Speaker #1Je m'appelle Léa, j'ai 24 ans, je travaille dans le métier co-social et je suis aidante de ma maman qui est dépressive depuis 2013. Bah le quotidien c'est m'occuper de la maison, essayer de faire sortir ma maman, souvent essayer de lui trouver des suivis parce que c'est pas simple, elle est plus suivie depuis 2016. J'ai beau essayer de trouver des psys, de trouver de l'aide, je n'en trouve pas. Sinon bah le quotidien, des fois c'est... Des chutes où on n'est pas bien parce que de voir son parent malade, mal, forcément ça renvoie à quelque chose de négatif chez nous. Et puis il y a des moments où on a l'impression que la vie est normale et on reprend un petit peu espoir. Je pense qu'elle l'était déjà mais qu'elle était dans un gros déni. Il a fallu qu'on déménage à la campagne et qu'elle se retrouve seule. Elle n'avait plus de travail, elle ne sortait plus pour se rendre compte à quel point elle souffrait. Il y a eu des périodes où elle a une grosse déprime, elle a resté dans sa chambre, mais elle ne veut plus sortir, à part pour aller au toilette. C'est le seul moment où elle sort de sa chambre. Elle pleure beaucoup. Elle ne se nourrit pas énormément. En fait, elle ne fait plus rien. Même elle cherche le courrier, elle le fait. Donc elle dort quasiment le trois quart du temps. Et le peu d'interaction qu'on a, c'est soit des pleurs, soit moi. Je m'énerve aussi des fois parce que c'est tellement ma portée. Je ne veux pas me dédouaner. Des fois, je comprends et des fois, je comprends mon manque. J'ai commencé à m'occuper d'elle à partir du début 2018, quand je suis habité avec elle. Parce qu'avant je suis le véhicule de papa, et il est décédé, donc j'ai toujours envie d'aller avec ma mère. Et ça s'est fait petit à petit, parce qu'elle sortait de la clinique à ce moment-là, donc ça allait, elle avait repris un peu sa vie en main. Et je sais pas, petit à petit, est-ce que c'est un peu de ma faute aussi, le fait d'avoir voulu aider ? C'est un peu reposé sur ça. Donc elle en m'a pris un peu la détude et c'est monté crescendo en fait. Au début je faisais les courses de temps en temps, un peu d'ouéna, je l'aidais quoi, normal. Et puis c'est devenu quotidien, c'est devenu tout le temps moi qui le faisais. En fait, je suis devenue un peu la mère de ma mère. A ce moment-là, je n'ai jamais arrêté la sécu du coup, parce que j'étais scolarisée chez mon papa de base. Donc j'ai tout arrêté. J'ai commencé à retravailler au bout de 1 ou 2 ans que j'habitais avec ma mère. Donc en fait, on a passé 2 ans toutes les deux à la maison. Donc c'est... comment dire... C'est quelqu'un qui est dépressif. Avec qui vous allez rester tous les jours, ça va détendre. Je trouve que ça va aujourd'hui s'entraîner un peu dans la chute. J'ai eu une bonne période de dépression. Je m'étais perdue de papa, donc le temps du deuil, c'était compliqué. Il a fallu que je me remette à travailler pour un peu libérer, me détacher de ce quotidien à la maison. Le temps de la vie En fait, j'ai beau essayer, on renvoie vers des CMP, des assos pour qu'elles voient des psy. Sauf que moi, quand j'appelle, soit c'est plein, soit il n'y a pas de place, soit des psy, il faut payer. Et on n'a pas l'ennemi, quoi. Ma maman, elle touche l'âge. Moi, je travaille en intérim, mais les payes, elles varient, en fait. Donc, on a du mal à finir le mot, on ne peut pas payer un psy. Et c'est un pays à peu de place. Les assos, soit il n'y a pas de place, soit c'est dans des mois. Et ce n'est pas en suivi, c'est un rendez-vous d'urgence finalement. Mais elle, ce n'est pas de ça qu'elle a besoin. Elle me parle tous les jours de ses soucis. Elle vide son sac tout le temps. Et ça ne change pas. Je pense qu'elle a besoin d'un vrai suivi à la longue pour que son état soit plutôt stable. Elle a des traitements, mais ça ne suffit pas. J'avais beaucoup de colère qui traînait déjà depuis pas mal d'années. Parce qu'on a une grosse coupure avec ma maman. Donc de 2013 à 2018, j'ai quasiment pas vu de mère. Nous n'avions aucun lien, moi je lui en voulais beaucoup, je pense qu'elle lui dira jamais mais elle m'en voulait aussi. C'était dur, je sais que je ne comprenais pas en fait, je me disais mais pourquoi elle me fait ça ? Pourquoi elle ne m'aide pas aussi à aller mieux, surtout qu'à ce moment-là je n'allais pas bien du tout. Je me disais c'est son rôle à elle, ce n'est pas à moi de soutenir ma mère, c'est à elle de me soutenir. Mais parce que je suis eux. J'étais tellement dans un mal-être du fait de ce sentiment d'abandon, qu'elle soit partie plus là, le décès de mon papa, que j'étais très centrée sur moi et je voyais pas à quel point elle, elle avait souffert et que c'était pas volontaire finalement. En fait, je me suis dit, si je fais pas, personne le fera à ma place. Je me suis dit, si je n'occupe pas de ma maman, personne le fera. Si je n'occupe pas de moi, personne le fera. Je pense qu'il y a beaucoup de chemin à faire encore. Ce qui est bien, c'est qu'on en parle maintenant. On en parle sans tabou. On peut être un parent en situation de handicap et être un bon parent. On peut être un jeune aidant et avoir une vie quand même un peu à côté. Mais c'est vrai qu'on n'est pas... En fait, on n'est pas accompagnés, on n'est pas suivis. On a beau aller chercher de l'aide, j'ai l'impression qu'on ne nous en donne pas, finalement. Que ce soit moi ou ma maman. Parce qu'elle a essayé, elle aussi, pendant plusieurs années, d'aller voir des assistantes sociales, d'essayer de trouver des médecins. Mais à chaque fois, on se prend des murs, en fait. Et comment dire, c'est un peu dénoilisant. Tu finis par perdre un peu l'espoir que ça s'arrange. Comme je te disais tout à l'heure, juste le fait d'aller boire un verre avec des copines, je ne peux pas. Parce qu'à côté, j'ai ce petit truc de... Je laisse ma mère toute seule, triste, en sachant. Quand je pars chez mes copains, une ou deux semaines, j'ai tout le temps ça dans la tête. Est-ce qu'elle se nourrit ? Est-ce qu'elle n'a pas fait une bêtise ? On ne sait pas. Elle n'a déjà pas menacé de le faire, mais elle a déjà... Sous-entendu qu'elle pouvait faire ce genre de choses. Je ne vais pas un jour rentrer chez moi et retrouver ma mère. Donc je voudrais qu'il y ait plus d'aide. Je ne sais pas, quelqu'un qui vienne la voir quand moi je ne suis pas là. Juste ça, une fois par semaine déjà, ce serait bien. Un peu comme au service que je faisais l'année dernière finalement. Que voilà, il y ait quelqu'un qui puisse venir l'aider, peut-être la faire sortir. Ou si ils ont une branche pâte sur des coureurs. Alors j'ai trois grands frères, mais c'est mes demi-frères. Donc j'en ai un du côté de ma maman et deux du côté de mon papa, que ma mère a élevé. Donc finalement, c'est un peu leur mère aussi. Et j'ai le plus grand de mes frères qui m'aide quand même pas mal avec ma belle-soeur pour ma mère. En fait, s'ils n'habitent pas la maison, ils sont plutôt détachés de ça. J'ai un frère en situation de handicap, le fils de ma maman, son brelier. Il a un handicap physique et plus un TDAH. Donc en fait, on ne lui demande pas trop de s'occuper de ma mère, mais il a déjà pas mal de soucis. J'ai un autre frère, un fils à l'empereur qu'on voit pas beaucoup. Et le plus grand de mes frères. Heureusement qu'il est là, avec ma belle-sœur. Parce que s'ils étaient pas là, moi je me permettrais pas de partir. Là par exemple, elle est partie en vacances avec eux, donc déjà elle voit ses petits-enfants, c'est cool. Parce qu'ils tombent avec. Je sais que ça doit les peser, même s'ils en parlent pas. Et puis bon, ils ont déjà leur famille, leurs soucis, donc j'ai pas envie de leur imposer plus. Et euh... Mais il m'aide. Parce que c'est normal, je veux dire, dès ses proches. Moi, j'ai su le terme aidant il y a un an. Donc pour moi, j'étais pas aidante. J'étais juste la fille de ma mère et j'aidais ma mère. En fait pour moi c'était marmel et je pense que pour tous les aidants c'est la même chose. On va s'occuper d'un proche pas parce qu'on est obligé à le faire, parce que on a envie de le faire. Parce qu'on se dit je vais pas laisser mon proche que j'aime seul dans sa détresse quoi. C'est ma mère, c'est à moi de m'en occuper. Donc c'est vrai que je dirais pas non moins de l'aide. Je ne dirais pas non à pouvoir aller faire ma vie avec mon chéri par exemple. Mais pour le moment, je ne peux pas envisager de la laisser. Moi, ce que j'aurais besoin vraiment, c'est d'un accompagnement, d'une présence en fait. que j'ai l'esprit tranquille de me dire maintenant elle voit quelqu'un une fois par semaine au moins, minimum qui l'aide que ce soit pour l'administratif se faire à manger dans les périodes où elle va bien faire des courses aller chercher son courrier en fait c'est tous des petits trucs banals mais je sais qu'elle le fait pas quand elle est seule et qu'elle est comme ça Et moi ça me rassurait de savoir qu'il y a quelqu'un qui vient au moins juste vérifier. Tu vois. Je vois, en fait on voit les intraitants et tout. Et lui, il n'a pas eu qu'à la cause de s'intraiter. Donc il connaît bien notre famille, il connaît notre histoire. Il suit toute notre famille. Donc, il sait. Mais sinon, moi, personnellement, j'ai jamais... Enfin, j'ai pas vu de psy depuis des années, quoi. J'aimerais beaucoup être suivie parce que, bah, y a ce rôle de jeune aidant qui est pesant et plein d'autres choses autour que je porte moi seule. J'aurais besoin d'un suivi, mais j'en trouve déjà pas pour elle, donc je cherche pas. Non, à l'avance. Tant que j'aurais pas trouvé, déjà, pour ma mère. Je ne peux pas envisager de chercher pour moi. Je pense que c'est important que les gens entendent qu'on a besoin de mais déjà, qu'on a beau chercher, on ne le trouve pas. Et aussi pour que tous les autres jeunes aidants ou même juste aidants se rendent compte qu'ils ne sont pas seuls, qu'il y a plein d'autres gens qui vivent la même chose. Et que faut garder espoir. Je voudrais dire à tous les parents, en ce qui est de son habitable de ne pas culpabiliser, que ça reste de très bons parents. Ils donnent suffisamment d'amour à leurs enfants même si parfois ils ont l'impression qu'ils ne font pas assez, que ce n'est pas bien. Bah si, du moment qu'on a nos parents, nous tout ce qu'on veut c'est voir nos parents bien, dans leur tête, dans leur peau. Il n'y a que comme ça que nous on peut être bien finalement. Mon rêve, ce serait, comme je disais tout à l'heure, qu'il y ait quelqu'un qui m'aide, enfin en fait, qui me soulage ce poids, finalement. J'aimerais bien que ce soit plus simple de trouver du son.