Speaker #0La vieillesse, c'est pas pour les mauviettes. Bette Davis. Laurence Bisang, dans Générations. Les personnes dites âgées vont-elles plus au théâtre ou voir des expositions que les plus jeunes ? Si j'en crois mon expérience, je réponds oui. Même si ça fait longtemps, ça fait des années que je vais au spectacle, évidemment. Partout, en Romandie et au-delà. A propos de cette région romande d'ailleurs, si vous la comparez à une région de taille similaire en France, je pense que c'est beaucoup plus foisonnant en propositions culturelles ici. Et je ne crois pas que ce soit une question d'argent, on sait bien qu'en Suisse comme ailleurs, les moyens pour la culture artistique, tous arts confondus, ne sont pas folichons. D'ailleurs, je me rappelle tristement que le peuple suisse avait dit non à l'initiative populaire en faveur de la culture justement, qui demandait que 1% du budget fédéral soit consacré à la culture. C'était en 1986. Moche. Bon, alors, qui remplit les salles et porte les créations culturelles ? Il y a quelques années, à Genève, le comédien Laurent Deshusses, qui jouait dans "la Revue de Genève", guignait entre les deux pans du rideau de scène, le dimanche en fin d'après-midi, un peu avant le début du spectacle à 17h, observait la salle, pleine, et disait, en voyant un public à majorité sinon retraité du moins âgé, « La Streif! » Soit un public massivement aux cheveux blancs, évoquant la célèbre piste de descente de Kizbühel. Oui, parce que les vieux vont au théâtre à toute heure, mais ils et elles aiment bien sortir pas trop tard, pour rentrer pas trop tard et se coucher pas trop tard. Ou, et alors là c'est plutôt mon cas, j'aime bien, c'est vrai, aller au spectacle pas trop tard pour pouvoir en parler après et boire un verre avec les autres. Parce que oui, une pièce de théâtre, une représentatio, un concert, ça ouvre le partage, ça permet le débat, la discussion. Et ça garde éveillé, ça fait tellement du bien, et ça à tout âge. Cela dit, oui, ça coûte d'aller au théâtre, c'est vrai, c'est vrai. C'est un budget, les places sont parfois onéreuses, je ne rechigne pas trop, pour autant que ce soit les artistes qui touchent l'essentiel. Bon, et à un prix AVS, me direz-vous ? On en parle ? Parfois c'est notable, cela dit, c'est vrai, ça vaut le coup d'avoir 65 ans et plus. Mais, souvent, c'est juste quelques francs en moins. Symbolique, donc. Bon, c'est le geste qui compte, et c'est peut-être mieux que rien, c'est vrai. Il existe un avantage pour les seniors retraités, on a des journées moins denses. Enfin, quoique, pas toujours, mais enfin, en principe, oui. Ce qui nous permet d'être au taquet pour la soirée; contrairement aux personnes actives qui ont une journée de travail dans les pattes et la tête. C'est vrai, et il y a grosso modo 25 ans, d'ailleurs, quand ma sœur était directrice de la Comédie de Genève, je me rappelle lui en avoir parlé. Dites-vous, gens de théâtre, que vous n'avez pas les mêmes horaires qu'une partie du public. Quand on s'installe dans une salle de spectacle en semaine, après une journée de boulot, pour découvrir une pièce qui dure deux heures et plus, c'est rude. Ça demande beaucoup d'attention, de la concentration en soirée, alors que peut-être on aspire à se relâcher, justement. C'est pas évident. Même si, aller au spectacle, ça détend aussi, c'est vrai. Enfin voilà, l'importance de la culture, c'est important pour moi en tout cas, culture qui devrait être mieux reconnue. Les arts de la scène, ce sont des professions comme d'autres qui demandent du travail, des connaissances, du savoir-faire. Et je suis mal contente, pour le dire élégamment, face à cette affirmation pendant la période Covid qui qualifiait la culture de non-essentielle. Oh là là. Donc pas utile pour bien vivre. Donc pas nécessaire de financer. Donnerais-je la liste d'autres trucs pas fondamentaux pour lesquels on doit débourser allègrement sans tiquer? Hein ? Bien, non hein ? Mais je vous le demande, pourrait-on vivre sans la culture ? Non mais franchement.