- Speaker #0
À l'hôpital Necker, on est une équipe de médecine de la douleur et de médecine palliative. Et donc, on a beaucoup de patients, adultes et enfants qui vont mourir. Et ça aussi, c'est une leçon de vie. C'est-à-dire que j'ai beaucoup croisé, j'ai beaucoup suivi de gens qui allaient mourir. Et je ne veux pas avoir de regrets. C'est-à-dire que quand ce sera mon tour, je ne veux pas me dire « t'aurais pu faire ci, t'aurais pu faire ça et tu ne t'es pas donné les moyens de le faire » . Ce qui fait qu'en fait, j'avoue que les journées sont longues. mais en fait, elles sont remplies parce que c'est nécessaire de les remplir. J'ai vraiment ce combat à mener.
- Speaker #1
Bonjour à toutes et tous, bienvenue dans Héros du quotidien, le podcast qui célèbre l'engagement, l'humanisme et l'irréductible capacité de chacun et chacune à faire sa part. Je suis Nicolas Froissart, bienvenue pour ce nouvel épisode. et j'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui Céline Gréco. Bonjour Céline. Tu es médecin, professeur de médecine. Tu es chef de service en médecine palliative et de la douleur à Necker, à PHP. Et tu as créé aussi une association, on va en parler pas mal aujourd'hui, qui s'appelle Impact et qui accompagne des enfants, des jeunes. qui sont passés ou sont à la ZEUSCH, donc l'aide sociale à l'enfance, parce qu'ils ont été victimes de violences, en tout cas, ils ont subi des situations de maltraitance familiale, sociale. Et vous apportez avec ton association un accompagnement vers plus de culture, c'est important, des soins évidemment, c'est ton domaine de compétences. Et puis tout ce qui fait qu'à un moment donné, on peut rétablir une égalité des chances, parce qu'on parle beaucoup d'égalité des chances, mais on en est loin. Et on va y revenir, mais tu me dis régulièrement que les enfants dans ces situations-là, une fois devenus adultes, ont 20 ans d'espérance de vie en moins, ce qui est terrible. Et donc la question, effectivement, c'est comment on permet à ces... à ses enfants devenus adultes, d'avoir une vie digne. Pour commencer, on va peut-être parler de ce qui a fait que tu en es là aujourd'hui, ces engagements qui sont importants. Et si on parle d'éléments peut-être fondateurs dans ce que tu es aujourd'hui, il y a des choses qui sont marquantes et que tu as envie de nous partager. Alors, pour celles et ceux qui te connaissent, ils te connaissent aussi peut-être via un livre. que tu as écrits et qui racontent ton parcours et ce que tu as vécu. Et notamment, tu es passée toi-même par la ZEUF. Est-ce que tu veux nous partager un peu ça ? Et est-ce que c'est ça qui fait aujourd'hui que tu portes ces combats pour lesquels tu es connue ?
- Speaker #0
Je pense complètement, oui. C'est sûr que l'engagement, il n'est pas de rien du tout. Et il faut choisir ses combats. Et je pense que le combat que je mène pour améliorer effectivement la santé, La scolarité aussi, et puis l'insertion professionnelle des jeunes qui sont confiés ou qui ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance, je le porte aussi parce que j'ai vu moi-même les failles de ce système en y étant passée. Moi j'ai été victime de violences quand j'étais petite et ça a duré longtemps jusqu'à ce qu'une infirmière scolaire me tende la main à l'âge de 14 ans.
- Speaker #1
Ce qui a été long d'ailleurs. Comment ça s'explique ça ? Les gens ne veulent pas voir en général ?
- Speaker #0
Alors globalement, les gens ont du mal à voir les violences faites aux enfants encore plus quand elles sont dans les milieux favorisés. C'est-à-dire que la société entière pense que les violences faites aux enfants ne touchent que les milieux défavorisés. Et du coup, tous ces enfants qui sont dans le 7e arrondissement de Paris, à Versailles, et pour lesquels il y a le même pourcentage de risque de subir des violences, ces enfants-là, on les voit. Je pense que la société a compris que les violences faites aux femmes... Tous les milieux. Je pense qu'on interroge n'importe qui dans la rue. La personne sera en capacité de vous dire qu'une femme meurt tous les trois jours sous les couches de son conjoint. On est loin de ça pour les violences faites aux enfants.
- Speaker #1
C'est fou parce que tout le monde n'arrête pas de dire que la plus belle chose au monde, c'est les enfants. Justement, ce discours-là, qu'il n'y a rien de plus beau que les enfants, etc. Et effectivement, on a l'impression que ça passe complètement sous les radios.
- Speaker #0
Les enfants n'ont pas beaucoup de porte-parole, en fait. Les femmes peuvent se soutenir. Monter des collectifs, monter des associations, il y a beaucoup d'associations montées par des femmes pour les femmes. Elles sont capables de voter aussi, donc de peser aussi sur les décisions politiques. Ce qui est quand même un peu limité pour les enfants. Et donc, voilà, moi le problème, c'est que j'étais dans une famille favorisée et que personne ne s'est même posé la question de s'imaginer que l'absentéisme scolaire, le fait de jamais aller en voyage scolaire ou d'avoir tout le temps mal au ventre, par exemple, des petits signes comme ça, n'a jamais alerté. Et donc, il a fallu attendre l'âge de 14 ans et cette infirmière scolaire qui a enfin posé les yeux sur moi et qui a permis du coup ce signalement et que je sois confiée à l'étudiant à l'enfant.
- Speaker #1
Oui, parce qu'il y avait quand même des choses, je crois que tu m'avais raconté que ton père parfois te rasait les cheveux, ce genre de choses. Il y avait quand même des choses assez visibles, qui peuvent interpeller un peu.
- Speaker #0
Oui, mais probablement que dans ces situations-là, les gens se mettent un peu des œillères. Et puis aussi, il ne faut pas oublier qu'on était dans un petit village en Auvergne et que mon père, c'était le directeur de l'usine du village. Et que donc, les conjoints de mes professeurs, les parents de mes amis travaillaient à l'usine. et peut-être qu'il y avait aussi une peur de... d'avoir des ennuis en fait, en révélant des choses.
- Speaker #1
J'ai pu échanger avec quelqu'un que tu connais bien, qui s'appelle Delphine Mondin, qui est la secrétaire à la fois dans ce que tu fais à Necker et aussi au sein de l'association Impact. On va y revenir dans quelques instants. J'ai pu échanger avec elle, parce que c'est aussi sympa d'avoir... Une petite présentation qui vient de quelqu'un qui te connaît très bien. Et voilà ce que dit Delphine. Elle dit « Je considère que j'ai une chance immense de la connaître. Elle coche toutes les cases pour être une héroïne. » Elle tombe bien. « Ce qu'elle fait est exceptionnel à tous les niveaux, une intelligence extraordinaire, mais elle est aussi d'une simplicité et d'une modestie rare. C'est une prodige dans tous les domaines qu'elle touche. Elle va vite, il faut suivre, elle fourmille d'idées. » mais elle ne prend jamais personne de haut. Elle s'adresse à tous de la même façon. Elle donne envie de la suivre. Elle répond à tous ses patients, 7 jours sur 7. Il faut se reposer un peu parfois. On se demande comment elle fait. Tous les superlatifs s'appliquent à Céline. Comment tu fais pour tout mener de front ? Parce qu'effectivement, aujourd'hui, tu peux peut-être y revenir un peu. Tu es médecin, professeur de médecine. Donc, c'est... C'est quoi ton quotidien en dormi sur cette semaine ? Oui,
- Speaker #0
ils sont bien remplis. Je fais de la recherche aussi, je fais de la recherche sur la douleur de l'enfant. Mais en fait, déjà, c'est quelque chose que j'aime et pour lequel je me suis battue. C'est-à-dire que, toute petite, mon père me disait tout le temps, « Je t'aurai, t'en crèveras, mais je t'aurai. » Il disait ça ? Ah oui.
- Speaker #1
Je m'en t'aime.
- Speaker #0
J'ai entendu beaucoup cette phrase. Et donc, j'ai compris très vite qu'on était sur... Comme dans un espèce de jeu d'échec. Et moi, je ne voulais pas être échec et mal. Donc, voilà, j'ai... J'ai été un peu biberonnée à « je t'aurais tant que rébramé, je t'aurais » . Et donc, moi, je voulais crever. Et donc, j'ai marché, en fait. C'était vraiment ça. Et ce qui a été mon étoile du berger, c'était vraiment de faire des études de médecine. Et donc, j'ai eu une chance incroyable de pouvoir faire le métier dont je rêvais, en fait. Et pour moi, faire de la médecine, la médecine de la douleur, c'est vraiment une passion. Donc déjà, quand ce que tu fais est une passion, tu as quand même moins l'impression de travailler. Après, le fait de m'en être sortie. d'être aujourd'hui chef de service à l'hôpital Necker, prof de médecine, d'avoir une équipe de recherche. Ça fait que la protection de l'enfance, c'est aussi devenu une mission. Comment continuer à vivre sa vie avec la réussite sociale aussi, sans se préoccuper du coup des failles du système que j'ai moi-même constaté. Ce serait quand même d'un égoïsme rare. Du coup, je... me dit que je n'ai pas le choix. C'est-à-dire que j'ai une passion, j'ai une mission, et il faut que j'arrive à mener les deux de front. Sinon, j'aurais du mal à me regarder dans la glace. En fait, du coup, à l'hôpital Necker, on est une équipe de médecine de la douleur et de médecine palliative. Et donc, on a beaucoup de patients, adultes et enfants, qui vont mourir. Et ça aussi, c'est une leçon de vie. C'est-à-dire que j'ai beaucoup croisé, j'ai beaucoup suivi de gens qui allaient mourir. Et je ne veux pas avoir de regrets. C'est-à-dire que quand ce sera mon tour, Je ne veux pas me dire, tu aurais pu faire ci, tu aurais pu faire ça, et tu ne t'es pas donné les moyens de le faire. Ce qui fait qu'en fait, j'avoue que les journées sont longues, mais en fait, elles sont remplies parce que c'est nécessaire de les remplir. J'ai vraiment ce combat à mener, mes passions à m'occuper, mais aussi ce combat à mener pour la protection de l'enfance, parce que je sais que c'est possible de changer les choses, et que si on s'en donne les moyens, on peut y arriver. Donc les journées sont longues, elles commencent très tôt, elles finissent très tard, c'est du 7 jours sur 7. L'avantage de vivre avec un mari-chercheur, ça fait qu'on le fait en mode 7 sur 7 tous les deux. Donc c'est plus facile. Mais en fait, je me dis que quand je vais mourir, je ne veux pas avoir de regrets.
- Speaker #1
La protection de l'enfance, elle est beaucoup critiquée aujourd'hui, alors qu'il y a quand même beaucoup de choses et sans doute des choses formidables qui sont faites pour les enfants. en difficulté ? Qu'est-ce qui fonctionne pas ? Qu'est-ce qui explique justement ces 20 ans d'écart entre quelqu'un qui a une vie « normale » et quelqu'un qui a connu de la violence quand il était petit ? Qu'est-ce qui fait qu'encore aujourd'hui en France, en 2026, on a de telles inégalités ?
- Speaker #0
Déjà ce qui est compliqué, c'est qu'est-ce que c'est la protection à l'enfance ? Qu'est-ce qu'on appelle l'aide sociale à l'enfance ? ce n'est pas un tout. Donc, en fait, au sein de l'aide sociale à l'enfance... Le problème, il est vraiment multifactoriel. C'est-à-dire qu'un, forcément, il y a déjà un problème de moyens. C'est-à-dire qu'avec la décentralisation, l'aide sociale à l'enfance, elle est confiée aux départements. Et les départements, ils manquent de moyens. Mais l'État, dans sa globalité, manque de moyens. Donc déjà, il y a un problème de moyens. Les travailleurs sociaux, les éducateurs qui s'occupent des enfants, manquent de reconnaissance. On a un problème de rémunération des travailleurs sociaux. On a un problème, du coup, d'attractivité. On a un problème de formation. c'est-à-dire que euh toutes ces connaissances qu'on a sur les conséquences des violences subies dans l'enfance, sur la santé de ces enfants, sur leur scolarité, méritent que les travailleurs sociaux qui vont être au contact de ces enfants soient mieux formés aussi à ces conséquences. Pour la santé de ces enfants, par exemple, on a très peu de structures qui sont adaptées. Les délais d'attente dans les centres médicaux psychologiques, c'est 18 à 36 mois pour un enfant qui a vécu des violences, et c'est extrêmement long. Ce n'est pas l'ASE en tant que tel qui défaille, c'est... C'est vraiment un problème systémique, plurifactoriel, qui fait que tout le système est très instable.
- Speaker #1
Puis tu le disais, une absence de volonté finalement, collective, politique, je ne sais pas comment appeler ça, mais en tout cas...
- Speaker #0
En tout cas, il y a 400 000 enfants qui sont confiés à l'aide sociale à l'enfance. C'est quand même 2% de la génération des 0-18 ans. Je trouve que c'est une population très invisibilisée. Les gens ne savent pas que ces enfants existent. Les gens ne savent pas, pour les 20 ans d'espérance de vie en moins, ils ne savent pas que ces jeunes ne sont que 1% à pouvoir faire des études supérieures. Ils ne savent pas que 45% des jeunes sans-abri de 18 à 25 ans dans nos rues, en 2026, sont des jeunes qui sont issus de l'aide sociale à l'enfance. Donc c'est des enfants qui sont un peu dans l'ombre et qui ne comptent pas, en fait. Et moi, j'essaye, en étant effectivement prof de médecine, chef de service à Necker, de leur donner une voie, en fait, à mon niveau, bien sûr, mais de les rendre visibles. Et les 20 ans d'espérance de vie en moins, ce n'est pas spécifique aux enfants de l'aide sociale à l'enfance, c'est les conséquences des violences subies à l'enfance. Tous les enfants qui ont subi des violences dans l'enfance sont à risque de perdre 20 ans d'espérance de vie si on ne les prend pas en charge précocement. Et si on ne les prend pas en charge précocement, c'est très important. Parce qu'en fait, on sait qu'une prise en charge somatique et psychique des enfants qui ont subi des violences le plus tôt possible peut leur permettre de guérir. Donc c'est ça qui est aussi très rageant. C'est qu'on sait que c'est prévenable. On a des solutions et on ne les met pas en place. Et ça, c'est insupportable. Il y a quasiment autant d'enfants victimes de violences que de nouveaux patients qui vont souffrir d'un cancer. Et on a mis le paquet sur le plan international pour la lutte contre le cancer. Il y a des tas d'équipes de recherche fondamentales qui mettent en place des nouveaux traitements tous les jours. On a monté des centres de lutte contre le cancer. Maintenant, aujourd'hui, on a des diagnostics en une journée. Il y a vraiment une mobilisation de la société pour la prise en charge du cancer. Et c'est tant mieux. Mais considérons aussi cette... de perte de 20 ans d'espérance de vie chez ces enfants qui ont subi des violences, pour essayer de se mobiliser et de faire changer ça.
- Speaker #1
Tu as créé une association, on va en reparler dans quelques instants, qui accompagne justement ces jeunes, ces gamins, sur des actions culturelles, sur évidemment des centres de santé, tu vas nous en parler, il y en a un qui est né il n'y a pas longtemps et je crois que tu as pour objectif d'en créer un par région, donc des centres de santé dédiés aux problématiques de ces jeunes. Par rapport à ce qui t'est arrivé quand tu étais toi-même enfant, est-ce que tu relis vraiment les deux ? Est-ce que c'est ça qui fait qu'aujourd'hui tu portes ce combat ? Est-ce qu'il y a d'autres choses qui font à un moment donné que tu te dis justement, quand j'arriverai peut-être au bout de mon chemin à moi, je ne veux pas avoir de regrets, je veux avoir tout fait pour ces gosses ?
- Speaker #0
C'est complètement mon expérience à l'aide sociale à l'enfance. C'est-à-dire que, comme je le dis toujours, l'aide sociale à l'enfance m'a sauvé la vie. C'est-à-dire que si je n'avais pas été placée, je serais morte. Donc ça c'est simple. Et c'est vrai que c'est difficile pour moi d'entendre cet as-eux bashing en permanence, parce que du coup je vois bien que dans la profession médicale, les gens hésitent à faire des signalements, c'est quand même incroyable. C'est-à-dire qu'on préfère se dire que bon c'est pas si grave pour des enfants qui sont victimes de violences physiques, d'inceste, on a une réticence à faire des signalements en se disant oh là là sinon ils vont être confiés à être soucis à leur enfance. enfin en tout cas, arrêtons deux secondes je veux dire Il y a quand même énormément d'enfants dont la vie est sauvée parce qu'ils sont retirés de leur famille. Il faut dire que c'est la vérité.
- Speaker #1
Tu en es l'exemple.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui fait que toi, tu as été dans le... 1% c'est ça ? Qui font des études supérieures ? Et comment on fait surtout pour que ce ne soit pas que 1% demain ?
- Speaker #0
C'est pour ça que j'ai monté un pacte aussi, c'est pour que la chance que j'ai eue, elle ne soit pas une chance, elle soit disponible à tous. Déjà, je vous dis, il y a vraiment cette étoile du berger qui était de faire des études de médecine, mais il y a... J'étais toute petite. Ça, c'est sûr que pour le coup, c'est mon avocat.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Mais ça a été aussi des rencontres. Cette infirmière scolaire qui m'a permis de le faire puisqu'elle m'a sauvé la vie. Puis une assistante sociale au Crous de Paris qui m'a permis d'avoir pour moi et ma sœur une bourse à l'échelon 5. Donc c'était à l'époque l'échelon maximal. Pouvoir vivre toutes les deux, payer un loyer, se nourrir. Puis c'est la fondation Bétancourt qui m'a permis d'avoir une bourse d'études pour que je puisse faire à la fois des études de médecine et des études de science. Et donc, ces rencontres successives m'ont permis de faire des études de médecine et de recherche en même temps. Mais ça a été, pour moi, il me semble, une chance. Et c'est aussi ce que j'essaye de faire avec Impact, c'est de rendre ça non lié à la chance. C'est-à-dire qu'effectivement, on a mis en place du tutorat scolaire pour les jeunes. Toutes les semaines, en fait, ils ont des profs qui viennent dans les maisons d'enfants pour les aider dans leurs devoirs, dans leur scolarité. On a mis en place de l'expression artistique, de la danse, du théâtre. de la bibliothérapie, on a du parrainage, du mentorat. Et les jeunes majeurs, on les accompagne. Déjà, l'aide sociale à l'enfance, vous savez, ça arrête à 18 ans. Quand les jeunes français quittent le domicile, en moyenne à 25 ans. Comment demander à des jeunes très vulnérables d'être autonomes à 18 ans ? C'est pour ça qu'on en a quand même près de la moitié à la rue. Et donc, pour changer ça aussi, nous, on les accompagne jusqu'à 25 ans. Parce que si tu sais que quelqu'un va t'aider jusqu'à 25 ans, alors tu peux te projeter aussi dans les études supérieures. Sinon, c'est impossible.
- Speaker #1
C'est impossible.
- Speaker #0
Et donc, on a mis en place des bourses d'études. le passage du permis de conduire, des bourses d'aide à l'installation. L'idée est vraiment d'accompagner ces jeunes pour qu'ils puissent avoir l'avenir dont ils rêvent. C'est leur dire que c'est possible. Si tu veux être avocat, c'est possible. Si tu veux être boulanger, c'est possible. Si tu veux être médecin, c'est possible. On sera là pour t'y aider, en espérant que, en faisant du lobbying aussi, et du plaidoyer auprès du gouvernement, que quelque part après, ça devienne une politique publique et quelque chose de législatif. d'accompagner ces jeunes jusqu'à 25 ans et pas de les lâcher comme ça à 18.
- Speaker #1
Est-ce que c'est écouté ?
- Speaker #0
De plus en plus. Moi, je trouve qu'il y a quand même... Regardez, il y a le Brune-Pizé, dans ses voeux, a parlé de l'aide sociale à l'enfance. Il y a eu la commission d'enquête sur les manquements de l'ASE, dont la rapporteure était Isabelle Santiago. Il y a une délégation aux droits de l'enfant qui est présidée par Périne Goulet. Il y a quand même, je trouve, beaucoup de députés, beaucoup de sénateurs qui s'emparent de ce sujet. Ça bouge. Ce n'est pas encore la mobilisation qu'on attend du gouvernement. Par exemple, on n'a toujours pas de ministre de l'Enfance. Donc ça bouge. Mais il ne faut pas relâcher les efforts. Il faut que tout le monde fasse entendre la voix de ces enfants qui n'ont pas de voix pour eux pour l'instant.
- Speaker #1
Est-ce que du coup, tu te considères comme une ambassadrice de ces enfants ?
- Speaker #0
En tout cas, j'essaye de l'être et j'essaye d'être la meilleure ambassadrice possible. Je ne suis pas la seule, mais on est plusieurs à se mobiliser pour ses enfants. Après, oui, c'est un peu mon combat de vie. J'essaye en tout cas de... Et c'est pour ça que ma fatigue, mes journées longues, ça passe bien au second plan. Je dois tout faire, tout ce qui est à mon niveau, tout ce qui est en mon pouvoir pour essayer de faire changer les choses, c'est sûr.
- Speaker #1
C'est pas trop lourd ?
- Speaker #0
Parfois, c'est lourd. Parfois, c'est lourd. Je pense que, heureusement, je suis hypotendue de base. Parce que sinon, je pense que ça me fartisse. Je l'aurais déjà fait. Mais si, si, c'est lourd. Et puis, je m'inclus dans les 20 ans d'expérience de vie en moins. Je veux dire, je n'ai quand même pas une santé de dingue. Donc, je fais tout ce que je peux avec aussi des fragilités et une santé qui n'est quand même pas celle de la population générale. Donc, parfois, c'est un peu lourd. Mais encore une fois... Pas le droit de me plaindre, vu là où j'en suis. Et quand je vois l'état des jeunes qu'on prend en charge avec un pacte, l'état des jeunes majeurs, je me dis mais tu ne peux pas te plaindre.
- Speaker #1
C'est une question un peu personnelle du coup, mais ce que tu viens de dire m'y fait penser. Est-ce que tu t'appliques à toi ce que tu appliques aux gamins ? Puisque donc, on va y revenir, tu crées en ce moment des centres de santé qui leur sont dédiés. Donc tu prends soin à tous les sens du terme de ces jeunes. Est-ce que toi, tu fais quand même, avec tout ce que tu fais et ces journées extrêmement remplies, semaines, week-ends, est-ce que tu prends soin de toi ?
- Speaker #0
Pas du tout ! Non, vraiment pas du tout ! Je palie au pire, enfin là j'essaie de me dire bon ben ça ! Mais non, non, alors... En fait, pas vraiment. Mais vous savez, c'est toujours les coordonnées les plus malchossées. C'est tellement le proverbe réel. Non, pas vraiment. Après, j'essaye de faire attention. On s'octroie quand même. Moi, j'aime le beau. Et donc, c'est vrai qu'on s'octroie souvent avec mon mari le samedi, une expo entre midi et deux. Parce que j'aime la peinture, j'aime la sculpture et j'aime le beau. Et ma planche de salut, c'est aussi les voyages. Mais en dehors de ça, c'est vrai que je ne suis pas très raisonnable, on ne va pas se mentir. Mais c'est difficile d'appliquer à soi-même ce qu'on veut aux autres.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. On peut détailler un peu ces centres de santé que tu crées ? Parce qu'il y en a un qui a ouvert tout récemment. Donc l'objectif, je le disais, c'est d'en ouvrir un par région. C'est comment ça fonctionne ?
- Speaker #0
Alors effectivement, on a ouvert le premier centre d'appui à l'enfance qui s'appelle Asteria. donc on a Astéria Paris et j'espère que Astéria Paris va faire des petits donc c'est en fait des centres de santé qui sont dédiés aux enfants qui sont confiés à l'aide sociale à l'enfance j'espère qu'à terme on pourra l'ouvrir aussi aux enfants victimes de violences mais pour l'instant comme ces enfants là ceux de l'aide sociale à l'enfance ne sont que 10% à avoir un suivi de santé c'est vraiment sur ces enfants là qu'il faut mettre le paquet donc Astéria c'est un centre de santé qui propose des bilans de santé Dès lors que les enfants arrivent dans le dispositif de protection de l'enfance. Ce sont des bilans qui sont obligatoires depuis la loi de 2016 et qui ne sont faits que dans moins de 30% des cas. Déjà, il y a vraiment un souci. Parce que si on n'a pas un bilan de santé des enfants, comment ensuite les prendre en charge ?
- Speaker #1
Comment ça se fait que ce n'est pas fait ?
- Speaker #0
Mais ce n'est pas fait parce qu'il n'y a pas de structure dédiée. Les professionnels de santé en libéral ne sont pas forcément formés non plus à voir ces enfants. Ce sont des enfants qui sont très chronophages. Et... Ja... Pas de prise en charge de la sécurité sociale, par exemple des soins de psychologues. Et des consultations de psychologues en ville, ça coûte cher. Donc voilà, la zone n'ayant pas de moyens, ce ne sont pas des enfants qui peuvent être pris en charge en ville. Tout concourt en fait à ce que ces enfants n'aient pas de soins en ville. C'est difficile d'avoir des soins à l'hôpital parce que le système sanitaire est saturé aussi. Il n'y a plus de pédopsie, c'est compliqué. Donc l'idée c'était de se dire, si on a une structure dédiée, peut-être qu'on peut condenser des soins pour ces enfants. Il y a ce bilan de santé qui est fait à Asteria, avec pédiatre, pédopsychiatre, psychologue, psychomotricien, orthophoniste, infirmière, diététicien, pour savoir comment vont ces enfants, sur le plan somatique et psychique, parce que les violences n'entraînent pas que des conséquences psychiques. Elles entraînent des maladies cardiovasculaires, du diabète, des maladies auto-immunes. Il y a quand même quelque chose qui nous caractérise, c'est qu'on est un peu des sans-dents. C'est vrai cette expression. pratiquement, enfin on n'a pas de recherche en France mais dans les autres pays européens on voit que 90% des enfants de l'ASE ont des problèmes de dents et dans le comité de vigilance des anciens enfants placés dont je fais partie, quasiment on a tous des problèmes de dents alors moi je suis médecin alors il n'y a pas une dent dans ma bouche qui est à moi c'est de la céramique, c'est des implants et parce que j'ai les moyens de me payer ça mais ceux qui n'ont pas les moyens, ils n'ont pas de dents et donc il y a vraiment des problèmes de santé somatique aussi de ce type, donc Astéria fait ce bilan Euh... somatiques et psychiques, et ensuite propose des parcours de soins. Des parcours de soins standards avec un tissage de lien avec la ville pour que les enfants soient vus en ville quand ils ne vont pas trop mal. Et puis un parcours renforcé et intensif au sein des centres d'appui quand les enfants vont tellement mal qu'il faut une prise en charge bimensuelle ou hebdomadaire. Donc l'idée c'est que ça devienne des centres experts dans le trauma complexe pédiatrique et que ce soit vraiment cette lueur, ce phare. un peu dans la nuit pour prendre en charge la santé de ses enfants. Et c'est pour ça qu'il en faut absolument un par région et ce ne sera pas suffisant. Et j'en suis bien consciente. Sur Paris, venir à Paris quand on est dans les départements franciliens, c'est assez facile avec le réseau de transport. Venir au centre d'appui de Lille quand on habite à Dunkerque, ça va être un petit peu compliqué. Donc c'est pour ça qu'il faut ensuite qu'on ait des structures physiquement installées, des centres d'appui régionaux et ensuite il va falloir qu'on soit innovant et qu'on mette en place des bus mobiles, des annexes dans chaque département. Il va falloir inventer encore pour que ces soins-là soient accessibles à tous les enfants qui sont confiés à l'étudiant-sélecteur en France, sur l'ensemble de notre territoire et pas que en métropole. C'est-à-dire qu'il ne va pas falloir oublier les territoires ultramarins pour lesquels aussi la protection de l'enfance est aussi une catastrophe.
- Speaker #1
L'objectif, c'est d'avoir un centre dans chaque région. Quand ?
- Speaker #0
Le plus vite possible. Ça s'accélère. C'est-à-dire que là, pour 2026, on est en discussion avec la Nouvelle-Aquitaine. pour installer un centre à Bordeaux, avec Villeneuve-Dasque et la région des Hauts-de-France. On est en discussion avec Grenoble, avec Strasbourg, avec Toulouse, avec Avignon, avec Marseille. Voilà, donc ça s'accélère. J'espère que fin 2026, on aura fini celui de Bordeaux. On aura quasiment fini celui des Hauts-de-France. Je pense qu'Avignon peut aller vite aussi. Après, c'est aussi la volonté des départements. C'est la volonté des ARS et c'est la volonté aussi des centres hospitaliers qui peuvent s'associer à nous. On a besoin de ces partenaires-là, départements, ARS, centres hospitaliers ou cliniques, pour aller vite. Et quand on a cette conjonction de volonté, ça va vite.
- Speaker #1
Comment on peut t'aider ? Parce que c'est un peu l'objectif de ce podcast aussi, c'est comment on peut aider les héros et héroïnes du quotidien dans le développement de leurs projets. C'est aussi comment chacun peut se mettre en mouvement, on va y revenir dans quelques instants. De quoi tu as besoin ? D'argent, j'imagine, forcément ?
- Speaker #0
En fait, bien entendu, c'est un peu le nerf de la guerre. C'est-à-dire que nous, le tutorat scolaire, c'est quelque chose qui coûte cher, mais dont on a besoin les bourses d'études. Rien que les bourses d'études, en fait. Nos bourses, elles sont entre 400 et 600 euros par mois, et elles permettent tout avec ça. Je veux dire, les jeunes, ils ne peuvent pas avoir beaucoup d'activités de loisirs avec 400 et 600 euros par mois. C'est le strict minimum pour qu'ils puissent se nourrir, se loger et payer leurs frais de scolarité. Donc, les bourses d'études, rien que ça, en fait, si on n'a pas de dons du public, on ne peut pas les mettre en place. Donc, tous nos programmes nécessitent des financements. On a besoin des dons du public, de la générosité des gens pour pouvoir continuer d'avancer, se déployer aussi. Parce que moi, mon ambition, c'est qu'on soit présent sur tout le territoire national. Et on a besoin d'engagement humain aussi. On a besoin de parrains, on a besoin de mentors pour ces jeunes. On a besoin de bénévoles, en fait. qui permettent de faire un petit parcours de vie avec ses enfants qui sont en permanence dans la rupture affective. C'est vrai qu'avoir un parrain, rien que pour soi, un mentor qui te guide, qui t'aide à faire ton CV, qui t'aide à l'aide de motivation, qui va t'aider à remplir le parcours sup, qui va te guider un peu vers ton insertion professionnelle, c'est aussi des choses dont on a besoin. On a besoin d'un engagement financier et d'un engagement humain.
- Speaker #1
Les gens qui nous écoutent peuvent tout à fait contacter l'association en disant j'ai envie de... D'aider un jeune dans ses choix scolaires ?
- Speaker #0
Sur notre site internet, il y a l'adresse de contact. Les gens peuvent nous contacter et on a aussi un lien pour faire des dons. Sur le site internet, il y a tout. Mais oui, je pense qu'on a besoin pour ces enfants que la société se mobilise, pour ces enfants-là qui sont confiés à l'ASE. Ensuite, on aura besoin aussi que la société se mobilise. Enfin, c'est pas ensuite, c'est qu'on a aussi besoin que la société se mobilise pour repérer mieux les enfants. Je veux dire, on prend un petit peu les yeux et les oreilles. Il y a 15% des enfants en France qui sont victimes de violences.
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, on a l'impression que les gens finissent par se dire que c'est le boulot de je ne sais pas qui, d'ailleurs de l'État ou de... Enfin, quel que soit le sujet, finalement, on a l'impression que ces derniers temps, on délègue un peu ce qui peut relever, effectivement, ou doit relever d'une vigilance citoyenne. Je ne sais pas comment appeler ça.
- Speaker #0
Une vigilance citoyenne, je veux dire... Il peut y avoir des enfants dans votre immeuble dont vous entendez les cris. Enfin, je veux dire, c'est notre responsabilité à tous de regarder un peu mieux les enfants qu'on croise, les enfants qu'on côtoie. Regardez récemment, il y a eu dans la presse des passagers d'un train qui se sont mobilisés en ayant constaté qu'une mère était violente avec son enfant. C'est ça dont on a besoin, en fait. C'est d'une mobilisation de tous pour... pour repérer ses enfants. Parce que plus le repérage est précoce quand un enfant subit des violences, et plus il a de chances d'aller bien à l'âge adulte si on le prend en charge. Donc, il y a aussi besoin que la société ouvre les yeux sur les enfants.
- Speaker #1
Donc, ça veut dire quoi ? Qu'il faut être attentif à ce qui nous entoure ? Il faut lever un peu le nez de son téléphone, parfois ?
- Speaker #0
Il faut regarder.
- Speaker #1
Et du coup, si on voit quelque chose qui nous interpelle, qu'est-ce qu'on fait ?
- Speaker #0
Pour le grand public, il y a quand même un numéro, qui est le 119, qui permet d'alerter. Et en plus, c'est anonyme. Bien sûr que ça peut ne pas être anonyme si vous donnez votre nom. Et notamment, si des enfants ou des jeunes écoutent ce podcast, ça n'apparaît pas sur les factures téléphoniques. Donc, ça veut dire que personne ne saura que vous avez appelé. Si vous êtes concerné ou si vous avez quelqu'un dans votre entourage qui l'est. Donc, c'est la première porte d'entrée au repérage, c'est d'appeler aussi le 119.
- Speaker #1
Dans ce podcast, on s'intéresse aussi à ce qui peut mettre en mouvement de façon générale les citoyens ou notre société. On en parlait à l'instant sur la question d'une vigilance à avoir sur les violences qui sont très présentes dans notre société et qui touchent particulièrement les enfants. Dans ce que tu disais aussi, et on est beaucoup à le ressentir aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on a l'impression qu'on est un peu en marche arrière en ce moment.
- Speaker #0
Et ça se sent évidemment dans les métiers du soin, où on a l'impression effectivement, les citoyens ont l'impression que pour prendre un rendez-vous avec certains médecins ou certains spécialistes, ça devient très compliqué. Et alors effectivement, en plus sur des champs un peu spécifiques comme les enfants victimes de violences, on voit à quel point c'est complexe. Et heureusement que des personnes comme toi portent ces combats-là. Comment on fait pour que la société... Se remettre en mouvement, parce qu'en même temps, tu le dis, c'est-à-dire qu'on voit bien que l'être humain, il a besoin qu'on prenne soin de lui, parce que quand on ne prend pas soin de lui, et c'est évidemment flagrant chez les enfants qui sont victimes de violences, on voit, tu le décrivais, les conséquences qui sont terribles. Donc, l'être humain, il a besoin de solidarité, qu'on prenne soin de lui, de prendre soin aussi, parce que finalement, il y a de l'épanouissement aussi dans le fait de faire attention aux autres. qu'est-ce qui fait qu'on a perdu ce fil-là ? Et comment, effectivement, et c'est ça qui est important aussi par rapport à ce podcast, comment chacun et chacune peut se mettre en mouvement ? Alors, sur le sujet, évidemment, qui est ton combat à toi, mais sur n'importe quel sujet, parce qu'il y a beaucoup de combats à mener aujourd'hui dans notre société.
- Speaker #1
Je vois du mal à faire une analyse sociologique, mais en tout cas, moi, à mon niveau, ce que je constate, c'est quand même que le téléphone portable et les réseaux sociaux font beaucoup de mal, et ils font beaucoup de mal aux jeunes. Je m'éloigne. il suffit d'observer un peu le métro le matin je n'ai rien à observer les gens ne se regardent plus les gens scrollent ils sont absorbés par ça et les ados qu'on a en consultation de douleur c'est une catastrophe et moi j'ai des adolescentes qui ont des douleurs chroniques et qui scrollent toute la journée des trucs horribles qui les déconnectent un peu de la réalité donc je crois que l'avènement du portail portables, des réseaux sociaux, ça a fait beaucoup de mal. Après, je pense que c'est beaucoup plus large que ça et je suis bien incompétente pour décrypter tous ces phénomènes. Mais voilà, l'angoisse aussi d'un monde un peu instable, il faut voir tout ce qui se passe autour de nous, fait qu'il y a une situation un peu de repli des gens sur eux-mêmes qui est un peu triste à observer, mais je pense que c'est pas irréversible. Et je pense que ce que tu fais, ce type de podcast mettre en avant aussi les gens qui font, peut-être que ça peut aussi faire un effet boule de neige et j'espère que ça va faire un effet boule de neige pour qu'on revienne un petit peu, on s'en était parlé moi quand j'étais petite, il y avait un truc qui s'appelait la nuit des héros, c'était génial et ça montrait que on pouvait tous être un héros et ce genre d'émission ça a disparu et maintenant on est en permanence avec des... L'information continue sur tout ce qui ne va pas dans la société. Et je pense que ça, ça infuse petit à petit dans les cerveaux des gens qui se disent ça ne va pas, ça ne va pas, ça ne va pas et qui se replient sur eux. Donc voilà, je pense que ce n'est pas si compliqué que ça de changer. Non,
- Speaker #0
ce n'est pas compliqué, d'autant plus qu'il y a plein de gens formidables qui font des choses extraordinaires. Et effectivement, moi, j'essaie d'en parler très régulièrement, quasiment tous les jours. et en plus c'est fait. Maintenant, il y a ce podcast pour aller plus loin sur ce sujet. Et c'est vrai qu'il y a des gens extraordinaires qui sauvent d'autres personnes. D'ailleurs, tu parlais de la nuit des héros. Ça existe toujours, en fait. Il n'y a plus d'émission qui leur est dédiée. Mais des personnes qui viennent en aide à d'autres personnes, qui leur sauvent la vie. C'est tous les jours, en fait. Et on n'en parle pas. Et en fait, je pense que ce que tu dis est important. C'est-à-dire qu'on finit... L'être humain, il reproduit aussi beaucoup de choses. On est des êtres d'observation et on reproduit aussi quelque part un peu ce qu'on voit. Et aujourd'hui, ce qu'on voit dans les médias, c'est terrible en fait. C'est l'effet d'hiver et dans ce qu'il y a de plus sordide. Donc toi, tu penses qu'effectivement, il faut montrer davantage ce qui est le beau ? Tu parlais du beau. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Les gens, ils ont besoin de voir du beau, je pense. Et d'ailleurs, on voit bien l'engouement quand on parle d'impact. Si on fait ce focus-là, les gens ont envie d'aider. En fait, les gens, ils ont envie d'aider. Après, c'est comment ? Et les aider à savoir comment ? Et je pense qu'effectivement, il faut qu'on inverse la tendance. Il faut qu'on arrête de parler toujours de ce qui ne va pas bien et commencer à mettre en avant ce qui va bien. Et peut-être qu'on va inverser cette tendance.
- Speaker #0
Toi, pour que les gens qui nous écoutent puissent se mettre en mouvement, il y a des choses qui peuvent se faire sur les sujets que tu évoquais tout à l'heure. C'est-à-dire être être vigilant sur ce qui nous entoure, parce qu'on doit aussi pouvoir alerter quand il y a un problème. parrainer un jeune, qu'est-ce qu'il peut y avoir d'autre comme action ?
- Speaker #1
Ce que tu dis, ça me fait penser au livre Indignez-vous. Et je crois qu'on a besoin de s'indigner, en fait, peu importe qu'on veuille soutenir la protection de l'enfance ou le réchauffement climatique, ou la cause animale, ou la cause des femmes. Il y a forcément en nous quelque chose qui nous indigne. Simplement, il faudrait dépasser juste ce stade-là d'être indigné et de se dire, ok, ça, c'est quelque chose qui me révolte. Ok, très bien, je vais m'engager pour ça. Je pense que tout le monde a quelque chose qui le révolte ou qu'il ne trouve pas normal. C'est comment je passe de simplement être indigné à faire. C'est ça, en fait, dont on a besoin. Peu importe la cause, mais si tout le monde avait une cause, alors franchement, ça serait moins un problème.
- Speaker #0
Comment on fait pour que les gens aient envie ? Parce qu'on le voit, tu le disais tout à l'heure, chacun. Alors déjà, La vie n'est pas forcément facile. Il y a des gens qui se sont préoccupés essentiellement par la façon dont ils vont finir le mois. Mais pour des gens qui ont peut-être un peu plus de moyens, on voit aujourd'hui effectivement que chacun est dans son couloir de nage, comme on dit. Donc c'est quoi ? C'est culturellement, justement, il faut avoir un projet plus collectif ?
- Speaker #1
Vous savez que c'est les gens qui ont du mal à finir le mois qui sont les plus généreux. Moi, je le vois bien. avec l'assaut. Disons que ce n'est pas une question.
- Speaker #0
C'est faux.
- Speaker #1
Il y a beaucoup de gens qui ont du mal à finir le mois qui sont généreux. Après, il y a beaucoup de gens qui sont très aisés, qui sont très généreux. Ce n'est pas que ça, je crois. En fait, il y a beaucoup d'associations qui existent déjà. Donc, s'il y a des causes qui touchent, les gens peuvent se rapprocher aussi des associations qui existent. Mais ce n'est pas facile de franchir ce pas. Mais effectivement, comme on est beaucoup dans l'observation et parfois dans la reproduction, je pense que c'est en multipliant ce type d'initiative, ce que tu fais. sur les réseaux sociaux, ce podcast, c'est en infusant aussi la société, les cerveaux, sur le fait qu'on peut aussi mettre en avant ce qui est bien, que les choses vont changer progressivement.
- Speaker #0
Oui, je crois qu'il faut avoir envie, c'est-à-dire que l'information, elle est là. Effectivement, on le disait, on passe notre vie sur notre smartphone. Peut-être qu'on peut décider, cinq minutes dans une journée, de taper les mots-clés qui vont faire qu'on va peut-être trouver l'association près de chez soi qui... dans laquelle on va pouvoir faire du bénévolat. Évidemment, les mairies, d'ailleurs, les gens ne savent pas toujours, mais les mairies connaissent très bien le secteur associatif et on peut aller frapper à la porte de sa mairie et demander la liste des associations locales. Mais il faut avoir cette volonté, effectivement, de faire des choses pour les autres. Et ça, je pense que tu l'incarnes comme peu. On se sent bien aussi, quelque part. Alors, je ne sais pas, est-ce que c'est réparateur ? Je ne sais pas si c'est le bon mot. d'être utile aux autres ? Est-ce que ça a une vocation de réparer quelque chose ?
- Speaker #1
Pour moi, pas du tout.
- Speaker #0
Non, c'est pas ça.
- Speaker #1
Mais par contre, c'est pas du tout de la réparation, mais par contre, c'est quand même le sentiment d'avoir été utile. Moi, la seule chose dont j'ai peur, quand je vais mourir, c'est de ne pas avoir été utile, en fait.
- Speaker #0
Mais parce que l'être humain a besoin de ça. Et ça, on ne le dit jamais.
- Speaker #1
Moi, j'ai besoin d'être utile. J'ai besoin de me sentir utile. J'ai besoin de me donner les moyens d'être utile. Mais par contre, ce n'est pas une question de réparation. J'ai envie de dire ça un peu trop tard. Mais par contre, être utile et s'en donner les moyens, c'est super important.
- Speaker #0
Notre podcast va bientôt toucher à sa fin. Est-ce qu'il y a des choses fondamentales qu'on a oubliées ?
- Speaker #1
En fait, peut-être dire aussi qu'il y a des gens... Moi, par exemple, j'ai réussi à m'en sortir bien. Mais il ne faut pas qu'il y ait les winners et les losers. C'est ça que je veux dire. c'est que Il peut y avoir des gens aussi qui n'arrivent pas à dépasser ce qu'ils ont vécu. Ça ne fait pas d'eux des losers et ça ne fait pas de moi un winner, oui. Oui,
- Speaker #0
tout à fait.
- Speaker #1
Parce qu'on oppose aussi ça. Mais en fait, chacun fait comme il peut. Alors, ceux qui peuvent ne doivent pas ne rien faire. Ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut pas jeter l'opprobre sur ceux qui ne peuvent pas, qui n'y arrivent pas, qui ont vécu tellement de souffrances et qui n'ont pas trouvé les bonnes... Becky, les bonnes ressources pour pouvoir aller mieux. Ne pas faire de ces personnes des gens faibles. Simplement, ceux qui s'en sont sortis, pour moi, ils n'ont pas le droit de ne rien faire pour essayer de faire changer les choses. Parce que notre société aussi est une société élitiste. Où on vante ceux qui ont réussi et où on habile, où on écrase un peu ceux qui n'ont pas réussi. C'est aussi ça qu'il faudrait changer aussi, je trouve, pour que notre société aille mieux. C'est d'arrêter d'être toujours dans des espèces de compétitions de performance. Et on voit ce que ça donne, je veux dire, pousser à l'extrême en Corée du Sud et au Japon. Les enfants, ils sont à peine nés, ils sont déjà inscrits à la meilleure université. C'est un taux de suicide qui dépasse l'entendement aussi. Et donc, peut-être, arrêter d'avoir deux catégories de gens, ceux qui sont sortis et qui sont vantés, et ceux qui ne s'en sortent pas et qui sont un peu méprisés. Oui,
- Speaker #0
ce n'est pas parce qu'il y a une Céline Gréco que tous les gamins qui ont eu ton parcours sont obligés de réussir. qu'effectivement, tu le disais, tu es quand même une exception.
- Speaker #1
Oui, mais je suis une exception parce que j'ai eu de la chance aussi de trouver des gens sur mon parcours qui m'ont tendu la main, qui ont été, comme dirait Boris Yoné, des tuteurs de résilience. Tout le monde n'a pas cette chance. Et ça ne fait pas de moi quelqu'un de meilleur que ceux qui n'ont pas eu cette chance. Et ça aussi, je trouve qu'on est dans une société qui catégorise les gens. Et ça aussi, il faut changer ça.
- Speaker #0
Oui. On avait co-animé il n'y a pas très longtemps un événement avec Olivier Gouard. personne extraordinaire et c'était le précédent épisode d'ailleurs et tu lui avais demandé puisque c'est vrai que vous avez tous les deux sur des sujets différents mais aujourd'hui un peu cette image de modèle et du coup est-ce que toi tu te sens obligé aussi de montrer que tu vas bien tout le temps puisque aujourd'hui on l'a évoqué beaucoup dans ce podcast ce rôle un peu d'ambassadrice de ses enfants Et est-ce que tu as le droit de dire parfois que ça ne va pas ? Est-ce que cette responsabilité t'engage à afficher un sourire en permanence ? Non,
- Speaker #1
je ne me force pas. C'est-à-dire que c'est aussi ma personnalité. C'est-à-dire que je ne suis pas quelqu'un qui va se plaindre. Et du coup, quand ça va pas, je le garde pour moi. Et c'est quand j'ai fermé la porte de la maison. Déjà, c'est aussi mon tempérament. Mais c'est vrai que quand même, des gens qui ne vont pas bien, c'est pas Ça intéresse moins. Donc, c'est vrai que quelque part, il y a cette pression de faire comme si tout allait parfaitement bien. Voilà. Alors, j'essaie parfois de dire que non. Je veux dire, c'est pas tout le temps. Mais je crois qu'il y a aussi besoin de véhiculer quelque chose de positif et de... pour laisser l'espérance aussi. Mais c'est aussi une question de tempérament. Je sais que je ne sais pas faire la gueule.
- Speaker #0
On va se quitter avec deux petites questions. Est-ce que tu fais des choses qu'un héros ou une héroïne ne devrait pas faire ?
- Speaker #1
Ah oui, je ne suis pas du tout... Je suis très loin d'être parfaite et notamment, je suis une extrêmement grande impatiente à la limite, je pense, de l'extrême. Et donc, il vaut mieux pas me voir, c'est pas joli à voir dans une caisse à Carrefour, à Monoprix, je deviens un espèce de petit démon. en plus c'est débile je le sais, pareil en voiture et c'est pas bien, j'essaye de vraiment me calmer mais je ne suis pas un modèle de patience, je m'énerve vite du coup j'essaye de faire attention aussi j'ai le doigt d'honneur facile et c'est pas bien du tout mais j'ai cette espèce d'impatience, de frustration que j'essaye de contrôler mais je ne suis pas belle à voir dans une pile d'attente 5.
- Speaker #0
Ce qui fait sans doute aussi que tu réussis à faire des choses aussi difficiles dans les domaines dans lesquels tu interviens. Est-ce que tu nous conseillerais pour finir un héros ou une héroïne qui pourrait venir à ce micro, par exemple, ou pas si c'est quelqu'un de décédé, mais en tout cas quelqu'un, une ou plusieurs personnes qui t'ont inspiré ou qui t'inspirent, que tu connais ou pas forcément personnellement ?
- Speaker #1
Alors, il y a beaucoup de personnes qui m'ont inspiré. et qui font que je suis là aujourd'hui sans forcément le savoir. Alors déjà, quand j'étais petite, je voulais être Claudie Aigneret. Et c'est marrant parce que c'est triste, je ne l'ai jamais rencontrée. Il faut absolument que j'arrive à trouver son mail. Bref, je voulais être Claudie Aigneret. Donc, elle m'a aidée, sans le savoir, à projeter cette possibilité pour moi de faire des études de médecine, de science.
- Speaker #0
Tu peux peut-être lire en deux mots qui elle est.
- Speaker #1
Claudie Aigneret, c'est une médecin, astronaute. Trois thèses, trois doctorats. J'admirais beaucoup cette femme quand j'étais petite. Il y a aussi Nadine Burke qui a monté le premier centre d'appui à l'enfance en Californie. Il y a Radha Athem en France qui s'est battue pour monter les premières maisons des femmes et aujourd'hui qui a réussi à monter dans le collectif Restart un vrai mouvement pour accompagner les femmes victimes de violences. J'ai beaucoup d'admiration pour Radha. qui a aussi essuyé beaucoup de coups et qui ne s'est pas démonté, qui a été coûte que coûte pour monter les maisons des femmes. Il y a aussi beaucoup de jeunes majeurs qui sont passés par les socials en France, qui se regardent des socials en France et qui se battent aujourd'hui pour les autres. Il y a Liesse Loufoque, il y a Amsa Ben Satem, il y en a d'autres. En fait, il y a beaucoup de héros et héroïnes. des gens qui ont passé ou pas par des difficultés et qui se battent pour que les choses changent. Il y en a beaucoup en fait.
- Speaker #0
Merci beaucoup Céline. Il y a beaucoup de gens qui t'admirent aussi. On le voit quand on organise des choses et que tu prends la parole. Le nombre de personnes qui viennent t'interroger, se poser des questions et qui repartent parfois avec la larme à l'œil d'ailleurs. Tu incarnes quelque chose qui est rare. Merci beaucoup d'avoir partagé tout ça avec avec nous ce matin.
- Speaker #1
Merci à toi de ce que tu fais pour faire changer les choses.
- Speaker #0
Merci beaucoup. On se retrouve bientôt pour un nouvel épisode de Héros du quotidien. Merci à la formidable équipe bénévole sans qui ce podcast ne pourrait pas exister. Vous pouvez me suivre notamment sur LinkedIn pour retrouver quasiment tous les jours des portraits de héros et héroïnes du quotidien. À bientôt.