Speaker #0Il y a des choses qu'on nous dit quand on devient maman ou quand on s'apprête à le devenir. Que c'est magique, que c'est une bénédiction, que c'est le premier jour du reste de notre vie. Et oui, tout ça est vrai. Et c'est même encore plus fort. Parce que tant que l'on n'est pas maman, on ne peut pas s'imaginer ce que c'est. C'est un sentiment divin, inexplicable et indescriptible. Mais il y a aussi ce qu'on ne dit pas ou qu'on murmure très très bas. La femme. qu'on était juste avant. Celle qui avait ses rythmes, ses désirs, ses espaces à elle. Celle qu'on cherche des yeux dans le miroir quelques semaines après l'accouchement et qu'on ne retrouve pas forcément. Parce que le corps a changé, et l'intérieur aussi. Aujourd'hui, je veux parler de cette femme-là. Pas pour culpabiliser, pas pour se plaindre, mais pour nommer ce que beaucoup d'entre nous ont vécu en silence. Quand ma fille est née, il y a bientôt... deux ans, j'étais dans un état que je serais incapable de décrire, tellement c'était complexe. Tout et son contraire en même temps. Je tenais quelque chose d'immense dans mes bras et en même temps je ne réalisais pas vraiment. Comme si mon cerveau n'avait pas encore intégré que j'étais maman. Que ce petit être-là, c'était moi qui en étais responsable pour au moins les deux décennies suivantes. Et ça c'est flippant quand on y pense comme ça. Et puis, il y avait le monde entier qui s'invitait. Les avis, les conseils qu'on n'a pas demandé. Les inconnus dans la rue, au restaurant, la famille, tout le monde avait quelque chose à dire. Franchement, si tu m'écoutes et que tu es de ce genre, juste ferme-la. Si on ne t'a pas demandé, garde-le pour toi. Parce que ce dont on a besoin en postpartum, ce n'est pas de savoir comment toi tu as réussi à faire des nuits complètes à ton bébé au bout de trois jours. Non, ce qu'on veut à ce moment-là, c'est de la légèreté et de l'aide concrète, même quand on ne sait pas encore la demander. Avec le recul, Chaque chose que j'ai traversée avait son contraire collé dessus. C'est très bizarre comme sensation. L'allaitement par exemple. Chaque tété était comme une bulle, juste elle et moi. Quelque chose de sacré. Et en même temps l'allaitement exclusif, c'est l'insomnie, la fatigue, le ralentissement de tout. Le cerveau, le corps, tout. J'ai adoré cette expérience, autant qu'elle m'a épuisée. Les premières sorties aussi, post-accouchement, s'organiser. au millimètre près pour sortir changer d'air, le regretter cinq minutes après avoir décollé de la maison. Et j'en passe des exemples. Le postpartum, c'est vraiment le no woman's land de la clarté. Et puis il y avait le reste. La fatigue, pas juste le manque de sommeil, une fatigue qui allait plus loin. Mon corps qui essayait de se remettre d'une césarienne et cette solitude étrange. Mes amis les plus proches n'étaient pas encore maman. Elles m'aimaient vraiment mais ne pouvaient pas comprendre. pas vraiment, pas ce qui se passe à l'intérieur. Celle qui était déjà maman, je ne me retrouvais pas en elle. Je pense que la phrase qui revenait le plus, c'est « Tu n'as rien vu encore. » Charmant, les filles. Rares ont été celles qui ont su être là en silence et en soutien total. Et je les remercie. Il y a eu un moment, je ne saurais pas dire exactement quand, où j'ai réalisé que je ne me reconnaissais plus vraiment. Pas de façon dramatique, pas du jour au lendemain, mais progressivement. Les journées se ressemblaient, mon cerveau était... tellement saturé que je n'avais plus d'espace pour penser à moi, à ce que j'aimais, à ce qui me faisait du bien, à la femme que j'étais avant. Le laisser aller s'installer, pas par paresse, par épuisement. Et la chose la plus étrange, personne n'en parlait. On m'avait certes préparé à l'accouchement, aux nuits sans sommeil, aux biberons, à l'allaitement, mais personne ne m'avait dit, tu vas peut-être te perdre un peu, et c'est normal, tu peux en revenir. Le postpartum est une tempête physique. hormonale et aussi identitaire. On devient un maman, c'est immense, bouleversant, magnifique, mais dans ce mouvement, on perd parfois le fil de qui on était en dehors de ça. Il y a un terme que je trouve génial pour décrire tout ça, c'est la matrescence, ce mélange entre maternité et adolescence, parce que tout comme les adolescents, on se cherche, on se construit, on repense l'avenir, on doute, on avance, on rigole, on pleure, des fois c'est tout ça en même temps. Donc je te laisse imaginer le bordel intérieur. Se retrouver après la maternité, ça ne veut pas dire redevenir qui on était avant. Parce que je pense qu'on ne redevient jamais vraiment exactement comme on était. La maternité nous traverse et nous transforme pour nous déposer ailleurs. Se retrouver, c'est apprendre à connaître cette nouvelle version de soi. Celle qui est maman et femme. Celle qui a des besoins et qui prend soin. Celle qui peut s'oublier parfois dans l'amour qu'elle donne et se rappeler qu'il existe aussi. Ça prend du temps, c'est un chemin, je dirais même avec le recul que j'ai aujourd'hui, que c'est un chemin initiatique et je sens que je l'ai à peine démarré. La gratitude d'être maman. et le deuil de certaines versions de soi, l'amour immense pour son enfant et l'envie légitime de se retrouver. On n'en parle pas à haute voix, alors que les deux peuvent coexister, tout comme la lumière et l'ombre coexistent en chacun de nous. Où est le mal ? Si tu écoutes cet épisode et que tu te reconnais, j'aimerais te dire que tout ce que tu ressens est réel, ce que tu traverses est valide et vouloir te retrouver ne fait pas de toi une mauvaise mère, ça fait de toi une femme entière. N'hésite pas à partager cet épisode avec toutes les mamans qui t'entourent et on se retrouve d'ici deux semaines pour un échange sur ce sujet avec une femme qui côtoie les mamans tous les jours, dans leur intimité, leur force et leur fatigue. Meryem Kanaendoula sera mon invitée sur Flow pour ce mois d'avril consacré à la maternité. Si tu as aimé cet épisode, n'hésite pas à laisser des étoiles sur ta plateforme d'écoute et à nous suivre sur Instagram.