- Speaker #0
Vous écoutez 35h et plus, si affinité, le podcast qui explore notre rapport au travail, produit par
- Speaker #1
friction. Bonne écoute ! mais imposée depuis ma tendre enfance. Bref, j'avais le sentiment d'être un cheval à qui on murmurait à l'oreille. Un cheval ou un mouton, c'est selon. Je me suis alors demandé qui sont celles et ceux qui ont décidé de quitter le monde du travail. Pourquoi et surtout comment ? Comme je n'ai de toute façon plus envie de travailler, j'ai pris la décision de partir à leur rencontre et de recueillir leurs témoignages. Robert a travaillé 20 ans à l'usine dans l'industrie automobile. Cet ouvrier a trouvé un moyen bien à lui pour résister à l'intérieur du monde du travail en fabriquant des objets pour son usage personnel. Cette tradition ouvrière s'appelle le travail à la perruque, un moyen de supporter des cadences infernales et de retrouver du sens à un travail qualifié par Robert lui-même d'aliénant.
- Speaker #2
J'ai entendu parler pour la première fois de la perruque d'un copain qui était un vieil ouvrier qui était proche de la retraite. Il m'a donné une chemise de piston dans laquelle il avait soudé un fond en tôle pour recueillir la cendre. Et il m'a dit, ça c'est de la perruque.
- Speaker #1
Antoine, lui, ne s'est pas fait virer. A 48 ans, c'est ce haut fonctionnaire qui a décidé de virer son travail.
- Speaker #3
À ce moment-là, je suis au top du top à l'ADEME. Je dirais que c'est à ce moment-là que, pam, tout va dégringoler d'un coup.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #3
Eh bien, je suis tombé amoureux. Mon explication, c'est celle-là.
- Speaker #1
Cette prise de conscience va amener Antoine à faire des choix radicaux et à s'extraire de la société moderne. Travaillez-moi pour vivre mieux, un podcast de David Etienne, produit par Friction.
- Speaker #2
Je me souviens particulièrement du premier jour, la mémoire est sélective et mon entrée à l'usine Renault était particulière. D'une part, ce qui m'a stupéfié, c'est le vacarme, le bruit qu'il y avait. dans l'atelier. Je ne sais pas combien il y avait de décibels, mais c'est vraiment très très fatigant et surprenant surtout. Et puis la deuxième chose, c'est que j'allais en métro, comme c'était une usine très grande, il y avait 32 000 ouvriers, on était en même temps une centaine ou plus qui marchions au même pas en même temps. Et dans l'idéalisation que j'avais à l'époque, ça me faisait penser à une armée en marche, à une puissance collective que Je n'avais jamais rencontré, j'avais déjà travaillé dans d'autres usines, mais je n'avais jamais rencontré une telle cohabitation avec des ouvriers de toutes origines, pour beaucoup immigrés, parce que les gens qui travaillaient comme ouvriers spécialisés à l'époque étaient des ouvriers immigrés. La perruque, c'est du travail qu'on fait à l'usine, sur le temps de travail et avec le matériel du patron, pour soi-même. C'est du travail qu'on peut estimer volé ou chapardé, mais c'est du travail pour soi qu'on fait avec le matériel et sur le temps du patron. J'ai entendu parler pour la première fois de la perruque d'un copain qui était un vieil ouvrier qui était proche de la retraite. Il m'a donné une chemise de piston dans laquelle il avait soudé un fond en tôle. pour recueillir la cendre et il avait installé des petites fiches en tôle pour poser la cigarette. Et il m'a dit, ça c'est de la perruque. Et j'ai découvert à ce moment-là, pour la première fois, qu'on pouvait faire à l'usine des choses pour soi-même. Ensuite, j'en ai fait moi-même et ça m'a permis, très longtemps après, d'écrire un ouvrage sur la perruque. Une des perruques les plus courantes aussi, c'est la quille de départ. Quand un ouvrier s'en va d'une usine, on lui fabrique. à un objet qu'il pourra conserver. Il y a des perruques tout à fait exceptionnelles. Celle qui m'a le plus stupéfié, c'est un collègue à Air France qui a fabriqué un avion bimoteur. Il a mis 7 ou 10 ans pour le fabriquer. Il avait loué un box à côté de l'usine. Il sortait les châssis avec l'aide de camionneurs cachés sous des bâches. Ça, c'est une perruque tout à fait exceptionnelle, sachant que l'immense majorité des perruques, c'est pour préparer un marteau, une balayette, un scooter, un vélo. C'est ça l'essentiel de la perruque. La perruque c'est toléré, mais dans tous les règlements elle est strictement interdite. C'est interdit pour les ouvriers, c'est interdit pour les patrons, mais aussi les syndicats ne souhaitent absolument pas en parler. Un syndicaliste explique qu'ils refusent la perruque parce que c'est individualiste. Le syndicat prône l'union des ouvriers et pas la débrouille individuelle. Donc par principe, ils ne se prononcent pas là-dessus. Par contre, ils en ont tous fait ou ils en ont tous fait faire par des copains. La perruque, c'est quelque chose qui est pour soi ou qui est fait individuellement ou collectivement. Mais ce n'est jamais marchand. Plusieurs fois, on m'a proposé quelques pièces. J'ai toujours refusé. Par contre, ce qui pouvait arriver, c'est que je proposais un Ricard. Ça, c'était accepté. Mais je n'ai jamais connu un perruqueur qui vende sa perruque. Ce qui existe, c'est des gens qui travaillaient au noir. Et on n'avait aucun rapport avec eux. C'était une barrière qui était infranchissable. Le 1er mai 1991, ils nous ont chassé de l'usine pratiquement, enfin ils ont fermé l'usine et depuis c'est devenu un centre Leclerc. Ça a été un drame absolu, c'était un des drames de ma vie. J'ai cherché du travail, sauf que j'avais juste un CAP et j'étais peu qualifié. D'autre part, j'avais une quarantaine d'années. Et surtout, j'avais un passé militant, de syndicaliste et de militant politique. Donc ça avait été impossible de retrouver du travail comme ouvrier, et je ne savais pas quoi faire d'autre. A l'époque, le chômage avait institué une AFR, allocation, formation, reclassement. C'est-à-dire que pendant trois ans, on pouvait être payé au SMIG à condition de faire des études. J'ai choisi l'histoire, c'était l'histoire et géographie. c'était tout à fait particulier parce que j'avais 45 ans, j'étais avec des jeunes qui en avaient 18 et je ne voulais pas avoir l'air d'un imbécile. Il fallait que je travaille. Je travaillais beaucoup, beaucoup le jour, la nuit, à la maison. Donc j'ai eu facilement des diplômes en 3 ans qui étaient une licence et puis après ça a été plus difficile parce que j'avais une licence qui ne me servait absolument à rien et donc j'ai pu à ce moment-là, par relation, Trouver un boulot de gardien de nuit, où j'ai beaucoup souffert, là le mot n'est pas exagéré, je le remets très peu, et je n'arrivais pas à dormir d'ailleurs, et je faisais 7h du soir, 7h du matin, après je revenais à la maison, je préparais le petit déjeuner pour les enfants, et après je partais à l'université. Et j'ai tenu pendant 5 ans quand même, ce qui m'a permis d'avoir un Master 2, à l'époque ça s'appelait un DEA. J'ai commencé trois ans de doctorat, puis je n'ai pas continué parce que sur le plan physique je ne tenais plus le coup et un copain m'a dit il y a un concours administratif et je suis rentré dans l'administration. J'ai écrit plusieurs articles quand j'étais syndicaliste sur la perruque parce que c'est un sujet qui me... passionnait et qui me passionne toujours. J'avais fait des entretiens avec des perruqueurs. Moi, j'avais beaucoup perruqué et j'avais gardé mes objets. J'avais vaguement l'idée d'en faire un bouquin. Et puis, les éditions Sileps m'ont proposé un contrat très amical pour faire un petit ouvrage de 250 pages, je crois, à peu près, et qui m'a permis d'enrichir mes connaissances. Donc je suis très content que cet ouvrage existe. Il a été acheté à un millier d'exemplaires et qu'on le trouve toujours à la commande chez l'éditeur. Les souvenirs douloureux, c'est... J'ai été exclu de la CGT parce que c'était à l'époque où la CGT soutenait le gouvernement en 83 et les licenciements chez Talbot, donc j'étais pas d'accord. Et puis ensuite j'ai été réintégré, donc ça n'a jamais été un drame absolu, mais c'est un mauvais souvenir. Le plus mauvais souvenir, c'est le licenciement. Ça a été un drame pour moi, je devais être conçu toute ma vie comme aller jusqu'à la retraite chez Renault, et puis ça ne s'est pas passé comme ça. Au moment des licenciements, il y a un ouvrier qui n'était pas syndicaliste qui s'est pendu chez lui. et il y avait trois autres ouvriers qui étaient déjà malades qui sont morts dans l'année. Ça a été des drames pour nous. C'était un licenciement, la plupart du temps on n'en parle pas, mais ça existe à chaque fois qu'il y a des licenciements, à chaque fois qu'il y a des suicides, et c'est des drames ouvriers qui ne font pas les honneurs des gazettes. Après, sur les meilleurs moments de ma vie, À l'usine, je pense que c'est la camaraderie, la camaraderie dans les manifestations, dans les luttes, quand on s'est bagarré même physiquement avec les flics, c'était une récréation quand même, si on n'était pas blessé. Et puis la perruque aussi, c'était une grande joie de fabriquer des objets, soit pour les copains, soit pour soi-même. et puis une... Camaraderie d'atelier qui doit continuer, j'imagine, ça fait un moment que je ne suis pas rentré dans un atelier, mais les blagues, la résistance au patronat, je pense à une anecdote, l'alcool était parfois toléré, parfois interdit, c'était comme la perruque. Il y avait un calendrier avec tous les sommes, donc on disait tiens Gérard, c'est à Saint-Gérard. Et donc on allait voir les Gérards et ils payaient le coût à tout l'atelier. Et de temps en temps, ça a été réprimé. Il y avait un chef qui passait et qui disait « Vous savez que c'est interdit les gars, vous allez arrêter ça tout de suite. » Et on levait notre verre en riant « À ta santé ! » et on buvait un coup. Donc c'est des formes de résistance mineure mais qui nous permettaient d'assumer un travail par ailleurs. aliénant et difficile, mais qui était couvert par la camaraderie.
- Speaker #1
Emmanuel Cournery, sociologue du travail.
- Speaker #4
La camaraderie dont je parle et qu'on m'a relatée, c'est la camaraderie d'avant les années 70. C'est ces gens qui faisaient une carrière dans une, deux, trois boîtes maxi. Et c'est des collectifs de travail. qui faisaient corps, qui se pensaient en classe, parfois en plus engagés dans des groupes militants communs, parce que j'imagine que la camaraderie dans le syndicalisme, elle est aussi activée là. Et ça, c'est un tour de force du capitalisme néolibéral à partir des années 70-80, c'est qu'il va organiser cette division. Après mai 68, le patronat a eu... tellement la trouille de ces trois semaines de blocage total et des alliances ouvrières, étudiants, je veux dire, le pays est bloqué. Le patronat pense que c'est fini, que ça y est, ça se casse la figure, le capitalisme. Donc, ils vont réagir, ils vont contre-attaquer, et dans les assises de 1973 du CNPF, qui est l'ancêtre du MEDEF, ils vont nommer le processus d'individualisation, ils vont le dire, ils ont très bien capté que c'était les collectifs de travail qui les avaient mis en difficulté. Donc ils vont s'organiser et ils vont commencer à organiser une gestion individuelle des carrières. Le plus tordu, c'est que ça va être en réponse à des demandes qui ont été formulées durant mai 68. Plus d'autonomie, plus de liberté. Et en fait, la revendication de liberté, ça va être notre tombeau, quelque part. On va créer une espèce d'illusion de liberté dans notre exploitation.
- Speaker #3
Je m'appelle Antoine Vernier, j'ai 46 ans déjà, je fais pas mal de sport, en tout cas je cours beaucoup, je suis toujours fonctionnaire d'état auprès du ministère de l'environnement, donc je suis un fonctionnaire je dirais. Je passe les concours de la fonction publique territoriale mais aussi d'État. Le schéma c'est avoir un boulot, une famille, une maison. Donc moi je suis dans ce délire-là un peu. Enfin puis ça me va en fait, je trouve ça super. Je rentre dans un premier temps, ça s'appelle l'équipement, ministère de l'équipement. Et ça devient ensuite avec le Grenelle de l'environnement, le ministère de l'environnement. Je travaille à la Défense, on appelle ça l'administration centrale. Donc là, je côtoie des ministres, des directeurs de cabinet. Donc je vois le très haut niveau politique. Je gère directement 30 millions d'euros quand même. Et donc je suis quand même vraiment à fond. Après, je bascule. On décide de quitter la région parisienne. On va donc à Angers. Et après, on va avoir des enfants. Et c'est là que je cherche un poste. Et je rentre à l'ADEME. L'ADEME, moi je suis content. C'est 200 salariés. Je découvre des gens. qui me ressemblent en fait, des gens sensibles. On est aussi dans une ambiance de travail qui nous laisse le temps. On a aussi de l'argent et on peut être créatif. Je découvre comme une famille pour dire les choses. Après, concrètement, est-ce que je suis utile ? Moi, je n'ai jamais tellement attendu ça du travail. Je me disais, j'ai un salaire, je suis content. Enfin, pardon de parler comme ça. Au fur et à mesure, je vais devenir expert du gaspillage alimentaire. Et à ce moment-là, je suis au top du top à l'ADEME. Je dirais que c'est à ce moment-là que, pam, tout va dégringoler d'un coup.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #3
Eh bien, je suis tombé amoureux. Mon explication, c'est celle-là. Cette personne m'a montré une partie de moi que je n'avais jamais vraiment vue, en fait. Elle a eu cette phrase de me dire, avant même qu'on s'aime vraiment, de dire, mais Antoine, on peut t'aimer pour qui tu es. Et en fait, ça m'a fait un choc. parce que je n'avais jamais pensé à ça. C'est comme si elle vient toucher l'armure. Je comprends que quelque part, beaucoup des choses que je fais sont là pour essayer d'être aimé parce que je n'ai pas confiance dans ce que je suis au fond. J'agissais plutôt avec mon mental avant. plutôt avec ma volonté, avec une volonté extrême, mais qui était de couper de ce que je pouvais ressentir au plus profond de moi. Et à ce moment-là, il y a des choses qui devenaient inacceptables pour moi. Ce que ça modifie dans mon rapport au travail, c'est de prendre conscience qu'il y a une forme d'agitation pour exister, pour être aimé, peut-être d'être un peu le meilleur, de prouver qu'on a de la valeur. On fait beaucoup d'agitation pour essayer d'accéder à des miettes de l'essentiel. L'événement aussi concret qui l'a vraiment conduit au fait que mon corps, des larmes sortent de moi, mon corps ne m'appartient plus à ce moment-là et c'est ça qui fait que je vais voir le médecin. La veille, je fais visiter un abattoir à mon chef, à des collègues. Je vois des hommes qui tranchent des gorges d'animaux qui nous regardent. Ils font ça 600 fois dans la même journée. Et là, de le voir... Je prends une déflagration du réel comme on se fait recouvrir d'un tsunami. C'est le regard du monsieur qui est roumain, qui a la machine pneumatique pour découper le corps, et qui nous regarde, nous qui venons avec l'arrogance de vouloir dire à la France entière comment il faut vivre pour respecter la vie, et bien ce monsieur qui nous regarde droit dans les yeux... Il nous dit, vas-y, prends la machine, toi qui sais mieux. C'est ça qui fait qu'après, je n'ai plus pu rester dans le travail. L'État m'envoie vers un psychiatre expert qui dit, est-ce que c'est OK qu'il est en arrêt maladie ? Je tombe sur un psychiatre qui comprend parfaitement ce que je raconte sur l'État. Lui, il voit constamment, il a cette pire en pire, des gens qui pètent les plombs partout. Ce psychiatre, il me dit, mais en fait... Le système, il fait en sorte que vous vous culpabilisez. Mais il y a des règles. Quand vous êtes victime, vous avez des droits. Et c'est parce que vous prenez vos droits que vous allez réussir à bouger le système. Moi, j'étais dans l'idée, essayons de rester dans le système pour le hacker. Mais pour moi, il y a eu un moment où, de mon point de vue, on a un rouleau compresseur dont on ne peut pas se rendre compte de sa puissance. Mais il y a un moment... On est pris dans quelque chose de beaucoup plus complexe, qui moi, je me suis dit, je dois être à l'extérieur, et ce truc-là, il va mourir de lui-même. C'est mon point de vue. J'ai un premier arrêt d'un an quand je suis à l'ADEME. Et là je le subis, c'est vraiment la grosse dépression. J'ai deux journées où je lutte pour ne pas avoir un endroit où je vais me suicider. Je vois que je n'ai aucun goût à la vie. Et voilà, c'est une période très compliquée. Et j'ai plus d'énergie du tout. C'est un moment où pendant six mois, je suis l'homme de moi-même, et t'es juste en reconstruction. À la fin de ce premier arrêt, j'essaie de revenir. De revenir dans le système, en fait. Parce que j'ai peur, en fait. J'ai peur que si je perds mon travail, je perds la garde de mes enfants, ma place, je ne sais rien faire d'autre. Donc tu penses SDF, et puis voilà, c'est la mort sociale. Je reviens quand même un peu à l'ADEME, mais à l'arrache. Ça me permet pendant 4 mois de bien dire au revoir. Et après, effectivement, je vais basculer, je vais travailler pour la DDT. Je suis responsable de la biodiversité. Je fais ça pendant un an et demi. Après cette période-là, je vais voir mon médecin et je lui dis, voilà, là j'ai un problème, c'est que, qu'est-ce que je raconte ? Des gens qui essaient de faire un travail qui a du sens. Ça n'a aucun sens que je sois chez eux, aucun sens. Donc je vais voir mon médecin et je lui dis que je suis en train de péter les plombs. Il y a deux choses l'une, soit je vais péter les plombs et vous validez ça, soit vous mettez un arrêt, je ne peux pas. Je repars sur un arrêt et je revois le psychiatre et je fais un an, deux ans. Et là j'en suis à trois ans et aujourd'hui je pense plus que la voie, c'est d'aller vers ce pour quoi je suis fait.
- Speaker #1
Suite à une séparation en 2015, puis à une rencontre amoureuse un an plus tard, Antoine décide en 2019 de s'installer sur un terrain sans eau ni électricité.
- Speaker #3
Le terrain, si on doit le visualiser, ça fait 4 ans que j'y suis. C'est une zone de biodiversité, c'est une zone protégée le long de la Loire. Le terrain fait 3700 m². J'ai monté une cabane dessus et j'ai mis à côté une caravane à 500 euros. Et puis on a monté une deuxième cabane sur Piloti. En fait, c'est une petite cabane en bois de 17 mètres carrés. Et puis un peu un potager en rond. J'ai deux panneaux solaires et en fait, je ne suis pas du tout autonome. C'est-à-dire que je charge un peu péniblement mon téléphone. Je n'ai pas de puits. Donc je vais chercher l'eau à la rivière qu'on utilise pour se laver ou je me baigne. Même l'hiver, je me lave comme ça. Ça devient plus confortable parce que c'est le quatrième hiver et puis on a compris comment ça fonctionne. Nous on se lève, il fait 11 degrés, on dit « waouh, il fait hyper chaud » . C'est en dessous de 6, ce qui arrive le matin. Mais j'ai amélioré parce qu'avant on n'avait que un poêle tout pourri, j'ai un meilleur poêle, j'ai un truc maintenant à gaz qui consomme très peu. Donc on se donne plus de confort et c'est beaucoup plus acceptable. J'adore prendre une douche chaude, j'adore être dans le luxe, clairement, mais ça va 5 minutes. J'ai comme besoin de toucher quelque chose qu'il y a à l'intérieur de moi, et ça, c'est un peu le silence, sentir la vie.
- Speaker #1
Mathieu, fondateur du collectif Travaillez-moi.
- Speaker #5
Le cas d'Antoine n'est pas du tout un cas isolé, on est des centaines de milliers à souffrir au travail. Et c'est vrai que seules les personnes qui vont au bout, qui poussent, qui poussent, qui poussent et qui tombent, se donnent la chance de remettre en question justement l'édifice qui est construit à l'intérieur d'eux. Il a un boulot dans l'environnement et je crois qu'il voit qu'il met des coups d'épée dans l'eau en fait. Il se sent impuissant face à l'immensité du système dans lequel il est. pris et acteur, et une volonté de retrouver du contact avec la terre, avec un territoire. Et je crois que c'est ça qu'il y a derrière l'histoire d'Antoine, c'est aussi cette volonté de refaire des choses simples et matérielles. Cette tendance de la sobriété, elle prend de plus en plus de place dans l'espace public, puisque depuis la fin de la guerre, on était dans une société de l'abondance sur une terre qui est complètement limitée dans ses ressources. Et donc, vu que c'est une impasse, de nombreuses personnes prennent la voie opposée. Et donc, tant mieux si de nombreuses personnes vont dans cette direction de la sobriété et de la décroissance. C'est une autre manière de le dire, mais qui est peut-être un peu plus politique, puisque c'est l'opposé de la croissance. Eh bien, oui, on remet en question la quantité de choses produites. Repartir dans une cabane après avoir été à la Défense, ça me semble très sain. Il faut qu'on retrouve du lien au vivant et qu'on arrête de tout mesurer, qu'on arrête de tout... calculer, je pense que c'est très très important de sentir qu'on est partie intégrante de la nature. Et ça, on a tendance à l'oublier en regardant la télé et en étant cloîtré dans nos cages à lapins.
- Speaker #3
Oui, qu'est-ce qu'on fait après ça ? Je vais avoir un schéma où parfois je me dis, mais je pourrais être postier et je ferais une tournée, je rencontrerais des gens. Je ferais prier au SMIC, mais les gens seraient contents, ça ferait du sens et je pourrais trouver ça intéressant. J'aurais une vie plus classique, j'aurais un appart ou je sais pas quoi. Je pense que ça pourrait se défendre. Mais au fond, je crois que je me dis que j'aime bien ne pas savoir. J'essaie de me mettre à l'écoute de ce pour quoi j'ai l'impression d'être fait et vers quoi la vie m'emmène. Je tâtonne comme tout le monde. J'essaie d'accepter mes tâtonnements. Et donc plus tard, j'y arriverai mieux. Je me projette dans un endroit où j'y arriverais mieux. J'y arriverais mieux à être heureux. Quand tu as des ampoules au pied, par exemple, et que tu cours pendant 100 km, cette douleur-là, elle fait que tu sais que tu es vivant. Elle fait que tu vas aller chercher des ressources à l'intérieur de toi. Je pense qu'il y a quelque chose en moi qui a constamment besoin. de revenir à cette rugosité qui fait toucher la vie. C'est ma manière de vivre. Je ne sais pas mieux expliquer. C'est une vie d'apprendre à vivre.
- Speaker #1
C'était Travailler moins pour vivre mieux, un podcast de David Etienne, produit par Friction.
- Speaker #0
Vous venez d'écouter un épisode de 35 heures et plus si affinité, le podcast qui explore notre rapport au travail. Retrouvez toutes nos frictions sur notre site friction.co