Speaker #0Bienvenue sur Ausha Science, le podcast. Je suis Valentine Filleul, docteur en psychologie sociale et médiatrice scientifique. Ici, on explore les relations que nous entretenons avec les autres animaux. Des liens qu'il nous appartient de décrypter, afin de dessiner les contours d'un monde plus harmonieux, où chaque être vivant est traité avec égard et bienveillance. Bonne écoute ! Dans cette deuxième partie de l'épisode sur le syndrome de Noé, on va aborder cette fois-ci la prise en charge du syndrome, à la fois sur le plan juridique et médical. Et on va commencer tout de suite par le plan juridique. Dans le cadre du syndrome de Noé, comment agir ? Est-ce qu'il faut punir les accumulateurs, les menacer d'actions en justice ? Est-ce qu'on peut poursuivre et condamner quelqu'un qui a un trouble reconnu, tel que le syndrome de Noé ? Donc déjà, si jamais vous constatez par exemple un cas qui vous fait penser à un trouble d'accumulation d'animaux, vers qui pouvez-vous vous tourner pour agir ? Comme vous le savez peut-être, depuis cet été, on est en 2024, je parle aux auditorices du futur, Le Conseil national de la protection animale a lancé le numéro national de signalement de maltraitance animale, c'est le 3677. Donc si vous avez un doute, vous pouvez toujours contacter ce numéro et eux, ils seront de bons conseils dans tous les cas pour vous guider dans la marche à suivre. Sinon, sachez aussi que les maires et les préfets sont impliqués dans la protection animale, donc vous pouvez très bien aussi vous rapprocher des mairies qui pourraient vous aiguiller ou même d'associations de protection générale. Ça, c'est si vous constatez un cas. Mais sinon, de manière générale, plusieurs personnes peuvent agir, entre autres les services de police et la gendarmerie nationale, ou bien les inspecteurs de la santé publique vétérinaire. Si un vétérinaire constate des locaux insalubres, par exemple, il peut exiger des mesures d'assainissement. Et si ces mesures ne sont pas respectées, dans ces cas-là, le maire ou le préfet peuvent intervenir pour les faire exécuter. Certaines assos... peuvent se constituer partie civile lors de procès pour maltraitance animale, ça veut dire qu'elles peuvent attaquer en justice des auteurs de faits en représentant les intérêts des animaux pour demander par exemple des réparations pour les préjudices subis. Bon alors saisir la justice, ok, mais concrètement, quelles sont les conséquences juridiques pour les personnes concernées ? Alors avant toute chose, on va faire un petit point sur le cadre légal autour de la protection animale. Alors le droit, c'est vraiment pas ma spécialité, donc je ne vais pas rentrer dans les détails. mais je voudrais juste clarifier quelques points. En France, dans la loi, on distingue les infractions contraventionnelles, qui sont sanctionnées d'amende principalement, et les infractions délictuelles, qui sont plus graves, qui sont sanctionnées d'amende plus importante, et même potentiellement de peine de prison. Sur la question des animaux, sont punissables certains actes, comme la négligence, qui serait plutôt classée comme une infraction contraventionnelle, Pour vous donner un ordre d'idée, les montants des amendes, c'est aux alentours de 450 euros. Plus grave que la négligence, on a des actes qui relèvent d'infractions délictuelles, à savoir la cruauté animale et l'abandon. Dans la cruauté animale, il doit y avoir une intentionnalité. On doit pouvoir montrer que l'auteur des faits a eu l'intention de nuire à l'animal, qu'il l'a fait vraiment volontairement. Donc les sévices graves ou les actes de cruauté envers un animal domestique, sont eux punissables de 2 à 3 ans d'emprisonnement, d'une amende qui peut s'élever jusqu'à 45 000 euros, avec des peines qui peuvent même être aggravées dans certaines conditions, et notamment si les actes ont été commis par les propriétaires eux-mêmes des animaux. Et enfin, quand il y a abandon de l'animal avec un risque de mort pour l'animal, là ça grimpe à 4 ans d'emprisonnement et à 60 000 euros d'amende, plus l'interdiction temporaire ou permanente de détenir un animal. ou bien d'exercer une profession mettant l'individu en contact avec des animaux. Alors bien sûr, ça c'est ce qui est écrit, c'est la théorie, et on constate qu'en pratique on est quand même généralement bien loin de ces sanctions. Mais en tout cas, maintenant qu'on a ça en tête, si on se concentre sur le syndrome de Noé, et bien par définition, clairement, il y a négligence. Dans certains cas, il est possible qu'il y ait eu un abandon, et pour les actes de cruauté, là ça ferait peut-être davantage référence aux accumulateurs-exploiteurs. Alors oui, mais en France, on a un article qui dit, je cite, n'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes Donc si on peut prouver que le trouble mental a altéré les capacités de discernement de l'auteur au moment des faits, ça peut faire l'objet d'une atténuation de la sanction lors du jugement. Et comment faire pour prouver ça ? Eh bien le juge peut à ce moment-là faire appel à un expert psychiatrique parmi une liste d'experts agréés, et ce sera donc à cet expert de déterminer le degré de responsabilité du prévenu, d'évaluer sa dangerosité ou les risques de récidive, d'où l'importance justement de progresser. sur la connaissance du trouble d'accumulation d'animaux, sur sa compréhension, et peut-être aussi sur la formation des acteurs qui vont avoir à le traiter. Je pense notamment ici au corps médical, au psychiatre, mais aussi aux instances juridiques et aux juges notamment. Et là, je reviens encore une fois sur la nécessité, selon moi, de bien adapter les stratégies d'intervention au type d'accumulateur. En fonction du type d'accumulation, les forces de l'ordre, les mesures coercitives et l'aide proposée ne vont pas être les mêmes. pas être reçus de la même manière. Comme je l'ai déjà évoqué tout à l'heure, les soignants dépassés, ce sont des personnes qui se sont laissées submerger progressivement et qui sont généralement les plus susceptibles d'admettre la nécessité de l'aide et ainsi d'accepter une main qu'on pourrait leur tendre. Avec eux, le mieux semble-t-il, ce serait d'essayer d'arriver à une entente, peut-être avec des compromis. Et souvent, dans ces cas-là, la simple menace d'action en justice, ça peut suffire pour réduire les risques de récidive. Et finalement, les poursuites judiciaires pour cruauté animale semblent plutôt contre-productives. Dans le cas des accumulateurs sauveteurs, c'est plus délicat. Ce sont des personnes qui sont guidées par une mission, et de fait, là, essayer de les raisonner, de leur apporter une assistance, c'est quelque chose qui va être vraiment compliqué. Comme je le disais, ce sont des personnes qui voient les organismes vétérinaires ou de protection animale vraiment comme leurs ennemis. C'est presque mission impossible d'obtenir la remise volontaire des animaux par ces accumulateurs. Donc là, une action en justice... peut être nécessaire dans un premier temps pour sauver les animaux de conditions de détention vraiment dramatiques. Mais attention, ce sont des personnes très fragiles qui expriment la peur de ne pas survivre sans leurs animaux, et on le sait pour elles, devoir se séparer de leurs animaux, c'est quelque chose d'extrêmement traumatisant, qui va vraiment les affecter, donc c'est absolument impératif de mettre en place un suivi sur le plan psychologique avec du personnel qualifié. Et enfin, dans le cas des accumulateurs-exploiteurs, On est face à des personnalités très particulières qui vont dans tous les cas refuser et mépriser toute aide extérieure, et qui vont soit se montrer très asociales, voire agressives, soit au contraire très charismatiques, à tel point qu'elles vont être parfois capables de berner les personnes avec qui elles s'entretiennent. Donc idem ici, la menace d'action légale ne va pas suffire à les intimider, faudra aller jusqu'aux poursuites judiciaires pour sauver les animaux, à condition bien sûr, encore une fois, d'accompagner ces personnes d'un soutien en santé mentale. Je voudrais aussi soulever quelques points qui montrent à quel point le trouble d'accumulation d'animaux peut être difficile à prendre en charge sur le plan juridique. D'abord, c'est que les animaux sont à la fois victimes et preuves. C'est complexe de devoir gérer comme ça les animaux, de les maintenir comme des preuves, entre guillemets. Le temps d'un procès, ça peut être parfois très long. Et dans tous les cas, la gestion de ces situations va nécessiter pas mal de professionnels, les forces de l'ordre, des vétérinaires légistes, des services de contrôle et de soins des animaux, des services d'urgence, des services sociaux, et des spécialistes de la santé mentale. Et donc, de fait, ça va engendrer des coûts aussi très importants. Et enfin, autre difficulté, c'est que la justice doit aussi déterminer le nombre d'animaux concernés. Alors ok, la personne, elle a 35 Ausha, par exemple, mais est-ce que les 35 Ausha subissent exactement les mêmes choses ? Est-ce que c'est vraiment les 35 Ausha qui ne reçoivent pas les soins appropriés ? D'ailleurs, à ce sujet, Randall Lockwood, un chercheur que j'ai déjà évoqué dans la première partie, a rapporté que souvent, les accumulateurs, pour se défendre, ils essaient de présenter des preuves selon lesquelles ils ont des animaux en bonne santé qui sont saisis avec soins en détresse, justement pour prouver leur attachement et les soins apportés. Pour autant, ce que Lockwood dit, c'est que ça, ça peut en fait favoriser l'accusation de l'accumulateur parce que ça prouve qu'il était conscient des soins nécessaires mais qu'il a finalement manqué à ses devoirs en conscience. concernant les animaux en souffrance ou ceux même qui sont morts. Donc voilà pour le casse-tête que peut représenter le syndrome de Noé sur le plan légal. Et maintenant qu'on a abordé cet aspect-là, du moins dans les grandes lignes, je vous propose qu'on s'intéresse maintenant à l'aspect médical et thérapeutique du trouble. Est-ce qu'on peut prévenir ce trouble ? Est-ce qu'on peut le soigner ? Je fais le point. Alors première chose, les tribunaux peuvent exiger des consultations pour les accumulateurs d'animaux, mais c'est quand même important de dire qu'à ce jour, aucune thérapie n'a été éprouvée. Donc désolé je vous spoil un peu mais c'est quand même un sacré point négatif. D'ailleurs ce qu'on observe c'est que les accumulateurs d'animaux sont moins susceptibles de chercher une solution ou un traitement que les accumulateurs d'objets et constat un peu déprimant même si on a quelques cas anecdotiques dans la littérature médicale qui rapporte que des individus sont parvenus à cesser d'accumuler des animaux et ont réussi à éviter de les réacquérir. Les spécialistes du trouble admettent que le taux de récidive est proche de 100%. Donc tout comme pour les acteurs judiciaires, ce trouble est aussi très complexe à appréhender pour les personnels soignants et pour les agents missionnés. En 2016, il y a une chercheuse, Annick Moreau, qui a conduit une étude super intéressante. Elle a interrogé à la fois des personnels médicaux qui ont travaillé auprès d'accumulateurs, et d'autre part, elle a interrogé des accumulateurs et elle a analysé leurs discours. Ce qu'elle a relevé chez les auxiliaires, chez les personnels soignants, c'est d'abord une difficulté par rapport au déni de la personne. D'un côté, il faut qu'elle respecte l'autonomie de la personne, et en même temps, la personne ne veut pas reconnaître son problème. Donc c'est quand même assez compliqué. Ensuite, elle a noté un découragement lié à la longueur du processus et du fait qu'il y ait des résultats peu concluants. Les auxiliaires disaient aussi que c'était assez délicat de devoir garder le secret professionnel d'un côté, et de l'autre... avoir l'impression que la situation, elle nécessite un signalement. Donc à pas trop savoir comment gérer ça. Et enfin, les auxiliaires rapportent des sentiments de dégoût et de rejet plutôt que d'empathie envers les accumulateurs. Donc ça, c'est encore une autre problématique. Et en ce qui concerne maintenant le point de vue des personnes présentant un trouble d'accumulation d'animaux, sur l'aide reçue par les services sociaux, Annick Moreau a vu que ce sont des personnes qui aspirent avant tout à une confiance mutuelle. à avoir l'impression de parler d'égal à égal, qui veulent éviter de changer d'intervenant, qui aspirent à ce que l'intervenant ne se mette pas en colère, à ce que leur rythme soit respecté, à ce qu'on leur explique mieux leurs problématiques et que le suivi psychologique soit plus précoce, à bénéficier d'un meilleur soutien financier pour l'aide à la vie domestique, et enfin à avoir de l'aide pour surmonter le sentiment de honte ressentie. Donc finalement, sans aucun dénigrement des compétences des personnels intervenants, Ces témoignages, malgré tout, montrent quand même un manque de formation spécifique aux troubles d'accumulation d'animaux, d'où la nécessité vraiment d'intervenants spécialisés ou de formation supplémentaire. Maintenant, on peut se poser la question, est-ce que des traitements pharmacologiques existent ? Alors, a priori, c'est encore peu documenté, en tout cas en ce qui concerne le trouble d'accumulation d'animaux. On va avoir un peu plus de données sur le trouble d'accumulation en général. En fonction des études, on a testé des médicaments qui sont généralement utilisés contre la dépression et l'anxiété, ou encore contre le TDAH, c'est-à-dire le trouble de l'attention. Alors il y a quelques améliorations qui sont observées au niveau des symptômes, donc ça ouvre des pistes, mais je le redis, aucun médicament n'est actuellement approuvé pour traiter spécifiquement le trouble d'accumulation d'animaux. À côté de cette pharmacothérapie, on va aussi proposer des prises en charge psychologiques, qu'on va appeler des théories. cognitivo-comportemental. D'ailleurs, c'est ce qui est le plus fréquent dans la prise en charge du syndrome. Et là, on va essayer de travailler sur les émotions, sur les croyances de la personne. Par exemple, ça va être de travailler sur sa peur de l'abandon, sur la construction de son identité, qui est uniquement basée sur cette relation aux animaux. Les psychologues ou les psychiatres vont pouvoir revenir sur les traumatismes à l'origine du trouble, par exemple. Peut-être essayer de mettre en place un travail de deuil non résolu. Et en parallèle de ça, Il y a aussi un accompagnement qui est proposé directement au domicile de la personne pour l'aider au désencombrement et à l'entretien de son habitation. Plus récemment, il y a des travaux qui ont tenté de nouvelles approches avec l'utilisation de la réalité virtuelle. On propose aux patients de s'entraîner à désencombrer des habitations virtuelles. Mais encore une fois, tout ça c'est pour le syndrome de Diogène, l'accumulation générale, et c'est pas spécifique à l'accumulation d'animaux. Donc tout ce que je viens de vous dire implique quand même que le patient soit un minimum au quai. qu'il accepte un minimum une aide extérieure pour essayer d'évoluer. Mais dans certains cas, ça ne se passe pas comme ça. Le patient est très réticent à cette aide. Et donc auprès de ce type de patient, on va plutôt prioriser la mise en place d'une approche qu'on appelle l'approche de réduction des méfaits. En gros, c'est de se dire, ok, on ne va pas pouvoir vraiment le faire changer ou le faire évoluer. Et bien dans ces cas-là, on va laisser quelques animaux et on va veiller à limiter les conséquences du trouble. Traditionnellement, c'est une approche qui est utilisée dans les cas de toxicomanie. On cherche à limiter les dommages grâce à une surveillance rigoureuse et des services de soutien complet. Une approche comme ça, ça comprend des interactions régulières avec l'accumulateur, un soutien pour la stérilisation, la castration, des soins vétérinaires, le nettoyage de l'environnement et l'accès à divers services sociaux. Et c'est vrai que, intuitivement, ça pourrait sembler moins problématique et même plus bénéfique de laisser quelques animaux aux soignants dépassés, à condition évidemment de garantir leur stérilisation, leur bien-être, en mettant en place un encadrement très strict. Pour les accumulateurs sauveteurs, là il faut être hyper rigoureux au niveau de l'encadrement. En revanche, cette approche pour les accumulateurs exploiteurs, ça ne semble pas appropriée puisque ce sont des gens qui vont se montrer volontairement cruels envers leurs animaux. Enfin, ce qui marche bien, c'est une autre approche qui est appelée l'approche famille comme motivateur, et qui propose d'élaborer des stratégies en collaboration avec les familles dont un membre ne souhaite pas de traitement, à condition bien sûr que l'accumulateur ait des Ausha ses côtés, ce qui n'est pas toujours le cas. Mais là, avec cette approche, on va viser à autonomiser les membres de la famille, et c'est généralement bien accueilli, et ça a montré des résultats qui sont assez positifs. Donc voilà, pour ce qui relève du médical autour de ce trouble, hélas, pas grand chose de spécifique. peu de solutions très concluantes et un taux de récidive qui reste extrêmement élevé, et ce qui crée forcément une source de frustration pour les professionnels. Alors maintenant que nous avons bien défini le trouble d'accumulation d'animaux, qu'on a vu justement qu'il y avait plusieurs profils, que nous avons abordé les principaux facteurs, les principales explications à ce trouble, ainsi que sa prise en charge à la fois juridique et médicale, je vous propose maintenant de prendre un peu de recul par rapport à toutes ces informations et de vous faire part de mes remarques. un peu plus personnelles et des perspectives qui pourraient être envisagées pour améliorer la prise en charge de ce trouble.