- Speaker #0
Bienvenue sur Good Visa, le podcast voyage. Aujourd'hui, partez avec Justine et Romain. Suite à un coup du sort dans leur vie professionnelle, ils ont décidé de traverser la France à pied avec leur bébé. 1500 km sur les sentiers désertés de la diagonale du Gide pendant 4 mois.
- Speaker #1
Ils vont vous livrer à quel point ce voyage a été une véritable renaissance. Cet épisode est une invitation à aller à la rencontre de l'autre et à retrouver sa foi en l'humanité. Je m'appelle Camille et je vous souhaite une bonne écoute, ou plutôt un bon voyage.
- Speaker #0
Bonjour à tous, bonjour à toutes. Bonjour Romain, bonjour Justine.
- Speaker #1
Bonjour Camille.
- Speaker #0
Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?
- Speaker #2
Très très bien, très enjoué de te parler. En tout cas, on est très heureux d'être sur ce podcast et de reprendre un petit peu le voyage grâce à toi, grâce à tes questions. Donc non, très très heureux.
- Speaker #1
Très heureuse également de la conversation qui va suivre.
- Speaker #0
Super. Avant qu'on se lance dans le vif du sujet, est-ce que vous voulez bien vous présenter chacun à votre tour avec vos propres mots ? Et j'aime bien demander à mes invités comment votre entourage vous décrirait. Mais vu que vous êtes tous les deux aujourd'hui, j'ai envie de vous dire comment vous décririez l'autre, chacun.
- Speaker #1
Je vais vous présenter mon mari. Alors Romain, il y a 32 ans. que j'ai rencontré sur les bancs de l'école il y a de ça presque dix ans maintenant, et puis avec qui je vis une vie fabuleuse, faite pleine de romantisme au quotidien. C'est Romand, c'est quelqu'un de très engagé, très gentil, très dévoué, et c'est de ces qualités que je suis tombée amoureuse. On a aussi beaucoup voyagé depuis deux ans et aujourd'hui Romain se destine à la boucherie. Il effectue un apprentissage d'artisan boucher au sein des Pyrénées-Atlantiques. Voilà à peu près comment je présenterais mon Romain, mon mari.
- Speaker #0
Eh bien tu n'as plus qu'à enchaîner derrière ça Romain !
- Speaker #2
Alors maintenant je vais vous présenter Justine qui est à 33 ans. quelqu'un de très créatif, de très passionné, de toujours très... Cette qualité de toujours voir le positif partout, tout le temps. Et d'être... De croire, d'avoir une foi profonde et sincère en sa bonne étoile et maintenant en notre bonne étoile. Donc, c'est quelqu'un avec qui on ne s'ennuie pas. qui est la mère de notre enfant, Homer, et qui a passé très récemment, il y a quelques jours, un concours national pour devenir thanatopractrice. Ce personne, thanatopracteur, c'est celui qui donne des soins de conservation aux défunts, en fait. Un parcours de reconversion qui a beaucoup de sens, qui répond à un très fort besoin d'engagement. Et donc, on va attendre les résultats avec impatience.
- Speaker #0
Eh bien, je te le souhaite. On croise les doigts pour toi. Merci pour cette présentation. Aujourd'hui, on va parler d'une aventure extraordinaire que vous avez menée tous les deux en avril 2024, où en fait, vous avez traversé la France avec votre fils, votre bébé qui était tout jeune à l'époque. En quatre mois, vous avez parcouru 1500 kilomètres. Vous êtes parti de Cédan et pour rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Port. Donc on a... plein de sujets à aborder ensemble et comme à mon habitude pour mes invités j'aime bien aller creuser un petit peu savoir pourquoi se lancer dans une telle aventure et en y réfléchissant et après la lecture de votre livre, ou d'ailleurs on peut quand même vous féliciter pour cet ouvrage de Transboréal Une famille en chemin, la diagonale du vide j'ai bien aimé comprendre en fait qu'on est passé de l'ombre à la lumière, donc si on peut aborder ce Cette introduction ensemble, si c'est ok pour vous, j'aime bien aussi déconstruire cette idée qu'on a peut-être cette image à tort que certaines aventures, certains voyages partent en fait d'un élan de joie, d'un projet commun, un objectif, un grand oui. Mais il y a aussi certains voyages qui partent d'une autre dimension, un endroit peut-être un peu plus sombre, dira-t-on. Donc est-ce que vous voulez bien nous expliquer d'où est né ce projet ?
- Speaker #2
En fait, comme tu le disais, ce n'était pas forcément un voyage qu'on avait choisi. Ce n'était pas forcément le plan initial, même si heureusement, beaucoup d'aventures, beaucoup de voyages sont vécus par un engagement très positif. Nous, en fait, on a été un peu mis dehors, on va dire, et on a surtout répondu à un appel. qui a été un appel de prendre la marche, enfin de prendre les chemins, l'appel du voyage. Cet appel est venu après ce qu'on pourrait appeler un coup du sort. Il faut savoir que Justine et moi avions des vies tout à fait conventionnelles à Paris, où on vivait des vies trépidantes, des vies parisiennes telles qu'on s'imagine et telles que nous pouvions la vivre, en tout cas la vie qui était à notre à Paris, à savoir à 100 à l'heure tout le temps, des métiers très prenants. Et du jour au lendemain, tout cela a été remis en question en décembre 2023, alors même que Justine était enceinte d'Homère, et qu'elle était tout proche du terme de sa grossesse. Le coup du sort a mis brutalement fin à nos professions, et a remis profondément en question la vie qui était la nôtre à Paris, nos habitudes. Et ce coup du sort nous a confrontés à un profond vide. professionnel d'abord parce qu'on avait des agendas qui débordaient. Donc, du jour au lendemain, c'était le vide. Qu'est-ce qu'on fait ? Le vide professionnel et un vide social relatif parce qu'avec ce coup du sort, beaucoup de personnes à qui nous tenions très profondément, des proches, ces personnes-là étaient devenues du jour au lendemain des abonnés absents. Donc, on était comme ça. traversé un moment de vie brusque, soudain, surprenant. Homer venait au monde quelques semaines après ce coup d'une sorte, et en fait on pratiquait beaucoup la randonnée déjà avant, et on savait que la marche nous faisait beaucoup de bien, et on s'est dit qu'on ne pouvait pas rester dans Paris, on avait plusieurs réflexions à mener sur ce qui venait de nous arriver, sur le futur aussi, qu'est-ce qu'on allait faire avec Homer, ou comment, etc. Tout ça, on s'est dit, allons le porter sur les routes, allons le porter dans la marche, ces réflexions. Et puisque nous traversons une certaine forme de vide, traversons à pied la diagonale du vide. Cette fameuse diagonale du vide dont on parle beaucoup de démographes en France et qui s'étend des Ardennes au Pyrénées.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, nous, on s'est dit,
- Speaker #2
traversons à pied cette diagonale du vide avec Homer, qui le 1er avril 2024, quand nous partions de Sedan, avait trois mois. Et donc le tout. à pied pour conjurer cette expérience de vie qui était la nôtre. Donc, on se lançait dans quelque chose où on n'avait pas forcément conscience de ce dans quoi on s'est embarqué. Et on partait, en effet, peut-être un peu blessé. Blessé notamment par cet humain, par l'humain, cet animal qui nous avait quelque peu déçus. Voilà l'état d'esprit. Youhou !
- Speaker #0
Merci de l'aborder avec autant d'humour et de détachement aujourd'hui. Et je trouvais que c'était important aussi d'en parler parce que les licenciements, peut-être que certaines personnes se diront, bon, c'est bon, c'était qu'un travail, on passe rapidement à autre chose, c'est juste pour notre quotidien. Mais mine de rien, quand on le vit, on se rend compte qu'il faut souvent un temps de digestion, comme vous mentionnez un petit peu tous les deux dans... dans le livre, et je l'ai trouvé que vous l'avez abordé dans votre ouvrage avec beaucoup de pudeur et de sincérité, et de se dire « En fait, oui, c'était une part importante de mon identité. Maintenant qu'il y a ce vide, qu'est-ce que je fais ? »
- Speaker #1
Tout à fait. Alors, c'est vrai qu'il n'y a pas eu mort d'homme. Il s'agissait de la passion, de la tendre enfance de Romain, ce secteur dans lequel il évoluait, et tout s'est brusquement arrêté du jour au lendemain. Donc le coup près a été extrêmement brutal et surtout aucune explication n'a été fournie. Et alors là, c'est à titre personnel, moi je considère qu'on a ce besoin d'explication, ce besoin de comprendre déjà en soi un licenciement, c'est difficile, ce n'est pas une partie de plaisir, même s'il est justifié, si on peut dire que c'est un licenciement économique. il peut quand même y avoir un retentissement tout à fait personnel. On ne se sent pas bien, c'est le genre de période où on se sent un peu nul finalement. Qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce que je vaux ? On se regarde à l'intérieur et on se pose tout un tas de questions qu'on ne se posait pas au quotidien parce que le quotidien était réglé comme du papier à musique. Et pour revenir sur ta première question où tu parlais de ce mythe du départ joyeux, on pourrait, c'est vrai, associer notre départ à un départ malheureux. notre départ a été mu par quelque chose de très intense alors c'est vrai qu'il ne s'agissait pas de la joie mais il y a eu cet appel ce besoin de partir cette souffrance en nous, cette blessure qui a fait que l'on devait partir et je dans le ressenti dans ce qu'il y a de plus intime et de plus profond au niveau peut-être émotionnel euh finalement ce qu'on a pu ressentir était peut-être aussi intense que quelqu'un qui partirait en étant joyeux.
- Speaker #0
Merci beaucoup de te livrer toi aussi sur cette étape et ce lancement de cette aventure et ce que je trouve intéressant aussi c'est que vous avez été tous les deux affectés mais pas au même moment puisque Romain tu as été le premier à être licencié et vous saviez vous travailliez dans la même boîte que C'était quand même très probable que Justine, tu sois frappée par le même destin du sort juste derrière. Donc j'ai l'impression en plus que vous aviez ce challenge de, il y en a un qui est en train de le vivre, on sait que l'autre personne va le vivre en même temps. Il y a aussi donc Homer qui est arrivé bientôt, donc on se fait cette idée aussi du père de famille qui doit avoir cette pression par rapport à l'emploi. Toi Justine, tu avais cette pulsion de vie en toi, de cet instinct maternel de protection, de ok. On va aller vers l'avant, ce n'est pas le moment de se laisser abattre. Et donc là, j'ai l'impression que vous n'êtes pas posé trop de questions. Et en fait, ça a été action, réaction. Ok, on part sur les chemins et on va traiter tout ça en route.
- Speaker #2
Pour être franc, la décision de partir est prise, je pense, le jour même, en l'occurrence, le soir même, on s'est dit non. Quelque part, c'est peut-être un signe. et bien on va faire ce qu'on aime on va essayer de répondre à cet événement par nos passions qui sont lire, écrire, marcher et Homer arrive on a un enfant qui arrive et bien c'est pas grave il y a plein de peuples nomades encore aujourd'hui c'est quelque chose qui se fait marcher avec un bébé ça se fait on reste en France quand même un pays développé Merci. On a laissé passer la nuit quand même, parce qu'il faut quand même laisser un peu décanter. Mais en fait, on savait très bien qu'on allait partir, parce que quelque part, peut-être qu'on n'avait pas le courage, peut-être, de quitter un certain confort et de nous lancer en ce long d'aventure. Et là, en fait, plus rien ne nous retenait. Donc, puisqu'on est lâchés, laissons jouer à fond la pesanteur et allons-y. Allons-y gaiement, un petit peu quand même, parce qu'on était... L'ambiance, c'était peut-être un peu lourd, mais pas tant que ça, parce qu'on était aussi très excités de vivre cette aventure, de découvrir notre pays aussi. Non, c'était une décision qu'on a prise sans trop se poser de questions, parce qu'on avait encore une fois l'intuition que c'était ce dont on avait besoin. Puis voilà, qu'il y ait un nouveau-né ou non, on l'embarque et puis ça allait bien se passer.
- Speaker #0
Et donc du coup, vous êtes parti quand Homer avait trois mois, parce que voilà, vous avez pris cette décision, mais j'imagine que ça se prépare quand même un minimum pour tout ce qui est logistique. Et donc par rapport Ausha de cette diagonale du vide, il me semble aussi que Justine, tu avais un certain attrait pour... On parlait tout à l'heure de randonnée, tu étais fascinée par ces questions démographiques en fait.
- Speaker #1
Oui, alors c'est vrai qu'avant de partir, j'avais une lubie un peu particulière. Dès qu'on avait un petit peu de temps, des week-ends, des congés, je demandais à Romain de nous trouver un itinéraire au sein de départements dont la natalité était en Berne. Ces départements-là me fascinaient, m'attiraient. Je voulais voir comment on y vivait, quels gens on y rencontrait, quelles personnes on y rencontrait. Je voulais voir comment la vie désertait certains territoires, certains terroirs et pourquoi. Et finalement, avant même de partir, il est vrai qu'on s'est déplacé dans des endroits où il n'y avait plus d'hôpitaux, où il n'y avait plus de maternité, où certaines démarches étaient obligatoirement faites par des femmes qui allaient accoucher. Prendre un hélicoptère, par exemple. pour aller accoucher, ça me semblait complètement aberrant. J'aime la vie et la natalité m'intéresse beaucoup. La diagonale du vide, c'était le moment. Là, pour une fois, on n'avait pas de date limite, de date de fin. On se disait qu'on allait enfin pouvoir traverser cette soi-disant diagonale du vide.
- Speaker #0
Et j'aimais bien aussi votre démarche de vouloir encore une fois peut-être casser ce cliché de pas besoin de partir si loin en fait pour pouvoir partir à l'aventure, pour pouvoir découvrir des paysages qui changent de notre quotidien, une variété. Et est-ce que vous pourriez nous expliquer du coup qu'est-ce que vous avez trouvé en fait dans cette diagonale du vide qui au final n'est pas si vide que ça ?
- Speaker #2
On connaissait un tout petit peu la France mais pas vraiment les régions qu'on a.
- Speaker #1
On a traversé par cette diagonale du vide, on a traversé une vingtaine de départements. Et en fait, ce qui nous a frappés,
- Speaker #2
c'est la diversité des paysages de France et leur richesse, qu'on vante déjà beaucoup. On entend, c'est quand même quelque chose qu'on entend souvent, la diversité des paysages français. Et c'est vrai que de le voir à l'échelle humaine, à l'échelle du marcheur, le traverser, le vivre, le suer, C'est quelque chose d'assez remarquable. Vous prenez de Sedan, on trace une ligne droite de 100-110 km à vol d'oiseau. On démarre dans les Ardennes massifs, marquées par cette gaze, la pierre, la terre ardennaise, des trévalonnées, beaucoup de cuesta de côtes. L'horizon ne se dévoile vraiment jamais. Et puis on arrive dans ce grand massif de l'Argonne, très boisé. Pour d'un coup, arriver dans des plaines immenses, l'horizon est repoussé à perte de vue. C'est qu'on est déjà dans la plaine champenoise. Et tout ça, c'était une succession de surprises géographiques, de surprises en termes de reliefs. Encore plus au sud, après l'étendue d'air, on arrive dans la vallée de la Seine, avec des terroirs d'un coût très calcaire, les maisons de vin, les maisons de champagne. En fait, tout ça... Très rapidement, à l'échelle du marcheur, c'est visible, ça se voit. Un peu plus loin, dans le Gers, Condon et Oz, il y a 30 km entre les deux villes, c'est une journée de marche pour un bon marcheur. Condon, cité de calcaire blanche qui brille de mille feux sous le soleil. Et Oz, briques rouges, pans de bois. Et en fait, on est dans des terroirs très divers, des identités très diverses en très peu de temps. Et ça, en fait, c'est une richesse. inépuisable, un terrain de jeu exceptionnel, sans encore une fois avoir à partir très loin. Et ça, ça a été un vrai ravissement, ça nous a fait beaucoup de bien de découvrir aussi notre pays par cette diversité des paysages géographiques.
- Speaker #0
Et aussi, vous expliquez que vous avez découvert la France telle que on ne nous l'a pas enseignée à l'université, qu'on nous montre rarement dans les médias, donc certes avec tous ces petits pays. comme tu le décris. Mais là maintenant, Justine, tu vas nous expliquer, j'imagine, qui on y trouve en fait, dans cette fameuse diagonale du vide.
- Speaker #1
Beaucoup de personnes qui avaient en tout cas un point commun qui était celui de l'amour qu'ils donnaient et transmettaient chaque jour, à leurs prochains, aux personnes rencontrées. Nicolas Bouvier, il développe le concept de la porosité heureuse. Moi, j'imagine, avec ce terme, porosité, heureuse, j'imagine cette pierre ponce, vous savez, ce caillou qui est complètement rempli de villosités, de micro-villosités. Et notre cœur, il était un petit peu comme ça, à se dents au moment de partir. On avait un cœur qui était tout troué parce qu'on était blessés. Et finalement, toutes ces personnes qu'on a rencontrées au fil de l'eau, au fil des villages, sur le chemin, elles ont toutes déposé un petit quelque chose. dans ses micro-vilosités. Et à la fin du séjour, à la fin des quatre mois de marche, eh bien, on avait le cœur rempli d'amour de toutes ces personnes qui avaient déposé quelque chose en nous. Et d'un cœur troué, d'un cœur abîmé, d'un cœur dont on pense qu'il est complètement essoré, eh bien, finalement, il n'avait jamais été si rempli, si beau et si riche. de toute la diversité de ces personnes qu'on a pu rencontrer en France. Donc, c'était des personnes magnifiques. Nous, ça nous a bouleversés. On avait 30 ans, on se disait qu'on connaissait un petit peu l'homme, on connaissait un petit peu l'humain. Mais en étant dans les foyers des Français tous les jours, tous les jours de 4 mois, donc ça fait quand même 120 soirées, 120 nuits, eh bien, c'est quand même quelque chose. Et ce quelque chose, ça nous donne le sentiment de vivre, d'avoir vécu, d'avoir partagé, d'avoir échangé, d'avoir écouté et d'être encore plus riche de tous ces témoignages de personnes qu'on a pu récolter tous les jours.
- Speaker #0
Par rapport aux personnes que vous avez rencontrées, donc vous détaillez tout ça dans le livre, je ne vais pas non plus tout spoiler pour les lecteurs, mais vous avez vraiment rencontré tout un panel de personnes, avec notamment, vous aviez cette admiration de la vitalité, de la curiosité des anciens, beaucoup de retraités, mais aussi des étudiants, des curés, des maires. Il y avait ces élus qui se démenaient pour vous aider à trouver un toit le soir, parce que c'est vrai qu'on ne l'a pas précisé, mais en fait Vous avez, on pourrait peut-être s'attarder là-dessus, sur cette chaîne d'hospitalité, parce qu'en fait, vous êtes partis, de ce que j'ai cru comprendre, voilà, vous vous êtes dit, on va se laisser guider, c'est un peu l'incertitude, on va voir ce qui s'ouvre à nous, et de fil en aiguille, un soir, vous dormiez chez un tel, qui appelait ensuite un tel, et puis après, ensuite un tel, plus vous avanciez sur ce chemin, et il y avait aussi ces couples que vous avez admirés pour leur résilience, leur sincérité, donc est-ce qu'on peut s'arrêter un petit peu sur certains de... De ces personnages, j'ai presque envie de dire que vous avez rencontrés sur votre chemin.
- Speaker #2
Le plan, c'était on va dormir sous tente pendant le temps de la promenade. Et puis, comment dire,
- Speaker #0
sur quatre mois de marche, on a eu trois mois de pluie. Donc déjà, dès le départ, c'était compliqué. Moi, je me souviens vraiment à la veille du départ de Sedan, la veille du 1er avril. Regardez, la première étape qui était de laisser arrêter à Bulçon. qui est un petit village à 10-12 km au sud de Soudan.
- Speaker #2
Et en fait, tout de suite,
- Speaker #0
on a fait la solidarité, l'accueil, l'hospitalité. C'est vrai qu'on entend beaucoup parler d'hospitalité pour un railleur. Et en fait, nous, on a découvert un pays très,
- Speaker #2
très hospitalier. La France et nos compatriotes, pendant quatre mois, nous ont ouvert leurs portes.
- Speaker #0
Les élus,
- Speaker #2
les curés, les particuliers, nous ont ouvert leurs portes. porte totalement gracieusement, sans rien demander en retour, ce qui nous a à la fois profondément touchés, mais aussi gênés, parce que on n'était pas forcément habitués à demander ni à recevoir. Et en fait, là, on a reçu, comme disait Justine, beaucoup d'amour, beaucoup d'aide logistique, vraiment pragmatique, à savoir dormir au sec, être certain que Commer passe la nuit au sec, mais surtout aussi passer des moments assez intenses. sur lesquels tu veux peut-être revenir, l'intensité qu'on nous offrait de vivre, parce qu'en fait, on ne restait qu'un soir, qu'une nuit, chez ces personnes qui nous accueillaient, ce qui fait qu'on allait parfois très loin dans les échanges.
- Speaker #1
Voilà, je pense que c'est ça aussi qui donnait l'intensité de la conversation, le fait qu'on ne restait qu'une nuit. C'était le contrat, si je puis dire. Et donc, l'intensité de... Des échanges étaient complètement liés à ça. À 9h le lendemain, finalement, après le petit déjeuner, on allait repartir. Et donc, on a recueilli quelque part des témoignages, la substantifique moelle de la vie de nos hôtes. Puisque quand on se rencontre, quand on sait que quelque part, il y a de fortes chances pour qu'on ne se revoie plus, Eh bien, on est prêts à se livrer parce qu'on sait qu'on ne reverra pas la personne et qu'elle, quelque part, peut-être qu'elle ne nous jugera pas. Et donc, on déballe tout, finalement. Et les conversations qu'on a pu avoir ont été très riches, encore une fois, puisque les personnes nous racontaient des moments extrêmement forts de leur vie. qui avait pu être à la fois joyeux, à la fois douloureux. Et nous, ça a pu nous faire à des moments relativisés aussi sur notre propre sort, puisqu'à partir du moment où on écoute, on est dans la capacité de vivre l'empathie, de se décentrer aussi de son propre malheur, de ses propres insuccès, et en se mettant à la place de l'autre. on peut avancer. Donc effectivement, des rencontres superbes de toutes les générations, de toutes les classes sociales et des personnes seules, des familles. Donc voilà.
- Speaker #0
Et j'aime bien aussi parce qu'à un moment dans le livre, vous dites des fois on ne savait pas chez qui on allait tomber en fait. Et donc c'était un petit peu la surprise. Je pense même, si je peux me permettre une petite parenthèse sur un éleveur qui vous a accueilli, qui était très peu loquace, lui, à l'inverse. Mais j'ai l'impression que c'était quand même très rare de tomber sur des personnes où vous vous dites un peu bon. en fait, on a essayé la discussion. Ça ne prend pas. Tant pis, on repart demain. On aura essayé. Je vois que ça te fait rire, Romain.
- Speaker #2
Oui, oui, oui. Alors, oui, en fait, c'était vraiment ça aussi, l'aventure. C'était ne pas savoir où on allait passer la nuit, qui on allait rencontrer, ce qu'on allait dire, ce qu'on allait faire, ce qu'on allait voir. Et en fait, on a... On a énormément reçu, on nous a beaucoup transmis, on a beaucoup appris. On a des souvenirs absolument exceptionnels. Tout ce que peut offrir l'aventure. C'est ce qui est très addictif avec l'aventure. C'est qu'à l'instant T, on ne va pas bien, on doute, on a marre de la pluie. Et à l'instant T plus 1, arrive quelque chose d'incroyable qui fait qu'on a envie de redémarrer.
- Speaker #0
Un après-midi, un couple d'apiculteurs nous invite à aller visiter des ruches ou un gel. On n'avait jamais vu ça d'aussi près. Les abeilles qui travaillent, c'est exceptionnel à voir. Un autre matin, c'est un cours d'équitation dans un centre équestre.
- Speaker #2
Des choses comme ça qui nous sont permises. Ce genre de petites surprises qui donnent vraiment tout le sel. Et en effet, ne pas savoir chez qui on allait tomber. Et être complètement ouvert, en fait. Enfin, je veux dire, in fine, on se retrouvait, Justine parlait de personnes, tout à l'heure, en effet,
- Speaker #0
on n'a pas rencontré, c'est pas du tout la diagonale du vide, c'est pas la diagonale des individus, on n'était pas chez des gens. Nous, on était, en fait, tous les soirs, on était chez l'humain.
- Speaker #2
On était en tête-à-tête avec des personnes qui nous ouvraient, qui nous offraient tout ou presque de leur maison, de leur vie. Et en ça, Que ce soit l'agriculteur, que ce soit le médecin, que ce soit le non-ingénieur, que ce soit l'étudiant, que ce soit l'artisan.
- Speaker #1
Voilà,
- Speaker #2
les opinions divergées, les moyens de faire parfois divergés aussi. Mais en fait, c'était des personnes à chaque fois profondément engagées dans la vie de leur localité et en fait, tout à fait ouvertes à l'imprévu.
- Speaker #0
et qui avait cette capacité,
- Speaker #2
cette disposition à nous accorder du temps, à nous aider, et en fait à nous combler d'amour. Donc là, la diagonale du vide, c'est surtout la diagonale de l'humain, la diagonale, enfin une limite de vie pour nous vraiment.
- Speaker #0
Merci beaucoup, c'est très beau. Et vraiment, cette chaîne d'hospitalité, j'imagine que ça vous a redonné foi en l'humanité aussi, on va revenir là-dessus. Mais de se dire aussi que si on écoute l'actualité, on va sentir... Voilà, les différences entre les uns et les autres. On a peut-être cette impression que les gens se séparent plutôt que l'inverse. Et du coup, de se dire que voilà, vous alliez chez quelqu'un, comme je disais tout à l'heure, et puis paf, il appelait quelqu'un d'autre. Vraiment voir cette chaîne se tisser de gens aussi qui avaient l'air très fiers, en fait, de leur territoire.
- Speaker #2
Encore une fois, on a été peut-être, on a pu rencontrer un pays qui n'est pas... pas celui qu'on peut décrire dans les médias. On était dans les campagnes, donc la solidarité, là aussi, reste plus forte, peut-être, parce que la ville, c'est un autre rythme, en fait, tout simplement. Et parce qu'on avait le temps, les personnes qu'on rencontrait prenaient ce temps aussi. Donc, des personnes, oui, très fières de leur terroir partout. Alors, c'est vrai que tout à l'heure, je disais que les... les moyens différés pour le servir, c'était rare, mais je me souviens qu'on était en le chatillonné, et le jour A, on était tombé chez un éleveur, enfin un agriculteur, pardon, qui avait 300 hectares de culture, donc vraiment l'agriculture intensive,
- Speaker #0
l'agriculteur qui tenait de...
- Speaker #2
ben voilà, ces terres de ses parents, de ses grands-parents,
- Speaker #0
à qui on avait dit au sortir de la Seconde Guerre mondiale, ben maintenant, il va falloir nourrir le pays.
- Speaker #2
c'est des questions qui reviennent aujourd'hui, la souveraineté alimentaire donc voilà tu imagines bien le rendement les pesticides etc
- Speaker #0
Et le lendemain, on était chez les herboristes, des néoruraux qui venaient de s'installer à la campagne et qui, eux, étaient là, permaculture, machin, vraiment aux petits oignons, on va dire, pour leurs plantes. Et en fait, c'était passé du noir au blanc du jour au lendemain et on va entrer de façon de faire très différente. Mais in fine, il y a eu des personnes qui se rejoignaient parce que, que voulaient-elles ces personnes ? c'était que leur terroir ne meure pas, c'était perpétuer un héritage, c'était réapprendre ou continuer de faire vivre des méthodes de travail. Tout au long de ce traversée de la France, on a connu essentiellement des personnes qui étaient très attachées à leur terre et qui étaient prêtes, qui s'engageaient beaucoup justement pour la faire vivre. Malgré le fait qu'on soit un diagonal du vide, malgré la fuite des services publics, malgré une baisse de budget, malgré tous les problèmes qu'on connaît au niveau national, l'engagement associatif, paroissial, citoyen, demeurait très fort.
- Speaker #1
Et on parle beaucoup de ce vide. J'aime bien dans votre livre, vous abordez aussi cette idée que combler un peu le vide chez eux aussi, parce que vous êtes tombé sur des retraités qui voyaient peut-être, par exemple, très peu de monde, des gens qui n'avaient pas un agenda. Très complet, du jour au lendemain, dans leur agenda, il y avait la famille de marcheurs qui arrivaient. J'ai beaucoup aimé cet exemple et ça les faisait un petit peu sortir de leur vie quotidienne. Est-ce que vous sentiez ça, que vous étiez en train d'avoir votre but aussi ?
- Speaker #2
C'est vrai qu'il y a une certaine forme de... correspondance. C'est pas uniquement tout blanc ou tout noir, c'est pas uniquement une personne qui donne et qui reçoit. C'est toujours beaucoup plus subtil que ça. Là, d'apparence, on était un couple de marcheurs avec un bébé qui demande une hospitalité. Il y a une demande. On trouvait des réponses en face. Une famille nous accueillait, nous offrait le gîte et le repas. Mais je pense que ça va un petit peu plus loin que ça. les personnes qui sont réceptives pour ouvrir leurs portes comme ça, ils voient aussi une certaine forme d'intérêt. Le mot intérêt, le mot n'est pas beau, le mot est laid, le mot est moche, mais je pense qu'on a dû quand même apporter quelque chose à ces familles-là, enfin du moins je l'espère, peut-être que je le dis maintenant pour me rassurer aussi, mais les échanges qui ont pu avoir lieu, encore une fois, les conversations qu'on a pu vivre, le partage également, et qui parfois, sans forcément parler, on est dans une société actuelle où justement, on va de moins en moins vers l'autre. On peut attribuer ça au côté virtuel des choses, au monde un petit peu parallèle des écrans, mais... Nous, cet échange réel, cet ancrage réel, ce lien finalement qui a été tissé tout du long, c'était magique, c'était magnifique. Et ces rencontres vraiment réelles étaient superbes et étaient magnifiques. On a essayé de beaucoup écouter et effectivement de vivre. des moments intergénérationnels, puisqu'il y avait beaucoup de personnes âgées, ça donnait lieu parfois à des moments larmoyants, à des adieux larmoyants, parce qu'Homer a été dans les bras de personnes âgées, et puis c'est quelque chose qui est émouvant à voir, de voir 80-90 ans qui séparent deux êtres, qui s'étreignent l'un et l'autre, oui, ça donne lieu à des échanges larmoyants.
- Speaker #1
Et justement, tu parles d'Omer. Là, j'aimerais bien, si c'est OK pour vous, qu'on parle un petit peu quand même de votre enfant qui vous a accompagné dans cette aventure. Parce que là, on parlait de toutes ces rencontres qui vous ont guéri, comme tu l'expliquais. Et au final, vous êtes aussi allé à la rencontre de votre fils parce que ce n'est pas donné à tout le monde de pouvoir passer quatre mois non-stop avec son enfant pour vraiment chaque instant. Et voilà, donc vous avez vécu cette parentalité en... En mouvement, comme tu l'expliquais, ça permettait aussi de créer un lien chez certains et certaines de vos hôtes. Et j'ai d'ailleurs noté une citation d'un monsieur qui m'a... Enfin, je crois que j'ai tout simplement versé ma larme. Quand je l'ai lue dans votre livre, si je peux la partager à l'audience. Donc vous avez passé du temps avec ce monsieur, ainsi de suite. Et à la fin, il dit à Homer, l'essentiel, mon petit, c'est que tu aies aimé et que tu seras toujours aimé. Donc ça, c'était l'au revoir de Jean dans le chatillonné, il me semble. Et voilà, si tu peux nous partager un petit peu plus de contexte par rapport à cette rencontre.
- Speaker #2
Alors, dans le voyage, effectivement, les rencontres vont avec le voyage.
- Speaker #0
À mon avis,
- Speaker #2
les personnes qui aiment voyager sont aussi nourries par ces rencontres. Et très souvent ou parfois, on va à l'autre bout du monde pour rencontrer des personnes. Et on est enthousiasmé et à raison parce qu'il y a un contexte, parce qu'il y a un lieu, parce qu'il y a un caractère fabuleux du moment vécu qui rend ces rencontres fabuleuses. Nous, ce qui nous est apparu en allant à la rencontre de nos compatriotes et des Français et de nos concitoyens,
- Speaker #1
c'est, et surtout de notre bébé, c'est que c'était la plus belle rencontre du monde.
- Speaker #2
Alors, je parle bien sûr d'Homère, je parle aussi de Romain, et je parle aussi, quelque part, peut-être pas la plus belle rencontre en parlant de moi-même, mais on est allé en profondeur. J'ai vu Romain dans toutes ses vulnérabilités.
- Speaker #1
Romain m'a vu aussi très fragile,
- Speaker #2
très vulnérable. Et quelque part, on a aussi approfondi l'un avec l'autre au fil de l'eau, au fil de la marche. On a appris à devenir parents sur les routes. On a appris à être couple parent sur les routes. Et on a aussi appris à être famille. Donc c'était beaucoup de nouveautés. Beaucoup de rencontres, mais encore une fois, je dirais que d'approfondir avec la famille et de rencontrer son enfant et d'avoir cette chance de passer du temps avec lui, alors que quelques mois plus tôt, rien de tout cela n'aurait été envisageable. C'était comme un cadeau qui tombait du ciel, d'avoir à la fois mon mari à mes côtés, mon bébé, et de faire ce que j'aime, à savoir lire, écrire. et marcher, c'était un don.
- Speaker #1
En plus, au départ, tu partais peut-être avec ces inquiétudes de l'insuffisance matérielle sur la route, le manque de confort, cette question de l'avenir par rapport à ce licenciement où votre futur était assez flou. Et avec cette citation de Jean, c'est là, j'imagine aussi que vous vous êtes dit, et puis vous vous en êtes rendu compte tout au long de l'aventure, j'imagine, que ces besoins étaient assez essentiels. Tout comme vous, en tant que marcheur, c'était de dormir, manger, et au final, cet amour toute la journée de ses parents. Et votre amour aussi entre vous.
- Speaker #0
Tout à fait, en fait, c'est ce qu'il y a d'excellent avec la marche en tant que pratique, c'est qu'on revient très vite à l'essentiel. Et en fait, on n'avait pas déjà beaucoup de biens matériels avant, mais c'est vrai que là, la naissance d'Omer approchant, on commençait à recevoir beaucoup, beaucoup, beaucoup d'affaires. On disait, qu'est-ce qu'on va faire de tout ça ? Et puis tout ça, ça s'est empilé dans notre petit appartement parisien. Et en fait, on est parti sur les routes avec trois bodies et deux pyjamas pour Omer pendant quatre mois, une chemise chacun. Et ça l'a fait quoi ? Parce qu'en fait... Il y a eu un profond retour à l'essentiel. L'essentiel était réduit vraiment à avancer chaque jour, écrire chaque jour et faire en sorte qu'Homère ne manque de rien, que Justine ne manque de rien non plus pour qu'elle puisse l'allaiter correctement. Et puis voilà, en fait, c'était très simple. Et puis Homère, à cet âge-là, les besoins aussi d'un nourrisson ne sont pas énormes. Son papa, sa maman, le lait paternel,
- Speaker #1
le sang de la mer et les câlins, et être à l'abri des éléments.
- Speaker #0
Et en fait, tout cet essentiel, on l'a retrouvé sur les routes, et puis l'essentiel dans les relations humaines aussi, on l'a retrouvé, parce que les rencontres étaient fugaces, étaient éphémères, donc on allait à l'essentiel, en fait, avec les personnes qui vraiment étaient dans cette disposition aussi, de partager, d'échanger. On allait très vite dans l'humain. Indépendamment des questions d'âge, de génération, etc. Ce que dit Jean, oui, c'est universel en fait. Oui, un enfant, normalement, est aimé de ses parents et le sera toujours. Donc oui, ça m'émeut beaucoup que tu cites ce passage-là, parce qu'en plus, ce sont des personnes, Jean et Sophie, qui nous ont accordé beaucoup de temps, beaucoup d'attention, et qui continuent à le faire. Et on a regardé comme ça, on a réussi à tisser des liens avec beaucoup de nos hôtes, qui ne sont plus nos hôtes, qui sont des amis maintenant, alors encore une fois, indépendamment de leur âge, etc. Et c'est ça l'essentiel, en fait, c'est qu'on s'est retrouvés en face de nous des humains. Et souvent, quand même, ça se passe très bien.
- Speaker #1
Oui, moi aussi, je suis toute émue de reparler de tout ça, même si je connaissais votre histoire. Donc, merci de vous livrer avec autant de sincérité. Et Romain, pour toi aussi, ça a dû être toute une rencontre de découvrir Justine en tant que maman et toute cette admiration que tu as pu avoir au fil des semaines de cette aventure avec elle. Parce qu'il fallait... Que tu sois, Justine, tout le temps disponible pour l'allaitement, il y avait les nuits, ainsi de suite. Est-ce que tu veux bien nous en toucher deux, trois mots, Romain ?
- Speaker #0
En y repensant, je ne sais pas comment elle a fait. Je savais que Justine avait beaucoup de ressources, déjà. Je pense qu'elle a pu me le démontrer. Mais là, c'est vrai qu'en y repensant, ces quatre mois de... de marche où elle sortait de son accouchement puisqu'elle avait accouché 3 mois avant le départ à peine se remettre sur les routes sous la pluie, en portant un sac en allaitant en se pliant une discipline que j'avais un peu imposée qui était celle aussi d'avancer tous les jours et d'écrire tous les soirs d'être réveillé la nuit pour nourrir au mer c'était comme le disait Justine tout à l'heure en effet Ignore. Ces expériences assez intenses qui révèlent aussi beaucoup des personnes, qui révèlent leur faiblesse, leur force. Et Justine a témoigné quand même de beaucoup de force, ça c'est clair. Pour aller jusqu'au bout, même si je pense que ni pour elle ni pour moi c'était inenvisageable de ne pas arriver à Saint-Lampierre-de-Port, de s'arrêter avant c'était impossible. On a beaucoup de force et je pense qu'on était portés à un certain moment. C'est-à-dire que toutes ces rencontres aussi... Avant de partir, on avait été soutenus par nos familles, par des personnes qu'on admire beaucoup, qui ont cru en nous. Et tout au long de ce voyage, les personnes, nos hôtes, nous aient confiance, nous donnaient aussi beaucoup de signaux, de signes. Nous parlaient de choses assez fortes qui, chemin faisant, mine de rien, nous encourageaient, nous faisaient prendre conscience aussi du... de tout le caractère initiatique de notre démarche, initiatique pour nous, pour notre couple, pour notre famille. Et donc, en fait, c'était très... Je pense qu'on était portés beaucoup par ça aussi.
- Speaker #1
Et peut-être qu'on approche tranquillement vers la fin de l'épisode. Si je peux me permettre une dernière citation, c'est quand tu dis « L'humain rencontré chaque jour nous soignait. » Le don de soi, l'altruisme. rencontré chez chacun de nos hôtes, participé de notre guérison. Sans l'avoir compris, nous étions sous perfusion d'amour depuis ses dents. En tout cas, pour moi, c'est ce que je retiens beaucoup de votre aventure. Donc là, si on conclut un petit peu toute cette transformation, vous êtes passé de la blessure à cet afflux, cette richesse d'amour, de cette image aussi du phénix que vous expliquez, vous avez réappris à vivre. Qu'est-ce que vous pourriez expliquer à l'audience pour conclure tout ce périple ?
- Speaker #2
Je dirais là comme ça que le mouvement est salvateur. Que le fait de ne pas être resté seul, en repos, à Paris, dans un endroit clos, a été salvateur pour nous. De partir au grand air, de partir se frotter à l'autre. de partir vers l'inconnu, vers l'inattendu, a été salvateur pour tous les trois. Et que dans une démarche où justement on se sent nul, on se sent tout ratatiner, on se sent blessé, le fait de se dérouiller le corps, de mettre un pied devant l'autre tous les jours, nous fait avancer, de fait. Et ça, sur quatre mois, a été complètement... Je pense que ça a été la meilleure idée qu'on ait pu avoir à ce moment-là pour ne pas tomber en dépression.
- Speaker #1
Et pour revenir sur la perfusion d'amour depuis ce temps, sur le coup,
- Speaker #2
justement, on avance tous les jours, on a la tête dans le guidon, on n'analyse pas forcément les choses. C'est difficile d'avoir un regard juste et net sur les choses qui se déroulent au quotidien. C'est seulement quatre mois après, et encore, voire dans le processus vraiment de l'écriture et de la rédaction du livre, qu'on s'est dit mais attends. Mais le point commun entre tous ces 120 foyers, ces 120 familles, c'était l'amour. Ça semble évident maintenant qu'on le dit. Ça semble tellement évident qu'on ne le voyait pas et qu'on n'en avait pas pris conscience. Mais on l'a compris bien plus tard. C'est en regardant le passé, en regardant par-dessus l'épaule, en regardant dans le rétroviseur qu'on s'est dit « Ah oui, finalement, tout ce qui a réuni, c'est... » personnes-là, c'est ce don de soi, cette ouverture d'esprit et cet amour qui nous a été donné tous les jours et qui nous a guéri. Parce que c'était comme une pommade qu'on nous mettait sur le corps tous les jours.
- Speaker #0
Et alors un amour qui s'exprimait par la... qui prenait les plus simples atours, en fait, parfois. Parce que vraiment, c'est... qui suffisait d'une journée affreuse où on allait marcher sous la pluie. Justine a besoin de s'abriter quelque part pour allaiter au maire. Voilà une personne qui nous ouvre sa porte, mais le temps est qu'il nous offre un café, même si cette personne-là n'est pas locasse, d'ailleurs, mais simplement le fait d'ouvrir sa porte et d'accepter de nous faire rentrer alors qu'on est né trempé, boueux, de nous mettre à côté du poêle, de nous offrir un café qui alors... prend le goût des meilleures campagnes, rien que ça, en fait, ça redonne beaucoup fond en humain. Et c'est ça. C'est vraiment cette... Oser aller à la rencontre, alors des paysages, et on a la chance d'avoir un pays magnifique. Et ça, on aura de cesse de le dire, mais il faut vraiment le voir pour s'en rendre compte et marcher pour s'en rendre compte. La rencontre avec les paysages, mais aussi la rencontre qui est être la... La plus difficile aujourd'hui, la rencontre la plus incertaine, c'est ça avec son prochain. Parce que l'humain est quand même un animal complexe. C'est le problème et c'est la solution. C'est l'adversaire et l'adjuvant et l'opposant. Mais il faut faire avec, lui. Et souvent, quand même, il réserve de très belles surprises. Donc oui, c'était très fondateur. Et je ne sais pas si on a encore fini de tirer tout. toutes les leçons de ce voyage-là.
- Speaker #1
En tout cas, un des objectifs que vous étiez fixés aussi avec cette marche, c'était d'y voir un petit peu plus clair sur vos aspirations futures dans vos domaines professionnels respectifs, puisque là, vous avez fait un virage à 360. On en a parlé un petit peu en introduction. Est-ce que, pour conclure, vous pouvez nous toucher deux, trois mots sur comment on passe de, comme vous le disiez, cet environnement en à Paris, dans la défense qui n'a rien à voir avec vos domaines actuels, comment tout ça s'est goupillé ?
- Speaker #2
Alors, pendant la marche, il est vrai qu'on partait avec beaucoup de questions, notamment sur l'avenir professionnel, sur ce qu'on allait faire après. Et contre toute attente, ça n'est absolument pas des questions qu'on a abordées en marchant. On aurait pu se dire, mince, on vient de perdre nos deux emplois, on va passer nos journées... à parler de ce qu'on va faire pour la suite. Il n'en a pas du tout été question. Donc, les questionnements sont venus un petit peu tardivement. Mais je pense que ces personnes qu'on a rencontrées, les témoignages qu'on a pu écouter, qui nous ont aussi à la fois donné des idées, mais qui ont été parlants. On a observé, on a vu. On a vu ce qui se faisait. Et on tire de tout ça des conclusions qui sont les suivantes. On voulait des métiers utiles dans lesquels on se sente engagé, dans lesquels on puisse s'engager. Des métiers, pas des métiers farfelus. On voulait des métiers simples dans le sens où un boucher, tout le monde voit ce que c'est. Ça ne signifie pas que c'est un métier simple, mais simple dans le sens où on voit ce que c'est. de Paula. Tout le monde voit ce que c'est. On voulait se sentir... utile pour les autres. Moi, en tant que thanatopractrice, je veux être présente pour les familles qui vivent un deuil, qui vivent quelque chose de douloureux. Au moment où il y a les obsèques, les familles sont très vulnérables, elles sont très fragiles. Et donc, je voulais pouvoir me dire que j'étais présente dans des moments difficiles comme ça. Et la voie qu'on a choisi de prendre, puisque pour l'heure, on est en formation tous les deux, ces voies professionnelles-là.
- Speaker #0
Quand on est arrivé à Saint-Jean-Pied-de-Port, on s'est dit qu'on allait repartir. Parce qu'on avait beaucoup aimé l'aventure, le voyage, la confrontation aux éléments, à l'humain, au paysage. Donc, on est reparti remarcher dans les Ardennes. Mais aussi, on a traversé le Caucase à pied, la Géorgie, l'Arménie, toujours avec Homer, toujours en s'en remettant à l'hospitalité. Alors là, avec le... Avec tout le challenge, tout le défi de la langue, etc. Donc en Georgie, en Arménie, on a marché pendant un petit mois, on peut plus de 700 kilomètres en avril 2025. Et je pense qu'on gardera vraiment cette alliance des mots et des pas. Parce qu'on a beaucoup peiné à écrire aussi. On a réussi à... faire publier en octobre 2025 une famille en chemin à Diagonale du Vide, aux éditions Transboréales, et on veut aussi porter un autre projet pour le Caucase, pour les Ardennes. Donc ça, ce sont des choses qu'on a sous le coude, ou plutôt sous le poignet, n'est pas inscrit sur laquelle on travaille. Et en effet, il y avait ces questions-là de métiers qui ont du sens, même si ceux que nous faisions à Paris avaient du sens aussi. On s'est aussi installé à la campagne, donc voilà, dans un milieu peut-être... simplement voir les montagnes en passant la tête à la fenêtre, ça fait beaucoup de bien. Moi, je suis dans un territoire avec beaucoup de traditions très fortes, avec une identité très marquée, qui est le Pays Basque et la Soule, sans toutefois faire une croix sur Paris. La vie est une succession de chapitres. Nous y reviendrons peut-être. On ne sait pas de quoi l'avenir est fait. En tout cas, voilà. L'essentiel, en effet, c'est d'être un peu plus proche de la nature, avoir du temps pour l'écriture, faire des métiers dans lesquels nos mains travaillent et voir les montagnes, ce sera pas mal.
- Speaker #1
Et en parlant de futur, est-ce que vous pouvez nous toucher juste deux petits mots sur ce projet fou du Flavamour ?
- Speaker #0
Alors là, moi je...
- Speaker #2
Il faut que j'arrive à convaincre Romain. On va fêter nos dix ans de vie commune avec Romain et on aimerait fêter ça au travers d'une lune de miel, puisqu'avec toutes ces péripéties, ces événements, la lune de miel est un peu passée à la trappe. Et on se disait que, tant donné qu'on a aussi passé beaucoup de temps ensemble ces deux dernières années, pourquoi pas passer une lune de miel séparément ? En se postant, chacun... aux deux extrémités du fleuve Amour, qui est ce fleuve qui sépare la Chine et la Russie, qui fait la frontière entre les deux, et qui est un fleuve très tortueux, plein de méandres,
- Speaker #1
donc assez intéressant d'un point de vue du dessin.
- Speaker #2
Et posté aux deux extrémités de ce fleuve,
- Speaker #1
nous marcherions l'un vers l'autre en questionnant justement notre amour.
- Speaker #2
puisqu'on aimerait associer là encore ce projet,
- Speaker #1
cette aventure à un projet littéraire.
- Speaker #2
Et on questionnerait l'amour, la vie de couple. Et ce fleuve est assez parlant, puisque plein de méandres, plein de lacets, il illustre assez bien finalement les hauts, les bas, les platitudes de l'amour. Et le courant aussi parfois.
- Speaker #1
Alors bon courage parce que pendant que tu nous expliquais ça, je voyais Romain qui faisait justement des non, Donc bon courage pour ce projet. Merci à vous pour tout ce que vous nous avez livré aujourd'hui. Et si vous voulez peut-être le mot de la fin, je vous laisse le champ libre pour le dernier message que vous aimeriez transmettre à l'audience.
- Speaker #0
Au liqueur.
- Speaker #2
Moi, je dirais un pour tous et tous pour un. Voilà. Vive la solidarité, vive le lien, vive la marche, et puis... Vive la France !
- Speaker #1
J'adore. Merci beaucoup. Écoutez, à très bientôt. Hâte de suivre vos prochaines aventures. Et puis, pourquoi pas, un autre épisode de Goût de Visa. En tout cas, à très bientôt et encore merci à vous.
- Speaker #0
Ce sera avec plaisir. Merci à toi, Camille. Merci beaucoup.
- Speaker #2
A bientôt.
- Speaker #1
Merci à vous. Merci pour votre écoute. J'espère que cet épisode vous a plu, qu'il vous a permis de vous évader et de vous ressourcer. J'ai besoin de vous pour que l'aventure Good Visa continue. Vous pouvez vous abonner sur votre plateforme préférée afin de suivre les nouveaux épisodes. Si ce n'est pas déjà fait, vous pouvez laisser 5 étoiles et un avis, et même en parler autour de vous. Il y a aussi le compte Instagram Good Visa Podcast, tout attaché, que vous pouvez suivre où je poste régulièrement des photos et des vidéos pour illustrer les épisodes. Ça me touche énormément quand je reçois vos retours, alors vraiment n'hésitez pas à me faire un mot. Merci à vous, à bientôt !