- Mathilde
Bonjour et bienvenue sur Grandosmose, le podcast qui t'invite à aller vers une communication plus slow et plus alignée. Je suis Mathilde, fondatrice d'Atmosphère, et j'ai eu la chance d'accompagner depuis 2018 plus de 50 entrepreneurs humanistes sur la communication de leurs projets de cœur. Ma mission... les guider pour qu'ils puissent oser communiquer à leur façon et à leur rythme et pouvoir enfin faire résonner leur message avec clarté et faire mouche auprès de leur communauté. L'idée de ce podcast, c'est de pouvoir semer des graines de réflexion et d'action dans ton quotidien pour que tu puisses aller en direction d'une communication qui te ressemble. Graines d'osmose s'adresse donc à tous les entrepreneurs humanistes qui ont à cœur de communiquer avec eux. sans se dénaturer, avec une stratégie alignée qui les inspire et qui les porte au quotidien. Pour cette première saison, tu vas pouvoir retrouver selon les épisodes, des capsules conseils enregistrées en solo, des capsules expériences partagées avec mes clients et enfin des capsules interviews aux côtés d'invités inspirants. Alors installe-toi confortablement et savoure l'épisode du jour. Bonne écoute ! Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode. Aujourd'hui, je suis en compagnie d'Emmanuel de Maillard. Salut Emmanuel. Salut. Merci en tout cas à toi d'avoir répondu présent pour cet épisode. Ensemble, moi j'avais envie en tout cas, la fois où on s'est rencontrés, de pouvoir aller explorer un sujet qui peut paraître peut-être un peu à contre-courant de notre société aujourd'hui. J'ai nommé le silence. Ensemble, aujourd'hui en tout cas, on va aller explorer ce sujet qui est le tien aujourd'hui pour voir un petit peu comment on peut en faire un... une ressource ou un allié dans notre quotidien, d'autant plus dans la sphère entrepreneuriale. Mais du coup, avant qu'on rentre dans le vif du sujet, je te propose de t'adresser aux personnes qui nous écoutent pour te présenter en quelques mots.
- Emmanuel
Alors, je suis papa de trois enfants, trois jeunes filles. Je suis originaire de Bordeaux. Plusieurs casquettes dans mon activité. Une qui est de travailler à Décathlon et pour accompagner les dirigeants. Une autre en tant qu'entrepreneur où je crée des séminaires autour du silence et pas en silence. Et également, une autre activité où j'accompagne des dirigeants qui veulent être pionniers au service des générations futures. Ça, c'est le côté professionnel. Et puis, un engagement assez fort en tant que bénévole en soins palliatifs également. Et puis, en tant que bon décathlonien sportif, beaucoup de courses à pied. Et puis, passionné d'Amérique latine pour terminer avec notamment les danses latines également.
- Mathilde
Génial, trop bien. Écoute, on va voir pour explorer en tout cas. Nous, on va détricoter en tout cas aujourd'hui le silence, mais il y aura peut-être... des effets rebonds par rapport à ce que tu viens de nous partager. Tu as insisté dessus et je pense que la nuance, elle est importante sur des retraites et des événements autour du silence et pas en silence. Est-ce que déjà, tu pourrais revenir pour nous sur comment le silence est entré dans ta vie ?
- Emmanuel
Oui, c'est une bonne question. Si je remonte aux origines, c'était après une expatriation à Madagascar. On avait passé deux ans et demi. Et Madagascar, qui est un pays assez bruyant, en tout cas la capitale, Antananarivo. et j'avais senti le besoin de faire un petit temps de pause parce que j'étais à un moment en charnière de ma carrière, besoin de me reposer à la question de mon orientation, ce à quoi j'avais envie de contribuer. Et là, j'ai pris une première retraite de silence où je suis parti dans un cadre, un joli cadre, puisque c'était à la montagne dans les Alpes et j'ai fait une semaine de retraite en silence qui était une retraite plus spirituelle. Donc, il y avait des moments où des personnes parlaient. Par contre, moi, j'étais en silence pendant toute cette semaine. Du coup, je crois que c'était mon premier lien avec le silence. En tout cas, j'ai pris conscience. des bienfaits du silence. Et puis après, il y a eu plein d'autres occasions. Et je crois que notamment dans mon accompagnement à l'hôpital, j'ai souvent l'occasion de vivre du silence. Donc ça a continué de me questionner, de me travailler sur mon lien au silence. Et notamment quand je rentre dans les chambres des patients, il est assez fréquent d'avoir des personnes qui soit ne peuvent pas parler, soit mettent beaucoup de temps avant de parler. Et donc je me retrouvais face à des grands silences. Je crois que ça a continué de me faire travailler depuis plusieurs années sur mon lien au silence.
- Mathilde
Trop bien. Donc finalement, c'est parti d'une exploration personnelle. où à un moment, clé de ta vie, tu as ressenti cet élan, en tout cas d'expérimenter. Et de fil en aiguille, c'est venu par rebond et par ricochet créer un fil conducteur. Et si finalement on recoupe aujourd'hui et on reconnecte avec l'intention professionnelle, avec justement les retraites que tu organises, pourquoi aujourd'hui tu sens l'importance et l'enjeu d'en faire un sujet central ?
- Emmanuel
Je sens l'importance parce que le monde n'a jamais été aussi bruyant. depuis je crois le début de l'ère industrielle le niveau sonore n'a cessé d'augmenter et continue d'augmenter on peut dire de façon assez corrélée à la production d'énergie pourrait faire un lien assez direct je relisais tout à l'heure que même dans les mers l'intensité sonore avait augmenté de 10 décibels en un demi-siècle devenue une discothèque géante pour les poissons. Et du coup, je voyais bien qu'il y avait un vrai sujet autour de ce mot-là, du silence, qu'on va définir un peu après de quoi on parle. Mais il y avait un vrai sujet et surtout un vrai besoin de réouvrir des espaces de silence. Et notamment partant du constat que c'est quand même un gêne et un désagrément pour beaucoup de personnes, le bruit, et que du coup, le silence a énormément de bienfaits. Et là, je parle des bienfaits, mais évidemment, il y a aussi des côtés négatifs au silence. Donc j'aime bien aussi le définir au départ. mais quand c'est des silences subis quand c'est lié au fait que je n'ai pas les mots pour exprimer ce que j'ai envie d'exprimer, là on est dans des silences qui sont des silences qui ne sont pas féconds, pas utiles et qui peuvent générer de la violence, qui peuvent générer d'autres choses mais moi je parle vraiment de ce silence qui est pour moi un silence utile, en tout cas pour moi et pour le monde.
- Mathilde
C'est bien que tu reviennes aussi à l'idée générale finalement du silence parce que en fait selon l'inconscient collectif, selon nos expériences aussi personnelles par exemple il y a des personnes, ça peut les effrayer le silence. Les gens qui ont peur des blancs, ce genre de choses, on sent qu'il y a peut-être une méconnaissance autour de cette notion-là. Du coup, avec tes propres mots, comme tu dis, tu aimes bien aussi définir cette notion parce qu'il peut avoir des bons, des moins bons contextes selon comment on l'utilise. Ce serait quoi ta propre définition ?
- Emmanuel
Moi, je suis de formation scientifique, donc j'aime bien me rattacher à la science. Et quand j'ai commencé à explorer le sujet, j'ai essayé de définir de quoi on parlait quand on parlait du silence. Et donc, je me suis rattaché déjà à ce que l'oreille humaine est capable d'entendre. Donc, l'oreille humaine, elle est capable d'entendre des fréquences de son entre 16 et 16 000 Hertz. En dessous et au-dessus, on n'entend pas. C'est ce qu'on appelle les infrasons et les ultrasons. Donc déjà, on n'entend qu'une partie de ce qui se passe dans le monde, parce que les animaux sont capables d'entendre certains autres sons. Par contre, notre corps, lui, il reçoit toutes les ondes. Il y avait notamment quelque chose d'assez intéressant, c'était dans les années 50 aux États-Unis. Il y avait des employés de supermarchés qui avaient des maux de tête assez fréquents. on ne savait pas d'où ça venait et on s'est rendu compte que c'était des infrasons inaudibles à l'oreille humaine qui généraient ces problèmes de santé. Donc on reçoit toutes les ondes, en tout cas notre corps reçoit toutes les ondes. Il y en a certaines qu'on entend, d'autres non, par contre ça nous impacte. Donc déjà on pourrait dire que le silence c'est peut-être quand il n'y a pas de son, mais est-ce que c'est possible ? Non, parce qu'il y a toujours des sons et des vibrations qui sont là autour de nous. Il y a des chambres acoustiques qui permettent d'aller essayer de simuler une expérience sans son et sans bruit. Le bruit, on l'associe à quelque chose de désagréable. Le son, c'est plus général encore. Et dans ces chambres-là, assez vite, les personnes qui rentrent commencent à entendre le son de l'oreille, du sang qui circule dans l'oreille, leur battement de cœur. Et donc finalement, même dans ces espaces créés pour avoir du silence, on a toujours du bruit. Donc moi, je me suis rattaché dans mes recherches à un chercheur que j'ai beaucoup aimé qui s'appelle Gordon Hampton. C'est un bioacousticien qui est né dans les années 50. Il a été surnommé le pisteur de son. Donc il a parcouru le monde pour aller écouter tous les sons du monde. Et lui, sa mission de vie, c'est de sauver le silence. Donc, il a vécu une surdité quand il était jeune, pendant 18 mois, je crois. Et du coup, lui, il essaie de préserver des espaces de silence. Et moi, j'aime bien sa définition du silence, en tout cas. Et c'est peut-être une de celles que je préfère, qui est de se dire que le silence, c'est je vais dans un lieu, j'enregistre tous les sons. Et si pendant 15 minutes en journée, je n'ai aucun bruit issu de l'activité humaine, alors je considère que c'est une zone de silence. Et selon lui, il n'y en a plus qu'une cinquantaine dans le monde. Donc, il n'y a quasiment plus d'espaces de silence. et dans 10 ans on peut faire selon lui, il n'y aura plus d'espace de silence. Donc ça, c'est peut-être le silence extérieur. Et puis après, il y a aussi le silence intérieur. C'est quelle place j'arrive à laisser à l'intérieur de moi pour laisser émerger des nouvelles choses ou est-ce que je suis rempli sans arrêt de bruit intérieur et il n'y a aucune place pour le nouveau, pour la création, mais pour autre chose.
- Mathilde
Ok. Alors c'est trop bien parce que tu nous amènes les deux visions, aussi bien la vision scientifique, les chiffres, cette vision aussi liée finalement à la nature et à l'environnement autour de nous, aussi bien la version finalement avec cette définition qui est très concrète. En fait, là, c'est limite une définition exemple. C'est, voilà, si vous vivez ça, dans cette situation-là, vous êtes dans la cinquantaine de moments de silence qui restent encore. Et puis, tu as raison de le souligner aussi. Il y a cette notion aussi de silence intérieur. Et je pense que ça, on peut se retrouver plus dans... Je connais à l'intérieur de moi le brouhaha intérieur. Justement, ça me fait rebondir sur là, on vient d'explorer ce qu'est le silence. Et du coup, comme tu disais, qu'il y a aussi des aspects, finalement, où le silence peut amener du bien, du moins bon, selon les contextes. Pour toi, en tout cas dans ta vision à toi, qu'est-ce que n'est pas le silence ?
- Emmanuel
Pour moi, ce que n'est pas le silence, c'est tout simplement le bruit. Le bruit, le brouhaha, la confusion. En tout cas, moi dans mon monde, le silence, il est créateur. En tout cas, quand je l'expérimente. Et donc pour moi, le contraire du silence, c'est la confusion. C'est le bruit ambiant, en fait, dans toutes ses dimensions. Ça peut être le bruit au premier niveau, tout ce que j'entends. Mais c'est aussi la surinformation, l'ultra-connexion. C'est tous les bruits qui m'arrivent autour de moi. Et récemment, je me disais que plus il y a de bruit à l'extérieur, plus potentiellement ça me remplit. Et moi, j'ai d'espace aussi pour un espace de silence et pour un espace de nouveau.
- Mathilde
Et que finalement, en fait, on est nourri par l'extérieur d'éléments, mais sans forcément prendre le temps de choisir aussi, de dire là, je choisis en tout cas d'être nourri par tel élément et pas simplement les bruits environnants. C'est intéressant parce qu'en fait, dans qu'est-ce que n'est pas le silence ? Tu vois, on vient mettre finalement, c'est le brouhaha, c'est la confusion, etc. Donc, si on refait le parallèle... Grâce à quoi le silence peut nous permettre d'atteindre ? J'entends, tu vois, le silence est créateur. Toi, si on revient aussi à ta propre expérience du silence, puisque maintenant tu as quand même un regard, un recul autour de ça, c'est quoi un petit peu les bénéfices que tu constates au quotidien depuis que tu l'as progressivement mis en place ?
- Emmanuel
Ce qui est intéressant, c'est que... Il y a des bénéfices que j'ai expérimentés, et puis il y a des bénéfices maintenant qui sont aussi prouvés par la science. Et donc j'arrive assez rapidement à faire un lien entre les deux. Alors, il y a des bénéfices qui sont prouvés par la science que je ne peux pas aller vérifier. Par exemple, il a été prouvé que le silence permet de stimuler la neurogenèse, et donc la création de neurones dans le cerveau. Donc un certain temps de silence par jour permet de stimuler la neurogenèse. Il est également prouvé que le silence génère de l'apaisement, du calme, réduit la production de cortisol. Et donc... Moi, personnellement, quand je l'expérimente, il y a surtout un retour au calme intérieur, calmer un petit peu la dispersion que je peux avoir et les multiples sollicitations du monde. Alors avec une vie de famille, trois enfants, un travail, un entrepreneuriat, le côté associatif, vous imaginez l'intensité de la vie, comme tout le monde, je suis pris dans le flux et le tumulte. Et en même temps, je vois que chaque fois que j'arrive à mettre un petit espace de silence, je retrouve un espace de clarté, je retrouve un espace de calme et de paix intérieur. Et ça, pour moi, c'est très, très précieux. Et il y a des moments de ma vie où j'arrive à en avoir et des moments où j'en ai moins. Et je me retrouve emporté de nouveau dans le flux. Mais quand j'arrive à remettre des petits espaces de silence dans ma journée, je vois le gain et la clarté que ça me donne. Et ça, c'est pour moi quelque chose de très puissant.
- Mathilde
Donc, on se parle de clarté, effectivement, de paix intérieure, de calme. Si on revient sur cette notion de créativité aussi, alors peut-être que ce soit toi qui l'ai expérimenté, les personnes qui ont suivi tes stages, en quoi justement ? Ce silence permet derrière d'être encore plus dans la création.
- Emmanuel
Alors ça, on retrouve pareil une notion scientifique d'abord. Donc j'aime bien amener moi à ce côté-là, côté rationnel qu'on peut mettre sur le silence. C'était un chercheur, je ne sais plus dans quelles années, qui mesurait l'activité cérébrale de personnes en activité et en inactivité et pour voir quelle était la partie qui était stimulée dans le cerveau. La conclusion de l'étude, et ce n'était pas prévu comme ça puisqu'il mesurait d'abord l'activité. Et puis il s'est rendu compte, comme il laissait la mesure pendant que les gens n'avaient plus de tâches à réaliser, Il s'est rendu compte à ce moment-là que d'autres parties du cerveau étaient stimulées. Et ça, c'est une partie du cerveau qu'on appelle le réseau par défaut, RPD. Et ce réseau par défaut, il s'active quand on est sur des tâches qui n'ont pas d'objectif. Soit quand on se laisse vagabonder et qu'on ne fait rien, et donc on rentre en silence notamment, soit quand on est sur des tâches qui n'ont pas de finalité ou pas d'objectif très précis. Et à ce moment-là, cette partie-là du cerveau qui s'active, c'est une partie du cerveau qui génère la créativité. Donc il va faire notamment... des liens entre différents concepts qu'on aura pu apprendre à des moments de notre vie. Et donc, tout d'un coup, là, je vais faire un lien entre la semaine dernière, j'avais une formation sur la prise de décision et la vulnérabilité. Aujourd'hui, j'ai revu un article sur le bruit. Et puis là, tout d'un coup, dans mon cerveau, parce qu'il y a une zone de silence et un espace, le cerveau et la zone s'activent. Et tout d'un coup, il y a des nouvelles connexions qui se créent. Il y a quelque chose de nouveau qui émerge. Et donc là, très concrètement, c'est ma créativité qui se met en place. Et donc ça, c'est une des choses qu'on fait expérimenter. Alors, c'est dur de le faire expérimenter dans un atelier d'une heure en disant, ben là, pendant une heure, tu vas être super créatif. Mais concrètement, quand on ouvre ces espaces-là, on sait qu'il y a cette zone-là qui va être activée et donc, on va pouvoir stimuler notre créativité. Et ces moments-là sont nécessaires, en tant que manager, en tant que dirigeant, mais pour tout être humain, parce que c'est là que quelque chose de nouveau peut émerger. C'est là qu'on sort des routines, c'est là qu'on sort des cercles autour de nous-mêmes et c'est là où on peut créer quelque chose. Et je pense pour les entrepreneurs notamment, qui ont besoin de stimuler leur créativité, c'est un moyen très puissant. Et il y en a d'autres, le mouvement par exemple, qui est évidemment aussi très très puissant dans la stimulation de la créativité. Mais le silence est un moyen en tout cas que je recommande.
- Mathilde
Alors, ça me fait rebondir à ma propre expérience, parce que tu parlais de silence et aussi de mouvement. Effectivement, moi je vais avoir le réflexe d'aller marcher. Tu vois, quand je sens que je suis à court d'idées ou vraiment là je suis en train de m'embarquer. dans quelque chose où je tergiverse, j'arrive pas à aller au fond de l'idée, j'ai le réflexe assez naturel du mouvement. Mais effectivement, en fait, avec du recul, là où j'ai eu le plus d'éclairs de génie, ce que j'appelle les fulgurances, c'est quand je suis sous ma douche. Parce que, en fait, je reviens à un besoin primaire, me laver, enfin voilà, qui n'a plus rien à voir avec mon activité. Et en fait, limite en rigolant, je me suis dit, il faudrait que je me mette un carnet de notes sous la douche qui soit possible à utiliser avec l'eau. Tellement en fait, des idées me sont venues. Enfin, au-delà des idées, c'est même des solutions. De me dire, je le vois sous un autre prisme, sous un autre angle, alors que mon cerveau était incapable de le faire derrière mon écran, à mon bureau, de manière très classique finalement.
- Emmanuel
Ouais. On dit souvent, quand on est bloqué d'ailleurs devant une situation, il faut se lever, bouger, faire autre chose, parce que la créativité arrive à ce moment-là. Moi, notamment quand je pars courir, et on dit quand on va faire du sport, et pareil qu'on le fait sans objectif, parce que si je cours en me disant, il faut que je fasse 4 minutes au kilomètre pour atteindre mon objectif de temps au semi-marathon, à ce moment-là, mon cerveau va être concentré sur cette partie-là. Par contre, si je vais courir, loisir, sans objectif que le bien-être, à ce moment-là... Là, j'ai le double effet. J'ai le mouvement plus un espace qui s'active dans le cerveau. Et on va dire que là, c'est le double effet qui se coule, c'est la double créativité. Moi, quand je vais courir, ça m'arrive de m'arrêter toutes les 10 minutes pour noter des idées, des concepts, des choses nouvelles que j'ai envie de faire, une idée de séminaire, une idée d'apport que j'ai envie de faire dans mes prochaines interventions. Donc, je vois l'effet sur la créativité ultra puissant.
- Mathilde
Et ça, tu vois, moi, j'aime bien parler d'hygiène entrepreneuriale. et je trouve que de mettre en place des sortes de routines, mais finalement des routines de... prendre soin de soi, effectivement plus que ce que tu disais en disant je vais courir parce qu'il y a un objectif derrière de performance, de temps et autres, de simplement se dire bah je coupe en fait pour moi c'est une routine aussi de se dire je coupe et finalement en fait c'est un cercle vertueux parce que ça peut amener derrière si tu coupes aller le vendredi soir, que t'as un temps pour toi des temps off etc, le lundi revenir avec des idées qui finalement ont un peu gravité en off de manière continue et je trouve que cette hygiène là, enfin on parle d'hygiène tu vois, de vie à plein d'autres niveaux Mais je trouve que dans le management, dans l'entrepreneuriat, avec des responsabilités, des équipes à gérer, etc., c'est aussi une façon finalement de prendre soin de son boulot et de ses relations autour. Je ne sais pas ce que tu en penses, en tout cas sur cette notion et ce mot, pour voir comment toi tu l'expérimentes aussi dans ton quotidien. Là, on a parlé sur la créativité, mais peut-être que tu as aussi d'autres pratiques que tu mets en place.
- Emmanuel
Moi, j'aime bien cette notion. Alors, tu parles d'hygiène. Moi, j'aime bien cette notion d'hygiène. J'aime aussi le mot de discipline que j'ai utilisé la semaine dernière sur un séminaire que j'animais. Je trouve que la discipline, elle a des vertus. Et de créer des espaces, il n'y a pas besoin de mettre deux heures, en fait, et ça, c'est une croyance. Créer des petits espaces de silence, des espaces de rien. En fait, c'est des espaces pleins, ces espaces de rien. Et il ne faut pas sous-estimer, en fait, l'impact que ça peut générer. C'est scientifique, ce n'est pas moi qui vous le dis, c'est scientifique. Et donc, moi, je trouve que ça m'a apporté une caution et ça m'a confirmé dans cette idée de la discipline. Et donc, moi, je me fais régulièrement des petits temps. Il y a des fois des périodes où j'en fais moins parce que, comme tout le monde, je zappe et je suis sur autre chose. Mais je vois les bénéfices quand j'arrive à inclure des micro-coupures dans ma journée. Donc ça, c'est une partie de ma discipline. En plus, évidemment, d'avoir des temps plus longs parce que moi, je vois bien le double besoin. D'une part, c'est mon quotidien. Ça, c'est mon hygiène, c'est ma discipline, c'est essentiel. Mais également, ce que j'ai aussi inscrit maintenant comme une routine, c'est d'avoir au moins deux fois par an, je coupe pendant trois jours. Silence, je coupe tout, téléphone. Et là, je fais un temps avec moi-même, en silence. Et ça aussi, je vois les bienfaits, parce que là, on laisse reposer beaucoup plus en profondeur le tumulte de la vie, toutes les obligations. Et là, on peut ouvrir aussi des nouveaux espaces. Mais là, on touche quelque chose d'un peu plus profond. Et il faut un peu plus de temps. Ça me rappelle une personne que j'aime beaucoup qui accompagne la Maison des Leaders au Canada, Rémi Tremblay. Il a écrit un bouquin qui s'appelle, je crois que c'est « J'ai perdu ma montre au fond du lac » . Il explique que quand on perd sa montre au fond du lac, En fait, on va aller secouer avec sa main, on va aller chercher au fond, et plus on secoue, plus ça remue le sable et moins on voit quelque chose. Et du coup, pour moi, cette notion de silence, c'est quand on arrive à... En tout cas, quand je fais quelques jours, deux jours ou trois jours, à ce moment-là, il y a tout qui s'apaise. Et là, je gagne en clarté décisionnelle, je gagne en clarté sur mes projets, je gagne en clarté sur les actions très concrètes que je dois mener à court terme. Donc c'est vraiment, pour moi, le gain, c'est la clarté.
- Mathilde
Ouais, cette clarté-là, je ne peux que moi plus soigner ce que tu dis, étant dans l'accompagnement stratégique. Et en étant vecteur de clarté, c'est aussi pour ça que je trouvais hyper pertinent que tu sois au micro aujourd'hui, parce que finalement, il y a des recoupes qui se font. Il y a plein de pratiques aujourd'hui dans lesquelles on peut se retrouver et trouver de la clarté, etc. Je trouve que le silence aujourd'hui, on ne l'entend pas assez. C'est cocasse de dire ça, le silence, on ne l'entend pas assez. Mais c'est aussi, tu vois, pour revenir sur cette nuance dont tu parlais tout à l'heure, d'être en silence plutôt que de faire des retraites autour du silence. Et donc là, j'ai envie qu'on aille embrayer un peu plus, tu vois, l'enjeu que peuvent se jouer en tout cas ces sujets-là pour des dirigeants, des entrepreneurs, des managers. C'est finalement le fait d'échanger et de vivre ces moments autour du silence en quoi tu vois la différence avec être en silence, tu vois, là où la nuance vous l'amenez.
- Emmanuel
En fait, le point de départ pour moi et pourquoi c'est essentiel de s'offrir ces espaces-là, il y a un penseur du temps que j'aime beaucoup qui s'appelle Hartmut Rosa, qui a écrit plusieurs livres plus ou moins accessibles, mais il y en a quelques-uns qui sont plus simples que d'autres. Et il y en a un notamment qui s'appelle L'Accélération. Et donc, il explique le phénomène de notre époque, l'accélération. Il y a une image que j'aime beaucoup, c'est, il prend l'image d'un escalator. Il y a un escalator en train de descendre et moi, je suis en train de monter. Si je m'arrête, je pars en arrière. tout simplement. Et donc, je suis obligé d'être sans arrêt dans l'action, sans arrêt plus, plus vite et que ça continue d'accélérer. Et je pense qu'avec l'IA, avec toutes les nouvelles technologies, c'est pas prêt de s'arrêter. Et donc, plus ça s'accélère, plus il est vital. Et je dis vital parce qu'on augmente, on voit aussi augmenter les maladies mentales. Il y a plein de phénomènes qui sont là en tout cas inquiétants. Plus il est vital... de se créer ces espaces-là. En tant que dirigeant, il y a de la pression opérationnelle, il y a des collaborateurs à gérer, il y a de l'humain, il y a des projets, on nous attend sur des résultats. Et donc, plus l'attente est élevée, plus il est important de se prendre ces temps-là pour discerner, pour décider, pour orienter. Et donc, moi, vraiment, j'insiste sur cette hygiène dont on a parlé, du quotidien, mais pas que le quotidien. J'invite aussi, comme le faisaient les décideurs au Japon à l'époque, ils partaient deux mois, trois mois des fois dans l'année pour faire des espaces de silence. pour créer cet espace-là, parce que ça, c'est ce qui leur permettait ensuite de gagner en lucidité sur leurs décisions. Et plus je suis en responsabilité élevée, je me rappelle d'un dirigeant d'ailleurs qui a participé à notre première retraite en silence, l'ancien président de Decathlon, président de champ actuellement. Il nous disait, je prends peu de décisions, par contre, c'est des décisions qui impactent beaucoup. Et plus je monte en responsabilité, moins je prends de décisions, mais plus elles ont de l'impact. Et donc, encore plus, le discernement avant la prise des décisions va être important et essentiel. Et c'est là où le silence prend tout son sens.
- Mathilde
J'ai envie d'apporter peut-être une précision parce que tout à l'heure, je posais la question en vous et là, tu parlais en nous parce que du coup, ces retraites autour du silence, tu les animes en binôme. Peut-être faire une rapide recoupe finalement avec ton partenaire là-dessus et voir aussi vos complémentarités sur ces animations de retraite.
- Emmanuel
Dans la créativité, j'aime beaucoup travailler en binôme. J'ai proposé à Laurent Mott, qui lui est un animateur de... Il est coach, il accompagne des dirigeants, il anime des formations pour dirigeants. Il a une phrase importante pour lui, c'est relier la conscience et se mettre en action. Donc c'est vraiment ce qu'il accompagne. Il accompagne des différents groupes, la CEC sur le climat. Il accompagne également des marches du temps profond. Il fait du travail qui relie. Et il organisait également des journées en silence à Lille. Et lui a expérimenté de nombreuses retraites en silence depuis des années. Donc lui a expérimenté tous les bénéfices. et donc on s'est dit que... Je lui ai proposé de partir dans cette aventure parce que lui, il a l'expérience du silence et il animait déjà des temps en silence. Et moi, j'ai apporté également toute la caution technique au silence, le côté aussi rationnel que je voulais apporter dans ces séminaires-là pour en faire quelque chose de concret et opérationnel. Et donc est né ce projet et ces deux séminaires, je peux peut-être dire un petit mot sur les deux séminaires qu'on a créés. Un pour des dirigeants, membres de COMEX, membres de CODIR, dirigeants, actionnaires, où on travaille quatre dimensions du silence. Une qui est la qualité de présence. comment je suis plus présent à mes collaborateurs, comment je prends plus soin d'eux grâce au silence. Un deuxième qui est la prise de décision. Et donc, on leur propose de vivre une séquence de prise de décision et de discernement dans lequel on insiste, sur les étapes dans lesquelles le silence joue un rôle. On travaille sur la communication et comment le silence va être un puissant vecteur d'impact dans ma communication. Et enfin, dernier élément, on travaille sur la robustesse ou la performance. Je préfère le mot robustesse en lien avec les propos d'Olivier Hamon. mais la robustesse de mon organisation. Comment le silence ou le bruit sont des générateurs de performance ou de contre-performance dans mon organisation, à tous les niveaux. Ça peut être le premier niveau très simple, organisationnel, un open space. Est-ce que ça génère de la valeur ou pas de mettre des gens tous ensemble avec plein de bruit ? Ou alors ça peut être à des niveaux plus fins, comme les non-dits, la rétention d'informations, la sur-information. Comment tout ça, ça va impacter la performance et la robustesse de mon organisation ? Et donc on les invite à réfléchir sur ces sujets-là. Et donc ça, c'est vraiment le séminaire dirigeant. Et on a créé un autre séminaire pour des managers ou professionnels de l'accompagnement qui s'intitule le silence au service de la présence. Et là, on travaille vraiment la qualité de présence. Et donc, on y découvre à l'intérieur les neuf types de silence qui ont été conceptualisés par un des penseurs du silence, il y en a plein. Ils découvrent également l'histoire du silence, ils découvrent le lien entre le silence et la science. Et puis, ils expérimentent différents travails autour de l'écoute, autour de la présence, avec du corporel, des apports. qu'on parle parce que ce n'est pas un stage en silence. Donc, on parle de tout ça pour mieux comprendre comment chacun vit ce silence et comment ensemble on avance pour mieux le comprendre et mieux l'utiliser et avoir des outils très concrets qu'on peut appliquer ensuite dans notre quotidien.
- Mathilde
Oui, et c'est là où, pour moi, il y a ce côté précieux. C'est que, comme tu le dis, on parle autour du silence. Et donc, il y a des choses qu'on peut répliquer derrière à la fin de ce stage que vous proposez. Justement, dans... la communauté qui écoute aujourd'hui le podcast, on a pas mal d'accompagnants. Donc c'est là où je trouvais pertinent aussi qu'on puisse faire cet échange-là. Forcément, vous avez dû rencontrer des profils différents, que ce soit dans leur poste, leur métier indépendant versus manager, dirigeant, etc. Moi, j'ai aussi envie de creuser sur le profil, un peu la personnalité des personnes. Selon, tu vois, je prenais un exemple, une personne introvertie versus extravertie, est-ce qu'il y a des... pas des tendances, mais en tout cas vous, de comment vous avez pu percevoir, comment est reçu le silence versus quelqu'un qui est déjà créatif au départ, ou plutôt quelqu'un de plutôt stratégique. Peut-être qu'il y a des bénéfices clés qui ressortiront davantage pour une personne ou pour une autre. Est-ce que tu vois un petit peu des choses qui se dessinent selon les profils ?
- Emmanuel
Je n'ai pas encore le recul pour faire une analyse par profil. Par contre, c'était dans le dernier livre, c'était « Cerveau et psycho » sur le bruit. Il y en a également sur le silence, d'ailleurs. Ce qui était intéressant, c'est qu'en fonction, dans le rapport au bruit, notamment, l'aspect psychologique va jouer un grand rôle. Et donc, par exemple, des gens hypersensibles vont avoir peut-être un niveau de tolérance au bruit très faible par leur côté hypersensible. Mais également, ce qui était intéressant, c'est un article que je lisais tout à l'heure, c'est que le Le sens qu'on va donner au bruit va impacter notre perception. Alors, un exemple concret, j'ai un bruit d'hélicoptère qui passe régulièrement près de chez moi, d'ailleurs, là, près de l'île. Si je sais que cet hélicoptère est utilisé par l'hôpital pour ramener un blessé, je vais mieux le supporter que si c'est un hélicoptère utilisé pour du loisir et des gens qui vont se promener. Et donc, le sens qu'on va attribuer au bruit va impacter, ou au son, va impacter aussi la perception qu'on va en avoir. Donc, il y a une notion, en tout cas, psychologique importante. Je ne sais pas si on peut faire des liens par profil, mais évidemment, il y a des gens qui ont une appétence pour le silence plus fort au départ, et puis d'autres non.
- Mathilde
Mais comme le dit un grand penseur, si tu as besoin de méditer ou si tu as du temps pour méditer, médite 30 minutes par jour. Mais si tu n'as pas de temps pour méditer, alors médite une heure par jour. Donc peut-être que ceux qui en ont le moins le sentiment d'avoir le besoin, en tout cas, peut-être que c'est ceux qui en ont le plus besoin.
- Emmanuel
Oui, souvent, il y a ce côté de dire là où sont tes peurs, c'est derrière ces peurs-là que se cache ton plus grand besoin. Et c'est là que tu as besoin de creuser. Et justement, pour ces personnes qui vont peut-être être moins sensibilisées à l'intérêt du silence, Ça pourrait être quoi un petit peu tes recommandations en termes de premières pratiques accessibles sans tout de suite partir dans des moments plus longs pour que ça puisse devenir d'une exploration au départ et potentiellement de le mettre en application en pratique quotidienne ?
- Mathilde
Alors, on va dire le plus avancé, c'est les personnes pour moi qui vont faire un stage en silence. On peut dire que nos stages, c'est un bon démarrage parce qu'on parle. Donc, c'est assez confortable et la confrontation n'est pas trop difficile, je crois. Pour autant, déjà tester des petits temps de silence dans le quotidien. Je pense que ça, c'est très accessible, très simple. Ça peut être deux minutes de silence avant une réunion, avant de démarrer ma journée, en me levant le matin, petite métaux intérieur, comment je suis. Des choses très, très simples. Et des temps courts, c'est accessible. Et ça, je pense que c'est un premier démarrage et sentir ce que ça me fait. Qu'est-ce qui se passe quand je tente deux minutes de silence ? Ça, c'est à titre personnel, mais il peut y avoir également des pratiques dans le monde de l'entreprise. Il y en a une, par exemple, dont on parle dans le stage, c'était Jeff Bezos, il appelle ça le silent start pour démarrer ses meetings. Plutôt que de démarrer tout de suite en action, présentation, slide, au tableau, et puis on y va, c'est parti. Ils proposaient un démarrage en silence. Mais ce n'est pas que en silence, c'est un silence actif, puisque les personnes avaient tous les slides qui allaient être présentés. Et donc, pendant ce temps-là, je lis en silence les slides pour qu'ensuite, le temps de parole soit un temps de débat, de discussion, de questionnement. Mais j'ai eu ce temps pour intégrer. Et moi, cette pratique, je trouve ça brillant, cette idée-là. parce que quand on démarre une réunion Justement, en fonction des profils dont tu parlais juste avant, moi, je sais que je suis plus cérébral, j'ai besoin d'un peu de temps pour analyser. Si je suis en live, des fois, ça me vient après, en fait, mes questions, mes idées, les questions plus percutantes, confrontantes qui vont faire progresser le sujet. Et donc, je trouve que c'est un vrai plus de démarrer cette réunion en silence. Et donc, ça, c'est quelque chose qui peut être fait. On donne les documents, on prend 10 minutes pour les lire avant de démarrer les réunions. Ce n'est pas très coûteux. On va dire que l'expérience, on ne prend pas des grands risques en faisant ce type d'expérience. Ou alors, ne serait-ce qu'à expérimenter une minute de silence. avant de démarrer la réunion. Une minute de silence entre deux sujets, passer d'un sujet à un autre. Qu'est-ce que ça ferait de tenter ça ? Essayez, puis faites-vous vos convictions. Parce qu'encore une fois, c'est très personnel le rapport au silence. Et moi, je crois beaucoup à la preuve par l'expérience. Évidemment, il y a des théories, il y a de la science, il y a plein de choses. Mais pour autant, c'est vous et votre rapport au silence et ce que vous allez en faire qui va générer quelque chose ou pas.
- Emmanuel
Je me retrouve dans ce que tu dis. Moi, je suis aussi quelqu'un, même si je vais avoir une spontanéité assez facile dans le partage de mes propos. Mais je sais que je ne dirais pas la même chose sur l'instant, sur le vif, versus avec un temps d'intégration. Et c'est la façon aussi dont je travaille de laisser des temps de respiration et d'intégration pour permettre aussi finalement d'avoir une pensée construite, réfléchie, et où on a vraiment réussi à se sonder. Je trouve aussi le rapport à qu'est-ce qu'on ressent dans le corps, parce que le corps va renvoyer des signaux. Et donc cette minute de silence par exemple qu'on pourrait facilement mettre en application, Ça pourrait dire, ok, là, je viens d'entendre telle phrase. La personne avec qui j'étais en interaction vient de me dire ça. Dans mon corps, en prenant cette minute de silence, je me rends compte, peut-être, j'ai la gorge qui racle, comme si je n'avais pas exprimé tout ce que je voulais. J'ai une boule au ventre. Il peut avoir... En fait, ça revient. Alors là, ce n'est pas dans le mouvement, du fait de se mettre en mouvement à marcher ou autre, mais aussi, finalement, de revenir au corps. Et le silence nous permet aussi, finalement, de refaire ce lien avec ça.
- Mathilde
Oui, on peut dire que ça permet en tout cas, si je devais prendre une image qu'on utilise souvent dans le rapport au corps, c'est l'image du tableau de bord. Et c'est comme si le tableau de bord, en fait, j'avais qu'une vue partielle de ce tableau de bord. Le silence, pour moi, il va permettre de voir tout le compteur avec tous les indicateurs. Le silence, il va permettre d'aller toucher des signaux faibles. Et quand je raconte un peu des fois mes expériences de vie, je dis qu'il y a des années de ma vie où j'étais dans un TGV, ça allait vite. Mais je n'étais pas connecté à mes sensations. J'ai raté plein de choses. J'ai raté plein d'indicateurs. Et donc, juste intégrer. cette minute de silence, à ce moment-là, ça me permet d'aller sentir des signaux. Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose là qui est en train de se passer et que j'aurais envie d'utiliser ? Et le nombre de fois, je suis formé en coaching, donc j'ai accompagné pendant un certain temps des personnes, le nombre de fois où je leur disais, ils avaient un débit de parole élevé, ça parlait, ça parlait, et je leur disais, stop, juste prends un temps de silence et sens qu'est-ce qui se passe. Et cet espace-là a été un espace de création et de fécondité incroyable. Parce que les personnes se remettaient au contact de ce qui se passait pour eux, des ressentis, peut-être de colère, peut-être de tristesse, des émotions. Et donc là, on ouvre le tableau de bord. Et là, on en a la visibilité. Et donc, on peut se mettre en action et agir là où il faut agir.
- Emmanuel
Cette image du tableau de bord, elle est super intéressante parce que finalement, elle reste simple et de se dire que, effectivement, il n'y avait peut-être qu'une première vision d'un indicateur. Et en fait, si on revient à expérimenter le silence pour aller voir l'entièreté de notre personne, pas que le cérébral, pas que l'instant. d'interaction active tout de suite avec la personne et aussi en rapport avec ses sensations. Parce que tu disais ça, moi je parlais corps, mais t'as raison, c'est aussi les sensations qu'on peut avoir, je la trouve assez précieuse. Pour rebondir, donc ça c'est un échange qu'on avait eu en off, toi et moi, sur le fait que, par exemple à Decathlon, tu croises aussi beaucoup d'entrepreneurs, d'indépendants, et que pour toi, il y a aussi un rôle qui peut jouer dans comment on explore sa couleur, comment on se différencie, on trouve sa place sur son marché, tu vois... Moi, ce que j'intègre dans mes accompagnements sur la vision vraiment de son positionnement, de son ADN d'entreprise, justement, j'aimerais bien t'entendre sur le sujet par rapport à ce lien avec le silence.
- Mathilde
Oui, mon constat, depuis plusieurs années que je suis à mon compte et que j'accompagne et que je travaille avec des entrepreneurs, des indépendants, je me rends compte que sur le marché, il y a plein de gens brillants, formés de très bon niveau, qui ont fait un travail sur eux, qui sont compétents. Et ça, il y en a plein. Et je vois que c'est dur. C'est dur en ce moment encore plus. Je suis très sensible en ce moment à ce que vivent beaucoup d'entrepreneurs avec un marché qui se tend, des contrats qui s'annulent, en tout cas, moi dans ceux que je côtoie. mais j'en vois quelques-uns qui marchent au milieu de tout ça en fait. Il y en a quand même quelques-uns qui continuent. Et donc j'ai essayé d'analyser et de me dire qu'est-ce qui fait que certains fonctionnent et que d'autres ont des difficultés. Alors évidemment, il y a plein de paramètres et mon analyse, elle vaut ce qu'elle vaut. Mais quand on a une spécificité, quand on a une particularité, quand on a une thématique qu'on a creusée en profondeur, alors là, je trouve qu'il se passe quelque chose de vraiment intéressant. La semaine dernière, je faisais intervenir trois experts sur un séminaire pour Decathlon. On en a eu un sur la vulnérabilité. C'est un passionné, c'est son sujet de cœur. Il ne traite que de la vulnérabilité. Il est incroyable. Et du coup, ça fonctionne pour lui en fait. Donc, une invitation en tout cas. Et le silence est un bon moyen en tout cas d'aller prendre ce temps de sentir. C'est quoi l'axe que j'ai envie d'aller creuser ? Parce que dans cet axe-là, c'est là où je vais être excellent. C'est là où je vais performer. C'est mon axe de cœur. Ça n'empêche pas que je travaille sur d'autres sujets. Moi, il y a plein d'autres sujets qui me passionnent. J'ai travaillé sur le rapport au temps. J'ai travaillé sur la joie. J'ai travaillé sur le bien vieillir, sur le lien à la mort. C'est d'autres sujets qui me passionnent. Mais pour autant... Mon parti pris, c'est de dire que le silence, c'est l'axe sur lequel j'ai envie de me concentrer. Parce qu'il y a moins de monde, c'est l'océan bleu, c'est un océan dans lequel je vais passer peut-être plus de temps à animer des séminaires qu'à faire du commerce. Et moi, ce que j'aime, c'est animer des séminaires. Et donc, je pense que dans la réflexion, en tout cas pour les entrepreneurs et les indépendants, c'est de dire vraiment ma singularité. Comment je l'identifie d'abord, si je ne l'ai pas bien identifié ? Comment je la cultive ? Et puis ensuite... pour faire le lien avec ce que tu fais Mathilde, c'est quand je communique dessus. Parce que c'est bien d'avoir clarifié ce qu'on a envie de faire, mais la communication maintenant, elle est essentielle pour se faire connaître et pour décrocher ensuite de l'activité concrètement, des contrats et du business. Donc voilà, ça fait le lien aussi, je crois, avec ce que tu proposes.
- Emmanuel
Oui, et je te remercie de tenir ces propos ici parce que c'est quelque chose auquel... Batailler, ce n'est pas le terme, mais en tout cas, dans lequel j'avance, de partager justement cette singularité et d'en être fière déjà, d'en prendre confiance, mais aussi de se dire que ça fait la personne que l'on est et qu'aujourd'hui, on peut attirer à soi des personnes qui nous choisissent, en tout cas, pour être à nos côtés, pour les accompagner, en tout cas, par rapport à notre domaine d'expertise. Et c'est précieux. Et la fois dernière, je l'ai noté, cette petite phrase, je l'avais entendue sous d'autres tournures, mais tu m'avais dit, effectivement, quand on est touche à tout, on est bon à rien, entre guillemets. et je trouve qu'elle rentre dans le cerveau mais plus dans l'esprit. Bien sûr, on peut être amené à être multifacette dans la curiosité et de pouvoir adorer, apprécier, avoir plein de sujets différents qui nous nourrissent aussi nous, qui évitent de tomber dans de l'ennui ou autre. Mais effectivement, d'avoir ce sujet de prédilection qui est finalement la colonne vertébrale de notre mission, en tout cas en tant qu'entrepreneur, elle est précieuse derrière pour la robustesse de l'entreprise, la durabilité. et la connexion que ça peut créer aussi dans son écosystème.
- Mathilde
J'invite même moi, en tout cas, et moi, c'est un travail que j'avais fait, d'ailleurs, après Madagascar, c'est le moment où j'ai fait ma retraite en silence. J'ai aussi pu accéder à ce moment-là à des séminaires qui m'ont vraiment aidé à poser des mots sur mon sens, ma raison d'être. Donc, ça, c'est peut-être des choses un peu plus profondes, mais ça rejoint mon axe. Mais derrière l'axe, il y a encore un truc un tout petit peu plus profond, c'est aller me questionner sur... C'est quoi mon sens ? À quoi j'ai envie de contribuer profondément dans ce monde ? C'est quoi la valeur que j'ai envie de créer pour ce monde ? Moi, je suis sensible à l'état du monde, à ce qui se passe en ce moment, à l'accélération dont je vous parlais, à l'épuisement des ressources. À quoi j'ai envie de contribuer pour moi, pour mes enfants, pour le monde ? C'est quoi le sens que je donne à ça ? Et ça, pour moi, c'est le premier point avant de le rendre encore plus concret et dans une activité opérationnelle business, parce qu'il faut être concret également. Mais avant ça, moi, c'est vraiment ce questionnement-là que j'invite à travailler.
- Emmanuel
Je pense que c'est un bon point de départ pour les personnes qui nous écoutent en guise d'exercice finalement ou en tout cas d'expérience à explorer du silence parce que là tu les fais repartir avec des questions clés, des questions précieuses. Merci en tout cas pour tous ces partages jusqu'ici mais du coup j'ai envie de te laisser la parole pour clôturer tout doucement cet épisode. Est-ce que par rapport à tout ce qu'on a partagé ici et j'ai adoré parce que... On a créé un ping-pong entre finalement des données, de la compréhension, du sens, des actions, des pratiques. Est-ce que toi, il y a quelque chose qui te tient à cœur de partager à la fin pour finalement donner le mot de la fin pour cet épisode ?
- Mathilde
Alors j'ai une petite chose rigolote qu'on m'a partagé récemment. J'avais invité l'ancien dirigeant de Clinitex pour participer à un séminaire. On est amené à parler du silence ensemble. Et donc on parle des open space. Et moi, je partage ma difficulté avec les open space que je ne trouve pas très efficace parce que beaucoup de bruit, beaucoup d'interruptions. Et donc, il m'a partagé une habitude qu'ils avaient mis en place chez Clinitex, que je trouve géniale. Chaque employé arrivant sur le plateau, puisqu'ils ont également un espace d'open space, on lui offrait une boîte à meux. Vous voyez la boîte à meux ? Quand on retourne, ça fait meux. Et donc, l'idée, elle est très simple. C'est que dès qu'il y a un niveau de bruit qui me dérange, et dès qu'il y a des personnes qui se mettent à parler... Je retourne la boîte et donc j'ai le mot qui se déclenche et les personnes comprennent automatiquement que ça parle un peu fort et qu'il faut bouger d'espace. Je trouve ça génial parce que c'est drôle, c'est simple et c'est efficace. Et ils avaient mis une deuxième pratique en place, pas drôle mais qui est efficace. C'était à partir du moment où j'ai un casque sur les oreilles, ça veut dire que je suis en moment de concentration, donc on ne vient pas me déranger. On ne vient même pas me dire bonjour le matin, je suis dans un moment où je souhaite de la concentration. Et donc on offre un casque à chaque employé. Et donc ça, je trouvais ça rigolo parce que c'est des moyens assez concrets, efficaces et fun. de prendre en compte cette notion du silence et qu'on connecte aussi au côté efficace d'une entreprise qui est demandée. Et donc, on en fait quelque chose aussi de concret.
- Emmanuel
Carrément. Et je trouve que finalement, c'est des moyens pour oser aussi dire dans le respect de soi et dans le respect de l'autre, bon, là, c'est un peu trop. Ou alors, bon, là, j'ai besoin de temps pour moi. Et c'est une autre manière de le faire que de le dire de manière frontale. Donc, merci en tout cas pour ces petites anecdotes. assez chouette à partager à l'oral. Écoute, j'ai été ravie. Je pense que moi-même, j'ai beaucoup appris, en tout cas par rapport à toutes les références et choses que tu nous as partagées ici. Je mettrai les liens dans la description de l'épisode pour te retrouver, pour les personnes qui veulent découvrir un petit peu comment se déroulent des stages autour du silence avec vous deux. Et puis, écoute, je te remercie, Emmanuel, et j'ai envie de te poser la question. Qu'est-ce que je peux te souhaiter pour l'année 2026 ? Parce que du coup, on est un peu dans le sujet en janvier.
- Mathilde
Tu peux me souhaiter des magnifiques temps de silence et des beaux accompagnements.
- Emmanuel
Eh bien, on va garder pour partager aussi et souhaiter aux personnes qui nous écoutent des magnifiques temps de silence à vous. Merci en tout cas de nous avoir écoutés jusqu'ici et on se retrouve pour le prochain épisode. À bientôt.
- Mathilde
Au revoir.
- Emmanuel
Merci à toi d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout. Si tu penses que celui-ci peut résonner pour quelqu'un d'autre, n'hésite pas à le partager et à diffuser graines d'osmose autour de toi. Aussi, dans la description de cet épisode, tu retrouveras les liens utiles pour retrouver mon invité du jour si son partage a résonné en toi, télécharger le guide de la slow communication si tu veux approfondir le sujet en autonomie, ou bien réserver une séance diagnostique gratuite avec moi. si tu ressens le besoin de faire un point personnalisé sur ta communication et voir quel prochain pas se profile pour toi. Pour ma part, je ne m'impose pas de rythme de diffusion, alors le meilleur moyen d'être notifié des prochains épisodes, c'est de t'abonner au podcast sur ta plateforme d'écoute préférée. Et bien sûr, si tu souhaites me soutenir, tu connais peut-être la chanson, il te suffit de me laisser un commentaire ou une note sur Apple Podcast. D'ici là, je te dis à très vite pour d'autres épisodes en direction d'une communication florissante.