- Speaker #0
Fracture, bonjour ou bonsoir, ça va être le bon de l'heure à la pièce. Vous allez découvrir ce troisième épisode de la revue algérienne de critique de cinéma Fracture qui se transforme en podcast et avec moi, comme d'habitude, deux consœurs et un confrère, Lina, Nariman, Sadek. Comment allez-vous ?
- Speaker #1
Super et toi, Samuel ?
- Speaker #0
Bien, et les deux autres sont encore vivants ?
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #2
on est là.
- Speaker #0
Je suis très content en tout cas de renouer le dialogue à la technique Samy, que je remercie particulièrement. Et pour ce troisième épisode, nous allons parler de L'autre côté de la mer. C'est un film qui a été réalisé en 97-98. C'est le premier long métrage de fiction de Dominique Cabrera, qui était surtout connue pour être une documentariste importante. Elle l'est encore d'ailleurs. Son dernier film, Le cinquième plan de la jetée, est sorti en France il y a quelques semaines de cela. Et il était disponible sur Arte. Je vous recommande de le voir. Le film raconte l'histoire d'un industriel pied-noir qui était resté en Algérie après l'indépendance et qui revient en France pour une opération chirurgicale. Et cet industriel joué, incarné par Claude Brasseur, casting un peu compliqué, un peu différent. On n'a pas l'habitude de voir Claude Brasseur jouer ce genre de personnage, mais pourquoi pas ? Et bien lui, il noue une relation avec son chirurgien qui est joué par Roche d'Isème, un français né en... Un Français d'origine algérienne, donc né en France, qu'on appelait autrefois un beurre. Et heureusement, on a retiré ce qualificatif qui peut être peut-être un peu raciste pour certains. Et tant mieux. Et donc, ce chirurgien a coupé les liens avec son pays d'origine. Lina, quand tu vois le film pour la première fois, qu'est-ce qu'il fait en toi ?
- Speaker #1
Question très intéressante. Alors, quand j'ai vu le film, le point... Pour moi, le point qui résume le film, c'est l'algérianité. Alors, je m'explique. En gros, comme tu l'expliques, il y a l'acteur Georges. Georges Montero, il vient en France pour se faire opérer de la cataracte. D'accord ? Et pour moi, en fait, le film, il est découpé en trois temps. On va dire plutôt que j'ai fait une lecture en trois phases. Il y a la phase numéro un. Donc, c'est les 15 premières minutes environ, d'ailleurs, qui sont très prenantes. Ça passe très vite, très sympa. C'est super intéressant dans le sens où il ne s'est pas encore fait opérer. Et on voit que l'image, elle est un peu... Enfin, elle est très vintage. Il y a comme une espèce de flou, de brouillard dans l'image. Et ça m'a absolument subjuguée. D'ailleurs, petite parenthèse avant de continuer ma réflexion. Lorsqu'il arrive au bar de son ami, lorsqu'il y a tous les hommes, etc., étant une grande fan de films de mafia, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le parallèle. J'ai eu un peu comme l'impression de voir un mixte entre les affranchis et Il était une fois le branque. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j'ai eu grave cette impression. Ensuite, il y a le bar, l'enchaînement des mains serrées. Et là, je me dis, c'est sûr qu'il va y avoir des histoires de famille, l'importance de la famille. les coups montés, les agressions physiques, etc., les menaces. Et finalement, j'avais raison, étant donné qu'on voit ça arriver plus tard. Ça, c'était une petite parenthèse.
- Speaker #2
C'était à la Main Street.
- Speaker #1
C'est ça, voilà, la Scorcese Touch. Ce qui m'a fascinée, et c'est à partir de là où j'ai eu le déclic, c'est que lorsqu'il s'opère, du coup, on voit qu'il s'approche de la fenêtre, il est à l'hôpital, et il commence à voir les couleurs. Il voit le ciel bleu, la verdure. Et là, je me suis dit, ça ne peut pas être qu'une histoire de cataracte. Il y a forcément une interprétation plus profonde. Et c'est là où le point de l'algérianité prend tout son sens. C'est qu'avant l'opération, il vient avec son petit blouson, limite il vient de sortir de prison et tout. Et il est très, on sent cette énergie des aides en lui. Et ça, c'est la phase 1. À partir de 20 minutes, donc là, on voit l'entrée de l'ophtalmo. L'ophtalmo, donc le...
- Speaker #0
qui est joué par Roger Dizem. Oui, c'est ça, le beurre,
- Speaker #1
comme tu l'as si bien dit. Lui, il commence à sympathiser. Lui, on voit qu'il éprouve un total rejet pour ses origines, un mépris, une frustration. Voilà, c'est un rejet, on peut le dire comme ça. Tandis que Georges, lui, non. Il revendique son algérianité, sa fierté de ne pas être parti comme les autres, etc. Sauf que la deuxième phase, c'est à partir de 20 minutes. D'ailleurs, j'ai trouvé que c'était très lent. En comparant avec la première, c'était très prenant. Là, je ne me suis pas ennuyée, mais à un moment donné, je ne voyais pas où ça allait mener. Et j'ai eu l'impression de voir un film de 3 heures. Très bizarre, mais bon. Ensuite, durant cette deuxième phase, on voit Georges Montero commencer un peu, tout doucement, mais c'est très subtil, acide détaché de cette algérianité, mais c'est vraiment subtil, il ne le dit pas, mais on voit qu'il reprend ses habitudes à la française, il est en terrasse, il voit son ex, il commence à douter, on le voit juste dans son regard, c'est qu'il reprend un peu son identité française, c'est en Algérie.
- Speaker #0
Donc il a une identité algérienne ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr, mais ça reste quand même un pied noir, c'est différent que d'être algérien.
- Speaker #0
Mais c'est peut-être une des questions du film, ça. Eh oui, je suis pas de son frère, d'accord.
- Speaker #1
Puisque le privilégieux s'adopte, on rend beaucoup de choses à ajouter. Donc en gros, durant cette deuxième phase, il y a le rejet de Roshdi Zem, la remise en question de Georges Montero. C'est très subtil. Ensuite, il y a les dernières 20 minutes où tout change. C'est que là, en fait, Georges... On va dire qu'il a pris entre guillemets sa décision. C'est toujours pas dit, mais de mon interprétation, je sens qu'il l'a prise. Je ne vais pas vous spoiler, ce n'est pas très important non plus. Par contre, ce qui est intéressant, c'est que l'ophtalmo, donc l'origine algérienne, lui, il retrouve son algérianité rejetée plutôt. Il commence à revendiquer ses origines, à s'y intéresser. pleurer limite lorsqu'à un moment il y a une scène où il parle avec sa femme il lui dit j'étais j'étais dans une pièce avec dix personnes on a dormi par terre et je me ça m'a rappelé mon enfance quand j'étais enfant je détestais ça mais aujourd'hui qu'est ce que ça me rend heureux il en pleure et c'est là où voilà ça explose en fait tout ce qu'il a enfui en lui finalement ça lui explose en plein visage et ça le rend plus heureux on le voit épanoui et voilà donc il ya le point de l'algérianité pour moi qui est très important dans ce film revendiquée par un pied noir, rejetée par un Algérien de sang pur, si je puis dire. C'est assez délicat. C'est peu délicat ce que tu viens de dire.
- Speaker #0
C'est le langage que toi.
- Speaker #1
Ouais, pas de souci. Et ensuite, à la fin, on voit que ça switch un peu. C'est intéressant.
- Speaker #3
Alors, il y a deux choses sur lesquelles j'aimerais revenir. D'abord, le pet, je ne l'ai pas vu. pas vu comme ça, mais comme tu le décris, oui, je suis assez d'accord avec toi, le fait de faire le parallèle avec un film de mafia et tout, avec l'entrée de Georges dans le café du coup, du personnage que joue Agome. Moi, bizarrement, dès le début du film, je suis sortie de la fiction. Ce que je regardais, c'était de vraies vies. de vraie trajectoire. Pour moi, j'étais plus dans le documentaire, j'étais plus dans l'étude sociale que dans la fiction. Et c'est ce que j'ai adoré, justement. Je trouve que ce film est vraiment une expérience à part entière parce que pendant... Quelle durée fait le film ? Une heure trente, quarante, quelque chose comme ça. Et...
- Speaker #0
A peu près une heure trente, oui.
- Speaker #3
Voilà. Et pendant une heure trente, on partage plusieurs expériences. Et à chaque fois, c'est des vies complètement différentes, des trajectoires complètement différentes qui sont finalement liées par deux pays qui sont la France et l'Algérie. Beaucoup plus l'Algérie parce qu'on a des éléments de contexte, comme tu le disais, Samer, ça se passe en 1994, en pleine décennie noire. On a toujours l'Algérie en Orchon. On a des informations qui nous arrivent de l'Algérie. Elle contamine tout, l'Algérie. Par la télé, parfois. Exactement, alors que tout le film se déroule en France. Mais c'est l'Algérie qu'on voit tout le temps. On parle tout le temps d'elle. Il y a un élément dont tu as parlé, Lina, qui est l'algérianité. Tu as dit quelque chose qui m'a fait un petit peu tilter quand tu parles du personnage du pied noir, Georges Montero. Tu dis, il vient, c'est un DZ. Eh bien, figure-toi qu'au début aussi, c'est vrai, pendant quelques secondes, j'ai vu aussi le côté DZ. D'ailleurs, je me suis demandé, avant qu'on sache l'identité de ce personnage, je me suis demandé, est-ce que c'était un Algérien ? Et qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi il est là, etc. ?
- Speaker #0
C'est quoi le côté DZ ? À l'image, ça donne quoi le côté DZ ?
- Speaker #3
Eh bien, écoute, je ne sais pas, c'était une ambiance, il y avait... À un moment, on parlait de visa. Il y avait une certaine confusion où on se demandait quelle est l'identité de ce personnage.
- Speaker #0
Il y a surtout le film qui souffre sur des visages, des visages de personnes, on le devine, des Algériens, Algériennes. Algomi. Au début, le film s'ouvre sur cela, sur des visages inconnus. Et puis lui, il est parmi ces visages. Donc, ça lui fait quelque chose. Oui,
- Speaker #3
et en même temps, on a le vol Oran. je ne sais plus Orly, je ne sais plus où il était descendu, bref, donc on sait que cette personne, elle vient d'Algérie, on le sait, mais on se demande quelle est son identité, etc. et quand on apprend qu'il est pied noir, peut-être c'est un biais cognitif, je ne sais pas mais petit à petit, on apprend à connaître ce personnage et moi j'ai trouvé que au final, non, il n'avait pas c'est pas de l'algérianité et Au contraire, il retrouvait, comme tu disais, très facilement des schémas assez français, j'ai envie de dire, même dans sa prise de parole. À un moment, quand il rencontre son ex et tout, il parle de manière, comment dire ? Il dit les bougnoules, il balance certains termes et même face à Rouchdi Zem, où ils ont cette conversation, ils parlent de l'Algérie. On a en face de nous un colon français qui revendique sa terre en Algérie.
- Speaker #0
Tu penses que c'est un colon français ?
- Speaker #3
Moi, je l'ai vu comme ça parce qu'il dit... après, il se justifie. C'est ça que je trouve hyper intéressant dans ce film. Bon, elle est même...
- Speaker #2
Au début, on trouve ce dialogue avec sa sœur, qu'il n'a pas vu depuis 30 ans, mais il défend l'Algérie. Elle veut... Elle trouve... Elle voit la situation dans laquelle il est les années 90, en Algérie. Il est presque menacé. Déjà, Je dis... On a dit un DZ qui voit sa sœur depuis 30 ans. Et le premier truc, ça commence avec un conflit. Qu'est-ce que tu connais, toi, de l'Algérie ?
- Speaker #3
Je suis d'accord. Je suis entièrement d'accord. C'est ça où je trouve l'ambiguïté et là où je trouve le génie de ce film. C'est que, justement, on est dans une ambivalence. Ce personnage est très ambivalent. C'est que face à des Français, il défend l'Algérie. mais face à des... des Algériens, donc Rachid Zem, qui est d'origine algérienne, mais né en France, il revendique autre chose aussi. Il dit « Oui, moi, j'ai passé toute ma vie à travailler en Algérie, c'est le fruit de mes efforts, etc. » Il y a vraiment quelque chose de très complexe.
- Speaker #0
C'est très dur ce que je vais dire, mais moi, je pense que Georges Montero est beaucoup plus algérien que Rochdi Zem. Rochdi Zem est un Français qui a vécu... toute sa vie en France, qui est née en France, qui a une culture française et qui a des origines algériennes. Georges Monteiro, en fait, il est algérien. Parce que l'Algérie, c'était où ça devait être aussi tous ces visages complètement différents, pluriculturels. Et lui, il dit à un moment, c'est vrai, il dit cette... terre quand même, mon grand-père, il l'a travaillé cette terre. Et Rolizel lui dit, oui, mais je te rappelle un truc, cette terre, tu l'as peut-être volée. Exactement,
- Speaker #3
mais c'est ça. En fait, on remonte... C'est complexe. Et c'est ça qui est intéressant. C'est ça, c'est très complexe. On remonte toujours dans l'histoire. C'est vraiment... Il n'y a pas quelqu'un qui détient la vérité. Il n'y a pas quelqu'un qui a raison, il y a quelqu'un qui a tort. Ils ont tous raison. Dans leur point de vue, dans ce qu'ils ont vécu, de cette grande histoire qui est la guerre d'Algérie avec la France. de ce qui se passait aussi à ce moment-là, tout ça est très complexe au point où la cinéaste ne prend pas de raccourci, ne dit pas que tel personnage a tort dans son discours ou il a raison. Les deux, enfin, les nombreux personnages ont raison à leur manière. Et je trouve que vous... Vous cassez un peu trop, je disais. Moi, je trouve que vraiment, j'ai eu beaucoup... Je ne le casse pas.
- Speaker #0
Alors juste, après, on écoutera Sadek et ensuite Atwalina. Juste rappeler une chose qui est aussi fondamentale. L'Algérie a toujours été un rythme de mise en scène dans le cinéma de Dominique Cabrera. Je rappelle, Dominique Cabrera est née en Algérie en 57-58. En Réalisé. Voilà, et elle est partie avec sa famille en 62. pour les raisons que nous savons. Voilà, Sadek.
- Speaker #2
Juste pour continuer dans la même idée qu'on a évoquée maintenant, en fait, les deux personnages principaux dans ce film, je pense qu'ils sont tellement nuancés que, oui, je reviens, personne n'a la vérité absolue. Et ça, on le voit dans la mise en scène, par exemple, et même surtout dans les dialogues. Le Rochidizem et Claude Brasseur, ou bien qui joue Georges Montero, ils avaient un dialogue. Au milieu du film, au café, où Rosh Dizem raconte à George le jour de l'enterrement de son père. Il lui dit, je ne sais pas comment enterrer un musulman. Après, un jardinier que je ne connais pas. C'est lui qui l'a lavé. Sans spoil. Et dans la rue. ils étaient, je pense, dans leur chemin vers l'ex de Georges, on voit qu'ils tuent un lapin. Et qui fait ce lapin ?
- Speaker #3
Moi qui en ai l'habitude.
- Speaker #2
Oui, tu vois, ça c'est des...
- Speaker #0
C'est l'Algérien. Pardonnez-moi d'inciter là-dessus, mais le film en fait parle beaucoup de ça. Oui, c'est ça.
- Speaker #2
J'en ai parlé de ça, justement. C'est ça, c'est vraiment... C'est la crise d'identité.
- Speaker #3
Oui.
- Speaker #2
Et ça, je vais juste ouvrir une petite parenthèse. Là, on est en pleine Coupe d'Afrique et on voit beaucoup de binationaux. J'espère que le jour où vous écoutez ce podcast, l'Algérie remportera la Coupe d'Afrique. Mais ça, on le voit en Afrique. Par exemple, on a non-joueurs algériens, mais je ne vais pas parler beaucoup de l'Algérie. Même les autres. Par exemple, l'équipe de la Côte d'Ivoire, on a des gens qui ont vécu toute leur vie en Angleterre et ils viennent représenter un pays qu'ils n'ont vu que dans les cartes postales, bien que leurs grands-parents...
- Speaker #0
Ou les vacances d'été.
- Speaker #2
Peut-être, oui.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Donc voilà. Et là, ça revient sur une question existentielle qui est... on se définit en en tant que quoi dans l'œuvre, que c'est par nos origines ou bien par la terre sur laquelle on a grandi. Et là, c'est le rapport terre et l'être humain. C'est une relation, on va dire, les deux s'influencent, les deux laissent des traces. La terre va certainement laisser des traces sur la personnalité. de l'humain et l'humain certainement il va essayer des trucs physiques il va marquer sa présence sur cette terre là et en revenant sur le personnage de
- Speaker #0
Roshdi Zem c'est un on va dire un algérien franco un algéro français qui ne connaît pas l'Algérie il n'a pas vraiment cette culture de l'Algérie,
- Speaker #2
même son père ne lui parle même pas en arabe on le voit dans le film et surtout en termes de mise en scène quand il accompagne Georges au bâtoir de au frère de Boulam on voit qu'il est dénigré dans son pays il est des aides Il est français, mais il y a quelqu'un, le lambarbu qui vient au bâtoir. Il lui dit, toi tu es des aides, tu viens d'où ? Il lui dit, Dralmizane. Non, je dis, il lui dit, Dralmizane. Il ne prononce pas les lettres en arabe. Et l'autre, il lui fait une blague par rapport à ça.
- Speaker #3
Et c'est ça qui est aussi beau dans le personnage de Rochdi Zem, c'est que c'est un personnage qui est rejeté par les deux représentants des deux pays. Il est rejeté par les représentants de l'Algérie et il est rejeté par les représentants de France, alors que lui-même est français. Et on voit de son expérience à quel point il empathie. Du coup, c'est comme s'il n'avait pas d'identité. C'est pour ça que ça le touche tellement après.
- Speaker #2
Et même Dominique Cabrera, dans sa mise en scène, par rapport à Georges, là, on le voit le premier jour à Paris, il se balade tout seul avec un plan large. Il est seul dans la rue. Personne ne lui parle. On le trouve là. Même, je pense, le plan, il était un peu penché vers le haut pour rabaisser un peu son état d'âme et son état d'esprit et pour dégager. Chez nous, ce sentiment d'isolation, il était dépaysé. Et même, on voit Boualem, un Algérien qui vient en France pour menacer un Français. Et juste après, la dialectique, je trouvais très parlante. Et juste après, on trouve un plan large. C'était presque une pente. Et Claude Brasseur, on le voit un peu seul, il essaye de... de filer, il essaye de se retrouver on va dire.
- Speaker #1
Ce qui est super avec ce film, c'est qu'il y a une richesse d'interprétation sans fin, et c'est un peu même schizophrénique, entre DZ, français, tout ça, on se perd très vite dans l'interprétation, mais en même temps c'est ce qui fait la richesse et la beauté du film. Alors en gros, la réalisatrice, du coup Dominique Cabrera, je pense que... que, comme tu disais, Nérymen, effectivement, elle défend l'ambiguïté, donc la divergence des regards et des points de vue, des ressentis. C'est qu'en quelque sorte, elle ne veut pas que l'on juge Georges ou Roshdi ou un autre. Elle veut simplement qu'on ressente, qu'on soit empathique de chacun.
- Speaker #3
Et que toutes ces personnes cohabitent ensemble.
- Speaker #1
On le voit bien dans la scène finale, le bar. C'est le prophète.
- Speaker #3
D'ailleurs, la dernière scène du film, celui qui est foutu à la porte, c'est l'extrémiste religieux. Moi, je ne l'ai pas trouvé fascinant.
- Speaker #1
C'était trop drôle. C'était enfantin. Ce n'était pas vraiment la petite bagarre qu'il y a eu entre eux. Ils étaient sous et tout. Ce n'est pas méchant.
- Speaker #0
Il le fait sortir du cadre. Elle le fait sortir du cadre.
- Speaker #3
C'est vraiment une prise de position.
- Speaker #2
Moi aussi, je trouvais un peu exagéré. On était dans une discussion calme et d'un coup, on voit la hausse de tension sans aucun motif. C'est un truc que je reproche pour le film. Je reviens, pardon Lina, je reviens sur le jeu d'acteur surtout. Il était tellement maîtrisé. La direction d'acteur, on le salue, Claude Brasseur, Ranchi Dizem. Etriniguel, Marth Vilay Longa, Slimad Ben Aïssa, Saïd Ahmadis, qui est aussi le manteau. Sédali Agomi, qu'on voit souvent dans ce genre de film. On a Beurre Rouge et Blanc, il n'était pas là.
- Speaker #0
Tu parles de ces films où il y a eu pas mal de cinéastes français qui l'ont utilisé dans les années 90, début 2000. Oui.
- Speaker #2
On en est quelque part et on a aussi été une fois dans le web. Mais là, ce film-là, L'autre côté de la mer, il est un peu plus sérieux.
- Speaker #0
Il est bien regardé, on va dire. Mais voilà, il a quand même une autre carrière bien avant. Et je vous invite à le découvrir ou le redécouvrir dans Z. Il a un petit rôle. Il est très étonnant.
- Speaker #1
Méconnaissable. Voilà,
- Speaker #0
exactement. Lina, je t'en prie.
- Speaker #1
Et aussi, on voit que tous les acteurs, les proches de Georges, le dissuadent de retourner en Algérie. Et à la fin, il prend une décision. On n'est pas d'accord tous les trois sur cette décision. Je ne sais pas si c'est du spoil ou pas.
- Speaker #0
Vas-y, je t'en prie.
- Speaker #1
Ce n'est pas vraiment du spoil. Moi, je l'ai interprété comme étant un non-retour. Il appelle le gardien de maison Ali. Il regarde tous ses proches en train de danser, etc. Et il lui dit, je rentre cette semaine. « Non, non, t'inquiète, y'a pas de problème, c'est bon, je rentre cette semaine. » Et pour moi, c'était flagrant. Il a décidé de finalement rester en France, lui qui, au début, insistait sur le fait qu'il était là juste pour une intervention et qu'il retournait vite chez lui en Algérie. Voilà, donc en fait, ça montre aussi que le choix, on fait jamais les choix qu'on veut au fond de nous. Peut-être qu'au fond de lui, il voulait retourner, mais qu'il a retrouvé la vue, donc la lucidité, on va dire. Et voilà, donc en gros, les choix de la vie ne sont pas forcément ceux qu'on a envie de faire. Peut-être que la réalisatrice voulait un peu qu'on soit empathique par rapport à cela, à tous les exilés.
- Speaker #0
L'autre côté de la mer, donc le film de Dominique Cabrera, un film de 1997. Et ce qui est très étrange avec ce film, c'est qu'il y a un petit moment, et peut-être on terminera là-dessus, il y a une séquence comme ça qui surgit, on ne s'y attend pas. C'est dans ce bar, ce bar qui est peut-être, on va dire, c'est comme si on allait prendre l'avion, on est en transit. Ce bar représente une forme de situation transitionnelle. Et puis, Claude Brasseur est là. Je crois qu'il y a Roger Gizem, si je ne me trompe pas, mais il faudrait vérifier. Et puis la télé est allumée et il y a une annonce. On annonce la mort. Donc, on peut dater ce moment-là dans le film, c'est-à-dire le 29 septembre 1994. Et on annonce la mort de Cheb Hasni, qui a été assassiné à Oran. Et il y a même un moment, un témoignage de Khaled, je crois, de Cheb Khaled. Il n'était plus Cheb Khaled, il était Cheb Khaled, je crois. C'est quand même une séquence très intéressante.
- Speaker #3
Et Rochdizem était présent, et d'ailleurs, il y a eu une bagarre avec d'autres Algériens qui se prétendaient plus Algériens que lui. Qu'est-ce qu'il connaissait à Hsine ? C'est tout du long, c'est que ça.
- Speaker #0
Merci Sadek, merci Lina, merci Narime, merci Stavine qui était à la technique. Merci à toi. Merci à la Sécurité. On se retrouve pour un prochain épisode. C'est parti.
- Speaker #3
Bye bye. Merci.