- Speaker #0
Bon, euh... C'est n'importe quoi.
- Speaker #1
On s'en fout ! C'est pour ça que c'est cool le cinéma ! Ça sert à rien ! Ok ? C'est le scénario qui détonge tout.
- Speaker #2
Pas tout, mais enfin beaucoup de choses. Oui, parce que je trouve que c'est... la chose sur laquelle on doit être le plus exigeant. C'est l'histoire.
- Speaker #3
Bonjour et bienvenue dans Phase B, le podcast sur les coulisses. et les métiers du cinéma. Aujourd'hui je reçois Claude Martin, président du festival des œillets à Dalby, un festival qui met à l'honneur le cinéma francophone depuis plus de 20 ans. Bonjour Claude.
- Speaker #4
Bonjour.
- Speaker #3
Merci d'être avec nous en phase B, on va parler ensemble de l'histoire du festival. de la manière dont on le construit, des rencontres qu'il permet, mais aussi de la place des festivals dans le cinéma aujourd'hui. Cette année ce sera la 29e édition des œillades du 18 au 23 novembre et pour commencer notre discussion j'aimerais qu'on revienne sur la naissance du festival, comment est née l'idée des œillades ?
- Speaker #4
Le festival est né en 1997. Mais l'association qui pilote le festival, qui s'appelle Cinéforum, existe depuis 1989, donc 8 années auparavant, où l'association faisait des rencontres de télévision. Elle n'était pas sur le cinéma directement, mais on faisait aussi déjà des soirées cinéma. Puis l'idée a germé, disons, en 1997, et s'est créé un festival qui a... qui a redonné un peu vie à l'association, qui tournait un peu en rond autour de la télévision. Et voilà, c'est parti comme ça, une envie pressante, j'allais dire.
- Speaker #3
Donc, dès le départ, ça a été une semaine autour du cinéma, ce n'était pas des événements tout au long d'une année ?
- Speaker #4
Voilà, on était sur un festival du film français à l'époque, on s'est positionné là-dessus. Rapidement, parce que qui dit festival international dit traduction. Du coup, on n'avait pas les moyens techniques ni financiers pour gérer ce genre de plaisanteries. Donc, on est parti sur du cinéma français. Et puis, petit à petit, ça s'est transformé en cinéma francophone. Alors, la question parallèlement que vous posiez, c'était...
- Speaker #3
Comment est-ce que l'idée des œillades s'est née ?
- Speaker #4
Oui. L'idée est venue, comme on faisait déjà des soirées cinéma, on s'est dit pourquoi pas un festival et c'est parti là-dessus. Alors avec la difficulté que quand on démarre ce genre d'opération, il faut un peu de métier, un peu de technique pour la connaissance du milieu. Alors on s'est fait aider par un certain nombre de gens qu'on connaissait bien par ailleurs et puis c'est parti assez vite. Je crois que dès la première année on a... On a fait une programmation qui tenait la route et avec un certain nombre d'invités importants. Puisqu'il y a eu la première année John Berry, il y a eu Bernadette Laffont, on a eu Nathalie Richard, on a eu un certain nombre d'invités un peu prestigieux.
- Speaker #3
Dès la première édition ?
- Speaker #4
Dès la première édition.
- Speaker #3
Est-ce que vous vous souvenez de l'ambiance qu'il y avait à cette première édition ? Comment ça s'est passé ? Est-ce qu'il y avait une certaine pression pour vous ?
- Speaker #4
La pression, il y en a toujours, même à la 29e édition. Disons que c'était un peu plus simple, dans la mesure où il y avait beaucoup moins de séances, donc beaucoup moins de films à présenter et à gérer, puisque la difficulté reste quand même d'obtenir les films que l'on veut auprès des distributeurs, d'accompagner les films via des invités réalisateurs ou acteurs, actrices, ou même techniciens du cinéma. Donc, c'était plus simple, mais ce n'était pas pour autant facile.
- Speaker #3
Et la bascule entre cinéma français et cinéma francophone sur le thème du festival, ça s'est fait à quel moment et ça s'est fait comment ?
- Speaker #4
Alors ça s'est fait il y a une quinzaine d'années, donc c'est quand même relativement récent. C'est vrai qu'on voulait s'ouvrir un peu à l'international, mais de manière raisonnée, tout en restant dans le... Dans la francophonie, on évite les cueils de la traduction, etc. C'était peut-être pour améliorer un petit peu la représentation à la fois des réalisateurs, des réalisatrices, s'ouvrir à d'autres cultures, même si la culture francophone est quand même assez semblable. Encore qu'il y a des pays comme la Belgique ou le Québec qui représentent différemment le cinéma qu'en France, je trouve. Ou en Afrique même aussi.
- Speaker #3
Oui, c'est ça. En fait, il y a des films à la fois belges, donc québécois, africains, français, bien sûr. Suisses aussi.
- Speaker #4
Luxembourg cette année aussi.
- Speaker #3
Le public sur les premières éditions, c'était plutôt des albigeois, c'était des étudiants, des cinéphiles. C'était quel type de public aujourd'hui ? Quel type de public on retrouve à la 29e édition ?
- Speaker #4
Le public n'a pas tellement évolué, je veux dire, dans sa représentation. On a toujours un certain nombre de gens cinéphiles. C'est vrai que c'est un public qui est relativement âgé. On dit toujours que le cinéma d'aujourd'hui est un cinéma fréquenté. Un certain type de cinéma d'auteur, je parle. Fréquenté par les... cheveux blancs mais pas que puisque nous l'objectif était justement d'éveiller un peu l'esprit critique du jeune public. On a beaucoup travaillé depuis le début, c'est le cas encore aujourd'hui avec le public scolaire, universitaire. Donc on en parlera sûrement, on a énormément d'actions vers ce type de public, mais il ne représente qu'un tiers, un quart de la fréquentation générale.
- Speaker #3
Et concrètement sur l'organisation du festival, comment ça se prépare ? Ça se prévoit combien de temps à l'avance ? Il y a combien de personnes qui travaillent dessus sur l'organisation générale ?
- Speaker #4
Alors l'organisation générale, bon, elle est faite par... nos 50 adhérents, on est autour de 50 personnes. On fonctionne, nous, avec des commissions particulières. Donc il y en a une sur la programmation qui démarre assez tôt, celle-là. On a une commission accueil et une commission communication. Alors ça démarre pratiquement à l'année, en fait. Puisque dès qu'on aura fini le festival cette année, fin novembre, il faudra faire les dossiers de demande de subvention pour 2026. Donc on n'arrête pas vraiment. Disons que les mois les plus... faibles en termes d'activité sont les mois de février et de mars. Après, dès le mois d'avril, ça repart puisqu'on lance la compétition au court-métrage. Et puis on commence à fréquenter les divers festivals là où on va aller chercher du cinéma. Je pense notamment à Cannes qui est un peu notre première sortie réellement. Qui est donc à mi-mai. Puis après, on enchaîne sur d'autres festivals. Et après, ça ne s'arrête plus. Et l'instant où on a lancé l'affaire en mois d'avril, il n'y a pas d'arrêt.
- Speaker #3
C'est ça, en fait. C'est que toute l'année, l'équipe travaille à se rendre dans des festivals de cinéma pour repérer des films, rencontrer aussi les équipes. Donc, il y a Cannes. Et vous avez partout en France ou c'est plutôt des festivals qui restent dans le coin, dans le sud-ouest ?
- Speaker #4
Non, ça reste quand même... On va partout dans le monde, j'allais dire. Même pas qu'en France. Puisqu'on fait le festival de Venise. après on finit On fait Angoulême, ça c'est vraiment très français. On arrive parfois d'aller à Namur, enfin en Belgique. On fait un festival québécois, mais qui a lieu en France, qui est à Florac et qui se déroule le début avril. Donc on a commencé par ça cette année, juste avant Cannes. Et puis, on ne fait pas que les festivals, parce qu'en fait, la programmation, vous voyez des films en festival, certes, mais après vous avez beaucoup de films qui vous sont envoyés par les distributeurs. On les reçoit sous forme de lien, un Vimeo, et nous, on essaye de les voir dans de bonnes conditions malgré tout. Donc, à l'aide d'un vidéoprojecteur, on sort une image qui fait pratiquement 4 mètres. Le son n'est pas terrible, mais on a quand même une belle idée de ce qu'est le film.
- Speaker #3
Oui, c'est plus pratique que de le regarder sur un ordinateur.
- Speaker #4
On n'est pas obligé de se déplacer chaque fois. On reçoit, j'allais dire... Au moins 50% des films via les liens Vimeo.
- Speaker #3
D'accord, donc les distributeurs qui...
- Speaker #4
Voilà, on les contacte en leur demandant qu'est-ce que vous avez en magasin pour nous cette année. Et c'est là où ils nous disent, tiens, on aimerait bien vous présenter tel film. On choisit ou on ne choisit pas.
- Speaker #3
Et vous disiez là juste avant, 50 personnes qui travaillent sur l'événement. Enfin, 5 adhérents, ça veut dire 50 personnes qui travaillent sur l'événement ?
- Speaker #4
Tout à fait.
- Speaker #0
C'est ça ?
- Speaker #4
Ouais.
- Speaker #3
Comment ça se passe, c'est divisé en plus ? plusieurs commissions sur les sélections, parce qu'il y a la compétition officielle, il y a les reprises, on va en parler un petit peu après. Comment est-ce que la sélection des films se fait ? Donc, ma question, je reviens, est-ce qu'il y a des comités ? Est-ce qu'il y a des critères très précis ? Comment ça se passe sur la sélection ?
- Speaker #4
On essaye de voir. Il y a des gens qui sont membres de la commission programmation, et c'est de voir l'ensemble des films. Mais ce n'est pas toujours facile, puisque nous, pendant l'été, on voit énormément de films et tout le monde n'est pas dispo mais on a toujours sur les 12 personnes de cette commission on a toujours cinq six huit personnes qui voient le film qui nous est proposée. On met tout ça en commun après pour décider quelle sera la programmation à venir. Après, il y avait une autre question.
- Speaker #3
Est-ce qu'il y a des critères précis ?
- Speaker #4
Des critères, oui. C'est-à-dire, en fait, on n'a pas une grille d'évaluation au sens qu'on pourrait imaginer, universitaire, scolaire. On a un ressenti global sur le film en se disant, voilà, bon, il y a... Ce film raconte quelque chose qui nous intéresse, parce qu'on estime que pour faire du bon cinéma, il faut quand même qu'il y ait une belle histoire. S'il n'y a pas de belle histoire, c'est très compliqué de vendre un film. Donc on part sur le ressenti global, et puis après on essaye de voir si ce film est suffisamment novateur, si ce n'est pas de la redite par rapport à du cinéma existant. On essaye de voir si le film va plaire à tout public. Il y a quand même un certain nombre de... paramètres qui rentrent en ligne de compte alors qu'ils ne sont pas listés comme ça mais dont on prend en compte au moment du choix final
- Speaker #3
Cette année il y a dans tous les longs et les courts métrages sélectionnés parce qu'il y a aussi des courts métrages il y a une quasi parité, il y a 22 qui sont signés par des réalisatrices, 26 par des réalisateurs réalisateur Et un par un duo mixte, est-ce que c'était important pour vous d'aller de plus en plus vers cette parité dans le cinéma, dans ce que vous proposez dans ce festival ?
- Speaker #4
Oui, tout à fait. Je pense que nous, ce n'est pas lié à la programmation 2025, ça fait quand même pas mal d'années maintenant qu'on a voulu justement respecter cette parité, parce que c'était normal de pouvoir donner la parole, plus que la parole du reste. Une réalisatrice qui était souvent invisible alors qu'elle faisait un travail remarquable. Et je veux vous dire même que quand on choisit les films, on n'a pas ça derrière la tête tout le temps. Et on les choisit parce que ce sont les meilleurs films qui nous plaisent. Donc je veux dire, c'est une parité qui n'est pas forcée, mais une parité naturelle. Et voilà, donc je pense qu'il y a beaucoup de festivals dans le monde qui pourraient prendre... Disons faire un petit peu comme on l'a fait parce que si on regarde de très près, je pense à Cannes notamment, ils ont 22 ou 23 films en compétition chaque année et il n'y en a que six ou sept qui sont réalisés par des femmes. Si on va à Venise c'est un peu le même tarif, c'est pas le cas dans tous les grands festivals du monde entier et nous on essaye de le faire en local. Bien modestement, certes, mais on le fait, on ne fait pas que parler, on est dans l'action par rapport à ça.
- Speaker #3
Le festival propose aussi des rencontres, des débats, lorsque les équipes des films sont présentes à la fin des projections, mais il y a aussi des masterclass qui sont prévus. Cette année, il y en a deux, une sur la musique au cinéma avec un compositeur de musique et une sur la restauration des films. Comment vous choisissez les intervenants et les thèmes de ces présentations ?
- Speaker #4
Alors, la première masterclass, si on peut dire comme ça, nous avons invité Michel Petrossian, qui est un grand compositeur de musique de film, qui était venu l'an dernier, c'est pour ça que ça a été facile pour le contact cette année. Il était venu parce que c'était le compositeur de...
- Speaker #3
En fanfare.
- Speaker #4
En fanfare, voilà. Et il était dispo. On avait testé avec plusieurs personnes. Ça les intéressait tous, évidemment. Mais ils n'étaient pas dispo. Donc Michel Petrosian a accepté. Ça tombait bien dans son emploi du temps. Et c'est parti comme ça. Sachant qu'on voulait quand même... C'était destiné essentiellement, même si c'est ouvert à tout le monde, c'est destiné à des étudiants options. musique. Alors il y a de l'école du lycée La Pérouse d'Albi puisqu'ils ont une option musique, mais aussi l'école de Saint-Cernin à Toulouse, le lycée Saint-Cernin qui a une double classe justement en option musique. Donc la priorité était donnée à ces jeunes, mais n'importe qui pourra assister à cette masterclass qui est sans doute assez pointue.
- Speaker #3
Et cette rencontre justement, elle rentre dans le thème de l'année dernière où c'était la musique et le cinéma, cette année c'est l'art et le cinéma, on reste sur cette thématique, parce que dans la programmation on propose des films qui parlent de littérature, de théâtre, de cinéma bien sûr, de musique. Ce thème il s'est imposé comment pour cette 29e édition ?
- Speaker #4
On voulait rester un petit peu sous cette dynamique artistique pour montrer que le cinéma n'est pas coincé dans sa bulle. Mais en plus, c'est vrai que la musique est de bien, puisqu'elle est présente pratiquement dans tous les films. Et puis, elle est toujours porteuse d'un plaisir extrême, souvent, même si certains ne l'utilisent pas très bon et si on. Dans le cinéma, il faut qu'elle soit signifiante. ne soit pas une musique additionnelle ajoutée comme ça pour dire, voilà, on va faire plaisir à du monde. Et du reste, le film d'ouverture va être un grand moment, je pense, par rapport à ça, puisque ce n'est peut-être pas l'objet maintenant d'en parler, à moins que vous vouliez que...
- Speaker #3
C'est quoi le film ?
- Speaker #4
Le film, c'est Véronique. Il s'appelle Véronique, et en fait, qui est un biopic sur Véronique Samson, qui a été fait par Tom Wolfe, qui est un réalisateur de documentaires. et qui s'est aidé d'énormément d'images d'archives, notamment de Lina. Et c'est absolument fabuleux. Pour celui qui aime Véronique Sanson, ça l'est d'autant plus. Pour les autres, je pense qu'ils apprendront beaucoup de choses sur sa vie, mais pas que. On la voit chanter énormément dans le film, donc c'est quelque chose qui va parler à beaucoup de gens.
- Speaker #3
Et pour revenir sur les rencontres durant le festival, il y a aussi une rencontre sur la restauration des films.
- Speaker #0
Pourquoi est-ce que vous avez choisi d'organiser ça ?
- Speaker #4
C'est un nom qu'on connaît très bien. André Labouze, qui a été longtemps le directeur technique de La Gaumont, qui est un ami depuis très longtemps, et qui a passé sa vie, puisqu'il est à la retraite depuis quelques mois. Il a passé sa vie à la Gaumont pour, chaque fois qu'un film sortait, c'est lui qui était responsable de l'image et du son, pour la qualité tout au moins, donc tous les films passaient dans ses mains. Donc c'est quelqu'un qui connaît énormément tout cela, et notamment son travail était de créer le catalogue de la Gaumont, qui existait avant lui évidemment, et qui l'a restauré des dizaines et des dizaines de films, voire des centaines. Donc on lui a demandé de venir. Alors il se trouve que maintenant, en plus, c'est le président de la CST.
- Speaker #3
Qui est la...
- Speaker #4
La commission supérieure technique de l'image et du son. Donc ils n'ont pas pris n'importe qui. Donc du coup, ils ont pris quelqu'un qui était véritablement du métier pour parler de tout ce qui est technique. C'est-à-dire, il est appelé, par exemple, pour vérifier si le son dans une salle fonctionne. Dès qu'il rentre dans une salle et que le film est lancé, il voit tout de suite si le film est dans sa bonne configuration, si le respect des éléments techniques de projection sont adaptés.
- Speaker #3
Le festival projette aussi des premiers films et des films de jeunes réalisateurs. C'est important pour vous de laisser la place à ce jeune cinéma aujourd'hui ?
- Speaker #4
Tous les ans, il y a évidemment un certain nombre de films de jeunes réalisateurs ou jeunes réalisatrices, mais ça se fait naturellement. Il y a toujours des jeunes réalisateurs qui sont brillants et qui font un premier film de qualité, donc c'est normal qu'on aille vers ce type de film. On ne recherche pas spécialement, ce n'est pas le Festival d'Angers ou un festival de premier plan. Tous les films choisis sont des films de première production. On en a chaque année et ça fait partie de l'éventail de la programmation francophone.
- Speaker #3
Est-ce que vous vous souvenez d'un jeune talent que vous aviez mis en avant dans le festival et qui ensuite a décollé, a connu un premier film ? Vous l'avez projeté, ensuite il a connu une belle carrière, vous avez un souvenir ?
- Speaker #4
Oh, il y a dû en avoir un certain nombre, c'est sûr. Comme ça, je me souviens, je me demande si Arthur Joffé justement n'avait pas aidé à... par le choix de son film, à l'aider un petit peu, parce qu'on n'est pas tout seul. Quand un film vient dans un festival, il va dans une vingtaine d'autres, une trentaine d'autres. Donc on fait bien modestement, on participe à sa naissance, au réalisateur ou à la réalisatrice. Oui, il y en a eu un certain nombre. Je n'ai pas de nom en tête, comme ça il faudrait que je fasse de la recherche. Le film qui a été primé l'an dernier, puisqu'on en parlait tout à l'heure, A bicyclette, je pense que c'était son premier long métrage. Je crois qu'il n'avait fait que des courts métrages avant, malgré son âge canonique.
- Speaker #3
En tant que réalisateur.
- Speaker #4
En tant que réalisateur, oui. Après, bien sûr, souvent les réalisateurs qui démarrent tard ont eu une carrière d'acteur avant ou de technicien du cinéma.
- Speaker #3
Et puis là, il continue sa carrière d'acteur puisque... Je sais qu'il est en tournage, vu qu'on en parlait tout à l'heure. Et est-ce qu'au-delà des jeunes talents, est-ce qu'il y a une rencontre qui vous a marqué durant ces 28 dernières années au festival ?
- Speaker #4
Oui, beaucoup même. La première était celle de John Berry, qui est en fait un réalisateur américain qui vit en France, enfin qui a vécu en France, puisqu'il est maintenant décédé, et qui a fait partie de la... de la liste des exilés liés au maccartisme aux Etats-Unis. Donc il était en partie des Etats-Unis en cachette pour pouvoir sauver sa peau, enfin, pour ne pas finir en prison, on va dire. Voilà, ça, ça avait été une super rencontre, puisqu'on a parlé de beaucoup de choses. Après, des rencontres, je pense à Tavernier, qui est sûrement l'homme qui connaît le mieux le cinéma dans le monde. et quand on parle avec lui... C'est-à-dire qu'on ne parle pas beaucoup, il n'y a que lui qui parle, parce qu'il a tellement de choses à dire qu'on est là tous à écouter ce qu'il raconte. Il y a plein de gens. Fanny Ardant aussi, qui est un personnage féminin de grand talent et qui irradie toujours par son charisme. je pense à Gilles Jacob qui était l'ancien patron du festival de Cazen qu'on avait reçu il y a une quinzaine d'années, et qui vraiment était venu apporter plein de richesses dans sa discussion, et notamment il est toujours sensible à la transmission, donc il voulait rencontrer des étudiants, il ne voulait pas faire de la représentation comme il n'était pas à Cannes, Il était à lui et il a même fait un journalier. à la télévision en direct chez nous. Ça a été une belle rencontre.
- Speaker #3
Et justement, quand il y a ces invités qui viennent au festival, vous, en tant que président, vous mangez avec eux, vous déjeunez avec eux, vous dînez avec eux. Comment ça doit être assez chouette, en fait, de pouvoir déjeuner, dîner, ou juste prendre un café avec des gens qui font le cinéma ? comment vous le... On en parlait aussi juste avant, c'est une organisation énorme, en fait, d'accueillir tous les invités et de les rencontrer.
- Speaker #4
Oui, dès l'instant où on sait que les films vont être accompagnés par un certain nombre de talents, puisque cette année, on est autour d'une quarantaine de talents, de nouveaux. On sait qu'il va falloir être en petits soins, les accueillir. Ça va depuis la récupération de la personne, soit à Blagnac pour l'avion, soit à Montauban pour le train, soit à Elbiville. l'a mené dans son hôtel. Après, il y a évidemment la vraie rencontre, c'est-à-dire le rencontrer physiquement et discuter avec lui, discuter avant le film, discuter après le film, ça peut être discuté aussi pendant le film, juste après pour le débat, voilà. Ça peut être aussi à table, dont vous parliez là, et souvent à table on a plus le temps pour se raconter des histoires qu'avec le public, avant ou après le film.
- Speaker #3
Souvent vous les avez au téléphone ou en visio avant de les rencontrer physiquement ou ça arrive rarement ? ...
- Speaker #4
C'est assez rare en fait, puisque nous on traite avec les distributeurs, qui nous disent, il y a un tel qui va venir, et tous les contacts qui se font en amont sont avec le distributeur. La véritable rencontre se fait quand il arrive à Albi, en fait. Sauf exception, je pense. Mathias Milleclouze, moi je l'avais vu à Angoulême, à la sortie du film. Je l'avais talonné pour que son film soit présenté à Albi. On s'est rappelé plusieurs fois parce qu'il m'avait laissé son portable. Mais voilà, donc c'est quand même assez rare, malgré tout, s'il y a des talents qu'on a rencontrés chez eux. C'est assez rare. Ou carrément, ils nous donnent rendez-vous chez eux.
- Speaker #3
D'accord.
- Speaker #4
C'est le cas de Téchiné, je me souviens. C'est le cas de Nicole Garcia. J'étais allé chez elle. Voilà, mais c'est un sur 50, quoi. Même pas.
- Speaker #3
Pour vous, un festival, c'est d'abord un lieu de promotion de films ou de transmission au public. Vous le voyez comment, le concept du festival ?
- Speaker #4
C'est un mélange des deux, c'est sûr. Pour nous, c'est transmettre des... transmettre des belles histoires mais on sait très bien que nous en programmant le film au festival on est aussi une aide à la vie du cinéma, à la vie du film grâce aux distributeurs qui nous fait confiance et après bon ça marche ça marche pas trop, la fréquentation de la salle bon elle est plus ou moins importante suivant l'histoire parce que souvent les gens Lise un programme et on a un mini synopsis d'une ligne ou de lignes. Et avec ça, les gens se font une idée et ils choisissent leur film. Sachant qu'on a toujours deux films qui fonctionnent simultanément. Il y a un véritable choix à faire pour quelqu'un qui veut passer son temps au festival. Et il sait très bien qu'il ne verra pas plus que la moitié des films.
- Speaker #3
Qu'est-ce qui fait que, selon vous, un festival attire son public ? Ça marche dans la programmation, dans la communication. Qu'est-ce qui fait venir le public, selon vous ?
- Speaker #4
Ça dépend des festivals, parce qu'il y a des festivals qui fonctionnent qu'avec des professionnels. Donc là, on sait que c'est un rendez-vous. Je pense à Cannes, notamment, où venissent les très grands festivals. On sait que là, viennent que des gens qui ont intérêt à venir pour acheter du cinéma ou vendre du cinéma. Ou voir du cinéma pour pouvoir programmer après. C'est un mélange de tout ça. Pour des festivals plus petits, on essaie de répondre à ces deux préoccupations du cinéma. Parce que si on n'était pas là aussi pour promouvoir un film, on n'aurait jamais le film. C'est du donnant-donnant avec la distribution et la production qui est derrière. Les productions, on ne les fréquente pas en permanence. Mais on sait qui sont derrière et qui poussent ou pas. On a des films qui ne sont pas donnés parce que la production souhaite réserver le film que pour quelques grands festivals. Ils ne veulent pas s'éparpiller. Et puis certains, ils ont peur aussi du festival.
- Speaker #3
Ça veut dire quoi, ils ont peur ?
- Speaker #4
Ils ont peur parce que si le film n'est pas bien reçu par le public... avec le boucheret, et que le film va sortir après en salle, ça veut dire pour eux que le film ne va pas marcher en salle. Alors des fois, certains films ne sont pas présentés par les distributeurs dans les festivals. Ils sortent directement en salle, sans être passés par la case festival.
- Speaker #3
D'accord. On le disait aussi, on l'évoquait au début, il y a aussi un accueil jeune public. Au festival, on essaye de mettre en avant des films pour le jeune public, de les faire venir au cinéma. Est-ce que vous pouvez déjà présenter un petit peu comment ça se passe, cet aspect-là du festival ? Et ensuite, j'aurais d'autres questions sur le jeune public.
- Speaker #4
Alors, concernant le jeune public, on essaye de travailler maintenant, depuis un certain nombre d'années, avec l'ensemble du jeune public. Alors, ça démarre chez les primaires. Donc là, on a des projections. qu'on leur propose, mais surtout on fait un travail de formation. C'est-à-dire que les petits, on leur donne les moyens de réaliser leur propre film. Avec l'aide de Mediatarn et de la Ménagerie de Toulouse, ils sont en immersion pendant huit jours dans leur école. Donc on déplace les moyens dans leur école. Et ils vont créer un court-métrage. Donc ils l'écrivent, ils créent les décors, il faut que tout ça, ils le tournent. Alors après, c'est vrai que le montage, le mixage, tout ça, c'est...
- Speaker #0
Ils sont beaucoup aidés par les professionnels, mais par contre ils sont à l'origine quand même de... Alors ils ont une thématique qui leur est proposée et on fonctionne comme ça avec quatre classes primaires d'Albi.
- Speaker #1
Et donc ils écrivent le scénario, ils font leur décor.
- Speaker #0
Ils filment et tout est fait par eux, presque. Donc ça c'est pour le côté primaire. On leur donne la possibilité également de montrer ce film, enfin le film qu'ils ont réalisé, lors d'une séance grand public. Donc il y a une séance spéciale où il y a les papis, mamies, les tatis, les mages. Donc tout le monde est là, les enfants, et ça se passe le samedi matin quand les gens sont un peu dispo quoi. Et ils voient donc leur film sur un écran, j'allais dire géant, de cinéma, de 14 mètres ou 20 mètres. Et après, on leur passe aussi d'autres courts-métrages qu'on leur offre, qui n'ont pas été créés par eux, mais qui donnent envie de faire d'autres choses, et surtout de voir un peu d'autres réalisations qui ne sont pas les leurs. Donc ça, c'est pour les primaires. Pour les collégiés, on a deux projets actuellement. Il y en a un qui s'appelle « Un film à l'auteur » , c'est-à-dire on choisit un film assez rapidement dans la programmation. souvent après Cannes. Il se trouve que cette année c'est la danse des renards de Valérie Carnoy en avant première ce qui est assez rare de présenter un film avec les scolaires en avant première et ils travaillent sur ce film pendant un mois et demi en amont du festival donc ils y sont actuellement et ils doivent après voir le film en présent du réalisateur et et pouvoir lui poser des questions. Donc, il participait à un débat d'après-projection avec le réalisateur. Ils ont préparé les questions et ils ont vu le film. C'est quand même un travail qui est assez... Oui,
- Speaker #1
il y a de la préparation à l'échange.
- Speaker #0
Il y a de la préparation qui repose sur la durée. L'autre projet qui s'appelle Programmateurs et Jurys, c'est-à-dire, en fait, nous, on a une compétition de courts-métrages dans le festival. Et cette compétition, on reçoit bon an, mal an, entre 100 et 200 films chaque année, qu'il faut donc voir dès le mois d'avril.
- Speaker #1
Vous regardez tous les films en entier ?
- Speaker #0
Oui, pas moi, parce que moi je ne fais pas partie de la programmation des cours, mais donc il y a une équipe qui travaille là-dessus, ils voient donc tous les films, les films sont notés par nos soins, et après on les propose à Mediatarn, qui est une structure qui travaille avec l'éducation nationale. Et ensemble, on choisit une liste d'une vingtaine de films qu'on envoie à ces cinq classes de collège qui participent au projet. Et eux, après, derrière, c'est eux qui font la sélection finale. Ils nous renvoient leur sélection en disant, nous, on aimerait bien, on va en choisir six ou sept, parce qu'il ne faut pas que la séance dure plus d'une heure et quart de projection. Donc ils ont cette contrainte. Et donc on peut dire qu'ils sont programmateurs, ça en l'est tout en l'étant.
- Speaker #1
Ils affinent la programmation.
- Speaker #0
Ils affinent la programmation. Et après, ils votent dans la salle, tous, pour élire le prix du jeune public. Le prix est remis après le débat avec les jeunes réalisateurs qu'on a invités également. Ça se passe le jeudi matin au La Pérouse. C'est un projet qui concerne cinq classes de collège.
- Speaker #1
C'était ma question, il y a combien de collégiens ? Cinq classes de collège.
- Speaker #0
Alors que dans l'autre projet, il y a trois classes de collégiens. Celui dont on a parlé tout à l'heure. Ça fait quand même huit classes de collège qui travaillent sur le festival. Après, sur les lycéens, on ouvre la programmation largement aux lycéens, mais on a un projet qui est centré sur les classes à option cinéma et audiovisuel. qui fréquentent pendant deux jours le festival. Donc ils ont la projection du film qui est au programme du baccalauréat. Ça fait partie d'un film qui est choisi par l'éducation nationale. Ils travaillent dessus, ils font une analyse filmique sur une journée et demie. Et après ils peuvent participer le soir, parce qu'ils ne sont pas dans le stage, à n'importe quelle projection du festival. Donc ça c'est encore un travail avec les lycéens. Et puis on travaille aussi avec les étudiants de L3 de la fac, des étudiants en lettres modernes.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et ils font le journal du festival. Tous les jours, ils écrivent le journal du festival qui est distribué le lendemain matin au public. C'est un travail qui est très lourd. Cette année, ils sont 18, donc ils vont pouvoir se répartir le travail et écrire ce journal qui fait souvent 8 pages, 12 pages.
- Speaker #1
Chaque jour ?
- Speaker #0
Chaque jour. Je peux vous dire qu'ils ne doivent pas beaucoup dormir la nuit pour que le journal soit opérationnel le lendemain matin.
- Speaker #1
Et donc ces étudiants, ils... ils ont l'occasion de rencontrer les équipes qui sont sur le festival pour les interviewer. Oui,
- Speaker #0
voilà.
- Speaker #1
Et ils écrivent des critiques. Voilà. C'est ça le...
- Speaker #0
Ils écrivent des articles en amont, pour ne pas être pris par le temps, etc. Ils écrivent des reportages sur ce que les publics ont pu dire de tel ou tel film. Ils écrivent aussi sur des reportages qu'ils réalisent eux-mêmes auprès des invités, des réalisateurs ou acteurs, etc. C'est un mélange, c'est un vrai journal de bord, sur les potins du festival. tout ce qu'ils ont pu noter de particulier.
- Speaker #1
Et est-ce que, pendant la durée du festival, vous essayez d'échanger avec le public, de voir comment est-ce qu'ils ont reçu tel film ou tel film, qu'est-ce qu'ils en ont pensé ? Vous essayez d'aller à cet échange-là avec le public ?
- Speaker #0
On essaye, mais c'est difficile parce qu'on n'a pas le temps. En fait, souvent, à la sortie d'un film, on rencontre des gens, on parle De Minou, ce n'est pas un échange hyper construit au sens où on ne se met pas autour d'une table et on délibère, on analyse. Non, on ne peut pas faire ça, c'est trop complexe. Certains peuvent le faire, comme les étudiants justement, puisqu'ils préparent leur article, donc ils ont besoin de ça. Puis il y a un autre retour, celui-là est un peu plus objectif, qui est celui de la compétition. Puisqu'on fait voter le public sur les films qui sont en compétition. et on a en retourné tout puisqu'on sait très bien si le film a été très bien accueilli bien accueilli moyennement accueilli s'il n'a pas été accueilli du tout voilà on a plusieurs niveaux un peu d'évaluation sur la petite fiche que chaque oui voilà c'est ma question spectateur ça se passe sur des fiches pour l'élection par le public a fait on leur remet des fiches normalement à l'entrée avec un stylo et en sortant ils nous donnent le résultat de leur vote
- Speaker #1
Est-ce qu'un festival de cinéma, vous pensez que ça peut aider à ramener certains spectateurs qui seraient « fâchés » avec la salle de cinéma, à les ramener au cinéma ? Vous pensez qu'il y a aussi peut-être ce rôle ? dans le festival de cinéma ?
- Speaker #0
Nous on sait très bien qu'à Albi, puisqu'on utilise des salles qui ne sont pas les nôtres, on utilise les deux salles CGR plus la salle Arcee, la scène nationale, on sait très bien que chaque salle a globalement son public. Alors le fait que les films d'auteurs passent, peu importe la salle, j'allais dire, pour nous, puisqu'on est obligé de les répartir sur la totalité des six jours, certains spectateurs n'auraient pas... pas imaginé voir ce film, j'allais dire, au Cordelier, et inversement.
- Speaker #1
Qui est le multiplex à Albi, pour expliquer.
- Speaker #0
Qui est le multiplex à Albi, qui est centré, plus qu'éventuellement, sûrement sur un cinéma beaucoup plus commercial, grand public, alors que... La Pérouse, il est plutôt centré sur une forme d'arrêt-essai, un peu comme la scène nationale. Donc, ramener les gens vers les salles, oui, mais pas dans le souci de voir les ramener coûte que coûte pour dire, voilà, on est mieux assis là que... Non, on n'a pas cette problématique en tête.
- Speaker #1
Donc là, c'est la 29e édition des OEAD. Vous pensez déjà aux 30 ans ?
- Speaker #0
Oui, quelque part oui, parce qu'on se dit qu'il va falloir mettre des petits plats dans les grands pour la 30e, et que faire pour améliorer encore l'existant ? Ça c'est la question qui nous taraude tous. Ce qui est sûr, c'est que si on veut réussir la 30e, il va falloir faire venir des... Non pas des stars, parce que c'est pas du tout le mot, mais des talents connus pour attirer un plus grand public, pour faire vivre un peu mieux le festival, trouver encore des solutions pour attirer plus de professionnels et pas uniquement fonctionner avec un public local. Il faut qu'il y ait les deux dans un festival pour que ça fonctionne sur la durée. Voilà, donc oui, on y pense.
- Speaker #1
Il y a déjà une thématique qui se dessine ? Non. Vous y pensez à quel moment d'ailleurs, à la thématique de l'édition ?
- Speaker #0
Assez tôt, vers le mois d'avril-mai, quand on démarre les hostilités. On ne sait pas. Alors c'est vrai qu'il existe dans le paysage culturel départemental une thématique chaque année. qui est lancé par le département du Tha, mais que nous on ne peut jamais respecter véritablement parce que cette thématique ne colle pas à nos films, etc. Alors il faut voir cette année si on peut rentrer dans cette thématique-là, mais on n'a pas envie de s'embêter avec les thématiques parce qu'on en a une qui est déjà générale, qui est le film francophone. Si on en met une deuxième qui sera donc une sous-thématique, on risque à un moment donné de... De programmer difficilement, on ne veut pas être pieds, poings, leillés sur une thématique. Même si on en... Cette année, l'exemple concret, là on est sur les arts au cinéma, mais tous les films n'ont pas trait à cette thématique-là, et heureusement. Voilà, parce que sur cinq grands films, ça serait impossible. Après, il y a des thématiques qu'on peut reprendre chaque année, puisqu'on les retrouve maintenant pratiquement tous les films. Mais ça peut être ça, oui, effectivement. Si on s'aperçoit que 4, 5, 6 films sont sur la même veine, avec la même thématique, on peut la choisir comme thématique générale. Mais on voit bien là les limites de ce système. Il vaut mieux choisir une thématique à l'avance et essayer de faire entrer des films récents. ceux qui peuvent rentrer dans cette thématique, mais aussi aller vers le film du patrimoine pour aller chercher des films qui marquent cette thématique.
- Speaker #1
Il y a des reprises aussi dans ce festival. Comment ça se passe ? Vous rachetez les films auprès du distributeur ?
- Speaker #0
Non, en fait, on n'achète rien. On négocie avec un distributeur. En fait, ce sont les cinémas qui le font à notre place. Nous, on négocie avec le distributeur pour avoir le film. De l'instant, ils nous disent OK. On met en contact l'exploitant de la salle de cinéma avec le distributeur en question. Et lui, il commande le film officiellement parce qu'il a une billetterie CNC, alors que nous, on n'a pas de billetterie CNC. Et à partir de là, il rentre dans la négociation. Vous savez, actuellement, pratiquement 99% des films ne sont pas achetés. C'est-à-dire qu'on ne paye pas de minimum garantie. Les distributeurs se rémunèrent en 50-50, ce qu'on appelle. C'est-à-dire quand vous payez une place d'entrée à 8 euros, il y a 4 euros qui restent au cinéma pour la gestion de son personnel, l'électricité, tout ce qu'on veut, et 4 euros qui repartent à la fois aux distributeurs, aux producteurs et à la taxe sur les spectacles. Donc voilà, c'est ce qu'on appelle le 50-50. Et pratiquement tous les films que l'on programme sont sous la bannière du 50-50. Sauf quelques films qui ne sont pas distribués en France. C'est le cas notamment avec des films francophones qui n'ont pas de distributeurs en France, et auquel cas il nous faut négocier des minimums garantis avec les distributeurs, enfin avec les vendeurs internationaux qui vendent le film. Alors ça peut être 200 euros, 150 euros, 300 euros. Des fois ils ont des idées folles, donc on nous a proposé un film à 900 euros cette année, on a dit mais tu le gardes, voilà. Et puis après, on peut négocier, j'ai dit d'accord. Moi, j'ai dit, on peut mettre 200 euros, mais pas 900. Donc du coup, la baisse est presque légendaire.
- Speaker #1
Oui, là, c'est très mal fait. Voilà, donc,
- Speaker #0
mais ça nous est arrivé cette année sur un film, oui. Mais c'est normal, parce que là, ils sont quand même obligés d'exister, de vendre leurs films. Et eux, ils n'ont pas l'habillateur ICNC pour récupérer 50% de la recette. Donc, ils demandent un minimum garanti.
- Speaker #1
Dans toute la programmation des 49 films cette année, une quarantaine de films, vous avez un coup de cœur ? Un film que vous avez particulièrement envie de mettre en avant ?
- Speaker #0
Il y en a plusieurs, c'est compliqué ça. Je sais qu'on nous demande toujours ça. C'est vrai que le film Véronique, on a été deux à le voir à Angoulême. J'ai voulu à tout prix le voir et on l'a réussi à l'avoir en ouverture. C'est un film qui n'est pas fait pour le cinéma, mais pour la télé. Donc on le passe avant qu'il sorte en France à la télé. Donc là déjà, il faut négocier dur, parce que c'est France Télévisions.
- Speaker #1
C'est avec la chaîne de télé que vous négociez dur ?
- Speaker #0
Non. Là, ça a été directement avec Lina, qui est producteur et distributeur du film. Et je sais qu'ils vont le passer dans quelques festivals, mais très peu de sorties. C'est normal, la télé veut que le film soit vu pour la première fois, à peu près.
- Speaker #1
Oui, que ce soit inédit.
- Speaker #0
Oui, que ce soit inédit pour eux, parce que si le film a été vu pendant un an avant, ça ne va pas fonctionner. Voilà donc peut-être qu'après le film, s'il marche très bien dans les festivals, mais s'il marche très bien surtout à la télé, il se peut qu'il ait une carrière cinéma après la sortie. Ah vous pensez que c'est possible ? Ah oui oui c'est possible.
- Speaker #1
Ça marche dans le sens inverse ?
- Speaker #0
Dans le sens inverse oui.
- Speaker #1
Est-ce que des fois quand on fait la programmation du festival avec toute l'équipe, il y a des fois où vous n'entendez pas ? Il y en a qui ont envie de programmer un film d'autres non ?
- Speaker #0
Ouais ben heureusement ! Oui, c'est normal, puisqu'il y a différentes sensibilités qui sont représentées dans un groupe comme ça. Mais on finit toujours par s'entendre et on peut rejeter des films parce que l'entente n'est pas suffisante. Même des films qu'on accepte, souvent ils ne sont pas acceptés par tous. Acceptés, je m'entends, il n'y a pas un veto sur le choix du film, c'est juste... Moi je l'ai moyennement aimé, d'autres l'ont beaucoup aimé, mais on le prend quand même. Et puis on est sollicité par les distributeurs, alors vous nous le prenez votre film ? Donc c'est complexe quand même. Il y a notre choix, il y a le choix des distributeurs ou des producteurs. Et puis après on aime bien savoir si le film va être accompagné ou pas. Souvent on nous dit, prenez le film mais il n'y aura personne. Il y a beaucoup de grands distributeurs qui font comme ça, parce que ça les embête de s'occuper des festivals. Ça leur fait du boulot en plus.
- Speaker #1
Oui, de gérer les déplacements.
- Speaker #0
Voilà, c'est du taf, quoi. Voilà, bon. Oui, effectivement, il peut y avoir des dissonances.
- Speaker #1
Pour terminer, est-ce que vous avez des attentes particulières pour cette édition ?
- Speaker #0
La tente principale, c'est la fréquentation, quoi. Nous, s'il n'y a personne dans les salles, c'est sûr que c'est un échec. Et puis, pas que pour nous, c'est surtout pour les cinémas qui accueillent les films. C'est aussi un échec pour l'invité qui se déplace pour une salle vide. Donc, voilà, on a intérêt à réussir quand même la chose pour que le festival perdure, tout simplement.
- Speaker #1
Merci beaucoup, je n'ai pas plus de questions, c'est la fin de cet épisode de Phase B que vous pourrez retrouver en version vidéo sur Youtube et sur toutes les plateformes de podcast. Merci Claude Martin d'être venu.
- Speaker #0
Merci à vous.
- Speaker #1
On peut suivre le Festival des Oleds sur les réseaux sociaux, Facebook, Instagram, où vous postez quand même pas mal de actualités, notamment pendant le festival.
- Speaker #0
Et puis moi je vous donne rendez-vous le 1er décembre.
- Speaker #1
pour le prochain épisode de Phase B. A bientôt !