- Speaker #0
Bienvenue sur Good Visa, le podcast voyage. Aujourd'hui, partez avec Flavien. Avec ses amis, ils ont décidé de se confronter à l'immensité du désert dans le Sahara. En un mois, ils ont parcouru près de 200 km à tirer des chariots de 400 kg dans le sable entre le Maroc et l'Algérie. Entre réalité du désert et réflexion sur l'aventure, Flavien vous emmène bien au-delà de ce que l'on imagine du Sahara. Cet épisode est une invitation à dire oui. Je m'appelle Camille et je vous souhaite une bonne écoute, ou plutôt un bon voyage.
- Speaker #1
Bonjour à tous, bonjour à toutes,
- Speaker #0
bonjour Flavien.
- Speaker #1
Salut Camille.
- Speaker #0
Comment te sens-tu aujourd'hui ?
- Speaker #1
Bah écoute, ça va très bien, on est au chaud et il fait bon, donc ça rafle un petit peu le Sahara plus ou moins, en moins chaud quand même.
- Speaker #0
Effectivement, mais avant de parler du Sahara en fait je tenais à dire que j'étais quand même super contente qu'on puisse échanger à nouveau tous les deux puisque ce n'est pas la première fois que tu interviens sur le podcast. On avait échangé il y a quelques temps pour l'épisode 27 sur le Svalbard puisque tu avais traversé cet endroit du globe avec ta bande de copains sur 5 semaines en autonomie. Donc c'était l'épisode 27, épisode qui est d'ailleurs un des coups de cœur des auditeurs. Donc encore merci pour cet épisode et je remettrai le lien pour celles et ceux qui ne l'ont pas encore écouté. Et en fait cette fois tu as eu envie de t'éloigner un peu de ton terrain de prédilection avec un tout nouveau décor, donc le Sahara comme tu le mentionnais. Et donc on va rentrer dans le vif du sujet aujourd'hui. Mais peut-être si tu veux bien te représenter à nouveau pour celles et ceux qui n'ont peut-être pas encore écouté ta première aventure, nous dire voilà, en quelques mots tu te présentes comme tu le souhaites. Et si tu veux bien terminer en nous disant comment te décrirait ton entourage ?
- Speaker #1
Ok, alors ça, oula, ça c'est compliqué comme question. Mais écoute, moi c'est Flavien Hilat, je suis aventurier, pas explorateur, je précise aventurier. Donc avec un groupe de potes, on aime partir pendant un mois, par exemple, faire des expéditions que ce soit polaires ou dans le Sahara. On aime se confronter un petit peu aux éléments difficiles. Partir un peu explorer des contrées sauvages, qui sont peu cartographiées, préférence. Avec cette envie aussi de partager ça au plus grand nombre. Donc ça passe par des films qu'on réalise, par des livres que j'ai écrits, par du contenu sur les réseaux. Ça fait depuis 2019 qu'on fait ça. Et on a deux films sur Netflix, il y a deux livres qui sont sortis. Et on est très content des retours qu'on a. Donc ça fait plaisir et puis nous c'est une passion qu'on a. C'est une flamme qu'on en ouvre maintenant, cette passion pour le voyage. Et comment me décrirais mes proches ? C'était une très bonne question. Je dirais comme un grand rêveur qui aime toujours avoir la tête dans les nuages. Celle-ci a un défaut, on peut le dire, tout le temps un peu la tête ailleurs, et tout le temps en train de réfléchir un petit peu au prochain projet, à que faire. Je suis un peu une pilier électrique, je suis un faux calme, donc je suis très tranquille. Mais quand il faut passer à l'action, je passe à l'action. J'ai tout le temps le cerveau à 10 000 pour savoir quoi faire. Sportif dans l'âme et voilà.
- Speaker #0
Et du coup, donc, tu le mentionnais, un deuxième livre. Et c'est pour ça aussi qu'on échange à nouveau, puisque tu viens tout juste de sortir ton nouveau livre, Quatre allumés dans le Sahara, un récit d'aventure. Donc, peut-être nous expliquer un petit peu pourquoi ce nouveau projet, parce que vous aviez traversé le Svalbard. Une partie de la bande avait fait aussi une autre expédition en Patagonie. Et donc là, qu'est-ce qui a fait que vous vous êtes dit, bon ben on va repartir ?
- Speaker #1
Alors, déjà nous, pour vous décrire un petit peu plus, on a fait trois expéditions dans l'Arctique. Deux dans l'Aponie suédoise et une dans Svalbard. Donc c'est un archipel qui est relié au Poltor. Et personnellement, moi j'avais envie d'un petit peu de changement. Pas parce que l'Arctique ça me plaît pas, enfin ça me plaît plus, mais parce que ça reste une passion. Mais j'avais envie de changer un petit peu de décor, de voir un petit peu, se dépasser un petit peu dans un nouveau contexte, un nouvel environnement. Et quoi de mieux qu'à l'opposé de ce qu'on sait faire, donc passer du froid au chaud. Après l'endroit précis où on est parti, ça a été un peu plus réfléchi, parce que dans le Sahara c'est quand même très vaste, il y a beaucoup de conflits internes, beaucoup de guerres civiles, etc. Donc c'est un peu plus compliqué, mais voilà comment c'est né en fait, c'est parti d'un rêve. de traverser un désert avec des chariots. Et puis voilà, on s'est lancé et on a tout programmé. Ça s'est fait tranquille.
- Speaker #0
Donc, tu n'étais pas seul pour cette aventure. Vous étiez quatre. Est-ce que tu pourrais peut-être, pareil, décrire en disant deux mots chacun de ce quatuor improbable où tu appelles dans ton livre, tu vous appelles cette bromance, en fait. J'ai beaucoup aimé le terme. Si tu devais choisir deux mots pour les décrire chacun.
- Speaker #1
Alors du coup il y a Thomas. Thomas c'est un grand rêveur aussi, qui aime les conditions difficiles et qui aime un petit peu, pour dire les termes, se mettre dans la merde. Il aime quand ça tabasse, il aime les mauvaises conditions, même si on a les pieds gelés par exemple dans l'article, il a toujours le sourire. Donc c'est un élément très important du groupe. Ensuite il y a Vincent, Vincent c'est le fonceur, c'est celui qui réfléchit. Parce qu'il en faut un qui réfléchisse quand même, c'est mieux. Donc c'est lui qui a tout le temps la vision un petit peu globale du projet, qui a un couteau suisse, donc il s'est tout réparé, système D. Et ensuite Gassien, donc Gassien lui c'était la première fois qu'il partait avec nous, c'était un nouvel élément qu'on a recruté, et lui c'est un punk dans l'âme. Il a un physique impressionnant, parce que même sans entraînement il sait tenir le rythme, et il a toujours le sourire, toujours le smile. Il n'est jamais fatigué, jamais essoufflé, toujours motivé. Donc c'est un très bon élément qui s'est apporté la bonne humeur dans le groupe.
- Speaker #0
Je suis ravie que tu parles de bonne humeur parce que c'est ce qui ressort vraiment dans votre groupe. On en avait déjà beaucoup parlé dans le premier épisode. Mais de voir que là, vous étiez avec un nouveau membre dans votre équipe et de voir que vous avez quand même réussi à garder cette dynamique et garder la bonne humeur. Et oui, on part en expédition, mais on va mettre de la joie quand même dans tout ça. Et est-ce que vous vous étiez fixé un objectif au début ? Est-ce qu'il y avait quelque chose qui vous motivait en particulier ?
- Speaker #1
On n'avait pas vraiment d'objectif dans le Sahara. En fait, on devait juste faire une conversée d'est en ouest. Il n'y avait pas d'appui scientifique, il n'y avait pas un but d'exploration, il n'y avait pas un but humanitaire. Mais c'était surtout un but peut-être introspectif. Peut-être se retrouver entre nous, loin de tout, loin de la civilisation, découvrir de nouveau l'environnement. Et là, j'ai un certain nombre de confort. Et ouais, je pense que c'était plus l'envie de partir entre copains. C'est comme vouloir partir, je ne sais pas, à un groupe de potes qui est parti à Ibiza, tu vois. Nous, c'était dans le désert pendant un mois. Donc, c'était un peu ça le moteur. Et nous, on est accro au voyage au long cours. On est accro à cette échappée.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, tu dis sur la quatrième de couverture, tu dis que ce n'est pas un exploit, non, que c'est juste une belle connerie organisée, une folie consentie.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
En fait, et aussi quand même, il faut peut-être souligner que c'était ton idée, ça venait vraiment de toi, cette initiative. Et du coup, tu te sentais vraiment, tu t'es porté responsable tout au long de l'expédition. Ça va peut-être faire le lien d'ailleurs avec cette partie préparation que j'aimerais bien qu'on creuse un petit peu si c'est bon pour toi. Parce que du coup vous aviez pas de carte, donc c'était vraiment passé par des contacts, est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus pour cet orga ?
- Speaker #1
Bien sûr, alors du coup c'est moi qui trouvais l'endroit, donc la vallée du Dra, les gars ils étaient en Patagonie en fait à ce moment-là, donc ils faisaient une expédition en Patagonie et moi j'étais pas avec eux parce que j'avais ma fille qui venait de naître, enfin qui était née il y a pas très longtemps donc un peu compliqué de partir. Mais j'avais cette envie de partir et du coup je me suis dit, quand ils rentrent, je leur fais la surprise de, voilà, tenez les gars, on part. Et du coup, ils ont tout de suite adhéré au projet.
- Speaker #0
Et c'est une vallée qui n'est pas bien cartographiée, il y a des cartes qui existent mais elles ne sont pas précises et elles ne sont pas du tout là où on passe.
- Speaker #1
Et du coup, il fallait se référer soit par Google Maps, mais ce n'est pas précis, parce qu'on n'a pas accès au dénivelé, on n'a pas accès au... au piège du sable du Sahara, parce qu'il y avait beaucoup de pièges. Et par contre, je me suis référé par rapport à un contact sur place qui s'appelle Yaya, adorable. Mais voilà, on n'était sûr de rien, parce que ce gars-là nous a donné les points GPS des puits d'eau. On n'était pas à l'abri que les puits soient asséchés ou qu'ils soient inexistants. On n'avait aucune garantie, en fait. Donc c'était un peu le risque. donc c'était en plus là-bas l'eau c'est primordial et donc on a fait totalement confiance à Yaya, heureusement la plupart des puits étaient pas assez asséchés, malgré que des fois on a un projet PC qui avait rien mais on a eu de la chance là-dessus, on s'est quand même bien renseignés et c'était un peu, voilà, c'est pour partir d'aventure ça en aventure c'est je sais pas, c'est 80% d'imprévus d'inconnus, tu vois si t'as 20% de, comme Zizxwad c'est Maicon qui dit ça si t'as 20% de de certitude, tu peux partir.
- Speaker #0
J'aime beaucoup. Mais vous, avant de partir, vous avez quand même eu une préparation très meticuleuse parce que vous aviez en tout 400 kilos sur ces deux chariots que vous avez fait construire. En plus, c'était vraiment des chariots précisément pour cette expédition, même pour vos repas. Tu nous parlais de l'eau. Vous faisiez attention à ce que vous alliez prévoir comme repas, que ça n'utilise pas trop d'eau. toujours penser à avoir cette eau sur vous en avoir assez parce que contrairement aux Svalbard où là, vous pouviez faire fondre la neige. Là, ce n'était pas du tout la même histoire. Et peut-être que tu peux nous expliquer, pour que l'audience visualise ces chariots, puisque vous aviez des harnais et tout. Ce n'était pas juste, bon, on tire notre chariot.
- Speaker #1
Bien sûr. Alors, c'est des chariots qu'on a fait maison. Donc, c'est tout en aluminium, avec un pote qui s'est soudé la lue, parce que c'est assez complexe. Et le but, c'est d'avoir des gros chariots, qui pèsent 30 kg chacun, à vide. avec des grosses roues faites pour le sable, donc de fat bike, qu'on a fait sur mesure et qui nous permettent de porter 200 kg chacun, voire plus si on voulait mais bon après plus c'était compliqué déjà 200 kg c'était suffisant et donc ces chariots on les poussait à... on les tirait et on les poussait à deux donc un devant un derrière quand c'était un peu difficile, sinon tout seul et on avait des harnais aussi pour pouvoir tirer un peu pour délester les bras donc c'est vraiment relié au bassin et vachement efficace donc 200 kg on les sent mais quand il n'y a pas de sable ou quand c'est un peu dur ça roule très bien mais ouais donc c'est du fait maison et alors on avait beaucoup de casse pas les chariots mais surtout les roues donc on a dit ça on pourra en parler on a eu beaucoup de crevaison beaucoup de rayons cassés on a pété une roue du coup on a dû trouver une solution pour pouvoir la réparer la changer et c'était compliqué on a failli ben ça n'a pas de solution dont on aurait dû arrêter quoi Mais on a réussi à trouver une solution. Donc voilà, on est chargé au fait maison et qu'on a toujours et qu'on se re-sernira. C'est certain.
- Speaker #0
Et on va en parler un petit peu plus tard, mais vous étiez aussi chargé avec ce que je crois que c'est Gatien qui appelait les conneries inutiles. Parce que voilà, cette idée d'expédition, vous aviez un petit peu plus, contrairement aux Svalbard, cette idée de contempler, de prendre le temps. Et tu expliques même dans ton livre que tu respectes les aventuriers qui partent à la dure. Mais que Arctic Fools, en fait, votre bande, c'était vraiment mettre le plaisir à fond. Là, c'était pas on part dans une expédition où il faut qu'on fasse tant de kilomètres par jour, on veut battre un record. C'était vraiment prendre le temps, penser à emporter des plaquettes de chocolat à gogo. Parce qu'il me semble qu'il y a des soirs où vous en mangez une chacun quand même.
- Speaker #1
Ça, ça nous a aidé, oui.
- Speaker #0
Donc voilà, c'est vraiment une autre approche de l'aventure et je suis vraiment contente qu'on puisse... aborder cet aspect-là. Donc peut-être, là, on parlait un petit peu du quotidien. Tu peux peut-être nous toucher deux, trois mots sur le rythme de vos journées, comment ça se passait aussi, tout ce qui est température extrême, hygiène, confort. Il y avait aussi des aspects médicaux assez particuliers sur cette expédition. Donc est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus ?
- Speaker #1
Oui. Donc une journée typique, alors déjà, ça démarre, on se réveille, petit déjeuner. petite musique, on avait pris une enceinte quand même. Et donc petit déjeuner, après on pack le camp, ça nous prend bien une heure et demie, deux heures voire, pour packer. Et ensuite on met tous les chariots en place, donc ça c'est pareil, c'est une routine qui se met en place, chaque bagage doit être bien placé pour l'équilibre. Mais ça au fur et à mesure des jours, à la fin on était vraiment bon pour aller vite et pour tout bien ranger, tout à sa place minutieusement installé. Et donc après on marchait pendant, peut-être, on décollait il était peut-être plus de 10h30, et on s'arrêtait, ça dépendait des jours, des fois c'était compliqué, mais des fois quand on était motivé on pouvait marcher jusqu'à 16h je pense. On faisait pas non plus des grosses journées, tu vois, c'était pas extrême, mais il y a des jours on faisait, il y a un jour on a fait 20 bornes, enfin bon avec des châles de 400 kilos ça va. Et il y a des jours on faisait 3 bornes, parce que c'est du sable, parce que les conditions sont difficiles, parce que la progression est très lente. Et donc voilà, ça c'est une journée typique. Après le soir, on installe le camp. De préférence, on trouve un doisi, s'il y a un puits d'eau à côté, sinon on compte sur nos réserves d'eau qu'on a faites. Et ensuite le soir, c'est des contracts, c'est apéro, c'est musique, c'est la popote. Et après on va dans les tentes. On ne se couche pas tard, on n'est pas des couches tard parce qu'on est quand même fatigués. On se couche aux alentours de peut-être 22h je pense. Et puis chacun dans son petit lit, avec son petit livre ou sa petite musique. Donc ça c'est une journée typique, et après quand on marche bien sûr on discute beaucoup, on écoute de la musique, on rigole, on fait des pauses, on parle de tout, de rien, et les kilomètres défilent comme ça et c'est vachement agréable parce que du coup tu te ressens sourd. Toi, mais aussi sur les potes. C'est là où tu commences à... Par exemple, Gassien, on ne connaissait pas vraiment. C'est un pote, mais on a quand même abordé des sujets un peu plus profonds. On avait le temps de discuter. Ce n'est pas dans une soirée que tu discutes de sujets profonds que là. On avait quand même un mois pour mieux se découvrir. C'était vachement intéressant, l'aspect humain là-dessus. Ça, c'est non atypique. Ensuite, pour l'histoire des bobos. Alors, en fait, Gassien, qui est un peu un casse-cou, est tombé en moto un mois avant le départ. Et vu que c'est Gassien, il ne s'est pas soigné. Donc, il avait une grosse plaie au coude qui s'est infectée. Et du coup, ça a fait un trou dans son coude. Et en fait, ça fait une infection et il aurait clairement pu perdre son bras s'il n'avait pas réagi à temps. Et donc, il avait des mèches à enfoncer dans le coude. Il faut imaginer la scène avec une pince, tu enfonces une mèche dans le cou de Gassien. Et vu qu'à ce moment-là, moi je faisais mon concours pour pouvoir être pompier, bon ça s'est pas fait finalement, bref. Du coup je me suis dit, c'est moi qui vais le faire, je m'entraîne. Donc tous les soirs, dans la tente, on mettait un petit champ stérile, des petits gants désinfectants, et je m'occupais de sa plaie. Tous les soirs, tous les soirs. Donc avec la tête affrontale, avec les pieds qui puent à côté. Et enfoncer le truc dans le coude là, c'était une petite routine rigolote. On a fait des belles images d'ailleurs. Peut-être qu'on les partagera. Donc ça c'était la routine du soir. On faisait vachement attention. Méticuleux, propre, on n'a pas eu de soucis. Et pour l'histoire, une semaine après l'expédition, c'était soigné.
- Speaker #0
Tu avais bien fait ton job.
- Speaker #1
C'est ça, Flavien le médecin.
- Speaker #0
Donc oui, vous aviez quand même conscience du danger dans le désert, parce que là, vous faisiez attention avec toute cette histoire de soins, vous saviez que, par exemple, ce n'était pas la saison pour les serpents, scorpions, et ainsi de suite, mais vous aviez quand même prévu des shots d'adrénaline si jamais il y avait besoin, et vous aviez bien conscience que se perdre, en fait, dans le désert, c'est mourir.
- Speaker #1
Oui, et ça, d'ailleurs, on s'en est vraiment rendu compte qu'on était dans les dunes, parce qu'on s'est dit, en fait, dans les dunes, il n'y a pas de pluie. Vraiment, c'est que des dunes. Et quand on était en haut de la plus haute dune de la zone, moi, personnellement, je me suis dit si on se perd là-dedans, on est mort. Parce qu'il n'y a pas d'eau, la progression est très lente et vachement difficile, et il n'y a personne, principalement personne qui passe. Et c'est vachement grand. Et puis tout se ressemble, donc c'est... Après, bien sûr, il y a, au cas où il y a des secours, si on veut, il y a quand même du réseau, machin, mais tu te dis quand même, c'est chaud. Dans le livre Jean-Paul, il y a une histoire de Mauro Prospéry qui a vécu un petit peu ça. En fait, c'est un marathonien qui faisait le marathon des sables. Et en fait, il y a quelques années, je crois que c'était il y a 15 ans. Et en fait, le gars, il s'est trouvé dans une tempête de sable et il a perdu son chemin. Et du coup, il s'est retrouvé vraiment tout seul dans les dures. Et il a dû survivre comme il pouvait. Et en fait, le gars, il a... Il est resté des jours, des jours, sans boire, sans manger. Il a trouvé une casse-bas, une ruine dans le désert, où il y avait des chauves-souris qui dormaient. Et en fait, il les a tués. C'est une ruine des chauves-souris. Il a bu leur sang pour vivre. Et puis, il a été retrouvé comme ça. Après, dans le livre, j'en parle beaucoup plus. Et c'est une histoire incroyable. Manger des chauves-souris pour survivre dans le désert. Il faut avoir de la chance aussi d'en trouver.
- Speaker #0
Oui, et vous, heureusement, vous n'avez pas eu à faire ça. Mais effectivement, c'est une anecdote dans le livre. Tu rentres plus dans les détails qui m'a fascinée. Donc, j'invite vraiment l'audience à le découvrir. Pas que pour cette histoire, bien évidemment, mais ça, c'était la petite anecdote. Et là, justement, on est en train de parler un petit peu plus de cette ambiance, de cette atmosphère. Donc, tu pourrais peut-être nous décrire un petit peu. Parce que moi, j'avais... tort, je pense, cette image de le désert, c'est du sable, des dunes, et c'est tout. Mais en fait, vous, vous vous êtes rendu compte que c'était bien plus que ça. Oui. Dans l'imaginaire commun, le désert,
- Speaker #1
c'est du sable, des dunes. C'est le sable. Mais en fait, ça, ça représente 20% du terrain. En fait, il y a ça qui est super intéressant, en tout cas, là où on a été, c'est qu'il y a beaucoup, beaucoup de terrains différents. Tu peux avoir des champs de cailloux à perte de vue. Tu peux avoir des dunes. tu peux avoir de la de du sam craquelé tu sais un peu Un peu comme la poterie, quand tu roules dessus, ça craque. C'est trop beau comme son, c'est de la SMR, quand même. Et donc, tu peux voir ça. À la fin, on a eu des montagnes. Donc, vraiment, des montagnes, je te dis, c'est Monument Valley. T'as des pics, t'as des montagnes vraiment très, très belles et cinématiques. T'as du plat, où c'est vraiment du sable, mais tout plat, à perte de vue. T'as l'ancien lit du drap, donc le drap, c'est un ancien fleuve, en fait. C'est un terrain difficile parce que c'est beaucoup de sable mou. Donc tu t'enfonces et là c'était l'enfer. Le désert était vachement vert en été. Il avait beaucoup plu. Et du coup tu avais des champs d'immortels. Donc l'immortel c'est une petite fleur jaune. Donc tu avais des champs de fleurs jaunes à part de vue. Magnifique. Voilà donc tu avais vraiment plein de quatre postales différentes. Et c'était vachement intéressant pour ça.
- Speaker #0
Et il y avait même aussi, tu nous parles dans ton livre, des oasis où ça surprend quand même, j'imagine, de voir autant de verdure et de végétation. Vous êtes même retrouvé à manger un petit peu des sortes de salades, il me semble.
- Speaker #1
Ouais, t'as des oasis, donc ça c'est toujours cool de trouver parce que t'as forcément de l'eau avec un puits à côté et puis t'as de l'ombre. Et c'est là où en général, si on pouvait, on se posait pour mettre le camp. Parce qu'on pouvait prendre un peu, on pouvait faire la toilette, on pouvait prendre de l'eau à volonté. Et puis, c'est toujours, même esthétiquement, c'est toujours vachement sympa d'avoir des cocotiers, enfin, les cocotiers, d'avoir des palmiers au-dessus de la tête. Et ça, et après, dans le désert, du coup, tu as une plante qui pousse, je ne sais plus le nom, mais en fait, ça a le goût du radis. Donc, nous, on se servait, en fait, on mangeait, et après, on a appris, par contre, que tu as une espèce qui se ressemble, mais qui est toxique. Bon, on a bien touché, j'avoue, mais c'était vraiment le goût du radis. Super intéressant.
- Speaker #0
C'est fou. Je trouve ça totalement lunaire. Et encore une fois, je me répète, mais c'est vrai que tu nous décris tous ces paysages dans le livre et ça bouleverse un petit peu ce qu'on a en tête d'habitude en parlant du désert. Donc vous, vous n'avez pas vu de serpents, scorpions, mais vous avez vu beaucoup de chameaux.
- Speaker #1
Exact. En fait, les sapins scorpions, nous, on était au mois de janvier. Donc, les sapins scorpions, il fait trop froid pour eux. Donc, ils sont sous le sable et ils sont tranquilles. Nous, on était contents. Parce que bon, tu as quand même des scorpions un peu énervés quand même là-bas. S'ils te piquent, il faut très vite réagir. D'où le fait qu'on avait quand même de l'adrénaline avec nous. On avait de l'antivenin, des choses comme ça. Et en fait, ce qui se passe, c'est qu'ils se mettent sous les tentes. Imagine, tu dors et en fait, ils cherchent la chaleur. Donc ils se mettent sous les tentes et si tu vas, si tu as le malheur de te réveiller la nuit pour aller faire tes besoins et que tu marches pieds nus, il y a des chances que tu te fasses piquer. Nous ça va, en janvier il n'y avait personne donc on était tranquille là-dessus, on pouvait marcher pieds nus, on était tranquille. Mais on avait eu beaucoup de chavaux, il y avait des troupeaux de chavaux qui venaient, qui quittaient leur vie. On avait limite envie d'en prendre un pour mettre tous les bagages dessus et pour aller plus vite. Mais ça, c'est notre histoire.
- Speaker #0
Peut-être plus tard. Et tu précises même dans le livre, et ça, je ne savais pas, que les chameaux, ça peut valoir entre 2000 et 4000 euros.
- Speaker #1
C'est ça. C'est un trésor. En fait, si les chameaux ne sont pas en fin de vie, qu'ils servent pour le tourisme ou pour le transport, ben ouais, ça vaut cher. Et quand tu vois un troupeau, nous, on avait un gros troupeau, ils étaient en moins de 200. Je te dis, les gars, il y a quand même de l'argent.
- Speaker #0
200 chameaux, waouh !
- Speaker #1
Ouais. De son chameau et je crois qu'il y avait un seul mâle, pour te dire.
- Speaker #0
C'est pas vrai ?
- Speaker #1
Ouais. Il se faisait plaisir.
- Speaker #0
Belle vie dans le désert. Et aussi, quelque chose que tu abordes beaucoup, c'est en fait ce ciel étoilé que vous aviez tous les soirs. En fait, ça, ça doit être assez mystique. Est-ce que tu peux nous le décrire ?
- Speaker #1
Ouais, bah, c'est le... Ça, c'était un... On avait parlé justement du fameux désert, du fameux ciel étoilé du désert. Mais en fait, il n'y a aucune pollution lumineuse. C'est comme... quand t'es en plein océan, t'as aucune pollution du coup tu vois vraiment les étoiles tu vois les étoiles à la perte de vue donc le soir nous on était dehors on levait la tête, c'était un champ d'étoiles, c'était magnifique et pour l'histoire, lors du dernier bivouac je crois, on a vu une comète passer et vraiment très proche avec un gros bruit et on a entendu un gros boum comme si elle s'était écrasée elle s'était écrasée vraiment Je sais pas, peut-être 100 km plus loin, côté algérien. Mais c'était vachement impressionnant. Et on a appris plus tard que cette zone-là est vraiment réputée pour les astéroïdes. Et on en trouve beaucoup dans le désert. Et quand tu vois le prix que ça coûte, quand tu en trouves un, ça vaut le coup de chercher.
- Speaker #0
Donc vous étiez un petit peu tentés de partir ?
- Speaker #1
Ouais. Et en fait, le lendemain matin, on a eu la visite d'une Jeep. Vraiment, tu te dis, c'est bizarre. Une Jeep vraiment classe, tu vois. Et il y en a qui en sort avec un costard. très bien habillés, très classe, et qui nous a demandé nos passeports, qu'est-ce qu'on faisait là, qui nous posait des questions, est-ce que vous aviez quelque chose, voilà. On ne sait pas qui c'est, on ne sait pas ce qu'ils voulaient, nos passeports, on ne les a pas donnés, puisqu'on peut ne pas nous les rendre, ensuite, c'est un peu, voilà, c'est moyen. Mais ils faisaient partie clairement du gouvernement, et à mon avis, soit on a vu quelque chose qu'il ne fallait pas voir, soit ils se renseignaient sur ce qui était tombé, soit je ne sais pas, c'est un mystère. Et du coup, le gars, en plus, qui nous a contrôlés, il savait très bien qui on était.
- Speaker #0
Mais non.
- Speaker #1
Ouais, il était bien renseigné, le monsieur, et bon. Je t'avoue que ça fait bizarre. Dans le désert, ça fait bizarre, voilà.
- Speaker #0
Et ça, ça fait une bonne transition, parce que tu dis dans ton livre aussi qu'au final, les hommes, ça reste la variable la plus imprévisible, en fait. Certes, vous avez fait des super belles rencontres, on va en parler, mais ce type de rencontre te montre que bon.
- Speaker #1
Ah, mais totalement ça. Surtout que, tu vois, quand on partait dans... J'en reviens à ça, mais quand on partait dans l'Arctique... Il n'y avait pas ce souci de l'humain, parce que l'humain, il n'y a personne là-bas. Que dans le désert, il y a quand même du passage, bon, la majorité des personnes sont bienveillantes, sont très sympas, il n'y a aucun souci, c'est un peuple... Enfin, les Marocains et surtout les nomades dans le désert, ils sont vraiment adorables, ils sont très accueillants, ils nous offrent beaucoup de choses et tout. Mais on a eu des rencontres assez surprenantes, notamment une, on en a beaucoup rigolé ensuite, mais c'est tabou que sur le moment, on n'a pas trop rigolé, pour te raconter l'anecdote. En gros, on était dans la tente, c'était le soir, il devait être 23h. Et donc chacun dans sa tente, sur le téléphone, on écoutait la musique, on était en train de lire un livre. Et d'un coup, on entend la musique à fond et une voiture qui se rapproche. Mais vraiment, quand je te dis qu'elle se rapproche vite, elle se rapproche très vite. Et du coup, on sort la tête de la tente et on voit le gars qui fonce sur nous. Et on se dit, attends, est-ce qu'il va nous voir ou pas ? Du coup, on met les lumières, on se signale. Le gars, je ne sais pas, peut-être à 10 mètres devant le camp. Gros dérapage, il nous regarde et il dit rien. Et il commence à parler en arabe. Vincent, il éclaire avec sa lampe dans sa direction. Le gars, il devient vachement agressif. Il crie « No light, no light, no light ! » Il commence à bégayer un dialecte, je ne sais pas ce que c'est. Il commence à cracher par terre et tout. Et on voyait avec la musique à fond et tout. Et on voit qu'il avait quand même bien bu. On ne sait pas ce qu'il voulait. donc on commence à lui dire qu'est ce qui se passe qu'est ce que tu veux tout et il commence à s'énerver tout seul d'un coup il repart dans la fond en dérapage donc on se dit bah c'est bon il part et en fait il fait 100 mètres et on le voit demi tour et il fonce sur nous à plein gaz et on se dit attends il va nous écraser du coup on éteint toutes les lampes pas qu'il nous voit et on essaie de pas de voyages je vois je me rappelais de gassin il prend une pelle au cas où pour se défendre moi j'ai un petit couteau Incroyable ! Et ça, imagine-toi ça, mais nulle part dans le désert, en pleine nuit. Et finalement, le gars, il passe à côté, mais il ne fait rien, heureusement. Et puis, il part. Et je t'avoue qu'on avait peut-être une heure à scruter le moindre bruit, si jamais il revenait. Et ça, c'est des variables humaines qui peuvent un peu surprendre. Mais c'est la seule rencontre qu'on a faite comme ça.
- Speaker #0
C'est fou, parce qu'effectivement, perdu au milieu de nulle part, j'en ai la petite chair de poule de réentendre l'histoire. Mais bon, si on met de côté ces deux rencontres assez particulières, vous avez quand même fait des rencontres assez incroyables avec les nomades et les locaux qui ont été hyper accueillants, cette hospitalité des gens du désert que tu nous racontes. Et c'est vrai qu'on le disait ensemble, c'était complètement à l'opposé de ce que vous aviez vécu au Svalbard. Vous avez fait tellement, tellement de rencontres tout au long de votre aventure.
- Speaker #1
Oui, l'aspect humain, on savait qu'on a fait beaucoup de rencontres. Je ne pensais pas qu'on en ferait autant. En fait, il y a quand même pas mal de passages avec des 4x4 ou des chameuliers qui font des traversées avec des touristes. Du coup, à chaque fois qu'ils nous voyaient, ils étaient un peu surpris. Et du coup, ils faisaient un petit crochet pour nous saluer, pour nous donner des fruits. Limite, on les intriguait. Et il y en a même un, un nomade. qui nous a dit, vous les gars, vous êtes des vrais nomades. Ce que vous faites, ça ne se fait plus. À pied, ça ne se fait plus. Et en fait, les touristes, à plupart, ce n'est pas négatif ce que je vais dire, c'est un style de tourisme. Ils traversent le désert en 4x4 à fond et ils y restent 2-3 jours. Nous, ce qu'on aime, c'est vraiment prendre le temps, apprendre le terrain.
- Speaker #0
nuancer différents types de sable, nuancer des machins, vraiment connaître le désert et partir un mois comme ça, c'est un autre style de tourisme, j'ai envie de dire. Mais voilà, pour dire, les humains qu'on a rencontrés, que ce soit les Marocains, les touristes, les chameuliers, je sais pas, toujours super agréables et bienveillants. On nous offrait des tomates, on nous offrait des fruits. Rien que ça, quand tu ne feras pas un mois sans fruits, Quand on t'offre une tomate, quand on t'offre un poivron, moi qui n'avais pas le poivron, on m'offre un poivron, je l'ai trop apprécié, tu vois. On redécouvre la valeur des choses et c'est trop important. Même le côté humain, c'est... Surtout Vincent qui a vachement ce truc, qui a besoin de l'humain pour être bien, ce côté social, c'était vachement important pour lui aussi. Dès qu'il voyait quelqu'un, il se précipitait pour aller le saluer, pour lui dire bonjour, machin. Et c'était cool.
- Speaker #1
Et il y a Omar, par exemple, aussi, qui a fait partie des rencontres assez marquantes dans votre aventure, où... Tu nous parlais de ces changements en termes de tourisme dans le désert, où il voyait qu'avant, les gens profitaient un petit peu plus, prenaient le temps de rester, de parler avec ces nomades, alors que maintenant, c'est un peu, ils viennent, ils font leurs photos, ils restent aller deux, trois jours, et là, ils partent. J'ai l'impression qu'il vous a beaucoup touché, parce que c'est un homme qui avait peut-être peu, mais qui vous a donné beaucoup, et vous avez partagé des instants précieux avec lui, en fait.
- Speaker #0
Oui. Omar, c'était vraiment un coup de cœur, parce qu'en fait, on l'a rencontré au moment où justement on avait cassé une roue, elle était bloquée, donc il y avait Gaston et Vincent qui étaient repartis en ville tenter de réparer la roue, et nous, exactement, on était restés avec Omar, donc Omar, c'est quelqu'un qui vit dans le désert hiver comme été, à l'Oasis Sacré, donc c'est un point de passage un petit peu, qu'il a aménagé lui, avec une petite maison et tout, et il accueille ceux qui veulent venir qui passent par là. C'est vraiment très rustre. Il a un petit frigo avec un panneau solaire. Il vend son petit thé et tout. Et en fait,
- Speaker #1
il construit tout lui-même. Donc,
- Speaker #0
il fait le sort de briques avec du sable et de l'eau qui fait sécher au soleil, etc. Et il construit des abris pour les bêtes. Il construit des petites maisons et tout. Et du coup, nous, on avait quand même une journée de libre avec lui. Donc, il nous invitait à boire le thé. On a mangé le thai et tout. Et avec Thomas, on s'est dit, attends, tu nous aides. Du coup, on va t'aider. Donc on a aidé à transporter toutes les briques, on a fait un mur avec toutes les briques. C'était un peu important pour nous aussi de faire ça, pour le remercier d'un côté, et puis pour partager un moment assez unique. Et c'est ce qu'il disait en fait, le tourisme maintenant, ils vont à l'Oasis, ils prennent une photo, ils repartent. Ils ne prennent plus le temps de discuter, ils ne prennent plus le temps de vivre l'instant. Et nous, on s'est dit, autant on le vit à fond, et on a passé deux jours avec lui, super. Et quand on s'est quitté, on était un peu nostalgiques.
- Speaker #1
Et tu parles beaucoup de thé. Je ne sais plus qui vous disait toujours commencer par un thé. En fait, vous aviez ces rituels à chaque fois dans vos rencontres.
- Speaker #0
Je n'ai jamais bu autant de thé que là-bas, je te le dis. Et en plus, leurs thés, ils sont tellement bons. Ils sont très sucrés. Il y a vraiment le goût du thé. Et dès qu'on croisait quelqu'un, surtout Omar, Adop, un petit thé. Lui, c'était des thés, c'était des shots, mais costauds. C'était un thé très fort.
- Speaker #1
Et tu vois, tu nous parlais de prendre un peu plus le temps dans le désert. Tu expliques aussi qu'il y a en fait des sortes de cycles. Et petit à petit, tu sentais que vous faisiez partie de cet environnement. Tu expliques même que c'était une errance sans attente, sans justification. Vous étiez en train d'accepter en fait ce que le désert vous imposait. Et que tu parles même, tu dis que cette nudité du quotidien vous montrait une forme de vérité crue. Celles qu'on trouve lorsqu'il ne reste plus rien d'autre que soi, le sable et le silence. Et c'est très présent, je trouve, dans ton livre et ton aventure, en fait, ce silence qui régnait, donc hormis ces rencontres infortuites et ces moments partagés avec les nomades, qu'il y avait vraiment ce silence qui régnait tout autour de vous, en fait.
- Speaker #0
Ah, mais le désert, il est réputé pour ça, pour le silence. À part le vent et le bruit des roues qui craquent et des rayons qui cassent, il y avait... aucun bruit, à part quand on discutait bien sûr, mais ça nous arrivait vraiment d'être silencieux, de profiter un peu du désert, et comme je disais, ce côté un peu introspection, ça permet de se recentrer sur soi, sur ses choix de la vie, je sais pas, des sujets qu'on... Tu vois, quand on est chez soi, on n'y pense pas, parce qu'on est toujours distrait par le téléphone, par les appels, par l'ordinateur, je sais pas, que là-bas t'as rien, ou très peu de choses, et du coup tu peux... Tout recentrer sur toi, sur ce que tu veux faire de ta vie, sur machin. Et ce silence, il aide vachement. Que ce soit... C'est le même silence qu'en Arctique. Parce qu'en Arctique, il y a vraiment un silence aussi. Et pour nous, enfin en tout cas pour moi, c'est trop important de... d'en profiter parce que c'est quelque chose de très rare au quotidien ça rend pas compte mais au quotidien il ya toujours du bruit et tu re pas tu es en ville ou tu as toujours des gens qui parlent la musique machin t'es toujours distrait par quelque chose et t'as jamais ce silence
- Speaker #1
Si je peux lire un passage de ton livre, à un moment tu dis « Je suis ici, cependant j'ai le sentiment que je pourrais tout aussi bien être ailleurs. C'est là que je comprends ce qui nous arrive. Le désert ne se traverse pas, il s'infiltre, il s'insinue dans les plis des vêtements, dans les poumons, sous la peau. » Et après tu termines en disant « Rien ne change et pourtant tout est en perpétuel mouvement. »
- Speaker #0
Ça résume très bien ce qu'on a vécu. C'est un truc en fait, c'est... Pas forcément physiquement, mais surtout psychologiquement, mentalement. Tu n'en sors pas non plus comme tu es rentré dans le désert. Tu as ce côté, tu en sors grandi. Surtout dans notre cas où on ne connaissait pas. Donc, on a découvert un nouveau terrain. Et oui, le sable, on en a mangé beaucoup. On s'est pris une tempête de sable. Et quand il faut boire ou manger avec le sable qui vole partout, ça croustille.
- Speaker #1
Et ça me fait penser au mirage. Est-ce que tu peux nous décrire ces mirages ?
- Speaker #0
Alors ça justement, c'est que dans les films qu'on voit ça, je ne savais pas que ça existait vraiment. Et en fait, avec la réparation de la chaleur et de l'horizon, tu vois de l'eau. Et nous, c'est arrivé au moment où on est arrivé au lac Eriki. Je fais une parenthèse, le lac Eriki, c'est un lac asséché, qui n'était exceptionnellement pas asséché cette année-là. Alors justement, on s'attendait à voir ce fameux lac. qu'on nous a tant parlé. Et le fait de l'imaginer, je pense que notre cerveau a fait un parallèle avec l'eau. Et on marchait sur... C'était vraiment plat, c'était l'horizon. Et on voyait au fond de l'eau. Et plus on s'en rapprochait, plus elle s'éloignait. Et c'est là où je me dis, si vraiment tu meurs de soif, c'est là où tu deviens fou, je pense.
- Speaker #1
Et peut-être parler aussi de... Là, tu nous expliques beaucoup que c'était un petit peu moins intense que votre expédition dans le Nord, avec le Svalbard, mais j'ai l'impression que c'était quand même très physique et exigeant. avancer dans la contrainte avec ce sable qui parfois c'était très compliqué où en fait c'était tout un travail d'équipe à se guider parce que la personne qui tirait le chariot elle était orientée par la personne qui était devant à dire attention va plutôt à gauche par-ci par-là et tu dis même que tu as rarement autant compté sur quelqu'un même dans le froid
- Speaker #0
Ouais parce que dans l'Arctique en fait tout seul avec ton traîneau et même si la neige est profonde bah tu galères mais c'est pas la même c'est pas pas c'est pas pareil c'est différent que dans le sol en fait des fois on traversait des zones vraiment profonde et les roues s'enfoncer et il faut imaginer bah pas du vélo dans le sable en fait imagine tu fais de l'ensemble comment tu galères et là du coup ce qu'on faisait c'est qu'il y avait un qui tirait le traîneau avec les halles le harnais des les brancards et un qui avait une corde en fait qui était pas de trois mètres devant et qui dirigeait parce qu'il du coup il marchait sur le sable il arrivait à jauger un petit peu là où c'était moins profond visuellement Et il dirigeait comme ça. Et dans les moments, même si c'était mou, il pouvait quand même tirer de toutes ses forces la corde. Et c'était vachement utile. Et c'est vrai qu'on comptait là-dessus pour avancer au mieux. Parce que tout seul, ça aurait été très compliqué.
- Speaker #1
Et je crois que tu parles aussi de cette idée d'avoir besoin quand même d'un minimum de lutte physique pour ressentir l'aventure, en fait.
- Speaker #0
Ouais, c'est pour ça aussi qu'on part. C'est pour se dépasser physiquement et mentalement. Et on a besoin de ça, en fait. On a besoin de se confronter à des éléments difficiles. Et on est très contents de les faire. Et on part pour ça aussi. Tu vois, à un moment, on n'était pas obligés de faire ce champ de dune. On pouvait l'esquiver, le champ de dune. Ben non, on a foncé droit dessus. Et en fait, on voulait le goûter. C'est comme quand on veut goûter une tempête. On voulait vraiment goûter une tempête de sable. Quand on a dit qu'on veut vraiment goûter des tempêtes de neige, et ben quand on les a, on est contents. Mais on est content quand ça s'arrête aussi.
- Speaker #1
Tu m'étonnes. Et en plus, cette fameuse dune, une de ces dunes que vous avez pu croiser, vous aviez donc tout votre équipement pour aller faire quelques folies aussi.
- Speaker #0
Oui, comme on me disait au début, on prend toujours des petits bonus un petit peu lourds parfois. Là, on avait pris en l'occurrence, ça ne peut pas être fou, on avait pris une paire de skis de randonnée et un parapente. Parce que... Franchement, t'as la plus grande dune du désert, j'avais vu en photo. Elle est vraiment très belle et t'as une face assez raide quand même. Et on s'est dit, c'est pas possible, il faut faire du ski et du parapente là-bas. Du coup, on a réalisé un petit rêve en fait. On a fait un combo, c'est qu'on est montés... En haut, on a fait du ski. Un ski de rando, je précise. Du coup, on remontait comme un ski de rando avec des virages. Ensuite, on s'est dit, pourquoi on n'emmirait pas au sommet de la dune ? Et là, c'était pour moi le plus beau bivouac, hormis Arctique, le plus beau bivouac vraiment que j'ai fait. Il faut imaginer, t'es en haut de la dune et t'as que des dunes autour de toi avec les étoiles et tout. Et le lendemain matin, descendons par la pente. Incroyable. C'était la petite récompense de mi-parcours.
- Speaker #1
Un rêve de plus accompli, je crois que tu disais même.
- Speaker #0
Voilà, exactement. C'est ça, on s'est trimballé 20 kilos de bonus juste pour ça.
- Speaker #1
Trop bien. Et c'est ce qui fait aussi un peu la magie de votre troupe, j'ai envie de dire. C'est vrai qu'on parle beaucoup avec le Svalbard. C'était intense, mais peut-être un peu moins. Maintenant, je serais assez curieuse de questionner tout ce qui est prise de conscience, parce qu'il me semble que tu l'abordes à un moment dans le livre aussi, où tu t'es rendu compte que vu qu'il n'y avait peut-être pas autant d'efforts physiques, d'être vraiment complètement à bout, que tu n'étais peut-être pas allé aussi loin en termes de prise de conscience. Et c'est là où tu te questionnais sur est-ce qu'il faut qu'on aille vraiment au-delà de nos limites pour avoir des prises de conscience en fait.
- Speaker #0
Ouais, c'est ça, c'est toujours le problème de vouloir plus. En fait, pour moi, c'est juste flatter son ego et de prouver quelque chose. Alors, ce n'est pas de prouver à quelqu'un sur les réseaux, prouver à soi-même. Mais personnellement, moi, je n'ai pas ce truc de me dire qu'il faut absolument faire un truc dangereux, engagé pour se sentir vivant. C'est pour ça que nous, on fait toujours des... Jusqu'à maintenant, on a fait des expéditions. La plupart n'ont pas non plus trop engagé, hormis peut-être le Svalbard et la Patagonie pour les gars. mais le reste c'était des expéditions, on va dire plaisir. On part quand même longtemps, mais on fait un itinéraire qui n'est pas non plus extrêmement... en termes de kilomètres, extrêmement long, mais on prend le temps d'apprécier, de profiter. Pour moi c'est comme des vacances, tu vois, c'est... On part pour kiffer. Ok, il y a le côté physique, il y a le côté un peu sauvage, etc, extrême, mais on n'est pas non plus dans la prise de risque tout le temps, on n'est pas là à vouloir, je sais pas... Se dire on va marcher 1000 km, on a 3 semaines pour le faire, il faut qu'on marche 40 km par jour, il faut aller vite. Mais se mettre une pression monstre, c'est pas la peine. Pour moi, si on part, c'est aussi pour se détendre, pour couper tout le reste. Si on se met une pression là-bas, c'est pas agréable. Après, j'ai du respect pour ceux qui font ça, pour les sportifs de haut niveau, qui font des sommets à 8000 m en temps record, qui font des records, etc. Mais moi, c'est pas ma vision. je la conçois, je pourrais la voir un jour peut-être, mais jusqu'à maintenant, ça me convient bien de me dire on part et on kiffe entre potes.
- Speaker #1
Et j'aime bien, vraiment, merci encore de partager cette vision de l'aventure, ça peut aussi être fun, dans le plaisir, et sans être constamment dans cette recherche de exactement ce que tu disais, le toujours plus, qu'on voit en plus, de plus en plus, sur les réseaux en fait.
- Speaker #0
Ouais, c'est le problème des réseaux, les réseaux t'as... Il y a certaines personnes qui veulent toujours prouver que j'ai failli mourir, il m'est arrivé ça. Toujours vouloir agrandir les choses. Et du coup, ça n'a pas envie. Moi, ça n'a pas envie de faire ça. Moi, je me mets à la place du gars ou de la ménagère. Je ne sais pas. Ça n'a pas envie. OK, respect, tu as failli mourir. Enfin, respect. Tu as failli mourir. cool, mais moi ça ne me donne pas envie que je préfère montrer à tout le monde que c'est accessible avec un minimum d'entraînement, avec une préparation et tout mais que c'est pas non plus l'extrême, la mort machin, ça me donne vachement plus envie que de dire que t'as failli mourir avec un os polaire voilà, en plus c'est souvent c'est faux, on a des, bah bref je vais pas rentrer dans ce sujet mais souvent c'est romancé c'est pour vendre, bref C'est une parenthèse.
- Speaker #1
Non, mais c'est... Merci de... C'est important de le dire. Est-ce que tu peux peut-être partager avec nous quand on parle, là, en termes de voyage intérieur ? Toi, ça a commencé même dès le début avant que vous partiez parce que tu avais toute cette bataille intérieure, en fait, à vouloir partir, ce besoin et cette quête intérieure et en même temps... Tu culpabilisais de partir, laisser ta fille. Est-ce que tu peux nous partager un petit peu tout ce questionnement qui a commencé bien avant l'expédition, en fait ?
- Speaker #0
Pour moi, c'est une première départière, parce qu'en fait, jusqu'à maintenant, quand je partais, je n'étais pas papa. Maintenant, je suis depuis deux ans et demi. Et au moment où on est parti, elle avait un an. Tu vois, donc elle était toute jeune. Et au fond de moi, je me disais, putain, je pars. Alors que je vais louper un mois de sa vie, alors qu'elle n'a que un an. Je vais louper ses premiers pas, ses premières paroles, limite. Tu vois, c'était en plus, vers un an, c'est là où il y a tout qui va très vite. Et du coup, je me... Un peu, je... Je me disais, est-ce que t'es égoïste de faire ça ? Est-ce que tu penses pas qu'à toi ? Tu penses pas non plus à ta fille ? Elle va se poser des questions. Moi, avec mon ex-compagne, pareil, je me disais, elle va tout gérer toute seule à la maison, c'est une galère pour elle et tout, ce qui était le cas. Bref. Et du coup, je me posais quand même pas mal de questions et je me disais, pourquoi je pars ? Pourquoi ? Alors qu'il y a ça. Est-ce que c'est le bon moment ? Donc forcément... Tu remets toi en question. En plus, c'était moi le porteur du projet. C'est moi qui lançait le truc. Et du coup, il y avait toujours cette bataille entre moi qui rêve d'aventure et moi, le père de famille, tu vois, qui veut être présent. Mais d'un autre côté, je me suis dit si je pars pas, ça me ressemble pas. Et moi, je veux que ma fille, plus tard, elle se dise OK, mon père, mon papa, c'est un aventurier et trop cool. Et bon, du coup, on est parti et ça l'a fait. Je te cache pas que tous les soirs dans la tente, j'étais en mode... Elle me manque, toi. Mais tu as toujours ces petits trucs au fond de toi qui te disent tu pourrais être là avec elle. Mais non, tu es dans un désert avec trois imbéciles. Mais ça fait partie du voyage aussi introspectif.
- Speaker #1
Mais après, tu disais que comme ça, tu espères pouvoir lui montrer que tu peux, oui, certes, partir en aventure, mais être à la fois aussi un père aimant et présent pour elle en même temps.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. La sauvetage, c'est important.
- Speaker #1
Et après, j'aime bien parce qu'à un moment dans le livre, tu dis même que le but de cette expédition, c'était peut-être ça, c'est être face à toi-même avec tes contradictions. Et puis, sans tomber forcément dans les extrêmes, parce que je sais qu'il y a beaucoup de parents qui nous écoutent, de parents passionnés par les voyages. J'imagine envie d'ensuffler ça aussi, de dire que oui, on peut quand même partir un peu sans tomber dans les extrêmes.
- Speaker #0
Ça, c'est un sujet aussi. Quand on annonçait la grossesse, Il y a plein qui me disaient, comment tu vas faire, tu pourras plus partir, tu n'auras plus de vie, tu ne pourras plus vivre. Alors, bien sûr, la vie change, surtout la première année où c'est plus compliqué, mais il ne faut pas se moquer. C'est sûr que c'est plus compliqué, tu fais moins de choses, tu n'es plus avec ta famille forcément, mais il ne faut pas se dire que parce que tu as un gosse, tu ne fais plus rien, tu ne sors plus, tu ne vois plus les potes, tu ne profites plus en fait. Mais c'est juste au milieu, il faut savoir faire un équilibre, c'est assez difficile, je l'avoue. Mais il faut le trouver. Et puis voilà, maintenant qu'elle a deux ans, c'est plus simple. Il faut se dire que tout est possible. Moi, j'ai fait des randonnées. La petite, elle avait quatre mois. Elle était dans ses cadeaux derrière moi et on montait en randonnée de montagne, tu vois. Il faut se donner l'envie aussi.
- Speaker #1
C'est ce que j'allais dire. Est-ce que, voilà, maintenant, elle est en train de grandir. Tu te dis, bon, je vais peut-être l'amener avec moi un jour en expédition.
- Speaker #0
Ouais, ouais, ouais. Alors, c'est l'envie. C'est l'envie, mais j'aimerais trop pouvoir l'emmener, tu vois. De ce cas-ci, il fallait traverser un ger, une grande randonnée, ou même bivouac dans les Alpes. Il fallait découvrir un petit peu. Moi, j'ai un rêve, c'est de découvrir le brame du cerf. Faire un bivouac et partir à la recherche des cerfs, je ne sais pas, des trucs comme ça. Ou même plus tard, partir faire le pôle Nord.
- Speaker #1
J'allais dire, est-ce qu'à choisir, tu l'amènerais plutôt au Svalbard ou traverser le désert du Sahara ?
- Speaker #0
Alors, le Sahara pour commencer. Parce que Svalbard, après, quand elle sera plus grande, pourquoi pas, si elle en a envie, je serai trop heureux. Ce serait un délire. Mais c'est plus risqué, c'est pour ça aussi. Ça me parle de risque.
- Speaker #1
Complètement. Et là, on arrive sur la fin du podcast, peut-être abordé pour terminer quand même ce retour. Donc là, ça fait quand même un petit moment que tu es rentré. Tu as eu l'écriture de ce livre qui t'a permis un petit peu d'avoir ce sas de décompression, on dira. Et peut-être nous dire, qu'est-ce qui a motivé ton envie d'écrire à nouveau un livre sur cette aventure ?
- Speaker #0
Pour moi, la notion du retour, elle est super importante. Parce qu'en fait, dans tous les livres, enfin la plupart des livres d'aventure, même dans les films et tout, on ne parle jamais du retour, on parle de l'avant, du pendant, mais jamais de l'après. Et en fait, pour moi, l'après, il est souvent plus difficile que le pendant. Parce que du coup, tu pars un mois, tu n'as plus de repère. t'as plus rien ton cerveau les formater à au vide du désert de l'Arctique. Et en fait, quand tu reviens, tu as toutes les responsabilités qui reviennent. Tu as la vie qui revient, tu as le boulot, tu as le bruit ambiant, tu as... On est entouré de technologies. Vraiment, c'est un... Tu te prends tout dans la tête, tu vois. Et pour moi, ça a été assez hard, notamment après le Svalbard. Et tu as cette notion du... Franchement, moi, j'étais perdu. Je t'ai perdu, je sais que Thomas, ça lui a fait aussi. Tu rentres, en fait, t'es déboussolé. Tu te dis, mais qu'est-ce que je fous là, quoi ? Qu'est-ce que je fous là ? Là-bas, j'étais bien. J'avais moins de soucis. Moins de responsabilités. En plus, là, vu que il fallait j'avais ma fille, je me disais pas. J'étais très content d'entrer. Mais j'étais en mode, waouh, c'est... Ça change. Il y a beaucoup de choses en plus. Et puis, j'ai trouvé un nouveau taf. Bref. Et donc cette notion du retour, elle est super importante. Et ça existe en plus, la dépression du retour, ça existe. Notamment ceux qui partent un an autour du monde, on a beaucoup qui dépriment après. Donc ça, c'est un sujet assez important. Ça a été prouvé par la science. Alban Michaud, dans son livre, et pour moi, c'est le seul que j'ai lu qui en parle, parce que je lis beaucoup de livres là-dessus, mais c'est le seul qui en parle. Et il explique que quand t'es formaté à avoir que de la neige pendant un mois ou que du sable et tout, ton cerveau va être
- Speaker #1
t'as moins de distractions.
- Speaker #0
Et en fait, ton cerveau il se formate à ça, et quand tu reviens, t'as toutes ces formes, toutes ces couleurs, toutes ces odeurs, tous ces bruits qui te submergent, et du coup ton cerveau il est en PLS. Et tu comprends rien, et il te faut un sas. Et d'où le fait quand tu as dit que moi mon sas c'était d'écrire un livre. Donc je me suis mis dans mon coin pendant un mois, j'ai écrit un livre, un peu tous les jours, et ça m'a permis de... de revenir en douceur et toujours d'être plongé mentalement dans le désert. Ça m'a vachement aidé.
- Speaker #1
Effectivement, ce livre a l'air passionnant. C'est l'école des explorateurs d'Alban Michon qui parle de cette surcharge de stimuli que tu nous expliquais un petit peu plus tôt. C'est une véritable agression neurologique et ça transforme littéralement le cerveau. Et même, tu vois, quand tu nous racontes ça, je me dis... peut-être que les auditeurs et auditrices se retrouveront avec juste un simple voyage. Par exemple, j'étais à New York pour le travail il y a quelques semaines. Ce n'était qu'une semaine. Je suis rentrée, mais je me sentais tellement déprimée à me dire, c'est ça ma vie ?
- Speaker #0
C'est pour ça que c'est trop important de savoir trouver l'aventure partout. La micro-aventure, j'appelle ça. En gros, moi récemment, je suis sur Nice. J'ai découvert des endroits sur le liste que je ne connaissais pas. Quand tu te forces un petit peu à partir à l'aventure, à changer de chemin, à te dire « Ok, je vais faire ça parce que je n'ai jamais fait ça » , pour moi, c'est des micro-aventures. Ça te permet de vivre des choses au quotidien qui te changent de l'ordinaire. Pourquoi prendre toujours la même nourriture alors que tu peux partir à droite, faire des soirées à l'improviste, où il n'y a rien de prévu, et des micro-aventures, même chez soi.
- Speaker #1
Et ça, je te remercie à nouveau parce que c'était un des messages que tu avais fait passer aussi pour le premier épisode qu'on avait fait ensemble, que l'aventure, ça pouvait être aller se balader dans un parc près de chez nous, se lancer dans juste une course ou juste une randonnée. Et j'ai beaucoup d'auditeurs qui m'avaient remercié pour ce message que tu avais fait passer, que ça les avait boostés à faire plus de micro-aventures. Et même moi, tu vois, j'essaie de me rappeler plus souvent. Donc merci beaucoup pour ça.
- Speaker #0
C'est trop important. Un exemple, l'autre fois, je suis parti courir 15 bornes avec mon chat à 23h. Un truc que je me suis dit, pourquoi ? Du coup, je fais des boucles. Une boucle de 7 km.
- Speaker #1
Et en général, je m'arrête là. Et là, je me suis dit, vas-y, je repars. Une deuxième boucle. Et ensuite, au milieu, il y avait un bar.
- Speaker #0
Et je me suis dit, dans ma vie, je n'ai jamais bu une bière tout seul. Et je me suis dit, je m'installe au bar. Je me fais mon petit ravito, une petite bière tout seul. Et voilà. Et j'ai kiffé parce que c'est un truc que je n'avais jamais fait. Et c'est sympa. Il faut sortir de sa zone de confort même chez soi.
- Speaker #1
Exactement. Pas forcément à partir à l'autre bout du désert. Et pour terminer sur ce voyage intérieur, si je peux lire un extrait de ton livre pour conclure. Où justement tu parles de ce retour, tu dis « Pourtant, même avec ce nouvel ancrage, donc par rapport à ta fille, le choc du retour se manifeste bel et bien dès ma descente de l'avion. J'ai essayé de mettre des mots sur ce que j'étais partie chercher dans le désert, dépassement de soie, silence, besoin de vide, mais si je suis honnête, je n'en sais rien au fond. J'ai foutu le camp. J'ai laissé Océane gérer toute seule notre famille et j'ai manqué un mois de la vie de notre fille pour aller crever de chaud dans le Sahara avec trois potes à tirer des chariots et à réparer des roues avec des bouts de ficelle. Pourquoi ? Peut-être parce que j'ai besoin de me faire du mal. Seulement, le désert ne soigne pas. Il te dépouille, il t'use, il t'oblige à te regarder en face. Tu veux continuer ? Alors marche. Tu as mal ? Marche. Tu es fatigué ? Marche. Et si tu n'as plus rien à prouver, marche quand même, parce que c'est trop tard pour reculer. J'ai parfois le sentiment que l'aventure, c'est un mot qu'on pose sur les décisions qu'on n'arrive pas à justifier. Et un petit peu plus loin, tu termines en disant Je suis un mec un peu paumé qui s'invente des épreuves pour ne pas s'effondrer. Un mec qui a besoin de silence pour entendre quelque chose à l'intérieur. Et j'ai adoré cet extrait parce que je trouve que ça récapitule un petit peu tous les messages que tu essayais de nous faire passer. Je ne sais pas si tu en as encore des messages, mais si tu voulais que l'audience retienne un seul message de ton épisode aujourd'hui.
- Speaker #0
Vivre. Voilà. Il faut vivre. il faut découvrir des choses, il faut être curieux il faut se dépasser, il faut créer des choses, il faut être ouvert pour rencontrer des gens il faut dire oui, il faut dire oui ça c'est trop important de dire oui, si on te propose un truc que t'as jamais fait, tu dis oui, au pire t'aimeras pas,
- Speaker #1
et au mieux t'aimeras pas mais si tu le fais pas,
- Speaker #0
tu sauras pas et moi c'est un peu ma mentalité en ce moment c'est que je dis oui à tout, j'ai dit oui à tout tu vois, récemment Avec des potes, on a créé un club de running. Alors que là-bas, je ne cours pas trop. Je suis parti, j'ai fait des soirées improbables. J'ai dit oui. Et en fait, le fait de dire oui, ça t'ouvre tellement de portes. Et ça nous vend des portes qu'on se découvre.
- Speaker #1
C'est parfait. Merci pour cette belle conclusion. Et hâte de découvrir peut-être une prochaine aventure. Parce qu'à mon avis, tu ne vas pas t'arrêter là, n'est-ce pas ?
- Speaker #0
Non, t'inquiète pas, on est motivés pour continuer.
- Speaker #1
Parfait. Mais écoute, je mettrai la référence de ton livre, 4 allumés dans le Sahara, aux éditions du Trésor. Je remettrai aussi le lien du premier épisode qu'on avait fait sur le Svalbard. Et j'ai envie de dire, jamais 203. Donc, à bientôt.
- Speaker #0
Merci, Témi, encore pour l'invitation.
- Speaker #1
Je t'en prie,
- Speaker #0
à bientôt.
- Speaker #1
Merci à vous. Merci pour votre écoute. J'espère que cet épisode vous a plu, qu'il vous a permis de vous évader et de vous ressourcer. J'ai besoin de vous pour que l'aventure Good Visa continue. Vous pouvez vous abonner sur votre plateforme préférée afin de suivre les nouveaux épisodes. Si ce n'est pas déjà fait, vous pouvez laisser 5 étoiles et un avis, et même en parler autour de vous. Il y a aussi le compte Instagram Good Visa Podcast, tout attaché, que vous pouvez suivre où je poste régulièrement des photos et des vidéos pour illustrer les épisodes. Ça me touche énormément quand je reçois vos retours, alors vraiment n'hésitez pas à me faire un mot. Merci à vous, à bientôt !