très vite, par rapport à Terra Madre... On se dit, il faut qu'on radicalise notre propos. La situation devient trop forte, donc on passe de la pollinisation de la ville et on monte un projet qu'on appelle la Banque du Miel. C'est l'effondrement de Lehman Brothers,
- Speaker #0
c'est l'effondrement des banques,
- Speaker #1
2008, et on se pose la question de, est-ce qu'une banque peut avoir une pratique plus vertueuse et moins opaque ? Et donc la Banque du Miel avait vocation et a mis en circulation un outil financier qu'on avait appelé le compte épargne-abeille. qui avait littéralement vocation à épargner les humains, les abeilles pardon, de la folie des hommes. Et donc les personnes devenaient pas actionnaires mais sociétaires et participaient à ce projet et ce projet était accueilli pour expliquer en quelques mots très souvent en résidence dans des lieux culturels de par ce geste artistique et c'est comme ça qu'on mettait en place toute une programmation autour de ce projet où les personnes souscrivaient à ce compte épargne abeilles et du coup étaient affiliées et autant terme de cette installation qui se faisait sur plusieurs mois pour respecter justement le cycle de l'animal et du coup il fallait qu'on ait un calendrier culturel qui justement était sur des programmations plus courtes donc nous il fallait expliquer qu'on ne pouvait pas être là qu'un jour un mois mais plutôt trois ou quatre pour justement ne pas les bouleverser dans leur cycle et ensuite on terminait souvent cette phase par une assemblée générale extraordinaire où on invitait les sociétaires qui avaient souscrit Merci. à se poser la question du réinvestissement des fonds qui avaient été collectés. On avait donc un double butin. On avait le butin produit par les abeilles et le butin collecté par ces individus qui avaient cru au projet et comment le réinvestissaient. Donc, on a fait beaucoup de choses. On a bossé en Suisse, aux Pays-Bas, en Norvège. On est même allé jusqu'au Japon. Donc, c'était évidemment un projet extrêmement enrichissant, extrêmement intense.
- Speaker #0
Oui, j'imagine.
- Speaker #1
Parce qu'on était quatre. et on était vraiment deux en mode bureau. Donc, ça a été... Oui,
- Speaker #0
puis avec une... Enfin, c'est pas la pression, mais une responsabilité aussi que vous portiez. Tu vois, c'est quand même un projet d'une telle importance et envergure. Il y a des enjeux très forts. Donc, il y a une vraie responsabilité aussi.
- Speaker #1
Complètement. Et puis là, on se retrouve en situation aussi où les gens faisaient quand même un dépôt d'argent qui était fixe. Donc, on avait aussi une responsabilité par rapport à ça de... de visibilité, de transparence, à quoi servait l'argent. Donc, on était dans une échelle très importante. Et c'est vrai que ça a été... Moi, j'ai rencontré des gens incroyables. Je me suis retrouvée très jeune à côtoyer des personnes incroyables. Et surtout, dans des petites structures comme était la nôtre, t'es obligée d'être couteau suisse. Donc, à un moment donné, t'es obligée d'être touche-à-tout. Donc, tu te vois faire des choses différentes, en permanence, nouvel acteur. Et en plus... En parallèle, on avait créé des lieux où on avait une programmation. On avait créé un lieu à Saint-Denis qui s'appelait Zone Sensible dont j'ai assuré toute la programmation artistique. J'avais mon studio graphique à côté. C'est ça,
- Speaker #0
j'allais le dire. Tu avais en plus quand même toujours ta pratique à côté.
- Speaker #1
Oui, donc on ne s'ennuyait pas. Après, c'était extrêmement stimulant, vraiment très dense. Et puis surtout, on était aussi un collectif. Et puis après, moi, c'était vraiment aussi la problématique. je me suis frottée quand même à une problématique d'être une femme jeune dans une structure évidemment masculine, portée par un personnage assez emblématique et surtout comment exister dans ce paysage et ça, ça a été un vrai sujet au quotidien et d'être vraiment, moi je me suis dévouée à ce projet, mais évidemment je me suis dévouée parce que la cause le valait et que j'ai complètement adhéré Merci. aux propos et je le regrette évidemment et puis d'avoir pu me frotter au monde des abeilles c'est exceptionnel parce que ça vient quand même très vite
- Speaker #0
ça te prend de l'intérieur parce que c'est extrêmement impressionnant, parce que c'est à la fois impressionnant parce que quand tu vas les visiter, tu as évidemment peur d'une piqûre et en même temps c'est fascinant, c'est remarquable et quand tu plonges dedans pour avoir côtoyé nombre d'apiculteurs qui te racontent nombre de choses, c'est fascinant, le monde des abeilles est fascinant.
- Speaker #1
On va reparler des abeilles un peu plus tard parce que tu as utilisé, peut-être que tu utilises encore aussi les polymères, donc on va en reparler. Je me demandais ce qui a fait cette difficulté ou en tout cas ce challenge de ta posture au sein de ce parti poétique, d'être une femme jeune, seule dans ce monde très masculin. Est-ce que ça a été déterminant aussi pour ton départ ? Ou est-ce que c'était plutôt parce qu'au bout de dix ans, tu t'es dit, bon, il faut que j'évolue. Qu'est-ce qui a fait que tu es partie ?
- Speaker #0
Ça a été déterminant, complètement. À un moment donné, j'ai eu le sentiment que, de l'intérieur, le projet devenait un discours qui n'était pas véritablement appliqué. Et là, je me suis sentie vraiment... Dans un tiraillement personnel, parce que je me suis dit, je ne peux pas cautionner ça. C'est-à-dire que si j'y ai profondément adhéré, je ne peux pas être la personne qui est le faire-valoir de quelque chose qui, dans la réalité, ne trouve pas sa forme. Et là, j'ai eu le sentiment d'avoir basculé dans un discours politique, et c'était l'ironie du sort. Donc, ce n'était plus possible pour moi. Donc, les coulisses ne me convenaient plus. Et je trouvais qu'une chose m'avait beaucoup gênée, c'est qu'annoncer un collectif... Moi, j'avais trouvé ça extrêmement stimulant parce que je me disais, c'est la meilleure manière de travailler. En plus, on apprend énormément des autres. Et pour moi, il y avait la force du groupe.
- Speaker #1
Tu crois vraiment en l'intelligence du collectif. Bien sûr,
- Speaker #0
et sa puissance, sa capacité de mise en œuvre. Pour moi, on est toujours plus fort à plusieurs que seul. Et du coup, quand j'ai compris qu'en fait, ce collectif n'était qu'une dénomination, mais que la réalité est un système très pyramidal et qu'on n'était évidemment pas dans un aspect collégial. Au regard de l'investissement qui avait été fait, au regard du fait d'avoir tout donné dans ce projet, au point qu'aujourd'hui mon nom n'existe quasiment, je pense, nulle part.
- Speaker #1
Je te le confirme.
- Speaker #0
Et du coup ?
- Speaker #1
Tu vois, puisque j'ai cherché en préparant l'interview, et puis tu m'en avais parlé quand on s'était rencontrés la première fois, et en effet ton nom n'apparaît pas.
- Speaker #0
Je pense que c'est symptomatique. Et du coup, mais il n'y a pas que mon nom qui n'apparaît pas. Oui, j'imagine. Après, je n'ai pas cherché d'autres. Toutes les personnes qui ont travaillé, qui ont joué et qui se sont largement investies dans ce projet. Donc, c'est la démonstration que c'était tout sauf un collectif et dont, dans ce cas-là, ça ne me correspondait plus. Et il s'avère que, par ailleurs, moi, à l'époque, comme tu peux l'imaginer, je n'avais pas beaucoup de temps. J'avais peu de temps, mais je ne sais pas comment. à l'époque vivant à Saint-Denis, j'ai eu envie d'une pratique un peu exutoire parce que toujours une appétence d'apprendre, donc j'avais fait un peu de gravure en parallèle, mais c'était à Paris, du coup le temps d'y aller, je ne m'en sortais pas. Et là j'apprends qu'à Saint-Denis il y a une école municipale et je me dis il faut que je fasse autre chose qui soit hors de mon travail de commande du studio graphique, hors du travail collectif, j'avais vraiment besoin d'un terrain je pense à moi, un peu, et puis surtout sans contraintes économiques. c'était vraiment loisirs. Et à ce moment-là, quand j'ai regardé les pratiques proposées à cette école, j'ai vu qu'il y avait un cours de céramique, et comme je n'avais jamais testé ça, je me suis dit, tiens, c'est marrant, je vais aller voir.
- Speaker #1
Je veux mettre les mains dans la terre. Exactement. Littéralement. Et on m'avait dit,
- Speaker #0
je te préviens, c'est un cours qui fonctionne bien, alors on est en 2012. Et je me suis inscrite, j'ai eu la dernière place, et je me suis retrouvée dans un cours du soir à cette école municipale de Saint-Denis, en plus, ville communiste, Donc l'accès à la pratique artistique était vraiment quasi gratuite, ce qui était quand même remarquable.
- Speaker #1
Je connais bien, moi je vis à Vitry et c'est toujours, alors c'est plus communiste, mais voilà, c'est toujours dans cette même lignée. Il y a cette culture-là. Et vraiment, voilà, l'enfance et la culture sont des priorités.
- Speaker #0
Et ça c'était très marqué, c'est un nid qui n'est plus communiste non plus. Et je me suis retrouvée dans ce cours du soir essentiellement avec des mamans. Et un prof assez exceptionnel, Patrick Legrand, qui à l'époque, moi je ne le savais pas parce que je ne connaissais absolument rien à la céramique, est un très grand céramiste. Oui,
- Speaker #1
une pointueur.
- Speaker #0
Mais d'une humilité et d'un talent remarquable. Et comme je le dis souvent, moi la première fois que je suis arrivée, il m'a montré trois trucs. Il m'a dit, ben voilà, là t'as... Il y a deux choses à faire attention, là t'as la terre, là t'as les émeaux, bon tu regardes ça, bah vas-y. Et du coup moi j'ai eu le sentiment d'un chant des possibles. Et en plus comme on s'est très bien entendu très vite, ils regardaient ces pièces évoluer, tu vois t'en as quelques-unes là qui sont là les toutes premières, où c'était au départ vraiment un travail de sculpture et de couleur, parce que j'étais fascinée par ce travail de la couleur. Et on a développé évidemment une amitié, et j'ai fait ça pendant trois ans, trois heures par semaine. Et j'ai arrêté quand il a pris sa retraite et je me suis dit je ne pourrais pas faire ça avec quelqu'un d'autre parce que je considère que ça a été remarquable. Alors c'est marrant parce que moi aujourd'hui j'ai beaucoup enseigné à céramique, je continue d'enseigner et j'ai une approche beaucoup plus très différente de lui où moi je vais beaucoup raconter de matériaux, ça m'intéresse.
- Speaker #1
Et t'accompagnes plus parce que je me demande c'est pas vertigineux ce champ des possibles comme tu disais ?
- Speaker #0
Et bien je pense.
- Speaker #1
Moi, je sais que ça m'angoisserait. Tu vois, j'aurais tellement peur de... De faire une connerie ? Tu vois, il y a quand même la cuisson.
- Speaker #0
Je me suis rendue compte de ça, effectivement. J'ai remarqué que les personnes avaient quand même globalement besoin d'être guidées. Bah oui ! Mais alors moi, je ne sais pas, ça m'a correspondu. Peut-être que c'était un moment où j'avais besoin de ça. Mais c'est ça. Je pense qu'il y a...
- Speaker #1
Et puis peut-être ta connaissance justement des abeilles. Tu vois, ce moment, everything happens for a reason, ce moment dans ta vie aussi, c'était libérateur. plus que vertigineux peut-être.
- Speaker #0
Complètement, mais j'en ai une image, vraiment. C'est pour ça que ce matériau, j'ai vraiment toujours eu une approche, je ne dirais pas facile, parce que le matériau, parfois, ne te donne pas ce que tu veux. Il y a vraiment un rapport d'altérité, c'est physique, mais de très instinctif, de très libre. Et c'est comme ça que mes premières pièces, pour reconnecter au travail de l'ETGP avec Christophe Rook, c'est que j'ai commencé à produire ces pièces, qui étaient vraiment de petite taille, comme tu peux le voir, quelques centimètres, on est moins de 10 centimètres. Comme je faisais des consopositions d'objets, je lui ai dit est-ce que je peux les intégrer ? Et Christophe m'a dit bien sûr. Et c'est marrant parce qu'après du coup, ces premières pièces qui étaient vraiment anecdotiques se sont retrouvées sur des affiches.
- Speaker #1
Et tu les as toujours là, c'est un peu des gris-gris.
- Speaker #0
Oui, c'est des marqueurs. J'aime beaucoup l'idée de voir la progression. Il m'en reste très peu, mais il y en a quelques-unes que j'ai conservées. parce que j'ai un attachement et puis ça me rappelle aussi cette période que j'ai quand même beaucoup appréciée et il s'avère que j'ai fait ce cours du soir et puis on arrive en 2016 en fait je fais une formation pour faire du tournage puisque je ne faisais que du modelage donc avec la terre et à l'issue de ça avec une amie que j'avais rencontrée peu de temps avant autour du matériautaire On est tombé par hasard sur un atelier vacant à Bastille, rue Saint-Sabin, dans une cour. Pascal, elle venait d'aménager dans l'immeuble et elle me dit, écoute, il y a une porte fermée. On s'est renseigné, un loyer étonnamment bas, 36 mètres carrés. C'était un château pour nous. C'était vraiment l'idée de, ok, on va fonder un lieu, qu'est-ce qu'on a en commun, la céramique ? Et moi...
- Speaker #1
Avec une troisième aussi, vous étiez trois, non ?
- Speaker #0
On était quatre.
- Speaker #1
À quatre.
- Speaker #0
Parce que du coup, j'avais cette arriérée de 10 ans de collectif, en ayant le sentiment d'avoir fait énormément de choses, d'avoir fait des choses incroyables, d'avoir eu des opportunités incroyables, mais de ne pas avoir touché du doigt ce qui est vraiment la dimension collective. Et je l'aurais proposé, plutôt que d'être juste dans un dispositif où on allait mutualiser des contraintes et des factures sur un espace, de mutualiser une pratique collective, et de se poser vraiment la question de qu'est-ce que faire collectif. Et c'est comme ça qu'en fait, on a décidé, en considérant que le lieu était tout petit, parce que du coup, on a été 4 et 36 mètres carrés. Oui, du coup,
- Speaker #1
36 mètres carrés, le château à 4, c'est...
- Speaker #0
Minuscule, mais je peux te dire que nous, on avait un sentiment d'espace, alors peut-être moins vers la fin.
- Speaker #1
On dit bien, il mieux vaut un petit chez soi qu'un grand chez les autres.
- Speaker #0
Complètement. Et puis, ça s'est fait tellement par surprise, on est tombé sur ce lieu, on l'a eu, on l'a retapé, en plus, on... On s'est découverts par du bouche à oreille, par des amis en commun. On s'est rencontrés dans le chantier, qui n'était pas énorme, mais quand même, on a eu des rencontres incroyables, des gens qui nous ont filé des coups de main de dingue. Les gens croyaient à ce projet qui était vraiment un tout petit truc, mais qui, à l'époque, un collectif de céramistes, ça n'existait pas.
- Speaker #1
Il y avait des ateliers de céramistes.
- Speaker #0
Et ça s'appelait Gangster. Et on nous avait surnommés les gangsters de la Bastille. Et du coup, je leur avais proposé. Comme en gros on était quatre entités, d'en créer une cinquième, qui serait donc Gangster, et de produire des pièces estampillées au nom du collectif pour nous assurer une certaine économie de projet.
- Speaker #1
Donc chacune avait vraiment sa pratique individuelle et vous aviez cette cinquième entité, comme tu dis, Gangster, qui était votre pratique collective.
- Speaker #0
Et l'idée c'était très pragmatique, c'était de, on va produire des pièces, on va essayer de commercialiser ces pièces. Et que ça assure un peu une économie de roulement pour l'atelier, notamment pour payer les factures assez simples, loyers, électricité. Comme on n'était pas toutes égales, certaines voulaient donner des cours, d'autres pas, et le lieu était quand même petit. Et ce qui s'est passé, c'est que quand on a fondé ce lieu, à un moment donné, on a investi chacune dans les travaux, en sachant qu'on était toutes autodidactes. si ce n'est...
- Speaker #1
En tout cas dans la céramique.
- Speaker #0
Complètement dans la céramique. Si ce n'est Judith Lassery qui avait fait l'école Boulle et qui avait quand même fait un diplôme un peu autour de la céramique. Mais sinon, on était vraiment et tout a pris plus ou moins en train de mettre les mains dedans. Mais on n'était pas en reconversion. On avait toutes des métiers à côté. DA, graphiste, manager de studio. Et juste, on voulait dédier un peu plus de temps à la céramique et avoir notre terrain de jeu et avoir notre four. Puisque c'est la problématique centrale d'un atelier, c'est le four. Oui, oui. Et quand on a financé les travaux, on s'est rendu compte qu'à un moment donné, il nous fallait une enveloppe supplémentaire évidemment pour le four. Et on n'était plus tout à fait égale. Et dans cette idée d'avoir quelque chose d'extrêmement équitable, on s'est dit, on ne veut pas qu'il y ait une diversité d'apports qui pourrait à un moment donné créer une problématique. Est-ce que le four m'appartient plus ? Enfin, quelque chose qui aurait mis des nœuds là où il ne faut pas. On a donc décidé de faire une levée de fonds pour financer le four.
- Speaker #1
Donc un kiss-kiss bank-bank ? Exactement.
- Speaker #0
Et c'est là qu'on s'est dit, les contreparties. Ça va être les premières pièces gangsters.
- Speaker #1
Génial.
- Speaker #0
Et dans la manière de penser les pièces gangsters et de les réaliser, on a décidé, comme on était toutes plus ou moins compétentes dans un domaine de la terre très différent, on a mis chacune, on va dire, un aspect de sa pratique sur la table et on s'est dit avec ces quatre éléments, on produit des pièces.
- Speaker #1
Génial. Donc il y avait une vraie complémentarité, ce qui est aussi là que le collectif prend toute sa force.
- Speaker #0
Et surtout, on a appris, parce que du coup, comme on mettait en partage des éléments qu'on ne connaissait pas. on a croisé, puis on a eu des résultats nouveaux ensemble, donc ça nous a vachement inspirés. Et la levée de fonds a marché plus que prévu, on a acheté notre four, on a fait une inauguration pour remettre évidemment ses contreparties, puis ça a généré un réseau, et ça a intrigué, et en fait, tout de suite, ça, ça a été magique, c'est qu'en fait, moi, quand on crée Gangster, on l'ouvre, on visite le lieu en 2016, on doit l'ouvrir officiellement en 2017, moi, à l'époque, je pense Merci. consacrer 15% de mon temps à la terre. C'est vraiment...
- Speaker #1
Très peu.
- Speaker #0
Très, très peu. Donc, en plus, il y avait eu une année de battement entre la fin de... L'année 2016, je n'avais pas d'atelier parce que, du coup, mon ancien prof avait pris sa retraite. J'avais arrêté. Et là, je m'étais quand même dit, ça me manque. Là, je sens que ça serait bien que ça revienne. Et on a fondé ce projet. Et en fait, ce qui est assez marrant, c'est que... On a mis vraiment en lumière le collectif. On a fait ce choix parce que pour nous, c'était de toute façon la pratique la plus forte du moment puisqu'on avait vraiment des pratiques quand même embryonnaires. Et ce qui est génial, c'est que le collectif a été mis en lumière. Nos pièces ont intéressé parce que la céramique commençait à avoir un engouement, mais qu'elle n'a pas aujourd'hui. Et surtout, il y avait beaucoup moins d'acteurs. On était vraiment quasiment seuls dans le paysage. Donc, on a eu des papiers. On a été un peu mis sur le devant de la scène. Et en fait, ce qui est intéressant, c'est qu'après, ça a mis en évidence nos quatre individualités. Et du coup, on est toutes aujourd'hui à travailler la terre de manière beaucoup plus importante, voire totalement...
- Speaker #1
Et vous avez arrêté quand, Gangster ?
- Speaker #0
On a arrêté Gangster en 2020.
- Speaker #1
Ok. Ah oui, donc confinement.
- Speaker #0
Juste au retour du premier confinement, en fait, on s'est réunis. Donc à l'époque, on n'était plus que trois. Léa était partie quelques mois avant pour s'installer en Lorraine, dans sa ville d'origine. Et en fait, c'est assez marrant parce que moi, j'avais décidé de partir sur un coup de tête. Et quand on s'est toutes... Mais je ne savais pas où en étaient les autres. Et j'étais vraiment dans l'appréhension de devoir l'annoncer.
- Speaker #1
De le dire, ben ouais.
- Speaker #0
Et on s'est toutes réunies en débriefant comment s'est passée cette période de confinement, qui n'était quand même pas rien. Et on a fait un tour de table, je suis passée la dernière et en fait chacune a annoncé qu'elle avait le souhait de partir. Donc on était hyper synchronisés. C'est incroyable, c'est rarissime. On s'est marrées, on s'est dit, ça a été trois ans, trois ans exceptionnels. Et ça a été une super aventure. Et on a fait le choix de garder ce lieu, on l'a cédé, on avait convenu qu'on céderait cet espace. Et du coup, il continue d'être un atelier de céramique.
- Speaker #1
Et c'est là que tu es venue à Marseille ?
- Speaker #0
Alors je suis arrivée à Marseille fin 2020 Marseille était dans les tuyaux C'était un projet Mais c'était un projet qui a priori devait arriver plus tard Et c'est vrai qu'il a été précipité Pour deux choses La première c'est que Pour faire un petit Retour en arrière sur mon travail. En gros, quand on crée Gangster, moi à l'époque, je continue d'avoir un travail très expérimental. J'ai une approche vraiment empirique, dans le sens où une pièce en amène une autre. Et je ne fais jamais deux fois la même pièce, c'est vraiment une recherche. Je travaille beaucoup sur la texture, la matière et l'émail. Et sur ce travail de couleur, puisque je suis vraiment fascinée par l'émaillage, dans le sens où c'est une pratique assez singulière de la couleur, ayant beaucoup dessiné, ayant pas mal peint.
- Speaker #1
Et puis dans ta pratique graphique, tu as des couleurs fortes, des aplats, etc.
- Speaker #0
Exactement, une vraie appétence pour ça. Je travaille beaucoup la couleur, j'aime beaucoup. Et ce qui est quand même assez fou dans les maillages, c'est que la couleur est révélée par la cuisson.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Du coup, il y a vraiment ce travail à l'aveugle qui, pour moi, n'a pas d'équivalent. Et il faut quand même accepter que quand tu produis une pièce, il faut attendre 48 heures pour que tu la découvres. Et tu peux avoir des très bonnes surprises, mais tu peux avoir des très mauvaises surprises. Et la difficulté, vraiment, en céramique, c'est d'arriver à reproduire quelque chose que tu as réussi. Ça,
- Speaker #1
j'en ai tout à fait conscience. Je ne sais plus si tu sais, j'ai... J'ai travaillé aux côtés d'India Madavi pendant 9 ans et je me souviens très bien, elle est notamment reconnue pour son bishop qui est un tabouret en céramique émaillé qui fait 60 par 40 et vraiment le travail de la couleur et de l'émaillage et parfois on avait des mauvaises surprises et des défectueux mais qui en fait sont magnifiques souvent, tu as des coulures. Les accidents sont magnifiques, mais tu ne peux évidemment pas les vendre, surtout que c'est une pièce luxe. Ça, c'est problématique.
- Speaker #0
Est-ce que tu as des accidents heureux ?
- Speaker #1
Mais là, quand tu es dans ce genre de distribution, comme c'est son cas à India, tu ne peux pas le vendre « imparfait » .
- Speaker #0
Exactement. Il va être considéré comme raté. Donc, tu as besoin d'avoir cette constance. Et en même temps, tu as des accidents. Des fois, tu voudrais qu'ils deviennent la nouvelle constance. Exactement. Mais tu ne peux pas le reproduire. Tu ne vas pas arriver à le reproduire. C'est l'enfer. Mais oui. Et des fois tu... t'arraches les cheveux. C'est pas pour rien que beaucoup de céramistes aujourd'hui s'installent, très peu vont sur les maillages. Pour d'autres aussi raisons, parce qu'il y a problématiques de la toxicité que j'aborderai un peu plus loin. Mais il y a évidemment aussi, c'est déjà technique, c'est très technique, c'est onéreux, et c'est vraiment challengeant. Tu as des suets. Alors quand moi, j'étais dans une recherche qui était pour le... Pour le coup, assez confortable parce que ne produisant qu'une pièce. Mais c'était ce qui m'intéressait puisque par ailleurs, moi, j'avais mon studio, si tu veux, qui assurait toute mon économie. Donc, je gardais vraiment ce terrain. Je voulais vraiment le préserver au maximum de contraintes économiques. Donc, c'était encore un exutoire. Donc, je m'éclatais. C'était vraiment la recherche, la recherche. Et surtout, je commence à… Parce que j'ai quand même toujours besoin d'amener du sens dans mon travail. Ça ne peut pas être qu'une recherche de forme. Je commence à travailler vraiment autour de cette thématique du ma, donc issue de la philosophie japonaise et du courant Wabi-Sabi, qui pose la question un peu de cette notion d'intervalle, d'interstice, et surtout ce qui a priori est l'élément pas central, mais qui est vital et indispensable pour que le reste existe. Donc c'est par exemple l'ombre avec la lumière, c'est le silence par rapport au son, et c'est vraiment ce point de rupture. développe toute une recherche autour de ça, notamment en imaginant des vases qui fonctionnent en correspondance et qui viennent comme ça, les formes viennent se faire un écho, ou jouer vraiment sur comment l'ombre va se refléter sur la pièce et dessiner soit une nouvelle teinte, soit une nouvelle courbe. Donc, je travaille sur ça. Et à ce moment-là, ce qui se passe, c'est que je suis à Gangster. Je produis une première série de vases dans un temps que tu peux imaginer un peu court, parce qu'en plus Je quitte le parti poétique en 2017, donc je suis encore au parti poétique.
- Speaker #1
Quand tu ouvres... Ah oui, ok. Donc j'ai mon studio graphique. Les deux se superposent.
- Speaker #0
Se chevauchent un peu, légèrement. Et à l'époque, je pilotais le projet de Nantes, le projet en Norvège. Du coup, c'était toute la phase de chantier, de mise en œuvre. Et on l'a inauguré officiellement au printemps 2017, mais on avait ouvert un peu avant. euh... Je sors une première série de vases et à ce moment-là, on est contacté par une fleuriste qui avait une commande de Kenzo pour imaginer dans plusieurs flagships de Paris une installation pour la Saint-Valentin. Et elle dit, je cherche des vases un peu atypiques. Et moi, je venais de se fournir des vases ultra atypiques, déchirés, perforés. Il faut savoir que j'ai été longtemps connue pour faire des vases non étanches.
- Speaker #1
Et oui, c'est ce que j'allais dire.
- Speaker #0
parce que basse température, parce que partiellement émaillée parce que je voulais toujours l'atteindre donc la porosité et je sors ces vases et elle a un coup de coeur et en fait ça a enclenché ça a été vraiment le début, les sollicitations sont arrivées et du coup la terre a commencé à prendre une place que je n'ai pas vue C'est-à-dire que je n'aurais jamais pensé être là où je suis aujourd'hui. Ce n'était pas primitif du tout ? Pas du tout. Si par exemple sur le graphisme, j'avais vraiment une envie et j'avais vraiment un souhait profond et presque une ambition sur la Terre, pour moi c'était vraiment juste une pratique qui était exutoire. Même la question des prix était presque... Enfin, tu passais au second plan. Je ne me posais presque pas la question. Quand on me demandait un prix, c'était presque du bluff. J'y pensais pas, moi c'était vraiment...
- Speaker #1
Comment t'as déterminé tes prix ?
- Speaker #0
En discutant, parce que du coup, entre nous, en se demandant, et puis il y avait une anecdote...
- Speaker #1
Vous aviez une unité de prix entre vous quatre chez Gangster ?
- Speaker #0
Alors, les trois autres étaient plutôt au début sur les arts de la table, même si après Léa très vite est partie sur des vases, mais au début... Tout de suite, plus dans le sculptural, j'étais forcément un tout petit peu plus chère. Oui,
- Speaker #1
ce n'est pas de l'utilitaire, c'est plus de l'objet décoratif. Ce n'est pas le même positionnement.
- Speaker #0
Et même si, par exemple, l'assiette est une pièce très technique, tu ne peux pas la vendre hors de prix parce que les gens ne suivent pas. Et c'est normal. Mais pourtant, c'est un énorme travail. Et il y avait une anecdote, une fois, je crois la première porte ouverte qu'on fait, un couple vient et j'avais ces fameux vases. et je les avais mis au fond parce que pour moi ils étaient vraiment très particuliers, je ne pensais pas du tout à l'époque que quelqu'un m'allait dire je veux cette pièce et puis le mec la remarque et me dit mais je peux l'avoir donc je sors mon vase et il la regarde et je le sens très intéressé et il me demande le prix et là je sens qu'il faut que je me positionne parce que je vois bien que il va falloir que je passe un cap et Merci.
- Speaker #1
Et c'était déterminant pour toute la suite.
- Speaker #0
Et surtout pour nous toutes, parce que j'ai les trois autres gangsters autour de moi qui sont en mode, qu'est-ce qu'elle va dire ? Et je voyais vraiment, qu'est-ce qu'elle va dire ? En sachant que ce vase n'avait pas de prix. Je n'avais aucune idée.
- Speaker #1
Tu n'avais pas du tout réfléchi ? Pas du tout.
- Speaker #0
Vraiment, j'étais à des kilomètres. Moi, je savais qu'ils allaient partir dans l'événement Kenzo. Et c'était déjà super. C'était super. Coup de bluff, j'ai dit un prix. Et je vois vraiment les filles qui me regardent en mode Ah ouais !
- Speaker #1
Combien ? Dis-moi combien 250 euros J'aurais dit plus tu vois Mais rien,
- Speaker #0
mais pour te dire qu'à l'époque Je l'aurais peut-être mis à 100, 120 Donc c'était comme énorme Excusez-moi de demander Il était pas immense Et le mec me regarde et me dit Ok, je vois sa compagne qui est là Ah ouais ? Et il fait ouais ouais on le prend Et là c'est marrant parce que du coup on a toutes un peu augmenté nos prix et c'est comme ça qu'après t'augmentes c'est génial,
- Speaker #1
j'adore cette histoire et comment en effet c'est très intéressant ce que tu dis là il fallait que je me positionne et en fait si t'es trop bas tout de suite ça n'est plus du tout aligné avec qui tu veux être et la pratique artistique en l'occurrence donc c'est super intéressant j'adore que t'aies osé Ce prix, en fait, il est venu tellement instinctivement que c'était le juste prix.
- Speaker #0
Et puis surtout, ça se joue à rien parce que t'attends trop, c'est gênant.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et en même temps, il y avait tout le monde. Coup de bluff. Et en plus, il faut vraiment que tu le dises en ayant... Il faut que tu renvoies que c'est ça.
- Speaker #1
Que c'est OK et que c'est complètement assumé. Évidemment, avec le recul,
- Speaker #0
tu dis que ce n'est pas une somme. Mais moi, pour l'époque, c'était énorme. Parce que pour moi, ce travail n'avait... jamais eu vocation à être vendu. Ça ne m'effleurait pas. Je sais que les filles vendaient des pièces de temps en temps.
- Speaker #1
Et puis pour Kenzo, il fallait bien que tu les vendes aussi à la fleuriste, non ? Ah non, c'était juste un prêt ?
- Speaker #0
Ah non, c'était un expo.
- Speaker #1
Ah ouais, ok. Donc ce n'était pas vendu, c'était un prêt, un dépôt, et puis tu les récupérais à la fin.
- Speaker #0
Complètement, c'était une mise à disposition. Et il m'arrivait de... Mes pièces plaisaient beaucoup pour les shootings, je faisais beaucoup de locks. On me les louait pour des... J'ai bossé... beaucoup de marques comme ça. Avec des stylistes aussi. Beaucoup de shootings, notamment Chanel. Mais moi, j'étais super contente. C'était parfait. Pour moi, j'avais un travail quand même très singulier. Dans le sens... Parce qu'aussi, quand j'avais fait ces cours du soir, souvent, les femmes avec qui j'étais, elles me disaient c'est sympa, mais du coup, tu peux rien en faire. Tu peux même pas l'offrir.
- Speaker #1
à plus C'était sympathique.
- Speaker #0
Et je disais, oui, en effet, mais sur un malentendu, j'arrive quand même à en offrir quelques-uns. Mais peut-être que les gens ne sont pas... Et c'est vrai que en France, on n'a pas une grosse culture de la sculpture. Beaucoup moins que les pays anglo-saxons.
- Speaker #1
Ou en tout cas très classique. Ah bah oui, bien sûr. Exactement, tu fais bien de me corriger.
- Speaker #0
Sculpture contemporaine, qui a un marché très compliqué, qui n'est pas dans d'autres pays. notamment au Royaume-Uni. C'est vrai que c'est particulier de se positionner. Alors effectivement, les grands noms, ça fonctionne, mais quand tu es un peu émergent, très dur. Très dur de trouver son réseau. Donc moi, effectivement, j'étais à un endroit un peu singulier. Et puis un matériau qui, à l'époque, n'avait vraiment pas le rayonnement qu'il a aujourd'hui. Et s'il l'avait, c'était par la vaisselle.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Par les premières collaborations de chefs avec des céramistes qui commençaient vraiment à se mettre en place. Et là, on avait vraiment ce désir de chef d'avoir une vaisselle signature. Et c'est comme ça que ça s'est développé. Mais moi, j'avais des pièces qui étaient plus particulières.
- Speaker #1
Donc, je reviens à Marseille. Quand tu arrives ici, tu étais dans un autre atelier que celui où on est aujourd'hui. Et tu as toujours quand même continué cette double pratique, on est d'accord, que tu continues aujourd'hui de graphisme DA et de céramique. Enfin, vraiment... plus artistique, la frontière entre le design et l'art, c'est toujours assez... J'en parle souvent même avec des clients qui se disent finalement artistes et designers, parce que c'est toujours difficile de distinguer, et ils ont envie de cette double pratique, et on le sait bien, c'est la fonction qui va définir finalement si c'est de l'art ou du design, bref. Mais est-ce que tu as d'ailleurs une question très pragmatique ? Tu as une double structure ou tu as une seule structure ?
- Speaker #0
Non, j'ai une seule structure. Maison des artistes.
- Speaker #1
Ah oui, tu es à la MDA.
- Speaker #0
Qui va fêter ses 20 ans l'année prochaine.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Tu as ouvert ton studio en 2007. C'est ce que j'ai vu. C'est magnifique.
- Speaker #0
Oui. J'ai déposé les statues en septembre 2007.
- Speaker #1
Tu as fêté ça ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ah, cool.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Tu t'es prévue déjà ? J'ai pensé.
- Speaker #0
Il y a plusieurs options. Plusieurs options sous le coude. Je suis en train d'y réfléchir. Oui, j'ai envie de marquer le coup parce que... Mine de rien, j'ai eu beaucoup de chance dans mon parcours. Vraiment, parce que j'ai évidemment toujours le studio graphique. Et c'est pour ça que souvent, je me présente comme designer, parce que je suis designer graphique de métier. Enfin, en tout cas, en termes de diplôme, ce que l'école a labellisé. Et après, dans mon travail de la terre, aujourd'hui, je suis beaucoup plus dans le champ du design. Mais effectivement, j'ai une approche aussi artistique. J'ai été artiste plasticienne pendant 10 ans au sein du collectif du Parti Poétique. Donc... Oui, je suis un peu à la charnière de ça. C'est toujours un vaste sujet. Moi, je suis profondément pour le décloisonnement des disciplines.
- Speaker #1
Et la transdisciplinarité.
- Speaker #0
Mais bien sûr. Et je pense que c'est d'une à tout. Et que c'est une aberration de cloisonner, parce que que ce soit l'artisanat, la création contemporaine ou le design, aujourd'hui... Tous ces champs travaillent ensemble. C'est-à-dire que les plasticiens, évidemment, travaillent le métal, le bois. Les designers sont beaucoup dans l'auto-édition. Et donc, en fait, c'est exactement la... Enfin, c'est pas exactement la même chose, mais en tout cas, il y a des similitudes qui font que ça me paraît absurde d'élever des murs entre ces disciplines puisque ça regarde au même endroit. Donc, il faut laisser passer la lumière.
- Speaker #1
Oui, mais parfois, tu vois, je rebondis sur un aspect purement business. Parfois, ta structure va imposer de faire un choix. Oui, bien sûr. Voilà, donc c'est ça qui peut être compliqué aussi. Et d'ailleurs, tu vois, par exemple, il y a beaucoup de photographes qui sont à la fois AGSA, auto-entrepreneurs. Tu vois, donc parfois, ton statut va vraiment avoir dirigé ta pratique.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tu vois, plus que l'inverse.
- Speaker #0
Et ne va pas t'aider à avoir le sentiment que c'est la même chose. Non, exactement. On est bien d'accord parce qu'ils font un distinguo.
- Speaker #1
Surtout parce qu'en France, l'administratif est tellement prégnant. Lourd. Lourd, oui.
- Speaker #0
On peut le dire. On peut le dire. La transdisciplinarité n'est pas très bien vue. Clairement, on a le sentiment que c'est un peu le phénomène, le cul entre deux chaises, pour le dire de manière très pragmatique. Et c'est dommage parce que je pense que c'est un atout. Je pense qu'en plus, au-delà même du milieu et de ces disciplines qui nécessitent de toute façon d'être un peu à la croisée des chemins, aujourd'hui, on est dans un mode de fonctionnement euh... du milieu professionnel, le marché du travail aujourd'hui, on est obligé d'être dans la polyvalence. On est obligé d'être couteau suisse. Je ne vois pas à quel moment on va se faire un peu tirer dans les pieds parce qu'on a plusieurs casquettes ou plusieurs cordes à 100 marques. Je trouve ça un peu absurde. Effectivement, j'ai la chance d'être à la maison des artistes et de pouvoir à la fois faire mes heures d'enseignement, le graphisme... Oui,
- Speaker #1
parce qu'on n'en a pas encore parlé, mais tu es aussi enseignante.
- Speaker #0
Oui. J'ai pas mal enseigné.
- Speaker #1
C'est plus le cas là ? Si, je continue,
- Speaker #0
mais j'ai eu la chance d'enseigner dans des très belles écoles. J'avais été invitée en jury de diplôme en 2015 à la Aide. Et à l'issue de ça, ils m'ont proposé d'enseigner, ce qui était vraiment incroyable. Donc un cours de design. global qui recoupait le design social, le design événementiel aux premières années qui a été génial pendant trois ans, donc j'ai adoré. J'avais eu la chance de pas mal bosser à Genève, donc c'était en plus un territoire que je connaissais parce qu'on avait été en résidence avec le Théâtre Saint-Gervais et donc je suis revenue par le prisme de l'école et c'était incroyable. Et après j'ai eu la chance d'être contactée par l'ENSI, les ateliers, par l'École Nationale Supérieure des Créations Industrielles qui est quand même... Cette école incroyable qui m'a proposé d'introduire le matériautaire dans l'enseignement. Comme ils ont une approche très décloisonnée, et qu'il n'y a pas d'enseignement par classe, mais l'étudiant est un électron libre, ça m'a permis d'avoir un enseignement transversal qui s'adressait à peu près à toutes les années, un peu moins les cinquièmes années qui sont en phase de diplôme. Mais j'ai adoré enseigner dans cette école. autant que tu as adoré apprendre à l'école c'est marrant oui et j'aime vraiment l'enseignement j'adore ça et en plus comme à l'ENSI on appréhendait la terre mais du coup on ne pouvait pas se frotter à la problématique de la cuisson puisque l'école n'avait pas de matériel j'ai proposé de monter un partenariat avec la manufacture de sèvres donc on avait accès à la manufacture de sèvres pas pour les cuissons mais en tout cas toute l'appréhension de comment ça fonctionne génial C'était assez incroyable, au point que la première année, ils nous ont quand même enfermés dans les ateliers. Ils nous ont oubliés dedans.
- Speaker #1
C'est génial, c'est une nuit au musée.
- Speaker #0
Les étudiants avaient tellement de questions, on était tellement partis avec les chefs d'atelier qu'à un moment donné, ils nous ont laissés et on s'est retrouvés dans le musée. panique des personnes qui étaient là.
- Speaker #2
Il y avait un étudiant dans la manufacture et personne avec eux.
- Speaker #0
Et à l'époque, il y avait un directeur de... Au sein de la manufacture, il y a le musée, la manufacture et l'école qui forment les prochains directeurs d'ateliers et artisans d'art. Et du coup, il faut quand même savoir que à parté, c'était très singulier à l'époque. Et j'avais vraiment eu... une grande joie à pouvoir mettre en place ce partenariat avec l'école Lensi et la manufacture de sève parce qu'en fait, le terme design, par définition, au sein de la manufacture est un terme tabou puisque par définition, a priori, on ne pense pas en reproduit. Donc, on ne peut pas questionner. Alors évidemment, il y a toute l'expertise technique qu'ils vont mettre au service des personnes qui vont venir, notamment pour toutes les collaborations qu'ils ont pu faire avec Pierre Charpin et ainsi de suite. Mais, a priori, ils n'ont pas pas sur vraiment le dessin de forme et sur cet aspect-là. Et c'était une manière de dire, mais là encore, évidemment que l'artisanat est en lien étroit avec le champ du design et que, en fait, c'est encore le même langage. Et que, évidemment, les designers communiquent avec les artisans et qu'on peut amener des étudiants de l'EMSI au sein de la manufacture. Et donc, le directeur de l'école de l'époque, qui était génial, qui avait œuvré à ça. On avait même pensé à un enseignement croisé à l'époque. qu'on avait mis en place et qui malheureusement est tombé à l'eau parce qu'il est parti changement de direction et il m'avait même proposé, ce qui était fou, de me recruter au sein de l'école de la manufacture pour venir amener une approche justement un tout petit peu plus ouverte et enseigner le modelage qui était quelque chose qui faisait très peu, ce qui était pour moi, ça ne s'est pas fait parce que j'étais à Marseille et que j'ai décliné ne voulant pas être tout le temps dans le train mais j'avoue qu'en termes de petit... Ego trip, là je me suis pris un moment où je me suis dit, waouh, c'est très beau.
- Speaker #1
Tu parles là beaucoup de métiers d'art, artisans d'art, et pour moi c'est une vraie porte vers Homo Faber. Donc j'aimerais qu'on parle d'Homo Faber, que moi je connais depuis plus de dix ans, parce que justement India Madhavi, dont je parlais tout à l'heure, a collaboré avec eux, avec la Michelangelo Foundation. for craftsmanship. Et elle avait notamment conçu toute la scénographie d'une des biennales avec des pavillons incroyables en rotin et en velours. C'était fabuleux, bref. Et donc, tu as le... Je ne sais pas si on peut appeler ça le label homophabère. Oui, je pense. Depuis quand, je me demandais. Et donc, en préparant notre rencontre, J'ai regardé leur guide de tous les artisans. Donc, au MoFaber, il y a une vraie portée d'éducation, de transmission. Ils œuvrent vraiment pour, ils appellent ça les creative artisans. J'aime beaucoup qu'il y ait la juxtaposition de la créativité et de l'artisanat d'art. Tu vois, ce n'est pas que l'artisanat. Il y a vraiment cet aspect artistique qui est important. Ils soutiennent vraiment les métiers d'art. Et donc, ils ont un guide qui répertorie des artisans. Je ne sais pas si tu sais combien il y en a dans le monde entier. C'est 5654, je crois que j'ai regardé. Et figure-toi que vous êtes 7 à Marseille. Et vous êtes 1020 céramistes. Parce que toi, c'est justement sous le... L'onglet, parce que tu peux faire des recherches par typologie d'artisanat, par ville. C'est hyper bien fait d'ailleurs. Et donc je me demandais pourquoi tu as fait cette démarche de candidater ? Comment ça s'est passé ? C'est un peu quoi le processus ?
- Speaker #0
Alors je n'ai pas candidaté. Ah non,
- Speaker #1
c'est eux qui t'ont repéré parce que tu peux candidater. C'est pour ça que je te demande. Tu vois, je ne le savais même pas.
- Speaker #0
Moi, je pensais que c'était eux qui... Ah,
- Speaker #1
c'est eux qui t'ont repéré et qui te l'ont attribué.
- Speaker #0
Exactement. Moi, je pensais que ça... Enfin, j'étais sûre de ça. On peut candidater un formulaire sur le site. Je ne l'aurais même pas candidaté. Je connaissais évidemment Homo Faber, bien sûr.
- Speaker #1
Donc, Homo Faber, en fait, l'homme qui fait. C'est-à-dire, c'est vraiment... Ça parle de l'intelligence de la main.
- Speaker #0
Exactement. Et ce qui leur, on va dire, leur baseline, c'est l'artisanat d'excellence. ce qu'ils veulent mettre en lumière à travers le monde, dans différents types de disciplines. Là encore, un jour, c'est ce mail dans ma boîte où ils me proposent. Et je dois dire que je l'ai lu plusieurs fois. J'ai eu un petit moment de « waouh » , j'étais assise et c'était bien. C'était trop chouette. C'était il y a, je pense, trois ans. Et du coup, ils m'ont proposé d'être labellisé, d'être référencé. Et en plus, ils font ça, donc la fondation Michelangelo, qui est basée à Genève, fait ça extrêmement bien parce que moi, j'ai eu deux entretiens avec une personne de leur équipe qui a sous forme d'interview pour essayer vraiment de comprendre mon travail, comment je travaillais. Donc, qui a fait... qui a rédigé ma page. Il y a vraiment un travail d'écriture. Je veux dire, on leur envoie des textes. Il y a vraiment une recherche de produire un contenu et de s'approprier et de comprendre la démarche. Et surtout, elle me dit à la fin, j'ai vu que vous faisiez des cours, on voudrait vous référencer comme personne.
- Speaker #1
En expérience, parce que c'est ça aussi. Il propose des expériences.
- Speaker #0
C'est comme ça que j'ai des gens, des personnes d'autres pays étrangers qui, en passant à Marseille, m'ont demandé de venir prendre des cours. Donc, incroyable. Et je sais que c'est effectivement très suivi. Et j'ai reçu, évidemment, le sticker, ce que j'ai mis sur la porte, comme il t'invite à le faire. Mais bon, j'ai les portes fumées, ça ne se voit pas. Oui, franchement, c'est une très belle reconnaissance.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Surtout quand, voilà, c'est ces moments-là où, quand tu as l'ENSI qui te contacte, la manufacture de sève qui te propose d'enseigner et que tu es autodidacte, Évidemment, on entend toutes ces problématiques de quelle est ma légitimité, quel est mon nom, qu'est-ce qui me définit, comment je dois me présenter, est-ce que c'est ma formation scolaire, est-ce que c'est mon parcours qui me définit, et c'est un vaste sujet. Et là, on se frotte parce qu'il y a des personnes qui sont évidemment bienveillantes et qui vont adhérer à ce qu'on peut dire, puis il y a des personnes qui vont être un peu des détracteurs, donc c'est pas toujours simple. Et là, d'un coup, quand on a comme ça un peu un label qui... qui permet juste à un moment donné de faire une petite prise de recul et se dire, bon, tout ça n'est pas rien, tout ça n'a pas été vain, parce que c'est aussi énormément de travail. C'est que dans tout, c'est énormément de travail.
- Speaker #1
Et t'es seule dans toute cette réflexion ? Ou est-ce que t'en parles soit avec des pairs, soit avec... Enfin, tu vois, parce qu'on a beaucoup parlé du collectif depuis le début de cet entretien, mais là, aujourd'hui, t'es quand même seule, n'est-ce pas ? Est-ce que tu as des gens autour de toi avec qui tu t'approfondis toutes ces questions ? Tu parles de légitimité ? Tu te questionnes seule ou est-ce que tu en parles ?
- Speaker #0
J'en parle un peu, mais j'en parle peu. Après, aujourd'hui, dans le studio, à proprement parler, on est deux puisque j'ai une assistante, Périne Camoun, qui est là depuis... Ça va faire presque deux ans. J'avais eu avant ponctuellement des soutiens pour des productions d'assistanat, mais c'est vrai que c'était quand même jamais régulier. Et avec Perrine, ça l'est. Donc c'est une super collaboration. De temps à autre, il y a d'autres personnes qui peuvent venir en renfort, mais là, c'est vraiment... Donc maintenant, on est vraiment deux. Mais c'est vrai que... Bon, avec Perrine, on va évidemment parler de pas mal... de choses, mais c'est un sujet et c'est marrant parce que par ailleurs moi je suis DA et graphiste donc je suis graphiste de métier et DA de fait parce que quand un client va te voir et qu'évidemment je ne suis pas dans un schéma d'agence je suis obligée de cocher la question de la direction artistique et j'adore ça j'aime beaucoup ça et c'est en ça aussi que je n'ai pas lâché le studio, c'est pas tant pour des raisons économiques que j'adore ça Et c'est pour ça aussi que j'ai su que le parti poétique, je pouvais y faire dix ans. Quand je pense d'autres auraient peut-être arrêté avant. C'est qu'il y a deux choses qui caractérisent ma manière de travailler. C'est que d'une, je pense que j'ai une capacité de travail assez importante. Oui,
- Speaker #1
j'ai l'impression, oui.
- Speaker #0
Quand je te disais que la valeur travail était un peu présente au début.
- Speaker #1
Ben oui, l'atavisme familial.
- Speaker #0
Exactement. Et en plus, j'adore avoir plusieurs casseroles sur le feu. C'est-à-dire que j'adore mener de front plusieurs projets, et je dirais même que j'en ai besoin. Je suis très mauvaise si j'ai un seul projet, je vais avoir tendance à procrastiner, alors que j'ai besoin de ce challenge qui va un peu venir me chercher sur la temporalité. Et j'adore passer du coq à l'âne. Donc, pour le partenariat politique, autant dire que c'était parfait. Et le fait que la Terre est un matériau quand même assez long, très physique. j'aime beaucoup à un moment donné me poser aussi sur mon ordi et avoir quelque chose plus dans la réflexion j'ai besoin de ça si j'ai besoin du challenge de la matière et cette dimension physique cet outil corps qui vient de solliciter parce que par ailleurs j'aime beaucoup le sport, j'adore mais j'adore à un moment donné quand je vais aller aussi dans la profondeur de la réflexion,
- Speaker #1
j'ai besoin de ça t'écris beaucoup je crois aussi j'aime bien ouais donc en fait comme tu dis c'est intéressant que la terre, c'est un matériau tellement du temps long que ça t'impose presque le rythme de ta pratique et de tout ce que ça peut impliquer, même la gestion de ton studio et la gestion des commandes, etc. Parce que, pour le coup, Périne, elle t'assiste sur la partie aussi l'interface client ou uniquement sur la production ? Surtout sur la production.
- Speaker #0
après elle est là sur des événements sur des montages elle a participé à des shootings photos elle est vraiment elle m'aide vraiment sur l'aspect production aussi moi pour me dégager du temps parce qu'à un moment donné tout piloter c'est extrêmement chronophage et puis l'arrivée de Perrine elle s'est fait à un moment où en fait moi j'ai eu un accident de vélo à Marseille et je me suis retrouvée les deux épaules en vrac donc à un moment donné littéralement Perrine est devenue mes bras Mais vraiment, en plus, il s'avère que je l'avais rencontrée une semaine avant. Et je lui avais dit, écoute, je te recontacte. Je m'attendais à la recontacter rapidement, mais pas aussi rapidement. Donc je lui ai dit, clairement, j'ai besoin de toi. Je viens de signer une commande. Et alors, elle est arrivée un peu dans le feu. Et elle a tout de suite trouvé sa place. C'était incroyable. Donc sur le casting, je n'ai eu aucun doute. Et elle m'a évidemment aidée d'une aide redoutable et remarquable. Mais c'est vrai que tous les aspects clients, moi, je vais plus les porter aussi parce que... T'aimes ça. J'aime ça. J'ai de la bouteille. Ça se sent. Et je pense que pour le coup, je pense que je vais aussi plus former Perrine sur ça. Parce qu'un jour, évidemment, Perrine, elle a sa pratique à côté. Elle va évidemment quitter le studio. Donc, je pense qu'elle avait un niveau, évidemment, en terre. Aujourd'hui, elle... Elle a acquis des compétences supplémentaires. Je pense qu'il y a aussi un travail de formation. Elle est d'une aide et de force de proposition. Il y a vraiment un ping-pong qui est très vertueux, une boucle vertueuse. C'est vrai que le côté client, je le fais, mais j'aime bien l'embarquer parce que je trouve qu'elle a toujours des remarques judicieuses. C'est toujours intéressant, même dans la mémoire du process. T'as pensé à ça, tu te souviens de ça, et je sais que moi, des fois, j'oublie des choses. C'est très précieux. Et surtout, c'est vrai que pendant dix ans, moi, au Parti Poétique, j'étais la prise de notes. Clairement, j'étais celle qui ne prenait pas la parole. Et ça, c'était une frustration énorme parce que je connaissais le projet sur le bout des doigts. Et aujourd'hui, qui parle plus, du coup, j'ai beaucoup plus de difficultés à prendre les notes. Donc Périne me relaie aussi sur ça. Il m'accompagne.
- Speaker #1
Génial. Par rapport à l'atelier, tu vois, tout à l'heure, quand tu disais « Gangster » , on avait 36 mètres carrés, c'était notre château. Tu as forcément fait des pièces qui étaient un peu à l'échelle de ce lieu. Là, aujourd'hui, tu as un atelier qui est beaucoup plus grand. Je sais que tu as une table aussi. On parlait de kimono tout à l'heure. J'ai lu que pour toi, c'était vraiment aussi une façon de... penser une pièce dans ses déclinaisons possibles et pas juste. Et ça, c'est une vraie démarche de designer, justement. J'en ai parlé beaucoup avec Anthony Guéret aussi, notamment, qui a un super épisode aussi. Bref, de toute façon, évidemment, j'écoute tous mes épisodes. Ben voilà. Mais je me demandais si le lieu avait un impact aussi sur...
- Speaker #0
Ce que tu as envie de développer et de presque te faire de plus en plus grand parce qu'il faut remplir l'espace, tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #1
C'est marrant que tu parles du lieu parce que je pense que c'est un peu le nerf de la guerre. Pour te raconter une anecdote, évidemment que quand tu passes de 36 mètres carrés à Gangster, aujourd'hui où j'en ai 125, tu te déploies dans l'espace, donc tes pièces grandissent. C'est une évidence et puis tu as ce luxe de l'espace. qui pourrait être qu'une contrainte, mais qui moi je trouve est très inspirant. Mais je pense que mes deux leitmotivs, vraiment dans ma manière de travailler depuis toujours, mais je l'ai vraiment, je pense, conscientisé très récemment, c'est que d'une, il y a vraiment une très forte curiosité pour les espaces. Et j'ai un plaisir à aménager les espaces, je crois que c'est une des choses qui me plaît le plus. Étonnamment, je ne suis pas du tout partie ni dans l'architecture, ni dans l'architecture d'intérieur, et je te dirais même que ça ne m'a jamais effleurée.
- Speaker #0
pourtant je suis passionnée de l'architecture aujourd'hui ça m'intéresserait plus oui ça se voit beaucoup dans tes photos quand on te suit sur Instagram t'es en story, tu postes énormément je t'avais parlé même de ton voyage cet été en Finlande magnifique bien sûr, icône donc on sent cet oeil que tu as pour l'architecture l'architecture mais avec la lumière
- Speaker #1
Pour moi,
- Speaker #0
la lumière révèle vraiment les espaces.
- Speaker #1
Donc, ils sont indissociables. Et puis, les rendus, les textures. Et le second, c'est rencontrer. Rencontrer des personnes et vraiment apprendre au contact des autres. Donc, c'est vraiment les deux choses qui m'animent. Et pour moi, souvent, les projets sont un prétexte à. Un prétexte à collaborer, un prétexte à rentrer en... Comme j'aimais ça, et comme j'aime toujours, évidemment, dans les projets de DA, où à un moment donné, tu es parachutée dans un contexte qu'on te demande d'analyser. Et j'adore ça. Et chose qui m'est beaucoup plus facile pour les autres, parce que tout à l'heure, tu me disais, si j'avais une réflexion sur mon nom ou ma dénomination, en tout cas, comment je dois me présenter. Et j'ai la chance, à partir d'avoir un nom de famille, Roule.
- Speaker #0
Oui, qui est génial, évidemment.
- Speaker #1
Qui est assez chouette. Donc, on m'appelle Roule et j'adore. donc des fois ça résume tout, au studio roule, roule c'est parfait mais c'est vrai que ça m'est très difficile pour moi si j'adore le faire pour les autres,
- Speaker #0
je trouve que c'est très difficile d'avoir cette réflexion pour soi c'est pour ça que c'est bien d'avoir quelqu'un à côté j'aimerais bien,
- Speaker #1
j'aimerais beaucoup même je pense que c'est, j'ai besoin de ce ping-pong et puis moi j'ai besoin aussi de ce pas de côté qui n'est pas toujours facile à avoir et même la perception extérieure, qu'est-ce que tu renvoies et souvent elle est Merci. Elle est étonnamment aussi différente de ce que nous on peut penser, donc c'est bien de pouvoir croiser là-dessus. Et du coup, pour revenir à l'espace, l'anecdote aussi qui m'a amenée à accélérer mon départ à Marseille, c'est que c'est lié à cette notion d'espace, c'est que j'ai toujours été énormément attachée à mes lieux de vie, à mes lieux de travail, à les penser, à les dessiner, alors de manière très modeste, parce qu'on n'est en partie, mais par exemple quand il y a des appart que j'ai loués à Paris, j'ai pu... entièrement refaire l'appartement alors que j'étais locataire.
- Speaker #0
Tu ne peux pas l'habiter autrement qu'en te l'appropriant complètement.
- Speaker #1
Il faut que j'habite l'espace.
- Speaker #0
Il faut qu'il y ait une résonance.
- Speaker #1
Quand il y a eu le premier confinement, début mars 2020, j'avais été invitée en résidence de création à Molisabata, dans la vallée du Rhône, qui est la plus vieille résidence d'artistes de France qui avait été créée par... Juliette Roche et Albert Glaise, ici du Courant Cubiste. Et c'est une résidence artistique qui n'a jamais fermé, notamment même pendant la Seconde Guerre mondiale. Et moi j'avais été invitée pour un mois, pour ensuite faire une exposition à la Galerie Tator à Lyon. Et on était quatre artistes invités. Il s'est avéré qu'on s'est retrouvés d'un coup dans cette problématique du confinement, avec tous des moments de vie... Très particulier pour certains, où clairement ils étaient dans une situation où si la résidence fermait, ils se retrouvaient vraiment dans une précarité très forte. Donc le directeur a réfléchi à un moment donné en se disant, est-ce qu'on peut rester ? Parce que du coup, ayant des ateliers logements séparés, a priori on respectait les conditions sanitaires qui nous permettaient de rester. Sauf que le président du conseil d'administration, médecin de son état, avait dit, je ne prends aucun risque. Ce qu'on pouvait comprendre, puisqu'à l'époque on n'était que dans les incertitudes. Et donc jusqu'à la veille, on ne savait pas si on pouvait rester, en sachant qu'on ne savait pas ce qui allait se passer. Donc c'était une énorme incertitude. Et le directeur a fait la démonstration qu'à priori on ne pouvait pas rester, parce qu'il avait comparé ça aux hôtels en disant, c'est comme si des hôtels étaient restés ouverts. Il dit, si on est dans un hôtel, on est dans une chambre, on ferme les comas, mais il peut rester.
- Speaker #0
Et chacun mange dans sa chambre. Exactement.
- Speaker #1
Et donc le conseil d'administration a accepté. Donc Moli Sabata n'a pas fermé. Et nous sommes restés confinés plus de trois mois. Donc d'une résidence d'un mois, je suis restée trois mois. Exceptionnel. Exceptionnel. On s'est tous très bien attendus.
- Speaker #0
J'adore comment chacun a vécu un confinement tellement différent et tellement unique. Et en général, pour tout le monde, ça a été un...
- Speaker #1
C'est un moment charnière quand même.
- Speaker #0
Bah oui.
- Speaker #1
C'était évidemment une question. Et ce qui est drôle, c'est que quand moi j'étais arrivée, donc on était quatre artistes, je suis arrivée la première des quatre nouveaux artistes avant même qu'on apprenne, donc on a été confinés. Et il y a quatre ateliers, trois qu'ont des tailles similaires, qui font à peu près, je pense, 45 mètres carrés, donc comprenant ton espace de travail et ton espace de vie avec les chambres en mezzanine. Et t'en as un qui fait 100 mètres carrés. Et moi j'arrive, on me dit, on t'a réservé l'atelier de 100 mètres carrés. Et a priori ! Tout le monde le veut, donc je rentre, et en un quart de seconde, je rentre dans le lieu, je sais que je ne pourrais pas rester dans ce lieu.
- Speaker #0
L'énergie ?
- Speaker #1
Trop ouvert, moi j'aime les cachettes, j'aime les recoins, j'aime les refuges, et j'ai bien fait, parce que j'en suis en plus en restant trois mois, donc ça en est suivi un déjeuner, et je suis arrivée en disant, écoutez, je suis très contente, c'est super, mais j'aimerais un atelier plus petit. Et là, vraiment, ils m'ont regardée en me disant, ça n'est jamais arrivé. T'es folle, oui,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'en général, les gens sont trop contents.
- Speaker #0
Je voudrais la chambre la plus pourrie de toutes avec le mur, là.
- Speaker #1
La cellule.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Mais la lumière, néon, ça n'allait pas. Et je me suis dit, je n'ai pas besoin d'autant de place. Et j'avais depuis longtemps réfléchi à la question des espaces, parce que j'avais eu la chance de vivre dans des très grands espaces. Et je m'étais rendue compte qu'en fait, on utilise un dixième de la réalité de l'espace. Et donc je trouve que souvent, certains grands espaces sont plus une démonstration qu'une réalité d'usage et de lieu de vie. Et moi, passant beaucoup de temps dans les ateliers ou dans la cuisine, je me rends compte que je sous-utilise les volumes. Et j'ai eu ce petit atelier, et en fait, très vite, je l'ai aménagé. Et ce qui est marrant, c'est que les gens m'ont dit « mais tu l'as aménagé comme si tu vivais ici » . Et je me suis vraiment approprié l'espace, j'avais récupéré les trucs. J'avais aménagé des étagères. Pendant ce confinement, on a énormément produit, on s'est extrêmement bien entendus, on a appris les uns des autres. Vraiment, c'était exceptionnel. En plus, à l'époque, je partageais beaucoup mon travail sur les réseaux sociaux. Et à un moment donné, je me suis dit que je ne peux pas. Je vais arrêter parce que je me sentais extrêmement privilégiée. On était en pleine nature. Je savais que les échos de plein de personnes étaient très négatifs. Je me suis dit que je ne pouvais pas renvoyer ça. Donc j'avais arrêté, et des personnes m'ont contacté et m'ont dit, mais en fait, continue, on en a besoin. Et j'ai eu un... Je crois que je n'ai jamais été autant suivie que pendant le confinement. Ah tu vois, c'est marrant ce que je voulais te poser,
- Speaker #0
cette question de la communication aussi.
- Speaker #1
Incroyable, j'ai eu énormément d'interactions, et vraiment beaucoup de gens me disaient, mais merci. Et du coup, j'ai vraiment... Un journal en fait. Pour le coup, j'ai vraiment animé une communauté. C'est la première fois où j'ai vraiment senti quelque chose, parce que j'avais vraiment des conversations, les gens suivaient, parce que moi je partageais vraiment... Parce que je le rencontrais peut-être après, mais j'avais initié ce fameux projet de recherche que j'ai pu mettre en œuvre. Patrimoine vivant. Exactement, pendant trois mois. Donc tout ce que j'avais imaginé, j'ai pu l'éprouver. Donc j'étais vraiment là dans la recherche pure, à partager et à tester, à rater, à réessayer. Et je l'ai partagé et je pense que ça a plu. Et vraiment, les personnes me disaient que c'était une fenêtre. Et je pense qu'aussi l'idée de voir quelqu'un qui s'activait donnait le sentiment qu'on était encore un peu en mouvement.
- Speaker #0
En vie. Ben oui, donc en vie.
- Speaker #1
et donc ça a été génial et du coup j'ai pu expérimenter, pratiquer et pendant ce confinement à un moment donné moi qui étais très attachée à mon atelier à mon espace de vie que j'adorais parce qu'à Paris j'étais très bien à un moment donné je me suis dit mais en fait toi qui penses vraiment que le lieu est primordial et que le lieu en gros définit avant tout Et bien je me suis dit mais regarde tu peux passer trois mois dans un espace qui n'était pas le tien, que tu n'as pas choisi, qui est finalement assez petit et aide très bien. Donc je me suis dit en fait tu peux vivre n'importe où. Donc à l'issue de ça, ayant développé ce projet de recherche qui prenait un peu d'ampleur, qui m'amenait à un ancrage très fort et qui correspondait vraiment à ce que je voulais, questionnant la terre parce que c'était vraiment une réflexion sur le matériau en lui-même et du coup questionnant le sol.
- Speaker #0
Et donc l'environnement.
- Speaker #1
Exactement, et je me suis dit... Paris est par définition une ville totalement hors sol et donc j'avais le sentiment que j'allais là encore donner un discours qui n'était pas vraiment connecté à la réalité. Je me suis dit qu'il faut que je me rapproche d'un biotope naturel, sauf qu'une économie de projet fait que la campagne me paraissait trop prématurée. Je trouvais que Marseille était le bon point de chute. Aussi, peut-être, je raconterai après parce que j'avais... J'ai développé une collaboration avec le Maroc et donc je voulais cette filiation.
- Speaker #0
Une résidence avec l'association Memory.
- Speaker #1
Exactement, qui à l'époque s'appelait Soumano, de distance, et du coup sur un coup de tête. Alors qu'a priori je suis quelqu'un plutôt de très organisé, qui anticipe tout. J'ai décidé de partir et c'est comme ça qu'en rentrant vraiment, il y a eu cette fameuse conversation avec les gangsters, où j'ai dit je pars, mais je ne savais pas. Je savais juste que j'avais décidé Marseille et c'est tout. Et ce qui est marrant c'est que je ne savais pas où j'allais travailler et je ne savais pas où j'allais vivre. Et à l'époque, je venais de me séparer et du coup, je me suis dit, je vais partir seule. Et il y a eu un moment où je me suis dit, mais il faut quand même que je sache où je vais vivre, parce que je dois quand même déménager toute ma vie, mon atelier, mon espace de vie. Donc, ça voulait vraiment dire que j'avais complètement déconstruit cette idée du lieu, parce qu'a priori, c'était impossible que je parte sans savoir où j'allais poser mes affaires. Et à un moment donné, j'avais une amie qui avait un second appart Airbnb. Je me suis dit, je vais lui écrire pour qu'elle me le loue, en sachant que ça ne pouvait pas coller, parce qu'en plus, je n'aurais pas pu mettre mes affaires, mais enfin, bon, rien. Je devais être sur une petite planète. Et je lui écris, enfin, je pense lui écrire. Il s'avère qu'elle porte le même prénom qu'une autre amie, enfin, avec qui j'ai travaillé. Et je fais une erreur de SMS. J'écris à une autre amie.
- Speaker #0
Qui te dit oui.
- Speaker #1
qui me dit, mais oui, je crois que notre appart se libère dans trois jours. Et j'ai récupéré un appart par une erreur de texto.
- Speaker #0
Mais non ! Mais c'est magnifique !
- Speaker #1
Et je suis arrivée dans un très bel appart, dans le panier à Marseille. Immeuble Pouillon, deuxième ligne, 70 mètres carrés. Et génial !
- Speaker #0
C'est toujours là que tu habites aujourd'hui ? Non, j'ai déménagé depuis. Je suis à deux pas de l'atelier. Je suis dans le septième.
- Speaker #1
Parce qu'après, ils ont récupéré leur appart. Mais pendant deux ans, j'ai été dans cet endroit.
- Speaker #0
Je rebondis sur le lieu et à quel point il est important pour toi. Est-ce que c'est important pour toi de savoir où vont tes pièces ? Ou est-ce que tu arrives à les... Tu vois, parce que quand tu as une commande ou même un particulier qui peut acheter une pièce, est-ce que tu as besoin de savoir où elle va ou non ? Le lieu a juste son importance en ce qui te concerne, toi, individuellement, personnellement, mais pas pour tes pièces.
- Speaker #1
Au début, ça l'était énormément. Ah, tu vois. Énormément. demandait des photos. Ah,
- Speaker #0
tu vois, j'étais sûre.
- Speaker #1
Énormément. Et puis en plus, comme c'était à chaque fois une pièce unique, il y avait quelque chose vraiment de... Tu voulais garder une trace aussi,
- Speaker #0
dans son nouvel environnement, quoi.
- Speaker #1
Et puis après, quand il y a eu les premiers départs des pièces pour le Portugal, l'Islande, le Japon, alors là, vraiment, j'avais envie de savoir, mais c'était... T'as lâché, t'es obligée. À bout d'un moment, tu ne peux plus suivre. Et puis, tu as les personnes qui ne t'envoient pas les pièces. Et puis après, tu as les commandes où tu ne sais même pas où vont les pièces. C'est-à-dire que quand tu commences à travailler, c'est vrai que l'hôtellerie est un peu de luxe ou les architectes. C'est vrai qu'il y a des fois, tu n'as même pas le droit de savoir qui acquiert tes pièces. Donc, à un moment donné, tu l'abandonnes. Mais oui, ça intrigue.
- Speaker #0
Je sais qu'il y a encore plein de choses dont on pourrait parler, mais je pense qu'il va falloir qu'on… Ça arrête à un moment quand même. Parce qu'on pourrait continuer encore, je crois que ça fait deux heures. Mais non !
- Speaker #1
J'ai très peu parlé de ma pratique.
- Speaker #0
Alors justement, allons-y avant de terminer. Je t'inquiète, je comprends ça, bien sûr.
- Speaker #1
Mais je me dis que j'ai quand même beaucoup parlé du parti poétique. Oui, c'est vrai. Alors,
- Speaker #0
justement... Ce que je peux te raconter peut-être,
- Speaker #1
c'est le projet de recherche et vraiment comment est-ce que je développe le projet en train de studio. Qui t'a enlevé une partie, si tu veux,
- Speaker #0
si c'est le moment. Alors, justement, on a parlé un tout petit peu de patrimoine vivant. Donc, j'aimerais que tu nous en parles vraiment en détail parce que je sais que tu disais tout à l'heure que toi, tu as une approche vraiment empirique. On a parlé aussi des abeilles et je sais qu'elles rentrent dans patrimoine vivant. Donc, vas-y, raconte un peu tout ce projet.
- Speaker #1
En gros, quand je suis en 2018 dans l'atelier à Gangster, Je vois que tout se développe assez bien. Je commence à avoir des commandes. Je suis à peu près, peut-être 50% de mon temps maintenant est dédié à la céramique et au travail de la terre par des projets d'installation, de résidence, de commandes. J'avais été dans un événement Jacquemus, je travaillais avec Forte Forte. Je commence à avoir vraiment des collaborations.
- Speaker #0
Donc dans la mode, tu vois, comme quoi elle revient.
- Speaker #1
Exactement, très belle. Sauf qu'à un moment donné, je mesure que je... tant être un peu estampillée du côté du champ de la décoration, ce qui en soi n'est pas du tout un gros mot, mais je perds un peu le principe du sens même ou d'une réflexion et je trouve que je suis en train de passer à côté de quelque chose qui évidemment m'anime énormément avec les abeilles et qui est cette dimension écologique et environnementale et je sais que j'ai entre les mains un matériau qui est évidemment extrêmement écologique qui est la terre Voilà. qui est l'argile, si ce n'est la partie évidemment naturellement toxique de l'émaillage. En revanche, voilà, exactement.
- Speaker #0
On parlait un peu tout à l'heure, mais c'est hyper important.
- Speaker #1
Qui est une vraie problématique. Et c'est évidemment, je ne bannis pas l'émaillage, mais ça part du principe que ce sont des oxydes métalliques, ce qu'on appelle des terres rares et des matériaux qui... qui sont naturellement avec un niveau de toxicité comparable aux pesticides. Donc ça veut dire déjà s'exposer soi-même, mais même se poser la question de, comme à un moment donné, on a retiré le plomb de la céramique comme on l'a fait dans la peinture, parce qu'on connaissait sa toxicité. Malheureusement, l'émaillage, en gros, c'est des propriétés d'étanchéité et de coloration. Et les éléments qui font la coloration, le vert, c'est le chrome, le bleu, c'est le cobalt. tu as dû entendre parler du scandale du camion, le camion c'est le rouge, l'émail rouge, donc c'est très compliqué, parce que du coup on est dans quelque chose qui est extrêmement beau, qui est fascinant, mais du coup qui est ultra toxique, et surtout tout le postulat du projet c'était de se dire, évidemment de mettre en évidence des alternatives à ce process là, pour garder quand même ces problématiques de couleur dans la mesure du possible, et d'étanchéité, puisque tous les colorants naturels s'évaporent globalement à la cuisson. Donc, c'est vraiment qu'est-ce qui peut être stabilisé par une pression de chaleur qui va entre 1000 et 1300 degrés, ce qui est une vraie problématique. Donc, il existe des alternatives que des personnes utilisaient bien avant moi. Mais c'était vraiment partir du postulat que s'il existe une filière du matériau bois, il n'existe pas une filière du matériau terre. En tout cas, elle n'existe plus. Et que par exemple, si j'ai des déchets à émaillage, comment ils sont valorisés ? Est-ce qu'ils sont récupérés ? Est-ce qu'ils sont retraités ? qu'est-ce qu'on fait de tout ça ? Et aujourd'hui, la plupart des terres qu'on utilise, globalement, elles viennent d'Allemagne ou d'Espagne. On continue évidemment d'avoir des terres en Bourgogne, mais il faut quand même suivre sur la production. On a encore quelques céramistes et potiers qui extraient leurs propres terres. Et donc,
- Speaker #0
il y a même l'empreinte carbone, du coup, même de ta pratique ?
- Speaker #1
Oui, et puis ça reste des terres industrielles qui ont eu des traitements. Mais c'est plein de problématiques, mais quoi qu'il en soit, au-delà même de ça, c'était de dire que dans des enjeux écologiques, immédiat sur des problématiques de dérèglement climatique et encore on est en 2018 et quand on voit ce qu'on vient de traverser c'était de se dire quelle alternative existe pour finalement se poser la question de produire autrement évidemment de produire de manière plus vertueuse et évidemment nombre d'écoles et de filières du design comme le fait l'ENSI et c'est remarquable réfléchissent à d'autres matériaux dans un process recherche et élimination innovation avec des coquillages, des rebuts de sires de bois, des algues, ainsi de suite, des champignons. Sauf qu'évidemment, ce sont des process très longs qui seront peut-être viabilisés, mais vont rester dans un design très confiné et qu'au moment donné, on touche le grand public et on arrive à un vrai changement de mode opératoire. Et le postulat très simple, c'était de dire on a la terre. Et si aujourd'hui la valeur d'un bien est souvent calibrée sur sa rareté, C'était d'essayer de changer de paradigme en disant peut-être qu'on peut indexer la valeur d'un bien sur sa disponibilité. Et donc la terre est le matériau le plus disponible à l'échelle planétaire. Il est constitué d'essentiellement trois minéraux que sont le feldspalt, le mica et le quartz. Et le feldspalt est le minéral le plus présent à l'échelle de la terre. Donc en fait, on a en plus cette capacité. Alors évidemment, on ne peut pas dans tous les pays. construire un habitat en terre parce qu'on va s'exposer à des problématiques de pluie mais globalement la terre est un matériau disponible extrêmement durable et surtout qu'il y a des modes d'extraction qui sont très peu destructrices de l'environnement parce qu'on n'a pas besoin d'aller très en profondeur les veines d'argile sont souvent très présentes plutôt à on va dire 60 à 1 mètre de profondeur donc c'est pas une extraction trop complexe et en plus on a des problématiques de Merci. Entre la terre crue et la terre cuite, de régulations thermiques incroyables et un champ des possibles, en sachant qu'en plus en France, qui est quand même globalement un petit pays, on concentre les trois principales techniques historiquement de construction en terre crue, que sont la bauge, le pisé et la daube. Et donc on a quand même des ressources, un patrimoine, on ne tombe pas de l'arbre, et on a tout à disposition. Et de dire effectivement ces recherches sur de nouveaux matériaux sont pertinentes, mais peut-être que si on est dans l'urgence... il va falloir regarder du côté aussi de ce qu'on a et considérer ça dans une approche beaucoup moins primitive que ça l'était et donc le patrimoine vivant c'est vraiment un plaidoyer pour la terre c'est vraiment un dispositif manifeste qui a vocation à dire que dans des problématiques écologiques on doit cocher les cases premières que seraient se loger et se nourrir et s'il y a bien un matériau qui a une singularité et quelque chose de peut-être que peu d'autres ont, c'est qu'il a la capacité en même temps. en même temps d'être un matériau qui nourrit et un matériau qui bâtit. Parce que du coup, notre sol, dans un sol perméable, la première couche sous nos pieds va être une terre plutôt arable, propice à l'agriculture, mais qui va aussi avoir une base d'argile. Et dessous, on va avoir une... qu'on va appeler évidemment la terre. Et dessous, à peu près 60 cm en dessous, on va avoir ce qu'on appelle une terre dite mauvaise terre parce que non propice. à l'agriculture, mais qui réagit à la cuisson avec une plus forte dominante d'argile, puisque même il y a quand même de l'alimentation qui pousse dans l'argile, et du coup, c'est de dire, la terre est un matériau qui nourrit, et un matériau qui bâtit. Donc, autant préserver notre sol, et considérer qu'on peut faire, entre la terre crue et la terre cuite, deux éléments vitaux.
- Speaker #0
J'ai l'impression que patrimoine vivant, ça devient presque ton propre partie poétique, entre guillemets. Est-ce que tu as envie de créer une association, un mouvement autour de Patrimoine Vivant et de créer un nouveau collectif autour de ce projet ?
- Speaker #1
C'était l'idée, bien sûr. C'était vraiment l'intention. À un moment donné, parce que quand j'ai lancé ce projet, je vais te l'expliquer, il a un peu démarré un peu vite. Et évidemment, c'était l'intention. C'est juste qu'à un moment donné, je me suis vraiment confrontée à une problématique qui est... Le contexte dans lequel a été généré le projet du Parti Poétique n'est plus du tout le même. On avait un projet qui a été très accompagné par des tutelles publiques, subventionnés. C'était des modes de financement de la culture et de la pratique artistique qui étaient déjà en deçà de ce qu'on avait pu connaître une quinzaine d'années avant, mais qui aujourd'hui n'est quand même vraiment plus du tout le même. Je ne suis pas sûre qu'aujourd'hui on pourrait faire ce qu'on a pu faire. Donc on n'a pas la même marge de manœuvre. Et en plus, il y a vraiment une question de... Comme je suis beaucoup... beaucoup dans le champ de la recherche et que j'avais vraiment vocation à viabiliser un process que je vais t'expliquer. Rentrer dans la recherche en n'ayant aucun cursus, là, j'ai vu des portes qui ne s'ouvrent pas. C'est-à-dire que je n'avais pas la légitimité. On a adhéré aux propos, mais vraiment, pour trouver les financements, pour trouver les acteurs, c'était extrêmement compliqué. J'ai réuni vraiment, on va dire, un collège de personnes qui étaient hyper enthousiastes, qui, en plus, c'était évidemment des gens que j'avais pu rencontrer par type Merci. par le parti poétique et qui avait suivi l'évolution et qui était complètement derrière mais après c'était vraiment quelle viabilité pour ce projet et là je me confrontais à une problématique presque de survie et d'économie parce que c'était un temps colossal et en fait ça n'était pas viable donc je l'ai vraiment porté à fond je continue de le porter mais trop complexe à mettre en oeuvre donc pour moi ce que je développe aujourd'hui raconte ça mais évidemment une... je ne peux pas me dédier à 100% à ce projet. En tout cas, je n'ai pas trouvé encore le cadre qui permet de le faire. Et Patrimoine Vivant, quand je l'ai écrit en 2019, à ce moment-là, je suis contactée par l'association Soumano, qui est devenue Memori aujourd'hui, qui me dit qu'on est en train de monter un projet de valorisation de deux artisanats au Maroc, portés par des femmes, qui tend à Périplique. périclité, donc le travail du textile dans le sud du Maroc par les femmes berbères et le travail du modelage de la poterie par les femmes des dernières tribus de femmes potières des montagnes du Riff et ils me disent on a mis en place des formats d'atelier où on va travailler avec ces femmes est-ce que ça t'intéresse ? et moi je leur dis j'aimerais être dans un format de résidence pour vraiment travailler un peu au long cours avec elles est-ce que ça vous intéresserait qu'on parte plutôt sur ce schéma Merci. Plutôt que d'aller faire une semaine, et ils m'ont dit, ça colle à ce qu'on voudrait faire, parce qu'en plus, ils se retrouvaient confrontés à une problématique qui était, en gros, le travail de ces femmes disparaît pour plusieurs raisons. Évidemment, le travail des femmes, donc moins valorisé. C'est une transmission orale qui nécessite évidemment d'avoir des femmes qui souhaitent encore des jeunes femmes s'impliquer dedans. Et surtout, aujourd'hui, c'est des pièces qui, étant cuites, à feu découvert ne sont pas étanches qui étaient vendues sur les souks et le problème c'est qu'elles ont été concurrencées par la faïence chinoise et le plastique et donc n'étant pas vendues, il n'y a plus de filière économique et donc ça n'a plus de viabilité donc évidemment la jeunesse aujourd'hui n'a pas envie d'aller sur ça donc c'était de se dire est-ce que tout en maintenant ce savoir-faire hérité d'il y a 10 000 ans parce que ces femmes sont les détentrices d'un geste qui n'a pas changé depuis le néolithique Est-ce qu'on peut arriver à trouver un modèle d'étanchéité qui n'est des natures pas, mais qui permette de pérenniser en tout cas l'usage de ces pièces, puisque ce problème d'étanchéité est majeur ? Et donc ils m'ont proposé de... On réfléchit à ça en partant avec eux et du coup on est partis un mois ensemble en octobre 2019. Et comme c'était une jeune structure, on s'est retrouvés à vivre avec différentes tribus de femmes, enfin en tout cas ces familles puisqu'il y avait des hommes, et ça a été incroyable. Ça a été une expérience extrêmement forte, puissante, et surtout c'est des personnes qui ne sont quasiment jamais allées en ville, donc qui parlent le Darija. le dialecte local, donc il y avait une vraie barrière de la langue, on n'avait pas forcément de traducteur ou de manière très ponctuelle, donc c'était une communication avec les mains, avec le geste, et je me suis pris une claque d'hospitalité, vraiment, on a été reçus, on avait droit aux 5 plats par menu, enfin, on faisait, le premier mot que j'ai appris, c'est baraka, c'est trop, c'est trop, je ne pouvais plus suivre, en plus, il a fait extrêmement chaud, mais c'était incroyable, et puis en plus, on était... souvent logé dans des maisons en terre. Donc là, j'ai pu vraiment appréhender la régulation thermique, le confort, le côté un peu troglodyte, où tu as les animaux qui sont à côté, la manière de penser l'espace. En fait, je venais... Je me suis retrouvée, si tu veux, à avoir écrit un projet qui était une intuition. D'un coup, je me retrouvais au milieu de ça, à l'appréhender presque de manière... concret, littéral et appliqué, et de toucher du doigt vraiment une histoire qui a 10 000 ans, c'est-à-dire qu'elles vont chercher... Parce que quand on dit terre, on fait presque une erreur sémantique, parce qu'en fait, la terre est de la roche, puisque ce sont des minéraux, donc en fait, la terre a cette particularité d'être extrêmement plastique, crue au contact de l'eau, avec ce niveau d'hydrométrie et de plasticité, et qui du coup acquiert vraiment les propriétés de la pierre en cuisant avec cette résistance mécanique qui s'apparente vraiment à de la roche. Donc, Elles vont chercher ces pierres dans les collines, qu'elles vont venir tamiser successivement, mélanger à l'eau, préparer leur terre, qu'elles sont allées collecter à dos de mulets. Et donc, la terre, on ne l'utilise pas, on l'économise, parce que ça a été un labeur. Et elles utilisent des engobes en allant chercher dans des gisements de terre naturelle les différentes couleurs où elles dessinent les motifs qui sont propres à chaque tribu. Et produisent des pièces essentiellement alimentaires, mais aussi des petites sculptures. Et donc moi, à l'époque, par rapport à cette problématique qui m'était posée, j'avais proposé de travailler sur les émois à la cendre, en me disant, elles font énormément de feu, des cendres, il y en a partout. C'est une manière d'étanchéifier qui est l'une des plus anciennes, et qu'à l'époque, je croyais même la plus ancienne. Et du coup, je me suis dit, bon, ça fait sens. Et au fil des rencontres, des processus, il s'avère qu'on est dans un temps très long, et un jour, on réside à peu près une semaine dans une famille. et tout est rythmé par les feux des fins de journée où on attend que le feu s'arrête et quand le feu s'arrête on va aller sur le haut de la colline sur un village perché dans les montagnes du Riff un endroit incroyable, d'une beauté qui submerge et on est là on ne parle pas puisqu'on ne peut pas se parler mais on est dans un moment de contemplation d'une intensité incroyable et il s'avère que j'ai beaucoup de temps et dans une de ces familles dont il y a une potière, Aïcha, qui a été assez connue parce qu'à un moment donné, il y a des étrangers qui étaient nus qui l'avaient un peu mis en lumière de par son travail et qui est un peu la mise en lumière du travail de toutes ces femmes de ces tribus qui sont très peu aujourd'hui à maintenir ce savoir-faire. Je tombe sur un livre français qui raconte l'histoire de la céramique et donc je me replonge dedans et il s'avère qu'en relisant l'avènement de la céramique, histoire que je connaissais, je tombe sur un paragraphe qui explique Merci. qu'au néolithique, il y a 10 000 ans, au moment de la sédentarisation des populations avec l'avènement de l'agriculture, les personnes se retrouvent en nécessité de devoir stocker des denrées comme l'eau ou le lait. Du coup, ils se confrontent à la problématique de l'étanchéité puisqu'ils ont des feux à semi-découvert. Donc, ils n'atteignent pas le seuil suffisant pour que les pièces soient en haute température. terre fermée, donc étanche, donc elles ont des cuissons équivalentes à de la faïence, donc poreuses, et ils ont des problématiques de stockage, les mêmes que ces femmes avec lesquelles je suis à ce moment-là, et on a découvert à l'époque qu'ils avaient employé la cire d'abeille. Et donc là, je me retrouve un peu au bout du monde, à connecter avec 10 ans du travail avec les abeilles, à me dire, évidemment, et là, j'ai eu un sentiment de... d'alignement en me disant tout est là, c'est-à-dire qu'effectivement là j'ai eu l'impression de pas tant me dire je vais reproduire le projet du parti poétique mais d'avoir le sentiment d'arriver à faire coïncider toutes les choses qui m'intéressent C'est la continuité totale, c'est ça qui est à la fois cette réflexion sur notre environnement, sur qu'est-ce que nous produisons, comment nous le produisons, à destination de qui, comment agir sur cette problématique écologique et évidemment comment me reconnecter aux abeilles qui étaient celles qui avaient un peu disparu et qui m'avaient accompagnée pendant tant d'années. Donc quand j'ai lu ça, et en plus ce qui est assez marrant c'est qu'à l'époque on a retrouvé des tessons de cire parce que du coup la cire étant composée d'acide gras et d'éther d'alcool, c'est un matériau quand même assez stable dans le temps qui n'a pas du tout ce niveau de... disparition que peut avoir le miel ou les sucres. On s'est même rendu compte que ces tessons de cire ont circulé en Europe et que ça a été une technique extrêmement employée jusqu'en Espagne, jusqu'en France. J'ai eu envie de travailler sur ça. J'ai mis en place un petit protocole de recherche. Il fallait trouver de la cire et on a trouvé de la cire parce que au Maghreb, on trouve tout. Quelqu'un nous aide, nous file un coup de main. Et ce qui était marrant, c'est que les premières tentatives, je les ai faites un vendredi. Je ne le savais pas, c'est le jour du couscous. Et j'avais besoin d'un très grand contenant pour faire fondre la cire. Et j'étais allée au souk et le plus grand contenant que j'avais trouvé était un couscousier. Donc j'ai acheté ce couscousier. Et j'ai allumé mon réchaud et j'ai commencé à le faire en extérieur au début parce que je savais que très vite, ça allait créer un pont avec les abeilles et que je devrais m'interrompre. Mais je m'étais installée en extérieur pour le début. Et tout le village était venu me voir. Parce que tout le monde se demandait quel type de couscous j'étais en train de préparer. Donc il y avait vraiment une curiosité, ils me regardaient avec des yeux en mode mais qu'est-ce qu'elle fait ? Et du coup c'était un drôle de timing. Et ce qui est marrant c'est qu'au début j'ai fait mes expérimentations et je sentais qu'ils étaient sceptiques évidemment. Et ce qui est très beau c'est qu'après il y a des femmes qui sont venues avec leurs pièces et qui m'ont demandé si je pouvais les cirer. Et la cire étant hydrophobe, j'ai un niveau d'étanchéité qui est incroyable, c'est un antiseptique, c'est une substance incroyable. Et donc l'intention du projet de patrimoine vivant, c'est évidemment de réinitier cette technique et de réfléchir à des alternatives proches de la cire d'abeille, en considérant que l'idée n'est évidemment pas de piller les abeilles de leur cire, mais de trouver des éléments similaires qui reproduisent ça et qui nous permettent d'avoir... Ce mode d'étanchéité extrêmement durable qui permet de la conservation de denrées.
- Speaker #0
Génial. Patrimoine vivant, est-ce que ça... Parce que c'est en fait l'incarnation de tes valeurs profondes. Est-ce que ça guide aussi ton travail de commande ? C'est-à-dire, est-ce que c'est presque un éventuel motif de refus ? Si le commanditaire n'est pas aligné avec tes valeurs et toute cette recherche ?
- Speaker #1
Bien sûr, je ne peux pas m'en dissocier. C'est pour ça qu'aujourd'hui, quand j'enseigne la terre, je raconte, je donne des cours, j'explique tout de suite qu'on peut pratiquer les maillages, mais que ça doit être encadré par des mesures de sécurité, qu'il faut mettre des gants, à quoi on s'expose, qu'est-ce que ça implique. Effectivement, je sensibilise les clients. c'est-à-dire que Petit à petit, j'ai délaissé les maillages, évidemment. Il m'est arrivé pour quelques clients de le faire, mais en essayant de repenser un peu les compositions et de me délaisser de certaines teintes. Mais quand je vois que la manufacture de sève, ça va faire peut-être 15 ans qu'ils essayent de trouver une alternative au cobalt par rapport au bleu de sève, qui est leur couleur signature, et ils y travaillent, ils se sont très vite sensibilisés à ça. Je partage leurs problématiques. Donc, on est dans un tournant, mais effectivement, évidemment, je sensibilise. par exemple dans l'atelier À Marseille, tu as un nuancier de couleurs, donc les applis de kimono. Au sol. Voilà, qui était, plutôt que de faire un nuancier de tesson, on a reproduit les applis de kimono dans les différentes couleurs de terre qu'on peut proposer à l'atelier, qui en fait sont les teintes naturelles des terres qu'on a à différents seuils de cuisson. Exactement, et c'est de dire, on peut continuer d'avoir de la couleur, on ne va pas s'en passer, on n'en a pas le désir, mais qu'est-ce qu'on peut faire comme alternative pour... pour proposer autre chose et essayer d'inviter nos commanditaires, nos clients à avoir cette prise de conscience sur ce que ça raconte. Alors après, il y a aussi des objets manifestes, c'est-à-dire que par exemple, on va produire des pièces avec des maniages, mais on va leur donner un nom qui raconte aussi ça, c'est-à-dire qu'on va assumer le fait que dans les cas, parce qu'on peut avoir aussi des projets installation, exposition, collaboration, marque, où on va venir poser la question. Par exemple, on a une terre qui reproduit très bien la couleur du béton. On va poser la question de qu'est-ce que c'est construire en béton ? Est-ce que c'est du béton ? Et si c'était de la terre ? Voilà, donc on va venir questionner comme ça. Et par exemple, une collaboration qu'on a eue dernièrement au sud de la France avec un domaine viticole qui s'appelle la Commanderie de Pérasol. Eux, ils ont une double casquette. Ils ont un centre d'art, une très grande collection d'art, plus un domaine viticole. Et quand ils m'ont contacté, c'était pour imaginer un événement autour de la terre qu'ils avaient appelé Superbe Terre. Et en fait, ils m'ont proposé d'imaginer un objet qu'ils devaient vendre une première année dans le domaine qui est un réfrigérateur à vin, inspiré de la brique provençale, finalement qui est devenu une collection permanente parce que ça a très bien fonctionné, qu'ils l'ont dans le restaurant Étoilé. Et l'idée, c'était d'imaginer un objet. Donc, ils avaient beaucoup aimé le lampe kimono. Ils disaient, est-ce qu'on peut le transposer ? mais aussi l'adapter à la question du domaine. J'ai dessiné trois formes de hanses. On a ce cylindre classique qui nous permet d'avoir tous les types de bouteilles jusqu'au magnum. Et les trois tailles de hanses, il y en a une qui est clairement kimono, qui était la dédicace, et il y en a deux autres qui reprennent la forme de la croix des Templiers, qui est la signature de ce domaine, donc qui avait une dédicace. Et pour montrer justement à la fois la diversité du champ des possibles qu'offre la Terre et ce qu'elle raconte... qui n'est pas qu'une histoire, mais bien une multitude, et que ce domaine a quand même une grosse partie de son territoire qui est en nature à 2000, et qu'au final, sur tous les hectares qu'ils ont, c'est peut-être un huitième qui est vraiment exploité en vignes, et sinon le reste est vraiment une nature préservée, qui est un ancien domaine de chasse qu'ils ont laissé en nature, donc vraiment où ils ont identifié toutes les espèces animales, végétales qui s'y déploient en toute liberté. Donc il y a vraiment un souhait de préserver l'environnement. Et du coup, j'ai proposé qu'on fasse pour la première collection trois types de terres, trois types de colorations naturelles et se poser la question de l'émaillage. Parce qu'évidemment, on avait quand même besoin d'avoir une étanchéité. Même si normalement, c'est plutôt de la glace. On ne peut pas se retrouver avec un rafraîchissoir qui vient tâcher une table. On a vraiment une problématique commerciale. On pourrait se retrouver avec des clients qui reviennent en disant que ça ne convient pas. Du coup, j'aurais proposé d'émailler les pièces avec... les cendres des anciens pieds de Sarman, puisque chaque année, quand même, il y a un renouvellement. Donc, il y a des vieux pieds de vignes qui deviennent des rebuts. Et ils m'en ont fait passer. Et donc, les pièces ont été émaillées avec les cendres des pieds de Sarman du domaine. Donc, c'était une manière comme ça, évidemment, de raconter et d'avoir un fort engagement. Donc, on est vraiment sur une démarche de design. On est vraiment sur une réflexion de produire un objet contextualisé, mais d'y apporter un vrai... Alors, c'est sûr qu'en termes de discours et de storytelling, bas colle parfaitement et c'était tout ce qui leur a plu, mais ça part vraiment d'un engagement et puis d'une réflexion. On n'est pas sur une démarche marketing, mais par contre, ce qui est marrant, c'est qu'au-delà de ça, ils ont mesuré la dimension manifeste et ils m'ont dit, mais nous, ça nous intéresse. Et en plus de ça, ils m'ont commandé une installation qui a été présentée et qui a été acquise par le domaine et qui était vraiment, que j'ai appelée table d'orientation, qui était vraiment un dispositif de pièces en terre tout unique. Tout est maillé soit avec des émaux à base de terre, soit à base d'émaux de cire. Et c'était une manière de dire, la table d'orientation en général, c'est une table qui nous permet de nous orienter dans le paysage et de donner une lecture un peu de ce qu'on a devant nous et de dire finalement peut-être que l'orientation aujourd'hui c'est vraiment la terre. Et il y avait à côté une table qui présentait l'ensemble des échantillons et de toute la recherche qui avait été faite sur des terres qui avaient été glanées sur le domaine avec les cendres et ainsi de suite.
- Speaker #0
J'ai appris tellement de choses avec toi aujourd'hui, Emmanuel, j'adore. C'est passionnant et finalement, j'ai l'impression que la recherche, c'est vraiment ce qui est fondamental pour toi. Apprendre, tu le disais au tout début, tu vois à quel point apprendre, tu adorais l'école pour tout ce que tu pouvais apprendre et cette curiosité insatiable. mais vraiment cette notion qui est du sens mais au-delà du sens vraiment j'ai l'impression que tu as besoin de comprendre tout et de maîtriser tous les niveaux de connaissance avant de pouvoir t'engager dans quoi que ce soit donc c'est assez fascinant, un grand merci pour tout ce que tu as partagé vraiment merci à toi tu sais je donne toujours le dernier mot à l'invité euh Est-ce qu'il y a un mot comme ça qui vient sur lequel tu as envie de clore notre conversation ?
- Speaker #1
Autonomie. Je pense que c'est vraiment... Je pense que c'est nécessaire et je crois qu'il faut qu'on... Chacun, là où on est, il faut qu'on trouve les processus et les process d'arriver à développer une autonomie d'agissement, de pensée, de... économique au maximum, mais vraiment, je pense que la liberté se joue sur notre capacité d'autonomie. Et c'est pour ça que je crois un schéma où je crois vraiment au fait d'un moment donné vivre à la campagne, d'avoir un petit lot peint de terre comme c'était avant aussi possible en ville, pour essayer au maximum de produire soi-même sa ressource et d'être le moins dépendant. Ce n'est pas tant des autres, parce que je crois vraiment aux autres, aux collectifs et à l'altérité. mais d'avoir cette capacité juste de rebond et de pouvoir s'offrir les moyens d'autre chose et de ne pas être trop tributaire des fluctuations d'une minorité pour la majorité.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Emmanuelle.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Lili.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si vous avez envie de prolonger la discussion, n'hésitez pas à me contacter par e-mail lbm.lilibonnet.com, sur LinkedIn ou sur Instagram. Et si, comme moi, vous trouvez que ce podcast mérite d'être encore plus écouté, alors pensez à le partager sur les réseaux ou à l'envoyer aux personnes qu'il pourrait intéresser. Et aussi, abonnez-vous, écrivez des commentaires, spread the love, mettez des étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée. J'en profite pour remercier Philippe Drevet pour la composition de la musique originale de ce podcast et pour la réalisation de chaque épisode. On se retrouve le 15 du mois prochain. Et d'ici là, n'oubliez pas que everything happens for a reason.