Speaker #0La vieillesse, c'est pas pour les mauviettes. Bette Davis. Laurence Bisang, Dans Générations. Êtes-vous d'accord avec moi ? Je trouve que la période de la "jubilacion", la retraite, est évidemment plus apaisée en termes de stress que la période dite active, avec ses tensions au boulot. C'est une période plus sereine, notamment la nuit. L'insomnie est toujours possible. Mais moins pesante, me semble-t-il. Elle porte moins à conséquence. Ça peut donner une nuit plus courte. Je serais peut-être un peu flappie pendant la journée du lendemain. Mais je n'ai pas cette angoisse du jour de taf à plein temps qui suit, où il faut assurer. Nuit chamboulée? Ok. Moi, je dormirais mieux la suivante, c'est tout. Cela dit, quand on se réveille la nuit, il y a ce truc insupportable qui jaillit. La gamberge. Mot argotique pour dire réfléchir. La nuit, on réfléchit de façon involontaire. Ça turbine, ces idées obsédantes qui font des rondes, qui squattent la tête. Et d'où viennent-elles ? Avant, quand j'étais à la radio, il m'arrivait de me réveiller au beau milieu de la nuit, subitement, vraiment comment fonctionne nos consciences, avec une question, une remarque sur un mot que j'avais dit, ou au contraire, une information oubliée dans une émission de la veille. Mais comment ça se fait ? Cinq heures d'émission et un détail qui me saute à la tronche au milieu de la nuit me réveillent et me perturbent. Le nombre de fois d'ailleurs où je me suis dit, demain matin j'appelle le producteur et je lui dis de me virer, ça ne va pas. Bref, c'est du passé. Cela dit, il y a des fois, encore une fois, allez savoir pourquoi, je me retrouve éveillée comme pour partir faire un marathon. C'est juste une image, un exemple pour décrire à quel point je me sens au taquet. Je ne ferai jamais de marathon. Alors là, j'ai deux solutions efficaces pour me rendormir. La première, allez, debout. Un tour au petit coin, j'enfile ma robe de chambre, je m'assieds sur les toilettes couvercle fermé et je bouquine un court moment. À la lampe de poche, oui pas trop de lumière, juste ce qu'il faut. Et quoi de mieux qu'un peu de lecture pour bousculer les pensées obsessionnelles. Le livre attrape notre concentration et nous emmène ailleurs, loin de nos soucis, qu'importe le moment. Il n'y a plus de nuit, on est dans un autre présent, celui du roman. L'esprit se promène. Et au bout de quelques pages, me rappelle que je n'ai pas fini ma nuit. Ah bah oui, c'est vrai. Allez, retour au dodo, Morphée me revoilà, problème réglé. Alors pourquoi je ne bouquine pas au lit ? Pour ne pas réveiller mon amoureux. Deuxième solution, je suis réveillée, bim, et je n'ai absolument pas envie de me lever. La flemme, la flemme. Mais quelques idées non désirées tournicotent quand même dans ma tête. Alors je me focalise sur un jeu de mots découvert sur les réseaux. Affaire de concentration encore pour amener mon esprit ailleurs et bloquer les pensées importunes. Un petit peu dans l'idée du comptage de moutons. Vous vous souvenez ? Un mouton, deux moutons, trois moutons. Mais je pense que c'est plus efficace. Et c'est simple. Il suffit de choisir un mot de cinq lettres. Par exemple, grive. G-R-I-V-E. Et là, chercher sans trop réfléchir, rapidement, comme ça, cinq mots qui débutent avec les cinq lettres. Alors de grive, ici, on commence par la lettre G, bien sûr. Garage, gourmandise, garce, Gaule, givre. Et puis le R. Route, radieusement, relire, radis, rêve. Avec le I de grieve, île, idéale, immense, intègre, illustre, etc. Je prends trois mots en général et ensuite j'ai dégagé le terrain. Les pensées intruses, fâcheuses sont sorties de mon esprit. Et de mon lit ! Le sommeil et les rêves peuvent revenir. Et je vous avoue que ça m'amuse de faire ce petit jeu dans le noir. Et je note qu'il y a des lettres moins faciles que d'autres, alors j'évite les mots avec Y ou Z, par exemple. Ou U ! C'est marrant, mais je tourne en rond avec la lettre U. Pourtant, il y en a des mots qui commencent par U. Hein ? U, Hein ? Ulala. Bref, c'est mon petit jeu du milieu de la nuit pour contrer une éventuelle insomnie. À la place de faire la crêpe dans le lit, je joue avec les mots. Et vous ?