Speaker #0Bienvenue sur Ausha Science, le podcast. Je suis Valentine Filleul, docteur en psychologie sociale et médiatrice scientifique. Ici, on explore les relations que nous entretenons avec les autres animaux, des liens qu'il nous appartient de décrypter afin de dessiner les contours d'un monde plus harmonieux où chaque être vivant est traité avec égard et bienveillance. Bonne écoute ! Et nous voilà donc de l'autre côté de la Manche, chez nos voisins des Anglais, pour percer les mystères de l'étude du jour. Et si ce n'est pas déjà fait, je vous conseille très vivement d'écouter la première partie de cet épisode, afin d'avoir toutes les clés nécessaires pour comprendre l'étude qu'on va disséquer ensemble à présent. L'étude d'aujourd'hui, on la doit à une brillante équipe de 5 chercheurs et chercheuses en psychologie sociale, qui sont rattachés au département de psychologie de l'université de Kent, au Royaume-Uni. C'est une université qui est très active sur toutes ces questions d'éthique animale. On a deux chercheurs en première hauteur, Stéphane Lick et Robbie Sutton. Stéphane, c'est un spécialiste des croyances et des biais qui façonnent nos relations avec les animaux non humains. Et Robbie, quant à lui, il concentre ses travaux sur tout ce qui est justice sociale et inégalité. À leur côté, des poids lourds du domaine, on retrouve Christophe Donte, Karen Douglas ou encore Zara Bergstrom. Pour mener à bien cette étude qui est vraiment colossale, ils ont mobilisé pas moins de 3 162 participants, qui sont tous issus du Royaume-Uni et qui ont des profils variés, à la fois en termes de genre et d'âge. Le seul critère qui va vraiment être regardé pour savoir si on peut les inclure, c'est leur alimentation, puisque dans certaines des expériences qui composent l'étude, on va inclure uniquement des omnivores, tandis que dans d'autres, au contraire, on va inclure uniquement des personnes végétariennes ou végétaliennes, ou véganes. Et comme ici dans cette étude, on ne va pas s'intéresser à la distinction, à présent, à chaque fois que je vais avoir à évoquer ces participants, je vais utiliser le terme VG. Comme ça, c'est plus simple. Donc comme on l'a déjà évoqué, cette étude, elle vise à explorer comment les biais de mémoire qui s'immiscent dans notre esprit vont pouvoir redessiner notre réalité et comment cette nouvelle réalité, elle va impacter la vie des animaux qui nous entourent. Il y a 9 expériences au total, qui se répartissent grosso modo en 3 blocs. Je vais détailler chacun de ces blocs, mais avant ça, je vais présenter la structure globale, comme ça vous allez pouvoir mieux vous y retrouver. Dans le premier bloc, qui correspond aux 4 premières expériences, on se concentre sur les omnivores. Ce qu'on va regarder chez eux, c'est comment ils se souviennent des animaux en fonction de leur statut culturel, c'est-à-dire en fonction de la place qu'on attribue à ces animaux dans nos vies, est-ce qu'il s'agit d'animaux de compagnie, d'animaux d'élevage ou bien d'animaux sauvages. Dans le deuxième bloc, les expériences 5 et 6, c'est exactement la même chose, mais cette fois-ci chez les participants végés. Et dans le troisième bloc, donc les trois dernières expériences, on s'intéresse aux impacts des potentiels biais qu'on aura réussi jusque-là à démasquer. Et je vous spoil, il y en aura bel et bien. Donc en clair, comment nos souvenirs vont recolorer notre réalité, et quel impact ça va avoir sur nos valeurs, sur notre morale, et sur la façon dont on traite les autres animaux. On est sur une étude expérimentale, ça veut dire qu'on va regarder comment certains éléments, d'un point de vue psychologique, influencent d'autres éléments. on va plus loin que juste de mettre en évidence des relations ou des associations d'éléments, et ça c'est super riche d'un point de vue scientifique. Le protocole est presque toujours le même dans les différentes expériences. Voilà comment ça se passe. En fait, à chaque fois, les participants reçoivent un texte à lire qui parle d'un animal. Ce texte, qui leur est présenté comme étant scientifique et donc très fiable, contient un ensemble d'informations sur ce que l'animal en question sait ou ne sait pas faire. La moitié des phrases du texte prétend que l'animal a telle et telle capacité, et l'autre moitié des phrases prétend que l'animal n'a pas telle ni telle capacité. Attention, on est sur des textes fictifs. Les informations ne sont pas forcément vraies, mais ce qui nous intéresse ici, ce n'est pas de tester les connaissances des participants, mais bien de tester leurs souvenirs. La seule chose qui change entre les expériences, c'est donc les habitudes alimentaires des participants, mais aussi l'animal dont il est question, et ça, vous verrez un peu plus tard. Une fois que les participants ont lu le texte, on leur fait faire pendant quelques minutes une tâche de distraction. C'est en fait un petit jeu, ce qui permet de détourner leur attention et aux chercheurs de s'assurer qu'ils vont bien pouvoir aller tester ce qui reste dans leur mémoire à long terme. Et ensuite, tout simplement, on mesure ce que les participants retiennent du texte. Pour ça, sont utilisés trois indices de mémoire qui permettent d'identifier les biais et de se faire une idée quant à l'explication de ces biais. Ces indices sont le rappel libre, la discrimination et le biais de réponse je vais expliquer On va ainsi mesurer le rappel libre, c'est-à-dire de quoi les participants se souviennent spontanément avec leurs propres mots. Après la lecture, ils ont une petite case vide pour répondre et ils peuvent écrire tout ce qu'ils veulent dedans. Ça donne finalement une vue d'ensemble des capacités mnésiques du participant, avec la quantité des éléments dont il est capable de se rappeler, et ça permet de voir comment les infos sont encodées dans sa mémoire, et comment ces éléments, une fois en mémoire, lui sont accessibles et peuvent être restitués. Le deuxième indice, c'est la discrimination. Attention, ce n'est pas la discrimination comme on l'entend dans le langage commun. Ici, il s'agit de vérifier que les participants sont bien capables de reconnaître une information issue du texte d'une nouvelle information. En fait, ils vont avoir une liste d'affirmations sur l'animal. L'animal sait faire ci, l'animal ne sait pas faire ça. Et ils doivent simplement répondre par oui ou par non. Ça permet de vérifier s'ils ont été attentifs, et surtout si les infos apportées par le texte sont bien ancrées dans leur mémoire. Le troisième indice, c'est le biais de réponse. Là, on va leur poser des questions sur ce qu'ils savent des animaux, sur leurs propres valeurs et sur leur comportement. D'après vous, est-ce que l'animal en question ressent la douleur ? Est-ce qu'il est capable de réfléchir ? Est-ce que vous seriez capable de manger l'animal en question ? Et là, ce qu'on va en fait regarder, c'est quelle direction prennent leurs réponses. D'une part, est-ce que ça tend à octroyer plus de capacités aux animaux, ou au contraire, plutôt à les dévaluer ? Et ça permet de regarder si leur mémoire est potentiellement biaisée par leurs propres attentes ou croyances sur les animaux. Allez, sans plus attendre, voici les 4 premières expériences qui explorent la mémoire chez les omnivores. Dans cette série d'expériences, on va successivement scinder les participants en 2 ou 3 groupes. Ce qui change d'un groupe à l'autre, c'est le texte à lire. Et plus précisément, l'animal qui y est présenté. Le but, c'est de voir s'il y a des différences dans ce que retiennent les participants en fonction de l'animal. Donc dans l'expérience 1, le groupe 1 doit lire un texte sur les chiens. et le groupe 2, un texte sur les cochons. Concentrons-nous d'abord sur le groupe qui a lu le texte sur les chiens. Les participants de ce groupe se souviennent davantage des affirmations positives que des négatives à l'égard des capacités du chien. C'est plus facile pour eux de se souvenir du fait que le chien, par exemple, sait utiliser un outil, que de se souvenir du fait que le chien ne sait pas se reconnaître dans un miroir. Ils ne vont quand même pas jusqu'à se tromper en disant oui, oui, ils peuvent faire ça alors que ce n'est pas ce qui était décrit dans le texte. Mais en tout cas, parmi les affirmations qui sont bien présentes dans le texte, ils retiennent mieux celles qui montrent une capacité. Quand on regarde maintenant ce qui se passe du côté du groupe cochon, on voit que les participants cette fois sont plutôt impartiaux. Ils se rappellent à peu près d'autant d'affirmations positives que négatives. Bon ok, là l'idée des chercheurs c'était de voir si le statut culturel, c'est-à-dire la place qu'on donne à l'animal dans notre vie, elle peut jouer sur nos souvenirs. Et a priori, on voit que ça semble être le cas. Mais on pourrait se dire aussi que c'est tout simplement parce que les gens connaissent mieux et s'intéressent plus aux chiens qu'aux cochons. Pour éviter toute ambiguïté, c'est précisément la raison pour laquelle, dans la deuxième expérience, cette fois-ci on refait la même chose, mais en restant sur le cochon, à qui on va attribuer une place différente dans nos vies. Cette fois donc, les chercheurs, ils comparent deux groupes de participants de la même manière, un groupe à qui on présente dans un texte les capacités de cochons vivants dans des sanctuaires, où ils sont traités avec compassion, et ils sont destinés à vivre donc une vie paisible, Un autre groupe à qui on présente des cochons élevés pour la consommation, destinés à être abattus et mangés. Et que se passe-t-il ? Et bien étonnamment, à l'égard de nos petits cochons de sanctuaire, on se souvient mieux de ce qu'ils savent faire que de ce qu'ils ne savent pas faire. Par contre, toujours rien pour les cochons d'élevage. A leur égard, on se souvient d'autant de leur capacité que de leurs incapacités. Et petit bonus, Quand on fait revenir les participants 7 jours après, et qu'on reteste leurs souvenirs, on voit que la mémoire faillit un peu, et pas à l'avantage des cochons. Pour ceux de sanctuaire, ça va encore, on se souvient encore un peu plus des capacités que des incapacités, mais la différence est quand même moins flagrante. Pour les cochons d'élevage, là par contre, c'est un peu la cata. Les participants vont jusqu'à nier certaines des capacités qui leur avaient pourtant été présentées la semaine d'avant. Ils disent non, ils ne savent pas faire ça à des aptitudes que pourtant, la semaine d'avant, on leur avait apprises. On vient donc de voir que le statut de l'animal pouvait influencer nos souvenirs à leur égard. Mais attendez, il manque quand même une catégorie d'animaux. Qu'est-ce que ça donne avec les animaux sauvages ? Et c'est ici, dans l'expérience 3, que les chercheurs vont faire prendre vie aux trablants. Vous connaissez pas les trablants ? Ces animaux originaires de Papouasie-Nouvelle-Guinée ? Et si vous répondez non, tant mieux, parce que le contraire m'aurait surprise, étant donné qu'il s'agit d'une espèce animale inventée de toutes pièces par les chercheurs pour les besoins de l'expérience. Mais ça évidemment, on ne va pas le dire aux participants. On leur présente ces animaux comme étant bien réels, et c'est pratique car au moins là on est sûr que personne ne connaît rien sur eux. Donc ici, trois groupes de participants. Le premier à qui on présente le trablant comme un animal de compagnie, le deuxième comme un animal que l'on mange, et le troisième groupe comme un animal sauvage. Et alors d'après vous, ils sont mémorables ces trablants alors ou pas ? Eh bien, ça dépend de leur statut. A priori, les trablants de compagnie, ils ont sacrément plus de capacités cognitives. D'ailleurs aussi, à ces trablants-là, on estime qu'ils méritent davantage de soins et qu'ils doivent davantage souffrir les pauvres quand ils sont blessés que les trablants d'élevage ou sauvage. Pour ce qui est des trablants que l'on mange ou sauvage, là, autant de capacités que d'incapacités. Bon, vous l'avez compris, ce sont des biais de mémoire puisque les textes qui étaient à lire présentaient exactement les mêmes capacités. Et une semaine après, quand on fait revenir les participants, on voit que quel que soit le statut, ils oublient progressivement les informations valorisantes. Donc moralité, ce que nous retenons d'un animal dépend en grande partie de l'histoire qu'on nous raconte sur lui. Même quand on a toutes les infos pour juger un animal objectivement, notre mémoire filtre ces informations en fonction de nos attentes ou de nos émotions. et le temps qui passe ne fait qu'amplifier ces distorsions. A ce stade de l'étude, on a quand même vérifié par trois fois si la place qu'on attribue à l'animal dans notre vie allait influencer nos souvenirs à leur égard, donc ça, ça semble être ok. Ce qui serait intéressant maintenant, c'est de mieux comprendre d'où viennent les différences observées. Est-ce que c'est qu'à propos des animaux de compagnie, par exemple, on se met des œillères par rapport à leur manque de capacité pour ne garder que le meilleur ? Autrement dit, on n'enregistre pas du tout dans notre mémoire les informations qui présentent l'inexistence d'une capacité ? Ou bien il y a quelque chose qui se passe un peu plus tard dans le processus de mémorisation ? Vous vous souvenez des trois étapes ? L'encodage, le stockage et le rappel ? Et donc qui ferait que les informations, elles seraient bien toutes là, en nous ? dans nos disques durs, mais soit ces disques durs s'altèreraient, soit il y aurait un barrage filtrant au moment de se souvenir des infos, donc l'étape du rappel, qui finalement ne laisserait passer que les informations positives à l'égard des animaux de compagnie. Et pourquoi c'est intéressant de savoir ça ? Eh bien parce que ça va pouvoir guider les efforts et les discours de sensibilisation et d'information. On répond à cette question justement dans la quatrième expérience. Pour tester ça, voilà comment les chercheurs s'y prennent. Ils vont faire en sorte que dans le groupe 1 des participants, l'information relative au statut de l'animal, en l'occurrence là on est toujours sur le trait blanc, elle soit juste encodée et non stockée dans la mémoire. Pour le groupe 2, au contraire, le but c'est que cette info soit bien stockée. Pour faire ça, ils font tout pareil que précédemment, à l'exception près que dans le texte à lire du groupe 1, le statut de l'animal n'apparaît pas. En fait, l'info, elle apparaît seulement au moment où on teste ce qu'ils ont retenu du texte. Comme ça, en fait, ils n'ont pas le temps de l'intégrer. Du coup, les questions qu'ils ont dans les vals, elles sont du style Concernant le trablant, qui est un animal de compagnie ? Qu'avez-vous retenu ? Ou bien Concernant le trablant, qui est un animal sauvage ? Qu'avez-vous retenu ? Sans plus attendre, voici ce qu'on voit. En comparant les deux groupes, il apparaît évident que la distorsion apparaît plus tard qu'à l'encodage. Autrement dit, on peut apprendre et comprendre quelque chose correctement, mais notre mémoire se charge d'enterrer dans ces méandres les informations qui nous sont moins utiles, comme dans un premier temps le manque de capacité des animaux de compagnie, et à plus long terme, l'existence de capacité chez les animaux d'élevage ou sauvage. Donc voilà, à travers ce premier bloc, on comprend désormais un peu mieux comment les omnivores mémorisent des informations sur différents types d'animaux et ce qu'ils vont retenir de leur capacité mentale. Passons au deuxième bloc. Dans les deux expériences suivantes, on va cette fois-ci s'intéresser à des personnes qui ne mangent pas de viande, les végés. On sait que chez les omnivores, il y a la présence de ce paradoxe de la viande, ce dilemme moral entre aimer les animaux et les manger. Mais chez les végés, ce paradoxe ne s'applique pas. De toute évidence, ce sont des personnes sensibles au sort des animaux. y compris ceux destinés à l'alimentation. Alors qu'est-ce que ça donne au niveau des souvenirs qu'ils gardent des animaux qu'on leur présente ? Dans l'expérience 5, on regarde déjà ce qui se passe quand on leur fait lire un texte sur les cochons, qui est quand même un animal emblématique de la consommation. Et dans la sixième expérience, on compare les souvenirs laissés par les cochons et par les chiens. Et que se passe-t-il ? Eh bien, à contrario des omnivores, les végés ne semblent pas faire de distinction entre les chiens et les cochons. Pour ces deux espèces, ils se souviennent mieux des informations positives que des informations négatives. Et en plus, autre différence, cette vision optimiste de nos cousins ne faiblit pas avec le temps. Chez les végés, pas l'ombre d'un déni de l'esprit, même quand on les fait revenir 7 jours après. Les connaissances, elles sont là et elles y restent. Alors pour bien clarifier les choses, on voit que ces participants restent sincères dans leurs réponses, dans les tests qu'on leur fait passer. Ils arrivent à bien identifier quelles informations étaient bien présentes et lesquelles ne l'étaient pas. Donc ils n'inventent pas d'informations qui pourraient venir de leurs connaissances antérieures. Par contre, c'est vrai que ça leur arrive quand même de faire quelques erreurs, comme c'était le cas d'ailleurs pour les omnivores. Et chez les végés, ce qu'on constate, c'est que quand erreur il y a, elles sont généralement en faveur des animaux. Quand ils se trompent, c'est davantage pour rajouter des petites capacités en plus que pour en enlever. Finalement, ce qu'on comprend ici, c'est que nos croyances influencent notre mémoire. Ce qu'on pense d'un animal, s'il est digne de compassion ou juste un objet de consommation, ça va affecter ce qu'on retient à son sujet. Les VG considèrent les animaux sous un autre prisme, et ils retiennent mieux les infos valorisantes pour tous les animaux, pas uniquement pour ceux perçus comme des compagnons. Bon, je vais être honnête, ce bloc d'expérience, là, il me laisse un peu sur ma faim, sans mauvais jeu de mots. Il me semble que ça aurait été vraiment intéressant de voir ce qu'il se passe avec les traits blancs, histoire de pouvoir totalement occulter les connaissances antérieures, et l'intérêt que cette population peut porter aux animaux, et qui pourrait malgré tout avoir une petite incidence sur les résultats. Mais si les chercheurs ne l'ont pas fait, j'imagine que c'est parce qu'ils avaient leur raison. Voilà pour ce deuxième bloc, Express. Nous arrivons ici au dernier. Maintenant qu'on a exploré comment nos souvenirs sur les animaux se forment et se déforment, il est temps de se demander, et alors, quelles conséquences ça a ? Dans ce bloc-ci, on inclut tous les participants, quelle que soit leur alimentation, omnivore ou végétale. Dans les trois expériences qui suivent, les chercheurs vont cette fois carrément manipuler les souvenirs des participants. Oui, oui, je vous assure que c'est possible, mais là, c'est pour la science. Et pour l'occasion, ils montent en fait un vrai numéro de mentalisme scientifique. je vous explique. Cette fois, dans le texte que les participants ont à lire sur l'animal, il y a toujours la série d'affirmations concernant ces capacités, qui sont soit positives, soit négatives. Par exemple, l'animal en question peut résoudre des problèmes complexes, l'animal en question ne peut pas se reconnaître dans un miroir. Mais là où le plan machiavélique des chercheurs s'opère, c'est qu'ils vont subtilement influencer le cerveau des participants, parce que chacune des affirmations est suivie d'une consigne, soit se souvenir, soit... oublié et ces consignes elles s'affichent pendant huit secondes. En fait c'est un petit peu comme si ils disaient à leur cerveau Eh garde bien ça en mémoire ou au contraire Eh oublie ça vite hein et bien sûr les consignes n'apparaissent pas au hasard mais en suivant une stratégie pour la moitié des participants on renforce les affirmations positives et on leur demande d'oublier les négatives pour l'autre moitié c'est l'inverse en gros bah souvenez vous des incapacités et oubliez les capacités Alors je sais, ça peut paraître un peu tiré par les cheveux, mais je vous assure que c'est un protocole bien cadré et bien connu en psycho, et les chercheurs sont capables de toute façon de voir si ça a bien fonctionné. Alors dans l'expérience 7, l'animal utilisé c'est le trablant, donc je suis encore un peu plus frustrée qu'il nous ait quitté durant le blog dédié au VG, mais c'est comme ça. Dans l'expérience 8, c'est le cochon, et dans l'expérience 9, c'est aussi le cochon. La seule différence, c'est que dans cette dernière expérience, qu'on pourrait résumer par vérifions qu'on n'a pas biaisé nos propres résultats Ils font un petit débriefing à la fin du test avec les participants pour voir lesquels d'entre eux auraient compris le but de l'expérience. Et ces participants, qui sont tout de même 25 sur 300, sont exclus des analyses. Et ça, c'est fait pour éviter qu'ils n'aient répondu que pour faire plaisir, en gros, et correspondre à ce qu'ils pensaient qu'on attendait d'eux. Voilà. Donc les résultats sont identiques, en tout cas, dans chacune de ces trois expériences. Quand on induit un biais anthropomorphique, donc en leur faisant retenir les affirmations positives, les participants jugent que l'animal a plus de capacités cognitives émotionnelles. Jusque là, rien de surprenant. Mais, et c'est là que ça devient intéressant, ça ne change pas leur préoccupation morale envers lui. Autrement dit... Même s'ils pensent que l'animal est super intelligent et qu'il est sensible, ça ne les empêche pas de rester indifférents à son sort. Donc on peut penser qu'un animal est intelligent, sensible, capable de résoudre des problèmes complexes qu'il peut souffrir, et pourtant, ne pas avoir de scrupules à lui nuire ou à le manger ? Ce que ça nous dit, c'est qu'à priori la mémoire agit sur nos croyances, mais qu'il y aurait une déconnexion entre ce qu'on croit et ce qu'on fait. Pour changer les comportements, il faudrait donc sans doute aller plus loin que simplement informer. Donc en conclusion, apporter des connaissances, c'est bien. Changer les croyances, c'est bien. Mais si on veut un réel impact sur la manière dont les gens considèrent ou traitent les animaux, il faudrait quand même aller plus loin. Et voilà, nous avons à présent fait le tour des expériences. Je vous propose maintenant de prendre un peu de recul par rapport aux résultats mis en exergue, ici, et par rapport à l'étude en elle-même. On va aussi maintenant discuter un peu des implications que ces découvertes peuvent avoir dans notre quotidien. Et tout ça, c'est dans la troisième partie de l'épisode que ça se passe. A tout de suite !