- Speaker #0
Bonjour ou bonsoir, ça va dépendre de l'heure à laquelle vous allez écouter ce nouveau podcast après Fracture, la revue. Voici maintenant Fracture, le podcast. Nous allons parler d'un film qui va être projeté à l'Institut français d'Alger le 22 janvier. Ce film s'intitule Arco d'Ali Basson, de Hugo Bienvenu. Un film qui avait créé une sensation assez incroyable au Festival de Cannes en 2025. Il est sorti en France le 22 octobre 2025 et qui raconte tout simplement l'histoire d'une petite fille de 10 ans, Iris, en 2075 qui voit un mystérieux garçon vêtu d'une combinaison arc-en-ciel tombée du ciel passer Arco. Il vient d'un futur lointain et idyllique où voyager dans le temps est possible. Iris le recueille et va l'aider par tous les moyens à rentrer chez lui. Ça, c'est le synopsis que l'on retrouve dans le dossier de presse. Et avec les critiques de cinéma de la revue Fractures, nous allons essayer peut-être de déconstruire ce synopsis. Mais avant cela, il faudrait peut-être les présenter. Bonjour Nariman, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Ça va, Alhamdoulilah. Et toi Samir, tu vas bien ?
- Speaker #0
Pour parler de cinéma, je vais toujours bien. C'était la phrase banale de l'émission. Lina, à mes côtés, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Super, très enthousiaste.
- Speaker #0
Merci à toi Lina. Et Sadek ? Comment vas-tu Sadek ?
- Speaker #2
Ça va, ça va très bien et vous ?
- Speaker #0
On me vouvoie, c'est génial. Grâce au podcast, on me vouvoie. Je disais donc qu'Iris recueille Arko et va l'aider par tous les moyens à rentrer chez lui. Sadek, est-ce que toi aussi Iris t'a aidé à rentrer chez toi quand tu as découvert ce film ?
- Speaker #2
Iris, oui. Iris est un personnage qui peut représenter la perception des choses par rapport à ce film chez le spectateur. On a Arco. En fait, je voulais commencer par ce rapport-là, Arco et Iris. Arco, c'est l'appréhension d'un arc-en-ciel. C'est ce qu'on voit justement. La toute première chose qu'on voit chez cette famille-là, de là où Arco vient, donc on a l'arc-en-ciel et Iris, cette partie du système oculaire qui fait rentrer la lumière. C'est tout ce rapport-là. déjà un rapport qui commence dès le début fort, on va dire, et on va en parler par la suite, comment ça développe, comment les choses vont se développer, mais aussi comment cette relation a commencé. Déjà la présentation commence par Arco qui habite avec... sa famille dans un monde, je ne sais pas si le film le dévoile bien ou non, mais il s'annonce comme une personne qui vient du futur.
- Speaker #1
Oui, mais l'année n'est pas mentionnée, il me semble, dans le film.
- Speaker #2
Exactement, alors que nous, on commence en dessous des nuages. Donc c'est la seule chose qu'on connaît d'Arco et de sa famille. Et puis, il tombe sur Terre dans une année un peu 2070. 75. 75, c'est ça. Donc, 50 ans de cela, dans un monde futuriste par rapport à nous, mais quand même un monde un peu différent de ce qu'on a eu l'habitude de voir dans le cinéma. Généralement, 2000... au-delà de 2050, c'est un monde apocalyptique ou bien post-apocalyptique. Là, je reviens sur deux références que j'ai en tête, Conan, l'enfant du futur, d'une série de Miyazaki et Black Mirror. Plus précisément, j'ai cette référence en tête, l'épisode Nosedive. Mais là, on est face à un produit cinématographique qui est un peu, on va dire, pessimiste par rapport à notre futur. On va dire, au moins, dans tout ce qui entoure l'humain, l'écosystème, les animaux. en rajoutant des robots, mais peut-être les relations qui deviennent de plus en plus froides, surtout le rapport, c'est ce qu'on va voir dans le rapport entre Iris et ses parents.
- Speaker #0
D'ailleurs, on parlera aussi un peu du robot, parce que quand nous avons préparé cette émission, l'un d'entre vous nous disait que c'était un... On se posait la question de savoir est-ce que c'est un personnage ? ou peut-être un simple levier scénaristique au service du récit. On va continuer. Quand on a préparé cette émission, ont été évoquées la construction du récit et puis surtout l'ambiance émotionnelle. Vous disiez qu'il y avait une espèce d'impression de fourre-tout comme une accumulation de codes connus de la science-fiction. Et pour l'ambiance émotionnelle, je me souviens que ce qui a été évoqué, il y avait une espèce de sentiment de forçage émotionnel, une tonalité volontairement déshumanisée. Avec le recul, est-ce que ce sont deux aspects qui te questionnent, Nariman ?
- Speaker #1
Alors oui, tout d'abord, je voudrais juste revenir sur quelque chose que vous disiez quand tu as présenté le synopsis samer. C'est curieux, on présente... Iris comme étant la protagoniste du film. Or moi, franchement, j'ai vu que c'était Arco qui était le protagoniste parce que c'était lui qu'on suivait, c'était sa destinée, c'était son voyage à lui. Pour moi, Iris n'est qu'un personnage secondaire. Déjà, je trouve que c'est la manière dont le film est présenté et à mon sens, biaisé. Mais pour revenir à ce que tu dis, effectivement, je trouve que le film force l'émotion. Sachant que l'intrigue, à mon sens, elle est très banale. C'est une intrigue qu'on aurait pu voir n'importe où. Et effectivement, le personnage du robot, pour moi, c'est un personnage levier parce qu'au début du film... On a l'impression qu'il y a une sorte de dénonciation de la dépendance de l'humain aux technologies, donc aux robots. On le voit dans le film, les robots occupent tous les postes quasiment. On ne voit que des robots et le peu d'humains qu'on voit sont limite effacés. Les robots prennent la place des professeurs. des forces de l'or, des pompiers, etc. Et c'est eux qui s'occupent des tâches ménagères et des ménages. Et il y a même un moment dans le film où, justement, il y a une conversation entre les deux enfants, donc Arco et Iris. Et Iris, elle s'étonne que chez lui, donc dans un futur plus éloigné, il n'y ait pas de robot. Et Arco, il lui dit, on fait tout nous-mêmes. Donc moi j'ai vu ça comme vraiment une dénonciation de cette dépendance aux technologies. Sauf qu'au final, il y a une sorte de paradoxe, puisque la résolution de l'intrigue se fait grâce au robot. Donc c'est quelque chose qui me questionne, tout en sachant que le personnage du robot est un personnage... qu'on a vu et revu. C'est un personnage limite de la pop culture. C'est Wally, c'est l'homme bicentenaire, c'est l'éternel fantasme de la machine qui éprouve des émotions. Et franchement, je trouve que ce personnage est usé. On en a marre de ce personnage, sachant que limite, c'est impossible qu'une machine éprouve des émotions. éprouvent des émotions, mais on continue quand même à réutiliser ce personnage. Pour moi, c'est une sorte de confort qu'on accorde au spectateur, qu'on ne sort pas de cette zone de confort pour ne pas déstabiliser le spectateur.
- Speaker #0
Si j'ai bien compris, il y a un sentiment d'usure par rapport à ce traitement, par rapport à ce personnage. J'avais lu quelque part euh... L'idée même de faire ce film de la part de Hugo Bienvenu, c'était en quelque sorte une espèce de donnée de l'espoir. Parce que ce n'est pas un film uniquement qui est accessible pour les enfants, c'est vraiment pour un panel, pour tout le monde. Et il y avait comme ça... une idée de prendre vraiment le meilleur de cet espoir-là et d'en faire un film. Est-ce que ce sentiment-là, ou autre peut-être, est-ce que c'est quelque chose que tu as remarqué, Lina ? Et puis surtout, ton rapport au film, est-ce que le film, pour le coup, t'a ému ? Voilà, tout simplement, est-ce que c'est un film qui t'a ému ?
- Speaker #3
Alors, pour être honnête, j'ai beaucoup eu de mal à rentrer dans le film et à être émue. ce que je pense problématique dans Arco C'est son absence d'incarnation, si je puis dire ainsi les choses. J'ai un problème, je n'arrive pas à croire à cette émotion, à ce forçage d'émotion comme tu le disais. Et je pense que ça passe en premier par les personnages et notamment par le dessin, donc l'animation. J'ai eu cette sensation, j'ai presque cru que c'était eux les robots, si on prend l'exemple d'Arco et d'Iris. Je suis désolée, mais j'avais l'impression d'avoir seulement des silhouettes, mais sans âme. Lorsqu'on regarde leur manière d'agir, de bouger plutôt, de parler, c'est très mécanique, très robotique.
- Speaker #0
Ce qui serait la continuité finalement de l'intention.
- Speaker #3
Oui, mais c'est un film qui est censé nous émouvoir et parler aux enfants. Donc là, il y a une espèce d'incohérence, je trouve. Et si je prends juste une référence que tout le monde connaît, j'imagine, les malheurs de Sophie. J'ai trouvé quelques similitudes dans le dessin, si ça se dit, oui. Et par contre, là, l'émotion manquait. Alors que dans les malheurs de Sophie, ça reste une série d'animation française. Et voilà, pour rester vraiment en France. Et franchement, c'est pas pour rien que c'est une série culte qui nous a accompagnés durant notre enfance. c'est... on a été émus par ce programme-là. Donc, en gros, je voulais juste faire un peu le parallèle entre les deux. Et justement, dans Arco, je n'arrivais pas à adhérer à l'histoire, au message que bienvenue souhaite nous transmettre. Donc, à partir de là, je n'arrivais plus, je n'ai pas pu entrer dans le film. Et donc, il n'y a pas eu de lien qui a été fait, en quelque sorte. Après, bon, j'entends l'intention, on voit qu'il veut parler de plusieurs choses à la fois mais toutefois sans aller au bout, sans creuser ses thématiques tu avais parlé de fourre-tout thématique et à juste titre c'est parfait comme expression, donc est-ce qu'il veut parler de d'écologie c'est vrai qu'il vend ça comme étant un film aussi qui parle d'écologie, de réchauffement climatique etc, mais Mais ce n'est pas tout. tant que ça développé ou expliqué, c'est là où je trouve que c'est incohérent, étant donné que c'est censé être explicite si c'est pour les enfants. Alors que cette thématique-là, je trouve qu'elle est vraiment très très subtile, amenée très subtilement. À côté de ça, ça parle de l'enfance, du passage à l'adolescence, et tout ce que ça implique comme contrainte, le rôle de la parentalité. dans le futur, les parents sont absents, on voit qu'ils sont en ville durant toute la semaine pour le travail. Donc là il y a aussi la notion du capitalisme qui est poussé à son paroxysme dans un monde futuriste régi par les robots. J'ai eu un peu pitié d'eux dans ce film d'ailleurs, ils n'ont pas le rôle des méchants, j'ai eu un peu de pitié. Et voilà donc en gros il m'a perdue. Donc, absence d'émotion, d'incarnation, plus pour tout thématique, ce cocktail m'a vraiment empêchée, on va dire, de défendre le film.
- Speaker #0
Les Malheurs de Sophie, je rappelle, c'est d'abord un roman de la Comté de Tégur. Alors donc, en gros, si j'ai bien compris, après Sadek, Nariman ou Lina prenaient la parole, mais si je comprends bien, il y a aussi peut-être une distance vis-à-vis de ce que nous propose Hugo dans l'esthétique visuelle. Comme si c'était peut-être quelque chose, je ne vais pas dire de daté, mais qu'on aurait déjà vu quand tu évoques la figure des parents. Moi, ça me rappelle le voyage de Chihiro, comment les parents se transforment en porc. Et d'ailleurs, Miyazaki, c'est une référence citée, volontaire, et c'est très bien comme ça. Mais est-ce que, donc, question, est-ce que lui, si j'ai bien compris un peu ce que vous disiez, est-ce qu'il arrive à sortir, de se démarquer de toutes ces références et à nous proposer... quelque chose où on reconnaîtrait une patte, un style, une identité. Sadek ?
- Speaker #2
Je vais juste rajouter un exemple par rapport au robot. Un film qui est sorti en 2024, si je ne me trompe pas, The Wild Robot, de Dreamworks. The Wild Robot, ça vient dans ce style-là. Pour ne pas spoiler, on va voir un truc. Il y a des similitudes entre les deux par rapport au robot. Sinon, dans le style, dans la patte, ou bien cette touche cinématographique, ou bien le style narratif, ça me rappelait deux écoles, celle de Kubrick et celle de Fellini. Genre, on a l'impression que ça parle de beaucoup de choses et ça parle de rien en même temps. Alors, je reviens sur ce que Lina a évoqué. que le film ne va pas jusqu'au bout. On n'a pas des explications, bien des réponses aux questions que le film pose ou bien nous pose nous-mêmes. Donc, il est là pour se questionner et je pense que qu'il suit cette philosophie-là que Personne ne détient la vérité et la vérité n'est jamais absolue.
- Speaker #1
Tu m'excuseras Sadaq, mais tu as cité par exemple Félini. Oui, effectivement, il n'y a pas de réponse, mais on parle du processus. Sauf que là, dans Arco, je trouve qu'il y a vraiment un goût de déjà-vu, mais aussi un goût de quelque chose qui est encore en cours de construction. Je m'explique. C'est... Pour moi, c'est un film de paradoxe. Tu avais dit tout à l'heure, Samir, qu'Arco, et à juste titre, le réalisateur lui-même le dit dans plusieurs interviews, dans une interview d'Interfrance, que pour lui, Arco symbolisait l'espoir et la légèreté. Je trouve ça très ironique. Pour moi, le film lui attribue le rôle inverse. C'est-à-dire qu'Arco... Il est à l'origine d'énormément de catastrophes, sans spoiler le film, mais juste par pure caprice, sachant que Arco veut voyager dans le temps alors qu'il n'a pas l'âge réglementaire, il a 10 ans et normalement les voyages commencent à 12 ans, mais lui a envie d'aller voir les dinosaures, donc il vole la combinaison de sa sœur et... Il prend l'initiative de voyager dans le temps, sauf qu'il retombe dans un passé qui n'est pas si éloigné que ça, donc en 2075. Et ce voyage est à l'origine de beaucoup de malheurs. Et le film, à aucun moment, ne traite ses conséquences. Arco reste un enfant pur, magique, c'est-à-dire qu'on ne traite même pas ses conséquences. Je trouve que déjà, il y a une sorte de... Comment dire ? C'est un film qui est quand même aussi destiné aux enfants. On leur dit que faites ce que vous voulez, il n'y aura jamais de conséquences. Donc pour moi, déjà, ça, c'est problématique. Pour revenir aux thématiques, effectivement, on a l'impression que le réalisateur a l'intention... de traiter de beaucoup de sujets importants, notamment les relations humaines, la famille, etc. L'écologie, tu l'as cité, Lina. Mais je trouve qu'à chaque fois, ses intentions retombent comme un soufflé. Il dit quelque chose et tout le contraire à la fois. Je reviens sur l'écologie. En 2075, on est dans une... terre qui subit des catastrophes écologiques. Donc pour moi, quand même, ça reste un monde un petit peu apocalyptique, vu que les humains vivent dans des bulles pour se protéger des catastrophes écologiques. Et on a l'impression qu'effectivement, il y a une sorte de dénonciation. Sauf que Arco, il vient d'un futur beaucoup plus éloigné et ils arrivent à vivre. L'humain, finalement, peu importe ce qui arrive à la Terre, arrive à s'adapter et à survivre. Donc, c'est quoi réellement le propos du réalisateur ? Il dit tout et son contraire à la fois. Je parlais de la dépendance des robots. D'abord, il dénonce cette dépendance, mais vers la fin, au contraire, il dit que les robots sont nécessaires, finalement, pour la survie de ces humains. C'est grâce à lui que l'intrigue est résolue, que Arco arrive à rentrer chez lui. Donc au final, moi j'ai l'impression que le réalisateur n'a pas forcément de ligne directrice. D'ailleurs, il le dit, le personnage d'Arco lui est venu d'une manière très inconsciente. En dessinant, le personnage est apparu. Et il le dit lui-même qu'il accorde énormément d'importance à cet inconscient, plus qu'à la réflexion. Et c'est un peu l'impression que j'ai eue en regardant Arco. C'est-à-dire que c'est un film... Il y a une volonté, quelque part, mais que ce n'est pas très réfléchi.
- Speaker #0
C'est un film qui n'a pas totalement fonctionné en vous. Je rappelle quand même que le film sera projeté le 17 janvier à l'Institut français d'Alger. Pour conclure dans cette émission sur ce film, est-ce que... Est-ce qu'il y aurait quand même une séquence qui, pour le coup, avec le recul, vous marque encore ?
- Speaker #3
Pour la séquence, on va attendre quelques secondes. Mais sinon, pour la notion d'espoir, je pense que ce que voulait dire Hugo Bienvenu par rapport à cette notion, c'est que Arco, c'est peut-être lui qui porte cet espoir. étant donné qu'on voit que J'ai fait mes recherches et il habite en l'an 2800, donc presque le long de l'an 2300. Et on voit qu'il vit dans les arbres et que tout le monde est heureux. Ils sont ensemble, la famille, etc. Donc, on comprend en quelque sorte que la question écologique n'est plus d'actualité. Et finalement, ce que voulait Iris, la fameuse phrase qu'elle dit à Arco avant de partir, elle lui dit « j'espère que les choses vont changer » , quelque chose comme ça. Et on voit que finalement, ça a changé. Bien plus tard, évidemment. Et donc, je pense que c'est ça, ce dont il voulait parler lorsqu'il a évoqué l'espoir.
- Speaker #1
C'est un peu simpliste, quand même. Ah oui, on a fait d'accord.
- Speaker #3
Mais voilà, vous restez sur la question.
- Speaker #0
Bon, en tout cas, celles et ceux qui nous écoutent, vous verrez le 17 janvier ce premier film, enfin, ce long métrage d'animation d'Hugo Bienvenue Arco. Et puis, vous nous direz, n'hésitez pas à faire des commentaires pour nous dire si, oui ou non, vous avez vu dans ce film une identité singulière. Merci beaucoup, Sadeb. Merci beaucoup, Nariman. Merci beaucoup, Lina. Je remercie toute l'équipe de l'Institut français d'Alger. L'émission a été enregistrée le 4 décembre. À la prochaine. Merci à vous.
- Speaker #1
Merci à toi.