- Speaker #0
Vous écoutez Thérapie de groupe, le podcast qui explore la santé mentale, produit par Friction.
- Speaker #1
Bonne écoute. suis capable de vivre ici. Au début, j'étais surstimulée. Quand je prenais le métro pendant les heures de pointe, j'avais besoin de m'allonger en étoile de mer chez moi pendant une demi-heure pour me ressourcer et m'en remettre. Et personnellement, j'ai souvent entendu la phrase « t'es trop sensible » . Mais qu'est-ce que ça veut dire d'être trop sensible ? Qui détermine le baromètre de la sensibilité ? Et j'ai longtemps cru à cette phrase. C'est même quelque chose que je me suis souvent dit moi-même. surtout depuis que je vis à Paris. Mais le souci, c'est que j'aime bien Paris. Alors, ce que je recherche avec ce podcast, c'est de savoir est-ce que c'est possible de vivre dans une grande métropole quand on est très sensible au monde extérieur ? J'ai discuté avec trois personnes qui présentent des caractéristiques d'hypersensibles. Jade, Ophélie et Fabrice. Mais comme c'est un sujet vaste et qu'il y a autant de types de sensibilités que de personnes sensibles, je vais surtout me concentrer sur l'aspect sensoriel. Parce qu'après tout, dans une ville comme Paris, les sens sont bien desservis. Comment est-ce manifeste cette sensibilité ? Comment la vivent-ils ? Alors que le monde va si vite, que font-ils pour qu'elle ne leur explose pas à la figure ? Peut-être que dans un sens, je cherche à me rassurer. Me prouver que je ne suis pas la seule à me sentir parfois comme une extraterrestre dans ce monde constamment en mouvement. Hypersensible à Paris, guide de survie en milieu urbain. Un podcast pour friction, écrit et réalisé par Maud Felbom.
- Speaker #2
Alors moi c'est Jade. J'habite à Paris et je pratique le shiatsu depuis 5 ans maintenant. C'est une discipline japonaise entre acupuncture et ostéopathie. J'ai découvert ma sensibilité à travers le piano. J'ai très rapidement été baignée dans la musique, qui dès petite m'a permis de canaliser et de comprendre que j'avais vraiment une sensibilité particulière, que ce soit par des frissons, par... Une envie d'exprimer, une envie de proposer quelque chose. Très rapidement d'ailleurs, j'étais plus dans l'émotionnel que la technique. Quand je jouais, je sentais en fait les émotions monter, je sentais que j'étais habité en fait par la musique. Les mains moites, alors ça c'était le grand sujet, encore plus quand il s'agissait de jouer sur un piano, je te raconte pas le truc, c'était quelque chose de pas facile à canaliser. Parmi les signaux que j'ai eus aussi au niveau corporel, il y a eu des tiques nerveuses aux yeux. En fait, c'était aussi pas que des tiques, c'était des douleurs oculaires hyper fortes derrière les yeux. Et puis même, ça se transformait par un truc de gêne en matière, mais j'avais carrément une gêne entre les bras. Il fallait que je bouge, il fallait que je déplace mes tissus. C'était hyper au contact avec les tissus, les étiquettes qui grattent, des choses qui peuvent être très désagréables à vivre. À se gratter, se gratter, même jusqu'au sang. Je pouvais me retrouver surtout au niveau du dos. Alors ça, ça m'arrive toujours. Parce qu'évidemment, il y a beaucoup de choses qui ont quand même évolué. Mais j'ai gardé ça. C'est-à-dire que la nuit, il faut que notamment au niveau des draps, le choix des tissus et tout, il faut que ce soit déjà nickel. En fait, la sensation que ça me fait, c'est des espèces de mini fourmillements, comme des mini bêtes qui courent partout, Et donc ça frémisse comme ça, partout sur le dos. Donc j'ai envie de se gratter. Après, il y a tout ce qui est lié au rapport à l'alimentation, aux textures. Des petites, et pendant longtemps, j'ai mis énormément de temps à pouvoir prendre un peu de plaisir à manger un morceau de viande. Au niveau texture, ça me donnait envie de vomir, quoi. Je le dis clairement, c'est-à-dire que je ne pouvais pas finir une assiette. J'avais des nausées et je mâchais, je mâchais. Plus je mâchais, plus c'était affreux à avaler. Et puis je finissais par aller vomir. En rétrospective, c'est-à-dire... que là on pourrait se dire, cet enfant-là, il ne veut pas manger de la viande. Non, ça va plus loin que ça. C'est-à-dire qu'il y a vraiment une problématique de sensorialité et des goûts aussi qui se met en place quand c'est trop, en termes de goût, en termes de texture. Donc c'est les deux qui se mélangent.
- Speaker #3
Je m'appelle Ophélie, mon prénom et mon nom d'artiste c'est Ophélie Jo, J-O-H. Donc en tant qu'Ophélie Jo, je suis artiste, interprète et compositrice. Et j'ai un personnage de drag king, Jo, J-O-H, Lala, où je parle de chanter, de danser, de jouer, de faire ce que je veux.
- Speaker #1
Je retrouve Ophélie à la Cité Internationale de Paris, un gros campus universitaire. On était supposé se voir dans un bâtiment où elle va répéter pour un musical après notre conversation. Mais l'agent de sécurité n'a pas voulu nous laisser entrer. Donc on décide d'aller s'asseoir dans le parc. Mais à peine assise sur l'herbe, il commence à pleuvoir des cordes. Après plusieurs allers-retours, on décide finalement de s'abriter devant le bâtiment où nous n'étions pas les bienvenus. Pour atterrir un peu, je demande à Ophélie de décrire ce qu'elle entend.
- Speaker #3
J'entends de la pluie, j'entends les orages, j'entends une porte qui s'ouvre et qui se ferme, des résidents et résidentes qui rentrent et sortent. J'entends un peu ma respiration et quelqu'un courir au loin, faire son jogging. Deux personnes font leur jogging sous la pluie. Là ça va, on est couvert quand même, on est sur le hall d'entrée on va dire, les escaliers qui donnent à la maison du Cambodge, c'est couvert. C'est de la pierre et du béton donc je me sens en sécurité. Je suis née à Paris 12 et j'ai vécu dans le 93, d'abord à Neuilly-sur-Marne, ensuite à Gany. Je pense que mon ouïe a été surdéveloppée, à défaut d'avoir une vue très basse très tôt. Mes parents disaient que je fonçais dans les murs ou dans les arbres maternels déjà. Ça a fait, je pense, de moi une enfant très kinesthésique et auditive. En général, quand quelque chose me dérange, c'est souvent lié à des sons aigus. Grincement de craie, de griffes, de portes, les freins des trains mal graissés, le frein sur le vélo mal graissé aussi, les bruits très aigus de sonnerie en tout genre. J'aime bien toucher plein de matières différentes. Par exemple, avoir des fixettes sur la pâte à modeler, à vouloir toucher pendant des heures, ou les papiers un peu abîmés des feuilles de livres de bibliothèque les plus anciens, les toucher pendant des heures, comme ça. Avoir vraiment des fixettes un peu... Enfin, c'est comme ça que j'appelle ça, mais... Le kinesthésique où j'aimais toucher la matière, être au contact de la matière, ça me détendait, ça me détendait beaucoup. Ça me permettait de ressentir mon propre corps, d'être à nouveau au contact de mon corps en fait. Parce que je me dis ok, mes doigts ils touchent un truc, donc ça veut dire que j'ai des doigts, donc que j'ai des mains qui sont des trucs, donc que j'ai un bras et que j'ai une épaule et ainsi de suite. Et ça me permettait de ressentir à nouveau tout mon corps. Je me suis souvent sentie en décalage et pas à ma place. Et on m'a toujours dit, ou souvent dit par le passé, t'es trop ceci ou pas assez cela, ou t'es trop sensible, ne prends pas les choses trop à cœur. J'ai ressenti un sentiment d'injustice et beaucoup de jalousie quand je voyais des gens qui avaient l'air de fonctionner et d'avoir pas de problème. pour être en société, pour fonctionner en fait.
- Speaker #4
Les personnes hypersensibles perçoivent plus de sens que ceux qui ne le sont pas au niveau visuel, au niveau auditif, au niveau olfactif, au niveau du toucher. Donc on est plus rapidement touché, donc ça crée des émotions et ces émotions viennent des sens.
- Speaker #1
Charlotte Wills Psychopracticienne spécialisée dans l'accompagnement des personnes hypersensibles. Elle-même hypersensible, vivant à Paris.
- Speaker #4
Toutes nos émotions sont fabriquées à partir des sens. Par exemple, comme Proust, quand il parle des Madeleines, les Madeleines de Proust, et bien en fait, il faut savoir que pour avoir cette nostalgie, Proust, quand il sent l'odeur du beurre fondu, il est comme... plonger dans une forme de nostalgie, mais en fait cette nostalgie, si vous voulez, elle est générée à partir de l'olfactif.
- Speaker #5
Alors, je m'appelle Fabrice, j'ai 38 ans, je suis animateur pour les enfants, mais à côté, je suis pâtissier. Et aussi mannequin plus size. Je vis à Rambouillet.
- Speaker #1
Fabrice ne vit pas à Paris, mais il y a souvent été. On avait prévu de se retrouver à La Défense, un quartier d'affaires de la capitale, facile d'accès pour lui. Mais le jour J, Fabrice se sent trop à fleur de peau pour affronter la ville. On décide donc de discuter en visio.
- Speaker #5
Moi, j'ai eu la chance de pouvoir grandir en région parisienne, dans la région du 93. Et du coup, on avait aussi cette particularité d'être en proximité de Paris, mais pas être dans Paris. J'adorais prendre les transports parce que c'était côté très voyage, mais il y avait un côté très sensoriel du mouvement du train qui moins faisait ralentir le rythme. Mais quand on arrivait sur Paris, le métro m'affolait déjà petit. De la lumière, du son, des gens. Beaucoup d'informations à la minute. J'étais très fatigué, donc je me disais souvent que c'était parce que j'avais marché, qu'il y avait beaucoup de monde. Non, en fait, petit à petit, je commençais à comprendre que j'étais fatigué parce que sensoriellement parlant, et même physiquement parlant, ça me vidait mon énergie. J'avais des maux de tête, et dans le corps, ça se situait beaucoup sur les épaules, sur le cou. Et puis des fois, il y avait aussi... l'impression d'avoir comme des hippos, des hippoglycémies.
- Speaker #2
Ce qui m'affecte énormément et qui d'ailleurs me réaffecte aujourd'hui selon le niveau de fatigue que je vais avoir, parce que tout ça est aussi quand même beaucoup lié à une fatigue d'hyperstimulation sensorielle, c'est par exemple une voiture ou un camion qui passe dans la rue, ça va avoir un effet. Alors c'est très bizarre comme sensation. À la fois... Comme une espèce d'aller-retour dans l'oreille, mais aussi dans le cerveau. On se retrouve un peu comme dans un étau, et on est en oscillation, comme ça. Et ça fait même perdre l'équilibre. Donc on ne sait plus trop, au niveau spatialisation, si on est collé au camion qui passe, ou si on est à 3 mètres. D'ailleurs, ça me rappelle, quand j'avais passé le permis à l'époque, j'avais aucune idée ou aucune capacité à gérer les distances avec les trottoirs, parce que tout était... Trop d'informations. Et ça, je sais que c'est au niveau cognitif de sensibilité, ce qui fait que je ne conduis pas, d'ailleurs. J'ai beau même être dans un exercice de canalisation au quotidien, ça me demande trop d'efforts. De réajuster, de reparamétrer entre les sons, ce qui se passe autour visuellement, les actions, ça fait trop d'informations.
- Speaker #5
Quand je suis hyper stimulé, par exemple, quand je dois prendre mes trois châtelets en heure de pointe et que je ne peux pas faire autrement. Alors déjà, c'est corporellement. Et là, tu vois, ne serait-ce que de parler, j'ai les mains moites. Donc je revis. Tu vois, je me gratis ici, je ne me sens vraiment pas bien. Déjà, sensoriellement parlant, c'est ça. J'ai les mains moites. Et du coup, je me réfugie avec la musique, le casque. Et puis, petit à petit, j'ai aussi des gris-gris dans mon sac. Un petit doulou, un truc que je peux toucher sensoriellement. J'ai souvent des stylos, souvent des quatre couleurs où je fais ça. Il y a un côté extrêmement rassurant, un côté émotionnel et sensoriel à l'intérieur de me dire, s'il y a quoi que ce soit, je peux me raccrocher à quelque chose. Parce que la crise de panique pouvait arriver, peut arriver, et de me dire, voilà, si j'ai quelque chose qui me rappelle mon chez-moi, ça me manque encore plus dans la réalité. Ça me ramène à mon corps, et donc du coup, ça me ramène aussi à ma respiration. Tout va bien, t'es que dans un métro. il y a des gens, mais tout va bien. Tu n'es pas en survie, en fait. Dans 43 minutes ou dans 30 minutes ou dans moins de temps, j'arrive à cette station-là. Et je sais qu'à la station suivante, tout le monde va partir, donc je vais pouvoir me relâcher. Mais j'ai souvent les épaules très, très levées. Et ça me rassure aussi, parce qu'on me dit, bon, je vais bientôt arriver chez moi. Je vais pouvoir me retirer mes vêtements, me prendre une douche, parce que cette pellicule-là d'agression, métro, gens, bruit... T'as l'impression d'avoir une espèce de de mélasse. Quand je rentre chez moi, j'aime bien aussi d'avoir les chaussures à l'extérieur, de me dévêtir carrément, d'aller prendre ma douche et me dire, bon, je me lave les mains de toute cette crasse.
- Speaker #2
Mon étiquette, pendant, encore même parfois aujourd'hui, les gens qui connaissent de toujours, c'est Jade et dans la lune. Et donc du coup, en fait, il y a une forme de dissociation. J'ai de moins en moins reconnecté à qui j'étais profondément. Et donc du coup, il y a quelque chose de l'ordre d'une fermeture du cœur un peu qui se met en place pour se protéger, pour se barricader, pour ne plus ressentir. Parce que c'est trop fort, parce que c'est trop douloureux.
- Speaker #3
Au départ, parce que je ne m'aimais pas assez et que je ne rencontrais pas mes pères, P-A-I-R-E-S, parce que je ne me faisais pas assez confiance. Il y a une partie de moi que je rejetais. Et du coup, je me disais, pour que je puisse être aimée, il va falloir que je me conforme et que je ressemble à ces personnes-là qui ont l'air de bien fonctionner. Donc je suis passée par une période... Je ne sais pas si on dit assimilation, conformisme, tout ça. Puis ça m'épuisait et à un moment j'étais juste fatiguée. J'ai arrêté parce que je n'avais plus la force de continuer comme ça.
- Speaker #4
Ce qu'une personne risque si elle n'écoute pas son hypersensibilité, d'une certaine manière, elle risque... de sombrer progressivement dans une forme d'anxiété et peut-être progressivement dans une dépression. Vous savez, j'aime beaucoup utiliser cette métaphore qui parle du poisson, un poisson d'eau de mer qui irait dans un aquarium d'eau douce, qui essaierait de se conformer, de s'adapter, de se suradapter. Progressivement, il a de plus en plus de mal à respirer et de plus en plus de mal à respirer. Je pense que c'est bronchiol. ne sont pas adaptés à l'eau douce. Et donc, au fur et à mesure, ils meurent. Il y a une tendance à vouloir réfréner toutes nos émotions, à se contenir. Vous savez, les émotions qui ne sortent pas, très souvent, ça se transforme en asthme. Et quand ça ne se transforme pas en difficulté respiratoire, ça peut aussi ressortir avec des maladies de la peau, comme de l'acné ou des plaques d'eczéma. En fait, ce sont des signes qui veulent vous dire toujours quelque chose.
- Speaker #5
J'ai refoulé beaucoup les appels de mon corps et j'ai voulu faire comme tout le monde parce que je me suis dit que c'était peut-être ma condition physique et peut-être ma mentalité qui faisait que j'étais très fatigué. À l'époque, j'étais célibataire donc du coup, je sortais beaucoup et petit à petit, je me suis rendu compte que ce n'était pas parce que je sortais. J'étais fatiguée, mais c'est parce que les over-stimulis, énormément de bruit, de couleurs, de gens, de conversations, au moins c'était quelque chose d'impossible à suivre. Et en fait, petit à petit, il y a deux ans, où là ça m'a stoppé net avec une hernie discale, j'ai fait d'abord une sciatique. Et en fait c'est le corps qui a dit stop, tu ne peux plus avancer sur ce que tu fais.
- Speaker #2
À quel point le corps parle, c'est que c'est là où j'ai commencé aussi beaucoup. beaucoup à essayer d'éteindre des signaux. Ça m'est arrivé d'avoir des réactions allergiques, des eczémas, des tisures tiquaires, des choses comme ça. Aussi, une bonne phase où j'avais des conjonctivites aux yeux, répétitions. Voilà, aussi au niveau du ventre, j'avais le ventre qui travaillait de plus en plus, une sorte de manifestation un peu de colon irritable, des douleurs du corps qui ont commencé à beaucoup plus se manifester. Et donc du coup, m'est revenue l'idée de refaire de l'acupuncture, puisque je l'avais déjà testée auparavant. Et à la cinquième séance, je ne m'endors pas pendant la séance, mais je rentre et là, je sens une espèce de fatigue qui me plombe, qui me prend tout le corps, qui me fige quoi. Et j'ai dormi 14 heures. Et là, à ce moment-là, c'est la chape de plomb et l'armure qui s'effondrent. Et là, ça a été le cheminement. J'ai compris qu'il fallait que je transforme même mon quotidien à travers le regard que je voulais poser sur les gens, et donc aussi à travers mon métier. Et puis j'ai décidé de faire une séance de shiatsu, avec mon maître shiatsu, qui est devenu mon enseignant. Et ça a été une révélation, une évidence, comme un appel. C'est là que tu dois aller. Le shiatsu. ça m'a permis de commencer à revenir en moi et surtout d'accepter que toute cette sensibilité elle n'est pas là par hasard et que ce n'est pas une fatalité et qu'on peut la transformer, on peut l'écouter.
- Speaker #5
Aujourd'hui je m'écoute et j'ai la chance de pouvoir être écouté aussi. J'ai la chance d'avoir un mari qui est à l'écoute qui s'ouvre aussi à cette écoute-là et en fait on a des petites stratégies quand on est sorti. J'avais trouvé à Noël un petit pin's pour la batterie sociale. où en fait c'est une petite pile et avec un petit éclair avec plein de couleurs qui va du rouge où tu es très fatigué au vert où tu es super bien. Et en fait tout au long de la soirée, je peux jouer avec ma fatigue ou l'envie de rester et en fait ça permet d'avoir juste un clin d'œil. Déjà c'est un joli pin's donc les gens disent « Ah c'est joli ! » etc. Mais au moins pour mon mari, on se fait souvent des messages « Ah bah j'aimerais bien rentrer, est-ce que dans une demi-heure on peut rentrer ? » Là, je peux me dire « Là je suis fatigué » .
- Speaker #3
Vu que je suis dans un milieu où ça brasse beaucoup de gens, où on me demande de beaucoup sociabiliser, d'être au contact de l'autre aussi, ça fait partie de notre métier, j'ai élaboré plusieurs stratégies. Je vais me rendre au service le plus possible. Je check mes besoins avant. Je vais avoir besoin que tout soit le plus fluide et le plus facile possible, le plus agréable. Je me fais mon manger avant, mon petit tupperware. Mon petit snack réconfort après la représentation, en général c'est un truc à base de chocolat. Je vais venir une heure ou deux heures avant, je me renseigne sur l'heure d'ouverture du lieu, si je peux venir en avance, avant que tout le monde arrive, pour prendre mes marques, avoir des vrais moments seuls, avoir de la place pour me maquiller, pour m'échauffer, sans que tout le monde s'étale les uns sur les autres ou qu'on n'ait pas de place, et c'est ok. Mais voilà, déjà. J'ai du temps pour moi seule, pour m'étaler comme je veux. Et ensuite, quand les gens arrivent, je peux rassembler mes affaires. Déjà, j'ai pu répondre à pas mal de mes besoins avant que les gens arrivent. Mais après le show, au-delà du petit carré de chocolat, je m'autorise à dire si je veux parler ou pas avec les gens, sans m'en vouloir. La peur de ne pas être aimée parce que je dis non, je n'ai pas envie de parler, je m'en fous maintenant. Et je m'autorise des moments où juste je redescends, je me démaquille, c'est un petit rituel. Laisse le temps à mon personnage de draking ou mon personnage tout court de partir, de manger, de boire, de répondre à mes besoins avant de ressortir pour voir les gens et de parler. Parce que des fois ça me saoule et je m'autorise à ne pas parler avec les gens si je ne peux pas parler.
- Speaker #1
Donc la première étape c'est l'acceptation, de s'écouter soi-même et ses besoins. Mais qu'en est-il de ma première question ? Est-ce que c'est possible de survivre dans une ville comme Paris ? avec une sensibilité pareille.
- Speaker #4
En tant qu'hypersensible, on peut vivre dans les grandes villes. On n'est pas tous, en tant qu'hypersensible, attirés forcément par le fait de se couper de la ville. Dans la ville, dans Paris par exemple, si on est hypersensible, ça va être d'essayer de se trouver des petits itinéraires. Vous savez, prendre les grands boulevards, de trouver... Des petits itinéraires à travers des petites rues, des rues à côté.
- Speaker #2
Oui, c'est possible, même dans une grande ville, de trouver ces plaisirs-là, de trouver ces moments-là. Oui, c'est probablement plus challengeant, c'est un défi, mais c'est aussi un espace très intéressant pour se confronter aussi à cette sensibilité-là.
- Speaker #5
Moi, je me suis vraiment fait l'impression de dire, est-ce que je peux habiter à Paris ? Je suis très content d'aller sur Paris quand... quand il y a des événements. Mais je sais qu'après, j'ai quatre jours, une semaine, deux semaines pour m'en remettre parce que c'est fatigant, c'est oxygénant, de l'oxygénement parlant, je ne peux pas, je ne respire pas. Je ne peux pas y vivre. Par contre, d'avoir de temps en temps d'y aller, ça ne me déplait pas parce que je sais que je me prépare en amont et pour après, je sais que je reviens chez moi où je suis beaucoup plus peinard,
- Speaker #1
dans ma forêt, avec les petits oiseaux. Mais pour les personnes sensibles qui n'ont pas le choix ou qui ont envie de vivre à Paris, que faire pour ne pas se sentir submergée par la ville ?
- Speaker #2
Je fais en sorte d'avoir aussi ne serait-ce que des horaires de cabinet qui me permettent de pouvoir prendre les transports sans avoir à faire à des heures de pointe. Par exemple, ça arrive de temps en temps. Quand ça arrive, ça fait partie du jeu. Mais il y a aussi une façon de se réapproprier l'espace pour pouvoir mieux vivre dedans.
- Speaker #3
Si j'ai des moments de panique ou je veux réguler mon système nerveux ou que je me sens submergée par plein de choses, la première chose, je respire, déjà, ce qui me permet de me raccrocher au moment présent. Le fait de respirer et de décrire ce que je vois, de décrire ce que je sens, ce que j'entends, me permet de redescendre dans le moment présent et de me dire, ok, t'es pas morte, tu vas pas mourir, certes, il se passe ça, là, là, là, tranquille, ça va. Ça va, en vrai, ça va. Et si ça ne va pas tout de suite, ça va aller. Consciemment, rentrer en contact avec le sol via mes orteils, ma voûte plantaire, mes talons et être vraiment dans le micro-mouvement pour après sentir tout mon corps. Me prendre dans les bras, me frotter les bras, me remettre dans le moment présent et me rassurer. Je peux mettre mes écouteurs ou mon casque qui bloquent le son. Là, dans ce cas-là, j'ai déjà ma petite playlist qui me détend, les bruits de la mer ou une musique que j'aime bien, qui me booste ou qui me met en joie tout simplement. Ou écouter la voix de quelqu'un qui me rassure si elle m'a envoyé un audio il n'y a pas longtemps.
- Speaker #6
Salut Ophi, comment ça va ? Écoute, je sais que tu traverses des moments difficiles actuellement. Je sais d'où tu viens. Je pense très très fort à toi.
- Speaker #3
Si j'ai pas de casque, ce qui peut arriver, c'est très regrettable quand ça m'arrive, mais je me dis, il y a toujours moi. Et quand on croit qu'il n'y a plus rien, il y a toujours nous. C'est pour ça qu'on n'est jamais tout seul, de cette façon. Et là, je vais consciemment me mettre dans ma bulle, un peu en mode sophrologie. Je ferme les yeux. Et je vais imaginer une bulle autour de moi, dans laquelle je suis et qui me protège. J'entends les bruits de la mer et le vent dans les arbres et les feuilles. Et je me souviens du dernier endroit de nature où je me suis sentie bien. Et je ferme les yeux et j'essuie. Et puis, je me souviens des chansons que me chantait ma mère ou mes tantes.
- Speaker #5
Ma relation à mon hypersensibilité, elle se construit avec beaucoup plus de douceur. Je pense que maintenant je la bénis, je la chéris et je dis merci parce que, même si c'est fatigant, parce que forcément de ressentir... À 10 000%, c'est fatigant, mais à la fois, ça rend les choses encore plus belles.
- Speaker #3
Vu mon métier d'artiste, je suis bien contente d'être hypersensible parce que je vais avoir accès et pouvoir aussi délivrer, offrir des choses aux gens. Et ça, c'est tout bénef.
- Speaker #2
Toute cette sensibilité, elle n'est pas là par hasard. On peut la transformer, on peut l'écouter et on peut en faire une force. Canaliser en fait ces émotions.
- Speaker #3
C'est comme quand je parle avec un peintre, il ne va pas juste me dire le ciel il est gris, il fait moche. Il va me dire là, ce nuage-là il est légèrement gris bleuté. Puis derrière il y a un tout petit éclairci qui donne accès à une petite couleur de rose qui est en train de s'effacer avec le vent qui passe. Et d'y voir peut-être de la musique ou de voir tout un... Tout un paysage qui se dessine avec des sons alors que les nuages n'émettent pas de sons, en tout cas on n'est pas censé en entendre. Moi je trouve ça magnifique. On peut écrire toute une symphonie sur des nuages. On peut écrire tout un texte sur le savon, il y a un livre qui s'appelle Le Savon. C'est génial !
- Speaker #4
Les problèmes des hypersensibles appartiennent au monde d'avant. Ça appartient à l'ancien monde, vous savez, celui qui essayait, dans une entreprise, de ne pas montrer ses émotions. Celui qui, en famille, il ne faut pas dire, il ne faut pas parler, on ne va pas oser dire, par exemple, qu'on est attiré par les personnes du même sexe. Le monde de demain, c'est un monde qui va vers l'ouverture. On commence à percevoir du coup ce que moi j'appelle la force de l'hypersensibilité parce que c'est une véritable force, on n'a pas besoin d'en faire une force, c'est par essence une force.
- Speaker #1
C'est peut-être pas si étonnant que la conclusion soit que tout le monde est différent et que certaines personnes peuvent vivre dans des grandes villes et d'autres non. Mais ce que j'ai gardé de cette recherche, c'est d'arrêter de résister à la sensibilité. Parce que, et ça je le dis par expérience, plus on résiste... plus elles perdurent.
- Speaker #0
Vous venez d'écouter un épisode de Thérapie de groupe, le podcast qui explore la santé mentale. Retrouvez toutes nos frictions sur notre site friction.co