Speaker #1Bonne écoute ! J'avais eu quelques copines par-ci par-là, mais c'était compliqué à chaque fois. Elles étaient jamais contentes, j'étais jamais assez bien pour elles, elles me quittaient, je souffrais. J'avais fini par laisser tomber. Et puis j'ai eu envie d'aimer à nouveau. J'en avais marre d'être seul. J'ai traîné sur des sites et... J'ai trouvé Elena. Elena, elle vient d'ailleurs. D'Europe de l'Est. Elle a vécu en Chine aussi. J'ai envoyé beaucoup de mails avant de la faire venir chez moi en France. Elle a fait un long voyage pour me rejoindre. Quand je l'ai accueillie, j'étais fou de jour. Un gamin à Noël. Elena, c'est... C'est mon cadeau. Mon plus beau cadeau. Je la voulais parfaite et... Elle l'est. Elle est très très belle, Elena. Elle a un physique de rêve. J'adore son corps, sa bouche, ses grands yeux, ses longs cheveux blonds, un peu bouclés, juste ce qu'il faut, juste ce que j'aime. Quand on sort ensemble, tous les regards se braquent sur elle. Dans la rue, dans les magasins, dans les transports, c'est incroyable l'effet qu'elle fait. Quand on rentre dans un restaurant, souvent les conversations des gens s'arrêtent. Les hommes ont un petit sourire pour moi, comme pour me dire « bien joué mec » . Les femmes sont presque choquées. Elles sont jalouses, c'est normal. C'est une star de cinéma ma copine, j'en suis fier. Et elle, elle reste impassible, superbe, au-dessus de tous ses regards braqués sur elle. Une star de cinéma, c'est ça. Au-dessus du commun des mortels. Et puis, elle a Dieu que pour moi. C'est ce que m'ont dit mes collègues au bureau. On va souvent au karaoké ensemble, on aime bien. Un soir, je leur ai présenté Elena. Elle n'a pas chanté, elle est timide. Elle reste dans l'observation, tout ça c'est exotique pour elle, différent de là d'où elle vient. Ce soir-là on s'amuse bien, le courant passe entre elle et mes potes du bureau. Ils me taquinent pas mal mais c'est ce qu'on fait entre nous. Ils sont contents pour moi, ils voient bien qu'on est amoureux, Elena et moi. Tous les deux on se décolle pas, même pour chanter je la prends dans mes bras. Avec l'alcool certains s'approchent un peu trop d'elle mais ça va. Elena reste sobre, stoïque. C'est son caractère, c'est aussi ça que j'aime chez elle. Bref, on passe la soirée à boire et à chanter. Je suis heureux. Le lendemain, mes collègues me félicitent pour cette belle prise. Ils sont pas très fins, mais ça me fait plaisir. Entre hommes, on est pudiques. Et puis Héléna a l'air de les apprécier. C'est important aussi. Moi, je veux qu'elle soit bien. J'ai envie qu'Hélèna rencontre ma sœur. On est proches tous les deux. Je suis le petit frère qu'elle protège depuis toujours. C'est son rôle. C'est cliché, mais c'est comme ça. On a rendez-vous à la fête foraine près de chez nous. Elle s'installe tous les ans sur les berges au début du printemps. C'est un rendez-vous qu'on ne manque jamais, ma sœur et moi. Depuis l'enfance. On se gave de churros, de barbe à papage, lui gagne des trucs au stand. On se marre comme des baleines dans les manèges. Même adulte, on garde ce rituel. Ces quelques heures volées à notre enfance, on y tient. C'est précieux. Pour la première fois, on sera trois cette année. Et j'espère toutes les autres à venir. Quand elle voit Elena, ma sœur ne dit rien. Elle a même un mouvement de recul. Elle est surprise. Je fais les présentations, dis quelques banalités. Ma sœur me répond à peine. C'est impoli, ça lui ressemble pas. Ça me vexe. Quoi, elle est pas assez bien pour moi, Elena ? On passe devant le stand de tir et je m'y arrête, tendu. Je prends la carabine que me tend le forain et je l'arme. Elena est tout près de moi. Ma sœur nous observe de loin. En position de sniper, je me concentre sur les ballons qui dansent dans leur cage. Qu'est-ce qu'elle a ma grande sœur ? Pour une fois que je suis avec une femme qui m'aime, elle est jalouse ? Non mais parce que j'ai souffert moi avec les filles. J'étais trop gentil tout le temps, je me suis fait avoir. Mais c'est fini ça. Le petit gars dont tout le monde a pitié, celui qu'il faut défendre. J'ai besoin de personne. Maintenant que j'ai Hélène après moi. Personne. Yes, je les ai tous crevés. Du premier coup, à chaque fois. Le forum sourit, il est impressionné. Je me tourne vers ma sœur qui sourit enfin, elle aussi. Oh, je suis fier de moi. J'embrasse Elena et je prends pour elle un porte-clés en peluche. Ma sœur nous rejoint et aide Elena à l'accrocher à sa ceinture. Ça y est, elle redevient elle-même, je crois. Toujours un peu sur la réserve, mais bon, elle est sûrement un peu intimidée. On se promène tous les trois dans les allées de la fête foraine. Ma sœur me pose des questions sur notre rencontre. Comment on vit tout ça, Elena et moi ? On monte dans un manège, elle s'assoit à côté d'elle et lui serre le bras tout le long du tour, comme si elle avait peur qu'elle s'envole. Je crois qu'elles s'entendent bien toutes les deux au final. On se quitte content en tout cas. Je suis soulagé. C'est le grand jour. Je présente Elena à mes parents. Quand on se garde devant leur pavillon de banlieue, je suis un peu stressé. Je leur en ai beaucoup parlé d'Héléna. Enfin, à ma mère surtout. J'ai quasiment jamais mon père au téléphone. Ils ont hâte de la rencontrer. Et Héléna aussi, j'en suis sûr. Ma mère nous attend devant la porte du pavillon. Je claque les portières de la voiture, je prends Héléna par la taille, je la tiens bien serrée d'un bras et de l'autre je tiens le bouquet de fleurs destiné à ma mère. Quand nos regards se croisent, je lis dans ses yeux le même genre d'expression que ma sœur. La surprise, sans doute. Elle sourit, mais c'est figé. Elle bredouille un tout petit bonjour quand je l'embrasse et rentre dans la maison. Elle me paraît tout petite, ma maman. On s'installe au salon. Mon père est dans la cuisine. Y'a des toasts de foie gras sur la table et un gigot dans le four, ça sent bon, j'ai faim. On est bien reçus, y'a même du champagne. Ma mère s'installe en face de nous et nous dévisage. Elle dit rien. Bon, Héléna a pas l'air gênée, elle a l'habitude. Mon père arrive, il tient un plateau avec des flûtes dans ses mains. Putain, j'ai cru qu'il allait tout renverser quand il nous a vus. La surprise encore, c'est fou l'effet qu'elle fait, cette femme, même sur mon père. Il dépose le plateau sur la table basse, je me lève pour le saluer, je lui fais une accolade, que je veux complice, virile. Il reste complètement sonné, j'ai l'impression. Je lui dis, papa, je te présente Elena, ma compagne. Mon père s'assoit à côté de ma mère et ses yeux passent de moi à Elena sans arrêt. Je distribue les flux, j'ouvre la bouteille de champagne, je remplis les verres. Moi je veux qu'on trinque, c'est la fête ! Mon père dit toujours rien. Il vide son verre d'un trait. Ma mère n'y touche pas. Je serre Elena un peu plus contre moi. Je sens un malaise. J'essaie de briser le silence, je balance quelques phrases au hasard. Mes parents sont toujours muets. Ma mère ose même pas me regarder. Ses yeux me fuient. Ils me jugent, c'est sûr. Putain, ils peuvent pas juste être heureux pour moi une fois dans leur vie ? Là, mon père se lève et il me dit de sortir de chez lui. Je comprends pas. Il répète boudin de colère. Tu sors. Ma mère prend son visage dans ses mains et s'enfonce dans son fauteuil. Je regarde Elena. Elle est aussi sonnée que moi. Je bouge pas. Mon père durcit le temps. Il me répète de sortir, moi et ma poupée. Je suis pétrifié sur le canapé. Alors il s'approche et il nous pousse, Elena et moi, pour qu'on se lève. Il est hors de lui maintenant. Il nous hurle de partir, me traite de malade, de pervers. Moi j'ai peur qu'il s'en prenne à Elena. On se lève, j'attrape nos manteaux, mon père est toujours après nous, il nous chasse. Je suis sous le choc. Mon père continue à hurler des trucs horribles. C'est violent, c'est injuste. Je ne l'ai jamais vu comme ça. J'ai envie de me défendre et de lui faire mal moi aussi, mais je dois protéger Elena. C'est trop de colère tout ça. On rentre dans la voiture. On claque les portières en même temps que mon père claque la porte de la maison après avoir jeté dehors les fleurs que j'avais apportées.