Speaker #0S'aimer, c'est pas doux tous les jours, c'est pas instagrammable, c'est pas prendre un bain et se dire des mots gentils. Parfois, s'aimer, c'est dire non. C'est déranger, c'est être la seule à partir, c'est voir dans les yeux des autres qui te comprennent pas et partir quand même. Et ce week-end, je me suis choisie et j'ai déçu, mais c'est ok. Et ça, c'est dingue parce que jamais de la vie j'aurais pu faire ça avant. Et ça fait peur de déranger, ça fait peur de décevoir et en même temps... Tu déçois forcément quelqu'un. Soit tu vas te décevoir toi, parce que tu n'auras pas vraiment pris soin de toi, tu auras fait les choses parce que tu dois les faire, soit tu vas décevoir les autres et c'est ok de décevoir les autres, et je le fais de plus en plus. Ce qui s'est passé, c'est que le week-end dernier, j'avais un repas de famille. Et je me suis donné plein de petites autorisations. Je me suis autorisée à quitter la table à certains moments pour m'isoler parce que j'avais besoin d'être seule. Je me suis autorisée à ne pas finir mon assiette et à remettre dans le plat, même si on m'a fait des gros yeux et qu'on m'a dit « mais Marie-Anne, ça se fait pas » . Je me suis autorisée à ne pas prendre de dessert même si on m'a dit « allez, prends, je l'ai fait pour toi » . Non ? J'ai pas pris de dessert parce que j'en voulais pas. Et je me suis autorisée, à un moment donné, la soirée traînait en longueur, j'étais fatiguée, je m'endormais presque sur la table. Et j'étais là, non, j'ai pas le droit de partir, il faut que je reste, que j'aide à débarrasser, nanani nanana, non. Je me suis autorisée à partir, à aller me coucher, parce que c'était ce dont j'avais besoin en fait. Et ça a été une vraie victoire pour moi. Parce que jamais de la vie avant, j'aurais fait ça. Vraiment, c'est quelque chose qui est difficile pour moi de risquer des critiques, de risquer des remarques, de sentir que je peux décevoir ou déranger. Et en même temps, je me choisis moi. Même si je me suis sentie jugée, même si on aurait pu penser que j'étais mal élevée, égoïste, paresseuse, eh bien, j'ai tenu. J'ai tenu parce que cette fois, je prends soin de moi. Je prends soin de mes besoins, je mange quand j'ai faim, j'arrête de manger quand j'ai plus faim, je vais me coucher quand je suis fatiguée, je prends du temps seule quand j'en ai besoin. C'est ça l'amour de soi. Parce qu'on parle souvent d'amour de soi comme le truc, mais l'amour de soi si on le fait pas c'est parce que ça a un prix. Ça coûte. On peut être jugé, critiqué, méjugé, incomprise. On peut déranger, on peut décevoir, on peut tendre des liens, créer des conflits. Mais en fait, si tu ne le fais pas, c'est quoi le prix à payer ? Tu te maltraites toi-même ? Tu dis non à tes besoins, tu dis non à tes envies, tu dis non à tes intuitions, tu dis non à ce qui est important pour toi. Mais pourquoi ? Qui ça sert de faire ça ? Parce qu'en vrai, personne ne m'en a vraiment voulu. Peut-être que quelque part, il y en a qui se sont dit, « Hum, bah oui, ça se fait pas, mais en réalité, personne ne m'en a vraiment voulu. Je vais pas en entendre parler pendant des années. » Et on a tendance à faire tellement de sacrifices pour les autres, pour autant, les personnes qui étaient autour de moi, c'est des gens qui m'aiment. Donc, c'est des gens qui sont heureux finalement que je prenne soin de moi. Et on a plus tendance à faire ça pour les autres qu'à le faire pour soi. Parce qu'aimer les autres, c'est facile. Mais s'aimer soi, c'est se faire passer en premier. Et ça, dans une société qui nous a appris à nous taire, à faire plaisir, à être lisse, c'est presque révolutionnaire finalement. Surtout nous les femmes, mon dieu, il y a tellement de règles. En plus, je pense de ce que... Alors pas forcément en plus parce que les hommes aussi ont d'autres règles, mais sois belle, tais-toi, il faut que tu sois polie, il faut que tu sois serviable, il ne faut pas que tu montres tes émotions. Il y a tellement d'injonctions qui sont liées à la place de la femme dans la société que des fois tu ne sais même plus quoi faire, tu ne sais même plus sur quel pied danser. Et mon choix aujourd'hui, c'est d'accepter que je puisse déranger, que je puisse décevoir, que je puisse être celle qui dit non, celle qui ne fait pas ce qu'on attend d'elle. Et ce qui m'a permis de faire ça, c'est déjà ma démarche d'être moi, d'être authentique, de ne pas mentir, de ne pas dire oui, oui, en fait je ne suis pas fatiguée, alors que je suis fatiguée, ou j'ai encore faim, alors que je n'ai plus faim. Il y a ça, ce point qui est hyper important. Le deuxième, c'est que je veux vraiment prendre soin de moi et de mes besoins. Et c'est mon rôle. promis et la relation que j'entretiens entre moi et moi c'est la plus importante parce que c'est celle qui va durer toute ma vie c'est celle qui existe depuis mon premier souffle et qui sera là jusqu'au mon dernier souffle et c'est la seule qui sera là tout le long donc elle est hyper importante et aussi le fait d'être ok et c'est pas facile tous les jours mais j'y travaille vraiment c'est d'être ok avec ce qu'on peut penser de moi être ok avec le fait qu'on puisse avoir Quelque chose contre moi, qu'on puisse me critiquer, qu'on puisse penser que je suis ci, ça, ça, même si c'est faux, même si ça vient d'un malentendu, même si c'est complètement aberrant, je laisse les autres penser ce qu'ils veulent de moi parce que la vérité c'est que t'as aucun contrôle là-dessus. De toute manière, t'auras beau te mettre en quatre, couper toutes tes envies, tous tes besoins, faire tout ce que tu veux pour que les gens aient une belle image de toi, t'es pas dans leur tête et t'as aucun contrôle dessus. Les gens, ils vont t'aimer ou pas t'aimer, mais ça les regarde eux. C'est en fonction de comment ils ont été élevés, de leur croyance, de leur système de valeur, de leurs habitudes. Chacun a un filtre devant ses yeux. On ne voit pas tous la même réalité. Sinon, on penserait tous la même chose d'une même personne, ou d'un même spectacle, ou d'un même film, ou d'un même livre. Ce n'est pas le cas, parce que ça dépend du filtre qu'on a devant les yeux. Et tu n'as aucun contrôle sur le filtre qu'ont les autres. T'as... Du contrôle sur le tien, encore faut-il en avoir conscience et vouloir le contrôler. Mais t'as, ça c'est sûr, t'as aucun contrôle sur ce que les autres voient. Et même si tu fais tout bien, tout carré, machin, il se peut qu'ils pensent quelque chose de négatif de toi. Je sais pas, si on imagine que t'as mis les petits plats dans les grands, t'as invité du monde, ta soirée elle est parfaite. t'es gentil, t'es serviable, t'es poli, tu fais attention à chacun, t'as fait la meilleure recette du monde, il se peut que tes invités te critiquent en partant. Il se peut même qu'ils te critiquent justement parce que t'as fait des efforts, genre « Ouais, non mais t'as vu pour qui elle se prend celle-là ? » Ça se trouve, la personne elle va te critiquer parce qu'elle se dit je suis pas capable de faire aussi bien qu'elle, de tenir un aussi bon dîner ou d'être aussi serviable. Et du coup la personne elle va t'en vouloir parce que ça va lui rappeler à quel point elle, elle est pas capable de faire quelque chose. Et ça se trouve en ayant tout fait parfaitement, la personne en face de toi elle va encore plus te détester que si t'avais fait de la merde. C'est dingue ! C'est dingue ! On prend tellement, tellement d'énergie à essayer de contrôler ce que pensent les autres de nous. Et du coup, j'ai décidé, moi, personnellement, et je te le conseille parce que ça fait tellement de bien, de lâcher prise. La personne, elle pensera ce qu'elle veut. Elle pensera ce que ses schémas internes, ses mécanismes de pensée lui ont appris à penser. Et tu ne peux pas changer ça. Et je suis ok avec le fait que quelqu'un ne m'aime pas. Avec le fait de décevoir, avec le fait de déranger parce que ça ne m'appartient pas. Je suis même ok avec le fait qu'elle croit quelque chose qui est totalement absurde et aberrant par rapport à qui je suis. Il y a des gens des fois, je me rappelle une fois, je travaillais en tant que manager et je ne suis pas la meilleure manager du monde d'ailleurs, c'est pour ça. que j'ai arrêté ce métier. Mais néanmoins, je me battais pour mon équipe. Je me battais pour qu'ils aient les meilleurs droits, qu'ils aient les meilleures ressources. Et j'essayais d'être le plus arrangeante possible. Et un jour, il y a une de mes collaboratrices qui me dit « Mais Marie-Anne, vraiment, t'es super méchante. » Moi ? J'ai buggé. Je dis « Comment c'est possible ? » qu'elle puisse penser ça. Je me suis vraiment posé la question, mais comment elle en est arrivée à penser que j'étais méchante, alors que c'est l'une des personnes qui posait le plus de problèmes dans l'équipe, et auprès de ma hiérarchie, que j'ai défendu bec et ongles, que j'ai essayé d'aménager, que j'ai essayé de créer un esprit d'équipe, parce qu'il y a des tâches qu'elle ne pouvait pas faire, qui est incombée à d'autres personnes. J'ai essayé de faire en sorte que les gens ne disent rien sur elle. Enfin, elle ne pouvait pas forcément le savoir. Et elle a pensé que j'étais méchante. Et ça m'a choquée parce que c'est tellement éloigné de qui je suis. Tellement loin que j'ai... Comment tu peux dire ça ? Et ce qui m'a fait plaisir, c'est que... Quelques mois plus tard, elle est venue me voir et elle m'a dit « Marie-Anne, je suis désolée d'avoir dit ça sur toi. Parce que je me suis rendue compte de tout ce que tu avais fait pour moi et de tout ce que tu faisais au quotidien. Et vraiment, tu es une des personnes les plus gentilles que j'ai jamais rencontrées et je me suis trompée sur toi. » Mais elle n'a pas dit ça parce que je me suis mis en quatre pour qu'elle comprenne ou je lui expliquais par A plus B toutes les choses que j'avais faites pour elle. Non, elle a juste dit ça parce qu'il y a eu plein de preuves qu'elle a vues au fur et à mesure, ce que disaient les autres, etc., qui lui ont montré qu'elle s'était trompée. Mais encore que, si elle n'avait jamais changé d'avis, ça aurait été OK. Les gens ont le droit de se tromper sur toi. Ils ont le droit de se tromper et plus tu les laisseras se tromper, plus tu seras libre d'être toi. Parce que je ne suis pas sur cette terre pour plaire, pour être aimé. Je suis là pour vivre, pour respirer, pour oser être moi, pour m'exprimer. Et si ça plaît, tant mieux. Et si ça ne plaît pas, tant pis. Et tu sais quoi, ça fait le tri. C'est génial qu'il y ait des gens qui ne m'aiment pas. Parce que je ne veux pas passer du temps avec des gens qui ne m'aiment pas. Donc tu as le droit de décevoir. Tu as le droit de ne pas finir ton assiette. Tu as le droit de partir avant la fin. Tu as le droit de ne pas expliquer pourquoi tu fais ce que tu fais ou tu ne fais pas ce que tu ne fais pas. Tu as le droit de t'écouter. et de ne pas t'excuser et si personne ne comprend c'est pas grave toi tu sais et ça c'est suffisant donc ce week-end je me suis choisi j'ai dit non aux attentes et j'ai dit oui à moi et tu sais quoi c'était pas forcément doux facile joli mais c'était juste et ça c'était de l'amour et ça renforce mon amour de moi ça renforce mon estime de moi et j'ai envie de te le partager parce que toi aussi t'as le droit prends bien soin de toi