Où va la démocratie ?
Les régimes démocratiques connaissent une multi-crise : défiance à l'égard des partis politiques, des institutions représentatives, des médias, des grands réseaux sociaux (Facebook, Google...), augmentation de l'abstention dans le vote aux élections, montée des populismes. Cette crise est particulièrement visible chez les jeunes générations. Qu'est-ce que cela nous dit de notre avenir ?
Alors que la démocratie reste un idéal pour beaucoup, surtout ceux qui ne vivent pas en démocratie ou ont connu des régimes autoritaires, elle est vivement attaquée en France comme en Europe. Ne correspond-elle plus aux besoins des citoyens ?
Quelques-uns attendent beaucoup des civic tech au service d'une démocratie ouverte, d'une troisième chambre représentant les citoyens ou les enjeux à plus long terme, d'une réforme des institutions qui aille au-delà du « grand débat » que le président de la République a initié depuis le début 2019. Notre système démocratique peut-il se réformer ?
Quelles seraient les conditions pour faire évoluer la démocratie, innover dans ses pratiques et progresser en qualité ? Les institutions départementales et locales ont-elles un rôle particulier à jouer ?
Pierre Rosanvallon se consacre à la carrière universitaire depuis 1980 après avoir été conseiller économique de la CFDT puis conseiller politique d’Edmond Maire. Il est élu en 2001 professeur au Collège de France. Le volet le plus important de son oeuvre s’organise à partir du début des années 1990 autour du lancement d’un vaste chantier visant à retracer l’histoire intellectuelle de la démocratie en France. Parmi ses ouvrages : La contre-démocratie : la politique à l’âge de la défiance (Seuil, 2006) ; La Légitimité démocratique : impartialité, réflexivité, proximité (Seuil, 2008) ; La Société des égaux (Points, 2011) ; Le Parlement des invisibles (Seuil, 2014) ; La crise de l’Etat-providence (Seuil, 2015) ; Le bon gouvernement (Seuil, 2015).
De 1982 à 1999, il a animé la Fondation Saint-Simon, un think thank réformateur qui a marqué l’époque par ses publications. En 2002, il a lancé La République des Idées, qui publie une collection éponyme aux éditions du Seuil.
Jo Spiegel est maire de la commune de Kingersheim depuis 1989 (réélu en 1995, 2001, 2008 et 2014) et depuis 2014 : conseiller communautaire délégué à la transition énergétique et à l’environnement avec mission transversale pour Mulhouse Alsace Agglomération. Il est reconnu pour sa pratique de la démocratie participative. À l’origine professeur d’éducation physique, il devient membre du Parti socialiste en 1976 et le restera jusqu’en mars 2015. En 2008, il devient secrétaire national de l’Assemblée des communautés de France chargé de l’animation de la commission « Institutions ». Fin octobre 2018, il co-fonde Place publique le mouvement politique « citoyen, écologiste et solidaire ». Ses ouvrages : Faire (re)naître la démocratie (co-écrit avec Pierre Olivier Archer, Jean Laversanne, Guillermo Martin, Patrick Plantier, Chronique sociale, 2013) ; Et si on prenait enfin ! - les électeurs au sérieux (Temps Présent, 2017).
Dominique Reynié est professeur des Universités à Sciences Po et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, un think-tank qui se définit comme libéral, progressiste et européen. Il est notamment l’auteur de : Le triomphe de l’opinion publique (Odile Jacob, 1998), Le vertige social-nationaliste - La Gauche du Non au traité Constitutionnel européen (La Table Ronde, 2005), Populismes : la pente fatale (Plon, 2011) pour lequel il a été, en 2012, lauréat du Prix du livre politique et lauréat du Prix des députés et dont une édition revue et augmentée les nouveaux populismes a été publiée chez Fayard, collection Pluriel, 2013.
Cet entretien s'est déroulé le jeudi 28 mars 2019 à la Maison d'Albert Kahn 6, quai du Quatre-Septembre à Boulogne-Billancourt.